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dimanche 15 mars 2015

Seul sur Mars (Andy Weir)

J'ai vu une excellente critique de ce livre (mais impossible de retrouver sur quel blog ...*) et je me suis laissé tenter en passant en librairie. Et puis, pour une fois, j'ai vu que je le livre était conseillé par du beau monde, notamment le directeur de la Station Spatiale Internationale (s'il-vous-plait). Plusieurs bonnes raisons, donc, de me précipiter vers cette trouvaille qui me tendait les bras. Et pour une fois, je suis content ... d'avoir lu le livre très peu de temps après son achat (chose qui devient de plus en plus rare). Qui plus est, en un temps très court, mais j'adore ce grand format souple, agréable en main et à l'oeil.


Résumé en trois mots : Mars, Survie et Thriller

C'est du haut niveau que nous avons là ! Un roman qui m'a scotché littéralement dès les premières pages et qui ne m'a lâché que tout à la fin, tout au bout. Et jusqu'au bout j'étais incapable de dire ce qui allait en résulter, même si j'espérais bien.

Ce livre tient vraiment du thriller de science-fiction, un vrai morceau d'anthologie quand on le regarde. Pour un premier livre, l'auteur a tapé plus que juste ! C'est une histoire haletante, maitrisé d'un bout à l'autre, parfaitement menée et qui plus est, scientifiquement très documenté. L'auteur est dit comme passionnée d'astronomie, et je veux bien le croire. Moi, en tout cas, je m'y croyais comme jamais.

C'est l'histoire simple d'un astronaute qui est coincé sur Mars dans une mission qui s'est compliquée. Et le voila à devoir tenter de survivre pendant un long moment. Très long moment.
Ce départ très simple est extrêmement bien développé sur le long terme, avec un personnage principal attachant et a qui il arrive des choses sans cesse pire, bien que ce soit la dure réalité d'un personnage coincé dans l'espace, là où tout est dangereux. C'est une lutte de tout les instants pour la survie, mais également une lutte très longue. Très très longue.

Pour être parfaitement franc, ce livre est un coup de maitre. J'étais happé par le récit comme jamais avec un thriller. C'est le mélange délicieux avec la science-fiction qui ajoute cette couleur extraordinaire. On est suspendu à la lutte de ce pauvre astronaute, tout en ayant de la bonne science-fiction qui est très proche de ce qu'on pourrait attendre avec les connaissances actuelles. Que du réalisme pur et dur, et c'est bien agréable.
D'autre part, la documentation est excellente, tant dans le matériel utilisé (et j'adore la façon dont cela apporte au thriller) que dans la planète Mars elle-même, berceau d'une possible vie, qui se bat ici pour repartir. C'est une évasion complète, tout en gardant toujours cette tension palpable et bienvenue. J'ai adoré la façon dont c'était mené sans temps mort mais avec des périodes de relâchement. L'espace n'est pas un lieu calme et qui permet de vivre en paix, c'est un lieu de tout les dangers. Les nombreuses incursions de science sont agréables et très bien menées pour les néophytes qui comprendront l'essentiel tout en découvrant le travail énorme qu'il peut y avoir à aller dans l'espace.

Ce livre, je l'ai lu comme j'aurais lu un rapport d'une mission martienne. L'ajout de quelques scènes dans la NASA, ou de conférences de presse terrestre renforce l'atmosphère en mettant en lumière tout ce qui peut jouer en défaveur du héros. Et c'est puissant, très puissant.


Sans m'étendre à vous décrire tout le roman, je ne peux que vous conseiller de lire ce livre si tant est que vous vous intéressez un peu à la science-fiction. A la fois thriller angoissant, science-fiction merveilleuse, roman puissant mais sachant garder des touches d'humour, plongé dans Mars et anticipation, ce roman est fort. Pour un premier roman, l'auteur nous a pondu un vrai chef-d'oeuvre et je vous le recommande fortement. Foncez les yeux fermés, c'est extraordinaire.

*J'ai retrouvé, c'est dans cette vidéo de Florence Porcel : Cliquez ici !
  C'est vers 3:05, voila voila !

(Chronique n°245)

jeudi 13 novembre 2014

Millenium (Stieg Larsson)

A l'occasion d'un retour dans ma terre natale, je tombe sur les trois tomes de cette saga que j'avais lu voila un bon moment, et que j'avais ensuite prêté sans que je ne puisse me rappeler à qui. Et voila que celui-ci revient dans mes mains, me rappelant leur bon souvenir et me donnant également l'occasion de les relire, chose que je me suis permis de faire rapidement, peut-être un peu trop en diagonale, mais avec toujours le même plaisir et la même intensité. C'est pourquoi je me suis laissé aller à en pondre une petite chronique sur ce blog, puisque je ne pouvais tout de même pas passer à côté d'un des rares polars que j'ai lu récemment et qui ne m'a pas laissé de marbre lorsque je l'ai refermé. Sans compter que cela me permettra enfin d'ajouter la catégorie des auteurs suédois à la liste déjà longues des nationalités présentes dans la roulotte !


Résumé en trois mots : Femmes, Violence et Enquête

Je ne vais pas trop m'étendre sur l'histoire de ce livre, puisque vous avez du en entendre parler à moins d'avoir passé les dernières années dans une grotte au fin fond du désert, entre la sortie des livres avec force de publicité (méritée pour une fois) et ensuite la sortie des films. Bref, ce n'est pas ce que nous appellerons un livre peu connu.
Maintenant, qu'en est-il réellement après lecture ? Et bien, pour une fois, il faut l'avouer, la médiatisation avait du bon, puisque c'est ni plus ni moins qu'une petite pépite qui nous a été livré par cet auteur.
Comme je l'ai déjà souvent souligné, le genre du polar n'est vraiment pas mon préféré, et j'ai souvent laissé tomber un livre de ce genre pour me replonger dans ce que j'appelle des vrais genres de littérature. Mais de temps en temps, l'un d'eux arrive à me retenir suffisamment longtemps pour que je puisse le finir, et ce fut le cas de cette série, qui est pourtant massive, avec ses trois tomes plutôt épais (pour un format de poche). Qui plus est, la série m'a tenue en haleine jusqu'au bout, et je peux clamer haut et fort que je l'ai beaucoup aimée ! Comme quoi, il ne faut jamais désespérer, on peut toujours trouver chaussure à son pied.

Ce qui m'a plu plus que tout dans cette trilogie, c'est que l'auteur commence le premier comme un classique de polar, avec un premier tome d'enquête qui tourne presque au thriller. Mais les deux suivants enchainent sur les personnages plus que sur l'enquête et finissent par conclure la trilogie juste comme il faut, sans happy end tranché, avec des hauts et des bas, des bons et des mauvais côtés. Mais avec une fin, et c'est le plus important.
Cette série sait également offrir des vrais personnages, et ça fait du bien. Les héros sont extraordinaires, avec tout leurs bons et leurs mauvais côtés, mais toujours attachant. Ils aiment et souffrent, ils vivent et se battent, ce sont là des vrais héros, mais des héros ô combien humain. Et ça, ça fait rudement plaisir à lire, de temps en temps.
Enfin, il y a le sujet de toute la saga, et là c'est la cerise sur le gâteau. Profitant de son roman et de ses personnages, Stieg Larson en profite pour dresser un portrait peu flatteur de la Suède mais parle surtout de la violence faite au femme. C'est une magnifique idée, mais qui peut vite tourner en eau de boudin. Et là, je ne peux que reconnaitre tout le talent de l'auteur qui nous a gratifiée d'une morale parfaite, montrant sans détour toute cette violence faite aux femmes dans un monde brutal et sans pitié, mais également toute la force de ces femmes qui se battent pour ne pas être broyées impitoyablement. C'est, à travers ce roman, la lutte des opprimées contre un système obsolète, oppresseur et machiste.
Le roman sait jouer avec la noirceur et la violence, donnant un ton résolument sombre à l'ensemble. La vie n'est pas facile, mais ce n'est que le reflet d'un monde où des choses bien plus terribles se passent. Ce roman à également le mérite de nous intéresser à des problématiques politiques plutôt extérieur, celles entre la Suède et les pays communistes, tout ce qui nous touche un peu moins, nous autres français peu tournés vers l'est. Et il faut tirer le chapeau aux traducteurs, qui ont également réussi le pari de laisser le roman extrêmement lisible, d'un bout à l'autre.

Ce que je peux ajouter à cette trilogie, c'est le simple conseil : lisez-la. Je conseille rarement des polars et j'en lis à peine plus, mais c'est ceux de ce genre que je vous recommande. Une telle série mérite qu'on s'y attarde, autant pour sa forme parfaitement maitrisé que pour son fond qui ne peut que interpeler. C'est à la fois violent et nécessaire, mais on ne ressort pas indemne d'une telle lecture. Les personnages et leurs situations nous prennent à la gorge, et lorsqu'on en ressort c'est rempli de réflexion. Une de ces série dont je me détache à regret, tant je voudrais pouvoir continuer à voir ces personnages vivre, évoluer. Mais toute les bonnes choses ont une fin et celle-ci est au niveau du reste. Une page se tourne, et pourtant Millenium continue de nous habiter ensuite. La marque des grands romans.

(Chronique n°210)

jeudi 30 janvier 2014

Le mythe de Cthulhu (Lovecraft, partie 2/3)


Lovecraft, partie 2/4


Pour lire un petit livre rapidement je me suis décidé à prendre encore un Lovecraft ! Un petit cette fois-ci, encore un recueil de nouvelles. Pour l'occasion, je me suis décidé à lire enfin le fameux livre sur Cthulhu, personnage rendu célèbre avec le net mais dont je ne savais pas grand chose. Et c'est par une charmante soirée froide, emmitouflé dans la couette, écoutant du Godspeed You! Black Emperor durant toute la lecture, je me suis mis à le lire. Ce que j'en ai tiré ? Et bien ....


Résumé en trois mots : Angoissant, Horreur et Inconnue

Déjà, je ne peux que vous conseiller une chose : ne lisez JAMAIS ce livre le soir, emmitouflé dans une couette en écoutant du Godspeed You! Black Emperor à plein volume pendant une heure. Surtout !! si vous avez des colocs un poil facétieux. L'un des miens à eu la bonne idée de faire glisser une pantoufle à côté de moi quand j'étais pris dans le livre. Le résultat ne s'est pas fait attendre, j'ai hurlé. En clair j'étais bien dedans quoi.

Les histoires sont différentes et malgré l'annonce seul la première histoire parle de Cthulhu. Cependant toute les nouvelles parlent de créatures et de destins tragiques. En fait, sans lire la biographie de Lovecraft, on comprend vite qu'il était névrosé et souffrait de différents petits tracas d'ordre psychologique (apparemment il était en plus misanthrope et contre le progrès). Ça explique peut-être la teneur de ses récits.

Alors là, nous sommes dans l'horreur totalement, mélangé à du très bon fantastique, avec les Grands Anciens et bien évidemment des créatures d'autre mondes, des personnes qui défient ces mêmes créatures. Et un grand bol d'angoisse dans le tout, pour un mélange bien détonnant. C'est le moins qu'on puisse dire.

Le récit, c'est angoissant. Très angoissant, voir malsain. Lovecraft nous étale un ensemble de peur, la plupart du temps peu crédible d'ailleurs, mais tellement bien mises en scène qu'on ne peut que adhérer à ces idées. S'ajoute bien évidemment le style de narration qui est excellent, tant au niveau du langage (chapeau à la traduction d'ailleurs) qu'au niveau du style. Imparable pour bien démarrer la lecture.

Enfin il faut ajouter le fait que la réunion en corpus des nouvelles contribue à garder cette atmosphère angoissante et prenante, bien loin de ce qu'on avait dans le recueil des nouvelles de La contrée des rêves. C'est un ensemble qu'on lit, et qu'on dévore, le soir, bien installé chez soi, écoutant les bruits nocturnes.

En fait, voici ce que j'appelle un vrai roman d'épouvante, vous angoissant et vous contraignant à garder votre souffle durant certaines pages. L'ensemble du récit est bon, même si j'ai eu une nette préférence pour le premier récit (celui de Cthulhu), mais c'est bien l'ambiance et le style d'écriture qui captivent. Lovecraft est un maitre du fantastique, c'est certain, mais en lisant ce livre on se rend compte du fossé qu'il y a entre lui et d'autres livres. C'est du haut niveau, et l'auteur nous entraine dans ses noirceurs desquelles on ne ressort qu'à la fin du livre. Un vrai roman qui vous glace le sang, c'est du Lovecraft. Je suis converti maintenant.

(Chronique n°130)

 

lundi 1 juillet 2013

Chantier (Stephen King)

Premier livre de Stephen King que je lis depuis un moment -bien qu'il y en ai trois encore qui encombrent ma tablette-, et j'ai encore une fois été charmé par ce maitre du livre, qui sait vous envouter et ne vous fera pas lâcher un livre sauf s'il a décidé de créer un rythme lent. Je n'en ai pas encore lu, et je dois bien avouer que j'ai été scotché dans un livre jusqu'au bout, preuve s'il en faut que Stephen King est un grand auteur, au moins dans le style si ce n'est les histoires. Voyons cela dans notre petite chronique du jour, dans Chantier de Stephen King.


Résumé en trois mots : Paternité, Lutte et Propriété

Dans le genre, c'était un livre que je n'avais pas encore lu et qui était écrit par Richard Bachman, dont je trouve le style proche de Stephen King mais en même temps curieusement différent, comme un double, un jumeau. Chantier était assez ancien mais j'étais assez amusé de m'y remettre.

Bien qu'un peu craintif car j'avais lu beaucoup de livres dernièrement et que j'avais peur de trouver un Stephen King pénible, je me suis replongé dans le style de ce maitre sans aucune difficulté, avalant les pages à grande vitesse sans vraiment m'en rendre compte. On me dira ce qu'on voudra, mais même si on n'aime pas l'histoire, Stephen King sait écrire. Ca c'est un point que j'avais déjà souligné et que je trouve toujours dans ses lectures. Donc pour le style, aucun problème (même si je reconnais qu'il est parfois déroutant, assez direct et pas très châtié, avec aussi une façon de mettre en page spéciale mais qui ressort bien).

L'histoire est celle d'un homme qui voit son petit quotidien bouleversé par une construction nouvelle. Une autoroute va traverser sa ville et raser son quartier. Il va perdre son lieu de travail et son lieu de vie du jour au lendemain, à cause d'un petit gars derrière un bureau, un architecte qui fait des plans sans se soucier de la réalité et des habitants. Du coup, ce héros, un brave Bart Dawes va essayer de résister .... A sa manière, évidemment. Et comme toujours, avec Stephen King, ce n'est pas celle que l'on attendrait.

Le spitch de base est assez simple mais je l'ai trouvé intéressant, car il développe plusieurs choses (avec entre autre un aperçu des liens entre l'auteur et le personnage, liens qu'on retrouvera de manière plus détaillé dans d'autres livres de l'auteur), mais plus spécifiquement autour de l'attachement à un lieu, de souvenirs, d'une folie ordinaire et du basculement d'une vie, de souvenirs refaisant surface, de la paternité et du couple, de la vie en générale quoi.
Si j'ai trouvé plusieurs idées bonnes, je dois cependant reconnaitre que Stephen King m'a moins captivé sur le fond et me rend moins sensible à beaucoup de choses. Les concepts de banlieues et d'autoroutes me semblent lointain, pour moi qui vit dans la campagne, mais il faut aussi dire que le roman est très ancré dans les années 70-80 et que j'ai trouvé certains passages assez anciens, sentant un peu le vieux. Cela dit, si l'ensemble n'est pas toujours très bon, j'ai tourné les pages sans m'arrêter pour lire la suite impatiemment. Preuve que le style est toujours très efficace. Mais j'en ressort moins satisfait sur le fond que dans d'autres livres, et je suis un peu déçu par la trame principal, avec une petite voix dans ma tête qui me disait que la fin de l'histoire ressemblait à une autre du même auteur que j'ai déjà lu. Je ne sais plus laquelle, mais j'en suis presque persuadé.


En fait, le livre n'est pas mauvais en soi, mais il est en dessous de ce que j'ai déjà lu de Stephen King, et s'il est très lisible et prenant, j'ai moins adhéré au fond et à l'histoire. Les personnages restent cependant charismatiques et intéressant, on a droit à plusieurs personnages secondaires intéressant, des personnages mesquins comme souvent, une histoire d'amour curieuse et bien évidemment une bonne dose de suspense qui reste présente dans tout le roman. Dans l'ensemble le roman se lit très bien, mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'un roman immanquable de l'auteur. Cela dit je vais tout de même le garder bien au chaud entre ses confrères du même auteur, et me pencher sur son prochain : Danse macabre.

(Chronique n°57)

Premier livre de ce challenge ! Ça se fête !

mardi 11 juin 2013

Dracula (Bram Stoker)


Ce genre de livre est assez dur à lire pour plusieurs raisons. Tout d'abord, c'est un livre culte que la plupart des gens connaissent même s'ils ne l'ont pas vraiment lu. Tout au moins connaissent-ils Dracula et tout ce qui concerne le personnage, notamment sa nature. Ensuite, c'est un livre qui fut repris à toute les sauces (télé, cinéma, jeux vidéos, BD, livres pour enfants, réécriture du livre ....), et dont je connaissais déjà la trame avant de le lire, ainsi que la façon dont c'était écrit. La seule chose qui me manquait, c'était la lecture. Et pour rentrer dans le cadre des challenges, pour aussi parfaire ma culture générale, pour lire enfin ce chef-d’œuvre tant connu, pour lire un livre que Stephen King considère comme excellent, je me devais de l'aborder enfin par moi même et plonger en Transylvanie. Et c'est ce que j'ai fait.
Petite précision : je vais faire de nombreux comparatifs avec le film de Coppola, une pure merveille soit-dit en passant, afin d'être un peu plus claire. J'espère que vous me pardonnerez ce comparatif entre deux arts très différents.


Résumé en trois mots : Vampire, Londres et Transylvanie

Je ne pense pas qu'il faille présenter le personnage de Dracula, en tout cas je ne vous en ferais pas l'offense, mais je pense qu'il faut tout de même présenter l'histoire originelle, qui est souvent assez méconnue du fait de tout les dérivées et les adaptations que le roman à connu, preuve s'il en est de son succès considérable et retentissant. Le mythe du vampire est plus que fondé dans ce livre, avec des bases qui vont progressivement se modifier, d'autres rester (même dans Twilight on trouve des traces du Dracula originel).

Pour l'histoire de Dracula (petit rappel : en italique, je parle du livre, en droit du personnage), c'est presque celle du film de Francis Ford Coppola (1992), un pur chef-d’œuvre (je crois l'avoir déjà dit, non ?). Le scénario va se dérouler autour de plusieurs journaux intimes, de coupures d'articles, de télégrammes et de correspondances, le tout mélangé et qui permet au lecteur de se faire la trame de l'histoire, depuis le début jusqu'au bout. Les seuls narrateurs sont internes. L'idée est franchement très bien, mais je trouve que Stoker n'est pas allé jusqu'au bout de celle-ci, puisque tout les personnages présentent le même point de vue dans l'ensemble. Mais je reviendrai là-dessus tout à l'heure.

Alors je dois bien dire que le récit semblait alléchant lorsque je l'ai commencé, et la première partie tient beaucoup de ses promesses, avec une ambiance pesante, une sensation malsaine, des poursuites etc ... Je dois dire cependant que le fait de tenir le récit comme un journal intime fait perdre un peu de spontanéité aux scènes, avec l'utilisation massive des temps du passé. Mais le récit est vraiment très bon, presque noir, et on se plonge dedans avec délice.
Et voici la partie 2, dans laquelle nous suivons Mina et Lucy, chacune avec ses problèmes. Et là, les ennuies commencent. Pour faire claire, cette partie est longue. Trèèès longue. Il ne se passe pas grand chose, et les intrigues sont pesantes. Les ficelles sont déjà courue pour le lecteur et les personnages prennent un temps fou pour tout comprendre (ce que je ne leur reproche pas, mais le récit s'allonge du coup). Surtout en contraste avec la première partie du récit beaucoup plus rythmé, cette partie est vraiment longue à lire. La troisième partie enchaine dans ce rythme, et se traine pour notre plus grand déplaisir.
Enfin la quatrième partie va voir la chasse à Dracula, d'abord sur Londres puis lors d'une course-poursuite en Transylvanie, qui verra -enfin !- le dénouement que l'on attendait. Cette partie renoue avec la première, un rythme très bon, du suspense et une excellente course-poursuite finale qui ponctue le tout. Je dois dire que ce fut plaisant de retrouver l'ambiance du fantastique que nous avons perdu durant près de deux parties au milieu.


Maintenant que nous avons le résumé, la critique ! Attention, ça va saigner (oui, je l'avais en tête depuis un moment et je rêvais de la faire. Ça va, il y a pire comme jeu de mot).
Alors si je n'ai rien à redire sur l'idée de la forme employé (des journaux intimes et des articles de presses), je dois dire que j'ai été déçu du traitement très sobre de l'ensemble. Rien de très efficace, alors qu'il y aurait eu matière à faire beaucoup mieux, notamment en donnant un point de vue différent selon les rédacteurs, alors que là c'est vraiment décevant, tout le monde écrivant peu ou prou la même chose. Le point de vue des femmes est d'ailleurs très peu différent de celui des hommes.

En parlant des femmes et des hommes, je dois dire que le récit sent pleinement les vieux stéréotypes du XIXème siècle. Les personnages sont très clichés, tout les hommes se ressemblent ou presque (on inverse les noms et les têtes et le reste est identique) et les femmes sont énervantes et clichés ! (je m'énervais presque contre Mina dès qu'elle parlait). En comparant avec le film, il n'y a pas photo, le film a crée des personnages charismatiques alors que le livre les fait paraitre plat ! Jonathan qui avait de l'épaisseur dans la première partie à perdu tout son charme par la suite. C'est vraiment dommage.

Ensuite, par rapport au film, il manque quelque chose dans le livre. C'est l'histoire d'amour entre Dracula et Mina (dans le livre, c'est complètement inexistant !). Et bien je dois dire qu'elle manque sacrément. Il y a quelque chose qui rend le personnage de Mina fade et qui fait ressembler Dracula à un monstre d'opérette. Le problème, c'est qu'avec en plus les clichés des personnages, ce manque se fait cruellement ressentir.
D'ailleurs, par rapport au film aussi, il manque quelqu'un dans le livre. Et c'est d'autant plus dommage que le nom est tout de même sur la couverture. Eh oui ! Dracula est le grand absent du livre. Pour ainsi dire, on ne le voit pratiquement plus après le premier passage, sauf quelques apparitions, et même à la fin il est très peu présent. D'autant plus, il est charismatique ! Moins que dans le film (largement moins), mais il a un charisme indéniable, avec son aura malfaisante qui émane tout le temps de lui. Cela dit, son absence fait ressortir le côté très fantasmagorique du personnage, comme si les héros l'inventaient et devenaient fou (ce qui n'est d'ailleurs pas exclu). Et c'est vraiment dommage, car sa présence donne plus de corps au récit, tandis que son absence se fait ressentir (beaucoup dans la deuxième partie, et un peu dans la troisième).
Enfin, par rapport au film on perd beaucoup au niveau métaphore sexuelle (je pense qu'elle ne vous aura pas échappé si vous avez vu celui de Coppola). Et là encore, je trouve qu'on sent le caractère chaste et prude du XIXème, très enclin à ne pas choquer les personnes.


Cela dit, j'ai bien aimé le lire, même si j'ai eu un peu de mal à le finir vite, et que j'avoue m'être ennuyé dans le milieu du récit, qui piétine franchement je trouve. Le personnage de Van Helsing redonne du corps, avec son caractère particulier et ses phrases qui maintiennent un suspens durant un bon quart du livre. C'est toujours un bon plus (cela dit, il est encore meilleur dans le film, beaucoup plus angoissant par son côté nonchalant).
Il faut ajouter que Renfield est aussi une petite trouvaille sympathique, bien qu'il n'ai pas le moindre lien avec le reste de l'histoire et qu'il n'y a aucun moyen de savoir comment il connu Dracula. C'est une lacune qui est étrange, mais en lisant les notes de traduction on se rend compte que Bram Stoker a fait plusieurs erreurs dans l'écriture du récit (surtout qu'elles sont très grosses).
Cependant, ces personnages sont noyés dans les bons sentiments et les excellences dont font preuves les autres personnages, sans le moindre travers moral et d'une gentillesse légendaire. En fait, en lisant je repensait aux livres de la Comtesse de Ségur où tout est rose et mignon, gentillet et croyant. Le contraste avec Dracula est violent du coup, mais les deux paraissent fade. Le manichéen primaire, c'est vraiment quelque chose qui passe mal quand on ne le fait pas bien.


En fin de compte, le roman est peut-être culte, mais je l'ai trouvé fade, avec un relent de poussière par dessus. On sent que le roman est vieux, et sa morale s'en fait grandement sentir, avec une histoire qui piétine aussi sur plus d'un passage et des personnages au charisme douteux, avec des petits détails qui manquent dans l'ensemble du récit. Je trouve que le roman souffre de la comparaison qu'on peut faire avec les dérivés, et le film de Coppola est à mon avis le meilleur exemple qu'on puisse trouver, et dans le genre roman de vampire, je trouvais Salem de Stephen King mieux réussi.
En attendant de trouver à nouveau le roman de vampire qui me fera rêver, je dois dire que celui-ci contient tout de mêmes quelques bonnes idées et qu'en tant que roman culte et fondateur des vampires, créateur du vampire le plus célèbre et sans doute le plus intéressant, Bram Stoker à tout de même le droit aux hommages, et la lecture de ce classique est tout de même intéressante dans ce sens (et pour comprendre tout le mal qu'on fait certains auteurs récents au mythe du vampire).

(Chronique n°51)

Quatrième participation, on progresse
Et cinquième participation ! La moitié de fait

 

samedi 20 avril 2013

Dead Zone (Stephen King)


Pour la petite anecdote sans aucune importance, il arrive parfois (mais vraiment très rarement) que des erreurs se glissent dans un endroit très voyant d'un livre : la couverture, le dos, ou la page de garde. C'est très rare, mais ça arrive. Et ici, nous avons le plus bel exemple d'erreur grossière. En effet, le résumé à l'arrière est faux, et grossièrement faux. Il présente Greg Stillson comme un maniaque, adorateur d'Hitler et autres maniaques de l'extermination. Ce qui est en fait faux d'un bout à l'autre du roman, mais les correcteurs n'ont pas percuté. C'est vraiment vachement troublant comme erreur lorsqu'on relit le récit pour la vingtième fois. Et pareil, le fait qu'il prévoit les catastrophes seulement, c'est faux. Il est voyant de beaucoup de choses, pas que les catastrophes. Mais là encore, c'est une erreur grossière qui a été faite avec la traduction et qui n'a pas été corrigée dans toutes les éditions suivantes. Ça la fout quand même mal pour l'éditeur de foirer le résumé de son livre .... Peut-être un traducteur qui s'endort sur son clavier la veille à 3 h du matin et tape le résumé de mémoire fatigué et à l'arrache .... Que de mystère !
Mais en tout cas, le résumé ne nous fait pas manquer l'essentiel, le cœur du bouquin, qui est lui toujours aussi bon, normal, c'est de l'excellent de Stephen King ! En avant pour la zone morte de SK : Dead Zone !


Résumé en trois mots : Prémonitions, Folie et Devoir

Encore une fois, comme pour Le fléau, Stephen King nous gratifie d'une version de Dieu particulière. A savoir, Dieu est un connard omnipotent qui donne des dons dans des buts et martyrise ses agents dans le monde (grossièrement vous avez le topo). Je n'aimerai pas que ce Dieu existe, croyez-moi. En même temps si le monde de Stephen King devait exister .... Enfin bref, le personnage de Johnny va se présenter sous un jour très particulier : exit le beau mec bien membré. Bienvenue au gars qui ne sait pas courir, aux articulations raides et qui est faible (et oui, 5 ans de coma et tout est atrophié !). Bienvenue également aux prémonitions qui sont très curieuses, et qui ne viennent pas comme on le souhaiterait ....
En fait, le récit fait preuve d'une sacrée maturité dans le propos, avec une quête et un personnage maudit, mais aussi une trame très noire qui va se poursuivre dans tout le roman. Une sorte de fatalité s'installe dans le roman et le personne principal en est la victime toute désignée. Il va morfler en terme de social avec les autres. C'est presque cruel, mais Stephen King m'a habitué à ses personnages qui morflent tout les chapitres, alors l'un dans l'autre ce n'est pas surprenant (c'est encore pire que G. R. R. Martin parce qu'a la fin ils sont parfois pire que mort). Mais quand même, c'est cruel. Et pas gratuit en plus, c'est peut-être pire.

Tout le roman est basé avant tout sur du suspense mais vous trouverez de la philosophie à petite dose et de la réflexion qui est mené sur les dons que nous possédons. Et une petite également sur la société actuelle (notamment américaine évidemment mais je vous garantis qu'elle fait assez bien écho dans nos contrées de France et de Navarre également). Celle ci se porte notamment sur les hommes politiques, mais je vous laisse apprécier ses propos.

Mais le gros, le très gros point fort de tout l'ensemble de l'ouvrage, c'est son suspense et sa noirceur. Il va vous tenir en haleine pendant un bon moment, c'est sur, mais en plus il est vraiment bien noir. Ça dégouline presque. En fait, l'ouvrage dans son ensemble est teinté de pessimisme jusqu'au bout. J'ai trouvé que l'ensemble est vraiment dans une veine de polar noir fantastique.

Stephen King signe ici un roman tout ce qu'il y a de plus excellent. L'intrigue est génial, les personnages charismatiques et la noirceur dégouline. Nous aurons le droit à un peu de réflexion d'ensemble qui ne fait pas de mal non plus et le tout se dévore à une vitesse éblouissante vu le suspense qui s'installe dans toutes les parties du roman. Lorsqu'on a fini de lire, la noirceur reste encore dans nos esprits, et la réflexion ne manquera pas de vous frapper aussi. C'est un roman époustouflant, qui à de quoi glacer le sang aussi dans plus d'un passage et qui vous tiendra en haleine jusqu'à la dernière page. Un grand roman, à lire.

(Chronique n°43)

lundi 1 avril 2013

Gunnm (Yukito Kishiro)


Là, je vais taper dans le haut du pavé dans le rayon des mangas. C'est un vieux manga, du genre la préhistoire du manga, avant qu'on dépasse 95 et que le manga explose dans les ventes en France. C'est encore la vieille école de manga, et un manga qui a connu une histoire très particulière. Le genre de classique de la science-fiction, les bons vieux classiques quoi. C'est également un monstre du dessin que celui-ci. Dans le genre, le dessinateur est un monstre. Et en plus, l'histoire du livre est extraordinaire. Alors vous êtes prêt ? C'est parti pour ce manga culte, Gunnm de Yukito Kishiro !


Résumé en trois mots : Cyborg, Conscience et Science-fiction

En fait, la série à connue plusieurs soucis, notamment le fait que l'auteur ait fait un arrêt cardiaque durant l'écriture de la série qui conduisit à devoir changer la fin pour éviter de laisser la série en suspense et ne pas pouvoir avoir la fin. Du coup le scénario s'en ressent. Entre autre, l'auteur a écrit par la suite une nouvelle fin, qui en fait est devenue une nouvelle série qui compte actuellement quinze tomes (pour neuf dans la série originale) et qui est ... euh .... merdique en comparaison dirons-nous. Mais je deviendrais médisant, et ce n'est pas le but de la roulotte, au vu de quoi je vais me limiter à cette série dont le neuvième tome est une conclusion "hâtive" de l'ensemble donc.

Déjà, le premier gros point de la série, c'est son dessin. Dire qu'il est sublime est un euphémisme. Il est génialement fait, d'une dynamique incroyable, tout en finesse. Les portraits sont super, l'ambiance est noire et cyber-punk, une ambiance propre au récit, avec une touche très grosse de fantastique également. Les expressions gestuelles, les poses, les décors, les vêtements, les têtes, tout est superbement bien fait et dans un style résolument adulte. En plus de ça, il n'y a quasiment pas d'expression typée manga (genre les expressions Kawai et tout le tralala). Du coup, la lecture semble vraiment plus tournée adulte que adolescent, même si on a des belles petites pointes d'humour dedans. Mais j'y reviendrais. En tout cas, le dessin c'est vraiment superbe, je vous recommande de le lire rien que pour ça (admirez les quelques images que j'ai pioché). Le seul détail qui fait tiquer c'est qu'ils ont inversés les pages pour l'édition française et ne pas troubler le lectorat. Du coup tout est inversé.
L’héroïne, Gally. Et c'est un robot
les gars, ne fantasmez pas trop !

Ensuite, l'ambiance est très clairement noire, même si dans le manga certains passages sont un peu plus léger et humoristique. Dans l'ensemble, c'est surtout un bon manga de science-fiction bien noire avec des thèmes plutôt adultes, notamment autour de l'âme des gens, des relations avec leurs corps et tant et plus. Le fait que les personnages n'aient pour la plupart plus un corps entièrement humain (sauf Ido au début) permet de faire un parallèle intéressant avec notamment l'idée qu'on n'est plus humain sans ce corps de naissance. Gally même se pose des questions sur sa nature, elle qui n'est qu'un cerveau amnésique dans un corps modulable. Tout repères sont perdus pour elle.
Et bien évidemment, l'idée de la cité haute pour nantis et la cité basse pour les pauvres (qui ressemble d'ailleurs beaucoup à Métropolis de Fritz Lang, le film de 1933) est assez révélateur également. Une belle mise en scène des classes sociales. Et également d'un clivage du monde, entre paradis fantasmé et enfer réel. Car Zalem est le paradis attendu pour tout le monde, mais est-ce la réalité ? La décharge est un endroit fermé, qui ne fait que produire pour la ville haute, peuplé de gens mal intentionnés, de quartiers sordides et mal famés, des cyborgs à profusion, des bornes (agents de Zalem qui ne sont que robotiques et ont chacun une bouche différente). Et puis toute la violence de ces lieux, l'absence de nature, d'arbre ou de verdure .... (et ce jusqu'au bout de la série quasiment), l'absence d'oiseau, presque pas d'animaux naturels (des artificiels existent également). L'homme s'est coupé de la nature et vit seule avec la machine. Les petits détails dans ce genre abondent (notamment autour du caractères des personnages et la nature de leurs corps).

En sus, nous avons des personnages très intéressants, bien que la mort frappe assez fortement dans ce manga. Outre le personnage principal qui est juste extraordinaire, les autres ne sont pas en reste. Ido, docteur en robotique et médecin, Yugo, Vector même, et tout les personnages sombres et méchants, mais qui finalement ne le sont pas sans raisons .... Le passage dans le motorball est d'ailleurs assez impressionnant avec l'apparition de Jashungan. On aura également une jeune qui arrivera, avec tout le caractère têtu et déterminé qui la caractérise, ainsi que Kaos, Den, et tout les autres.
Le manga lui même est découpé en plusieurs arcs narratifs. D'abord avec le début, les explications du monde et la présentation des personnages, puis un passage au Motorball du tome 2 jusqu'au tome 5 environ. Là nouveau passage dans la décharge avec d'autres péripéties, et ensuite le "grand arc" narratif, sur les traces de Desty Nova. Ce personnage est un des meilleurs du manga, bien qu'arrivant assez tardivement, mais il est extraordinaire. Mélange de savant fou, de psychiatre et de génie de l'âme humaine, il est tout sauf un méchant classique. L'évolution des personnage est également géniale, avec des changements radicaux dans leurs façon d'agir, de penser etc ... Gally change radicalement de caractère entre le début et la fin, et progressivement s'en forge un nouveau. D'une coquille vide, elle se remplie au fur et à mesure, dans une évolution qu'on ne remarque pas vraiment.

Et la fin précipitée, qu'on note assez fortement, est tout de même extrêmement bien réussie. Elle conclue le tout d'une belle manière, sans que le manga ne se disperse. On remarque que le mangaka à dû faire un peu resserré, et cela se ressent dans plusieurs points, notamment la rapidité de l'action et dans le comportement de Desty Nova qui est un peu surjouée dirait-on. Mais ce sont des détails en comparaison de ce que le manga à proposé depuis le début et propose encore. On ne peut lutter contre une crise cardiaque, et l'auteur à eu la décence de nous proposer une fin correcte, qui conclue au moins la série. La suite proposée parce que l'auteur à récupéré part dans d'autres délires spatiaux qui à mon avis s'éloignent complètement de la trame et l'esprit de base. L'auteur l'a faite plus tard, et à changé entre temps. Il faut parfois savoir laisser les séries là où on les avait laissées, avec leurs défauts et tout, sans essayer de les changer.

Gunnm, c'est un manga de référence en science-fiction. Autant sur les thèmes abordés que sur le dessin et l'ambiance, il reste un des must en bande-dessinée de science-fiction, bien qu'il ne fut pas fini comme le voulait l'auteur à la base, mais il est à mon avis bien complet comme il est. Vous aurez compris en lisant mon avis que j'aime beaucoup ce manga, et je pense vraiment que son âge n'empêche pas sa grandeur d'être toujours la même. Il vaut le coup sur bien des points, rien qu'au nombre de tomes (9) qui est parfait pour l'achat, évitant qu'on ne se ruine pour la série, et elle possède l'énorme avantage d'être finie définitivement (sauf si vous jetez un œil sur Gunnm Last Order ....). C'est simplement un manga de référence, dans son genre et dans les mangas en général. Un ton adulte, un dessin mature, un scénario de même, des questions bien posées et bien trouvées ... Ce manga à tout pour plaire. Achetez le !

Pour l'histoire, un dérivé en a été fait, Gunnm Over storys qui reprend des petites histoires dans l'univers de Gunnm sans avoir une grande trame et sans importance pour l'arc principal. Je vais essayer de me le procurer un jour, et je vous en reparlerais.

(Chronique n°35)

jeudi 14 février 2013

Running Man (Stephen King)


A présent, passons au deuxième Stephen King ! Le maitre est de retour ....

A titre purement personnel, j'adore Stephen King. Je trouve que ce type à une façon d'écrire juste extraordinaire, avec une belle plume, des histoires prenantes, haletantes, plusieurs fois des réflexions pas dénudées d'intérêt et en plus des croisements entre histoires qui sont tout à fait remarquables. Et pourtant, Stephen King n'est pas la meilleure partie de lui même. Car en chacun de nous sommeille un être différents et qui ne demande qu'à s'exprimer. Lui l'a fait, il l'a laissé sortir. Et c'est un être incroyablement cruel, pervers, et retords qui en sortir. Encore pire que l'original. Sa production littéraire compta quelques romans seulement, le temps qu'il meure. Mais le mal était en route. Et voici ce qui en sortit.


Contemplez cette couverture. Admirez la mise en scène, la façon de présenter le tout. Un personnage anonyme de dos. Il regarde des écrans. Plein d'écrans, qui sont tous alignés devant lui. Et sur ceux-ci, rien de spécial. Des gens, des rues, des passages. La vie normale. Et quelqu'un qui surveille tout cela. Une horreur, n'est-ce pas ?

Stephen King ne fut pas le seul écrivain à exploiter son corps. Durant quelques années, un être nommée Richard Bachman fut crée. Il était écrivain, mais dans des genres auquels Stephen King n'était pas habitué. On le voyait notamment faire de la science-fiction, des critiques de société, ou encore pire ..... des romans juste noirs. Sans fantastique. De quoi défriser un habitué du maitre de l'horreur.

Et pourtant, cet être (qui vécu entre 1977 et 1985, officiellement décédé d'un cancer du pseudonyme ....) écrivit parmi les pires ouvrages de Stephen King. Les plus sombres, les plus torturés, mais également les meilleurs émanant du génie du mal américain. En voici pour preuve l'un des meilleurs exemples. L'un des meilleurs romans d'anticipation qui soit, une claque incroyable dans la gueule. Un de ceux qui vous plongent dans une lecture tellement angoissante et prenante que vous ne ressortirez de là que sur les genoux, vidés, le livre dévoré d'une traite. Ne le commencez pas avant de dormir, vous ferez une nuit blanche. Ne le lisez pas en étant déprimé, vous en feriez un suicide. Durant la lecture, bannissez le téléphone portable, débranchez la sonnette et assurez-vous que votre frère/sœur/conjoint ne vous fera pas une surprise en traitre dans le dos. Vous pourriez faire un arrêt cardiaque qui serait sans doute néfaste pour votre santé. Je certifie que dans cette lecture, vous ne pouvez pas décoller. Il faut suivre le tempo, le compteur n'est pas arrêté un seul instant. Vous êtes bien installé ? Attachez vos ceintures, la descente sera brutale, l'arrivée mortelle. Vous êtes prévenus. Maintenant, osez tourner la page.

Voila comment je qualifierais ce livre : une torture. Non pas qu'il est difficile à lire. Au contraire, il est d'une simplicité déconcertante en rapport avec le propos. On ne se creuse pas la cervelle, pas d'énigme à résoudre, pas de grand secret à protéger, de société secrète à découvrir. Ici, tout est au grand jour. Et c'est peut-être le pire .....
L'anticipation, vous vous en rappelez ? Et bien, ici c'est curieusement proche. En fait, une bonne part des excellents romans d'anticipation ont été écrits dans les années 50 et jusqu'au années 80. Du coup, lorsque nous arrivons à la période 2013, nous sommes dans ces années qu'ils qualifiaient déjà de futur pour eux. Une sorte d'aperçu de ce que notre monde aurait pu devenir. De ce que notre monde est devenu, peut-être. Après tout, comment en être sur ? Plongeons dans le roman pour le savoir.

Le livre est découpé en 101 chapitres, et l'ensemble de l'ouvrage fait exactement 310 pages. Les chapitres commencent tous par le même titre : "Compte à rebours ...". Le premier est noté 100, le dernier 000. Je vous assure une chose : lorsque vous commencez, vous n'imaginez pas à quel point la lecture sera de plus en plus rapide. Je vous assure. Vous décollez comme au cinéma, rivé sur votre siège. Impossible de descendre, l'appareil est en marche. La télé crache ses pubs de merde, ses jeux à la con, et vous a aspiré dans ses cathodes. Alors, on n'aime plus ?
Le futur. Premier quart des années 2000. C'est loin lorsqu'on est dans les années 80. C'est près lorsqu'on est en 2013. Et pour l'instant, il ne semble pas avoir tort. Nous sommes dans une ville. Une grande ville de la côte est américaine. Co-Op City. Bienvenue dans le monde de demain. Vous n'avez pas le temps de visiter, il faut avancer, tout va très vite.
Voici le héros. Ou tout au moins l'homme que vous suivrez durant votre séjour. Ben Richard. Un nom très ordinaire pour un type banal. Un de ces hommes comme il en existe des milliers dans toute la ville. Ouvrier, marié, un enfant, une situation à peu près stable. Un Libertel, la télé de demain, comme c'est obligatoire dans tout les foyers. Que peut-on rêver de plus ?
Il est pauvre, sa femme aussi. Ils ont une fille. Elle est jeune. Elle est tombé malade. Il faut la soigner. Mais les moyens manquent. Alors Ben Richard va aller là où se trouve l'argent qu'on distribue aux gens pauvres. Là où se passe tout ce qui intéresse ces masses pauvres des HLM de demain : la tour de jeu. Là où sont filmés ces jeux qui peuvent tuer les concurrents lorsqu'il le faut. Ça fait de l'audimat, c'est bon pour le chiffre. C'est ça l'avenir. Et Ben Richard y va. Attention, c'est parti. Vous avez fini le premier chapitre.

Et le voila qui est dans la tour. La sélection, tout se passe bien. Il est dans le grand jeu, le best-of, là où les risques et les gains sont les meilleurs. Le pire du pire, le nec plus ultra. La grand traque. Durant 30 jours, toutes les polices du monde, touts les habitants de la planète le pourchasseront. Il n'a nul échappatoire. Et s'il résiste, si il a tenu durant le mois complet, alors c'est le jackpot. Un milliard de nouveaux dollars. Sinon, la mort. On ne réchappe pas aux Chasseurs. Le compte à rebours continue.


Si je vous présente les choses de cette manière, c'est pour que vous compreniez la situation. Tout va aller vite. Les phrases raccourcissent, pas de descriptions, peu de dialogues. L'action avant tout, c'est ce qui fait l'audimat. Et bien malgré nous, nous allons suivre le jeu sur l'écran des pages. Cours Ben Richard, cours ! Tu peux échapper aux Chasseurs, tu peux échapper au monde, mais tu n'échapperas pas à notre regard. Nous suivons ta course. Tu es traqué par le lecteur avant tout le reste.
Et durant la traque, la fuite change de visage. Les dessous du monde sont révélés. Les cartes s'abattent, l'ennemi à un carré d'as. Comment le battre ? En connaissant les dessous du jeu, en sortant une suite royale à cœur ou à pique. En comprenant l'envers du monde. Et c'est ce que fera le lecteur. Avec Ben Richard, il comprendra ce qui se joue derrière. Tout n'est pas clair, et les points obscurs le sont pour une bonne raison. Des choses horribles se déroulent derrière, attention à la chute en découvrant le précipice. Car l'avenir est sombre, des injustices, des horreurs sociales, des déshérités et des riches à en crever. Oui, le monde est moche. Mais est-ce l'avenir, est-ce le présent ? Tout ressemble à ce que nous connaissons déjà. Qui nous dit que tout n'est pas arrivé ? Il semblerait qu'effectivement le jeu ai commencé dans la vraie vie également. Comment s'en sortir ?

Et dans un final éclatant, dans une apothéose grandiose qui fait retentir du Carmena Burana dans vos oreilles,  vous sentez que vous avez compris toute l'horreur d'un tel monde, qui semble pourtant si proche. Il est lointain dans le début, mais au fur et à mesure que vous continuez, vous vous rendez compte que vous êtes dedans, vous êtes représenté à un moment ou à un autre. La société d'aujourd'hui est déjà passé au vitriol, elle est présentée sous son jour le plus affreux. On voudrait que ça cesse, mais le bouton pause n'existe pas dans ce livre. Vous irez de l'avant, que vous le vouliez ou non. Jusqu'à la fin du compte à rebours. Là, vous aurez véritablement fini. Et tout s'arrêtera.

Lorsque vous avez ce livre en main, considérez que vous tenez un tube de nitroglycérine. En le laissant intact, sans le toucher, au fond du tiroir, il n'y aura aucun dommage. En l'agitant dans sa main, les conséquences sont néfastes pour la santé. Mais en l'utilisant avec prudence, au bon endroit, il peut servir à creuser un passage dans la roche, à relier plusieurs points qu'on ne pensait pas existants. Il faut le lire, mais attention à son rythme. Pas de temps mort, on ne respire plus. C'est une apnée de quelques heures, qui vous laisse pantois sur le rebord. Vous avez mal au cœur, vous saignez en dedans. La violence dégagé fait mouche, mais elle sait frapper juste. Elle réveille. Et ce n'est pas un mal que d'ouvrir les yeux sur certaines choses de la vie.

(Chronique n°13)