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mardi 9 juin 2015

Les enfants de Dune (Frank Herbert)

Ce tome fut plus dur à lire que le précédent, mais lors de celle-ci je fus gagné par la certitude que Frank Herbert est véritablement un génie, et je pèse mes mots. Ce livre est ardu à lire, c'est d'une difficulté supérieur à la moyenne, mais pour autant on peut parfaitement suivre si l'on s'accroche un tout petit peu. Et c'est ça qui est fabuleux, car la saga de Dune se poursuit sans trêve ni repos avec ses personnages changeants, ses situations imprévisibles et tout le génie de Frank Herbert planant sur les pages qu'il a rédigé.


Résumé en trois mots : Intrigues, Ecologie et Pouvoir

Ce tome continue le précédent, en se promettant dix ans plus tard, avec les personnages que nous connaissions déjà mais qui ont évolués par rapport aux derniers événement. Et la situation a encore évolué, bien évidemment. Et c'est là que se situe déjà le talent de l'auteur.

Ce tome s'ouvre sur des changements radicaux entre les personnages, qui doivent maintenant faire face aux anciens alliés. Les vainqueurs se déchirent autour de l'empire, de l'épice et de tout ce qu'ils contrôlent. Mais c'est également le pont névralgique habituel, le centre de tout, Arrakis, appelé Dune, unique planète productrice d'épice, qui est en jeu. Car les changements climatiques de cette planète affectent l'épice, et par là-même tout l'empire.

Ce qui est fascinant, c'est la façon dont Frank Herbert nous tisse des liens entre tout ce qui se passe, l'intérieur de chacun tout comme le destin d'un empire, les tensions et les alliances politiques, les bouleversement de chacun, les métamorphoses qui s'opèrent. Frank Herbert se paye en sus le luxe de nous farcir le livre de considération sur la religion, le pouvoir, la politique, la famille, l'avenir et le destin, l'écologie, le commerce, et quelques petites considérations sur l'humanité par dessus tout ça. Le tout sans se perdre dans le roman, en conservant des fils directeurs parfaitement logiques et bien souvent surprenants, mais très dense.

Je conçois la critique la plus fréquemment entendue par rapport à ce roman : la difficulté de lecture. J'en suis au tome 3, je suis maintenant bien habitué au style de l'auteur, au monde et aux concepts, et pourtant j'ai encore un mal fou à comprendre certaines implications dans les conversations entre les différents protagonistes. Comme si l'auteur faisait des dialogues trop intelligents pour moi. Je crois bien que c'est la première fois de ma vie où je lis un livre pour lequel je suis certain que l'auteur soit plus intelligent que moi, sans conteste. Et c'est bien en cela que réside la difficulté de lire cet ouvrage. 

Un livre d'une intelligence rare pour une saga qui ne l'est pas moins, malgré sa difficulté toujours présente dans la lecture. Mais si vous faites l'effort de vous accrocher, si vous prenez le temps de vous plonger dans la saga en intégralité, si vous ne baissez pas les bras devants les mots nouveaux et les discours emplis de sens cachés, alors vous trouverez une pépite merveilleuse qui continue de m'éblouir sans que j'y prenne garde. Un tel livre se mérite, mais quelle puissance en lui. J'en reste émerveillé. Cette saga est en passe de devenir ma favorite, mais son auteur est ajouté dans mon panthéon personnel sans aucune condition à présent.

(Chronique n°281)

samedi 25 avril 2015

Neige (Orhan Pamuk)

Un livre sur lequel je suis tombé sans rien savoir ni de son auteur ni de son sujet, et duquel je n'avais aucune information de critique. Mais je me suis décidé à le lire, mais j'ai arrêté au milieu pour le reprendre et finir quelques mois plus tard. Et en fin de compte, je l'ai fini à un petit rythme bien différent de d'habitude. Maintenant, je suis certain d'avoir lu au moins un auteur turque et au moins un auteur prix Nobel !


Résumé en trois mots : Religion, Poésie et Politique

Ce livre aura été un long parcours de lecture, et pourtant, je dois bien avouer que je ne l'ai pas détesté. Principalement parce que la lecture fut longue, mais pas laborieuse. Et que même si je n'ai pas considéré ma lecture comme un chef-d'oeuvre, je pense que c'est un bon livre.

L'histoire n'est pas extraordinaire en soi, un poète retournant dans sa ville natale pour y faire un reportage sur les suicides de filles voilées. Le livre va nous dévoiler tout ce séjour dans sa province natale, entre ses amours retrouvés, sa poésie, les conflits politiques, religieux, sociaux et moraux. Et bien évidemment, la neige qui tombe sur la ville.

En réalité, ce livre est très bon, à la fois intéressant sur le sujet, le développement et les thématiques, instructif et passionnant sur les conflits de la société turque, mais également beau et poétique. C'est une belle histoire, qui a ses bons et ses mauvais côtés, et qui s'écoule doucement, comme le flocon de neige. Mais en soi, je ne l'ai pas trouvé extraordinaire, et je suis surpris, au regard de ses qualités, de ne pas l'apprécier plus. En réalité, je crois que je me lassais un peu de l'histoire, que j'aurais voulu quelque chose d'autre. La longue coupure dans ma lecture n'est pas non plus anodine, c'est plutôt rare que je commence un livre jusqu'à mi parcours avant de l'arrêter pendant plusieurs mois.

Un livre qui a toute les qualités voulu pour être apprécié comme un chef-d'oeuvre, mais je n'ai pas aimé. C'est totalement moi, et je vous recommande la lecture de ce livre, mais je n'y ai pas trouvé mon compte. J'aimerai bien prendre cependant le temps de le relire, un de ces jours, avec peut-être un autre regard qui me permettra alors de l'apprécier à sa juste valeur. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas apprécié autant que je le voudrais. Dommage. 

(Chronique n°264)

samedi 4 avril 2015

Le messie de Dune (Frank Herbert)

J'ai pu profiter d'une semaine de vacances pour retourner chez mes parents et retrouver l'intégralité de ma bibliothèque qui n'a pu, malheureusement, suivre mon déplacement dans la France. Mais heureusement, c'est du coup un plaisir renouvelée que de revenir et se sentir à nouveau étroitement entouré de livres et de BDs, lesquelles vont d'ailleurs revenir dans des chroniques tout exprès, car j'en ai plusieurs qu'il faut que je vous partage.
Mais surtout, j'ai pu retrouver les livres que j'avais laissé stupidement, et notamment toute la suite de Dune qui m'avait laissé tellement pantois voila quelques semaines. J'ai donc pris délicatement le tome 2 et je me suis permis de lire quelques lignes, avant d'entamer le livre proprement dit. Et voila qu'il m'a laissé, encore une fois haletant et groggy. De la littérature de haut vol, et comme j'en avais plus lu depuis un bail. Dieux que ça fait du bien !


Résumé en trois mots : Politique, Religion et Trame du temps

Bon, j'admet, je m'emballe peut-être un poil dans cette lecture, mais je dois bien dire que j'ai l'impression d'avoir trouvé la une grande série de science-fiction, épique et majestueuse. Une série qui a fait souvent parler d'elle, mais que je commence seulement à vraiment entrevoir comme ce qu'elle est : un chef-d'oeuvre de la science-fiction.

Je ne vais presque rien dire de l'histoire, car ce tome est exactement la continuité du premier, et je ne pourrais vous dire quelque chose sans dévoiler l'intrigue du premier tome. Et ce serait bien dommageable pour vous si vous n'avez encore rien lu. Aussi je dirais que, niveau scénario, j'ai été agréablement surpris, car ce que je reprochais au premier tome, à savoir une trame scénaristique bien plus dense et étoffée, l'univers développé par Frank Herbert trouvant enfin de quoi étendre toutes ses ramifications. L'histoire m'a complètement surprise par les détours qu'elle prenait et la vaste implication politique qu'elle englobait. Rien ne se passe comme on s'y attendrait, et la réalité est diablement cruelle. Le roman est bien plus court que son prédécesseur, mais possède une densité d'intrigue magnifique. Je suis comblé par ceci, qui montre bien que le premier tome servait de mise en place d'un univers. Qu'on ne fait encore une fois qu'effleurer ici.

Ce qui est passionnant, c'est de voir comment Frank Herbert arrive à englober tellement de sujet en si peu de temps. Outre des questions sur la politique et la religion qui sont très intéressante et donnent matière à réfléchir, le bougre se paye le luxe de nous ressortir quelques réflexions écologiques, notamment sur la gestion complète d'un éco-système, sur la société, sur les changements profonds d'un régime, sur le poids des choix, sur le temps et la vision de celui-ci, sur le destin et le choix, mais également sur la nature même d'une société et d'un peuple, ou d'une révolution. Tout est maitrisé et entremêlé, avec un final qui m'a presque tiré des larmes, mais qui laisse également la voie ouverte à toutes les suites imaginables. Et justement, des suites, il y en a encore, et j'aimerai à présent m'y plonger allègrement.

Si je devrais donner un défaut à ce livre, c'est qu'il manque une toute petite chose : le désert. Je n'ai pas retrouvé autant le désert que je l'aurais voulu, le livre se déroulant plus dans le palais que dans les dunes. En un sens, j'ai trouvé dommage qu'on explore pas plus ce lieu si saisissant et puissant, un lieu qui forge des hommes et qui reste toujours mystérieux. Mais ne boudons pas notre plaisir, le livre est excellent.

Une suite qui m'a comblé au-delà de mes voeux, puisqu'elle sait conserver toute la force et le potentiel de la première partie tout en comblant les lacunes pour en tirer un roman d'une densité et d'une force sans égal. Je suis encore sous le charme, et j'ai hâte de découvrir la suite à présent, pour plonger plus en avant dans les dunes de sable, au milieu des vers et des Fremens. Une saga qui promet vraiment beaucoup. Vivement la suite !

(Chronique n°255)

jeudi 2 avril 2015

La religieuse (Denis Diderot)

J'ai eu, durant mes années d'études, un professeur que j'ai énormément apprécié et qui nous a vanté une sacré quantité de livres et d'auteurs de la période moderne, dont Laclos, Rousseau, Sade, Voltaire et Diderot. C'est ce dernier vers lequel je me suis penché le plus vite, attendu que notre professeur nous en parlait presque tout le temps. J'ai donc déjà lu le livre Paradoxe du comédien qui est très intéressant, puis je me suis penché sur le cas de La religieuse, qui nous étais présenté comme un ouvrage régulièrement interdit à l'époque. Je voulais en connaitre la raison et je me suis mis en tête de le trouver et le finir.


Résumé en trois mots : ReligieuseCouvents et Problèmes

C'est une curieuse histoire, bien évidemment bien plus qu'une simple histoire. C'est le pamphlet d'un philosophe envers une institution établie de la religion. Et pas n'importe laquelle. Celle des couvents.

Alors, avant toute chose, je comprend parfaitement qu'on puisse se désintéresser de ce genre de roman si l'on n'y voit pas l'intérêt et qu'on y vient pas avec un minimum de connaissance de base. En effet, l'époque de Diderot est celle où les jeunes filles de bonne famille sont envoyés au couvent, soit avant le mariage, soit définitivement faute de dot suffisante pour la marier. Et deux trois autres détails du genre. Alors, je conçois que si vous ne vous intéressez que très peu à cette époque et à son comportement religieux, c'est assez difficile d'approche et peu intéressant.

Cela dit, j'ai beaucoup aimé la façon dont Diderot traite le livre. C'est la lettre de l'héroïne à un protecteur anonyme, dans laquelle elle raconte son histoire d'un bout à l'autre, tout en conservant sa naïveté et sa candeur d'origine. C'est une fille de bonne famille qui connue la malchance d'être née seconde dans la famille. Et qui va se retrouver au couvent très vite, alors qu'elle refuse.
Mais la vie est mal faite, et notre héroïne va se retrouver à fréquenter divers couvent, chacun avec ses méthodes et sa façon d'agir, qui bien évidemment, ne conviendront jamais.

Ce livre est amusant, de part son énorme pamphlet anti-clérical, et toute la volonté qu'il met à décrire des couvents comme des institutions sordides hérités d'une époque qui ne correspondait plus à la réalité et qui ne faisant que mettre à mal une partie de la gente féminine, qui n'avait pas demandé à s'y trouver pour la majorité. Le pamphlet a perdu de sa force, il faut l'avouer, puisqu'il vise, plus que la religion, une institution de celle-ci. Institution qui n'a pas disparu, mais n'existe tout du moins plus dans la forme qui nous est présenté ici (et tant mieux !). Mais cela fait réfléchir, je trouve, que de lire ce qu'il s'y passait (en traits grossis) et les limites de toutes religions.

Personnellement, je me suis amusé à la lecture, qui ne fut pas la plus inoubliable mais très sympathique tout de même, avec quelques rires, pas forcément voulu par l'auteur je pense, mais cela m'a amusé de me retrouver dans un dix-septième siècle rempli de nonnes. Même si je ne pense pas relire ce livre, ce fut une lecture distrayante.

Un livre philosophique mais qui a perdu de sa force et de son potentiel, même s'il reste très sympathique à lire (notamment son langage très classe), avec des bonnes choses à en tirer. Je ne suis pas sur qu'il me faille vous le conseiller, sauf si vous êtes fan d'histoire et de religion, et que vous avec quelques connaissances préalables sur le sujet. Le livre ne manquera pas, alors de vous plaire, même si là encore ce n'est pas le meilleur livre qu'on ai conservé de cette période. Mais pour ma part, j'en ressors satisfait.

(Chronique n°254)

lundi 9 février 2015

Sa Majesté des mouches (William Golding)

Enfin, enfin, enfin je lis ce livre ! Depuis des années je me disais qu'il fallait que je découvre un immanquable comme lui, et je me suis enfin lancé dans sa lecture, attendu et désirée. C'est un choix que je ne regrette vraiment pas. Ce livre n'est pas cité en tout sens pour rien. Il contient quelque chose en lui de vraiment spécial qui le fait traverser le temps, et je pense qu'il continuera encore longtemps.


Résumé en trois mots : Enfants, Jeux et Violence

Pour faire un résumé simple, c'est simplement l'histoire d'un groupe d'enfants rescapés d'un crash d'avions et qui survivent sur une île, en s'organisant à leur manière. Bien évidemment, tout ne s'arrange pas de la meilleure façon qu'il soit. Et les ennuis que peuvent provoquer les enfants vont très loin, bien plus loin qu'on ne pourrait le penser.

Je n'ai pas lu d'analyse de ce livre, qui le mérite bien pourtant, mais je pense qu'on y trouve une bonne vision de l'homme sauvage, ou au moins de la nature sauvage de l'homme. Car ces enfants sont les hommes affranchis de toutes contraintes sociales, et toute contrainte mentale. Ils font comme bon leurs semble dans la vie de tout les jours. Et les jeux deviennent de plus en plus violent. Le pouvoir est discuté, des problématiques importantes surgissent : prévenir les adultes, sauvegarder l'espace de vie, manger. Et la superstition apparait ...

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce livre, c'est que rien ne sera épargné à ce groupe sous prétextes qu'ils sont des enfants. Au contraire, la cruauté se rajoute encore par-dessus. Rien ne leur est épargné, et à travers eux, c'est l'humanité qui est visée, l'humanité qui peut se conduire comme des enfants et jouer à des jeux de plus en plus violents. C'est la façon d'être la plus sauvage, mais la plus naturelle pour l'homme. C'est jusque dans le comportement du personnage principal, qui est au début un gamin comme tout les autres et fait également preuve de cruauté, tout comme les autres.

En fait c'est assez dur de décrire ce livre ou de donner une impression claire sans trop en dire, mais j'ai vraiment beaucoup aimé et je ne peux que vous conseiller sa lecture. L'image de l'homme y est dépeinte sans scrupule et sans pincettes. C'est un grand classique, mais qui est plaisant à lire et qui n'a rien perdu de son éclat.

(Chronique n°229)

samedi 7 février 2015

Dune (Frank Herbert)

Enfin je lis ce monument de la littérature de science-fiction. Enfin je sais ce que ça veut dire Fremen, distille ou encore Harkonnen. Enfin je peux mettre une histoire sur la fabuleuse bande-originale du groupe Toto, enfin je découvre les noms que j'ai déjà entendu ou évoqué moi-même sans avoir jamais lu. C'est impressionnant comme cette série est devenue culte au fil du temps, investissant différents support (pour ce qui est du cinéma, je vous laisse visionner l'excellente chronique du Fossoyeur de films) et restant dans l'esprit comme une saga imposante qui a proposé un univers unique dans le monde de la science-fiction. Après avoir lu L'étoile et le fouet je percevais un talent assez énorme derrière l'auteur, même si sa littérature me semblait quelque peu inaccessible sur certains points. Je voulais donc m'assurer que Dune était bien ce qu'on me promettait, et que je ne m'étais pas trompé sur l'auteur. C'est maintenant chose faite, j'ai mon propre avis.


Résumé en trois mots : Désert, Politique et Religion

Wouh, je ressors tout juste de ce pavé et je reste soufflé par la tempête de sable qu'elle procure. C'est incroyable comme genre d'oeuvre, à la fois riche et dense, complexe et complète, mais en même temps lisible et prenante. Un véritable chef-d'oeuvre ? Presque, a vraiment peu de choses près.

Premièrement, oui, Frank Herbert est véritablement un génie. Sa façon de façon de faire est magnifique, puisque contrairement à beaucoup de livres qui prennent le temps d'installer les choses et de nous présenter le monde, Frank Herbert nous catapulte dedans sans la moindre indication sur l'organisation sociale et politique de l'univers (oui, parce que tant qu'a faire, autant ne pas se limiter à une seule planète, hein ?) mais sais distiller dans son histoire les informations capitales quand il y en a besoin et ne prend pas son lecteur pour un con en le laissant extraire les informations qu'il faut quand il les lit. Tout n'est pas dit explicitement, mais on comprend vite les relations et les liens envers tout le monde pour peu qu'on fasse l'effort de comprendre. Et ça, j'aime particulièrement. L'auteur laisse au lecteur la marge de manoeuvre nécessaire pour qu'il soit obligé de réfléchir sans que cela plombe le roman. C'est un grand plus, que j'affectionne particulièrement.

Deuxièmement, il faut avouer que l'auteur a su nous pondre une écriture intense. Que ce soit par son style, par le rythme, ou par l'usage qu'il fait de l'ellipse temporelle, l'auteur nous prend toujours au bon moment tout en sachant couper exactement là où il faut pour que le lecteur n'ai pas le temps de s'ennuyer. Le roman comporte bien des moments d'ombres qui sont appréciables, puisqu'on progresse dans l'histoire  de moments forts en moments forts. De plus, l'attention ne baisse jamais à la lecture puisque la réflexion est toujours présente à l'esprit du lecteur. Ce n'est pas la lecture calme et reposante de la soirée, c'est une lecture prenante et intense qui plonge le lecteur dans son univers.

Et l'univers, parlons-en. Car Dune, c'est avant tout un univers qui est riche, intense, développé et complet. Rien qu'au niveau de l'organisation politique, il reste des bouquins à écrire (et les appendices fournis le sont aussi, fournies). Et rien que ça, ça fait plaisir. On sent derrière le bouquin tout une structure qui est en place et qui densifie le monde. Bien des choses sont évoquées sans même qu'on ne les développe ou qu'on en saisisse tout le sens. Mais en lisant, j'ai compris ce qu'il fallait savoir d'elles pour l'histoire. Et au final, ça passe largement mieux que trois tartines de textes pour chaque chose. Ici, c'est simple et efficace. Mais jamais gratuit. On sent tout le travail de création d'un univers derrière, et cette complexité rend le texte puissant, car il est nourri de tout un univers qu'on ne fait qu'effleurer.

Le seul problème restant, à mon avis, est celui de l'histoire et un peu des personnages aussi. C'est le seul "défaut" que je relèverais à l'oeuvre. Car si tout est bon, il faut bien le dire, l'histoire reste un rien classique dans son développement et ne confère pas spécialement de retournements impressionnants. D'autre part, les personnages sont un peu effacés devant toute l'immensité du monde crée, et même si j'ai apprécié le développement final de Paul, qui me donne envie de lire la suite, je ne les ai pas trouvé extraordinaire. L'histoire se tient, contient d'excellentes choses, mais n'est pas exceptionnelle en soi. Et ça ... C'est dommage, mais en même temps, peut-on demander une histoire dense et fouillée dans un livre qui est déjà tellement plein de nouveauté ? Peut-être, et là-dessus je rejoins ce que je pensais sur Neverwhere, que le fait d'avoir un univers aussi vaste, tellement de choses à apporter, ne demande pas de développer une histoire au potentiel infini. Ce serait apporter trop de choses d'un coup, et je me serais sans doute fait noyer dans la masse. Alors que là, j'ai pu plonger avec délice dans un monde et dans un style.

Maintenant, j'attends la suite au tournant, et je pense que l'auteur peut se permettre de développer d'autres choses bien plus complexes dans les prochains tomes, maintenant que l'univers est posé, ou au moins esquissé. Et ça, mes amis, j'ai envie de le voir !

Je ne parle que très peu de toute la partie réflexion qui est accordé au pouvoir, à la religion, à la condition humaine, et à diverses autres choses tels que le climat, l'écologie, la biologie ou encore les relations humaines. C'est déjà assez vaste à traiter, et cet article est bien assez long. Sans même parler de l'ambiance bien particulière qui combine le désert de sable et la science-fiction, mêle les cultures et les époques. On retrouve un peu de tout, c'en est bluffant.

Pour résumer tout ce pavé, je dirais simplement que Dune est un excellent livre, à qui il manque encore un petit poil pour atteindre le summum de l'art littéraire. Mais le livre seul n'est que le prémisse d'une saga. Et c'est peut-être en elle que se trouve tout la force qui "manque" dans ce tome. Mais ce tome à lui tout seul vous invite dans un univers riche et dense, avec une histoire simple mais efficace, dans un style beau et prenant. Un tel livre ne vous lâchera pas du moment que vous faites l'effort de le lire, et ça c'est la marque de fabrique des grands auteurs. Une saga qui démarre du meilleur pied et que je vais essayer de poursuivre aussitôt que possible. Lisez-là, c'est un livre qui mérite qu'on s'y attarde.

(Chronique n°228)

samedi 5 juillet 2014

Miséréré (Bernard Clavel)

Le royaume du nord, troisième tome

Troisième tome, avec toujours cet écrivain fabuleux et fantastique qui sait nous plonger dans les paysages du grand nord en nous faisant aimer tout ce qui s'y trouve, de la terre aux arbres, les rivières, le vent, la nature, les animaux et les hommes. Ici, c'est l'endroit gelé et froid, dur et cruel, mais une terre qui rend les hommes vrais.
Et nous voila face au troisième volume de cette saga, la suite directe des aventures, les mêmes lieux, certains personnages qui reviennent, et toujours cette même terre d'un nord canadien. Mais, un nouveau changement intervient. Voila que débarquent de nouveaux colons ...


Résumé en trois mots : Village, Curé et Communauté

Cette fois-ci, le roman se déroulera vraiment autour de St-George d'Harricana, autour duquel se greffent progressivement des nouveaux lieux, investis de colons qui viennent chercher ici le pain que la crise de 1929 leur a retiré. L'Etat cède des parcelles et envoie les pauvres cultiver. Et ceux-ci foncent en remplissant les trains de leurs misères. Certains arrivent, s'installent. Et construisent pour demeurer.

Ce livre se concentre donc autour de la construction des nouveaux villages, des communautés qui vont se former aux alentours de ce qui se transforme progressivement en ville, mais c'est également un livre sur les rapports humains qui se développent progressivement dans la société qui se recrée dans le nord. Et surtout l'histoire d'un personnage, Cyrille Labrèche, brave travailleur au grand cœur mais qui est aussi un peu trop têtu. Bien que n'étant pas le héros à proprement parler, il sera le fil conducteur de toute l'histoire.
Ce qui continue de me plaire dans cette saga, c'est les croisements qui arrivent successivement entre les livres, les personnages revenant mais de façon différentes, le temps ayant passé à chaque fois. Mais tout l'intérêt est aussi de suivre l'historique de cette terre qui bouge, progresse, évolue, se transforme. Tout en restant fondamentalement la même. C'est une terre sauvage et difficile, qui sait se montrer hostile.

Une histoire qui change encore une fois de ton avec les précédentes et annonce des grands changements dans la suite de la saga. Le royaume du nord s'étoffe, et les nouveaux arrivants vont devoir, eux-aussi, conquérir ce sol dur et froid.

Bernard Clavel n'a pas son pareil pour nous dépeindre des situations qui nous plongent dans une ambiance de façon si puissante. On vit avec ces braves colons du nord, on sent que ça sera dur et que la fin ne sera jamais aussi heureuse qu'elle l'est dans un conte, car la vie est cruelle, mais elle contient tout de même de belles choses. Je crois que c'est le résumé de ce livre, beau et cruel. Un troisième tome toujours aussi prenant et qui nous plonge immédiatement dans le quatrième.

(Chronique n°203)

samedi 28 juin 2014

Les petits dieux (Terry Pratchett)

Encore du Terry Pratchett, encore du disque-monde ! Je n'en ai pas fini avec cet auteur, qu'un ami me passe régulièrement. Celui-ci, m'a-t-il assuré, était très bon. Il rentrait aussi dans le cadre de différentes lectures que nous avons eu en commun sur le sujet de la religion. Et il me semble que cette lecture s'inscrit totalement dans le cadre de cette réflexion, très intéressante d'ailleurs, de la religion au travers du regard de la fantasy. Ce qui nous donne d'ailleurs un excellent vecteur de réflexion pour le monde réel, tout autant sur la religion que la foi, le divin et surtout les prophètes. Et quoi de mieux pour le faire que d'utiliser une histoire inventée de toute pièce pour faire passer le tout ? Ainsi, c'est exactement ce que nous aurons ici !


Résumé en deux mots : Religion, Foi et Humour

L'histoire va tourner autour de Frangin, novice dans un temple dédié au grand dieu Om. Le plus grand temple dans la ville principale du royaume contrôlé par les croyants dans le dieu Om. Mais une hérésie est là, présente et installée. Une hérésie disant que le monde n'est pas rond mais plat, posé sur le dos de quatre éléphants juchés sur une tortue. Et le brave mais benêt frangin ne vas pas voir sa vie s'arranger lorsqu'il découvrira le dieu Om prisonnier dans le corps d'une ... tortue.

Disons le tout net, ce livre est pour l'instant, selon moi, le meilleur des Annales du Disque-monde que j'ai lu. Une virtuosité sans pareil le parsème ! Je ne reviendrais pas sur l'extraordinaire humour que contient cette pépite littéraire, mais je dois bien rendre hommage au talent monstrueux de l'auteur pour transformer son livre à la fois en satyre piquante de différentes choses (notamment ici de la Grèce Antique et de ses penseurs, mais aussi de la religion, du fanatisme et de la foi) mais aussi en véritable réflexion sur ces points, donnant à la fois son avis éloquent et un angle de vue toujours intéressant.
Concrètement, les développements et digressions autour de la foi sont tout simplement excellent, avec cette leçon si bien inscrite : à trop vouloir faire croire les hommes dans un dieu, ils croiront plus dans la religion qu'en lui. C'est tellement bien mis en scène que je ne peux qu'applaudir devant l'ingéniosité. Et je ne parle pas de toutes les symboliques énormes qui sont placées et détournées (notamment la fameuse traversée du désert).

Si je peux me permettre le jeu de mot, ce livre restera dans les annales. Blague à part, il s'agit d'un excellent livre que j'ai adoré lire, tout autant pour son histoire et son humour habituel, que j'ai trouvé excellent comme toujours, que pour son côté plus philosophique et réfléchit sur la religion et tout ce qui en découlait. Tout est traité, bien traité, et intelligent. C'est rare les livres de ce genre qui vous font rire et vous font réfléchir, mais c'est exactement le style qui me plait et je suis totalement partisan de cette façon de faire. Vivement d'autres dans le même genre !

(Chronique n°200)

mardi 11 mars 2014

Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus (Eduardo Mendoza)

Encore un livre qu'on m'a prêté et que je me décide à lire rapidement (faut vraiment que je les finisse tous ...) pour avancer dans le tas qui s'accumule encore un peu plus. D'ailleurs j'ai eu un sourire en voyant le nom de l'auteur, également celui du méchant de De capes et de crocs. Bref, je me suis dit "Pourquoi pas ?" et me voila encore une fois embarqué dans des aventures bibliques, nous transportant dans le temps que fut celui de Jésus avant qu'il ne devienne célèbre, lorsque son père Joseph fut accusé de meurtre.


Résumé en trois mots : Humour, Jésus et Enquête

L'histoire est très bien trouvée, mélange entre une enquête à la Agatha Christie et de l'humour très drôle, ajouté à une bonne dose d'histoire biblique (si vous avez des connaissances vous noterez de multiples références dans le roman, souvent bien trouvées et parfois subtiles), plus une part d'histoire réelle, ce qui n'est pas pour déplaire l'historien que je fus. Et en plus de ça, l'auteur écrit bien. C'est la cerise sur le bouquet, non ?

En commençant à lire, le ton est très vite donné. C'est résolument un livre humoristique, mais qui sait aussi explorer d'autres chemins, notamment ceux du policier simple, puisque nous allons suivre une enquête véritable, avec ses indices, ses fausses pistes (dans lesquelles je me suis plongé allègrement) et son dénouement, par ailleurs pas complètement idiot et en accord avec le reste de l'histoire (notamment sur le plan historique). L'auteur nous entraine dans une fiction très crédible, et se paye en sus le luxe de nous offrir un postface expliquant les informations réelles qu'il a usée et celles qu'il a changé pour adapter au livre, souvent minime d'ailleurs. Je trouve cela juste parfait, et surtout intéressant.

Comme dit, le roman fait la belle part au réalisme historique, teinté de beaucoup d'humour, mais c'est vraiment la Judée telle qu'elle était à cette époque là (environ 6 ap. JC), avec ses principes entre romain et juifs, mais aussi entra habitants, et notamment certaines coutumes. C'est du coup un bon petit moment d'histoire.

Je demanderais bien plus souvent des romans aussi intelligent, dans l'histoire, le cadre et le traitement très humoristique. L'ensemble passe comme une lettre à la poste et j'ai lu le tout sans vraiment m'arrêter, entrainé dans ces aventures déjantées et loufoques qui m'ont bien plu. Le tout est très simple mais efficace, et l'auteur a su tirer le meilleur profit de ce qu'il savait. Je recommande ce petit bijou de lecture, qui m'a vraiment beaucoup plu.

(Chronique n°150)

samedi 1 mars 2014

Le démon et mademoiselle Prym (Paulo Coelho)

Je n'ai pas pu m'empêcher de lire ce livre plutôt court, et qui devait sans doute être bien écrit, vu que Paulo Coelho a un style prenant. Je me suis donc laissé tenter à la lecture et un voyage en train m'a englouti une moitié de page. Je n'avais plus qu'a lire la suite le lendemain, ce qui ne fut pas difficile.


Résumé en trois mots : Bien, Mal et Lutte

Je crois que j'ai bien résumé en trois mots. En fait le livre se concentre sur l'idée de lutte entre le bien et le mal, présent en chacun de nous (d'ailleurs je tiens à signaler l'introduction, très intéressante) en nous en livrant une version philosophique dans un village de campagne, sorte de huis-clos de grande taille, avec des personnages curieusement évocateurs (je ne dirais pas qu'on les dirais sortis de mon village, mais certains m'ont rappelés des gens ...). Le propos va se centrer en une semaine dans cette communauté où chacun va tenter de voir ce qui sépare le bien du mal, ce qui fonde véritablement la nature humaine et au final, ce qui est intéressant, ce qui nous entraine de l'un à l'autre tout les jours de notre vie.

Le récit s'attache peu au réalisme, nous avons des manifestations fantastiques qui interviennent à plusieurs reprises mais c'est utilisé dans un propos intéressant, celui de développer ensuite une réflexion autour de cette thématique. Et dans cette optique, ça ne m'a absolument pas dérangé. Le tout renforcé par ces différents points de vue qui se mélangent dans le récit, chacun analysant la situation à sa manière.

Cela dit, j'ai eu un peu plus de mal avec ce livre par rapport aux autres du même auteurs, principalement parce que je trouvais que le livre ne répondait pas à la question posée, et surtout qu'il évitait certaines autres bien plus importantes à mes yeux : existe-t-il simplement une notion de bien et de mal applicable à l'être humain ? Le livre part avec des axiomes que j'aurais bien voulu voir démontré, mais c'est malheureusement passé à la trappe. D'autre part, je reconnais que j'ai moins d'intérêt pour ces questions que pour le questionnement sur la façon de ressentir la vie qui était au centre de Veronika décide de mourir.

Cependant il faut reconnaitre que le livre est bon, et qu'il se lit agréablement, mais j'avoue que c'est moins le genre de problématique qui m'intéresse et que j'ai du coup moins accroché, même si je l'ai lu d'une traite.

En bref, encore un bon petit livre, philosophique et spirituel, sur la notion de bien et de mal. Une lecture qui fut plaisante bien que je ne sois pas tout à fait d'accord avec le point de vue de l'auteur. C'est en tout cas sympathique à lire, et permet de se poser quelques questions. De loin pas le meilleur Paulo Coelho, mais une lecture tout de même intéressante. Je vous le recommande, mais pas chaudement.

(Chronique n°145) 

vendredi 21 février 2014

Jesus Marie Joseph (Gabriel Faure)

Comme je l'avais dis, au bout d'un an je n'avais posté que peu de BD. C'est pourquoi je me suis laissé aller à écrire un article rapidement sur un de mes derniers coup de cœur de la BD, aussi bien graphiquement que dans son histoire. C'est l'occasion aussi de reparler des grands classiques de littérature, en reprenant la Bible ! Voyageons à nouveau dans cette contrée de Judée et de Canaan, dans une époque de juifs et de romains mêlées, dans celle qui vit la naissance d'une nouvelle religion.


Résumé en trois mots : Religion, Ange et Rois-mages

Il faut être quand même culotté pour reprendre à son compte un passage du Nouveau Testament et le transformer de la sorte ! En même temps, il est vrai que rien n'indique dans la Bible d'où provient Joseph. Et c'est justement le sujet de cette BD, extrèmement bien faite à ce niveau.

Gabriel Faure va s'approprier la Bible d'une excellente manière, en puisant dedans ce qui peut l'aider et en gardant le cadre stricte de l'Ancien Testament, notamment l'image de Dieu, qui change beaucoup entre les deux. Il ajoute une certaine réalité historique, dans les vêtements, la situation et tout le contexte. On se replonge avec délice dans ce que devait être la Judée autour de l'an 1. Et bien évidemment, nous retrouverons aussi tout plein de personnages bibliques. Notamment les trois rois-mages (précision amusante : dans la Bible il n'est pas marqué combien ils sont, ni leurs noms. C'est un ajout postérieur), dont nous allons découvrir le cheminement jusqu'à arriver dans une certaine étable de Bethléem. Car oui, ils ne sont pas arrivés là par hasard, ils suivaient quelqu'un ...

Ce récit est illustré par de superbes dessins en couleur directes (je vous laisse admirer le peu d'images que j'ai mis) qui nous livre parfois des planches dignes de tableaux. De vrais tableaux. Sans parler des personnages, qui sont sublimes, des véritables gueules mais des femmes bien moulées aussi (le personnage principal surtout). Bon, j'avoue que certains roi-mages ne sont pas en reste. Enfin bref, le dessin vaut déjà à lui seul largement le coup d'oeil.
Ce que j'ajouterai aussi dans l'ensemble et qui confère encore plus d'attrait au livre, c'est que l'auteur se montre très respectueux de la religion. Alors que le sujet permettrai des parodies à foison (ce que bien d'autres ont fait), l'auteur reste dans les clous de la réalité religieuse, entre les personnes croyantes, les manifestations ou encore le comportement de Dieu. Sans parler de la naissance de Jésus qui reste tout de même dans un cadre très peu humoristique. L'auteur reste sérieux, malgré des touches d'humour, mais ce n'est pas pour me déplaire.


En résumé, pour vous donner encore plus envie de le lire si je n'ai pas déjà réussi, nous nous trouvons en présence d'un récit superbement mis en image, proposant une histoire très originale autour de thèmes bien connus, mais sachant innover avec justesse. Le tout est enrichi par plusieurs touches sympathiques, un sérieux et du réalisme dans la situation, bref l'ensemble respire la BD bien faite et qui se laisse lire, car elle est aussi très prenante. Je ne peux que vous encourager à découvrir un tel roman graphique, bien sympathique et rafraichissant.

(Chronique n°141)

mercredi 5 février 2014

Alim le tanneur (Wilfrid Lupano & Virginie Augustin)

Pour tempérer et varier de mes lectures continuelles de livres, je vous propose une petite chronique sur une BD, et puisque j'ai le choix je vais vous en faire une sur une BD qui m'a marquée et qui mérite toute notre attention de lecteur. Cette BD s'appelle Alim le tanneur, et si je vous en parle, c'est parce qu'elle possède un scénario qui est bétonné avec une plume en encre trempée.


Résumé en trois mots : Religion, Réflexion et Empire

Pour bien aborder cette BD, je vous conseille de coupler la lecture avec Ayesha, la légende du peuple turquoise, qui propose également une vision sur la religion, mais complémentaire. Dans les deux cas, la façon d'aborder n'est pas la même, mais elles sont complémentaires.

Cette BD possède déjà un premier atout, et de taille : le dessin. Il est vraiment excellent, alliant beauté des paysages avec visages expressifs. Le tout bien mis en page, sans cadrages spéciaux, restant dans une veine plus classique mais largement suffisante. C'est une BD qui est agréable à regarder, les couleurs sont bien choisies, bref tout est en place pour un bon moment de lecture.

S'ajoute à cela le scénario, qui est la grande force de cette série. Déjà, parce qu'elle a su tirer profit de ce qu'il ne faut pas oublier : les personnages secondaires. Ici peu d'entre eux sont oubliés, ils ont un rôle à jouer dans l'histoire auprès du héros. Car celui-ci ne sera pas tout le temps présent. Et n'a d'héroïque que le nom. Pauvre Alim, tanneur de son état, qui subit le courroux des hommes et des Dieux, lui qui connait la vérité.
Ensuite, parce que le récit a choisi, et c'est tout à son honneur puisqu'il renforce l'ensemble, de ne pas se concentrer uniquement sur un héros. Celui-ci, bien que fil conducteur de toute la saga, n'est qu'une sorte de fil rouge conducteur, s'accrochant au récit plutôt que le supportant.
Enfin, les auteurs ont su tirer tout ce qu'il fallait d'un tel sujet. Alors qu'on pourrait s'attendre, à la lecture du premier livre, à une histoire classique, que l'on croit deviner la direction que prendra le récit, celui-ci prendra un chemin radicalement différent, jusqu'à aboutir à une fin qui retombe sur ses pieds et qui ouvre de larges perspectives de réflexions. Car oui, cette BD apporte pas mal de réflexions.

Le thème est ici la religion. Mais sous un angle très bien choisi. Je ne peux rien vous dévoiler sans éventer l'intrigue, mais sachez que les auteurs ont posés des idées très intéressantes. En outre, le récit n'est pas du tout manichéen, plusieurs personnages possèdent de nombreuses faces, et au final distinguer le bien du mal est difficile.

Le tout est enrobé dans un voyage, chaque livre ayant un autre paysage, voir même plusieurs. C'est une sorte de voyage dans un monde imaginaire mais qui fait écho directement au notre, semblant d'ailleurs dire que toutes les religions du monde sont liées, et que la critique peut les englober toutes. D'ailleurs les références à plusieurs religions parsèment le livre.

Enfin, dernier point intéressant, cette BD contient quelques passages d'humour qui allègent l'ensemble du récit, évitant ainsi de rester dans une ambiance trop lourde et pesante. Le voyage se fait parfois un sourire au lèvres, dans les superbes paysages. Mais sinon le reste est sérieux, et bien sérieux, mais intelligemment.

Cette saga de BD en étonnera plus d'un, et m'a beaucoup étonné. Le propos est résolument adulte, le ton de la BD est sérieux et le fond intelligent. Le dessin est bon, les couleurs aussi, le tout est lisible sans aucune anicroche et fait réfléchir, sans parler de faire voyager dans le récit entre les différentes parties du monde. C'est une série qui est, à mon humble avis, dans le haut du panier. En tant que tel, c'est une des meilleures séries que j'ai lu, autant pour son scénario que pour sa réflexion. Si vous avez envie de lire de la BD intelligente, bien faite, ruez-vous dessus, c'est un petit chef-d’œuvre !

(Chronique n°133)

jeudi 16 janvier 2014

Survivant (Chuck Palahniuk)

(lu 9 janvier 2014)

Encore un petit Palahniuk que mon coloc m'a suggéré, en m'expliquant qu'il y avait les pages numérotés à l'envers, et il faut avouer que ça commence à la page 370 et qu'on descend progressivement dans le compte à rebours. Et comme d'habitude avec Chuck Palahniuck, c'est barré.


Résumé en trois mots : Religion, Cynisme et People

Un livre noir et cynique, détonnant et méchant, c'est environ le meilleur moyen de résumer le second ouvrage de cet auteur. J'avoue que pour celui -ci j'aurais eu plus de mal à rentrer dedans et qu'il m'aura moins marqué que d'autres écrits de l'auteur. Pourquoi ? Plusieurs raisons interviennent, notamment le fait que le roman se concentre sur un aspect très américain : la religion à l'américaine. Lorsque l'auteur part dans son délire au niveau des shows TV ou dans les stads de Super Bowl, j'avoue que je m'ennuyais un peu puisque finalement c'est quelque chose qui est très éloigné de ma culture propre. Du coup, j'ai eu un peu plus de mal avec certaines parties du livre.

Après, le livre reste très drôle, avec cet humour cynique et grinçant qui sied si bien à l'auteur. C'est toujours un régal, même si le sujet est plus centré américain et qu'il a du mal à percer ici, à mon sens. Nous connaissons aussi les sectes, mais pas au niveau que connaissent les USA, du coup je trouve qu'un lecteur moyen français à moins d'attaches à cet univers là. Pour le reste, Palahniuck glisse à nouveau une petite part de fantastique dans son œuvre, mais bien dosé et qui permet à l'histoire d'embrayer sur sa deuxième partie sans aucun problème, le ton changeant complètement entre les deux moitiés du roman (dans le même genre que Peste en fait). La lecture se fait plus facilement à la moitié du roman, mais j'ai moins accroché en général au livre.

Ce n'est pas le meilleur Palahniuck, c'est certain, mais il reste un livre sympathique et qui se lit bien, même si le sujet est moins intéressant pour nous autres français. Je ne le déconseille pas mais de l'auteur il y a d'autres livres bien plus intéressant. C'est un bon ouvrage qu'on peut lire, mais il en gagne pas la priorité selon moi.

(Chronique n°123)

vendredi 20 décembre 2013

La jeune fille à la perle (Tracy Chevalier)

Ce roman a été spécial pour moi. En fait quelqu'un m'avait donné le livre à lire il y a un petit moment, environ trois ans maintenant. Suite à des histoires personnelles plutôt mauvaises et qui m'ont conduites à d'autres voies, j'ai rendu le livre sans l'avoir lu. J'ai finalement retrouvé l'ouvrage dans les bacs d'occasions et je me suis décidé à le lire rapidement.


Résumé en trois mots : passion, peinture et religion

Ce livre m'a laissé mitigé. Déjà parce que je n'ai pas l'édition avec le tableau sur la couverture, ce qui fait que je ne peux pas le comparer à ce que je lis dans le livre, provoquant un légère frustration. Mais également, et surtout, l'intérieur m'a moyennement convaincu, et je vais m'expliquer.

Le principal défaut que j'ai trouvé, au niveau du style, c'est un manque d'implication dans l'ouvrage. J'étais détaché de tout ce qui se passait, et l'héroïne était très effacée à mon gout. Plusieurs passages m'intéressaient sur des non-dits, des silences et des suggestions, mais ils n'étaient que peu présent et jamais utiles dans l'intrigue. D'ailleurs le roman est court, et je dirais presque trop court, il ne permet pas de bien développer certains aspects qui font qu'un sentiment d'inachevé m'est resté en bouche à la lecture.

A côté de ça, plusieurs passages sont beau, comme dit, mais c'est assez bien construit au niveau de l'ambiance de ces années là et des relations entre personnes. Je ne sais pas quel est le degré de véracité historique, mais ça semble réel. Crédible en tout cas. De même, il y a des bonnes idées au niveau des non-dits, des suggestions qui sont laissées, mais en règle général c'est pas assez poussé et c'est ce que je regrette.

En fait j'ai été déçu, peut-être parce que j'en attendais trop, mais c'est une histoire qui m'a semblé au final très anecdotique et sans intérêt particulier. J'ai lu, c'était sympathique, mais je ne relirais pas et je n'ai pas de souvenirs impérissable. C'est dommage, je pense qu'il y avait matière à faire mieux.

(Chronique n°111) 

dimanche 8 décembre 2013

Théâtre 1 (Eric-Emmanuel Schmitt)

 (lu le 8 décembre 2013)

Je connaissais Eric-Emmanuel Schmitt avant de lire cet ouvrage grâce à son livre La part de l'autre, mais en voyant en occasion ce livre qui présentait des nouvelles je n'ai presque pas hésité à le prendre, et malgré le temps très long qui est passé, je le lis enfin. Je l'ai fait pour une culture générale du théâtre, mais j'avoue en avoir trouvé plus que je ne pensais.


Résumé en trois mots : philosophie, Freud et Don Juan


Le livre contient quatre pièces, chacune dans son style et qui présentent d'autres facettes de l'écrivain. La première, La nuit de Valognes, s'attache à Don Juan et son procès par des femmes qu'il a aimé et délaissé comme à son habitude. J'aime énormément le personnage de Don Juan et j'avoue que la profondeur qu'il lui confère est pas mal trouvé, c'est une belle continuité de la pièce que j'ai lu de Molière.

La seconde, Le visiteur, reprend le personnage de Freud et le questionnement sur la foi. C'est pas mal, même si j'ai trouvé qu'il y va avec des sabots un peu gros (pour moi), même si je ne suis pas foncièrement opposé à ce qu'il y dit. J'ai l'impression aussi de lire en un sens plusieurs idées qu'il développera ensuite dans La part de l'autre. Mais la pièce est plaisante.

Le Baillon est un unique monologue, plutôt pas mal, qui a moins de portée philosophique mais nous compte plutôt une super belle histoire, simplement.

Enfin, L'école du diable, une pièce qui exploite un diable déprimée et permet d'exposer un point de vue sur des écoles de pensées actuelles. Ça ressemble un peu à un règlement de compte parfois, mais le propos est ici bien plus léger que dans les autres pièces.

En général, j'ai aimé sans aller jusqu'à dire que c'est extraordinaire. La première pièce reste pour moi la meilleure mais toutes sont bien. Eric-Emmanuel Schmitt a une belle plume pour le théâtre et j'aimerai bien voir ce que cela donne sur scène. Si vous aimez le théâtre et la philosophie, ne vous privez pas de ce recueil sympathique et qui vous fournira de quoi réfléchir et travailler.

(Chronique n°104)

jeudi 17 octobre 2013

Les dames du Lac (Marion Zimmer Bradley)

Et oui, encore de la légende arthurienne, mais j'en suis fan, alors je m'excuse mais j'en lirais encore. Et pour une fois, l'auteur change un peu du point de vue (quoique Barjavel avait déjà fait fort dans son L'enchanteur). C'est aussi pour le prix que je me suis procuré cette série en deux tomes, bien condensés (les vieux formats des éditions Livre de poche), et que j'ai lu tranquillement en prenant mon temps (au moins quatre jours quoi). Du coup, je fais maintenant le compte-rendu de cette lecture, attention, voici revenir la quête du Graal !


Résumé en trois mots : Arthur, Angleterre et Femmes

Alors autant j'ai dévoré le premier tome sans aucune difficulté, autant je me suis arrêté sur le second un peu
plus longtemps. Ici, le problème, c'est qu'on alterne beaucoup les points de vue du premier tome, entre Ygerne et sa sœur Viviane, mais aussi Guenièvre et Morgane. Dans le deuxième tome, nous ne suivrons presque qu'exclusivement Morgane, un peu de Guenièvre aussi (mais trop peu à mon gout) et quelques autres mais de façon sporadique. Ensuite, je reproche beaucoup le personnage de Merlin qui est quasiment absent du récit (enfin, il manque bien à l'appel quoi). Surtout que c'est un de mes personnages préféré, mais bon ...

En dehors de ça, l'histoire est très bien amené, sans trop de fantastique (mais il y en a un peu), et sans trop de folklore local non plus (fées et korigans sont presque absent). Du coup, l'ambiance est un peu plus "sérieuse" mais j'ai trouvé dommage qu'on perde le charme de ce mélange entre monde folklorique et réalité historique (incarné par Arthur d'une très belle façon d'ailleurs). Cela dit, l'ensemble tient bien la route et les personnages sont biens campés, notamment Morgane, même si certains m'énervaient (un personnage avec un côté bigot/dévot m'énerve vite, quelque soit sa religion). Dans l'ensemble ça passait plutôt bien, et j'ai trouvé le tout prenant, avec un point de vue renouvelé sur cette quête du Graal, puisqu'il n'y avait désormais plus de combats, plus de quêtes héroïques. Que des femmes, parfois filant ou tissant, complotant et gérant les affaires, bref les femmes font tout dans ce livre. On notera d'ailleurs un certain parti-pris féministe mais je n'en tiendrais pas rigueur. Bref, le tout est de bonne facture.


Au final, qu'en retirer ? Je pense que ce livre reste assez culte, déjà par son point de vue novateur et la lisibilité parfaite qu'il possède (Asimov le recommandait). Cependant, je n'ai pas trouvé que c'est le meilleur roman de la table ronde que j'ai lu. Le manque de tout un pan de fantasy fait défaut à mes yeux, et le deuxième livre est vraiment en-deçà du premier. Le tout n'est pas mauvais, mais j'ai moins aimé que d'autres récits sur le roi Arthur. Cela dit, il se lisent bien et complètent à merveille d'autres ouvrage sur ces légendes. Pour ma part je le garde dans un coin de ma bibliothèque où je range ceux que je ne lirais sans doute plus.

(Chronique n°80)


Septième participation. On progresse ! Encore trois

jeudi 15 août 2013

Le seigneur des porcheries (Tristan Egolf)


Ce livre là, je suis tombé dessus complètement par hasard. Je cherchais le livre La conjuration des imbéciles (que je vais m'empresser de chroniquer bientôt), et je suis tombé dessus. J'ai lu le résumé et je me suis demandé ce que c'était comme genre de livre. J'ai décidé de le prendre et je l'ai lu. Quand je l'ai fini je me demandais encore ce que c'était que ce livre, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. En tout cas c'est vraiment très étrange. Voici donc Le seigneur des porcheries, de Tristan Egolf.


Résumé en trois mots : Humour, USA et noir

Je dois dire que le début fut difficile, on ne comprend pas du tout où l'auteur veut nous emmener. D'ailleurs, tiens, en parlant de l'auteur, son histoire vaut le détour (je vous laisse chercher sur Internet, c'est assez amusant comme histoire). Pour info, elle est comparable à celle d'un John Kennedy Toole (sur le fond au moins), mais j'en reparle dans la prochaine chronique.

Donc, je veux juste vous signaler que l'auteur a publié son premier manuscrit en France (Cocorico !!!) après 70 refus dans les maisons d'éditions (faut quand même s'accrocher). Cet auteur est était d'ailleurs passablement dépressif, au point de finir par se suicider. Cela dit, j'ai d'abord lu le livre et du coup, franchement, ça ne m'étonne pas du tout. Je vais m'expliquer.
Alors, pour ne pas trop vous gâcher la surprise je vais vous laisser lire, mais je dois juste dire qu'il y aura un siège d'une ferme et une crise énorme dans la ville. La crise, c'est la partie finale, mais dans le genre d'une crise, je suis sur que vous ne pouvez pas imaginer. Sinon, je peux dire que le style d'écriture est vraiment très curieux, avec beaucoup de métaphores; d'expressions imagées, de jeux de mots, de tournures humoristiques et de phrases drôles.
Je dois admettre que je tire mon chapeau au traducteur (je pense qu'il y a eu des arrangements lorsqu'il était en France pour la traduction) car le style est vraiment plaisant à lire et je  me suis amusé du début à la fin. Surtout vers la fin où j'étais plié en rire quasiment à chaque page. On en redemanderai presque.


Sinon le reste est bon aussi, l'histoire prenant des détours inattendus bien que l'on sache d'avance la fin, et j'ai eu de belles surprises auxquelles je ne m'attendais pas du tout. La montée se fait crescendo, d'abord dans une première partie finissant par la ferme, puis dans la deuxième avec une explosion finale épique d'une situation catastrophique. C'est excellent dans la construction et l'humour cimente le tout en le rendant parfaitement lisible.

Ce livre est vraiment très bon, drôle et bien écrit, et se targuant en sus de nous démontrer ce qu'il peut y avoir de pire chez nous (enfin, dans le sud des USA notamment, mais je trouve qu'il y a quelques échos par chez nous ...). C'est une superbe plongée dans l'âme humaine avec un anti-héros qu'on adore et qui nous amusera jusqu'au bout. Dans le genre des vies de merde, il tient bien la route, et je ne peux que vous recommander cette lecture intéressante et drôle.

(Chronique n°60)

mardi 28 mai 2013

L'institution (Binet)


J'ai dernièrement prêté plusieurs BD à des amies, et j'ai remué le tas qui traine dans la chambre, tombant sur plein de volumes que j'avais délaissés et qui méritaient bien une petite chronique dans la roulotte. Alors commençons avec un petit ouvrage d'humour (en ce moment c'est le temps idéal pour rire) mais qui en même temps peut avoir des côtés touchant, et qu'on lit avec un grand plaisir et le sourire au lèvres en pensant que cette BD, c'est le début d'un des grands dessinateurs de la bande-dessinée française : Binet, et son Institution.




Binet, c'est le genre d'auteur qu'on connait sans le savoir. En effet, c'est le génial inventeur de la famille de beauf crétin et gros typique, caricature de la France profonde (et profondément stupide) : les Bidochons. Si vous ne connaissez que de nom, je vous invite à lire cette BD qui est juste excellente tant elle représente la stupidité et la connerie d'un couple à l'état pure. C'est presque incroyable aussi quand on croise des Bidochons dans la vraie vie, ce qui arrive d'ailleurs plus souvent qu'on ne le pense (et je vise surtout les vacances là dedans). Enfin bref, cet auteur qui a participé pendant très longtemps (et participe encore il me semble) à Hara-Kiri, est un véritable caricaturiste, croquant avec mordant la société et ce qui l'entoure.

Mais Binet s'est aussi penché sur sa propre vie, et revient sur ses années de jeunesse avec cet album, dans lequel il parle de l'école dans laquelle il fut envoyé par ses parents. Un institut religieux dirigé par des abbés, dans lequel les enfants vivent toute la semaine, et dans lequel ils reçoivent un enseignement moral, religieux, et également scolaire. Et bien évidemment, tout n'est pas rose dans ce genre de maisons.
Binet à découpé l'ensemble du livre en petit chapitre, quasiment tous drôle (je crois qu'il y en a un ou deux dans lequel on ne peut pas vraiment rire, le propos étant plus émouvant et sérieux). Et quand je dis drôle, c'est vraiment drôle. On se marre, de Binet, de ses camarades, de ses profs, des situations, et même des autres institut, dans lesquels on a aussi des personnages hauts en couleur.

Pour le dessin, je ne dirais pas grand chose, sachant que Binet à un trait bien particulier, qui est au choix, on aime ou on aime pas. Personnellement je pense qu'il est bon, permettant largement de comprendre ce que l'auteur veut transmettre, et les personnages sont très reconnaissable, quoique les gamins aient un peu les même têtes si on ne remarque pas les détails. Cela dit, ce n'est vraiment pas très intéressant de les différencier, tous sont des gamins qui aiment rigoler, s'amuser, et qui aiment aussi emmerder les profs, mais savent leurs faire plaisir, ont leur petits tracas.
Binet fait d'ailleurs le tour des tracas des enfants, de l'amour jusqu'au spectacle de fin d'année, avec des profs qui peuvent être sympa malgré qu'ils soient des curés, des profs qui sont justes mauvais et d'autres bon. Et le tout est servi par un humour qui est juste des plus délectable, Binet faisant mouche à chaque coup. On ne peut que admirer cette profusion de gags, qui vont vous faire marrer jusqu'au bout. Le tout suivant l'année, avec des souvenirs épars qui vont se mettre bout à bout, jusqu'à la fin de l'année. L'ensemble est caustique à souhait, et on comprend que Binet n'aime pas beaucoup la gente catholique.


En résumé, cette BD est un excellent exemple de BD humoristique, caustique à souhait et prenant comme base le passé de Binet, avec une excellente représentation de l'univers de ces instituts religieux de l'après-guerre. Le tout est très bien mis en scène, avec plusieurs passages peu glorieux pour un Binet se mettant en scène. Ce n'est pas une histoire construite et complète, mais des souvenirs épars de ce qu'on conserve de sa vie d'enfant. Et celle-ci fut assez remplie, vraiment incroyablement drôle. Binet sait croquer les gens, et dans le genre je pense que c'est une des BD qu'il faut lire.

(Chronique n°49)

samedi 30 mars 2013

American Gods (Neil Gaiman)


Un troisième Gaiman, c'est toujours autant bon. Je me permet de poster la chronique tout de suite en attendant patiemment que l'envie de poster celle sur Neverwhere arrive. Je l'ai déjà rédigée, mais je la garde au chaud pour la bonne occasion. En attendant, je vais en profiter pour chroniquer à chaud ce petit livre, histoire de me vider la tête de lui et de pouvoir continuer plus avant mes lectures. D'ailleurs je changerais la liste sur la droite quand j'aurais à nouveau un peu de temps, c'est-à-dire pas tout de suite. J'ai rajouté encore plus dans la liste et j'en ai enlevé deux trois.
Donc sans plus attendre, voici la chronique sur American Gods de Neil Gaiman !


Résumé en trois mots : Amérique, Dieux et Conflit

American Gods aura une critique assez semblable à celle que j'ai faite sur Neverwhere (et que je n'ai pas encore posté au moment où j'écris cet article ....) je remarque. En fait, j'ai retrouvé dans ce roman les mêmes genres de défauts et de -gros- avantages que dans son roman culte (enfin, pour moi au moins). Et dans les deux cas, j'ai adoré au final. Je vais vous expliquer à nouveau pourquoi.

Déjà, le résumé ! Une personne normale, sauf qu'elle est en prison, appelée Ombre (oui, c'est un surnom) est le héros. Ou tout au moins celui que nous suivrons dans le récit. Il est à deux doigts d'être libéré d'un coup qu'il a foiré, quand on le libère un peu en avance. Sa femme est morte. Et son meilleur ami avec (celui qui devait lui donner du travail). Bref, c'est un poil la memerde pour lui. Mais il est accosté par une personne curieuse, un peu hurluberlu, qui lui demande de travailler pour lui durant une petite période. Comme garde du corps (Ombre est très grand). Ombre accepte, mais son nouvel employeur est curieux. Très curieux. Est-ce vraiment un dieu comme il le prétend ? Ou simplement une personne mythomane et qui se joue de lui ? Et dans quel but ?

En clair, Gaiman arrive encore une fois à nous pondre une création débordante d'imagination. Un torrent de bonnes idées ce type quand même. Il parvient presque à nous faire croire aux choses qu'il raconte. Et en même temps, il captive avec son style d'écriture. On ne décroche pas le nez du roman de A à Z. C'est aussi prenant qu'un policier, mais sans jamais lasser. L'alchimie est juste parfaite entre les nouveautés et les passages mouvementés. Les personnages sont charismatiques, attachants. Le plus curieux étant Ombre au final, sur lequel on saura très peu de choses. C'est une véritable ombre qui glisse dans le monde, sans jamais laisser d'empreinte.


Un gros point que j'ai apprécié, c'est les noms. Ceux d'entre vous qui me connaissent bien savent à quel point j'ai un gros problème pour retenir les prénoms des personnes (usant de stratagèmes inimaginables ....) et comme c'est récurent. C'est d'ailleurs un gros souci dans les livres, où je ne retiens jamais aucun nom sauf trente relecture. Ceux qui veulent savoir comment je fais : je retiens deux trois lettres (du genre "Ça commence par un P et il y a un O et un A dedans") et sinon je retiens la forme du mot. L'apparence de loin quoi, comme si je ne savais pas lire. Ça marche assez souvent, sauf pour prénoms presque identiques. Surtout dans le cadre de littérature fantasy où les noms imprononçables se multiplient ....
Mais bref, si je vous parle de ça, c'est pour dire à quel point j'apprécie Gaiman, qui a donné des noms tellement simples à ses personnages que je les retient immédiatement. C'est un plaisir à lire et à retrouver les noms sans devoir faire de gros efforts pour se remémorer qui est qui.

Ensuite, le gros point fort c'est l'imagination débordante dont fait preuve Gaiman, mais toujours en faisant coller les choses à la réalité. Une mise en scène extrêmement efficace, qui fait qu'on n'est pas perdu dans un autre monde mais qu'on découvre une facette du notre. C'est d'autant plus agréable, très proche de ce qui apparait dans Neverwhere, mais avec un autre point de vue. Ici, on peut noter dans le roman une critique assez amusante de l'Amérique, et surtout une caractérisation cosmopolite évidente. Sans parler de la vision du progrès, très amusante. J'ai beaucoup aimé la façon dont il croque certains aspects. Mais là-dessus, je n'en dis pas plus, ce serait vous gâcher la lecture.

Enfin, une autre très bonne chose, c'est le rythme de l'histoire, sans cesse en mouvement, alternant avec des passages plus calme mais toujours intéressant. C'est une véritable fresque épique qui est menée. Et surtout, les retournements finaux sont bien amenés. Une belle façon de conclure, avec des petits ressorts de fin qui sont bien employés, bien mis en place. J'ai été surpris pour le coup. En même temps je ne cherchais pas grand chose. Ce n'est pas de l'enquête, c'est juste qu'on cherche à savoir la suite et à avancer.

Par contre, je dois reconnaitre quelques petits défauts, certes mineurs, mais existants tout de même. Par exemple, j'ai été déçu par la fin. C'est bien amenée, certes, mais je l'ai trouvé un peu facile. L'idée que j'ai eu était plus autour d'un soufflé qui est un peu retombé sur la fin, restant tout de même très appétissant. Et sinon, un gros défaut est a noter. IL EST TROP COURT ! J'aurais avalé plus de cent pages supplémentaires sans aucun effort ! Ça passait tout seul !
En comparaison de Neverwhere (oui, je compare en permanence, mais c'est mon blog, je fais ce que je veux. Na !) j'ai trouvé American Gods un poil en-dessous tout de même. J'ai moins trouvé le souffle épique qu'il y avait dans Neverwhere, et les critiques sur l'Amérique m'ont moins touchées que celles sur le monde souterrain de Londres et des clodos. Du coup, j'ai été un peu moins attiré par le roman. Mais il reste excellent.

Du coup, American Gods se classe selon moi comme un excellent ouvrage d'Urban fantasy, avec des idées à profusion et souvent excellentes, des magnifiques scènes et des personnages hauts en couleurs. Des petites critiques sur l'Amérique, mais également des compliments, de l'humour (et une bonne grosse dose d'ailleurs) et un style irréprochable. Que peut-on vraiment reprocher au livre ? L'ensemble est moins bon que dans Neverwhere mais il est encore très très bon, c'est sur.
Gaiman reste à mon humble avis un excellent auteur, confirme son talent, et invite très largement à aller vérifier les autres ouvrages qu'il a écrit. Je vais essayer de trouver la suite très rapidement moi .... 

(Chronique n°34)

vendredi 8 mars 2013

La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons (Ptiluc)


Je ne sais pas pour vous, mais j'aime beaucoup aller en dédicace. C'est toujours amusant, on rencontre plein de gens qui partagent souvent la même passion que vous, les rencontres avec les auteurs amènent leur lots de surprises (bonne ou mauvaises), on reçoit des petits cadeaux parfois, des dessins gratuits et colorisés également, on rigole beaucoup, on se ruine le dos à rester debout à attendre pendant deux heures ...
Si je vous parle de ça, c'est qu'aujourd'hui je vais vous parler d'une bête de la dédicace. Un dieu à ce niveau là, mythique dans sa façon de faire. Si vous avez vu une séance de dédicace, c'est inoubliable.
Pourquoi donc ? Tout simplement parce que Ptiluc est une personne qui "part en Berserk" pour reprendre une expression de Boulet. Lui, les BD, il les éventre, les lacère, les brule, les déchire. N'amenez jamais, au grand jamais, des BD de collection avec lui. Elles ne survivront pas. C'est une expérience unique et mortelle. J'ai obtenu une magnifique déchirure et une belle tache de brulure sur mes BD, et j'en suis trop content. Surtout que ses dédicaces c'est bien souvent une perle d'inventivité. J'en ai admiré je ne sais combien. Et de ces idées ! (pour une il a projeté sa main couvert de peinture sur la page intérieur, couvrant le tout de peinture et gondolant les feuilles. On était tous jaloux du type qui l'a eu).
Et Ptiluc, c'est un monument en dédicace. Il se fait toujours engueuler parce qu'il salit les tables, s'assoit sur les tables et non sur les chaises pour dédicacer .... Un gars vraiment génial. Et super intéressant je trouve. Si il passe dans votre secteur, faites-vous dédicacer des trucs.
Si cette introduction est longue, c'est qu'il fallait le mentionner, c'est une caractéristique inoubliable de l'auteur. Et ce n'est pas la seule particularité de Ptiluc, auteur atypique dont je vous propose aujourd'hui une superbe série très courte, en deux tomes seulement, et qui s'intitule très simplement La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons.


Résumé en trois mots : Religion, Critique et Noir

Pour commencer, car il y a beaucoup à dire autour de cette BD, je vais présenter rapidement Ptiluc, vous allez comprendre vite l'intérêt dans le cadre de la bande-dessinée. En effet, Ptiluc est née a Mons, en Belgique, en 1956. Actuellement il habite à Montpellier, mais il vadrouille beaucoup (on peut d'ailleurs trouver ses récits de voyages en moto en BD également). Il dessina très jeune et en fis ensuite son métier avec la série Pacush Blues ou encore Rat's, deux fameuses séries de BD dans lesquelles des rats campent le rôle des humains. Ah oui, je crois que Ptiluc est assez misanthrope sur les bords, ne relevant que les pires défaut de l'être humain et les dénonçant ensuite de façon crue et "bestiale", si vous voyez ce que je veux dire.
Il bénéficia d'un coup de pouce de la part de Frankin (oui, le maitre qui dessina Gaston Lagaffe) et publia enfin ses premières bandes-dessinées en 1983 chez Vents d'Ouest, commençant là sa grande série Pacush Blues qui compte aujourd'hui 17 albums ou quelque chose comme ça. Et la série Rat's en compte désormais 8 ou 9 il me semble. Mais pourtant, à côté de ces production, il continue de faire des séries diverses, comme une idée géniale : tout les dictateurs se réincarnent en cochon (Hitler, Staline, Napoléon ...) dans la série La foire aux cochons, ou encore La vie des bêtes et d'autres récits étranges et tordus.

Dans la plupart des récits, Ptiluc adopte un ton humoristique trash, souvent violent, dénonciateur également. Je n'irais pas jusqu'à le qualifier d'anarchiste, mais il n'en est pas loin. Et dans ses récits, il utilise tout les moyens pour montrer ses idées. Attention, nous sommes ici très loin de la finesse dont sait faire preuve un Lauzier dans ses BD. Non, ici c'est trash, violent et bourrin sous toutes ses coutures. C'est un style et on a parfaitement le droit de ne pas l'aimer. Personnellement j'adore.
Alors pour continuer sur la lancée, je vais préciser quelques petites choses par rapport à l'histoire. En fait elle est tirée d'une légende du pays natal de Ptiluc, la légende de Gilles de Chin qui combattit et tua le dragon habitant les marais de la région de Mons. Pour lire la légende en détails, c'est par ici ! Et en lisant la BD, on note qu'il s'est vraiment inspiré de beaucoup de choses pour la faire, pas mal de détails reviennent. Mais je vous laisse lire.
Par contre, je vous arrête tout de suite ! Cette BD à beau se passer au Moyen-Âge et traiter d'une légende locale, c'est uniquement un prétexte que va utiliser Ptiluc pour atteindre son objectif et exposer son avis. Car ce livre, c'est avant tout l'avis de Ptiluc autour d'un sujet bien précis. Et un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire. C'est, vous l'aurez bien évidemment deviné au titre, la Religion.

J'ai délibérément choisi de ne pas classer cet album dans "philosophie", bien qu'on puisse le noter, mais Ptiluc ne fait pas dans la dentelle et la réflexion. C'est plus un exposé des travers qu'il relève dans la religion et qu'il démonte progressivement au fur et à mesure. La BD prête à réflexion, mais il faut bien dire que ce n'est pas l'essentiel, on est plus dans la détente. L'histoire y contribue également, je vais vous l'expliquer.

L'histoire commence là où la légende fini quasiment : le chevalier Gilles de Chin revient de terre sainte après moult combats, victoires et paillardises en tout genres. Héros, revenu avec un trophée qui indique le monstre qu'il a tué dans quelque lointaine contrée, il recherche la femme qu'il aimait et pour laquelle il s'est exilée. Très croyant, il  est à la limite du fanatisme, et recherche de toute les façons possible à tuer le dragon, qu'il juge comme l'incarnation de la bête (comprenez : Satan). Et pourtant, le dragon est peut-être le personnage le plus sensé et le plus ingénieux de toute cette histoire ...

Alors bien évidemment, ce livre est un énorme pamphlet anti-religieux assaisonné d'une bonne dose d’anti-cléricalisme. Bien que partageant les convictions de Ptiluc, faut reconnaitre que la subtilité manque sacrément. Les personnages croyants sont d'une conneries monumentales, excusez l'expression, et les autres ne valent pas grand chose. Mais j'aime bien la façon de traiter l'intolérance religieuse, surtout vis-à-vis du progrès (ça peut rappeler des propos sur un préservatif et le pape, même si la BD est bien plus ancienne). Ensuite, j'ai apprécié la touche du racisme et des religions qui se côtoient, ou de la mise en scène de la bêtise crasse des personnes sous toute ses coutures, où que l'on aille. Finalement tout le monde est très con, bête et méchant.
Je l'ai bien dit : Ptiluc est un misanthrope selon moi, il n'aime pas les gens et leur ignorance crasse et le fait bien ressortir. Pire que tout, il n'aime pas les gens qui s'aveuglent de préjugés ou d'autres choses. C'est une métaphore qu'il utilise dans la BD (le dragon fabrique des lunettes) et que j'ai trouvé intéressante. Une belle mise en scène.

Et c'est ce qui est d'ailleurs dommage. La mise en scène est intelligente, le propos pourrait être très bon, mais il est tourné de façon trop virulente. L'attaque est plus méchante et gratuite que vraiment ordonnée, et là encore c'est dommage. Les moments sérieux sont aussi trop souvent contre-balancés par des piques d'humour. C'est dommage encore une fois, parce que le récit est vraiment très sombre, avec pas mal de passages plutôt sérieux et la fin est presque belle dans son propos. Pour un peu Ptiluc aurait fait un drame sublime sur la religion et les croyants, mais là il rate le roman graphique/philosophique d'une bonne longueur, donnant seulement une bonne BD mélangeant humour et cynisme. C'est toujours bon, mais je pense franchement que ça aurait pu être meilleur.


En conclusion, le diptyque est clairement orienté, c'est un énorme pamphlet anti-religieux. En allant à fond dans l'humour et dans le trash, Ptiluc dénature son propos, tournant en ridicule quelque chose qui aurait put être excellent. Ça reste très bon, et si le dessin n'est pas bon, il n'en reste pas moins diablement efficace, tout comme le texte. Le propos peut toucher, et dans mon cas je l'ai trouvé intéressant. La fameuse légende de Gilles de Chin, le tueur de dragon, prend ici une nouvelle tournure. C'est maintenant l'histoire d'un homme qui va ouvrir les yeux sur le monde, sur les gens, sur la religion et sur lui. Et qui nous les ouvre peut-être également.

(Chronique n°20)