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vendredi 15 mai 2015

Le seigneur des guêpes (Iain Banks)

J'ai parfois du mal à me plonger dans un livre, et ce fut le cas avec celui-ci qui me faisait pourtant de l'oeil depuis un moment, sans que j'eusse le moindre souvenir de la raison. Mais je me suis accroché, et entre deux autres lectures, j'ai basculé dans la seconde partie du livre, pour ne plus vraiment le lâcher et le finir le plus vite que je pouvais. Et là, le résultat est assez étonnant.


Résumé en trois mots : Île, Adolescent et Famille

Je ne sais déjà pas trop dans quelle catégorie ranger ce livre. Peut-être dans le style "presque polar-thriller" ? Car c'est un roman de genre qui est construit sur un polar. Ou l'inverse. Un curieux style, bâtard de genre, mais curieusement assez efficace.

Soyons honnête : ce livre est génial. J'ai eu un mal fou à m'y plonger (bon, en ce moment j'ai du mal à lire de façon générale), mais je n'ai pas pu le lâcher une fois passé le cap de la première moitié. Car c'est une construction par étape, et pour accéder à tout ce qui fait la force de cette seconde partie, il faut tout le développement de la première, toute l'introspection du personnage principal, toute sa vie au jour le jour, toute sa psyché et sa conception des choses. Pour ensuite nous envoyer dans la face la suite.

Ce roman oscille entre diverses choses, mais ce qui ne bouge pas, c'est ce personnage central, à la fois énigmatique et incroyable, mélange entre un fou et un illuminé, isolé sur son île avec sa famille, handicapé à vie. La vie n'est pas rose pour lui, et pourtant il s'invente un monde, un univers dans lequel il contrôle les choses. Notamment en tuant. Enfin, ça c'était quand il était jeune.
C'est également un roman puissant sur nos croyances, sur ce qu'on admet pour vrai et qu'on veut bien accepter dans notre réalité, toute déformée qu'elle peut être. Jusqu'au rituel de magie. Ainsi que sur la famille et les liens que cela tisse.

Roman qui se déroule dans un microcosme, une île isolée de tout et un petit village, une seule maison qui cristallise tout, avec tout à l'intérieur. Une métaphore doit sans doute être dissimulée derrière tout ça, mais je ne l'ai pas encore trouvé.
C'est également un thriller, qui pose des éléments pour arriver progressivement à une conclusion déroutante et d'un genre que je n'avais encore lue. Je ne pensais pas que le polar s'orienterai dans cette  direction ensuite. Mais c'est tout à son honneur.

Un roman étrange et dérangeant, très déroutant. J'ai eu du mal à m'y intéresser, mais une fois dedans le roman m'a surpris et m'a dérangé jusqu'au bout. Je crois que le maitre mot c'est le malais qu'on ressent au contact de ce personnage principal dérangé et pourtant tellement normal dans son univers, univers qui nous grignote progressivement pour nous laisser sur un dernier chapitre hallucinant. Une plongée qui m'a déroutée, et qui me fait encore réfléchir. Lisez-le si vous avez l'occasion, ça vaut le détour.

(Chronique n°273)

samedi 10 janvier 2015

Amarok (Bernard Clavel)



Quatrième tome, nous repartons cette fois-ci sur les routes glacées du grand nord, jusqu'au glaces de l'hiver, celles qui recouvrent jusqu'au grand océan ... Bernard Clavel continue sa traversée du temps et de l'espace aux alentours de la rivière Harricana, là où la nature est belle, et l'homme sauvage.


Résumé en trois mots : Traineaux, Chiens et Poursuite

L'histoire nous permet de retrouver des personnages du premier tome et du deuxième, avec Raoul, le coureur des bois, mais aussi Timax, le fils d'un personnage du deuxième tome. A cause d'une bagarre et d'un coup de poing, les voila obligés de partir dans le froid, en traineau, fuyant la police militaire qui les traque. Et Raoul, âgé de 65 ans, prend avec lui Amarok, le chien qui restait de son attelage. Un chien d'une fidélité hors norme.

Ce livre nous fait voyager bien plus au nord, puisque la course qui se déroule va monter jusqu'au grand océan glacial arctique, vers lequel fuient les protagonistes. C'est une plongée dans la fameuse nature sauvage, belle et puissante, dans l'hiver également, dans le froid du nord qui gèle la peau mais pas les cœurs.
Bernard Clavel nous conte ici une fuite face à l'autorité, car ces hommes perdus dans le Nord étaient loin de tout, mais parfois le gouvernement lointain se rappelle à eux. Et là, les problèmes commencent. C'est également le problème de la guerre, lointaine mais présente, qui mobilise les jeunes gens.
Mais ce roman, c'est avant tout Raoul, l'homme coureur des bois, celui qui représente l'ancien monde, lorsque l'homme courait et trappait dans les bois, celui qui n'utilisait pas le téléphone et pour qui le temps était relatif. C'est l'homme qui aime les bêtes, qui les aime au-delà des hommes. Mais c'est aussi un homme qui est attaché aux autres, qui aime sincèrement ce jeune garçon poursuivi par la police et qui cherche refuge auprès de lui, dernier représentant des hommes insoumis dans ces lieux.

Le roman nous fait la part belle aux personnages héroïques, mais humain. C'est là une qualité que Clavel ne perd jamais de vue, tout le monde est avant tout humain dans son oeuvre. Nul n'est parfait, nul n'est grand. Tous ont la même taille, la notre, celles des hommes.
Tout au long de l'histoire, cependant, l'animal sera là, avec Amarok. Le loup, en inuit, le chien de Raoul, celui qui l'accompagnera coute que coute dans son périple, jusqu'au bout du bout, à la mer arctique. Là où les glaces se forment l'hiver. Et là où finira la course effrénée de Raoul, et de Timax. Le roman marque un tournant dans la saga, puisque les premiers nous présentaient à chaque fois différents personnages qui arrivaient dans le nord et tentaient d'y vivre. Ici, le roman ne fait que reprendre les personnages existant déjà et montre le déclin de ce royaume du nord. Le temps de la construction est finie, le monde à changée de face et les personnages vont devoir s'y faire, ou se faire engloutir dans le temps. Raoul, lui, va tenter de résister. Et c'est beau.

Ce roman indique le tournant dans la saga du nord. On entrevoit maintenant la fin, qui va se dessiner, et elle ne semble pas vouloir être heureuse. L'histoire d'un homme et de son chien pourrait être banale, comme elle l'a déjà été présenté des milliers de fois, mais elle est ici insérée dans un écrin qui la rehausse. Le paysage, les personnages, la fuite de ces deux êtres perdus, le sentiment du monde qui change, la façon dont tout conduit à une fin peu heureuse, tout contribue à faire de ce roman un suspense qu'on ne lâche pas jusqu'à la dernière ligne, avide de savoir ce qu'il adviendra de nos protagonistes, mais également de voir encore ce nord, ce grand nord, froid et beau. Je ne pourrais me lasser de cette sensation de traverser les forêts du grand nord, dans cette traque impitoyable. Un tournant dans la saga, un beau roman. A lire, comme tout le reste. Pourquoi attendez-vous encore ?

(Chronique n°216)

mardi 25 février 2014

Des chrétiens et des maures (Daniel Pennac)

Après avoir fini Monsieur Malaussène, j'ai enchainé directement là-dessus sans même réfléchir. Après tout, c'est un livre tellement petit et court (moins de 100 pages) que je n'ai pas résisté. Et effectivement, la lecture fut très rapide. Alors, que puis-je en dire sans trop dévoiler et sans m'étendre plus que son contenu ?


Résumé en trois mots : Blessé, Amour et Naissance

Le livre est amusant en un sens, puisqu'il constitue un cross-over avec l'univers d'un autre écrivain. C'est d'ailleurs dommage que je n'ai pas lu cet auteur, parce que beaucoup de références m'ont échappées du coup.

Pour le reste, c'est du pur jus. L'histoire va nous raconter la naissance du Petit, l'avant-dernier de la fratrie Malaussène. L'histoire est amusante, et je l'ai lu jusqu'au bout avec un sourire et un intérêt pour savoir comment l'histoire se finira, mais je regrette juste qu'elle soit aussi courte. Plutôt qu'une histoire, c'est presque une nouvelle dans l'univers de Malaussène, qu'on peut lire presque indépendamment, quand on le souhaite, tant l'histoire est plus pour information que véritablement indispensable dans la saga.

Sans être un livre fondamentalement indispensable, c'est un bon petit -très petit- opus de la saga Malaussène, qui nous informe un peu plus sur cette famille complètement déjantée que nous suivons depuis déjà 4 tomes. En soi, le livre est inintéressant et trop court, mais dans l'ensemble de la saga il fait une excellente pause entre les plus gros volumes. A lire dans le cadre de la saga !

(Chronique n°143) 

samedi 15 février 2014

Monsieur Malaussène (Daniel Pennac)

Je me suis dit, après avoir fini La petite marchande de prose que je devrais me centrer plus sur le challenge. Et en parlant avec un ami, professeur de retraite, de cette saga, je l'entend me dire "Tu verra, Monsieur Malaussène c'est pas le plus mauvais de la série." Comment voulez-vous réussir à résister à ça ? Personnellement je n'ai pas pu, et me voila en train de lire le dernier tome de cette série que je possède. Et de le finir rapidement aussi.


Résumé en trois mots : Maternité, Images et Cinéma

Ce livre est le plus long de la saga Malaussène, enfin de ceux que j'ai lu, et il n'est pas le plus mauvais, mais je ne dirais pas non plus le meilleur. Entre les deux en fait. Pour plusieurs raisons, tout comme elles sont plusieurs en faveur de ce quatrième tome.

Pour commencer, j'attaquerai les points que j'ai jugé plus négatif, et je dirais notamment qu'il manque un petit quelque chose à ce livre : l'humour. On a nettement moins d'humour que dans les autres volumes, les sujets abordés sont très sérieux (comme pour les autres en fait) mais c'est fait beaucoup moins légèrement. Il y a bien entendu des bons moments de rire, mais dans l'ensemble c'est un livre plus sérieux que drôle, et j'ai trouvé ça dommage. Ensuite, le roman part dans de nombreuses directions qui se rejoignent, mais du coup on suit moins souvent le personnage de Benjamin Malaussène, alors qu'il est quand même le principal personnage. C'est dommage, j'ai trouvé qu'on avait trop d'intrigues secondaires aussi importantes que son histoire à lui. La famille Malaussène n'est plus tellement au centre. Le dernier détail que je reprocherais, c'est le sujet général, qui est centré autour de l'image et des films. C'est pas inintéressant, mais j'ai beaucoup moins d'intérêt que pour les livres (dans le troisième volume) ou en général les autres thèmes de la saga. Une considération plus personnelle en fait.

Pour le reste, en revanche, c'est encore et toujours bon. Fourmillant d'inventivité et de bonnes idées, de personnages riches et haut en couleur, d'intrigues croisées superbes, de nouveauté et de repêchage d'anciens détails, c'est un pur bonheur à lire, dans la droite ligne de ce qui se faisait dans les autres tomes. Le livre prend même le temps d'explorer d'autres lieux que le quartier de Belleville, ce qui n'est pas inintéressant, même si c'est vraiment dans Paris que tout se noue. Bref, encore une fois un petit régal pour le lecteur.


Sans être le plus mauvais, ce n'est pas le meilleur de la saga Malaussène, mais qu'est-ce que j'ai aimé la lecture. Encore une fois on est plongé dans cette famille hors-norme, avec tout ces personnages et ces intrigues en tout sens. Un régal de lecture que j'ai suivi d'un bout à l'autre. Le ton est léger, quoiqu'un peu moins que dans les autres volumes, et c'est avec un grand plaisir qu'on retrouve ce bouc émissaire qui est là pour expier les fautes de tout le monde. Je ne peux que vous encourager à le lire, cette saga est décidément une excellente lecture.

(Chronique n°138)

mardi 11 février 2014

La petite marchande de prose (Daniel Pennac)

(Lu entre le 28 et le 29 janvier)

J'ai craqué en le voyant d'occasion et je l'ai lu (oui, en plein dans le challenge, j'ai honte de ne pas avoir résisté) le plus vite possible. Le troisième tome de la saga Malaussène, tout de même, ça ne se refuse pas ! En tout cas je n'ai pas refusé, et au final, j'ai lu le tout sans même m'arrêter, toute la journée. Ah, une journée de lecture, quelle saine occupation ...


Résumé en trois mots : Littérature, Enquête et Famille

Encore une fois, la famille Malaussène m'a happé dans ses aventures et je n'ai pas résisté. Si l'ensemble est un poil en-dessous de ce qu'était La fée carabine, peut-être du fait d'un humour moins présent et d'un fond plus grave, le reste m'a amplement séduit et m'a lié à l'ouvrage jusqu'au bout. Je n'ai pas pu décoller de ma lecture, ou presque.

Daniel Pennac a un don pour conter les aventures de cette famille peu ordinaire, qui est cette fois-ci mise plus en avant que d'habitude, Benjamin s'effaçant un poil pour laisser les autres faire, ce qui n'est de loin pas pour me déplaire, tous étant aussi intéressant. Si j'ai dis que l'humour est un peu moins présent, il n'est de loin pas absent de ce volume qui contient de véritables blagues. Le tout réhaussé par le style qui commence à me plaire, avec plusieurs phrases bien percutantes. L'ensemble est vraiment d'excellente facture.

Et comme pour le volume précédent, nous avons le droit à une histoire qui ne s'ouvre sous forme d'enquête mais qui va dans tellement de directions qu'il serait réducteur de dire qu'elle est au centre. Tout est important, les intrigues se mélangent, tout comme les personnes et les peuples dans ce quartier de Belleville. Un quartier qui donne de plus en plus envie d'y aller. Et le mélange ethnique, les arrivés et les départs, tout est intéressant.

Pour ce troisième volume de la saga Malaussène, j'ai encore ressenti cette bouffée d'air frais qui sort du livre et qui nous saute en pleine face. Le ton est encore une fois oscillant entre le sérieux (il y a des choses qui passeraient sans problème dans un polar bien noir) et un humour par petite touche qui jaillit là où l'on ne l'attend pas. Les personnages toujours aussi géniaux, les différentes histoires qui s'imbriquent, tout est en place pour un excellent roman. Je ne peux que vous en recommander la lecture. Cette saga commence définitivement à me plaire ! J'ai la suite, mais je vais essayer d'attendre un poil avant de la lire ....

(Chronique n°136)

vendredi 17 janvier 2014

La fée Carabine (Daniel Pennac)

(Lu entre le 2 janvier et le 3 janvier 2014)

Deuxième volume de la saga Malaussène, après Au bonheur des ogres, voila venir la petite fée du quartier de Belleville. J'ai trouvé la couverture très particulière (je n'aime pas le trait de Tardi), mais l'histoire avait l'air amusante, et je me suis promis de tenter un second Pennac. Du coup, ça a donné une lecture rapide (je viens de la finir), et je m'empresse de vous livrer mon avis.


Résumé en trois mots : Vieux, Drogue et Enquête

Oui, je pense avoir tenu l'essentiel du livre dans ces trois mots. Nous aurons donc le droit à un nouveau tour de manège avec la famille Malaussène au complet (bien que certains membres soient très évanescent dans l'histoire) et pour des aventures trépidantes ! Et bourré d'humour surtout. Parce que la famille Malaussène n'est pas une famille de tout repos.

Le verdict finalement aura été très bon, preuve en définitive que ce n'est pas l'auteur mais bien le livre (je vous renvois à la chronique sur Au bonheur des ogres pour plus de détails). En effet, j'ai beaucoup plus aimé ce livre que son petit frère et cette fois-ci j'ai ris franchement à la lecture. Le roman a une trame plus intéressante et mieux faite, dans l'imbrication des différentes histoires, et que dire des personnalités qui sont présentées ! Des gueules extraordinaire, depuis la famille jusqu'au petit vieux en passant par les dealers. Et dans tout ça ne manque pas le rythme qui permet de lire d'une traite ce bon petit roman, qui fleure bon le Paris des parisiens, celui qu'ils aiment et qui possède bien des facettes, mais qui est avant tout un bouillon culturel et un agréable lieu de vie. Pour un peu il donnerait envie d'habiter cette capitale.

Bref, j'ai bien fait de continuer les livres de l'auteur, puisque finalement ce livre prouve que c'était plus le roman auquel je n'accrochais pas que l'auteur. Ce deuxième opus de la saga m'a bien plu et m'a donné envie de continuer à suivre les aventures de cette petite famille déjantée. J'en suis ressorti charmé, j'espère pouvoir lire rapidement les prochains tomes, pourvu qu'ils soient dans la même lignée.

(Chronique n°124)

mercredi 18 décembre 2013

L'amour de la vie (Jack London)

Lecture Jack London, partie 4/5


Encore un Jack London, je n'ai pas résisté. Cet auteur est si puissant ...
Et encore, ce n'est rien, j'ai acheté dernièrement quatre livres de lui et j'en ai vu au moins cinq à acheter et lire encore. Le reste sera pour un petit peu plus tard. Et puis quel plaisir en cette saison bien froide de pouvoir lire tranquillement au chaud des nouvelles sur une température encore bien pire !

Résumé en trois mots : Le nord, sauvage et la harge


J'avoue que pour le dernier mot j'aurais presque mit le titre, tant c'est ce qu'on trouve dans l'ensemble des nouvelles. L'amour de la vie, tout simplement. Et c'est beau, mais beau ... Encore une fois, j'aurais du mal à lister tout ce que j'aime chez Jack London. Le style, vivant et brut de décoffrage, les personnages qui semblent taillés dans le bois des arbres qui les environnent, les situations qui sont toujours horribles, les façons de faire passer son message, la rage de vivre et l'amour de la vie qui transparait dans toutes les nouvelles. Jack London raconte le nord, le froid et la faim, la dureté de la vie et sa beauté, son état brut, primitif, débarrassé de tout ce qui encombre. C'est puissant et prenant.

Dans toutes les nouvelles, on suit ce nord, même sans y être, cette communication entre les êtres, blancs, indiens, animaux, et tout ce qui tourne autour de l'or, de ce sang jaune de la terre qu'ils sont venus arracher par milliers au sol gelé d'une terre dure. Et qui le rend plus dur encore. Ce sont des hommes qui réapprennent à être sauvage, qui se soumettent au condition les plus rudes mais subissent bien pire intérieurement. C'est sauvage et dur.

Je ne peux que vous recommander de le lire. C'est moins simpliste que dans le recueil Le fils du loup, mais c'est tout aussi froid, dur et sauvage. C'est la terre du nord, les hommes du nord et la vie du nord, dans l'environnement du nord. Par dessus, c'est London, sa puissance et sa force, son élégance et son style. Le recueil est à la hauteur de Construire un feu, c'est d'une beauté éblouissante. Je ne peux qu'admirer cet auteur. Il est pour moi l'un des meilleurs que je connaisse.

(Chronique n°110)

lundi 16 décembre 2013

Le bizarre incident du chien pendant la nuit (Mark Haddon)

(lu entre le 9 et le 10 décembre 2013)

Un roman que j'avais eu en main il y a très longtemps et que j'avais envie de lire, parce qu'on m'en avait beaucoup parlé et que j'avais envie d'en savoir un peu plus. J'ai donc plongé dans ce livre lorsque je l'ai sorti du carton d'occasion (ce stand aura ma peau un jour ...) et je me suis laissé emporter par la musique qui m'a happé en deux jours.


Résumé en trois mots : maths, chien et autiste


Ce livre est franchement bien écrit et contient quantité de bonnes idées, rien que dans la numérotation des chapitres. Il parle de plusieurs choses intéressantes au niveau des mathématiques, quoiqu'il me semble déjà avoir lu mieux, et il contient une histoire vraiment bien campée.
Ce qui est aussi louable, c'est l'intention d'avoir mis comme narrateur un jeune garçon autiste et de tout faire passer par ses yeux, en alternant chapitre de narration avec ceux d'explications. C'est vraiment bien fait.

Cela dit, la lecture ne m'a pas enchanté plus que ça, malgré les bonnes idées et les nombreux retournements qui parsèment l'ouvrage. Principalement parce que j'ai en tête d'autres exemples qui exploitent mieux les possibilités offertes. Notamment le fait que l'histoire est plus autour de cet incident et de la vie du héros, et qu'on fait très peu de détour par de la réflexion ou de la philo. C'est intéressant et rempli de petites curiosités, mais je n'ai pas été sublimé plus que ça. C'est bon, sans rajouts.

En fait je pense que cette lecture se fait un poil tardivement dans mon niveau. C'est dommage car elle est bien, mais je n'ai pas apprécié autant que ça. Il reste juste un bon livre, sans le plus qui fait que j'aurais envie de le relire encore et de fouiller dedans. L'auteur aurait pu aller beaucoup plus loin et reste un peu trop en surface. C'est dommage. Mais le livre reste très bon, je le recommande volontiers.

(Chronique n°109)

dimanche 24 novembre 2013

Construire un feu (Jack London)

Lecture Jack London, suite (2/5)


Dernier recueil de nouvelles de l'auteur que je possédais (nb : en fait l'avant dernier finalement), je l'ai lu sur les conseils d'un professeur de français que j'ai croisé dans un stage de théâtre. Il m'avait parlé de cette histoire curieuse d'un homme qui doit construire un feu dans la solitude glacée du Klondike. Et j'ai finalement acheté le recueil après la lecture de Martin Eden, replongeant dans du London jusqu'au cou, mais me rendant aussi compte que cet auteur fut prolifique et qu'il me reste encore beaucoup à lire. Cela sera pour plus tard, en attendant voici ce que j'ai tiré de son recueil.

Résumé en trois mots : Solitude, Klondike et Sauvage

J'ai lu ce recueil très vite, je m'en suis rendu compte lorsqu'il était fini entre mes mains. Il contient en tout 6 nouvelles et la première version de la nouvelle qui donne son titre au recueil. S'ajoute en plus une très longue préface d'un auteur que je ne connais pas (Kenneth White), et que je n'ai pas lu lorsque j'ai remarqué qu'il faisait exactement ce que je déteste dans une introduction : éventer absolument toutes les nouvelles (du coup je me suis gardé le suspense et je ne l'ai pas lu). Quand Gaiman fait une introduction pour introduire l’œuvre, son contexte et son écriture, oui ! Surtout qu'il ne dévoile rien. Mais là, notre brave chroniqueur nous donne des clés de compréhension, et bien évidemment cela déflore l'histoire.

En dehors de ce détail d'édition (qui est très facilement évité), qu'avons nous derrière ? Sept nouvelles qui continuent la lignée de ce qu'il y avait déjà dans Le fils du loup mais d'une façon différente et se concentrant sur d'autres thématiques. En fait je dirais presque que le recueil offre cette fois-ci un fond plus solide dans ses écrits, ceux-ci donnant plus à réfléchir. Les thématiques varient et les métaphores commencent à devenir plus ciselées. En tant que tel, Jack London à évolué de style et les nouvelles me semblent pour la plupart plus mature. Ce n'est pas encore l'auteur de Martin Eden que l'on a, mais les nouvelles ne sont plus seulement des portraits d'hommes sauvages et violents des contrées du nord.

Le recueil s'ouvre sur un récit sympathique mais un peu plus anecdotique qu'est Perdu-la-face. Le récit est assez surprenant puisqu'on ne comprend pas le titre avant la fin et qu'il est bien trouvé. D'ailleurs le ton est assez tourné vers l'humour noir quand on songe au point de vue adopté.
Il continue avec Mission de confiance, une histoire qui fleure plus le sociale. La course qui est présente dans le roman à deux points de vue. D'un côté les paysages et le pays traversé, toutes les rivières ou les endroits connus (notamment ce fameux Chilkoot Pass), mais aussi la quête de cet homme lié par une amitié qu'il veut honorer, le poussant à transporter un lourd colis dont il ne sait rien. La fin laisse songeur est je crois qu'il faudrait encore que je presse un peu cette nouvelle pour en extraire tout le suc.

La nouvelle qui suit est celle qui donne son titre au recueil, et celle qui m'a paru la plus impressionnante. London va nous en faire le récit à la fois de l'ignorance et la bêtise d'un homme, mais aussi de l'homme face à une nature violente et sauvage, impitoyable. Et également d'une leçon sur la vie en générale. Mais je ne peux que faire là des interprétations rapides et pas très poussées. Je ne vous recommande que la lecture, c'est incroyablement prenant comme d'habitude.

Ce sacré Spot une histoire plus légère et là encore la nouvelle va concentrer tout sur la fin, puisque l'on s'attend à découvrir la raison de la première phrase. Mais l'humour est beaucoup plus présent et le cadre est moins le nord froid que les relations avec les chiens de traineaux, animaux qui apparaissent souvent dans l’œuvre de London.

Braise-d'or, une nouvelle étrange qui m'a laissé un gout doux amer en bouche, à la fois par son côté fataliste et assez sombre mais en même temps grotesque, présentant quelques facilités qui s'estompent devant le sujet, très grave au final. Ce n'est pas une nouvelle humoristique mais il y a tout les ingrédients pour. Le mélange final est curieux et à mon avis assez dérangeant.

La disparition de Marcus O'Brien, une nouvelle qui m'a fait rire car elle va nous présenter une histoire qui prend au dernier moment une direction complètement inconnue. C'est d'autant plus amusant qu'on ne s'y attend pas du tout, bien que le titre nous prévienne. Un peu plus légère, elle aborde précisément le sujet de l'alcool.

Et enfin la dernière, Le bon sens de Porportuk, une nouvelle avec laquelle j'ai eu beaucoup de questions. Est-elle positive ou négative, je ne sais pas. En tout cas elle est troublante, puisque je me demandais au final qui était véritablement le héros de la nouvelle, et la fin m'a laissé pantois. J'avoue que c'est assez rare de lire une fin comme celle-ci, qui finit par nous faire repenser le reste mais en même temps qui nous laisse un sacré gout d'amertume. Je n'ai pas trop d'idée de comment l'aborder, mais elle m'a franchement troublé.

A tout cela s'ajoute les qualités classiques de Jack London, à savoir : une bonne plume qui fait que l'on est pris rapidement dans l'histoire, un dynamisme d'écriture et une narration fluide, des descriptions qui donnent l'impression d'être plongé dans les paysages, des personnages curieux, sortes d'hommes redevenus plus sauvages et plus farouche, mais aussi humains même si cela ne transparait pas toujours, des femmes fortes et indépendantes, jouant avec les hommes, et des relations avec les indiens mitigés. Parfois héros, parfois ennemis, ils n'ont pas un visage unique et semblent aussi bien bons que mauvais, comme tout un chacun dans les nouvelles de London.


Ce recueil est vraiment réussi, London réussissant à faire des nouvelles à caractère souvent originale, prenant des voies que je ne pensais pas tout de suite, mais également humoristique, face que je ne lui connaissait pas mais dans laquelle il sait se débrouiller. Les histoires développent en prime des arrières propos qui ne sont pas inintéressant et plusieurs belles métaphores. L'homme face à une nature sauvage laisse progressivement place à l'homme face à d'autres hommes, mais aussi et surtout face à lui-même. Comme si les neiges du grand silence blanc reflétait ces âmes parties chercher fortune en terre inhospitalière. Un recueil bien intéressant donc, et je le recommande à la lecture.

(Chronique n°98)

mercredi 13 novembre 2013

Minuit 4 (Stephen King)

Allez, le nouveau Stephen King lu ! Oui, j'ai mis un temps fou avant d'en relire un (et pourtant il y en a qui trainent sur ma PAL) et je pense que le suivant ne sera pas pour tout de suite. Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, mais il me faut un peu autre chose en ce moment que de l'horreur à la Stephen King. Car c'est bien de cela dont nous allons parler à présent.



Résumé en trois mots : Nouvelle, Fantastique et Horreur

Ce recueil de nouvelle longues se couple avec Minuit 2 (dont les éditions présentés ont la couverture complémentaire d'ailleurs) et le style des nouvelles est le même que dans Différentes saisons, à savoir très long mais sans doute pas assez pour un roman (quoique ici nous avons tout de même près de 300 pages par histoire). C'est donc seulement deux histoires que nous découvrons dans le recueil.

 La première, intitulée Le policier des bibliothèques est spéciale en son genre, principalement parce qu'elle fait appel à des choses qui, à mon avis, est très typé américain (et surtout sur une période donnée). En effet, il y a comme idée que lorsqu'un enfant ne rapporte pas ses livres à temps à la bibliothèque, il est poursuivit par le policier des bibliothèque, sorte de Père fouettard qui traque l'enfant coupable. Le souci, c'est que de base, je n'ai pas été touché par cette idée étant donné que je n'en avais jamais entendu parler étant plus jeune et que je n'y suis plus sensible à l'heure actuelle.

Cependant, Stephen King continue de faire preuve d'une narration très bonne et à mon sens maitrisé dans le livre. Le seul souci c'est que ce livre n'est pas vraiment innovant par rapport aux autres récits du genre par S.K., et que si vous avez déjà lu dans le même style, ce n'est pas franchement différent. L'incursion du fantastique se fait assez rapidement, on continue dans le suspense, mais je trouve qu'on n'a pas de grande originalité. C'est de l'épouvante autour d'un thème qui doit vous parler, sinon on passe un peu à côté, et concrètement c'est ce qui s'est passé pour moi.

Le deuxième récit, qui s'appelle Le molosse du soleil, est assez différent dans son fond puisqu'il parle cette fois-ci d'un appareil photo qui semble hanté. Enfin, hanté d'une façon très particulière, et assez originale. Mais en tant que telle, j'ai aussi eu des petits problèmes avec. Là encore, je pense que je ne suis pas de la bonne époque pour apprécier pleinement ce récit. C'est une lecture intéressante, mais j'ai trouvé le tout anecdotique là aussi. L'idée est bonne, mais j'ai trouvé le développement peu portée sur l'horreur, plus sur le suspense, et au final j'ai été pris par le récit plus qu'apeuré. Hors il n'y a pas grand chose comme suspense, et quand on a fini, ce qui reste c'est clairement la peur ou rien. Et dans mon cas, ce fut à nouveau rien.

En fait le recueil n'est pas mauvais, mais il est trop typée dans les années 80/90 selon moi, Stephen King usant trop des codes de son époque et de son lieu, ce qui ne marche pas beaucoup pour nous il faut bien l'avouer. Mais le style reste prenant et Stephen King connait son genre. Je suis sur que si les histoires vous parlent, les récits vous provoqueront les terreurs que vous souhaitez. Mais sinon c'est franchement plus difficile à dire, et je pense qu'on peut passer à côté sans problème. C'est l'horreur du bas du panier de l'auteur, mais le fond reste tout de même bon.

(Chronique n°93)

mercredi 6 novembre 2013

Au bonheur des ogres (Daniel Pennac)

Suite à la sortie du film, j'ai eu envie de lire encore un peu de Pennac (cf. Comme un roman) et je me suis laissé tenté par le livre, sachant que la bande-annonce me plaisait bien (ce qui en soi est assez stupide dans le choix d'un livre). Je me suis laissé tenté par le film d'abord puis par le livre ensuite, et je ne regrette pas, étant donné que les deux sont bien différents autant niveau scénario (qui est très différent) que niveau ambiance. Mais dans les deux cas, j'ai beaucoup aimé (même si j'ai l'impression d'être un peu seul pour le film).


Résumé en trois mots : Décalé, famille et magasin

Ce roman est curieux, et j'ai beaucoup apprécié d'y retrouver le style de Pennac, même si j'aurais eu du mal à comparer un essai et un roman. En tout cas dans les deux cas on retrouve la petite voix de l'auteur (ici le narrateur est interne, c'est Benjamin Malaussène qui parle) et c'est comme d'entendre raconter l'histoire. D'ailleurs le récit m'a fait fortement penser à une histoire orale qu'on aurait retranscrite (ce qui apparait d'ailleurs dans le récit), et c'est véritablement ça à mon avis. On entend le type nous raconter cette histoire dans un bar, ou dans son salon, et on l'écoute. Du coup, comme pour un récit normal, il y a des commentaires, des moments plus ou moins intéressant, et une autre utilisation de la langue. Mais aussi un autre rythme d'histoire.

Ce qui est très curieux, c'est que la trame de l'histoire n'est pas du tout la même entre le livre et le film, qui a choisit de faire tourner l'enquête dans un autre sens. Cela dit, c'est très bien fait aussi (là encore, ce n'est que mon avis). Dans le livre, j'ai trouvé qu'il y avait un petit souci : un défaut de rythme. A mon avis le livre est un poil trop long, ce qui fait que les passages qui devraient s'enchainer plus trainent un peu en longueur. Cela dit, c'est toujours intéressant, même si parfois on se dit que le malheur aime à s'acharner sur notre pauvre héros.
Le récit contient en outre pas mal de "gueules", aussi bien dans la famille Malaussène que dans son entourage, avec des personnages bien curieux. Les portraits sont toujours déjanté, ce qui est totalement dans le ton du roman.
Le tout sur fond d'enquête (même pas menée par le personnage principal), couplée d'une histoire d'amour complètement déjanté aussi (la fille est très curieuse), le tout formant un beau mélange.

Cependant, je dois bien avouer quelque chose : j'ai moyennement accroché au récit. La faute au rythme un peu faiblard, alors que tout le reste était génial. L'inventivité, le décor, les personnages, les idées, la folie douce du récit, tout est bon. Mais le manque de rythme fait qu'on lit de façon plus détachée, à aucun moment je ne m'étais plongé complètement dans le récit. C'est dommage, car il possède vraiment beaucoup de qualités.


Au final, le roman est très inventif, déjanté, coloré, regorgeant de bonnes idées, mais il pêche par un manque de rythme qui rend le tout un peu indigeste, il y a trop de passages qui semblent long pour que l'on se plonge totalement dedans. Cependant le tout reste très bon et donne envie de se plonger dans la suite de la saga Malaussène. Je vais essayer de les lire, en espérant que l'auteur arrive à améliorer ce rythme un peu poussif. Le roman se laisse lire, il est agréable, mais pas parfait. Je verrais bien ensuite si c'est l'auteur ou ce roman.

(Chronique n°90)