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lundi 22 juin 2015

Blanche Neige Rouge Sang (Collectif)

J’ai acheté ce livre pour diverses raisons, mais notamment parce que le nom de Terri Windling sur la couverture me faisait des oeillades très franches, elle qui avait su m’émerveiller avec son superbe L’épouse de bois, pour lequel j’ai toujours un gros coup de coeur dans le thème de la fantasy contemporaine. Du coup, je voulais découvrir cet ouvrage qu’elle avait contribué à écrire, bien qu’elle ne soit auteur d’aucune des nouvelles présentées ici. Mais bon, cela n’empêchait pas de le ire. D’autre part, j’apprécie énormément les contes (et les légendes, et les histoires qu’on se raconte autour d’un feu ou d’un verre, le soir, entre personnes de bon gout), et je voulais découvrir ces contes repris pour adultes de nos jours. L’idée me paraissait excellente, et je savais en outre que le sujet intéressait une amie. Donc je me suis laissé aller, et j’ai eu le livre en main bien vite.


Résumé en trois mots : Contes, Adultes et Trash

Il n’y a pas à dire, l’univers des contes, c’est bien violent. De base, la plupart des contes que nous connaissons ont été édulcorés par rapport à leurs versions d’origine, qui est plus rude, violente et impitoyable. Mais les contes contiennent beaucoup de choses, tout, pour ainsi dire, et c’est agréable de lire ici des adultes écrivant leurs propres versions des contes à destination d’autres adultes. Qu’on se le dise une fois pour toute : le conte est fait pour les enfants, le conte est fait pour les adultes. Et chacun y trouve ce qu’il veut. Alors arrêtons avec ces contes roses et sucrés à la Disney.

Ceci étant dit, je n’ai pas été subjugué par ma lecture. Si celle-ci fut très intéressante et ne m’a foncièrement pas déplue, je n’ai pas été autant émerveillé que je m’y attendais. Les reprises de contes proposées sont efficaces, mais sur l’ensemble, aucun ne m’a paru transcendant, et la plupart se contentent de reprendre le conte de manière efficace et adulte, sans ajouter de grain de sel qui fasse toute l’alchimie. J’ai d’ailleurs été étonné de lire le nom de Neil Gaiman sur la couverture, mais la nouvelle présente ici était déjà dans le recueil Miroirs et fumée, ce qui m’a gâché le plaisir de retrouver cet auteur.

Dans l’ensemble, si les contes sont très bien repris (notamment une reprise de Rapunzel et une autre du Petit Chaperon Rouge qui m’ont bien plu), rien n’est foncièrement neuf, et les préfaces me laissaient envisager d’autres contes, des reprises qui proposeraient des contes nouveaux utilisant les archétypes qu’on retrouve dans cette fameuse marmite bouillonnante des contes. C’est dommage, car j’aurai bien aimé lire quelque chose de neuf.

En tant que tel, je crois que j’ai été déçu de ne pas relire des coups de génie comme a su le faire Gaiman dans son recueil Miroirs et fumée, qui proposait une relecture d’un conte où le sens se trouvait inversé, ce que j’appréciais beaucoup plus. Là, j’ai l’impression que les auteurs ont voulu trop bien faire, et le résultat me semble assez lisse au final. C’est propre, presque trop gentil malgré des reprises parfois trash des contes d’origine. Mais rien qui ne secoue véritablement, et c’est dommage.


Un recueil dont j’attendais trop, sans doute, et qui n’a pas su combler toutes mes attentes. Je ne regrette pas ma lecture, et plusieurs contes ont retenus mon attention, mais aucun ne m’a véritablement plu au point que le recueil me marque. C’est dommage, même si cela n’empêche pas le recueil d’être bon. C’est d’ailleurs toujours sympathique de pouvoir lire des nouvelles d’auteur qu’on ne connait pas forcément, mais je reste sur ma faim, et le sentiment final est un peu trop marqué pour que je puisse vraiment le conseiller. Tout au plus ne vous le déconseillerais-je pas, sans aller jusqu’à dire que sa lecture est très fortement conseillée. Bref, à vous de vous faire votre propre avis sur l’intérêt ou non de lire ce genre de livres, mais ne fondez pas trop d’espoir, de peur d’être déçu vous aussi.

(Chronique n°285)

lundi 27 avril 2015

Le magasin des suicides (Jean Teulé)

Premier ouvrage de cet auteur pourtant bien connu, mais je n'ai jamais cherché à le lire ni à l'acheter. Jusqu'à récemment, où je l'ai découvert en occasion et que je me suis laissé tenter par l'achat, puis par la lecture le soir même. Et je l'ai finalement fini dans la soirée, tant il est court et vite lu. Ca faisait un petit moment que je n'avais pas pris le temps de déguster un petit livre aussi court, bien posé le soir. Le temps d'une soirée, une lecture pour échapper à ce monde.


Résumé en trois mots : Déprime, Vendeurs et Monde

Le roman est très humoristique, jouant sur les contrastes de ce monde en perdition où le suicide se vend comme le reste. Le ton reste volontairement dans l'humour noir, et tout tourne autour de cette joie de vivre que vient contrebalancer la morosité ambiante. C'est à la fois, dans une certaine part, une anticipation plutôt noire sur le climat et la mentalité, mais aussi une formidable bouffée d'optimisme sans faille et sans fin. C'est la joie de vivre de tout les instants et sans même chercher à être heureux. La joie d'une famille qui est malheureuse.

En toute honnêteté, j'ai adoré ce livre. Vraiment, bien que la lecture fut très rapide et plaisante, j'ai été happé dans ce monde sombre et triste où la mort se vent et l'espoir fait figure d'étrangeté. C'est le genre de livre qui invite à sourire béatement, sans se poser de question, qui propose de simplement se dire que la vie est formidable sous tout ses aspects et qu'elle vaut largement la peine d'être vécue, encore plus ici dans notre monde à nous. Un livre optimiste et débordant de bonne humeur, bien que la fin sombre surgisse un peu brutalement. Mais c'est la touche finale d'une histoire qui tend vers l'optimisme. Et par ces temps souvent moroses, je ne peux que vous dire que c'est le genre de livre à lire. Une bouffée d'air frais qui fait du bien.

Un petit livre qui met en joie, et qui m'a bien plu, c'est certain. J'ai aimé, de façon simple, cette histoire, ce défilé de morosité et d'optimisme débordant, tout autant que l'ingéniosité de la mort, sous toutes ses formes. Une lecture qui m'a fait sourire et à laquelle je repense en me sentant un peu plus léger dans ce monde-ci. On est pas si mal, dans notre époque. A lire, c'est vite lu et bien lu !

(Chronique n°265)

mercredi 25 mars 2015

Janua Vera (Jean-Philippe Jaworski)

J'avais beaucoup entendu parler de cet auteur qui aurait réalisé un coup d'exploit extraordinaire avec son premier recueil de nouvelles avant de pondre un livre qui aurait été une exception dans le paysage de la fantasy française. Cela a titillé ma curiosité et je me suis procuré les deux ouvrages sus-dit du bonhomme avant d'attaquer goulument le premier. Et là, ce fut le choc, tel que je ne l'avais plus ressenti depuis un long moment.


Résumé en trois mots : Guerre, Médiéval et Sombre

Ce recueil est très hétéroclite, conservant toutefois une trame sur l'ensemble au niveau de l'ambiance, ce médiéval fantastique assez sombre mais en même temps développé au travers de nombreux points de vue, les guerriers et la noblesse, les paysans, les religieux. En relisant l'ensemble, c'est toutes les couches de la société médiévale qui sont présentes ici. Et c'est tant mieux !

La raison pour laquelle je qualifierai ce recueil de génial, c'est la haute qualité des nouvelles présentées. Rien ne m'avait préparé à cela, et je suis charmé, aussi bien par la plume de Jaworski, très fluide et très belle, qui met en immersion dès les premiers mots, mais également par l'inventivité dont il fait preuve.

Curieusement, la nouvelle Mauvaise donne qui est ensuite développé dans le roman Gagner la guerre, est celle qui m'a le moins parlé du recueil, tout en restant très bonne. Le recueil comporte 8 nouvelles, et je dirais que plus de la moitié sont sublimes. La première, l'histoire d'un Dieu-roi, est surprenante par son approche et bienvenue, une excellente ouverture du recueil. La deuxième, Mauvaise donne donc, est agréable et plante un décor que j'aimerai bien voir développé. La troisième est peut-être la moins intéressante, une histoire de chevalier, mais bien menée et agréable. 
Et là, le recueil bascule dans les nouvelles fantastiques. Une offrande très précieuse, qui sait jouer du fantastique avec des soldats tout en finesse, très belle nouvelle. Le conte de Suzelle, l'histoire d'une femme paysanne, d'une cruauté et d'une force extraordinaire. J'ai été séduit par cette histoire qui m'a ému, tant on est dans un conte cruel. A mon avis, la meilleur du roman. Jour de guigne, une nouvelle très drôle et rafraichissante après les dernières plus lourde, tout en ayant une bonne petite histoire. Un amour dévorant, nouvelle très sombre et très belle, une histoire de fantômes qui n'effrayent pas.
Et enfin, Le confident, une nouvelle qui présente beaucoup de choses et apporte une conclusion largement ouverte, toute sujette à interprétation.

Ce recueil est en globalité excellent, et certaines nouvelles sont fabuleuses. J'ai été étonné de trouver une telle qualité dans un premier livre, et si l'auteur est à ce niveau dans le reste, je comprend les critiques élogieuses qui découlent. C'est prenant et inventif, et je serais ravi de pouvoir me replonger dans ce monde. La suite très vite donc !


Un monde qui m'a surpris par sa noirceur et son caractère réaliste, mais dans lequel j'aimerai bien pouvoir replonger maintenant que j'y ai pris gout. Un premier recueil qui mérite amplement son succès donc, et que je vous recommande à tous, pour peu que la fantasy vous intéresse. C'est vraiment du haut niveau, et je ne m'attendais pas du tout à quelque chose dans ce style. Sombre, mature, mais aussi drôle et beau, un recueil complet qui vous fera passer un excellent moment. J'ai aimé, je le recommande !

(Chronique n°250)

lundi 26 janvier 2015

Days (James Lovegrove)

Encore un achat de cette collection de Bragelonne, qui est en passe de devenir la plus grande de ma collection. Et encore une fois, une découverte d'un auteur et d'un style que je ne connaissais pas, d'une histoire sur laquelle je ne sais rien et dont le seul résumé m'a attiré, ce qui est déjà un gage de ma volonté. Et cette lecture, qui remonte maintenant à loin déjà, et tout ce qu'il se fait de plus acceptable, voir même plus !


Résumé en trois mots : Magasin, Consommation et Humains

L'histoire est celle d'un magasin, un énorme et gigantesque magasin, qui contient sur six étages tout ce qu'il faut pour qu'on puisse consommer sans se préoccuper de ce qu'on achète. Tout, des femmes aux cravates, des livres à la nourriture. Et bien évidemment, tout cela à un prix. Days est le magasin dans lequel on ne rentre qu'avec une carte. Et cette carte indique votre niveau de richesse.
Dans ce temple de la consommation moderne, quatre destins se croisent. L'un est celui d'un simple employé, un fantôme. Un homme qui traque les voleurs en les repérant dans ce qui est le plus grand lieu de vol possible du monde. Une autre est cette dame qui tient le rayon de la littérature dans le magasin, et qui voit, jour après jour, son espace disponible diminuer au profit de celui de l'informatique. C'est également le destin d'un couple, qui vient inaugurer en cette brillante journée sa carte du magasin. Le premier jour pour eux dans le monde de la sur-consommation. Et enfin, c'est le destin de la famille dirigeante, des sept frères Days qui tiennent ce magasin.

J'ai beaucoup aimé ce roman, qui ne s'étale que sur une seule journée tout en nous présentant quatre points de vue différents dans un même magasin, plus grand que n'importe quel autre dans le monde. Sans même évoquer la surconsommation ou la déviance des hyper-marchés, ce livre nous offre également une belle fable sur l'homme et les dérives qu'il peut connaitre dans sa vie, entre les couples qui ne peuvent pas s'accorder ou encore les frères Days, entrepreneur du magasin, qui doivent à la fois tenir quelque chose de trop gros, s'accorder entre eux et en même temps sont prisonniers d'un joug parental. D'autant plus oppressant que le père n'est plus là.

Ce roman est assez brillant dans son genre, et j'ai énormément apprécié de le lire, avec le foisonnement de ce qui est présenté, tout en ne s'enlisant pas dans une critique massive. Le livre sait retrouver l'histoire quand il le faut, et retombe sur ses pieds d'une belle façon, en concluant de façon assez magistrale, puisque chaque arc narratif aura sa propre fin, ce qui fait qu'on ne peut y voir une fin heureuse ou malheureuse.

Un beau livre, qui est assez unique dans ce que j'ai pu lire pour l'instant, mais qui est bien typique de ces fantaisies urbaines qui dépeignent notre société sous un jour peu glorieux. Les différents personnages sont à la fois touchants et glaçants d'effroi par leur apathie face à la vie, mais ce roman sonne bien réaliste, et c'est là tout l'intérêt. Et je ne parle pas de la façon dont les histoires se croisent pour finir par avoir chacun sa propre identité, finissant dans plusieurs nuances de tons. Un bon roman, qui se lit agréablement et qui invite à réfléchir. Une belle découverte qui m'a bien fait plaisir.

(Chronique n°223)

jeudi 22 janvier 2015

Night Ocean (H. P. Lovecraft)

Dernier livre de Lovecraft que j'avais entre les mains, et normalement dernier que je lis avant un long moment, puisque j'ai épluché les recueils principaux de cet auteur si fabuleusement horrifique. Mais voila, la source est en partie épuisée, il se peut qu'au cours du temps je tombe sur un livre m'ayant échappée, mais je pense avoir bien fait le tour de Lovecraft, et ce récit est la conclusion de tout ceux que j'ai lu jusqu'à présent. Et le hasard faisant bien les choses, je suis tombé sur celui que je devais, effectivement, lire en dernier.

Résumé en trois mots : HorreurCollaboration et Mélange

Ce recueil est sans aucun doute le moins bon de ceux que j'ai lu de Lovecraft, pour différentes raisons, et notamment liées à la procédure éditoriales. En effet, ce recueil contient nombre de textes de Lovecraft sans grand intérêt car non fini, à l'état de brouillon, ou même des textes qui ressemblent bien plus à des coups d'essais que de véritables textes travaillés et aboutis. L'ensemble est d'ailleurs présenté comme tel, plus une compilation de textes de l'auteur à direction des fans qu'un véritable livre d'un bout à l'autre. Il contient notamment à la fin un texte qui est appelé Livre des raisons et qui est, en gros, une compilation des notes et des idées de Lovecraft pour écrire un livre d'horreur. C'est très sympathique, mais je m'attendais à lire un livre, pas à avoir un condensé de textes pour fan.
Le second problème de ce livre, c'est qu'une bonne partie des textes sont des textes écrits à quatre mains ou plus, et que bien souvent les histoires sont largement moins intéressantes du coup. On y trouve peu d'histoire véritablement horrifique, mais certains développement sont assez intéressant, quoique ce soit peu fréquent. De manière générale, les textes sont peu développés et laissent un sentiment d'inachevé, sans compter que l'ambiance horrifique propre à Lovecraft est moins souvent fréquente.  Et au final, l'intérêt est très réduit au fil du texte.

Un recueil très peu intéressant pour moi, qui tient plus du recueil pour fan que véritablement du recueil de nouvelles. On découvre une autre facette de Lovectaft, mais que je trouve moins intéressante pour le coup. C'est moins prenant, moins horrifique que d'habitude. On y retrouve que très peu l'ambiance glaçante d'un bon récit Lovecraftien, et la plupart des choses s'oublient vite. Je viens de le finir, et je n'en retiens pas grand chose. Un livre qui mérite que très peu qu'on s'y attarde.

(Chronique n°221)

jeudi 8 janvier 2015

Wastburg (Cedric Ferrand)

Petite lecture que je me suis offerte pour aller avec le jeu de rôle que je me suis procuré et qui attend son tour avec impatience lui aussi. Un petit roman qui est aussi assez peu connu du grand public et dont je n'avais pas du tout entendu parler auparavant. Une occasion comme une autre de se plonger dans des arcanes méconnues de la fantasy, car après tout, c'est bien de la dark fantasy que nous avons là. Et, pour un temps, je me suis perdu dans les ruelles sombres et puantes de Wastburg, moi aussi, au côté de la garde.

Résumé en trois mots : GardesViolence et Ville

Un drôle de petit roman, qui combine à la fois qualité et quelques défauts, mais qui dans l'ensemble garde une cohérence énorme et une ambiance détonante. Avec jeu de mot.
Le propos du livre n'est pas vraiment centré sur les personnages, quoique certains reviennent à intervalles réguliers dans les différents chapitres, mais ne se concentrant jamais sur un, se contentant de laisser les récits détailler la ville et sa vie, tout en nouant une légère intrigue qui se dénouera progressivement, mais sans que ce soit vraiment très marqué. 
Ce qui m'a marqué, c'est qu'outre le côté gentiment humoristique de certaines passages, dû notamment à la stupidité monumentale des protagonistes, le livre nous pond des passages bien gores et plutôt violent, tout en gardant le côté très léger et insouciant qu'il avait de base. Un mélange très curieux et presque dérangeant par certains moments.
D'autre part, les chapitres s'enchainent sans réel lien en-dehors du lieu, toujours la même ville de Wastburg, et des personnages qui se mêlent dans tout les sens avec toujours un lien avec la garde (soit en en faisant partie soit en étant en contact avec elle). C'est dans le même ordre d'idée que Un milliard de tapis de cheveux, mais sans cette question qui se pose du début à la fin. Là, on suit gentiment la vie de tout les jours dans la garde et dans la rue. Vie trépidante et toujours bien remplie. Sans parler des fêtes, des coutumes ou des idées qui naissent dans ce lieu. Car Wastburg est un lieu vraiment à part.

Bien que sans réel lien entre elle, les nouvelles forment bien un roman au final, un peu décousu certes, mais un roman tout de même, et ce roman est globalement bon. Sans être le roman du siècle, il pose un univers de dark fantasy plutôt sympathique, tout en nous montrant un monde où la magie vient de partir et qui se débrouille sans. C'est aussi des sympathiques touches d'humour, beaucoup de noirceur et une humanité à la limite de la fange, dans une ville à la moralité et à la propreté douteuses. Une incursion dans un univers amusant, et qui m'a bien plu.

Dans le genre roman sympathique et qui apporte un dépaysement, Wastburg se pose bien et nous propose une belle petite virée en ville, entre la garde dépassée et les mages disparus, dans une ambiance noire de complots en tout sens, de trafic et de voleurs, bien coincé entre deux états, oubliés des deux. C'est une incursion dans une ville médiévale sale et puante, qui est tout sauf attrayante et qui possède une histoire bien à elle. Avec un final haut en couleur. Bref, une bonne petite trouvaille, qui donne envie de lire encore un peu de fantasy, de retourner dans d'autres mondes.

(Chronique n°215)

samedi 3 janvier 2015

Substance Mort (Philippe K. Dick)

Il est de certains livres comme de certaines drogues, on veut en reprendre toujours un peu plus, mais au final, la dose de drogue qu'on aura absorbé en premier sera toujours la plus forte et la plus intense, en s'y replongeant on n'y retrouvera jamais le trip d'origine, celui qui nous a fait planer jusqu'au delà des sphères du tangible et du réel. C'est quelque chose qu'on ne peut décrire, qu'on ne peut expliquer, ce qu'on a vécu, on ne peut que se le rappeler dans tout son corps, dans tout son esprit. Et ensuite, essayer de le décrire, c'est encore plus difficile.
Philip K. Dick est un de ces auteurs là, qui vous laisse un gout en bouche au final, qui ne vous laisse qu'une envie, celle de replonger dans un de ses livres au plus vite. Comment pourrais-je vous en parler ensuite ?


Résumé en trois mots : Drogue, Police et Réalité

Philip K. Dick est un personnage vraiment à part dans la science-fiction. Il aurait vécu au XIXème siècle, il aurait eu l'âme d'un Baudelaire opiomane, ou de ces écrivains qui dissèquent les vicissitudes de l'âme humaine. Car oui, l'âme humaine est remplie de tourments et de changements. L'âme humaine est loin de la stabilité.
Car encore une fois, c'est des interrogations métaphysiques qui viennent se greffer sur un roman de science-fiction qui n'a en soi rien de banal. Il est clair que Philip K. Dick est un auteur majestueux, qui possède des dons d'écriture et d'invention remarquable, mais qui possède en outre une capacité à glisser de la philosophie partout. Ce roman est encore une fois la démonstration magistrale de cet auteur pourri de talent.

Ce qui est fascinant, c'est qu'après plusieurs histoires de Philipe K Dick, je retrouve encore cet inventivité débordante que j'avais déjà noté dans ses autres ouvrages. Je pourrais juste lui reprocher l'absence de personnages féminins, la plupart des romans n'en contenant véritablement qu'un seul, mais dans un grand rôle, ce roman ne fait pas exception. Pour le reste, nous retrouvons des personnages torturés, qui se posent de multiples questions et qui sont toujours dans le doute quant à ce qu'ils vivent, ce qu'ils sont et quel est le vrai autour d'eux. Là encore, nous retrouvons des thématiques liées à la drogue, mais plus directement encore que celles de Le dieu venu du Centaure, puisque c'est vraiment l'infiltration des milieux de la drogue par la police qui est au coeur du livre. Et s'ajoute également la thématique autour de la double personnalité, puisque le policier infiltré commence à avoir des problèmes entre ses deux vies mêlées, tout en parlant également du moment où la drogue rend les camés flippés. Quand la drogue t'as eu, comme elle en a eu d'autre ...

Ce serait impossible de décrire tout les sujets du livre, tant il y en a, entre univers de la drogue et vies ratés, amour et haine, personnages en tout genre, ajouts de science-fiction et univers policier ... Mais le plus impressionnant à mon avis, et encore une fois, c'est la façon dont Philip K. Dick nous sort un final en beauté. Comprenez par là qu'il va non seulement vous remettre en cause ce que vous saviez auparavant, vous dévoiler quelque chose que vous ne pensiez pas, mais se permettre en sus, par une phrase presque anodine, vous glisser une réflexion morale et profonde sur la drogue, bien loin des clichés qu'on pourrait avoir. En soi, la fin m'a rappelé un autre livre (que je ne citerais pas pour ne pas vous spoiler ce magnifique twist) et j'ai été sur le cul au niveau de la réflexion, mais surtout quand j'ai compris le véritable titre du livre (qui devient, du coup, un titre sujet à de nombreuses interprétations).
Dois-je vraiment finir en disant à quel point l'histoire est impeccable, en suivant ce pauvre policier qui se perd dans sa vie et bientôt dans sa tête à devoir se poursuivre lui-même et à essayer de ne pas finir fou ? Ce serait en rajouter pour pas grand chose.


Dans les livres de cet auteur, je placerais Substance Mort dans le haut du panier, et même dans le top 3 directement. De ce que j'ai lu, on y retrouve le foisonnement d'interrogation et de sujets que j'affectionne tant, l'histoire qui tient la route d'un bout à l'autre et qui sait se jouer de nous en prenant des directions que l'on ne voudrait pas voir prises. Mais la réalité est cruelle, comme nous la rappelle la dédicace finale, et le monde de la drogue est bien plus dur qu'on ne voudrait nous le faire croire. Surtout quand on songe à ce qui est dit à la fin. Une façon de boucler la boucle qui est glaçante mais tellement ouverte aux interrogations. Un must-have à lire. Pour l'instant, je le considère dans mon coeur comme l'un des meilleurs de Philip K. Dick, et je pense bien ne pas finir là-dessus avec cet auteur. J'aborde seulement les grands ouvrages de lui, et je crois que je vais plonger le plus profond possible. Lisez-le, lisez-le, lisez-le. Ce sont les trois seuls conseils que je peux vous donner à son propos.

(Chronique n°212)

samedi 8 novembre 2014

La saga du sorceleur (Anrzej Sapkowski)

Une bien belle et longue saga, sur laquelle j'aurais lu diverses choses pas forcément flatteuses. Mais il faut bien reconnaitre que ce n'est pas une saga habituelle. Déjà par les couvertures (la réédition en poche m'aurait tuée), mais aussi par le contenu, sans parler du manque de réédition en français. Et le jeu vidéo qui en fut tiré et qui est bien plus connu (et mieux noté, curieux fait). Mais je me suis penchée vers elle après avoir lu les premières nouvelles, et je n'avais plus qu'une envie : plonger à nouveau dans cet univers et arriver à voir la suite des aventures de ces personnages hauts en couleur et incroyablement attachants.


Résumé en trois mots : Magie, Prophétie et Guerre

Je dois bien dire, au final de ma lecture, que j'en ressort avec une sensation de déception. Mais si la déception est là, c'est que j'en attendais beaucoup, et le début pronostiquait tellement mieux pour la fin ...

En essayant d'expliquer les choses de façons précises, je dois d'abord relever un détail qui a toute son importance : Sapkowski écrit très bien, le style est incroyablement plaisant, entre la noirceur du monde et les situations rarement roses, mais avec aussi un humour qui se manifeste de temps en temps par de petites touches, et c'est toujours agréable. Et c'est prenant, c'est ça qui fait plaisir. On veut connaitre la suite, bien que cela nous semble parfois un peu artificiel dans le fond.

Car oui, il faut bien l'avouer, il y a des choses un peu trop artificielle dans le fond de certains livres, et je dirais principalement au-delà du troisième tome. Les deux premiers mettent en place l'ensemble et apportent d'excellents éléments, mais la suite n'est pas à la hauteur et plusieurs fois je me suis désolé de l'avancement.
Ce qui est vraiment dommage, c'est que l'auteur a posé une situation vraiment excellente, notamment politiquement, avec tout ces conflits, intrigues, mélant politique, espions, magiciens, pouvoirs et complots. Mais voila, c'est sympathique, sauf quand on résout tout brutalement à la fin avec des moyens assez peu digne de l'ensemble. Le dernier tome donne l'impression de vouloir tout conclure beaucoup trop rapidement. Et c'est vraiment, vraiment dommage.
En parlant de ces problèmes scénaristiques, je dois bien avouer que c'est aussi problématique autour du reste : la saga du sorceleur, peut-être, mais celui-ci est un personnage assez effacé par rapport à Cixi, qui est la figure vraiment centrale. Et d'ailleurs, pourquoi avoir retiré Yennefer des trois quarts de l'histoire ? C'était un excellent personnage, mais qui ne sert pratiquement à rien dans tout les tomes. En fait elle n'est même pas là plus de la moitié du temps.
Autre souci, niveau scénaristique : l'ajout de certains personnages. Je ne suis pas contre l'introduction de nouvelles têtes, toujours intéressantes par ailleurs. Mais là, la plupart du temps c'est en un bloc et les personnages m'ont semblé un peu trop artificiels dans leur façon d'être, même si ça s'améliore beaucoup par la suite.

Par contre, et pour finir sur une note positive, le reste possède beaucoup de bonnes idées. J'ai adoré, à titre d'exemple, la bande des Rats ou la façon dont la guerre impacte sur la vie générale des gens, bien qu'on ne voit presque jamais des batailles (il y en a, si mes souvenirs sont bons, une seule dans les cinq tomes). C'est des luttes entre petites gens lorsque les grands se tapent dessus. Et c'est aussi un monde très sombre et qui contient tout son lot d'horreur et de noirceur (notamment violence gratuite). Un monde mêlant bien fantasy et moyen-âge, noirceur et pique d'humour, sur fond de guerre et d'interrogations. Une belle histoire, mais qui se déroule avec trop d'accroc pour qu'on puisse l'apprécier à sa pleine valeur.

Au final, je suis très mitigé et j'hésite à conseiller la lecture de cette série. Déjà, parce que si vous voulez vous la procurer vous aller payer très cher ou avoir des couvertures dégueulasse. Mais en plus, l'histoire est très inégale, à la fois plaisante sur le monde et décevante sur le fond. C'est une saga qui aurait mérité une histoire plus travaillée, et je n'ai pas retrouvé tout le plaisir que j'avais eu en lisant le premier tome. C'est vraiment dommage, parce que le monde est intéressant et que j'aimais beaucoup de choses dedans. Alors, dois-je la déconseiller pour autant ? Non, évidemment, je ne peux pas. C'est une saga qui à de quoi plaire, et qui présente du potentiel. Si vous êtes intéressé par ce genre de choses, n'hésitez pas à la lire quand elle vous tombe sous la main. Mais dans l'optique d'une superbe saga de fantasy, il faudra repasser.

(Chronique n°208)

dimanche 19 octobre 2014

J'irais cracher sur vos tombes (Boris Vian)

Entre deux galères, je trouve toujours le temps de lire un petit livre de derrière les fagots, et je me suis attardé un peu sur ce livre d'un véritable génie que j'adore, dans presque tout ce qu'il a fait et que j'ai eu la chance de découvrir jusqu'ici. Boris Vian, le poète, chanteur, écrivain, scénariste, humoriste, musicien, l'homme complet et complexe, une véritable bête des arts. Un monument à découvrir. Et celui-ci rentrait dans la catégorie des romans qu'on me conseillait fortement de lire.

Résumé en trois mots : Noirs, Sexe et Violence

Je caricature un poil le propos dans ce résumé en trois mots, mais il faut bien avouer que ce sont les trois thèmes centraux de cette histoire curieuse et au relent de vérité qui mettent mal à l'aise. Déjà, et je tiens à la souligner, c'est un livre dans une ligne purement réaliste, soit au antipodes des autres écrits de l'auteur que j'avais déjà lu (L'écume des jours, Les fourmis et L'arrache-coeur). Ici, point de monde déformé, de réalité transfiguré et de critique voilée mais acerbe d'un monde plus fou que ce qu'il en tire.
Ici, tout pue la vérité, du début jusqu'à la fin, dans ce personnage du noir à la peau blanche qui cherche à venger son frère. Rien que du réalisme dans les échanges entre personnes, dans les faits racontés. C'est ce qui rend la lecture parfois malsaine au plus haut point, tout en conférant à l'ensemble un statut d'avertissement plutôt bienvenue.
C'est intéressant de constater que ce livre, issu des années de ségrégation, traitant d'un racisme qui n'existe plus en apparence chez nous, est toujours bien actuel dans certains de ses propos. Autant sur la jeunesse dorée qui se défonce dans tout les sens du terme, que sur la perversité de ceux-ci, les façons d'être et de réagir. Tout le monde est mauvais ou ignoble, et ce n'est pas le personnage principal qui arrangera les choses, même si il s'agit peut-être du seul qui semble agir avec un réel motif, et presque avec raison. Presque.
Le livre est extrêmement cru, il faut bien l'avouer. C'est explicite sur tout, et c'est ce qui en fait sa force. Rien n'est caché, mais finalement rien n'est vraiment important dans ce qui est cru. C'est le reste, ce qui se dévoile petit à petit, ce qui est tendrement camouflé derrière qui importe. Les sentiments, les raisons, le ressenti. Et tout cela ne transparait qu'a demi-mot. C'est plus complexe qu'il n'y parait au premier abord, car tout est dévoilé, masquant l'essentiel.
Mais ce livre est aussi un coup de poing puissant sur la table et dans la gueule. Qu'en tirer, quelle morale et quel message ? Je ne suis pas sur qu'il y en ai vraiment, et s'il y en a, c'est pluriel. Tout peut-être motif à question, et le final en crescendo accentue ce côté là. Décortiquez-le pendant des heures, vous pourrez en tirer ce qui vous semble bon.

Un étrange roman, dans l'esprit de Boris Vian, mais à part des autres que j'ai déjà lu de lui. C'est purement ancré dans la réalité, et de fait, le roman à une odeur bien plus désagréable. C'est cru et violent, mais jamais gratuitement. C'est méchant et cynique, mais là encore ce n'est pas par pur volonté de déranger. Et c'est puissant. Boris Vian nous entraine dans son histoire pour ne pas nous lâcher. Sans qu'on ne devine où cela nous entraine, l'histoire se déroule inlassablement, nous dévoilant plus d'horreur qu'on aurait voulu, mais nous assénant en face ces vérités qu'on veut éviter.
Si le propos sur la condition des noirs peut sembler démodé, je ne peux m'empêcher de repenser à certains, qui aujourd'hui, en Franc, parlent de ces "bougnoules" et de sang arabe dans les veines ... Et la critique de cette jeunesse dorée qui se défonce à tout va ne me semble pas plus démodée qu'elle ne l'était à l'époque. Les moyens changent mais pas le fond.
Bref, un roman excellent, à lire, car il me semble aussi actuel que peut l'être un roman sorti l'année dernière, et qui a le mérite de ne pas se voiler derrière des faux-semblant. La vérité est là, et elle nous éclate à la gueule. Le genre de roman puissant qui fâchent, qui impressionnent, qui estomaquent, mais qui ne laisse pas indifférent. Voyez ce qu'il en sera sur vous.

(Chronique n°205)

mardi 13 mai 2014

Au coeur des ténèbres (Conrad)

Il y a dans la vie plein de livres dont on a entendu parler, dont les gens connaissent le titre, mais que personne que vous ne connaissez n'a lu. C'est exactement ce genre de livre que j'ai attaqué, livre considéré comme culte par bien des gens, mais aussi assez court, et qui inspira notamment le film Apocalypse Now. Ce n'est pas rien ! C'est pourquoi je me suis laissé porté doucement Au cœur des ténèbres ...


Résumé en trois mots : Fleuve, Horreur et Ténèbres

Je pense que c'est le maximum que je puisse résumer. L'histoire est tellement connue, je ne vous la redirais pas, mais le livre est bien plus que son histoire.

Conrad a un style littéraire très particulier. Je n'ai pas lu l'introduction de 100 pages qui détaille ce genre de choses, mais je dois dire que ce n'est de loin pas ma tasse de thé comme genre, alliant métaphore continue avec style ampoulé, jolies phrases avec rythme syncopé. Bref, c'est un sorte de bouille me semblant indigeste que j'ai lu. Cela dit, le style se marrie tellement bien à l'ambiance qu'il passe et, au bout d'un moment, on se trouve emporté dans le récit sans plus remarquer le texte.

Ce récit pose une ambiance, et c'est vrai. Dans le genre, il est même champion. Mélange d'obscurité, de noirceur, de folie et de peur, il nous met dans une drôle de situation. Rien n'est évident dans ce livre, tout est suggéré. L'auteur nous transporte le long de ce fleuve, dans une folie de plus en plus grande. Ce qui culmine à la source et au but, Kurtz. C'est une ambiance noire, mais qui nous prend pleinement. Sans parler de cette jungle épaisse qui rôde tout autour des berges, qui ne laisse rien passer.

Le tout est complété par quelque chose en plus : la profondeur du récit. Mélange entre réalité et invention, liant les métaphores obscures et les idées pas très claires, on ne sait pas clairement quelle est la portée du récit au final. Mais elle existe, elle est là. Il y en a une, une profondeur qu'on ne connait pas mais que j'ai eu la sensation de comprendre, sans pouvoir la retransmettre. C'est ça qui fait véritablement la force du récit de Conrad. Au final, qu'en tirer ? Ce qu'on veut. Récit sur la folie, sur l'homme, sur la stupidité, sur la violence, sur le côté sauvage, sur l'inconnu, sur les peurs ? Sur tout ça, sur rien ? A vous de choisir.

Ouah, ce récit m'a tout bonnement captivé. Malgré son écriture, une force dans le récit qui m'a plongé littéralement dans cette jungle et dans ce fleuve qu'on remonte sans savoir pourquoi. L'histoire est obscure, c'est très sombre, mais elle est excellente. Je ne peux que vous recommander sa lecture, qui vous plongera, j'espère, dans ces ténèbres. Et qui vous en fait ressortir différent de ce qu'on était avant. C'est ce qui m'est arrivé, c'est tout ce que je peux vous souhaiter.

(Chronique n°181)

 

jeudi 27 mars 2014

Histoires mystérieuses (Isaac Asimov)

Dernier recueil de nouvelles d'Asimov que je possédais, et sans doute le dernier avant un petit moment vu mes finances actuelles. C'est dommage qu'il soit parti si vite ... Mais cette fois-ci, nous avons encore un autre registre d'histoire du maitre ! Une autre corde à son arc, en somme. Cette fois-ci, les histoires sont des enquêtes policières ! Oui messieurs-dames ! Et avec la rigueur scientifique si caractéristique et l'humour spécial de l'auteur, comme à son habitude.


Résumé en trois mots : Enquêtes, Humour et Science

Le recueil contient une dizaine d'histoires, avec parfois un personnage d'enquêteur récurent, ou deux histoires qui présentent les mêmes personnages dans deux intrigues qui se complètent (une façon amusante de voir l'évolution du style d'écriture également).
Le tout avec tout les avantages liés à Asimov. D'abord, les fameuses précisions scientifiques, qui sont moins développés dans les nouvelles (ou alors elle prendraient trop de places), mais qui sont toujours présentes et ajoutent un fond intéressant. Ensuite, son humour parfois étonnant (surtout niveau jeu de mot) mais qui rend certaines nouvelles légères. Enfin, sa plume prenante qui nous invite encore une fois à lire jusqu'au bout alors même que l'intérêt pourrait être limité. D'ailleurs il faut souligner que certaines nouvelles sont assez peu intéressantes au final, l'histoire étant un peu facile. Mais cela n'empêche pas d'avoir envie de lire jusqu'au bout, preuve s'il le fallait d'une belle maitrise du style.

En soi, ce recueil diffère des autres par rapport à son style plus policier, qui est parfois concentré dans un indice qui nous aurait échappé et qui sera la clé, ou qui est concentré autour d'un moyen de s'en sortir, comme dans l'espace (ce qui est d'ailleurs assez souvent bien fait). Bref, ce sont plus des histoires à suspenses que des histoires à réflexions. Si j'ai apprécié notamment les personnages, qui sont dans quelques nouvelles très réussis, je trouve l'ensemble un cran en-dessous de ce que Asimov nous avait déjà proposé avec des récits comme Le robot qui rêvait ou L'homme bicentenaire, puisqu'on perd un peu le côté philosophique de l'humanité future et de ses possibles travers. Cela n'empêche pas d'avoir des superbes piques humoristiques qui m'ont bien fait rire.

Un très bon recueil, donc, quoique ce ne soit pas le meilleur du maitre de la science-fiction. Le style est très bon, tout est comme d'habitude à la bonne place, mais je trouve dommage qu'on perde le côté réflexion et philosophique que Asimov sait si bien distiller dans ses nouvelles autour des robots et des futurs de l'humanité. Cela dit, ce recueil démontre qu'Asimov sait faire ses preuves dans d'autres genre, ici le policier futuriste, et ça passe très bien, notamment en n'utilisant pas un coup d'une machine extraordinaire sortie du chapeau pour la résolution des enquêtes. Un bon recueil, pas le meilleur, mais qui est aussi agréable à lire que le reste.

(Chronique n°158)

dimanche 9 février 2014

Sortie de secours (Yves Paccalet)

Ce petit livre est en fait un essai qui répond à un autre livre du même auteur appelé L'humanité disparaitra, bon débarras ! que vous pouvez trouver dans la même collection pour environ 4 € (de mémoire). C'est un essai qui tente d'expliquer des principes environnementaux et à quel point nous saccageons notre planète. C'est le genre d'essai qui empêche parfois de dormir, et qui nous donne envie de nous frapper la tête violemment contre un mur.


Résumé en trois mots : Écologie, Cynisme et Désespoir

Ce livre est très court. En même temps, pour un essai, il se doit de ne pas en tartiner trop. C'est le genre de livre que ma sœur adore lire (je vous conseille aussi Faut-il manger de la viande ?, Comment les riches détruisent la planète, etc ...) et que je déteste, parce qu'après je me sens mal. En fait, il n'est que trop vrai, et le cynisme qui en ressort est malheureusement justifié. Le désespoir, c'est ce qui ressort quand on a fini de le lire. Comme lire une condamnation à mort. Enfin, une mort pas rapide, et pas très glorieuse non plus.

Paccalet nous livre cette fois-ci quelque chose de plus optimiste que son précédent essai. En soi, c'est passer de "On va tous crever !!" à "On va tous crever !" (pour ceux qui ne remarquent pas, on enlève un point d'exclamation). Si l'auteur tente d'être moins négatif que dans son précédent livre, il n'en reste pas moins très peu joyeux. Cependant, le propos n'est pas de nous redonner le sourire. C'est écrit en toutes lettres sur la couverture : "des solutions pour sauver l'humanité". Il n'est jamais dit qu'elles seraient applicables ou qu'elles seraient facile. Et c'est bien ça le problème.

L'auteur est un philosophe, grand écrivain (ça se sent dans la plume, les phrases sont efficaces, les mots bien ciblés) et qui est féru d'écologie. Sauf que ce n'est pas le genre à vous bassiner pour que vous triiez vos déchet. Non, lui il en est au stade : "Mangez vos enfants, ça fera moins de personnes sur Terre !". Bref, il n'est pas très optimiste quant au devenir de l'humanité. Son essai est sombre, mais il a le mérite de mettre les points sur les I. Au moins nous ne pouvons pas nous défiler sous prétexte de ne pas avoir vu venir les choses.

Son essai va se centrer sur différents points, entre alternative mondiale, nouvel conception des rapports humains, et aussi écologie. Sauf qu'il vise le haut niveau, et qu'il ne compte pas vous demander de fermer le robinet, ce qui n'est que poudre aux yeux. L'intérêt, c'est qu'en un livre court, il résume pas mal de choses. L'auteur s'implique dans son récit, et c'est tout à son honneur. L'avantage de la petite taille, c'est qu'il est en plus vite lu. Si la lecture à enthousiasmé, la porte est grande ouverte à d'autres livres, que je ne peux que vous recommander d'aller lire. En ce sens, cet essai est une excellente introduction à la matière.

Si vous vous intéressez un peu à l'écologie et à tout ce qui se fait en terme de nouvelles conceptions, alternative économiques et nouveaux modèles de monde, cet essai est fait pour vous. Peut-être y trouverez vous quelques réponses aux questions que vous vous posez, et trouverez vous une aide. Si vous ne vous intéressez pas à ça, essayez de le lire, c'est suffisamment court pour que vous puissiez vous pencher dessus sans perdre trop de temps. Et il donne matière à réfléchir, je ne peux pas vous le déconseiller.

(Chronique n°135)

jeudi 30 janvier 2014

Le mythe de Cthulhu (Lovecraft, partie 2/3)


Lovecraft, partie 2/4


Pour lire un petit livre rapidement je me suis décidé à prendre encore un Lovecraft ! Un petit cette fois-ci, encore un recueil de nouvelles. Pour l'occasion, je me suis décidé à lire enfin le fameux livre sur Cthulhu, personnage rendu célèbre avec le net mais dont je ne savais pas grand chose. Et c'est par une charmante soirée froide, emmitouflé dans la couette, écoutant du Godspeed You! Black Emperor durant toute la lecture, je me suis mis à le lire. Ce que j'en ai tiré ? Et bien ....


Résumé en trois mots : Angoissant, Horreur et Inconnue

Déjà, je ne peux que vous conseiller une chose : ne lisez JAMAIS ce livre le soir, emmitouflé dans une couette en écoutant du Godspeed You! Black Emperor à plein volume pendant une heure. Surtout !! si vous avez des colocs un poil facétieux. L'un des miens à eu la bonne idée de faire glisser une pantoufle à côté de moi quand j'étais pris dans le livre. Le résultat ne s'est pas fait attendre, j'ai hurlé. En clair j'étais bien dedans quoi.

Les histoires sont différentes et malgré l'annonce seul la première histoire parle de Cthulhu. Cependant toute les nouvelles parlent de créatures et de destins tragiques. En fait, sans lire la biographie de Lovecraft, on comprend vite qu'il était névrosé et souffrait de différents petits tracas d'ordre psychologique (apparemment il était en plus misanthrope et contre le progrès). Ça explique peut-être la teneur de ses récits.

Alors là, nous sommes dans l'horreur totalement, mélangé à du très bon fantastique, avec les Grands Anciens et bien évidemment des créatures d'autre mondes, des personnes qui défient ces mêmes créatures. Et un grand bol d'angoisse dans le tout, pour un mélange bien détonnant. C'est le moins qu'on puisse dire.

Le récit, c'est angoissant. Très angoissant, voir malsain. Lovecraft nous étale un ensemble de peur, la plupart du temps peu crédible d'ailleurs, mais tellement bien mises en scène qu'on ne peut que adhérer à ces idées. S'ajoute bien évidemment le style de narration qui est excellent, tant au niveau du langage (chapeau à la traduction d'ailleurs) qu'au niveau du style. Imparable pour bien démarrer la lecture.

Enfin il faut ajouter le fait que la réunion en corpus des nouvelles contribue à garder cette atmosphère angoissante et prenante, bien loin de ce qu'on avait dans le recueil des nouvelles de La contrée des rêves. C'est un ensemble qu'on lit, et qu'on dévore, le soir, bien installé chez soi, écoutant les bruits nocturnes.

En fait, voici ce que j'appelle un vrai roman d'épouvante, vous angoissant et vous contraignant à garder votre souffle durant certaines pages. L'ensemble du récit est bon, même si j'ai eu une nette préférence pour le premier récit (celui de Cthulhu), mais c'est bien l'ambiance et le style d'écriture qui captivent. Lovecraft est un maitre du fantastique, c'est certain, mais en lisant ce livre on se rend compte du fossé qu'il y a entre lui et d'autres livres. C'est du haut niveau, et l'auteur nous entraine dans ses noirceurs desquelles on ne ressort qu'à la fin du livre. Un vrai roman qui vous glace le sang, c'est du Lovecraft. Je suis converti maintenant.

(Chronique n°130)

 

jeudi 16 janvier 2014

Survivant (Chuck Palahniuk)

(lu 9 janvier 2014)

Encore un petit Palahniuk que mon coloc m'a suggéré, en m'expliquant qu'il y avait les pages numérotés à l'envers, et il faut avouer que ça commence à la page 370 et qu'on descend progressivement dans le compte à rebours. Et comme d'habitude avec Chuck Palahniuck, c'est barré.


Résumé en trois mots : Religion, Cynisme et People

Un livre noir et cynique, détonnant et méchant, c'est environ le meilleur moyen de résumer le second ouvrage de cet auteur. J'avoue que pour celui -ci j'aurais eu plus de mal à rentrer dedans et qu'il m'aura moins marqué que d'autres écrits de l'auteur. Pourquoi ? Plusieurs raisons interviennent, notamment le fait que le roman se concentre sur un aspect très américain : la religion à l'américaine. Lorsque l'auteur part dans son délire au niveau des shows TV ou dans les stads de Super Bowl, j'avoue que je m'ennuyais un peu puisque finalement c'est quelque chose qui est très éloigné de ma culture propre. Du coup, j'ai eu un peu plus de mal avec certaines parties du livre.

Après, le livre reste très drôle, avec cet humour cynique et grinçant qui sied si bien à l'auteur. C'est toujours un régal, même si le sujet est plus centré américain et qu'il a du mal à percer ici, à mon sens. Nous connaissons aussi les sectes, mais pas au niveau que connaissent les USA, du coup je trouve qu'un lecteur moyen français à moins d'attaches à cet univers là. Pour le reste, Palahniuck glisse à nouveau une petite part de fantastique dans son œuvre, mais bien dosé et qui permet à l'histoire d'embrayer sur sa deuxième partie sans aucun problème, le ton changeant complètement entre les deux moitiés du roman (dans le même genre que Peste en fait). La lecture se fait plus facilement à la moitié du roman, mais j'ai moins accroché en général au livre.

Ce n'est pas le meilleur Palahniuck, c'est certain, mais il reste un livre sympathique et qui se lit bien, même si le sujet est moins intéressant pour nous autres français. Je ne le déconseille pas mais de l'auteur il y a d'autres livres bien plus intéressant. C'est un bon ouvrage qu'on peut lire, mais il en gagne pas la priorité selon moi.

(Chronique n°123)

vendredi 10 janvier 2014

Rafaël derniers jours (Gregory Mcdonald)

Un livre qui me fut conseillé par un collègue de travail en m'expliquant "Ça c'est du roman vraiment noir, tu verras". Et oui, il avait raison, c'est du roman vraiment noir. Mais je dois avouer que je ne pensais pas à ce point là.


Résumé en trois mots : Émouvant, Noir et Famille

L'auteur exploite dans ce récit la fameuse "légende urbaine" des snuff movie et nous le fait d'une belle manière. C'est la première fois que je lis un commentaire de l'écrivain précisant qu'il y a un chapitre qu'on peut sauter si on le désire. J'avoue qu'il peut être dispensable à l'histoire mais qu'il permet de mieux comprendre la suite, de mieux la concevoir. Par contre, j'avoue qu'il m'a fallu m'accrocher plus que je n'aurais cru en lisant simplement les descriptions.

Le roman a des côtés dérangeants, et en même temps témoigne d'une humanité rare, d'un amour d'un homme pour les siens, et de sa vie qu'il considère si misérable qu'il la vend au plus offrant. C'est assez poignant à lire, et en même temps c'est une fatalité grave qui s'installe, qu'on voudrait voir ailleurs, mais qui reste bien là. Le roman vous plombe un dimanche ensoleillé et vous donne envie de vous enfermer au chaud, mais c'est un bon roman, qui permet peut-être de regarder le monde d'une autre manière, d'une façon plus sereine. Quand ça parle de la mort, ça parle de la vie, et c'est cela qui compte le plus.

Un roman noir, bien noir, mais aussi rempli d'humanité et de vie, jusque dans les dernières pages. C'est prenant et angoissant, mais surtout ça prend au tripes. C'est un drôle de roman, qui m'a plu et que je ne regrette pas d'avoir lu, malgré la dureté du troisième chapitre. Un bon conseil de lecture, que je ne peux que recommander à mon tour.

(Chronique n°120)

mardi 31 décembre 2013

99 F (Frédéric Beigbeder)

J'ai lu le livre après le film et surtout parce qu'on me le vantait comme meilleur que son support cinématographique que j'avais beaucoup apprécié. J'ai donc acheté (en octobre ...) et je me suis lancé dans la lecture rapidement, bouffant des pages sans m'en rendre compte. Il écrit bien, le bougre !

Résumé en trois mots : publicité, cynisme et confession

Frédéric Beigbeder nous a pondu un véritable chef-d’œuvre, sur le fond et la forme, mélangeant toutes sortes de choses dans un OVNI final qui n'a rien à envier à beaucoup de classiques. Des phrases percutantes, des mots qui claquent et savent trouver le chemin vers notre réflexion. Des chapitres et des découpages pertinents, c'est vraiment un coup de maitre !

Le livre est ultra-connu, notamment avec l'excellent film qui en est sorti (je pense vraiment que le film est bon, c'est un avis personnel), mais les deux divergent pas mal, le film s'est basé sur le matériel du livre sans le suivre totalement. La fin diverge beaucoup entre les deux, chacune avec sa façon de conclure.

Dans le livre, j'ai adoré le style d'écriture, vif et direct, qui nous pousse à lire rapidement et nous fait engloutir les pages à une vitesse dingue. La lecture est fluide et sans accroc, c'est un véritable plaisir de le dévorer. Il y a également le découpage, qui rend la lecture fluide, le vocabulaire, la mise en forme ... C'est un véritable bijou d'écriture, j'aurai beaucoup de chose à en dire. Mais je me contenterais de dire que c'est superbement bien écrit.

Enfin s'ajoute le contenu, sur le monde de la publicité, et là, c'est le pompon. Le bouquet final, le grand cœur de fin. Le fond est excellent, autant que le style, sur ce monde pourri de l'intérieur, où la défonce permet de tenir, où les filles sont réduites à pire qu'objet, où le faux et le paraitre sont maitre. Tout est pourri, enrobé d'un relent de fausseté et de lâcheté, de dépravation et d'ignorance feinte. C'est un monde qu'on ne peut que concevoir de l'intérieur et qui est porteur de la société d'ultra-consommation. C'est superbement génial comme éclairage. Signalons d'ailleurs que l'auteur fut viré de sa boite de pub pour faute grave suite à ça. Ca donne à réfléchir, non ?


J'ai adoré ce livre, même si j'avais déjà vu le film avant, parce qu'il est vraiment différent et bien plus profond que le livre. Le style est excellent, la lecture plaisante et le fond invite à réfléchir sur notre société, la rendant encore moins reluisante qu'elle ne l'est déjà. Il y a de quoi déprimer à l'intérieur, mais aussi de quoi rire, et l'ensemble passe alors comme une gorgée d'un bon vin. Je ne peux que vous recommander la lecture de cet opus légendaire et qui mérite amplement son statut.

(Chronique n°115)

mardi 10 décembre 2013

Le chinois (Henning Mankell)


Pour l'anecdote, c'est mon professeur de théâtre qui me l'a passé en me disant que ça ne pourrait que me plaire, qu'il était très bien. C'est ainsi que je me suis retrouvé avec un livre de plus sur ma PAL (qui atteint des proportions monstrueuses à présent). Mais j'ai suffisamment bien aimé pour le lui couvrir de plastique (au moins il est protégé ainsi). Bref, passons les détails.

Résumé en trois mots : Suède, Chine et Afrique

C'est amusant de citer ainsi un petit tour du monde, mais c'est vraiment ça comme livre. Enfin, en dehors du style polar, on se balade beaucoup, il faut avouer (d'ailleurs j'ai lu pas mal sur la Chine en ce moment il me semble). Ce qui est bien c'est que l'auteur, après avoir rendu son héros fétiche malade d’Alzheimer (pratique pour éviter que quelqu'un le reprenne), à décidé d'écrire avec de nouveaux personnages dans chaque livres. L'avantage, c'est qu'on change un peu de point de vue, même si chaque fois certaines caractéristiques reviennent (entre autre le fait que les mecs soient très souvent blasés). Un autre détail qui est très intéressant pour un polar, c'est que l'héroïne soit vieille. C'est pas courant et j'aime bien.

Ce livre à plusieurs autres avantages que je ne listerais pas en détail, mais il est très bien écrit, rythmé, possède des surprises même si ce n'est de loin pas l'élément essentiel du livre (dans le genre des polars, il y a déjà eu beaucoup plus surprenant), mais il à l'avantage de se pencher sur les relations internationales et l'histoire d'une façon originale. Ce n'est pas la surprise de l'année, mais il contient vraiment des superbes idées (notamment la deuxième partie qui tombe comme un cheveu dans la soupe mais se lit d'une façon tellement fluide qu'on oublie le reste).

En gros, ne vous attardez pas pour la surprise ou le suspense, il est tué vite, mais c'est tout le reste qui importe, autant le contexte que par exemple les relations humaines et certains aspects historiques ou politiques, en Suède ou ailleurs, qu'on oublie très vite ... Une lecture prenante et distrayante, Mankell reste un excellent auteur, je ne peux que vous le recommander.

(Chronique n°106)

lundi 21 octobre 2013

Peste (Chuck Palahniuck)

Encore un Palahniuck, mes amis, et pour ne pas prendre n'importe quel livre qu'on m'aurait conseillé, j'ai décidé de prendre un livre complètement au hasard dans le rayon, pour tenter un peu autre chose, voir ce que l'auteur avait aussi fait. Car oui, Fight Club c'est bien beau, mais quid du reste ? De cette façon, je me suis retrouvé avec dans les mains le livre Peste. Un scénario qui semblait assez intéressant, et je me suis dit qu'on pouvait se lancer. Et là, la lecture ...



Résumé en trois mots : Humour, cynique et Amérique

Ce roman m'a fait une drôle d'impression. Non, en fait il y en a eu plusieurs, des impressions sur ce roman. Déjà, et c'est ce qui semble ressortir de nombreuses autres critiques que j'ai pu lire, il y a une grosse impression que Chuck Palahniuck à combiné des idées multiples et allant dans tout les sens, se mêlant pour former un roman. Le problème, c'est qu'il y en a trop à mon humble avis. Assez d'idées pour deux voir trois livres, mais combiné en un, c'est trop. Et pourtant, elles sont bonnes.

Ensuite, j'ai aussi été dérangé par le style d'écriture, qui s'inspire des biographies orales, celles où chacun parle en expliquant la vie de quelqu'un qui est mort (bien que dans ce cas on n'en soit pas tellement sur). Mais là encore, c'est très décousu, très confus. On comprend, mais avec trois trains de retard, et c'est pénible en un sens. Je comprend très bien la volonté de l'auteur qui cherche à faire une biographie en tout sens pour troubler son lecteur jusqu'à le laisser dans l'expectative sans trop savoir la réalité dans tout ce marasme et ces idées contradictoires. C'est louable, mais je trouve que la forme n'est pas la meilleure.

Ensuite, passons à autre chose. L'histoire est confuse, et surtout regroupe trop d'éléments qui ne se mélangent (à mon avis) pas trop bien. Le livre va basculer d'une critique de la société pure et d'un roman humoristique noir (dans la veine de Le seigneur de porcheries mais avec un humour plus net), pour ensuite basculer dans une sorte de science-fiction et de considération philosophique voir métaphysique qui sont à mon avis très loin de ce qu'on pouvait lire au début.
Le roman est toujours très bon, lorsqu'il critique il sait viser juste (et très juste d'ailleurs), mais il le fait moins bien que dans Fight Club, avec trop de dispersion. Mais cela dit, le tableau qu'il dresse de l'Amérique vaut le détour, entre névroses et obstination, les personnages sont malsain du début à la fin, et ce n'est pas sans critique bien appuyées et ciblant des points précis. Mais dans l'ensemble, c'est difficile de comprendre.


En fait je pense que Chuck Palahniuck à voulu trop dire dans ce roman, et qu'il s'est perdu en cours de route. Le roman prend deux fois des virages radicalement différents, avec une impression de changer carrément de registre d'écriture, la seconde partie perdant considérablement en humour notamment, mais le tout étant bourré de bonnes idées. Si ce n'était pas un auteur déjà accompli, on pourrait croire qu'il s'agit d'une première œuvre encore un peu brouillonne de la part d'un auteur talentueux. Là on peut se demander pourquoi l'auteur s'est embarqué dans toutes ces directions au lieu de scinder tout en plusieurs livres, mais je trouve qu'il y a vraiment des excellentes idées, le tout un peu trop noyé dans la masse. Si vous acceptez de vous accrocher pour la lecture, ce livre ne devrait pas vous poser trop de problème, sinon, c'est pas celui que je vous conseille du même auteur.

(Chronique n°82)

jeudi 15 août 2013

Le seigneur des porcheries (Tristan Egolf)


Ce livre là, je suis tombé dessus complètement par hasard. Je cherchais le livre La conjuration des imbéciles (que je vais m'empresser de chroniquer bientôt), et je suis tombé dessus. J'ai lu le résumé et je me suis demandé ce que c'était comme genre de livre. J'ai décidé de le prendre et je l'ai lu. Quand je l'ai fini je me demandais encore ce que c'était que ce livre, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. En tout cas c'est vraiment très étrange. Voici donc Le seigneur des porcheries, de Tristan Egolf.


Résumé en trois mots : Humour, USA et noir

Je dois dire que le début fut difficile, on ne comprend pas du tout où l'auteur veut nous emmener. D'ailleurs, tiens, en parlant de l'auteur, son histoire vaut le détour (je vous laisse chercher sur Internet, c'est assez amusant comme histoire). Pour info, elle est comparable à celle d'un John Kennedy Toole (sur le fond au moins), mais j'en reparle dans la prochaine chronique.

Donc, je veux juste vous signaler que l'auteur a publié son premier manuscrit en France (Cocorico !!!) après 70 refus dans les maisons d'éditions (faut quand même s'accrocher). Cet auteur est était d'ailleurs passablement dépressif, au point de finir par se suicider. Cela dit, j'ai d'abord lu le livre et du coup, franchement, ça ne m'étonne pas du tout. Je vais m'expliquer.
Alors, pour ne pas trop vous gâcher la surprise je vais vous laisser lire, mais je dois juste dire qu'il y aura un siège d'une ferme et une crise énorme dans la ville. La crise, c'est la partie finale, mais dans le genre d'une crise, je suis sur que vous ne pouvez pas imaginer. Sinon, je peux dire que le style d'écriture est vraiment très curieux, avec beaucoup de métaphores; d'expressions imagées, de jeux de mots, de tournures humoristiques et de phrases drôles.
Je dois admettre que je tire mon chapeau au traducteur (je pense qu'il y a eu des arrangements lorsqu'il était en France pour la traduction) car le style est vraiment plaisant à lire et je  me suis amusé du début à la fin. Surtout vers la fin où j'étais plié en rire quasiment à chaque page. On en redemanderai presque.


Sinon le reste est bon aussi, l'histoire prenant des détours inattendus bien que l'on sache d'avance la fin, et j'ai eu de belles surprises auxquelles je ne m'attendais pas du tout. La montée se fait crescendo, d'abord dans une première partie finissant par la ferme, puis dans la deuxième avec une explosion finale épique d'une situation catastrophique. C'est excellent dans la construction et l'humour cimente le tout en le rendant parfaitement lisible.

Ce livre est vraiment très bon, drôle et bien écrit, et se targuant en sus de nous démontrer ce qu'il peut y avoir de pire chez nous (enfin, dans le sud des USA notamment, mais je trouve qu'il y a quelques échos par chez nous ...). C'est une superbe plongée dans l'âme humaine avec un anti-héros qu'on adore et qui nous amusera jusqu'au bout. Dans le genre des vies de merde, il tient bien la route, et je ne peux que vous recommander cette lecture intéressante et drôle.

(Chronique n°60)

lundi 1 juillet 2013

Chantier (Stephen King)

Premier livre de Stephen King que je lis depuis un moment -bien qu'il y en ai trois encore qui encombrent ma tablette-, et j'ai encore une fois été charmé par ce maitre du livre, qui sait vous envouter et ne vous fera pas lâcher un livre sauf s'il a décidé de créer un rythme lent. Je n'en ai pas encore lu, et je dois bien avouer que j'ai été scotché dans un livre jusqu'au bout, preuve s'il en faut que Stephen King est un grand auteur, au moins dans le style si ce n'est les histoires. Voyons cela dans notre petite chronique du jour, dans Chantier de Stephen King.


Résumé en trois mots : Paternité, Lutte et Propriété

Dans le genre, c'était un livre que je n'avais pas encore lu et qui était écrit par Richard Bachman, dont je trouve le style proche de Stephen King mais en même temps curieusement différent, comme un double, un jumeau. Chantier était assez ancien mais j'étais assez amusé de m'y remettre.

Bien qu'un peu craintif car j'avais lu beaucoup de livres dernièrement et que j'avais peur de trouver un Stephen King pénible, je me suis replongé dans le style de ce maitre sans aucune difficulté, avalant les pages à grande vitesse sans vraiment m'en rendre compte. On me dira ce qu'on voudra, mais même si on n'aime pas l'histoire, Stephen King sait écrire. Ca c'est un point que j'avais déjà souligné et que je trouve toujours dans ses lectures. Donc pour le style, aucun problème (même si je reconnais qu'il est parfois déroutant, assez direct et pas très châtié, avec aussi une façon de mettre en page spéciale mais qui ressort bien).

L'histoire est celle d'un homme qui voit son petit quotidien bouleversé par une construction nouvelle. Une autoroute va traverser sa ville et raser son quartier. Il va perdre son lieu de travail et son lieu de vie du jour au lendemain, à cause d'un petit gars derrière un bureau, un architecte qui fait des plans sans se soucier de la réalité et des habitants. Du coup, ce héros, un brave Bart Dawes va essayer de résister .... A sa manière, évidemment. Et comme toujours, avec Stephen King, ce n'est pas celle que l'on attendrait.

Le spitch de base est assez simple mais je l'ai trouvé intéressant, car il développe plusieurs choses (avec entre autre un aperçu des liens entre l'auteur et le personnage, liens qu'on retrouvera de manière plus détaillé dans d'autres livres de l'auteur), mais plus spécifiquement autour de l'attachement à un lieu, de souvenirs, d'une folie ordinaire et du basculement d'une vie, de souvenirs refaisant surface, de la paternité et du couple, de la vie en générale quoi.
Si j'ai trouvé plusieurs idées bonnes, je dois cependant reconnaitre que Stephen King m'a moins captivé sur le fond et me rend moins sensible à beaucoup de choses. Les concepts de banlieues et d'autoroutes me semblent lointain, pour moi qui vit dans la campagne, mais il faut aussi dire que le roman est très ancré dans les années 70-80 et que j'ai trouvé certains passages assez anciens, sentant un peu le vieux. Cela dit, si l'ensemble n'est pas toujours très bon, j'ai tourné les pages sans m'arrêter pour lire la suite impatiemment. Preuve que le style est toujours très efficace. Mais j'en ressort moins satisfait sur le fond que dans d'autres livres, et je suis un peu déçu par la trame principal, avec une petite voix dans ma tête qui me disait que la fin de l'histoire ressemblait à une autre du même auteur que j'ai déjà lu. Je ne sais plus laquelle, mais j'en suis presque persuadé.


En fait, le livre n'est pas mauvais en soi, mais il est en dessous de ce que j'ai déjà lu de Stephen King, et s'il est très lisible et prenant, j'ai moins adhéré au fond et à l'histoire. Les personnages restent cependant charismatiques et intéressant, on a droit à plusieurs personnages secondaires intéressant, des personnages mesquins comme souvent, une histoire d'amour curieuse et bien évidemment une bonne dose de suspense qui reste présente dans tout le roman. Dans l'ensemble le roman se lit très bien, mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'un roman immanquable de l'auteur. Cela dit je vais tout de même le garder bien au chaud entre ses confrères du même auteur, et me pencher sur son prochain : Danse macabre.

(Chronique n°57)

Premier livre de ce challenge ! Ça se fête !