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vendredi 26 juin 2015

Fantômes et farfouilles (Fredric Brown)

J’avais déjà eu l’occasion de lire deux livres de Frédéric Brown, et cet auteur m’avait beaucoup plu par sa patte très subtile dans la science-fiction, usant de codes ultra-classique du genre pour mieux les détourner au profit d’un humour détonnant et rudement efficace. Ce recueil m’intéressait donc, comme tant d’autres livres, mais c’est une amie qui m’a donné envie de le lire en me le conseillant très fortement. Suite à quoi je suis tombé dessus dans les bacs d’occasions (stand maudit, tu auras ma peau !), et l’achat s’est fait juste avant la lecture, qui fut d’une rapidité étonnante.


Résumé en trois mots : Nouvelles, Humour et Tragique

Cet auteur n’est pas seulement un champion de l’humour et de la 
nouvelle, c’est également un auteur incroyable dans l’art de la micro-nouvelle, genre de nouvelles n’excédant jamais une page et demi, voir deux maximum (format de poche). Un genre de texte qui s’apparente presque à la blague à chute, tant la concision est de mise pour obtenir un effet percutant. Et, curieusement, ça marche du tonnerre !

L’auteur est excellent, car ses micro-nouvelles s’enchainent par dizaines sans qu’on ne lâche un seul instant de ces petites histoires rapides dont la chute et mordante, et bien souvent très drôle. Mais pas que. Là où l’auteur fait encore plus fort (et l’éditeur en les compilant de cette manière), c’est que lorsque vous lisez le texte, les nouvelles humoristiques sont espacés de temps à autre par des nouvelles au ton bien plus tragiques. Cependant, alors que le style ne change pas, on ne se rend pas compte de la différence tant que la nouvelle ne parvient pas à son terme. Et c’est là un art subtil et délicat  qui est exécuté d’une main de maitre. L’auteur nous entraine à chaque fois dans un petit moment de vie, sans qu’on ne se doute d’une fin amusante ou tragique, la chute seulement pouvant nous éclairer. Et c’est sublime, car lorsque l’on tombe dans le piège, on croit avoir compris le truc. Mais rien n’y fait, l’auteur nous surprend à nouveau au détour d’une nouvelle.

J’ai adoré cette forme de nouvelle, très très courte, mais appétissante, comme une petite sucrerie entre deux repas de livres. La lecture fut plaisante et d’une vitesse hallucinante, le style aidant beaucoup. C’est toujours agréable de lire ce genre de choses, de temps en temps, pour se poser gentiment, déguster deux trois pages et repartir sur un livre plus conséquent ensuite. Une pause agréable, dans un univers d’une drôlerie implacable, avec un auteur que je commence à apprécier de plus en plus. Sans aller jusqu’a chercher de nouveaux ouvrages de sa part, je serais ravi de tomber à nouveau sur lui au détour d’un rayon d’occasion !



Excellent livre, excellent style, excellent humour. C’est un recueil parfait, comme j’aimerai pouvoir en lire plus, bourré de talent et d’inventivité, où l’auteur laisse libre cours à son imagination fertile pour nous pondre humour et policier dans un style vif et incisif. Pas un bout de gras jusqu’au final tranchant, et c’est si bon à déguster. Je recommande à tout le monde, car Frederic Brown est un auteur à découvrir, et ce recueil est vraiment excellent.

(Chronique n°286)

mercredi 13 mai 2015

Conan le flibustier (Robert E. Howard)

Conan, c'est la figure mythique de la fantasy, un univers unique et novateur qui a crée le genre ! C'est un héros charismatique et puissant, héroïque comme l'on n'en fait plus, toujours au coeur du danger et toujours indemne, faisant tomber toutes les femmes et les tyrans. C'est l'archétype du barbare qu'on aime suivre parce qu'il vit des aventures plus riches que celles que nous ne connaitrons jamais. Et j'adore ça !


Résumé en trois mots : Politique, Guerre et Héros

Ce tome de Conan introduit quelque chose de neuf par rapport à ce que j'avais lu sur le héros : la dimension politique des différents royaumes de l'âge hyborien. C'est amusant de suivre le développement des intrigues entre peuples avec Conan qui vivote entre, toujours détaché d'un parti unique, voyageant en mercenaire, mais rallié aux causes avec le coeur.

Ce tome n'est en soi pas différent du précédent, mais les voyages de Conan sont moins éparpillés, et bien plus centrés sur des conflits entre pays. Et là, apparait un aspect du héros que j'affectionne particulièrement. En effet, Conan est un archétype d'héroïsme, mais il est surtout un héros qui n'est pas foncièrement bon. Ni méchant d'ailleurs. Il suit simplement son code de conduite et sa façon de voir les choses. Et bien souvent, ses ennemis sont des personnes qui se sont retrouvés face à lui, sans être pour autant des méchants au sens classique du terme. Simplement une autre vision du monde qui n'est pas celle de Conan. En soi, c'est assez amusant de lire Conan qui détruit une armée pour la seule raison qu'elle est en face de lui, sans plus se poser de questions sur les motivations ou les intérêts d'un peuple. Howard le place toujours du côté des bons, mais Conan ne se pose jamais la question.

Un recueil de nouvelles tout ce qu'il y a de plus intéressant, et les retrouvailles avec Conan sont à nouveau l'occasion d'aventures épiques et héroïques dans un monde de fantasy original et intense. C'est du pur bonheur condensé, un souffle épique qui traverse les nouvelles entre magie et guerre, avec toujours un héros invincible qui conquiert les territoires et les coeurs. J'en reprendrais bien une part, moi.

(Chronique n°272)

samedi 7 février 2015

Dune (Frank Herbert)

Enfin je lis ce monument de la littérature de science-fiction. Enfin je sais ce que ça veut dire Fremen, distille ou encore Harkonnen. Enfin je peux mettre une histoire sur la fabuleuse bande-originale du groupe Toto, enfin je découvre les noms que j'ai déjà entendu ou évoqué moi-même sans avoir jamais lu. C'est impressionnant comme cette série est devenue culte au fil du temps, investissant différents support (pour ce qui est du cinéma, je vous laisse visionner l'excellente chronique du Fossoyeur de films) et restant dans l'esprit comme une saga imposante qui a proposé un univers unique dans le monde de la science-fiction. Après avoir lu L'étoile et le fouet je percevais un talent assez énorme derrière l'auteur, même si sa littérature me semblait quelque peu inaccessible sur certains points. Je voulais donc m'assurer que Dune était bien ce qu'on me promettait, et que je ne m'étais pas trompé sur l'auteur. C'est maintenant chose faite, j'ai mon propre avis.


Résumé en trois mots : Désert, Politique et Religion

Wouh, je ressors tout juste de ce pavé et je reste soufflé par la tempête de sable qu'elle procure. C'est incroyable comme genre d'oeuvre, à la fois riche et dense, complexe et complète, mais en même temps lisible et prenante. Un véritable chef-d'oeuvre ? Presque, a vraiment peu de choses près.

Premièrement, oui, Frank Herbert est véritablement un génie. Sa façon de façon de faire est magnifique, puisque contrairement à beaucoup de livres qui prennent le temps d'installer les choses et de nous présenter le monde, Frank Herbert nous catapulte dedans sans la moindre indication sur l'organisation sociale et politique de l'univers (oui, parce que tant qu'a faire, autant ne pas se limiter à une seule planète, hein ?) mais sais distiller dans son histoire les informations capitales quand il y en a besoin et ne prend pas son lecteur pour un con en le laissant extraire les informations qu'il faut quand il les lit. Tout n'est pas dit explicitement, mais on comprend vite les relations et les liens envers tout le monde pour peu qu'on fasse l'effort de comprendre. Et ça, j'aime particulièrement. L'auteur laisse au lecteur la marge de manoeuvre nécessaire pour qu'il soit obligé de réfléchir sans que cela plombe le roman. C'est un grand plus, que j'affectionne particulièrement.

Deuxièmement, il faut avouer que l'auteur a su nous pondre une écriture intense. Que ce soit par son style, par le rythme, ou par l'usage qu'il fait de l'ellipse temporelle, l'auteur nous prend toujours au bon moment tout en sachant couper exactement là où il faut pour que le lecteur n'ai pas le temps de s'ennuyer. Le roman comporte bien des moments d'ombres qui sont appréciables, puisqu'on progresse dans l'histoire  de moments forts en moments forts. De plus, l'attention ne baisse jamais à la lecture puisque la réflexion est toujours présente à l'esprit du lecteur. Ce n'est pas la lecture calme et reposante de la soirée, c'est une lecture prenante et intense qui plonge le lecteur dans son univers.

Et l'univers, parlons-en. Car Dune, c'est avant tout un univers qui est riche, intense, développé et complet. Rien qu'au niveau de l'organisation politique, il reste des bouquins à écrire (et les appendices fournis le sont aussi, fournies). Et rien que ça, ça fait plaisir. On sent derrière le bouquin tout une structure qui est en place et qui densifie le monde. Bien des choses sont évoquées sans même qu'on ne les développe ou qu'on en saisisse tout le sens. Mais en lisant, j'ai compris ce qu'il fallait savoir d'elles pour l'histoire. Et au final, ça passe largement mieux que trois tartines de textes pour chaque chose. Ici, c'est simple et efficace. Mais jamais gratuit. On sent tout le travail de création d'un univers derrière, et cette complexité rend le texte puissant, car il est nourri de tout un univers qu'on ne fait qu'effleurer.

Le seul problème restant, à mon avis, est celui de l'histoire et un peu des personnages aussi. C'est le seul "défaut" que je relèverais à l'oeuvre. Car si tout est bon, il faut bien le dire, l'histoire reste un rien classique dans son développement et ne confère pas spécialement de retournements impressionnants. D'autre part, les personnages sont un peu effacés devant toute l'immensité du monde crée, et même si j'ai apprécié le développement final de Paul, qui me donne envie de lire la suite, je ne les ai pas trouvé extraordinaire. L'histoire se tient, contient d'excellentes choses, mais n'est pas exceptionnelle en soi. Et ça ... C'est dommage, mais en même temps, peut-on demander une histoire dense et fouillée dans un livre qui est déjà tellement plein de nouveauté ? Peut-être, et là-dessus je rejoins ce que je pensais sur Neverwhere, que le fait d'avoir un univers aussi vaste, tellement de choses à apporter, ne demande pas de développer une histoire au potentiel infini. Ce serait apporter trop de choses d'un coup, et je me serais sans doute fait noyer dans la masse. Alors que là, j'ai pu plonger avec délice dans un monde et dans un style.

Maintenant, j'attends la suite au tournant, et je pense que l'auteur peut se permettre de développer d'autres choses bien plus complexes dans les prochains tomes, maintenant que l'univers est posé, ou au moins esquissé. Et ça, mes amis, j'ai envie de le voir !

Je ne parle que très peu de toute la partie réflexion qui est accordé au pouvoir, à la religion, à la condition humaine, et à diverses autres choses tels que le climat, l'écologie, la biologie ou encore les relations humaines. C'est déjà assez vaste à traiter, et cet article est bien assez long. Sans même parler de l'ambiance bien particulière qui combine le désert de sable et la science-fiction, mêle les cultures et les époques. On retrouve un peu de tout, c'en est bluffant.

Pour résumer tout ce pavé, je dirais simplement que Dune est un excellent livre, à qui il manque encore un petit poil pour atteindre le summum de l'art littéraire. Mais le livre seul n'est que le prémisse d'une saga. Et c'est peut-être en elle que se trouve tout la force qui "manque" dans ce tome. Mais ce tome à lui tout seul vous invite dans un univers riche et dense, avec une histoire simple mais efficace, dans un style beau et prenant. Un tel livre ne vous lâchera pas du moment que vous faites l'effort de le lire, et ça c'est la marque de fabrique des grands auteurs. Une saga qui démarre du meilleur pied et que je vais essayer de poursuivre aussitôt que possible. Lisez-là, c'est un livre qui mérite qu'on s'y attarde.

(Chronique n°228)

jeudi 5 février 2015

Le maitre du Haut-Château (Philip K. Dick)

Et voila, le dernier livre de Philip K. Dick qui trônait encore sur mon étagère. Maintenant, la razzia est ouverte sur ce qui traine encore et qui traite de science-fiction (bon, j'ai encore deux livres de Asimov en attente, il me semble). Car à ce niveau là, c'est du génie, je le savais avant de lire celui-ci, mais nom de Zeus, que cet auteur est impressionnant. Voila fini maintenant la section "immanquable" de celui qui est considéré comme l'un des trois plus grands auteurs de science-fiction. Que reste-t-il à lire à présent ? Ah oui, tout le reste ... On est pas près d'en voir le bout.


Résumé en trois mots : Uchronie, Japon et Yi-King

Ce livre me semble être le véritable aboutissement de l'oeuvre de Philip K. Dick, et je suis bien heureux de l'avoir lu en dernier au final. Car ce livre contient en lui tout ce qu'il faut pour faire un grand roman, et quand je dis grand roman, c'est vraiment dans le haut du panier qu'il se classe. Rah, ça serait dur de trancher entre lui et Blade Runner comme LE livre immanquable de Philip K. Dick. Bon, disons que les deux sont à égalités. Dans mon coeur mais aussi dans ma tête.

Ce que ce livre apporte de plus par rapport aux autres du même auteur, c'est bel et bien le principe de l'Uchronie, principe si extraordinaire et peu souvent satisfaisant. Ici, le point de départ de la divergence historique est la tentative d'assassinat contre Roosevelt, en supposant que l'auteur de l'attentat ait réussi, que se serait-il passé ? Eh bien, la vie serait radicalement différente sur la côté ouest.

Ce roman a bien des côtés dérangeant, et mériterait une analyse de presque chacun de ses thèmes, tant il y en a. Entre l'idée d'une Amérique sous domination nippone (et qui ne serait pas plus mal), d'un livre qui guide tout le monde, d'une histoire qui suppose que les Alliées ont gagnés la guerre circulant sous le manteau, de nazis encore présent, de la suite de la guerre dans l'Allemagne vainqueur, dans les USA perdants, dans la tête des gens de tout horizons. Et puis l'art, et puis la vie de tout les jours, et puis les grandes interrogations, et puis les modes de vies. Et ce final. Mon dieu, ce final. Quel beauté, quel talent. Car c'est une réflexion superbe : qu'en retirer ? Ce qu'on veut, dirait-on.

En fait il y aurait beaucoup à dire sur cet énième roman réussi de Philip K. Dick, mais je comprends maintenant la raison de son succès et de son mythe. Il y a quelque chose d'incroyable là-dedans. De la matière à réflexion pour des années. On peut écrire des dissertations sur tout les points du livre. C'est beau et épique. Une réussite implacable, lisez-le. Un immanquable de la littérature de science-fiction, et je met Philip K. Dick dans le rang des meilleurs auteurs sans plus réfléchir. Lisez-le, bon dieu !

(Chronique n°227)

mercredi 28 janvier 2015

Ubik (Philippe K. Dick)

Avant-dernier roman de Philip K. Dick que j'avais en ma possession (et je pense que je n'en rachèterais pas tout de suite), ce roman est bien souvent cité comme le chef d'oeuvre de l'auteur, à mettre sur le même pied d'égalité que Le maitre du haut-château et Blade Runner. La lecture m'a été également hautement recommandé par mon ancien colocataire, alors pouvais-je refuser de m'y plier ? Ce que j'ai fait allègrement. Et le résultat est à la hauteur d'un Philip K. Dick, mais pas vraiment de mes attentes.


Résumé en trois mots : Pouvoirs, Mort et Réalité

Voila encore un roman bien déroutant, parlant à la fois de pouvoirs psychiques, de remontée du temps, de la mort et de la réalité de nos sens. Philip K. Dick continue d'exploiter les thèmes qui l'intéressent particulièrement, tout en cherchant de nouvelles voies scénaristique.
L'auteur nous développe tout une trame centrée sur un personnage (enfin, deux, mais c'est l'un que l'on suit et l'autre qui importe), tout en apportant un personnage féminin qui n'est pas inintéressant (et particulièrement dérangeant, ou dérangée), et également un délire complet sur le sens de la réalité. Encore une fois, l'auteur fait fort, mais là c'est vraiment dérangé.

Sans vous spoiler l'histoire, à partir d'environ la moitié du roman, tout l'univers construit par Philip K. Dick (et qui semble vaste et complexe, tout les détails n'étant pas expliqués) est brutalement remplacé par un autre, avec cette fois-ci des problèmes de perception de la réalité. Et tout est à recommencer. Encore une fois, l'auteur se joue des codes classiques de la compréhension de la réalité et finit par nous faire douter de tout et de tout le monde, ne retenant au final que le héros comme point central fixe et immuable d'un univers qui peut être tout ce qu'on voudrait. A cet égard la toute fin du roman (mais vraiment, la dernière phrase) est particulièrement déstabilisante, puisqu'on ne sait plus du tout ce qu'il faut alors en tirer.

Ce qui m'a le plus perturbé, je crois bien que c'est le titre et les fausses publicités qui sont présentes dans tout le roman en utilisant le nom Ubik, ce qui m'a conduit sur une piste complètement fausse. Mais j'avoue à cet égard que je n'ai pas encore compris tout le roman et qu'une relecture sera plus que salutaire pour comprendre tout ce qu'il faut derrière ce roman qui est d'une complexité incroyable. Rien n'est simple ni ce qu'il parait être. Et en plus, l'univers derrière est plutôt riche, brouillant encore plus les pistes. C'est vraiment de la très haute intensité d'écriture.

Et c'est presque dommage que je n'ai que peu aimé au final. Car le principal problème, c'est que beaucoup de choses me semblent encore bien obscur pour que je puisse apprécier le roman. Je dois d'abord le relire et essayer de dégrossir ce qu'il y a à comprendre avant de pouvoir enfin essayer de le noter correctement dans ma mémoire. C'est déroutant comme genre de livre, qui nous perd volontairement et finit par nous perdre. Et c'est ce qui s'est passé. A un moment je me suis perdu dans le livre, et c'est vraiment dommage.

Pour moi, ce n'est pas le meilleur Philip K. Dick, et il n'atteint pas les sommets que sont Blade Runner, Le maitre du Haut-Château et Substance Mort, mais il reste très bon et c'est principalement le fait que je sois passé à côté de beaucoup de choses dans l'histoire qui m'est pénible. Je vais volontiers le relire pour tenter de comprendre ce qui m'a échappée et enfin pouvoir refermer ce livre en ayant l'esprit apaisé. Mais il reste un livre de Philip K. Dick, dérangeant et philosophique, déroutant et à part dans le monde de la science-fiction. Un tel livre est quelque chose de difficile à classer ou appréhender. Je vous recommande la lecture si vous vous sentez de taille pour l'aventure, mais ça vole haut.

(Chronique n°224)

vendredi 16 janvier 2015

Blade Runner (Philippe K. Dick)

S'attaquer à ce livre, c'est un peu atteindre la quintessence de Philip K. Dick. Toucher le coeur du problème, le fond de l'âme, le centre de la pensée. C'est le roman le plus connu de l'auteur (avec, il me semble Ubik et Le maitre du haut-château), de par son adaptation légendaire au cinéma (Harisson Ford dans un film de Ridley Scott, le bonheur), son adaptation en comics, sa réputation filmographie et sa réputation papier. Le titre est légendaire : Do android dream of electric sheep ?, titre qui changea dans l'adaptation cinématographique, remplacé par le désormais légendaire Blade Runner, au point que toutes les rééditions françaises l'ont intégré pour premier titre. Un livre qui a donné son nom à une maison d'édition française ! (les Moutons électriques, qui publient de bien belles choses d'ailleurs).
Bref, tout est en place pour que le roman impressionne de prime abord, mais également pour qu'on en attende beaucoup, ce qui amène souvent à être déçu de la lecture. Ici, point de tout cela. La baffe dans la gueule fut magistrale, et je peux vous dire, après plus de six mois, que je la ressent encore sur ma joue. Elle s'est bien marquée, nom de Dieu !


Résumé en trois mots : AnimauxAndroïdes et Empathie

Par quoi commencer ? Je dois avant tout, je pense, souligner un point concernant l'oeuvre cinématographique. Il faut bien le dire, quand j'ai commencé ma lecture, le film et toute son histoire étaient parfaitement présent à ma mémoire, ce qui me causait une appréhension quant à la surprise qui pourrait être éventée. Mais en fait ... Non. L'histoire du film est radicalement différente de celle du livre, même si au final la base est la même. Les détours sont entièrement différents, les questionnements et les angles d'approche sont incroyablement distants, tout est autre. A tel point que je tire encore plus mon chapeau au film pour le développement totalement original qu'il a proposé par rapport au postulat de départ proposé par le livre. Même les répliquants changent de comportement, ce qui est tout de même fort. En bref, si vous n'avez jamais voulu le lire par crainte de vous ennuyer après avoir vu le film, ne vous arrêtez pas à ça. Les deux oeuvres sont suffisamment différentes pour justifier une lecture complète de cet ouvrage-ci.

Maintenant que ce point est éclaircie, passons au livre uniquement. Et là ... Je ne sais toujours pas par quoi commencer. Ce livre regorge de tellement de choses à dire, que j'en suis presque incapable de vous donner le début d'une idée. C'est un foisonnement d'idées et de réflexions qui nous est proposé, avec bien évidemment la science-fiction par dessus, sans parler de cette fameuse limite entre l'homme et la machine (thème récurrent dans son oeuvre sans jamais lasser. C'est fort de café !), des problématiques environnementales (bien que juste évoquées) et des thématiques autour des animaux, de la richesse et de sa représentation, des débats sur la moralité du travail (qui consiste tout de même à tuer des gens), ...
C'est également une foule d'idées qui sont parfaites (et bien souvent qui n'ont pas été reprises dans le film, faute de pouvoir vraiment l'exploiter), tel que les boites à empathie (et tout ce qui tourne autour ensuite) et la question de l'humanité qui vient s'y greffer, ou les animaux électronique et l'attachement de l'humain à ceux-ci.

C'est également une histoire qui est greffé par dessus tout ça, et qui se paye le luxe de ne pas être trop simplette, même si elle ne révolutionne pas le polar. Mais cela dit, quand on voit la densité du bouquin, je pense qu'on peut se payer le luxe d'alléger l'histoire. Et ce n'est pas désagréable non plus d'avoir un peu de légèreté dans l'ensemble.
Car c'est lourd, très lourd. Une ambiance noire, des personnages sombres, des thématiques pesantes, des manifestations réflexions lourdes ... Tout est plutôt noir ici, mais ce n'est pas comme si l'auteur ne nous avait pas habitué à ça.


Un grand roman, c'est sur, qui mêle des thèmes en tout genre dans une réflexion extraordinaire et qui se paye également le luxe d'une histoire, de personnages et de développements très bons. L'ensemble est parfait, un grand roman qu'on déguste comme un bon vin, et qui est à mon avis dans les immanquables de la lecture, ne serait-ce que pour tout ce qu'il amène comme questionnement lorsque l'on referme le livre. Un livre de cet envergure, c'est rare et c'est d'autant plus plaisant. Ne passez jamais à côté de ça. Lisez-le, et vous comprendrez.

(Chronique n°219)

mercredi 7 janvier 2015

Les machines à Illusions (Philippe K. Dick & Ray Nelson)

Encore un ouvrage de Philip K. Dick, mais écrit cette fois-ci en collaboration avec un confrère, et que je présente ici avant de poster la chronique sur l'ouvrage Blade Runner, qui viendra très vite. Le choix de présenter celui-ci d'abord n'est pas anodin, car après la chronique sur Substance Mort, je ne voulais pas publier d'un coup toutes les critiques des grands livres de Philip K. Dick. Quand j'encense un auteur, je me plais à lire des livres moins bon et à en faire la critique autant que possible, car nul n'est parfait, et les faiblesses soulignés dans un ouvrage ne font que renforcer les forces des autres. Quand on peut faire du moins bon, la qualité devient extraordinaire, non ?


Résumé en trois mots : NoirsIllusions et Extra-terrestre


De tout les Philip K. Dick lu jusqu'à présent, je dois bien dire que cet ouvrage est le moins bon, et cela ne demande pas un grand effort de comparaison. Et je sais exactement pourquoi.
Déjà, il faut souligner le premier gros problème : ce livre date maintenant sérieusement au niveau de la thématique. En effet, ce livre repose sur la thématiques des noirs qui se battent pour leurs droits, mais c'est quelque peu éculé comme thème (en tout cas, de la façon dont c'est présenté). D'autres part, j'ai eu du mal à m'intéresser aux personnages, que j'ai vite trouvé creux et qui me semblaient peu intéressant. Le final ne m'a pas convaincu à ce niveau là non plus, et j'ai refermé le livre avec un gros : Bof.
L'histoire en elle-même est très intéressante, avec l'idée plutôt bien trouvée des machines à illusions, qui créent des armées mais sans qu'on sache si celles-ci resteront, tout comme est plutôt excellente la façon dont sont présentés les extra-terrestre. Des bonnes idées de bases donc, même si les thématiques abordées ne sont pas les plus intemporelles.
Par contre, il faut bien le dire, le bât blesse quelque part, et c'est dans le développement. Progressivement, j'ai trouvé qu'il manquait quelque chose à l'histoire, qu'il y avait un manque, l'esprit de Philip K. Dick n'était pas vraiment là, je ne ressentais pas vraiment d'ambiance. Au final, je n'ai pas eu de grande envie de connaitre la fin, qui n'est pas transcendante non plus. Que dire de plus, que ce que j'ai déjà dit ? Peut-être l'écriture à quatre mains n'a-t-elle pas contribué, ou alors les auteurs ne se sont pas autant impliqué que dans les autres livres.
Ce n'est pas foncièrement mauvais, mais c'est plutôt un livre anecdotique, dont je n'ai rien tiré (au contraire de tant d'autres de l'auteur) et qui m'a laissé un gout fade en bouche. Je ne regrette pas de l'avoir lu, mais ce n'est pas pour autant que je le conseillerais à quelqu'un.

Un roman bien dispensable, que je ne conseillerai pas vraiment pour diverses raisons. De la part de Philip K. Dick, vous avez largement mieux qui est proposé. Et de la part de l'autre auteur, je n'ai encore rien lu, et j'espère lire mieux. Un roman qui peut se lire, quand on a vraiment plus rien d'autres, sinon je vous recommande de passer allègrement votre chemin et de vous rabattre sur d'autres livres de science-fiction bien plus intéressant.

(Chronique n°214)

lundi 3 novembre 2014

Les mémoires de Zeus (Maurice Druon)

J'avoue, sans honte et sans pudeur, que c'est le nom de Maurice Druon qui m'a fait dresser l'oeil en premier. Avouons que ce n'est pas ce qu'on s'attendrait à trouver dans la collection des livres Bragelonne (spécialité : la fantasy). Mais ensuite, le titre apportait un mystère que j'eus envie de résoudre. Les mémoires de Zeus ? Quelle drôle d'idée de la part de cet auteur dont je connaissais surtout la saga « Les rois maudits » (comme la plupart des gens d'ailleurs). Puis, lecture du résumé, où je comprend que l'histoire parle de Zeus à la première personne. Une autobiographie du roi des dieux grecs … Ça, c'était la seule chose qu'il aurait fallu pour me lancer dans la lecture immédiate de ce livre. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé, peu ou prou. Car oui, la mythologie, c'est un de mes grands dadas …


Résumé en trois mots : Autobiographie, Dieux et Mythologie

Ce livre est vraiment l'autobiographie de Zeus, écrite par Maurice Druon telle qu'elle le serait si le roi des dieux venait à se réveiller en 1967 (la première édition du livre est vieille) et qu'il voulait raconter sa vie pour tout mortel de ces années là. Le livre commencera donc par toute la création de l'univers par la famille de Zeus, la création de la terre, de la vie, des animaux, de tout ce qui existe.
Disons le tout net, ce livre est très bien écrit. Je reconnais à Maurice Druon la qualité de sa plume (n'oublions pas qu'il fut membre de l'académie française), qui sait marier à merveille le beau langage et la verve humoristique, qui fait du récit une histoire plaisante et agréable à lire. En plus de tout le reste. D'ailleurs le découpage en chapitres courts avec les titres annonçant le contenu m'a beaucoup plu, ça fait bien à lire.
Pour ce qui est du contenu, car il faut bien en parler, c'est tout simplement génial. Maurice Druon nous fait un tableau complet de la vie de Zeus, depuis bien avant sa naissance jusqu'au moment où il sombra dans un lourd sommeil sans jamais omettre d'histoire, mélangeant toutes celles qui concernent Zeus présente dans la mythologie grecque. Et lorsqu'on les assemble, le tableau est très intéressant. Ce qui m'a notamment fait plaisir, c'est que Zeus ne fait pas que raconter mais commente également tout les évènements à sa façon, défendant souvent le point de vue inverse de celui que l'on aurait tendance à connaître. C'est une relecture très intéressante des histoires divines, donnant des dimensions supplémentaires à ceux-ci, tout en conférant à l'ensemble une grande cohérence dans l'optique. Lorsqu'on examine tout comme cela en un bloc, il faut remarquer l'ingéniosité du Panthéon grecque qui était bien plus riche et bien plus dense que les simples images que l'on a conservé (à ce niveau la lecture de la vie d'Hercule est passionnante). Maurice Druon nous fait un tour d'horizon bien plus complexe que ce à quoi je m'attendais. Il sait marier également les histoires divines et l'histoire des hommes, nous rappelant de temps à autre à quelle époque historique se situent les faits.


Un livre qui m'a énormément plu, de par son côté mythologique, mais qui m'a également séduit pour bien d'autres qualités, concernant tout autant le fond que la forme. La vie de Zeus vue dans son ensemble est une excellente idée et Maurice Druon a su en tirer tout le nectar, nous offrant un livre digne de l'amboise qu'il contient, avec autant de sérieux que d'humour et plein de petits réflexions sur la façon de concevoir les dieux grecs, tout autant que la façon de comprendre l'histoire divine, qui est finalement aussi riche et aussi complexe qu'aurait pu l'être la vie d'une personne réelle. Alors, pourquoi se priver d'une autobiographie de cette qualité ? Un livre que je recommande chaudement, il m'a passionné et il devrait bien vous plaire !

(Chronique n°206)

dimanche 1 juin 2014

La vérité avant-dernière (Philippe K. Dick)

Un autre Philippe K. Dick, car je n'ai pas énormément avancé sur la bibliographie de cet auteur cette année. Je me rattrape autant que je peux en lisant quelque uns des livres que j'ai a disposition, avant de passer à trois grosses saga de fantasy. Dès que j'ai fini celles de science-fiction, et ça ne tardera plus. Bref, je me suis plongé dans ce Philippe K. Dick, voulant tester encore un moins connu et réputé avant d'attaquer des grosses pointures (Le maitre du Haut-Château et Ubik notamment). Résultat, un petit livre dévoré en un rien de temps, et une confirmation de certains talents de Philippe K. Dick.


Résumé en trois mots : Guerre, Pouvoir et Vérités

Le roman s'ouvre très bien, se continue de façon surprenante et se conclue d'une manière très ouverte. Je dois reconnaitre à l'auteur que sur trois romans de lu, les trois avaient une fin très ouverte, permettant de se faire ses propres conclusions, tout en apportant une réponse aux questions qui étaient soulevés. Ici encore, le récit se clôt sans s'achever, ou l'inverse.
C'est une histoire qui sent bien les années de peur nucléaire, lorsque la mort semblait vouloir fondre sur les habitants de la Terre sous forme de bombes de plusieurs méga-tonnes. C'est une peur qui nous est un peu passée au-dessus actuellement face aux problèmes environnementaux, mais c'est assez bien fait pour que ce ne soit pas la seule problématique au centre du livre. Je note d'ailleurs aussi les robots, qui, après toutes les lectures de Asimov enchainées, font assez pâle figure.

Mais le reste m'a beaucoup intrigué, avec tout ce qui se déroule progressivement, sans qu'on ne sache véritablement où tout cela va nous mener, oscillant comme d'habitude entre des rêves réalistes et une réalité faussées. C'est un monde qui est toujours entre la vérité et le faux, le faux crée et celui qui est provoqué, celui qui arrive tout seul et celui qui se révèle impossible à détecter. Philippe K. Dick a vraiment une façon de nous faire comprendre comme la perception de notre monde est limité, et sa façon de l'écrire s'en ressent vraiment. Les personnages sont superbes (quoique tous masculins) avec tout ces doutes entre eux, sur eux, sur les autres et sur le monde. Finalement personne ne sait quelle sera la réalité à la fin, pas même le lecteur, et tout est laissé aux interprétations.

Pour mon troisième Philippe K. Dick, j'ai l'impression de confirmer le style et l'ambiance de l'auteur, avec tout ce que j'avais déjà aimé dans les deux autres récits. Celui-ci, sans se hisser au niveau de Le dieu venu du Centaure, reste tout de même dans une honnête moyenne et se hisse au rang de Message de Frolix 8, avec ce côté social des hommes qui se gèrent mal, mais également d'une réalité toujours à la limite du perceptible. Un beau mélange des genres, qui m'a plu et me plait encore. C'est une autre facette de la science-fiction, bien campée et qui nous entraine dans un univers superbe. Je me plongerai avec plaisir dans la suite des histoires de cet auteur, qui commence à faire son chemin dans ma bibliothèque.

(Chronique n°188)

mercredi 23 avril 2014

Sur la route (Jack Kerouac)

Fin de la route, 3/3

Depuis le temps que je chronique sur ce blog, je crois bien que c'est la première fois que j'ai eu autant de mal à finir un livre. Plus de deux semaines en étalant la lecture, c'est un gros point noir avant même de commencer à critiquer l'intérieur. Mais je tenais absolument à le lire, pour cet ensemble d'avis et surtout parce qu'il s'agit tout de même d'un immanquable, que je voulais lire pour savoir de quoi il en retourne exactement. Et bien, il y en aurait à dire.


Résumé en trois mots : Voiture, Voyages et USA

En fait, je crois bien que le principal problème que j'ai trouvé dans ce livre réside dans son scénario. Je dirais presque : son absence. En gros, nous suivons les pérégrinations de deux personnages, le narrateur, appelé Sal, et son acolyte, Dean, personnage qui aurait, dit sympathiquement, "pété un boulon". Un gars dingue, simplement, dynamique et vivant. Et les deux vont sillonner les États-Unis dans un peu tout les sens, avec un peu tout mais surtout des voitures. Et ... Ah oui, il y a aussi les filles de Dean. Et je crois que nous avons fait le tour.

En fait le roman m'a semblé incroyablement long, sans grand intérêt et je l'ai fini en me demandant : Ok, a part présenter un personnage curieux (Dean), quel intérêt ? Pour moi, la réponse serait : aucun. Je n'en ai franchement rien retiré. Je n'ai pas eu l'impression de comprendre la beat generation, je n'ai pas eu de sympathie pour les personnages, je me perdais dans les états et en fin de compte je me sentais un peu perdu dans cette histoire. La plupart des choses ne m'intéressaient pas le moins du monde, tout simplement. Et ce fut assez pénible de poursuivre la route sur autant de pages. Je me demande encore ce que tant de gens y trouvent.

Le résumé est assez simple : déception. La lecture ne m'a pas du tout intéressé, et jusqu'au bout je me suis demandé ce qu'il y avait à comprendre. Je crois que le gros problème, c'est qu'il n'y a rien, vraiment, à comprendre. L'ensemble est creux, c'est peut-être une vie réelle, mais je ne suis pas du tout intéressé. En fait, en terme d'immanquable, de roman culte, je suis complètement sur ma faim. Je ne me rappelle pas d'avoir autant trainé sur une lecture depuis un moment.
De l'ensemble des récits sur la route, c'est le moins bon. Les lectures sont allées en chute d'intérêt, et c'est pour cela que l'ensemble arrive si tard. Je ne vous le conseille pas, même si c'est un livre tellement réputé. La route vaut largement plus le détour. Passez votre chemin à pied par les sentiers plutôt que de vous engager Sur la route

(Chronique n°171)

 

jeudi 10 avril 2014

Un remède à la mélancolie (Ray Bradbury)

Je me suis dit : "Tiens, un recueil de nouvelles. Ça fait longtemps. Au moins une semaine." Et puis une nouvelle est passé, une deuxième. Une encore, et à partir de là tout est passé sans que je ne puisse m'arrêter. En moins d'une journée, le recueil entier est fini. Encore une fois, le style d'un auteur excellent permet de nous pondre un chef-d’œuvre, et c'est un véritable plaisir que de pouvoir lire ce genre de chose, ce style si personnel d'un des plus grands auteurs, si ce n'est le plus grand, auteur de nouvelles du vingtième siècle.


Résumé en trois mots : Mélancolie, Mars et Beauté

Le style de Bradbury est immanquablement beau. Un auteur de style, qui sait nous pondre des nouvelles de toutes formes, et surtout avec son fameux fond, à la fois mélancolique et poétique, mélangeant la science-fiction et le passé, les hommes et les femmes. C'est toujours d'une beauté extraordinaire.
Pour faire simple, de ce que j'ai lu pour l'instant de Ray Bradbury, je crois bien que c'est mon recueil de nouvelles préférées. Elles égalent les Chroniques martiennes et dépassent les Les pommes d'or du soleil, dans le fond et la forme. C'est vraiment d'une superbe beauté, je me suis laissé porter par ce style unique qui se ressent dans toute ses œuvres, oscillant entre un passé radieux et un futur incertain, naviguant entre personnages hésitants, pas sur d'eux mêmes et de la vie en général. Ce sont des êtres qui doutent, qui ne savent pas trop à quoi s'en tenir, et qui se découvrent eux-mêmes, et c'est sublime.
Ce qui est amusant, c'est qu'on retrouve des nouvelles qui se déroulent sur Mars tel que l'auteur nous l'a raconté dans son recueil Chroniques martiennes, et j'ai eu un grand plaisir à retourner sur cette planète fantasmée et qui extrapole sur l'humain. Les autres nouvelles futuristes ne sont pas en reste non plus, et je dois dire que Bradbury à le don de nous pondre des futurs peu enviables. Des avertissements foisonnent au fil des pages, et je trouve cela intéressant.
Mais ce que je retiendrais surtout, c'est la beauté de certaines nouvelles, simples et efficaces, qui m'ont ravies jusqu'au plus haut point. Une beauté sans faille, une écriture parfaite, une histoire efficace, tout est combiné. La patte de l'auteur est là, et c'est une patte qu'on reconnait entre milles. Parce qu'elle est belle.

Un superbe recueil, sans doute le meilleur de l'auteur, de ce que j'ai pu lire à présent, et je vous en recommande chaudement la lecture. La moitié au moins des nouvelles sont fantastiques, l'autre moitié géniales. C'est toujours aussi beau que dans les autres ouvrages de Bradbury, et il y a une force derrière qui ne peut que vous scotcher au pages jusqu'à finir complètement la lecture. J'ai été complètement séduit, Bradbury reste un des plus fantastiques auteur de nouvelles que j'ai jamais lu, et je vous invite à le lire, ne serait-ce qu'une fois dans votre vie.

(Chronique n°165)

mercredi 2 avril 2014

Au carrefour des étoiles (Clifford D. Simak)

Je me suis senti attiré par ce livre, le pitch était alléchant, et la couverture mystérieuse laissait présager plein de choses. Sans parler de l'auteur qui m'avait déjà ébloui de son excellent Demain les chiens que je considère comme un excellent livre de science-fiction. Celui-ci me semblait moins connu, mais presque plus intéressant. Alors je me suis laissé avoir. Et j'avais raison : il est même meilleur que son confrère plus connu !

Résumé en trois mots : Extra-terrestre, Humanité et Communication

Ce livre bénéficie d'une excellente écriture, marque de l'auteur, qui nous scotche littéralement dès les premières pages pour ne plus nous décoller jusqu'au bout. C'est bien simple, j'ai du me forcer à le poser pour dormir, sinon j'y serais resté toute la nuit. Une preuve de sa force. Et je en parle pas de la tournure, à la fois mélancolique et résolument optimiste qui traverse le récit. Mais ça, c'est le style de l'auteur, qui me semble décidément être un excellent écrivain. Enfin, il l'avait déjà prouvé, mais là ça se confirme. Vraiment, le style est superbe.

Mais ce n'est rien à côté de l'histoire, dans laquelle l'auteur s'est investi corps et âme. Et ça se ressent, car le livre est diablement beau ! On y trouve une profondeur extraordinaire et une large variété de thèmes, avec leurs lots de questionnements philosophiques qui n'est pas pour me déplaire. Le personnage principal, torturé intérieurement par sa position, exprime énormément d'idée, autour du concept même de l'être humain, de l'amitié et de l'amour, de l'empathie et du sentiment d'appartenance à une race, de la place de l'homme dans l'univers et sur la Terre. Et je ne vous parle là que de quelques thèmes abordés ! Des chapitres entiers sont consacrés juste aux questionnements intérieurs du héros. Sans parler de ce qui se passe autour. D'autres thématiques, comme la guerre et la religion (j'adore le point de vue que développe dessus l'auteur. C'est un concept clair et simple de spiritualité plutôt que de religion, et ça me plait), mais surtout la communication. Assez logiquement, c'est un thème qui revient souvent dans la science-fiction -je pense à L'étoile et le fouet de Frank Herbert- car le contact avec d'autres races impliquerait immédiatement les limites de notre expression. C'est assez bien mis en scène dans cette histoire, pas aussi poussé que dans le Frank Herbert, mais bien mis en scène.

En fait, ce que je trouve assez génial et qui me plait beaucoup, c'est que Clifford D. Simak explore énormément de thèmes sans se contenter de les effleurer, tout en maintenant une histoire cohérente, quoique simple, et qu'il arrive par dessus tout à nous entrainer dans un style presque poétique parfois, dans une science-fiction moins scientifique que fictionnelle. C'est un livre prenant, clairement, mais aussi très philosophique et qui incite à réfléchir. Si les échos de guerre mondiale imminente qui imprègnent le roman sont lointain pour nous, il reste tout le reste (et la guerre n'est jamais loin, rappelons-nous ...). Bref, un excellent livre de science-fiction que je ne peux que conseiller. Lisez-le !

(Chronique n°161)

jeudi 27 mars 2014

Histoires mystérieuses (Isaac Asimov)

Dernier recueil de nouvelles d'Asimov que je possédais, et sans doute le dernier avant un petit moment vu mes finances actuelles. C'est dommage qu'il soit parti si vite ... Mais cette fois-ci, nous avons encore un autre registre d'histoire du maitre ! Une autre corde à son arc, en somme. Cette fois-ci, les histoires sont des enquêtes policières ! Oui messieurs-dames ! Et avec la rigueur scientifique si caractéristique et l'humour spécial de l'auteur, comme à son habitude.


Résumé en trois mots : Enquêtes, Humour et Science

Le recueil contient une dizaine d'histoires, avec parfois un personnage d'enquêteur récurent, ou deux histoires qui présentent les mêmes personnages dans deux intrigues qui se complètent (une façon amusante de voir l'évolution du style d'écriture également).
Le tout avec tout les avantages liés à Asimov. D'abord, les fameuses précisions scientifiques, qui sont moins développés dans les nouvelles (ou alors elle prendraient trop de places), mais qui sont toujours présentes et ajoutent un fond intéressant. Ensuite, son humour parfois étonnant (surtout niveau jeu de mot) mais qui rend certaines nouvelles légères. Enfin, sa plume prenante qui nous invite encore une fois à lire jusqu'au bout alors même que l'intérêt pourrait être limité. D'ailleurs il faut souligner que certaines nouvelles sont assez peu intéressantes au final, l'histoire étant un peu facile. Mais cela n'empêche pas d'avoir envie de lire jusqu'au bout, preuve s'il le fallait d'une belle maitrise du style.

En soi, ce recueil diffère des autres par rapport à son style plus policier, qui est parfois concentré dans un indice qui nous aurait échappé et qui sera la clé, ou qui est concentré autour d'un moyen de s'en sortir, comme dans l'espace (ce qui est d'ailleurs assez souvent bien fait). Bref, ce sont plus des histoires à suspenses que des histoires à réflexions. Si j'ai apprécié notamment les personnages, qui sont dans quelques nouvelles très réussis, je trouve l'ensemble un cran en-dessous de ce que Asimov nous avait déjà proposé avec des récits comme Le robot qui rêvait ou L'homme bicentenaire, puisqu'on perd un peu le côté philosophique de l'humanité future et de ses possibles travers. Cela n'empêche pas d'avoir des superbes piques humoristiques qui m'ont bien fait rire.

Un très bon recueil, donc, quoique ce ne soit pas le meilleur du maitre de la science-fiction. Le style est très bon, tout est comme d'habitude à la bonne place, mais je trouve dommage qu'on perde le côté réflexion et philosophique que Asimov sait si bien distiller dans ses nouvelles autour des robots et des futurs de l'humanité. Cela dit, ce recueil démontre qu'Asimov sait faire ses preuves dans d'autres genre, ici le policier futuriste, et ça passe très bien, notamment en n'utilisant pas un coup d'une machine extraordinaire sortie du chapeau pour la résolution des enquêtes. Un bon recueil, pas le meilleur, mais qui est aussi agréable à lire que le reste.

(Chronique n°158)

jeudi 13 mars 2014

2010 Odysée deux (Arthur C. Clarke)

Roh, ces maitres de la science-fiction ... Quand on y pense, ce livre date de 1968. 1968 ! Plus de quarante ans aujourd'hui, vous rendez-vous compte ? Et pourtant, il n'est toujours pas passé de mode ! Incroyable, quand on y songe. Une suite à 2001 l'odyssée de l'espace, il fallait oser le faire. Le livre/film avait déjà donné beaucoup, la seconde partie allait-elle être à la hauteur de l'attente ? C'est ce genre de question que je me suis posé en commençant le livre. Les questions que j'avais en le finissant étaient plutôt d'ordre astrophysique. D'ailleurs, problème : comment obtenir les réponses maintenant ?

Résumé en trois mots : Espace, Jupiter et Extraterrestre

Le livre est sensiblement plus gros que 2001 et s'ouvre neuf ans exactement après la fameuse expédition de HAL et Dave dans la navette Discovery. Cette fois-ci, nous trouvons une autre brochette de personnages qui retournent ensemble vers Jupiter, dans l'optique double de comprendre les événements survenus neuf ans auparavant, ainsi que récupérer les informations de la navette Discovery, toujours en orbite autour d'Io. Et peut-être aussi retrouver HAL ...

Ce que j'ai adoré, encore une fois, c'est tout le côté scientifique de l’œuvre. Clarke nous balade dans l'immensité de l'espace et nous plonge dans les arcanes de Jupiter, planète gazeuse à la vie palpitante, ainsi que dans ses satellites, lieux de tant de mystères et également d'activité. Du coup, le livre explore une bonne partie de cet endroit de notre système solaire. C'est palpitant, et j'ai été émerveillé d'apprendre tant de choses, de voir tout ce qui est possible. L'univers est tellement riche de choses, tellement rempli de secrets ... Cela dit, le livre date de 1968, quid de l'actualité récente ? J'aimerai bien savoir ...

L'histoire se développe lentement, partant tranquillement de la Terre, prenant le temps de voyager jusqu'à Jupiter pour ensuite se pencher sur bien des choses. Nous nous baladerons aux clair d'Io, patinerons sur les glaces de Ganymède. Le tout assaisonné de petits moments entre membres d'équipages, de moments privés. Un excellent mélange qui nous permet de ne jamais nous ennuyer entre toutes les informations diffusés.

En bref, un excellent mélange pour le second livre de cette saga. Clarke m'a enchanté entre ses passages dans l'espace, toutes les informations et l'histoire simple mais efficace qui bascule progressivement. Les questions sans réponses dans 2001 l'odyssée de l'espace reçoivent une réponse ici, mais bien d'autres choses arrivent, et laissent au final la place pour une suite que j'ai envie de lire. Sans parler de tout ce qui rend le livre génial, notamment le style d'écriture qui reste une merveille. Un auteur de génie, c'est sur ! Et un livre que je recommande.

(Chronique n°151)

mercredi 5 mars 2014

Le cheval pâle (Agatha Christie)

Parfois, il arrive que je n'ai pas envie de lire quelque chose. Il faut alors se rabattre sur autre chose. Et parfois, j'ai des envies contradictoires : je veux lire et rien de ce que je vois ne me plait. Dans ces moments là, je me rabat sur des livres prenants, et surtout court, histoire de me plonger rapidement dedans et reprendre gout à la lecture. C'est aussi un moyen de se "détendre" de lecture lourdes et fastidieuses qui prennent un peu trop la tête. Agatha Christie est l'auteur idéale pour ces moments de spleen. Lire un de ses romans m'entraine dans une enquête que je suis avidement, et dont je ressort la cervelle purgée, sans me poser de questions ou philosopher, sans aucune véritable émotion. Un véritable nettoyage. Et c'est pour cela que j'ai lu ce Cheval pâle.


Résumé en trois mots : Enquête, Occulte et Croyances

Difficile de résumer un Agatha Christie en trois mots ... Je vais en baver aussi pour le suivant je crois. Enfin bref, c'est une histoire très courte (moins de 200 pages) qui ne contient aucun des héros habituel de la reine du crime (!). Et comme d'habitude, c'est excellent.

Agatha Christie à un style d'écriture assez génial, puisqu'elle nous pose une énigme, parfois sans qu'on s'en rende compte. Dans ce cas précis, l'énigme met du temps à venir, et au final j'ai été surpris puisque je ne m'attendais pas du tout à ce genre d'enquête (enquête qui n'en est pas véritablement une). Et encore une fois, le/la/les coupable(s) est surprenant, surtout que je ne pensais pas du tout en bon terme. Mais bref, j'ai encore été surpris !
Le tout est rehaussé par l'ambiance que sait poser Agatha Christie, avec une montée progressive du suspense et une galerie de personnages étranges et intéressant qu'on suit avec plaisir. J'ai été séduit encore une fois, bien que je ne pense pas que je relirais le livre (comme souvent avec Agatha Christie). Bref, une bonne facture comme d'habitude. Ajoutons que l'auteur penche pour une fois du côté de l'occulte, ce qui n'est pas inintéressant, car elle le fait d'une belle manière. On y croirait presque !

En somme, un excellent Agatha Christie qui nous invite à une enquête très différente de ce à quoi l'on pourrais s'attendre. La montée progressive du suspense et toute la mise en place est encore une fois excellente, et j'ai été surpris par le final. La reine des polars, toujours non détrônée. Je ne peux que vous conseiller cette lecture fort plaisante.

(Chronique n°147)

lundi 6 janvier 2014

Message de Frolix 8 (Philippe K. Dick)

Encore un Dick, mais j'ai surtout lu parce qu'un de mes colocs me l'avait prêté au début de l'année et que ça commençait à faire long. Alors je me suis dépêché de lire les deux derniers en ma possession, et je dois avouer que je l'ai avalé en une soirée et une matinée.


Résumé en trois mots : Espace, Dictature et Résistance

En fait les trois mots de résumés vont vous donner grosso modo les trois trames du roman, car ce roman entremêle plusieurs histoires pour vous faire ressortir les points de vues différents. C'est assez amusant de voir comment Dick mêle alors les conceptions de chacun pour en dégager d'autres trames. C'est aussi un bon roman de suspense, parce que je n'avais absolument pas la moindre idée de la façon dont tout ce bazar allait finir, et j'ai été assez surpris de voir l'auteur s'arrêter là où il l'a fait.

A part ça, le style est toujours bon, et j'ai beaucoup aimé le lire. Ça se lit vite, le découpage est excellent, les chapitres s'enchainent sans temps mort, et les idées qui sont présentés comme base du monde sont très sympathique, j'ai beaucoup aimé la façon dont on comprend progressivement sans que l'auteur ne prenne vraiment le temps de faire une mise au point pour qu'on dégrossisse l'ensemble. C'est au fur et à mesure qu'on assimile les bases du monde. Comme quoi, pas la peine de prendre les lecteurs pour des idiots, ils comprennent tout seul.

Apparemment l'auteur n'était pas satisfait de son roman, et je dois avouer que s'il n'atteint pas les sommets de l'autre que j'ai lu, il reste bon. J'ai aimé le lire, et s'il n'est pas le plus immanquable que j'ai lu en science-fiction, il est aussi bon que d'autres.

C'est un petit roman sympathique, sans prétention extravagante, qui est divertissant et enrichissant, il permet de lire sans prise de tête en proposant un monde original dans lequel on se plonge volontiers. C'est une belle lecture que j'ai eu et j'espère en avoir encore d'autre de l'auteur.

(Chronique n°118)

lundi 11 novembre 2013

Les chemins de Katmandou (Barjavel)


Et oui, encore un Barjavel ! Mais que voulez-vous, quand on aime un auteur on en lit, non ? Et puis j'ai vu cette couverture, je me suis dit que j'aimais l'auteur, que le sujet m'intéressais au plus haut point, que je n'avais qu'un euro cinquante à perdre et qu'en plus Barjavel écrit bien. Alors j'ai pris, j'ai lu, j'ai dévoré. Donc, l'un dans l'autre, j'ai bien fait.

Résumé en trois mots : Amour, société et Mai 68

Ce livre est vraiment saisissant, et pour de nombreuses raisons. En essayant d'être objectif, il est extrèmement bien fait. Déjà, Barjavel s'accorde ici à faire dans le plus strict réalisme, ce qui change un peu des autres romans que j'avais lu, dans lesquels la science-fiction prenait plus de place. Ensuite, si son thème de prédilection qu'est l'amour est encore bien présent, il passe allègrement au second plan de l'histoire pour laisser place à d'autres aspects. Ajoutons encore que le roman fait une belle part à la critique sociale virulente. Clarifions un peu tout cela, pour que vous compreniez.

Ce roman à été écrit dans l'année 1969. Pour ceux qui ne voient pas tout de suite, c'est exactement après Mai 68, et si je dis ça ce n'est pas anodin. En fait, ce roman synthétise pour moi Mai 68. L'ensemble est très lucide sur la situation réelle en cette période, autant sur la mentalité des jeunes, les raisons de cette révolution, la mentalité des adultes, le déroulement de cette révolution, les idées qui s'ensuivirent, la façon dont les gens s'approprièrent cette idée. Le propos est vraiment clair et le fait que ce soit une fiction n'empêche pas Barjavel d'avoir un regard aiguisé dessus (si on se renseigne sur Mai 68 c'est assez proche de ce qu'il écrit).

Mais comme dit, le roman est aussi une superbe satire sociale. En prenant des personnages épars, elle montre de quelle façon tout le monde était aussi stupide que les autres dans cette société des années 60. Barjavel se permet de critiquer tout le monde, autant les héros, que les parents, les adultes, les dirigeants, les jeunes, tout le monde. Comme si personne n'était vraiment lucide sur ce qu'il se passait, et que personne ne se comprenait surtout. C'est un manque de compréhension générale, chacun reste dans son coin avec ses idées sans chercher à regarder ailleurs

Nul n'est parfait, et au fur et à mesure de la lecture on se rend compte que l'on fait peut-être encore fausse route. Barjavel a réussi à me captiver dans un roman toujours aussi bien écrit et qui m'a séduit. Ses thèmes de prédilection sont à nouveau là, mais si bien mis en scène. Que peut on réellement reprocher à ce livre ?

(Chronique n°92)

lundi 4 novembre 2013

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (Harper Lee)

Ce livre aura eu une lecture assez longue, étalée sur près d'une semaine, mais j'ai dévoré la deuxième moitié du roman sans m'en rendre compte en une nuit. Ça fait du bien d'être à nouveau à fond dans un roman, sans se soucier du reste, fatigué mais content de l'avoir fini. Ce roman donc, il se lit très bien. Mais en est-il bon pour autant ?



Résumé en trois mots : Alabama, Racisme et Enfance

En  fait j'ai eu un mal fou à vraiment commencer la lecture de ce roman, pour une raison simple.
Déjà, l'histoire est narrée d'un point de vue original. La narratrice raconte, étant adulte, son enfance. Nous avons donc un double point de vue, d'un côté la narratrice adulte qui analyse de temps à autre, qui se permet des réflexions adultes, et de l'autre la petite fille qu'elle était et qui ne voit qu'avec son regard d'enfant, simple et direct, qui est d'ailleurs souvent faussé. Cette double lecture est constante dans le récit et passe sans qu'on s'en rende vraiment compte. C'est du coup une lecture a deux niveaux mais très fluide.
Cela dit, c'est aussi ce qui m'a handicapée dans ma lecture. Le récit du point de vue de la gamine est concentrée dans la première moitié du roman sur sa vie, sa ville et le déroulement de son enfance. Ce n'est pas inintéressant, mais j'ai un mal fou avec ce genre de récit. Principalement parce que ça ne réveille pas un côté nostalgique en moi et que je trouvais le récit très long. J'ai mis un sacré temps avant d'accrocher vraiment, c'est à dire lorsque le récit intègre ce fameux procès et que enfin la lecture devient plus mature. Avant ça c'est vraiment les petits gamins qui s'amusent durant l'été, faisant ce que font les gamins. C'est pas mauvais, c'est bien raconté, mais moi ça me passe complètement au-dessus de la tête.

Cela dit, cette première partie (environ la moitié du roman) est nécessaire pour plusieurs choses. Elle pose un cadre, le décor de toute la seconde partie. Ce qui m'a semblé long trouvait ensuite une utilisation et un développement dans la seconde partie. Cette deuxième partie est du coup très fluide, et exploite bien les apports de la première partie dans le cadre du procès. La mise en place est bien faite, je reconnais. Cette deuxième partie est beaucoup plus prenante, avec un fil conducteur et beaucoup plus de développement humain à mon avis. Ce n'est plus seulement des enfants jouant, c'est une adulte qui remarque combien ce qu'elle a vu étant enfant était important. Au final elle grandira rapidement lors d'un été très riche en émotion, et cette transition est très marquée.

Cela dit, le style est très bon (et apparemment plus fidèle au style de la VO) et j'ai adoré les personnages. Pas l'héroïne, ni son frère, qui sont justes des enfants sans grand intérêt pour moi. Mais le traitement des autres personnages autour est vraiment très bien fait, notamment Atticus qui est un personnage charismatique, que je rêverais de rencontrer en vrai. Les autres personnages ne sont pas en reste et au fur et à mesure du roman le machiavélisme cède place à des côtés bien plus en nuances, les personnes aigries ou méchantes envers l'héroïne acquièrent de l'épaisseur sans qu'elle ne remarque grand chose (mais l'adulte qui raconte le récit l'a bien compris). Du coup beaucoup de personnes deviennent en demi-teinte.
Enfin j'ajouterai que le roman se conclut avec audace. Une audace qui ne fait pas regretter la lecture puisque la conclusion arrive de façon imprévue et apporte encore un éclairage sur les personnages et j'ai trouvé cette fin très réussie. Elle permet d'éviter le piège de la nostalgie poussée de l'enfance (concept auquel je n'adhère pas et dont je suis très réfractaire) en se finissant sans morale véritable. Juste des personnages encore développés.


En conclusion, je dirais que c'est un très bon récit qui sait mélanger deux genres sans se planter. La première partie m'a semblé longue et je n'y ai que moyennement accroché à cause de ce côté de l'enfance très marqué et qui ne m'intéresse absolument pas, mais le roman se rattrape dans sa seconde partie et exploite à ce moment-là les apports de la première. Du coup je dois reconnaitre que le roman forme un tout cohérent et qu'il est bon. Même très bon, c'est une histoire poignante et intéressante. J'ai été transporté dans la deuxième partie et j'ai trouvé des personnages extraordinaire. En définitive, c'est un bon roman et je lui laisse largement son statut d'excellence, même si j'ai une légère appréhension du début. A lire, très certainement, ne serait-ce que pour comprendre la mentalité des années 30 en Alabama et toutes les luttes qui en découlèrent.

(Chronique n°89)


Douze de fait

vendredi 25 octobre 2013

La foire des ténèbres (Ray Bradbury)

Un petit livre que l'on m'a prêté sur une citation qui en était extraite (ne me demandez pas laquelle, je l'ai oubliée) et j'ai donc attaqué mon troisième livre de cet auteur si excellent dont j'ai déjà dévoré ses deux chefs-d’œuvre. Cependant, ici le sujet changeait beaucoup des autres fois et j'étais curieux de savoir le résultat. Car un auteur aussi talentueux peut très bien se planter en écrivant dans un style auquel il n'est pas habitué. Le résultat ?


Résumé en trois mots : Angoissant, Foire et Enfance
Déjà, on retrouve de façon très claire le style assez poétique de Bradbury, et ce dès la première page. Les dialogues, les situations, les passages prenants sont vraiment de même facture que ceux de Farenheit 451. C'est d'ailleurs un avantage mais aussi un inconvénient dans certaines scènes, puisque le style ralentis l'action. Mais dans l'ensemble ça fait plaisir de relire à nouveau de la bonne littérature.

L'histoire m'a surpris par les tours qu'elle prenait, mais je dois avouer qu'elle reste dans des limites "classiques", sans grand tour de force. On y a des très bonnes idées, et surtout une excellente réflexion sur le monde des adultes et celui de l'enfance, les limites entre les deux et la façon dont chacun voit l'autre. Ce que j'ai adoré, c'est que le récit ne se limite pas à des adultes nostalgique de leurs enfances, mais à des enfants qui veulent grandir plus vite qu'ils ne le devraient. La comparaison entre les deux est super bien faite.

J'ajoute que, même si le livre n'atteint pas les sommets d'horreur de Lovecraft, on a quand même le droit à des passages bien haletants, des moments de suspenses bien fait et de la tension. Le tout est bien sur enrobé dans la poésie de Bradbury, mais il sait quand il faut faire plus percutant. Cela dit, le discours du père dans la bibliothèque au milieu de l'ouvrage est superbe.

Ajoutons à cela que les personnages sont bien représentés. Le père, les deux jeunes garçons sont charismatiques et très bien représentés, chacun avec ses petits travers et ses peurs, ses envies. Les suivre est un vrai régal puisqu'on ne s'attend pas forcément au rôle dont ils héritent au final.


En clair, c'est encore un excellent Bradbury, autant sur le fond que sur la forme, qui nous entraine dans une fête foraine malsaine et qui va nous réveiller des peurs et des idées qui sommeillent en chacun de nous. Des formes et des envies que l'on peut tous comprendre, et je pense que le livre se classe dans le haut du panier, même si Farenheit 451 reste un incomparable. L'auteur se renouvelle assez, sauf dans le style qui reste reconnaissable, mais le reste c'est du très bon. A lire, surtout quand on aime l'auteur.

(Chronique n°84)

mardi 15 octobre 2013

Le dieu venu du Centaure (Philippe K. Dick)

Un de mes colocs m'a aimablement prêté quatre Philippe K. Dick lorsqu'il appris que je lisais tout le temps (et vite en plus). C'est donc avec une main un peu forcée que je me suis retrouvé à lire cet auteur, bien que j'ai Ubick sur ma PAL* depuis ... un moment (trois mois minimum). Plongé dedans lors de voyages en train (un des moments où je lis le mieux), je n'ai pas vu le temps passer ni les pages s'enfiler. Ça va vite quand on aime ce qu'on lit ! Et là, j'ai retrouvé la vraie science-fiction, la bonne, celle qui me plait décidément énormément. Pourquoi diable ? Et bien, je vais vous le dire tout de suite.



Résumé en trois mots : Délires, Mars et Drogue

Donc, voici mon premier Philippe K. Dick ! (ça fait plaisir d'agrandir la section SF de ma bibliothèque de vrais livres de SF par des vrais et grands auteurs de SF). Je connaissais surtout les adaptations de ses livres sur divers supports et notamment en film (Blade Runner, Total Recall -celui avec Schwartzy- etc ...). Là, j'ai attaqué directement avec une de ses œuvres que je n'avais jamais connu, dont je n'avais jamais entendu parler. Au moins on démarre sur des bases saines. De tout ça, qu'en ai-je retiré ?
avec ses yeux artificiels, son bras mécaniques. Et son aura de mystère. Qui est-il ? Comment Léo va-t-il
Connaissant de Philippe K. Dick uniquement les adaptations en long métrages, je n'ai pas été déçu de retrouver les mêmes ambiances que j'ai eu dans ses livres : des personnages qui tiennent la route et qui semblent véritablement construit (et pas juste esquissé), des intrigues qui évoluent franchement entre le début et la fin, de la science-fiction, des situations vraiment futuristes et pas forcément très différentes de ce qu'on peut trouver de nos jours (notamment autour de la représentation de l'ONU ...), et bien évidemment une bonne dose de réflexion. Ici elle sera tournée autour de nombreux points : une réflexion sur Dieu et sur la foi (mais de manière vraiment subtile, c'est impressionnant), sur la vie, la possibilité de la changer, le contact avec d'autres espèces, etc ... Des monceaux de détails dans le livre qui nous invitent à réfléchir sur plusieurs aspects qu'on ne pensait pas en ouvrant le livre. Sans compter que la galerie de personnage à de quoi étonner, sans qu'on trouve de personnage héroïque.

Le tout est enrobé par un style d'écriture qui est bon, mais je ne l'ai pas trouvé incroyablement percutant. Je suis sorti assez facilement de ma lecture, mais j'étais tout de même pris par le rythme. Et j'avoue que j'ai adoré le style, qui est restée incroyablement frais malgré son âge. Les préoccupations sont encore totalement d'actualités (peut-être encore plus), et j'ai beaucoup aimé les questions qui sont posées. Car Philippe K. Dick ne donnera aucune réponse, il fera que soulever les questions, et c'est encore plus subtil de sa part. Surtout quand on voit comme c'est concentré. Sans même parler de toute les questions qu'on se pose à la fin (dans le même genre que la fin de Total Recall ou Blade Runner : finalement, il est ou non ?). Bref, dans l'ensemble c'est une excellente histoire que j'ai lu, et j'ai été charmé.


Pour mon premier Philippe K. Dick, c'est jackpot complet. L'histoire m'a plu, et énormément plu même. Le style est bon, les personnages sont très bien trouvés. L'intrigue, les questionnements, les retournements de situations, tout est bien mis en place et vous surprendra. Il est totalement impossible de prédire quoi que ce soit dans ce livre. Le suspense est d'ailleurs maintenu par le caractère des personnes, très changeant mais toujours en phase avec le personnage. Bref, tout est bon, du début à la fin, et invite largement à plusieurs considérations, tout d'abord sur le futur, mais aussi très largement sur notre présent. Une telle invitation ne se refuse pas, et à mon avis cet auteur doit être lu par tout fan de science-fiction ou tout lecteur en général. C'est un très grand roman, et je pense un très grand auteur. Je vous le redirais quand j'aurais fini le reste.

* PAL : Pile A Lire. Terme pour bibliophile qui achètent plus vite qu'ils ne lisent. J'en suis un excellent exemple

(Chronique n°79)