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lundi 29 juin 2015

La voie martienne (Isaac Asimov)

J'avais complètement oublié cette chronique que je me devais de faire sur l'auteur que j'ai le plus lu pour l'instant depuis l'ouverture de la roulotte, l'excellent, l'admirable, l'extraordinaire Isaac Asimov, génie reconnu et admirable de la science-fiction. Je répare donc cette erreur, avec ce nouveau tome qui présente encore une fois des nouvelles de ce géant de la littérature.


Résumé en trois mots : Autres mondes, Espace et Enquête

Le recueil est très court, et ne comporte en tout que quatre nouvelles différentes, assez longues. Bien que ce soit plusieurs styles différents, on retrouve totalement le Asimov que nous connaissons bien, avec un côté polar très marqué, une minutie dans ses enquêtes et des précisions scientifiques, mais également avec les préoccupations habituelles, notamment le devenir de l’humanité, la transformation de l’humain au contact de la technologie et d’autres mondes, tout en suivant l’habituel humour dont il sait nous régaler à chaque fois.

La première, qui donne son nom au recueil, est sans doute la plus intéressante, avec une narration qui change un peu de ce que j’avais l’habitude de lire de sa part, tout en proposant une image très forte autour de l’humanité, pas forcément à son avantage d’ailleurs. Par contre, la façon d’envisager la nouvelle laisse songeur sur des possibles développements extra-terrestre. Encore une fois, un avenir qui laisse songeur, et qui m’interpelle sur notre conduite en tant que société humaine. En lisant ce genre de nouvelles, je me dis que si plus de gens acceptaient de lire de la science-fiction de ce style, le monde pourrait être bien plus agréable à vivre.

Dans l’ensemble, les autres nouvelles sont bonnes sans être remarquablement notables. Une enquête, une nouvelle humoristique dont la chute m’a surpris, et pour le reste c’est de la forme tel qu’Asimov nous a déjà présenté. Ni meilleur, ni moins bon. Le désavantage, c’est qu’après tant de lecture de ses nouvelles, ça ne renouvelle pas fondamentalement le genre, et j’ai parfois un peu l’impression de moins me laisser porter que d’habitude. Le renouvellement manque un peu, mais en même temps je rattrape toutes ses nouvelles de jeunesse, et je dois bien dire que c’est dans les écrits plus tardifs que j’ai noté tout le potentiel d’Asimov.


Un recueil de nouvelles très bon, comme d’habitude avec cet auteur, mais qui ne propose pas de renouvellement important de la part de l’auteur. Si vous n’avez pas encore lu de Asimov, c’est peut-être un bon moyen pour découvrir le style et l’auteur, en picorant un peu de ses différents styles, mais si vous êtes un fervent lecteur déjà bien accro à ses nouvelles, le recueil ne semble pas indispensable comme peuvent l’être d’autres. A lire, certes, mais pas un indispensable.

(Chronique n°287)

lundi 9 février 2015

Sa Majesté des mouches (William Golding)

Enfin, enfin, enfin je lis ce livre ! Depuis des années je me disais qu'il fallait que je découvre un immanquable comme lui, et je me suis enfin lancé dans sa lecture, attendu et désirée. C'est un choix que je ne regrette vraiment pas. Ce livre n'est pas cité en tout sens pour rien. Il contient quelque chose en lui de vraiment spécial qui le fait traverser le temps, et je pense qu'il continuera encore longtemps.


Résumé en trois mots : Enfants, Jeux et Violence

Pour faire un résumé simple, c'est simplement l'histoire d'un groupe d'enfants rescapés d'un crash d'avions et qui survivent sur une île, en s'organisant à leur manière. Bien évidemment, tout ne s'arrange pas de la meilleure façon qu'il soit. Et les ennuis que peuvent provoquer les enfants vont très loin, bien plus loin qu'on ne pourrait le penser.

Je n'ai pas lu d'analyse de ce livre, qui le mérite bien pourtant, mais je pense qu'on y trouve une bonne vision de l'homme sauvage, ou au moins de la nature sauvage de l'homme. Car ces enfants sont les hommes affranchis de toutes contraintes sociales, et toute contrainte mentale. Ils font comme bon leurs semble dans la vie de tout les jours. Et les jeux deviennent de plus en plus violent. Le pouvoir est discuté, des problématiques importantes surgissent : prévenir les adultes, sauvegarder l'espace de vie, manger. Et la superstition apparait ...

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce livre, c'est que rien ne sera épargné à ce groupe sous prétextes qu'ils sont des enfants. Au contraire, la cruauté se rajoute encore par-dessus. Rien ne leur est épargné, et à travers eux, c'est l'humanité qui est visée, l'humanité qui peut se conduire comme des enfants et jouer à des jeux de plus en plus violents. C'est la façon d'être la plus sauvage, mais la plus naturelle pour l'homme. C'est jusque dans le comportement du personnage principal, qui est au début un gamin comme tout les autres et fait également preuve de cruauté, tout comme les autres.

En fait c'est assez dur de décrire ce livre ou de donner une impression claire sans trop en dire, mais j'ai vraiment beaucoup aimé et je ne peux que vous conseiller sa lecture. L'image de l'homme y est dépeinte sans scrupule et sans pincettes. C'est un grand classique, mais qui est plaisant à lire et qui n'a rien perdu de son éclat.

(Chronique n°229)

lundi 19 janvier 2015

Les enfants d'Icare (Arthur C. Clarke)

J'aime bien la façon dont les éditions Milady (branche de l'éditeur Bragelonne) font leurs livres, dans un format un poil différent avec des couvertures qui accrochent (sauf dans le cas de Sorceleur où je pense qu'ils se foutent de la gueule du client). J'ai pris ce livre pour continuer dans la voie des lectures de ces auteurs de Science-fiction cultes, indispensable, excellents et reconnus. C'est pourquoi mes lectures furent riches de Bradbury, Asimov, Clarke et Dick ces derniers temps (il me reste les Frank Herbert à explorer). Et celui-ci me faisait de l'œil via ses critiques élogieuses. Je me le suis offert et à l'occasion d'une très longue après-midi, je me le suis fini presque intégralement. Je pense que vous comprenez l'idée.


Résumé en trois mots : Extra-terrestre, Humanité et Divinités


Il me semble que je l'ai déjà dit, mais c'est assez amusant comme chacun de ces quatre auteurs cultes à sa patte. Isaac Asimov est très philosophique et carré. Philippe K. Dick est dérangeant et déroutant. Ray Bradburry est poétique et philosophique. Arthur C. Clarke est scientifique et beau.
Ce roman me confirme que Arthur C. Clarke sait écrire d'une façon belle et surprenante, avec ce qu'il faut de scientifique dedans pour que l'on en apprenne toujours un peu. Ici, c'est largement passé au second plan par rapport au reste, mais c'est tout de même présent. Ce roman est surtout centré sur la question de l'homme, de l'humanité, de sa place dans l'univers et de son but.
En le lisant, je me posais de plus en plus la question du but du roman, entre la façon dont les extra-terrestres maintenaient une présence dominatrice sur la Terre et l'évolution de la psychologie humaine à leurs propos. C'est pourquoi j'ai été surpris par le tournant que prend le livre tout à coup, avec cette explication à laquelle je ne m'attendais pas (mais qui rejoint en un sens ce qui avait déjà été mis dans 2001, l'odysséede l'espace) mais qui se paye en sus le luxe d'être extraordinairement belle, avec une touche merveilleuse qui m'a complètement surpris. C'est, progressivement, de plus en plus beau jusqu'à un final qui n'a pas été sans me rappeler la larme que j'avais presque à la fin de Chantsde la Terre lointaine. Arthur C. Clarke m'a hypnotisé d'un bout à l'autre du livre et m'a laissé un merveilleux goût en bouche, avec cette douceur et cette beauté.
Le roman en lui-même est un petit bijou, l'histoire étant intrigante, les personnages passant sans qu'on ne soit liés complètement à l'un ou l'autre, les chapitres s'enchainant sans qu'on ne puisse deviner vers où ils tendent, et cette fin en apothéose qui vient conclure le tout, c'est proprement magnifique. Le genre de roman qu'on aimerai presque relire pour retrouver ce goût en bouche, mais qui ne laissera plus la même saveur. Je le relirai avec plaisir, mais ce ne sera plus pareil, et c'est presque triste. Mais la beauté est éphémère. Ce livre sait nous le rappeler.

Du comme ça, j'en redemanderais volontiers ! Un livre très surprenant et qui m'a laissé complètement pantois, avec une beauté inhérente à l'auteur et qui m'a plu, au-delà des mots. Ce genre de science-fiction, c'est de l'or en barre. J'en redemanderais, entre les précisions scientifiques apportées par petites touches et l'histoire qui sait se dérouler de surprises en surprises jusqu'au final étonnant, c'est une réussite incontestable. Je ne sais pas si je suis face au meilleur de Clarke, mais c'est un excellent roman assurément, et que je ne peux que vous recommander chaudement. Cet auteur me plait, j'ai hâte de lire la suite.

(Chronique n°220)

lundi 16 juin 2014

Face aux feux du soleil (Isaac Asimov)

Les robots, volume 4


Quatrième partie de cette grande fresque des Robots, voici Face aux feux du soleil, nouveau volume d'enquête avec le couple d'enquêteur de Elijah et Daneel, le robot Aurorien et l'enquêteur terrien. Les deux personnages déjà présent dans le volume précédent. Et, bien évidemment, nous les retrouvons cette fois-ci encore dans le cadre d'une enquête impliquant des robots, les lois et tout ce détail. Mais cette fois-ci, nous changeons de cadre de façon radicale ! Eh oui, Asimov ne reste pas que sur Terre. La preuve en histoire.


Résumé en trois mots : Robots, Meurtre et Sociologie

Dans cette histoire, Asimov fait voyager ses personnages ailleurs, dans un autre monde, appelé Solaria, et l'enquête se déroule en condition hors Terre.
Pour cette deuxième enquête de la pair de détective, beaucoup de changements sont en ligne de mire. D'abord, le personnage de Daneel est pour ainsi dire insignifiant, ne faisant que de brèves apparitions au début et à la fin, bien que sa présence soit essentielles. Ce que je regrette, c'est qu'il n'y a pas de continuité avec l'opus précédent, notamment au niveau des interactions entre les deux, et finalement ç’aurait tout aussi bien pu être un autre robot.
Le second point, c'est l'enquête très différente, en un sens moins intéressante et moins surprenante, qui nous conduit dans un canevas classique (comme la première d'ailleurs) mais qui n'est pas l'essentiel, bien que ce soit le fil conducteur du livre.
Par contre, je dois dire que l'ambiance totalement différente et en mieux. Là, je tire mon chapeau à Asimov qui nous pond cette fois-ci une réflexion sociologique sur les développements extra-terriens de l'humanité, avec son lot de bons et mauvais côtés. Mais surtout avec tout son lot d'idée sur ce que l'humanité pourrait devenir en suivant une voie plutôt qu'une autre. Et là, l'effet est totalement réussi. La façon de faire, d'être, des Solarians est tellement glaçante qu'on ne peut que s'insurger contre ce mode de vie. Asimov réussi parfaitement à nous distiller son point de vue, et les conclusions qui en ressortent au final sont plus qu'intéressante. Notamment parce qu'elles font réfléchir au futur de l'humanité.

Ce tome-ci est très différent des premiers, s'orientant vers la sociologie et le devenir de l'humanité, plutôt que sur son rapport au robots, qui est ici développé plus faiblement, avec peu de nouveautés. C'est une enquête qui explore clairement l'humain et tout ce qui en ressort (avec des côtés semblables à Le meilleur des mondes d'ailleurs), tout en nous fournissant aussi d'intéressantes pistes de réflexion sur la façon dont l'humanité se scinderait avec l'expansion spatiale. Asimov qui revient au top de sa forme dans ce roman qui nous invite à sacrément réfléchir sur l'homme et ses futurs. La série continue vraiment d'une belle façon.

(Chronique n°195)

samedi 14 juin 2014

Les cavernes d'acier (Isaac Asimov)

Cycle des robots, volume 3


Le troisième tome inaugure enfin les histoires longues et introduit les personnages que nous retrouverons au fil de la saga. En y repensant, c'est la première fois que je lis une histoire en un volume de Asimov depuis le livre Cailloux dans le ciel, mais j'ai maintenant les deux gros cycles (Les robots et Fondation) dans la ligne de mire, c'est donc parti pour des histoires plus longues. Et j'avoue que ça fait plaisir de retrouver le talent de cet auteur qui m'avait ébloui lors de ma première lecture.


Résumé en trois mots : Enquête, Robot et Spatiens

Les Spatiens, humains habitants d'autres planètes, genre qui n'est ni terrien ni extra-terrestre ... Un concept assez amusant. D'ailleurs, en y repensant, ça me rappelait un peu le cadre de l'histoire Cailloux dans le ciel, avec cette Terre vieillissante qui n'est qu'un petit morceau perdu dans l'immensité des autres espaces de l'univers.
Le livre en lui-même n'est qu'une enquête, mais pas, cette fois-ci, sur les robots. Il s'agit toujours de s'interroger sur les robots, mais d'une autre façon, et sans s'intéresser aux conditions d'actions des trois lois. Ici, la focale se fait plus sur l'interpénétration de la société par les robots et la haine viscérale que pourraient éprouver les humains au contact de ces êtres à la fois semblables à eux-mêmes et en même temps supérieur par bien des côtés. Ce qu'Asimov appelle le syndrome de Frankenstein.
J'ai beaucoup aimé ce livre, une enquête très sympathique et pour laquelle j'ai beaucoup hésité, même si le coupable m'apparaissait comme potentiel, je n'ai rien deviné jusqu'à la fin. En tout cas, elle est très bien réalisée.
J'ai beaucoup aimé le différents points de réflexions qui composent le roman, même si ceux-ci sont souvent des points déjà présents dans les nouvelles que j'ai lu, mais ils confèrent un éclairage sympathique à l'enquête qui n'est pas l'essentiel du livre.

Un bon roman, même si ce n'est pas le meilleur de l'auteur, mais qui se lit agréablement et qui invite à réfléchir encore une fois au potentiel en devenir de l'humain sur Terre, mais aussi dans le reste de l'Univers. Sans oublier, bien sur, tout ce qui caractérise cette série : les robots et leurs place dans un monde d'humain, leur interaction avec eux et tout ce qui s'ensuit. Bref, un nouvel opus toujours dans la bonne moyenne des Asimov et qui m'invite à me pencher sur le suivant assez rapidement.

(Chronique n°194)

mardi 10 juin 2014

Les robots (Isaac Asimov)

Les robots, volume 1


Premier tome de la série de Asimov consacrée aux robots, je me suis laissé entrainer alors que les autres livres en cours m'intéressaient peu (une semaine que je les traine, je crois qu'il faut faire quelque chose). En fait de livre, c'est surtout, encore, un recueil de nouvelles avec des protagonistes identiques et tournant autour de l'histoire de ces robots. Premier tome d'une série donc, et je me suis permis de les lire tous pour pouvoir chroniquer la série dans l'ordre. Allons-y pour six chroniques d'affilées !


Résumé en trois mots : Robots, Espace et Conscience

Encore une fois, les nouvelles vont explorer toutes les possibilités des robots dans un monde futuriste mais pas forcément plus ouvert, qui connait notamment des difficultés à aborder le robot humain, qui est finalement réservé à l'espace et aux territoires extra-terrestre. Nous retrouvons aussi toutes les questions métaphysiques des robots, les prises de conscience et ce que l'on pourrait appeler "l'âme robotique". Sans parler des trois lois et de toutes ces possibilités de contournement. Et bien sur, de la différence qui s'amenuise entre humains et robots.
Le propos d'Asimov est toujours bien documenté et très scientifique, quoique certaines choses ont bien du changer avec le temps passé depuis l'écriture, mais c'est tout le reste l'intéressant. L'émotion qui peut passer dans la première nouvelle, l'humour qu'il distille régulièrement (notamment lorsqu'un robot développe son point de vue sur Dieu) ou encore la façon dont il installe une enquête pour pouvoir ensuite nous livrer une solution parfois simplement humoristique, parfois plus réfléchie. Des questions soulevés révèlent un intérêt énorme notamment sur la dépendance que peuvent entrainer les robots et les machines, mais aussi sur l'interprétation des trois lois ou simplement la façon de les appréhender.

Un recueil de nouvelles sur les robots efficace donc, qui ne dénature pas dans tout ce qu'a fait Asimov, sans que je puisse aller à considérer que ce soit le meilleur de lui. Il contient des excellentes nouvelles, et la façon de les mettre en scène avec le même protagoniste narrateur m'a intéressé. Même si le personnage de Susan Calvin est quelque peu déroutant, une humaine plus robot que ceux qu'elle étudie. Et les huit nouvelles s'enchainent sans temps mort. Une lecture très intéressante et qui m'a encore une fois invité à réfléchir, ou fourni des pistes de réflexions que je pourrais exploiter en d'autres occasions. Un bon livre introductif aussi à la saga des robots, à laquelle je vais maintenant m'atteler.

(Chronique n°192)

lundi 5 mai 2014

Lolita (Vladimir Nabokov)

Depuis le temps que j'en entendais parler, après la semi-déception du film de Kubrick (qui ne fait clairement pas le poids face aux autres chef-d’œuvre du maitre) et après avoir relu une BD dans laquelle le personnage principal lisait ce livre, j'ai craqué, je me suis payé ce livre et je me suis attaqué à ses 500 pages d'écriture caustique et dérangeante. Un roman à scandale, qui fit couler beaucoup d'encre et en fait sans doute encore couler, un roman légendaire et porté deux fois à l'écran, un roman qui a donné naissance à un nouveau terme, ces Lolitas qui sont aujourd'hui dans nos vies, devant les collèges ou les lycées. Bref, un roman qu'il me fallait enfin lire un jour pour voir ce qui se cache derrière tant de mystères. Qu'en est-il au final de ce roman ?


Résumé en trois mots : Sexualité, Fantasme et Jeunesse

L'histoire est tellement connue que j'hésite à vous la noter sans me risquer à vous prendre pour des ignorants. Qui ne connait pas cette histoire d'amour passionnelle que vécue Humbert Humbert pour la jeune Lolita, fille de sa logeuse, une fillette de douze ans au sex-appeal débordant et aux mœurs douteuses ? Qui peut prétendre ne jamais avoir entendu parler du scandale de cette confession d'un authentique pédophile qui s'explique sur sa sexualité et son assouvissement ?
Bref, sans m'étendre outre mesure dessus, je me contenterais de parler du reste, c'est à dire à la fois les personnages, l'ambiance, le style d'écriture, le rythme, le fond et le contenu.
Tout le reste, est génial. En fait, en le lisant, j'ai progressivement compris ce qui a fait tellement scandale,avec une deuxième partie qui devient progressivement plus trash. En soi, c'est pas tellement décrit, mais toutes les implications qu'entrainent ce qui est noté suffisent à dégoutter. Et pourtant, a contrario de ce qui est écrit par le personnage principal, je n'ai pas réussi à le concevoir comme un pervers dérangé et immonde, mais simplement comme un pauvre gars qui a ruiné sa vie et manqué de faire pareil avec celle de Lolita.
En fait, ce qui est le plus dérangeant, c'est le fait de plonger jusqu'au tréfonds de l'âme du personnage avec ce point de vue unique qui nous suit tout au long du roman. Pas un moment d'échappatoire, pas un instant de répit, toujours le même point de vue et les pensées de ce personnage qui nous repousse ou nous fait pitié. Ou les deux. La sensation de malaise est aussi forte, puisque beaucoup de choses sont nettement suggérées mais pas clairement dites, laissant planer un doute malsain. Notamment sur le comportement de Lolita, finalement pas si pure que ça.

Un excellent livre, que j'ai adoré lire bien que je l'ai trouvé dérangeant moi aussi, mais je comprend toute sa portée et sa réputation. Ce n'est pas un livre qu'on lit pour se détendre, mais c'est incontestablement un grand roman, du genre qui fait parler de lui encore longtemps après sa sortie et qui continue d'être dérangeant. J'ai adoré la lecture, longue et parfois difficile (plus par malaise que pour le reste) mais qui m'a vraiment beaucoup intéressé. Si vous aimez vous plongez dans les turpitudes et les tourments de l'âme humaine, n'hésitez pas un instant et allez lire ce livre-ci. Mais ayez connaissance du terrain où vous mettrez les pieds. Toute lecture n'est pas accessible à tout le monde.

(Chronique n°177)

mardi 15 avril 2014

L'herbe rouge (Boris Vian)

Boris Vian est un génie que j'adule. Son talent, aussi bien pour la chanson que pour la poésie et la littérature me laisse littéralement pantois, sans parler de sa verve, son humour, sa capacité aux jeux de langages, son érudition et sa culture, ses passions et ses travers. Tout en lui est superbement génial. Or donc, quand je vois dans un stand d'occasions un livre de sa part que je n'ai pas encore lu, je n'hésite pas un seul instant. Et la lecture est d'autant plus rapide que le livre est court.


Résumé en trois mots : Psychologie, Vie et Déjanté

C'est amusant de retrouver dans ce livre les fantaisies déjantées qu'on a déjà lu dans L’arrache-cœur ou L'écume des jours. Mais ici le propos est tout autre que ces deux autres livres satyres d'une société qui n'est plus très bien. Ici, c'est plus des personnes qui ne sont plus très bien.

Quand on lit du Boris Vian, on lit un véritable génie de la littérature, et je pèse mes mots. Il faut savoir que tout est bon dans un livre de Vian. Déjà le style d'écriture, oscillant entre sérieux et déjanté, dans un monde légèrement fantasmagorique. Tout est étrange, et pourtant c'est totalement réel, un monde déformée qui nous fait ressortir la réalité plus crument dans la face. S'associe tout ce qui fait la force d'une grande narration, l'humour, l'ironie, les jeux de mots, tout ce qui rend la lecture encore plus vivante et amusante. Et Boris Vian nous rend tout cela tellement bien huilé qu'on ne se rend pas tout de suite compte de la complexité et du niveau de littérature.

L'histoire est, encore une fois, hautement intéressante. La plongée d'un homme dans ses souvenirs pour les oublier, mais également les rapports hommes-femmes, les rapport d'amitiés, les villes et la vie en général. Tout ce qui semble normal, mais qui est ici déformé par la vision du monde qu'offre Boris Vian. Et curieusement, ce monde déformée semble plus compréhensible que le réel. Les souvenirs, normaux, qui pourraient être ceux de n'importe qui, puisque tout est décrit de façon normale, sont le moyen de se plonger dans ce qui semble être la vraie vie de Boris Vian. Mais aussi celles de bien des autres. Quand on y trouve un écho de sa propre vie, alors le livre prend encore une nouvelle tournure.

Pour dire simplement les choses, ce livre est génial, comme toujours avec Boris Vian, mais il est surtout incroyablement surprenant. Une véritable plongée psychologique dans l'esprit des personnages, tout en suivant des satyres de la société qui s'égrènent au fil des pages. C'est humoristique, c'est intéressant, c'est tout à la fois. Un livre complet, court et dense, riche. QUe demander de plus ? Et c'est Boris Vian ! Un des meilleurs auteurs français ! Lisez-le, tout simplement !

(Chronique n°168)

vendredi 21 mars 2014

Junky (William S. Burroughs)

J'ai encore tellement de livres à lire, et pourtant c'est celui-là qui a retenu mon attention, avec cette couverture simple, qui m'a rappelé le film Trainspotting, ce sujet simple : la drogue, et cet auteur de la Beat Génération, qui est réputé pour être un des plus grands auteurs américain. Je me suis laissé emporter par son récit et je dois dire que ce ne fut pas pour me déplaire.


Résumé en trois mots : Drogue, Amérique et Dealer

Burroughs écrit ici sous les traits d'un double, alter ego de l'auteur (c'est assez visible). C'est donc un récit autobiographique que nous avons là, et qui nous entraine dans les histoires de ce jeune homme, fraichement accompli et titulaire d'une licence en lettre (faite par dépit plus que par choix). L'originalité de ce récit réside sans doute dans le point de vue que le narrateur accorde à la drogue. Sans aucun doute, il n'y a pas d'équivalent. Après, c'est aussi le livre le plus vieux, son cadre n'est pas du tout celui actuel, et les mentalités ont aussi bien changées (je dirais heureusement, mais pas pour tout).
Bref, c'est un livre qui permet de comprendre le passé lointain de la drogue, mais beaucoup moins de nous plonger dans l'actualité. Remarquez, c'est aussi un livre générationnel, qui nous renseigne sur la Beat Génération, et en ce sens il est plus complet.

L'histoire nous trimballe un peu dans l'Amérique, entre les Etats-Unis et le Mexique, ce qui nous amène aussi à voir les différences entre les états, au sein des États-Unis et extérieurement. Par contre, nous verrons très peu de choses du trafic même de drogue. C'est plus une autobiographie, avec le monde des drogués, leurs conceptions de la vie et leur univers mental qu'un livre sur la façon dont on se drogue.
Et surtout, Burroughs ne fait absolument pas de confessions. Ce n'est pas un livre témoignage, contrairement aux autres livres sur la drogue. C'est simplement un livre qui parle de sa vie à un moment donné, lorsqu'il prenait de la drogue. Il ne cherche pas à s'excuser, ne considère pas cette période de sa vie comme ratée, ou mauvaise. C'est juste une période de sa vie. De fait, la lecture est curieuse, puisque l'auteur ne cherche pas à nous dissuader de quoi que ce soit. C'est la vérité crue et sans problèmes. Du coup, si vous cherchez un témoignage anti-drogue, je ne peux pas trop vous le recommander.

Récit assez atypique et qui nous offre une vision tout sauf conventionnel de la drogue, Junky s'inscrit dans un ouvrage autobiographique et une sorte de manifeste de la Beat Génération plutôt qu'un véritable livre sur la drogue. C'est un contexte plutôt, une façon de voir la vie et le monde dans lequel la drogue joue un rôle non négligeable. J'ai trouvé la lecture plaisante et intéressante, je ne peux que vous recommander de faire pareil.

(Chronique n°155)

mercredi 8 janvier 2014

Martiens, go home ! (Frederic Brown)

Le spitch de ce livre m'a suffi pour me donner envie de le lire. Il faut avouer que c'est assez rare que les martiens débarquent et soient justes des emmerdeurs de première. C'est donc allègrement que je me suis plongé dans ce livre très court, qui se lit très vite.


Résumé en trois mots : Martiens, Emmerdes et Emmerdeurs

Ce livre est drôle. Ce ne sont pas des grands éclats de rire qui ponctuent la lecture, mais des petits sourires et des rires intérieurs, car le livre reste assez sérieux et la fin se propose même de loucher du côté de la philosophie sans se départir de son ton léger et amusant. C'est une prouesse assez grande quand on voit l'auteur traiter le sujet de façon humoristique mais en arrivant à de telles conclusions. Lisez, vous verrez que c'est surprenant.

En dehors de ça, le style d'écriture est très bon et j'ai bien aimé la façon qu'avait l'auteur de nous balader entre le personnage principal et le reste du monde, de façon assez brusque et saugrenue, mais toujours léger de ton. Le roman se lit comme on déguste un bon verre de vin, ça descend tout seul et c'est quand il ne reste qu'un fond qu'on se dit "déjà ?". J'ai aussi apprécié la façon de considérer les martiens, comment chaque personne du roman les voyait : à quoi servent-ils, pourquoi viennent-ils ? etc, etc ... C'est vraiment superbe, et j'ai lu avec un grand plaisir.

Il n'y a pas des tonnes de choses à dire, si ce n'est que j'ai pris beaucoup de plaisir dans cette lecture, un roman court mais efficace, qui m'a donné le sourire et qui exploite une idée peu utilisée dans la science-fiction en générale. Le roman tient jusqu'au bout, et contient un joli lot de surprises, mais en même temps il conduit quelque part et la fin se révèle plus intelligente qu'on ne pourrait y penser. Je ne pensais pas à ça, mais c'est un très bon roman de SF, que j'ajoute dans le haut de ma bibliothèque.

(Chronique n°119)

jeudi 21 novembre 2013

Cailloux dans le ciel (Isaax Asimov)

Une lecture que j'ai complètement oublié de commenter, erreur que je m'empresse de corriger à l'instant. Je ne me rappelle plus du tout pourquoi j'ai zappé la chronique, mais je crois, vu le peu de souvenirs qu'il me reste, que c'est surtout que j'ai peu de souvenirs en général de ce livre. Alors qu'il s'agit d'un Asimov tout de même ! Mais bon, je ne pense pas que nous soyons en présence de son meilleur. Voici ce que j'en pense :


Résumé en trois mots : futur, dictature et vérité

Ce livre nous raconte les aventures d'un paisible monsieur, Joseph Schwartz, qui voit sa vie bouleversé le jour où il traverse le temps pour arriver des milliers d'années plus tard sur une Terre complètement différente, où les vieux sont tués après soixante ans. Or, notre brave homme en à 62 ! Mais surtout, il doit essayer de comprendre ce qui lui arrive, et comment fonctionne cette nouvelle planète. De son côté, un archéologue sirien arrive sur la planète, pour tenter de percer un mystère : la Terre, planète au rebut de l'empire galactique, serait le berceau de l'humanité. Une théorie qui risquerait de changer bien des choses dans l'univers ...

Si les idées de bases ne sont pas mauvaises, j'ai été déçu par le développement de Asimov. En clair, soyons franc : ce n'est pas mauvais. Mais en fait, ça me rappelle typiquement un développement de film moyen. Ce n'est pas bon, ce n'est pas mauvais. Il y a des clichés, certains grossiers d'ailleurs, d'autre simplement sympathique, mais dans la forme c'est du déjà vu à plusieurs niveaux.
Ce que je regrette tout particulièrement, c'est que le développement est très manichéen, simple, et peu profond. C'est exactement l'inverse de ce que j'avais trouvé dans Les dieux eux-mêmes, qui proposait des traitements bien différents, notamment dans la résolution des problèmes. Ici, c'est franchement bateau et très facile comme idées. D'autant que le déroulement aurait pu très bien exploiter d'autres pistes, mais en se limitant (notamment en utilisant très peu le héros), il se réduit encore. 
A côté de cela, nous avons une histoire qui tient la route, et qui a défaut d'être efficace est claire. Nous avons aussi le droit à quelques idées bienvenues mais en règle générales c'est beaucoup moins transcendant que dans ce qu'on lisait par ailleurs. Après il faut savoir que le roman date  de 1953, il n'est pas dans ce qu'Asimov fera ensuite, comme le cycle des robots ou Fondation. Ça sent encore un peu les premières œuvres et la maturité manque. Mais le récit se laisse lire jusqu'au bout sans problèmes, alors ne charrions pas trop le livre. En soi, il n'est pas mauvais même s'il n'est pas bon.


Pour un nouveau Asimov j'ai été déçu, sans doute parce que le ton est nettement moins mature que ce que l'on trouvera ensuite dans d'autres livres du même auteur. Il y a quelques bonnes idées qui ressortent de l'ensemble mais le tout fait un peu trop téléphoné, il y a beaucoup de facilités et j'ai moins aimé la fin, plus joyeuse, un beau happy end, mais loin de ce qu'on trouvait en demi-teinte dans Les dieux eux-mêmes. En résumé, ce n'est pas le meilleur livre de l'auteur, mais il est déjà pas mal et se laisse lire, ce qui est un excellent point. Mais pour le reste, je ne sais pas trop ce qu'il faut en tirer. Je ne suggère pas trop l'achat, sauf pour fan inconditionnel de l'auteur.

(Chronique n° 97)

samedi 14 septembre 2013

L'attrape-coeur (J.D. Salinger)


Encore un roman court et considéré comme culte que je me suis décidé à lire, suite à toute les critiques enthousiastes et à son statut de légende du roman. J'ai décidé de l'acheter de le lire, profitant d'un voyage sur Paris pour le terminer (ah, la joie des transports en communs dans lesquels on peut toujours lire ...). Et après trois soirs, je finis enfin ce petit roman, considéré comme l'un des plus vendu, étudié aux États-Unis, et dont les explications sont légions (je vous laisse chercher par vous même).
Qu'en ai-je tiré, petit français qui le lit pour la première fois sans savoir à quoi s'attendre ? Et bien ...


Résumé en trois mots : Jeunesse, Escapade et New-York

Pour faire bref, je n'ai pas du tout aimé ce livre. En fait, je me suis même fait sacrément ch... suer à le lire jusqu'au bout. Concrètement, je n'y ai pas vu le moindre intérêt. Le personnage principal m'a insupporté dès le début, l'exemple typique de celui que j'appellerais "le petit con", qui nous explique la vie selon son point de vue. Déjà je n'ai pas été du tout d'accord avec sa vision, mais je l'ai trouvé incroyablement stupide et dénuée d'intérêt. Le personnage m'a paru juste inintéressant.

Ajoutons à cela le style d'écriture qui ne m'a pas du tout plu, un mélange de mots grossiers toutes les pages et de style direct, j'ai eu du mal. Je ne suis pas réfractaire à cela, mais là, je dois avouer que le style m'a paru lourd et considérablement alourdi. Le tout me donnait vraiment l'impression d'avoir été écrit par le personnage (ce qui est un bon point), mais ne supportant pas celui-ci, je n'ai pas aimé du tout.

Ensuite, l'histoire m'a laissé de marbre. Nous suivons un jeune homme qui ne sait pas quoi faire de ses dix doigts, qui se cherche, qui ne se comprend pas mais croit tout savoir ... Un jeune qui veut essayer d'être adulte mais sans l'être, qui imite les adultes alors qu'il n'en est pas un ... Je n'ai pas eu la moindre compassion pour lui, ni le moindre intérêt. Au fur et à mesure que ça avançait, je me disais qu'il s'agissait là d'un jeune paumé qui m'a paru perclus de défaut.

En clair, je n'ai pas du tout aimé ce livre. Et pour être parfaitement honnête, je ne vois pas du tout les motifs de son statut de culte. Il m'a paru complètement inintéressant, peut-être plus destiné aux adolescents en pleine crises et qui veulent retrouver ce genre de héros, mais dans mon cas je n'ai pas du tout été sensible à la vie de ce pauvre gars, qui m'a tout l'air d'un ado aussi bête que n'importe quel autre. Un gros bide dans mon cas, et je vous le déconseille chaudement. Je ne vois qu'un avantage à sa lecture : il est court, et donc lecture rapide. Le reste ... Je cherche encore.

(Chronique n°66)

Huitième participation. La fin n'est plus très loin à présent

samedi 29 juin 2013

L'homme qui rétrécit (Richard Mathesson)

J'aime bien certains auteurs, qui utilisent des thèmes simple pour développer leurs histoires, et qui en tirent des choses grandioses, avec des réflexions sur un peu tout ce qu'on peut imaginer, mais qui en tirent surtout. Je veux dire par là que lorsqu'on referme le livre, on se pose plus de questions qu'au début de la lecture, on est avec le cerveau qui travaille (ce qui lui est très profitable), et c'est après d'autant plus enrichissant dans des discussions avec des personnes qui l'ont lu également. C'est le genre que j'aime beaucoup, et dans lequel il faut bien reconnaitre que les romans fantastique et de science-fiction sont les plus intelligent. N'en déplaise aux autres. Et c'est dans ce genre de catégorie que je classe le présent ouvrage.


Résumé en trois mots : taille, peur et réflexion


L'auteur, Richard Matheson, nous habitue à quelques petites choses communes dans ses livres, bien que je n'en ai connu que deux, mais c'est très net. Déjà autour de la sexualité du personnage qui est encore une fois présentée sous un angle curieux et que j'ai trouvé assez dérangeant. Mais bon, c'est peut-être dû au contexte de l'écriture. Sinon, le rapport avec sa femme est assez proche de l'idée développée dans Je suis une légende, même si le contexte est très clairement différent. Par contre j'ai retrouvé également l'approche scientifique de la chose, avec des développements qu'on n'attend pas forcément (notamment autour des avantages que l'on peut trouver à être de petite taille).

Le postulat du roman laisse l'idée pour beaucoup de choses, mais ici l'ensemble du récit (ou presque) se déroule dans un cadre intime et explore tout les territoires de l'âme du personnage. En attaquant le physique du personnage, Matheson explore son psychique, allant du handicap que peut représenter le fait d'être petit dans différentes occasions, comme le cas d'une bête de foire, mais également dans ses rapports avec sa fille, et surtout avec sa femme, qu'il ne peut plus aimer avec sa taille, qu'il ne peut pas aider. C'est assez remarquable comme tournure, et l'orientation exclusive sur le personnage nous fait rentrer d'autant plus dans sa peau, avec toutes les émotions qui nous traversent également du coup.

Mais le livre parle aussi de la survie désespérée d'un homme, qui sait qu'il disparaitra un jour de la surface de la Terre en diminuant de taille, et qui lutte encore pour survivre dans sa cave, enfermé, cherchant nourriture et eau tout les jours, dans un monde qui lui est désormais hostile sous toutes ses formes. Les métaphores peuvent être prises un peu comme on le souhaite dans ce livre qui est très différent selon l'interprétation (chacun la sienne en gros). Mais j'ai le sentiment que l'araignée, c'est la peur face à la mort, qui est toujours là, tapie quelque part, et qu'il nous faut tuer pour espérer sortir enfin à la lumière. Enfin, ce n'est que mon avis.

Il faut ajouter en sus à tout ça une lecture très fluide, avec un suspense qui s'installe et des passages de toute beauté également. Les émotions et la tension se mélangent, comme un bon film d'action, et l'ensemble est juste excellemment dosé. Ça se lit et se dévore en un rien de temps, et le livre laisse une excellente impression.


Ce livre confirme à mon sens le caractère excellent de Matheson et son statut de pilier des écrivains fantastique. Sans atteindre encore les plus haut sommets, nous avons le droit à un excellent livre, qui nous fait réfléchir, avec un personnage attachant, qui va nous faire entrainer dans une histoire prenante, mais nous embarque en plus dans une réflexion qui n'est pas du tout dénudée d'intérêt. Le tout se dévore à belle dents, et les niveaux de lectures s'emboitent parfaitement.
Sans dire qu'il soit meilleur ou moins bien que Je suis une légende, il est d'une excellente facture, c'est certain. A mon avis les deux livres sont complémentaires dans leurs genres, et posent pas mal de questions sur la nature même d'un homme, chacun apportant un point de vue et les deux se complétant très bien. Tout le monde peut se poser des questions sur ce sujet, et tout le monde peut trouver ici des éléments de réponse.

(Chronique n°56)

jeudi 4 avril 2013

Chronique martiennes (Ray Bradbury)

J'aime beaucoup les représentations que les gens ont fait de Mars, avec des idées toujours très différentes. Entre le Mars de Total Recall, celui que Edgar Rice Burroughs (qui apparemment inventa les martiens vert), et celui d'un Ray Bradbury, il y a un sacré monde. Et c'est justement que Mars représente de façon assez idéale un monde nouveau, inconnu, vierge, là où la main de l'homme n'a pas encore mis le pied. Et surtout, c'est une excellente façon de représenter l'homme face à du nouveau. Pas d'invasion comme H. G. Wells, pas de guerre des mondes. Juste des gens qui arrivent, débarquent sur un nouveau monde et prennent connaissance des habitants. C'est très semblable à la découverte de l'Amérique, ce qui peut expliquer que les Américains sont champions en la matière.
En tout cas, Ray Bradbury était déjà un champion en la matière, avec un roman de science-fiction en dystopie aux relents d'horreur (mais si, rappelez-vous : Fahrenheit 451) mais là il avait récidivé avec des nouvelles écrites sur une période très longue (de plus de dix ans) qui vont vous faire voir d'une façon différente les martiens et surtout l'approche des terriens. Mais décortiquons ça, voulez-vous ?


Résumé en trois mots : Martiens, Colonisation et Colons

Pour tout ce qui concerne Ray Bradbury, je dois dire que visiblement il a été invité par l'Institut Technologique de Californie, qui ne l'a visiblement pas pris en grippe selon ses dires, et sinon il n'aime pas (et ne comprend pas) qu'on qualifie de Science-fiction son œuvre. Et malgré tout, je dois reconnaitre que je suis assez d'accord avec ce qu'il dit. En même temps, Ray Bradbury est un romantique qui s'est égaré dans le milieu du XXème siècle. Il est plus du genre dépressif et mélancolique que exalté par les étoiles et les hautes technologies. D'ailleurs, ne vous attendez pas à lire des choses passionnantes sur des engins complexes et futuristes. Les engins les plus complexes seront les fusées qu'auront construit les humains pour atteindre la planète (et elles sont au niveau des fusées tel qu'imaginé en 1950) et la technologie martienne sera uniquement décrite dans des rapports d'art. Et un peu culturels aussi.


Le roman est constitué d'un ensemble de nouvelles, de plus ou moins longues tailles, certaines faisant deux pages, d'autres plus d'une vingtaine. En tout 28 nouvelles pour 319 pages, ce qui ne fait pas tellement par nouvelle au final. Et c'est justement le coup, tout est très rapide, très bref, mais très diversifié. L'auteur nous pond des nouvelles très différentes et étalées dans le temps, mais en même temps il a fait quelques nouvelles qui reprennent des personnages. Mais en même temps, ce n'est pas le propos, de suivre une trame complète. Tout est lié et très détaché en même temps. Je vais vous expliquer.

L'auteur nous promène en fait dans Mars, d'abord avec les expéditions successives qui atterrissent sur Mars et qui commencent à explorer la planète (à ce titre le résultat de la première expédition m'a fait hurler de rire par son côté absurde, celui de la deuxième également, mais en même temps ils font toujours réfléchir). Progressivement les martiens se sont fait éradiquer, ils ont presque entièrement disparus (enfin, c'est compliqué, certains sont encore là mais sous des formes différentes), et l'homme colonise.

Et bien que ce l'intégralité du récit se passe sur Mars, tout le récit est centré sur l'homme et les humains. En fait, la connerie humaine est déjà bien représentée (et dans toute sa splendeur). Elle transparait dans tout le roman, et Ray Bradbury ne se gène pas pour la dénoncer, n'y allant pas avec le dos de la petite cuillère. En plus, il ajoute de la réflexion sur l'âme humaine, sur la religion et la spiritualité, sur l'intelligence, la beauté de l'art, de la nature, la peur des hommes et son contact social. Car au fur et à mesure des colons qui arrivent la Terre voit sa situation empirer. Des guerres se déclenchent, et beaucoup de choses se trament. Les personnages sur Mars voient leur terre natale qui se dégradent, et tout les rapports avec leur terre natale deviennent nouveaux. Les gens arrivent et repartent, tout bouge, et la métaphore se fait plus forte avec les Amériques et le Nouveau Monde. On distingue aussi tout le côté de la guerre froide qui se prépare, de la peur des combats, de la joie de découvrir un nouveau monde et la crainte de Bradbury que l'homme ne le souille comme il l'a déjà fait. Il y a comme de la misanthropie qui se dégage de l’œuvre.

J'ai adoré également le fait que Bradbury joue avec son autre roman, auquel il fait allusion dans une nouvelle, sur les société qui brulent les livres. En fait, Mars est une terre qui est contaminé par la connerie humaine au fur et à mesure que les gens arrivent, que l'humain s'installe sur la planète rouge. Mais en même temps, il reste de l'espoir, tout le monde n'est pas con, certains réfléchissent, d'autres essayent de faire de leurs mieux. Ça n'est pas suffisant, mais c'est déjà ça. Et quel douce vengeance il se fait lorsqu'il exécute ceux qui brûlèrent Baudelaire dans Farhenheit 451 (la nouvelle appelée Usher II). J'ai adoré. Mais aussi quelle tristesse quand des personnes âgées voient revenir leur fils .... C'est beau mais triste.

En l'ensemble des nouvelles sont tristes mais belles, tristes par la connerie humaine qui s'en dégage et belles avec les idées, la façon d'écrire, les fins qui sont trop souvent cruels. L'ensemble du récit n'est pas joyeux, même si on peut rire jaune quelques fois. Les nouvelles ne présentent pas un tableau optimiste de l'espèce humaine, c'est certain, mais elles permettent de mettre en lumière plus d'une faiblesse de l'âme humaine.

En clair, c'est un excellent ouvrage, dans la tradition la plus pure des romantiques du XIXème, qui explore par le biais de la science-fiction les tréfonds de l'âme humaine et en fait ressortir les défauts les plus vils qu'il y trouve. En transposant le tout dans un autre monde, sur une autre planète, il devient d'autant plus cynique en montrant que l'homme est capable de tout corrompre. C'est cruel, mais en même temps il cherche et semble encore croire dans l'humain, comme si des parcelles et de fragments de bonté peuvent subsister. A cet égard la fin du recueil est assez éloquent, mais je vous laisse le plaisir de le découvrir. A ranger à côté de Fahrenheit 451 dans l'étagère des livres cultes et à lire.

(Chronique n°36)

mardi 12 mars 2013

Farenheit 451 (Ray Bradbury)

Je ne sais pas si vous aussi avez déjà éprouvé ce genre de situation, mais parfois, certains livres ne sont pas que des livres qui prennent au tripes. Parfois ils touchent des cordes sensibles en vous, celles dont vous ne soupçonniez pas l'existence mais qui résonnent fort et surtout très profondément. Vous vous surprenez à dévorer des page sans pouvoir vous arrêtez, vous vous goinfrez, vous gobez, vous englobez tout le livre sans atteindre satiété avant de l'avoir fini. Et là, vous restez hagard, frappé par ce que vous venez de lire. Il vous faut un petit temps d'adaptation, vous redescendez lentement sur terre, comme un drogué qui a fini son shoot et retrouve progressivement pied avec la réalité. Pourtant vous avez beau ne plus y toucher, il vous travaille, ça remue dans la caboche, vous sentez que vous n'êtes pas en paix. Des bribes de roman vous reviennent en mémoire, des passages semblent s'animer, vous en rêvez, c'est en vous très profondément et vous n'arrivez pas à l'extirper en dehors. Puis vient le temps de la compréhension. On saisit ce qui nous travaillait, pourquoi c'était tellement bon et tellement prenant. Vous réfléchissez, relisez un peu les passages, et finissez par avoir assimilé totalement le livre, même si vous restez incapable de tout retransmettre à quelqu'un ensuite. Mais vous l'avez en vous, et c'est amplement suffisant.

C'est de ce genre de livre dont je vais vous parler aujourd'hui.

Résumé en trois mots : Livre, feu et dictature

Ce livre, c'est presque impossible que vous n'en ayez pas entendu parler. Un classique de chez classique, mais alors vraiment plus classique que ça c'est impossible. Un chef-d’œuvre adulé de la littérature américaine, un auteur de génie, une histoire parfaite. C'est bien évidemment Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

A titre personnel, je ne supporte pas qu'on fasse du mal à un livre. Le simple fait de jeter un livre qui est en allemand datant de 1924 et à moitié foutu me brise le cœur. Même une Bible/Coran/Torah/Kama-sutra (alors que je suis fermement athée), je ne supporterais pas. Je n'arrive pas à imaginer un livre bruler. Alors quand on brule des dizaines de livres intéressant, même si ce n'est que écrit, je sens mon cœur saigner. C'est tellement inhumain de faire ça, je ne supporte pas. Voila pour moi, maintenant parlons du livre.


Ce livre est légendaire. Il a posé de nombreuses bases en anticipation, il est incroyablement lucide sur le monde, et enfin, nous petits habitants d'un monde en 2012, pouvons dire que ce livre est également très visionnaire. Même mieux, je dirais qu'il est prophétique. D'ailleurs, si vous lisez cet article, c'est que vous consacrez du temps à votre ordinateur. Savez-vous qu'en France, en 2012, la durée moyenne de visionnage de télévision d'un homme lambda est de 3.5 heures par jour ? Oui, par jour, vous lisez bien. En clair, plus d'un cinquième de la journée, et ce en comprenant les heures de sommeil. En dormant huit heures par jour, c'est plus d'un cinquième du reste de votre journée. Incredible, isn't ? Les chiffres sont sans appel, dirait-on. Fahrenheit 451 n'est plus tellement loin, n'est-ce pas ?


Mais de quoi parle donc ce fameux roman qu'on nous vante sans cesse ? Et bien, c'est très simple :

Nous avons un monde proche. Les gens ne lisent plus. Plus personne. Le livre à disparu. Les pompiers les brulent. Ils n'éteignent plus les incendies, ceux-ci ont disparus lorsque les maisons ont été entièrement ignifugées. Du coup, ils arrosent d'essence les tas de livres interdits qu'ils trouvent et enferment les personnes. Les machines sont partout : des chiens qui vous traquent, les Limiers, ne ratant jamais leurs cibles. Des gros camions de pompiers remplis d'essence : les salamandres. Et puis les écrans qui remplacent les murs, pour discuter avec la famille, ce concept révolutionnaire de télé. Et ces coquillages dans les oreilles, qui diffusent la radio, la musique, des voix en permanence, assourdissant la personne au monde extérieur. On ne veut plus voir, on ne veux plus entendre, on n'entend et on ne voit plus. Et pourtant tout le monde est heureux de ça. Curieux, ça me rappelle le métro ou le tram le matin. Je ne suis pas mauvaise langue, regardez une fois vraiment les gens autour de vous. Combien n'ont pas d'écouteurs ?

Ensuite, maintenant que nous avons le contexte, voyons le héros. Montag, un pompier. Je ne sais toujours pas si c'est la raison, mais le fait qu'il s'appelle Montag (lundi en allemand) me fait toujours penser à ce début de semaine, le premier jour d'un nouveau cycle. Le moment de repartir sur de nouvelles bases. Un beau présage.
Car le reste ne l'est pas. Montag brule des livres, très régulièrement. Il aime le feu, l'allumette qui embrase le tout, le papier qui se tord, qui se consume. C'est beau, une symphonie parfaitement orchestrée qui rythme sa vie. Car en rentrant, il découvre sa femme, Mildred, est accaparé par ses écrans et la famille qui est dessus. Des programmes chouettes pour vous divertir toute la journée. Quel beau programme !

Ensuite, pour que l'alchimie de l'histoire puisse avoir lieu, il faut un événement imprévu. Celui-ci va avoir lieu deux fois. Un catalyseur, une étincelle. Le catalyseur : la voisine, Clarisse, 17 ans, très sympathique, un peu folle ou bizarre selon les voisins, qui aime parler avec les gens, écouter, et simplement tout ce qui est proscrit dans ce monde moderne. Elle va parler avec Montag, progressivement nouer une relation presque d'amitié avec lui. Mais l'amitié à besoin de temps pour évoluer, et ce temps fera défaut.
Ajoutons l'étincelle. Une femme qui s'immole au milieu de ses livres arrosés d'essence. Une femme vieille, qui à elle-même jetée l'allumette sur le tas. Elle à brulé volontairement sa vie et ses livres. Montag ne comprend pas : qui a-t-il dans ces livres qui peuvent conduire à s'immoler pour eux ? Il cherche à comprendre.

Tout est en place, le drame commence, lever de rideau. La pièce à fini l'introduction. Passons au corps du texte. Que va-t-il se passer ? Vous le saurez en lisant ce très court récit. Il faut le lire, c'est une œuvre qui doit être lu au moins une fois dans sa vie. On en ressortira grandi en tout. Contrairement à Je suis une légende qui est une œuvre culte seulement, celle-ci est culte et immanquable. Un pilier fondateur, mais également indispensable à un minimum de culture livresque. Pourquoi donc ? Et bien, voyons cela ensemble, voulez-vous.


Pourquoi qualifier Fahrenheit 451 de lecture obligatoire ?

Parce que ce roman est un avertissement. Un avertissement au monde entier de la voie dans laquelle il ne faut surtout pas s'engager. Et dans laquelle on se dirige malheureusement les yeux fermés. Une société qui ne cherche plus à s'instruire !
En effet, beaucoup voient dans l'ouvrage une dénonciation des médias de masse, de la télé et des écrans. Personnellement je ne pense pas que tout s'arrête là. C'est sur, les écrans peuvent causer beaucoup de problèmes, notamment d'une dépendance accrue, mais ils sont avant tout des annihilateurs de volontés et d'action. Je pense qu'à ce niveau là, c'est presque impossible de démentir le propos. Franchement, les écrans ne vous calment pas beaucoup, vous rendant très vite amorphe et calme, énervé mais peu actif ?
Et pourtant, ils servent, on ne peut le nier non plus. Les mails, l'internet, toutes les fonctionnalités d'un ordi. Qui ne s'en est jamais servi me jette la première pierre ! Et là, c'est ce que Ray Bradburry dénonce : les écrans servent de la mauvaise façon. Ils ne sont que des choses qui maintiennent l'ordre, distraient les personnes. Panem et circenses, disaient les anciens romains qui avaient tout compris : distrayons-les, et tout ira bien. Là, le roman dénonce totalement cette passivité, cette oisiveté qui est entrainée par les médias de masses, cette télé qui fonctionne tout le temps. Une façon d'endormir la conscience des gens.
Mais en plus, il y a quelque chose de bien pire qui est fait : on endort les gens, mais on brule le moyen de les réveiller ! Les personnes sont amorphes, et on brule les livres. Là, c'est le summum de la critique. Le feu qui ravage les livres atteint la pire chose : la fin des possibilités pour tout à chacun de s'instruire, d'accéder à la connaissance et de vous épanouir intellectuellement. Car oui, les livres éveillent ! Tout comme la conversation éveille, comme la poésie éveille ! Et tout cela brule ou disparait. Je dois dire que ça fait vraiment froid dans le dos.

Cette société, c'est également de personne apathique est tellement horrible, et surtout à présent tellement proche, qu'on en vient presque à se demander si il n'est pas vraiment prophétique. Plus d'une situation du livre horripilent mais également font échos à des choses totalement actuelles.  Et pourtant, aucune considération n'est faite autour de la politique ou encore de grands manipulateurs qui régissent le monde. C'est simplement l'ensemble de la société, par le bas comme par le haut, qui coopère. On ne peut pas blâmer quelqu'un en particulier, mais tous. Dans ce sens, les dernières pages sont sublimes en termes d'accusation. Et c'est à mon avis une des meilleurs raisons de lire ce livre : tout le monde doit s'impliquer dedans, tout le monde doit faire ce petit effort supplémentaire. C'est le collectif qui gagne, et il commence par l'individuel.


En conclusion, malgré son âge canonique de 54 ans, ce livre à gardé toute sa force et en à même gagné je pense. Il est toujours aussi horrible de se demander si nous ne glissons pas lentement dans un monde qui est peut-être pire à sa manière que 1984, car ici les coupables sont au même niveau que nous. Les médias de masses qui embobinent les gens et les endorment, l'appauvrissement de la culture, les questions intérieurs de Montag, tout cela n'est que plus actuel, et aujourd'hui il doit être considéré avec d'autant plus de soin. C'est le genre de livre qu'il faut lire, mais qu'il faut faire lire également. En parler, en discuter, l'analyser, soupeser les propos dedans. Il ne s'agit pas d'une lecture distrayante, c'est une lecture pour laquelle il faut prendre son temps, et qui donne matière à beaucoup réfléchir. Et c'est également une lecture incroyable, n'étant pas pessimiste, n'étant pas optimiste. Le final est à couper le souffle d'ingéniosité. Une merveille, un livre culte. Et immanquable.

(Chronique n°23)

mardi 5 février 2013

Je suis une légende (Richard Matheson)


Et oui, un classique, mais alors un grand classique de la littérature d'anticipation : Je suis une légende. Avant de commencer, faisons juste deux trois petites explications, voulez-vous ?

Qu'est-ce que de l'anticipation ? Et bien tout simplement de la science-fiction. Mais pas n'importe laquelle. En fait c'est plus lié à la science-fiction que vraiment de la science-fiction à proprement parler. L'idée n'est pas de proposer un futur lointain, scientifique, dans l'espace ou avec des avancées technologiques formidables.  Il s'agit plutôt d'un futur très proche, dans moins d'une vingtaine ou une cinquantaine d'années, puis de développer un thème lié à ce futur : catastrophes, nouvelles technologies, problèmes de société etc ... En fait, bien souvent l'auteur dénonce une caractéristique de la société en la développant énormément et en prenant pour exemple ce qu'il en advient. C'est par exemple le cas pour 1984 (George Orwell, mais vous le saviez), Running Man (Stephen King, ça va de soi) ou Fahrenheit 451 (Ray Bradbury, que vous connaissez bien évidement). Mais d'autres, comme Je suis une légende, vont plutôt proposer des idées nouvelles, des approches philosophiques, en utilisant pour cela un autre cadre possible de condition humaine, qui ne s'est pas encore développée dans le monde. C'est une forme très intéressante et reposant sur une vision du futur proche qui nous concerne beaucoup plus directement, et peut sembler donc bien plus réel que de la science-fiction se déroulant dans 2.000 ans. D'ailleurs Jules Verne est souvent classé dans l'anticipation (De la terre à la Lune, 20.000 lieux sous les mers et autres romans proposant un futur très proche).

Ensuite, je dois parler, et j'en suis obligé, du film qui en a été tiré. Alors attention, car il y a eu trois films différents avec le même livre, donc là je parle de l'adaptation la plus récente, datant de 2008 avec Will Smith. Pour faire très court et très simple, si vous avez vu le film, oubliez le. Tout de suite. C'est un navet total, une merde sans nom. Je m'exprime vite, afin que vous compreniez mon avis :
Énormément de films sont adaptés de livres (et bien souvent la plupart des chefs-d’œuvre le sont), et je suis assez d'accord avec cette politique. Surtout quand elle est bien mené. Par exemple, le film Les Evadés tiré de la nouvelle de Stephen King La rédemption de Shawshank (allez savoir pourquoi ils ont changé le nom en français) est presque meilleur que l’œuvre originale, et bien développée. Trainspotting est une merveille d'adaptation par rapport à l’œuvre originale.
Ensuite, tout ne peut pas être adapté parfaitement, mais on peut en réaliser des excellentes adaptations : Le seigneur des anneaux est une adaptation fidèle à l'esprit, ayant opéré des coupures, mais toujours dans l'esprit du livre, ce qui est tout à fait correct. Il en va de même avec l'adaptation de Watchmen qui est très juste, ayant coupé ce qu'il faut mais l'essence d'origine de l’œuvre est là.
Enfin il reste les bonnes adaptations qui proposent une vision personnelle de l’œuvre. Là je citerais le grand Kubrick, qui détournait totalement les propos du livre pour faire sa propre interprétation de la chose. C'est louable lorsque c'est bien fait et que le sentiment de base est bel et bien celui de faire une interprétation personnelle. Ainsi Shinning devient un film de fantômes et d'épouvante alors que le livre proposait une vision d'un père alcoolique. Cependant, le trahison de l’œuvre originale est assumée, et surtout très bien faite. l'auteur apporte véritablement quelque chose à l’œuvre et montre qu'on peut tirer d'autres choses de la même histoire. C'est remarquable à mon sens et d'autant plus louable.

Mais, malheureusement, il arrive parfois que les auteurs prennent une œuvre ayant marché, l'adaptent et font une réalisation catastrophique qui ruine votre vision de la chose. Là les noms sont légion, et je citerais simplement Les Schtroumpfs pour vous donner une idée de ce que je range dans ce genre de choses.
Et c'est dans cette catégorie que vient se ranger le film Je suis une légende. Car l’œuvre est violée profondément dans sa nature même. C'est dur. Énormément de changement sont apportés, mais sans changer la trame, proposant une fin juste ignoble, et un traitement à deux sous qui défrise les cheveux.
J'emploie peut-être des termes forts, mais après avoir vu le film, je me suis dit : "Oulah, pas bon celui-là". Après avoir lu le livre, j'ai compris la douleur des fans. Le fossé entre les deux est immense. Mais comment pouvez-vous le savoir ? Et bien, faisons donc la critique pour que vous le voyez par vous même.


Résumé en trois mots : Seul, Apocalypse et Survie

Pour la première fois depuis le début de ces chroniques, je vais aborder un livre en évoquant très peu l'auteur. Non pas que celui-ci ne le mérite pas, mais parce que je n'ai pas grand intérêt à le faire, il ne se mêle pas tellement à son œuvre comme pourrait le faire un Stephen King. Ce qu'on peut en noter, c'est qu'il écrivit le livre en 1954, lorsqu'il était âgé de vint-huit ans seulement, ce qui est prodigieusement remarquable d'ailleurs.


Passons donc directement au roman. Déjà, le résumé ! Nous suivons les pérégrinations d'un dénommé Robert Neville, un homme dont l'âge n'est pas connu mais qui doit être dans la trentaine ou aux alentours. Il vit à New-York, dans sa maison, seul. C'est un homme qui a de la ressource, capable de bien réfléchir, et qui s'organise. Il en a d'ailleurs besoin, maintenant qu'il est seul sur terre. Enfin presque. Car le soir venu, les vampires qui ont envahi le monde sont autour de sa maison, l'appellent, et lui demandent de sortir pour les rejoindre. Et il est certain que ce n'est pas juste pour boire un verre entre amis. C'est pourquoi il reste enfermé chez lui en essayant de survivre dans sa petite maison tranquille, en oubliant le monde, ses fantômes et ses spectres.

Le résumé là est très succin, car en fait l'auteur va apporter des surprises et des petites perles d'inventivités à chaque chapitre, et je ne vous dévoilerais absolument pas le reste, au risque de vous rendre l’œuvre très fade. Mais pour autant, je dirais que les réflexions priment sur le reste. En fait, nous avons déjà un personnage principal très curieux : il est simple, avec un peu de bon sens et de réflexion, mais ce n'est pas un érudit. Il est à moitié alcoolique (en même temps, dans cette situation ....), fait des choses qui semblent complètement idiote, a ses états d'âme, de mélancolie, et semble plus proche d'un anti-héros. Cela dit, il est dans une situation qui n'est pas reluisante et on lui pardonne facilement beaucoup de choses. Mais c'est un héros très singulier, et pourtant très attachant.

Ensuite, l'histoire va se concentrer autour de plusieurs thèmes, et le principal va être notamment de démystifier le vampire en proposant une explication scientifique et rationnelle aux différents mythes autour de lui. C'est ainsi que l'auteur déclinera plusieurs de ces mythes de façon très convaincante et sans lancer des vérités à la gueule en voulant faire croire qu'il dispose de la science-absolue. Tout est amené de façon très fine, et surtout très crédible. Pour un peu j'admettrai que le vampire peut exister, ou au moins qu'il a existé.


L'autre thème très fort, qui n'est pas le "surival horror", est autour de l'évolution et du darwinisme. Là je ne dirais rien, étant donné qu'il est surtout concentré dans la fin du roman, mais le dénouement est vraiment singulier et le titre de l’œuvre prend tout son sens dans la toute dernière partie. A propos de partie, le roman est coupé en quatre parties, chacune se déroulant à un autre mois. Nous avons donc Janvier 1976, Mars 1976, Juin 1978 et Janvier 1979. Ce découpage n'est absolument pas proportionnel, et la partie deux fait presque la moitié du livre. Cependant, l'évolution entre les quatre parties est très bien faite, et chacune d'elle présente un personnage qui à évolué depuis le chapitre précédent. La mise en scène est vraiment excellente.

Après, je me permettrais tout de même de faire quelques critiques. Tout d'abord, il faut reconnaitre que le livre est sorti en 1954, et morale de cette période oblige, nous avons très peu de rapport au sexe et de façon très dérangeante. J'avoue avoir tiqué dessus, c'est déroutant la façon dont il présente ça. Mais je pense que l'ouvrage est clairement ancré sur sa période d'écriture et sa morale.
Ensuite, j'ajouterais également que le personnage principal est un peu trop facilement intelligent. Je veux dire par là qu'il ne comprend rien à la façon dont fonctionne un corps, mais voila qu'il lit beaucoup et peut alors en tirer des conclusions sur la nature de virus et de transformation chimique du corps. C'est bien amenée, certes, mais j'ai trouvé cependant le procédé un peu facile.
Enfin, je dirais également que l'auteur aurait peut-être pu approfondir certaines choses en rapport avec la fin. Notamment autour des rapports entre les vampires et d'autres petits détails. Mais dans l'ensemble, cela reste plus des détails qui ne font pas vraiment le poids face aux qualités de l’œuvre. Et j'ajouterais que le roman est en plus très bien écrit, avec une lecture fluide et sacrément réaliste. J'ai beaucoup aimé quoi.

En conclusion, ce chef-d’œuvre de la littérature d'anticipation est encore et toujours aussi bien écrit. Le récit est prenant, contient encore et toujours autant de bonnes réflexions. Les pistes explorés sont juste incroyablement lucides par rapport à l'homme et son inscription dans le cycle de la nature. Le héros est attachant tout en étant un héros très détaché. Et en sus nous avons le droit à des très beaux passages, émouvants ou révoltants, mais qui marquent. La réflexion à la clé est très sympathique, et je suis sous le charme. En clair, le récit reste encore largement dans son statut d'immanquable d'une bonne bibliothèque, et à mon sens un des précurseurs et génie dans le domaine de l'anticipation. A lire donc.

(Chronique n°7)