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mercredi 3 juin 2015

Le fusil de chasse (Inoué Yasushi)

L’histoire de certains lectures est singulière, et je dois avouer que celle-ci ne l’est pas moins. J’avais déjà entendu parler de Inoué Yasushi, grand auteur japonais, qui m’avait été cité plusieurs fois et dont le nom faisait écho dans ma mémoire, bien que je n’eus jamais entendu parler d’un seul de ses ouvrages. Cependant, l’admirable Bison (dont le site continue de valoir le détour) a parlé tantôt d’un ouvrage intitulé Le fusil de chasse, et la critique enthousiaste qu’il en fit m’encouragea à le lire. Tombant dessus par hasard dans les bacs d’occasions qui parsèment la place Kléber trois jours par semaine, je n’ai pu m’empêcher de m’en saisir et de le rajouter au sommet de ma PAL déjà trop garnie. Mais, heureusement pour moi, sa lecture fut faite dans l’après-midi même, et je me suis retrouvé bien vite sur le canapé, sortant d’un choc qui m’a happé bien vite, et dont je sors à peine.


Résumé en trois mots : Amour, Lettre et Mélancolie


Je ne sais si les japonais ont l’âme mélancolique et la prose facilement poétique, ou si c’est là un effet des traducteurs. Il semblerait, d’après le peu de lectures que j’ai fait des auteurs de ce pays pour le moins différent, qu’une certaine forme d’art poétique est privilégiée dans le roman, ce qui n’est pas forcément pour me déplaire, je le confesse.


Ce roman est singulier sur sa forme, qui consiste principalement en trois lettres adressés à la même personne, par trois femmes différentes, toutes les trois ayant traversées sa vie, chacune à sa manière. Des trois lettres vont se dégager un schéma d’ensemble de la vie de cet homme, qui ne se présentera jamais autrement que par le croisement de ces trois regards. Regards qu’il expose à un poète l’ayant croisé, un jour, avec son fusil de chasse.

La forme est assez étonnante, et je dois avouer que j’ai été séduit par la façon dont un homme inconnu est progressivement esquissé au milieu des relations qu’il a connu avec trois femmes. Mais au-delà même de cette idée, je crois que c’est les retournements progressifs qui parsèment l’histoire qui sont appréciables. Chacune des lettres apporte une continuité à l’histoire tout en complétant les propos de la précédente, voir en apportant une facette qu’on n’aurait pu voir précédemment. Une histoire tragique de treize années d’amour.

C’est curieux comme ce portait d’homme est présenté. Tour à tour mari salaud, menteur et absent, il est également un homme malheureux, trompé et trahi. Tout est progressivement amené pour que ce personnage passe d’antipathique à homme de malchance, qui aura eu une vie remplie mais pas épanouie. A-t-il connu le bonheur ? La réponse n’est pas présente, et seul le lecteur peut supputer ce qu’il souhaite. Car, et c’est là la force de ce roman, cet homme ne parlera jamais de lui-même. Il ne confirmera ou ne démentira rien, et ce n’est qu’une vision féminine qui sera offerte. Avec tout ce qu’elle peut comporter de lacune et de vérité.

Ce roman très court, qui m’a semblé très japonisant dans son style et sa manière d’aborder les choses, est superbe. L’histoire est simple et pourtant beaucoup de choses sont là, au delà des simples mots racontés. Je viens de le finir, et je sais pourtant qu’il fera parti de ma pile de livre que je souhaiterai relire, un jour, tranquillement, pour savourer à la fois la beauté du texte et toutes les subtilités derrière. Le genre de roman qui se savoure une nouvelle fois. Recommandé, avec mention spéciale. C’est dommage que je n’en ai pas plus de l’auteur.

(Chronique n°279)

samedi 25 avril 2015

Neige (Orhan Pamuk)

Un livre sur lequel je suis tombé sans rien savoir ni de son auteur ni de son sujet, et duquel je n'avais aucune information de critique. Mais je me suis décidé à le lire, mais j'ai arrêté au milieu pour le reprendre et finir quelques mois plus tard. Et en fin de compte, je l'ai fini à un petit rythme bien différent de d'habitude. Maintenant, je suis certain d'avoir lu au moins un auteur turque et au moins un auteur prix Nobel !


Résumé en trois mots : Religion, Poésie et Politique

Ce livre aura été un long parcours de lecture, et pourtant, je dois bien avouer que je ne l'ai pas détesté. Principalement parce que la lecture fut longue, mais pas laborieuse. Et que même si je n'ai pas considéré ma lecture comme un chef-d'oeuvre, je pense que c'est un bon livre.

L'histoire n'est pas extraordinaire en soi, un poète retournant dans sa ville natale pour y faire un reportage sur les suicides de filles voilées. Le livre va nous dévoiler tout ce séjour dans sa province natale, entre ses amours retrouvés, sa poésie, les conflits politiques, religieux, sociaux et moraux. Et bien évidemment, la neige qui tombe sur la ville.

En réalité, ce livre est très bon, à la fois intéressant sur le sujet, le développement et les thématiques, instructif et passionnant sur les conflits de la société turque, mais également beau et poétique. C'est une belle histoire, qui a ses bons et ses mauvais côtés, et qui s'écoule doucement, comme le flocon de neige. Mais en soi, je ne l'ai pas trouvé extraordinaire, et je suis surpris, au regard de ses qualités, de ne pas l'apprécier plus. En réalité, je crois que je me lassais un peu de l'histoire, que j'aurais voulu quelque chose d'autre. La longue coupure dans ma lecture n'est pas non plus anodine, c'est plutôt rare que je commence un livre jusqu'à mi parcours avant de l'arrêter pendant plusieurs mois.

Un livre qui a toute les qualités voulu pour être apprécié comme un chef-d'oeuvre, mais je n'ai pas aimé. C'est totalement moi, et je vous recommande la lecture de ce livre, mais je n'y ai pas trouvé mon compte. J'aimerai bien prendre cependant le temps de le relire, un de ces jours, avec peut-être un autre regard qui me permettra alors de l'apprécier à sa juste valeur. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas apprécié autant que je le voudrais. Dommage. 

(Chronique n°264)

lundi 9 mars 2015

Neige (Maxence Fermine)

C'est un très petit livre, que j'ai surtout lu parce qu'il était ajouté dans les listes des livres acheté sur Amazon. En gros, quand on voit un livre sur Amazon (ouh, pas bien ce site, allez en librairie !) (nan, je déconne, c'est idéal pour pouvoir trouver des BD en occasions vraiment pas chères), le site propose des livres également acheté par les usagers qui ont regardé ce livre. Et en cherchant Neige (de Orhan Pamuk) je suis tombé sur celui-ci, qui semblait plus connu et plus lu. Je me suis laissé tenter vu le prix, et au final le livre est vraiment minuscule, moins d'une centaine de pages et des chapitres vraiment très court. Vraiment très très court. Bon, l'énorme avantage, c'est que c'est très vite lu, et ça, c'est agréable quand la PAL menace de nous engloutir sous elle chaque soir (je place la pile à côté du lit pour me motiver). 100 gr d'envolé donc !


Résumé en trois mots : Neige, Amour et Contemplation

Un livre très court, donc, qui m'a rappelé d'ailleurs Soie par certains côté, même si je dois avouer que ce livre est un cran en dessous, et nettement d'ailleurs. Ce qui ne m'a pas empêché de l'apprécier d'ailleurs.

C'est un livre très court, très rapidement lu, mais qui se paye en plus le luxe de prendre son temps. C'est assez lent, contemplatif, introspectif. Une lecture qui prend le temps de voir la neige tomber, de penser à la vie et à l'amour, à la mort et à la beauté. C'est une histoire très linéaire, très simple et un peu facile, mais qui se lit sereinement et avec grand plaisir.
En fait, je crois que la grande force de ce roman vient de son style d'écriture, volontairement très proche de la poésie et du fameux haïku qui traverse les pages, tout comme le héros, cherchant sa forme définitive et contemplant la neige.

Ce n'est de loin pas un mauvais roman, soyons clair, mais je crois que ce roman est un peu trop juste. L'histoire est très bien, mais trop courte, un peu trop facile, un peu trop prétexte a des digressions poétiques. C'est dommage d'avoir autant de poésie et pas plus de fond, ce qui l'aurait rendu largement plus intéressante. Et l'idée n'est pas mauvaise en soi, mais là encore j'ai trouvé que c'était dommage de laisser une telle idée aussi peu creusé. Le style me semble très beau, mais creux. Et ça, c'est dommage.

Ne nous trompons pas, je suis loin de vous déconseiller ce livre, mais je lui ai trouvé quelques défauts qui n'ont rien gâché à ma lecture mais qui ont terni la pensée que je me suis faite ensuite autour de celui-ci. Et ça, c'est dommage. Car le livre est beau, poétique, mais au final je me suis rendu compte que j'y avais trouvé peu d'intérêt, et c'est dommage. Je vous conseille tout de même de lire un coup, en passant, c'est très rapide et très beau, alors je ne peux pas vous priver de ce plaisir.

(Chronique n°242)

lundi 29 septembre 2014

Or not to be (Fabrice Colin)

Essayons de redémarrer les chroniques en partant d'un livre qui m'a plu. J'avoue avoir eu du mal à refaire des vrais textes de critiques récemment, et je sentais qu'il fallait quelque chose qui déclenche tout ça. Je pense pouvoir dire que ce livre à contribué à rallumer ma flamme de critique, qui s'était un peu étouffé depuis un petit moment (33 critiques en attentes). En même temps, il y a de quoi, et plus que largement.


Résumé en trois mots : Shakespeare, Onirisme et Art

Avouons-le tout net et sans détour : je ne m'attendais largement pas à ça. En tant que tel, je ne connaissais Fabrice Colin que de nom et un peu de réputation, plus deux livres écrits à deux mains, ce qui est donc assez peu comme départ d'un auteur. Sans compter que l'auteur ne fait pas tellement parler de lui, j'entends au final assez peu de critiques ou même de personnes en parler. Mais en creusant un peu, on se rend compte que l'auteur n'en est largement pas à son coup d'essai, qu'il a déjà bien confirmé son talent et qu'il est une valeur montante et sure de la littérature française actuelle. J'ai eu l'occasion d'aller le voir en dédicace, et même si ce fut bref, je fus enchanté de pouvoir toucher du doigt sa production qui semblait assez intense. Et qui donne envie de se plonger encore dedans.

Ce roman est étrange, intriguant, attirant, envoutant. Il est décousu et totalement linéaire. C'est un roman expérimental reposant sur des bases anciennes. Je ne saurais vraiment où le ranger, mais c'est dans mon top du panier qu'il va assurément. Dans le genre, je n'avais pas ressenti de tel "choc" à la sortie de ma lecture depuis celle de Martin Eden, de Neverwhere ou de Wonderful. Ici, tout est superbe mais en même temps rien n'est clair. Et pourtant si. Essayons de l'expliquer.

Déjà, le propos est centré sur Shakespeare sans que celui-ci n'apparaisse une seule fois. Bien évidemment, son œuvre et sa biographie lacunaire suffiraient à représenter le personnage, mais Fabrice Colin se paye le luxe de nous en donner plus, en inventant le reste, en reprenant la légende faite autour du personnage mais aussi en nous faisant explorer d'autres domaines.
Ce livre traite de folie, d'amour, de femmes et de mère, de l'art et de la vie, de la nature et de mythologie grecque sans que tout cela ne soit un seul instant incohérent. C'est un mélange de diverses choses qui forme un ensemble d'une grande richesse et que je n'ai pas fini de comprendre, j'en suis certain. Rien n'est totalement limpide, mais tout semble clair. Brillant.

La forme est aussi déroutante que le fond, puisque nous nous retrouvons avec des passages de la vie d'un personnage, avec des références internes au livre, puisque le personnage brule à un moment son journal, que nous lisons ensuite dans l'intégralité. Le tout se finissant sur une pièce de théâtre en cinq actes. C'est une façon tellement originale de faire qu'on ne peut résister, tout en comprenant à quel point l'ensemble est parfaitement cohérent à la structure interne du récit et au récit lui-même.

Le tout avec un style ... Excellent serait le mot exact. Parfaitement approprié, avec des passages proche du théâtre, de la poésie, du film, des morceaux d'onirisme et de folie parfaitement orchestré, des superbes passages entre réalité et monde de fée. Et des références qui rehaussent l'ensemble. Comment résister à cela ?

Pourtant, et je dois bien le dire, je ne sais pas si je conseillerai ce livre à tout le monde. En fait, ce livre est très expérimental et risque de rebuter plus d'une personne qui s'accrocherait au récit pour en comprendre le sens. C'est un livre qui nécessite un lâcher-prise mental, qui nous demande de nous asseoir sans se poser de question et de vagabonder dans cet univers étrange et poétique sans nous arrêter. Si vous arrivez à faire ce détachement, le livre commencera doucement à vous envouter pour vous promener dans une Angleterre qu'on rêverait de visiter, un sonnet de Shakespeare en tête, dans une forêt brumeuse, à la recherche de Puck ou d'Obéron. C'est un charme extraordinaire, qui nous tient d'un bout à l'autre pour nous relacher haletant avec en tête, comme unique pensée : "Oh merde. Encore".

Car oui, il faudrait se replonger au cœur de ce livre pour en extraire encore les détails qui ne semblent pas clair, les passages légèrement flous, tout ce qui est encore à découvrir. C'est un livre qui se déguste bien après sa lecture, qui reste en bouche et en tête, qui nous transporte pour nous lâcher après la dernière page, et la chute est belle et longue. C'est le genre de livre qui nous a accroché le cœur et qui nous laisse des petites cicatrices dessus, qui marque vraiment. Car oui, ce livre marque. C'est de la sensibilité, de l'émotion, et, pauvres de nous, simples mortels, nous restons sensibles à cela. Puisse cette sensibilité rester éternelle.

Si je vous conseille ce livre ? La question ne se pose même pas. Oui. Et je vous envie, futur lecteur de cette œuvre, de pouvoir gouter au délice nouveau de ce livre. Bonne lecture à vous, et rendez-vous ensuite, dans un théâtre ou à la bibliothèque. Avec Shakespeare. Et avec Fabrice Colin.

(Chronique n°204)

mardi 3 juin 2014

Just Kids (Parri Smith)

Perdu dans une librairie à la recherche d'un cadeau d'anniversaire, je suis tombé sur un livre complètement par hasard. Imaginez, vous vous promenez dans la section "Poésie" à la recherche d’Apollinaire et de Prévert lorsque vous voyez le nom d'une artiste que vous avez découvert récemment et dont les musiques vous ont charmés. Evidemment, je tends la main pour vérifier l'ouvrage. Un recueil de poèmes ? Une traduction de ses chansons ? Des inédits ? Nenni, une autobiographie. Là, vous restez un instant pantois en vous demandant quel imbécile est allé ranger ce livre dans la section poésie. Mais, enhardi par votre insatiable curiosité, vous vous décidez à le lire, avec cette couverture curieuse et en même temps attirante. Rentré chez vous, vous le laissez dans un coin pendant deux jours, le temps de finir d'autres ouvrages commencées, puis vous l'attaquez hardiment. Et là .... Le choc. Lequel ? Je vais vous le dire.


Résumé en trois mots : Amour, Poésie et Art

C'est à la fois un récit auto-biographique, une chronique sociale sur le New-York des années 60/70, un magnifique texte sur l'art et l'artiste, tout en étant un manifeste de la vision de Patti Smith sur tout ça. Et le tout, s'il-vous-plait, avec une des plus magnifiques plumes que je n'ai jamais lu.
Pour faire simple, mon plus gros coup de cœur du moment, et depuis La route, une des plus belles baffes littéraires de ces derniers mois.

Je connaissais surtout Patti Smith par l'intermédiaire du Bison, qui avait posté une superbe critique de sa chanson Gloria, que je vous recommande. C'est pourquoi, intrigué par ce livre, je me suis jeté voracement dessus. Rien que pour les citations que j'en ai tiré, je vous recommande chaudement la lecture.

Le livre s'ouvre sur une introduction d'une pure beauté, qui est comparable à celle de La nuit, et rien que ça devrait inciter toute personne l'ayant lu à s'aventurer plus loin. Ensuite, le livre s'ouvre vraiment et nous suivons Patti Smith dans sa vie, entre enfance traitée rapidement et son arrivée à New-York, jusqu'à ce qu'elle choisisse définitivement la musique et la poésie. Le tout, avec Robert en fond.
Robert, c'est l'amour et l'amitié, le frère et l'amant, le double et le miroir. Les deux avanceront presque côte  à côte au fur et à mesure du livre, dans une relation à la fois belle et puissante. Rien à voir avec un roman mièvre, c'est une belle relation, tout simplement.

L'histoire est à la fois géniale, remplie de détails sur cette société artistique, les personnages connus ou moins connus se croisant dans les rues autour de ces salles, ces hôtels, ces bars et ces restaurants. Les noms, les têtes se mélangent dans un tourbillon de créations. Et au milieu, Patti Smith se découvre, se renouvelle, va changer sa vie et s'inscrire dans la musique, définitivement.

Je ne peux pas parler du livre sans évoquer son ton. A la fois léger et grave, il est surtout, incroyablement poétique. Une superbe poésie, et je ne sais pas si c'est la traduction, mais certaines phrases sont réellement sublimes. Des citations me reviennent en tête alors que j'écris, mais le livre est truffé de pépites, des morceaux de littératures extraordinaires. Et c'est d'une beauté .... troublante et passionnante.

Bon sang, j'aimerai lire plus souvent des livres aussi bon. Poésie et société, musique, art, passion, amour, tout est là pour une réussite plus que parfaite. Un livre qui m'a transporté et qui m'a passionné d'un bout à l'autre. Une autobiographie comme je n'avais encore jamais lu. Mais que puis-je dire sur ce livre qui n'est pas encore une éloge ? Lisez-le ! C'est tellement beau.

(Chronique n°189)

mardi 29 avril 2014

La sève et le givre (Léa Silhol)

Une lecture que j'ai faite car elle était vanté comme immanquable en fantasy, même s'il est particulièrement frustrant de savoir que la suite, en deux tomes, n'est plus édité et est considéré comme introuvable. Les joies des éditeurs brouillés avec les auteurs, mais passons. Je me suis penché sur ce livre que je ne connaissais absolument pas et dont l'histoire ne me disait rien du tout non plus. En une bonne journée, la lecture fut finie. Et pourtant, je dois bien avouer, ce ne fut pas une lecture facile.


Résumé en trois mots : Prophétie, Amour et Autre monde

C'est la première fois depuis un long moment que j'ai eu autant de mal à lire un livre. En fait, je ne me rappelle plus la dernière fois que ça m'était arrivé (sans doute un livre que je n'ai pas fini). Et bon dieu, que c'est pénible, un livre au style aussi lourd ... Comprenons-nous bien, je ne rejette pas le style, ni le qualifie de mauvais. C'est juste qu'il est lourd. Horriblement lourd. C'est de la chanson de geste du Moyen-Âge transcrite en compréhensible. Mais avec le style, la poésie et les tournures de phrases. Et malheureusement, ça ne m'intéresse pas outre mesure.
Ce qui est bien, c'est que l'ensemble du récit fait typiquement récit médiévale, que ce soit au niveau de l'ambiance, du style, des personnages ou même de la tournure du récit. Mais clairement, ce n'est que pour cette beauté que l'on peut le lire. Autrement, je trouve que le roman pâtit de son style, qui le plombe inutilement et fatigue au bout d'un moment. Ce qui est dommage, car c'est réellement très bien écrit, avec une superbe poésie et une beauté des termes. Mais au bout d'un moment l'ensemble est trop pesant, et me lecture s'en est ressenti. Outre le fait que j'allais très lentement, je n'arrivais plus à m'immerger dans l'histoire.

Le reste est, comme dit, d'excellente facture. L'atmosphère est celle de la fantasy de style médiévale, avec ses codes et ses personnages, la façon dont l'histoire se déroule, comme suivant une trame inéluctable, tout en mêlant paysage réel et irréel, l'autre monde d'un peuple différent (pas vraiment le petit peuple, mais presque pareil), mêlant magie et normalité. Tout y est, et l'ensemble est parfaitement cohérent.

En définitive, je n'ai pas tellement apprécié que ça ma lecture, car si le cadre et l'histoire sont sympathiques, quoique ne sortant pas tant que ça des sentiers battus, je n'ai pas du tout aimé le style qui est vraiment trop lourd pour moi. Une histoire se doit, selon moi -et je partage cet avis, mais vous avez le droit de ne pas être d'accord- d'être clairement lisible. Hors, ici ce n'est pas le cas, et je le déplore vraiment. C'est une bonne idée d'avoir cette façon d'écrire très spéciale, mais je n'ai pas adhéré pour ma part, et ma lecture s'en est clairement ressenti. Dommage.

(Chronique n°174)

mercredi 26 mars 2014

Enigma (Antoni Casas Ros)

Comme le monde de la lecture est étrange. Un détail, un rien, un souffle, et nous voila en train de lire un livre dont on n'a jamais entendu parler, d'un auteur inconnu et d'une couverture plus fade qu'on ne pourrait jamais faire. Bref, rien qui n'inviterai à la lecture. Si ce n'est les avis, les hasards, un résumé et une impression. Impression qui ne m'a encore pas fait défaut, et ce n'est pas avec ce livre que cela va commencer. Comment en parler à présent ?


Résumé en trois mots : Poésie, Sensualité et Passion

Pour faire simple, si tant est qu'on puisse faire simple avec ce genre de livre, le livre est beau. Diablement beau. Il est à la fois sensualité et poésie, sexualité et passion mélangées. Quatre personnages tourbillonnants dans les pages, quatre facettes d'un même homme, quatre passionnés, quatre amoureux. D'eux-mêmes, des autres, de la vie, de la poésie, de l'humour. C'est aussi une histoire d'écrivain, un détail de littérature, de changements de fin. De connaissances littéraires, de librairies, d'édition, de traduction et de vie. C'est troublant à lire, mais c'est beau. Comme une partition parfaitement exécutée, qui nous entraine loin, bien loin dans la passion.

Le style littéraire est superbe, il nous happe dès les premières pages. Le ton est rapidement donné, calme, tranquille, envoutant. La poésie se mêle à la vie, aux différents secrets de la vie de chacun, parfois inavouables, parfois simplement difficiles. Et les vies se croisent, se mêlent et s'entremêlent sur tout les points. Bientôt le récit ne fait plus qu'un. C'est beau.

Et que dire de ce titre, une énigme à décrypter, avec ces auteurs qui se croisent, dans le récit et la vrai vie, le mystère autour d'une écriture, la façon de rejaillir d'un livre sur l'autre. Pleins de questionnements, de perspectives, de relectures, de détails qu'ils nous reste à trouver dans ce livre à la densité exceptionnelle. Encore une raison de se plonger dans un délice.

Rien ne laissait présager l'intérieur, rien ne permettait de dire ce qu'on y trouve. Et lorsqu'on s'y plonge, immédiatement le récit surprend. Jusqu'au bout il reste excellent. Jusqu'à la fin il s'agit d'un récit excellent, maitrisé, beau et passionnant. Un récit qui laisse un bon gout en bouche, qui nous donne envie de rouvrir un livre de poésie immédiatement et de se laisser porter sans plus attendre. Une superbe œuvre, qui mérite toute notre attention. Ami de la poésie, du bon gout et de la beauté, laissez-vous prendre.

Lisez donc l'avis du Bison dessus, vous verrez un autre point de vue. Aussi enthousiaste que le mien.

(Chronique n°157)

mercredi 22 janvier 2014

L'épouse de bois (Terri Windling)

(Lu entre le 5 et le 7 janvier)

J'ai trouvé ce livre complètement par hasard, en cherchant quelques chroniques sur des livres que je n'avais pas encore lu et qui sont un peu moins connus. C'est quelque chose d'assez amusant à faire, parfois on tombe sur des belles pépites, et là je dois bien avouer que c'est exactement ce sur quoi je suis tombé. Une pépite, et de belle taille.


Résumé en trois mots : Poésie, Désert et Beauté

En fait, c'est un roman de fantasy avec très peu de fantasy dedans. Dans le genre, je dirais presque que c'est plutôt du fantastique très dilué. En fait il s'agit d'une histoire très simple, mais très poétique aussi. Le style s'en ressent, l'auteur parle de poésie et du désert, mais on sent qu'elle aime profondément les deux aspects de la chose. C'est une sorte d'ode à l'amour qu'elle éprouve pour ces deux choses, et qu'elle a associé dans le livre à toute la magie du fantastique, comme pour en faire ressortir son amour. Le fantastique n'est que le côté enchanteur de la chose.

J'avoue que ce roman à une esthétique et une ambiance très personnel, qui dénotent dans le style de la fantasy, mais qui se marient à merveille avec le tout. Le personnage principal est attachant, tout comme les autres protagonistes, les situations sont cohérentes et réaliste, les réactions aussi ... Ce n'est pas haletant, ce n'est pas palpitant, c'est une histoire qui se développe doucement et qui nous entraine dans son ambiance. J'ai été happé pour ma part et j'ai quitté à regret ce désert et ces protagonistes.

Pour un premier roman, l'auteur à fait très fort, c'est vraiment bien écrit et prenant, le tout dans un style qu'on ne retrouve pas souvent. Je dois dire que pour de la fantasy ça détonne et que c'est à lire à mon avis. Pour une fois, marions la fantasy et la poésie, les créatures fantastiques et les paysages sublimes, dans un réalisme et une authenticité parfaite. Lancez-vous dedans, vous ne regretterez pas le voyage !

(Chronique n°126)

 

jeudi 2 janvier 2014

Veronika décide de mourir (Paulo Coelho)

Bonne année à toutes et à tous, allons-y pour de nouvelles chroniques, et le bilan de cette première année de blog dans trois semaines. Commençons cette nouvelle année dans l'optimisme, avec Veronika décide de mourir !


Même si j'avais moyennement apprécié l'autre ouvrage de l'auteur, L'alchimiste (qui reste excellent), j'ai décidé d'en lire un autre car l'auteur me paraissait très bon, et que le scénario derrière tenait en deux lignes, mais semblait prometteur. En plus pour une fois l'actions se déroule dans un lieu un peu inhabituel, alors pourquoi hésiter ? Je l'ai pris rapidement et lu encore plus vite je crois bien.


Résumé en trois mots : vie, suicide et folie

L'auteur nous pond un nouveau livre philosophique et métaphorique sur l'art et la manière de vivre, sur notre façon de nous comporter et de comprendre la vie. Ou tout au moins de l'apprécier. C'est déjà un bon point.

Ce qui m'a beaucoup plu dans ce récit, c'est qu'il dépasse le cadre du simple conte philosophique, comme dans L'alchimiste, et qu'il nous raconte en plus une histoire derrière, mélange entre cette de Veronika et des pensionnaires de l'asile, ainsi que des réflexions du médecin. C'est bien plus intéressant du coup, et l'auteur nous entraine dans cette folie d'un asile qui semble plus sage que le monde extérieur. C'est à la fois l'occasion de discuter de la vie, de la folie, de la mort, des envies, des passions et du sens de la vie. Le tout tellement bien mis en scène que j'ai trouvé ça admirable.
Le seul reproche que j'aurais, c'est vraiment que j'ai senti la fin un long moment avant qu'elle n'arrive, et c'est dommage. Cela dit, ça n'enlève rien à son charme et à son ingéniosité, mais vu la teneur du roman elle me semblait plus évidente. Bref, j'ai une petite pointe de regret.

Mais pour le reste, c'est génial. Notamment la beauté du texte et sa fluidité, qui donne envie de lire sans s'arrêter (ce que j'ai fait à peu de choses près d'ailleurs). C'est vraiment agréable à lire, c'est prenant et sans prise de tête, on se contente de lire et d'avancer, réfléchissant sans s'en rendre vraiment compte, sans même noter certaines choses qui s'impriment dans notre tête. En soi, c'est exactement ce que j'attendrais de littérature à tendance philosophique.

En fin de compte, c'est une excellente lecture à laquelle j'ai eu droit, puisque le livre se lit d'une traite et avec une facilité déconcertante, tout en traitant d'un grand nombre de sujet et incitant à réfléchir, la portée philosophique se mêlant d'autre questions, notamment autour de la folie et des asiles, mais aussi de l'acceptation de soi. Des thèmes forts autour d'une histoire simple mais efficace, d'un style bon, c'est une lecture hautement recommandée que j'ai là.

(Chronique n°116)

dimanche 22 décembre 2013

Les contrées du rêve (Lovercraft 1/3)

Lovecraft, partie 1/4
Après avoir lu, je dirais que Lovecraft c'est du Baudelaire en récit et non en poème. Les deux auteurs ont beaucoup de points communs, avec l'atmosphère mais aussi avec le style d'écriture et encore bien d'autres choses. Je soulignerais juste d'ailleurs que la traduction est vraiment extraordinaire, le traducteur ayant vraiment fait un travail formidable. Son introduction permet de bien comprendre la façon qui à été choisie de traduire, mais aussi de se plonger un instant dans ce qu'est Lovecraft et son écriture. Un monde fascinant dans lequel je pense me replonger un de ces jours, avec un envoutement que j'ai bien aimé.


Résumé en trois mots : onirique, angoissant et sombre


L'ouvrage contient quatorze récits, chacun de taille très variable (le plus long fait 170 pages et le dernier 3), qui se déroulent dans ou autour du monde des rêves, ce monde que Lovecraft semble affectionner tout particulièrement, se soustrayant au poids de la réalité dans un monde qui permet les libertés les plus totales. Je dois dire qu'en lisant je repensais à certains poèmes de Baudelaire (je me répète, je sais), et le nombre de points communs aux deux auteurs me fait aimer d'avantage le premier. Mais je m'égare, revenons à nos rêves.

Donc, les récits vont tourner autour de cette mystérieuse contrée des rêves, dans ces contrées fantaisistes où tout peut arriver, où les choses les plus sombres, anciennes et puissantes prennent vie et hantent les vivants, des contrées dans lesquels il est très dangereux de s'aventurer, surtout lorsque le voyageur imprudent tente de défier les dieux.
Bien que les nouvelles tournent autour de différents sujets, de beaucoup de personnages et de nombreux lieux, elles possèdent beaucoup de liens entre elles. L'une d'elle parle d'une ville et de son histoire, et l'autre vous narrera le héros traversant les ruines de cette ancienne cité. Vous verrez certains lieux réapparaitre, un personnage au destin tragique servira d'avertissement dans une autre histoire, plusieurs nouvelles à la suite reprennent le même héros dans d'autres cas, etc .... Les différents récits s'entrecroisent tous au final, dans la trame des rêves et de la réalité, sans qu'il n'y ait une histoire continue tout au long de l'ouvrage. Car les rêves de Lovecraft sont complexes et immenses.

Si je ne peux pas vous décrire l'histoire précisément, il faut bien parler de l'ambiance du récit. Et je dois dire que je tire tout mon chapeau à l'auteur (et au traducteur aussi) qui met en place une ambiance incroyablement proche des rêves. En le lisant, il me revenait les bribes de souvenirs que l'on conserve parfois d'une nuit, ce genre de bribes qui vous hantent la journée tandis que des images fortes vous tournent en boucle dans la tête. Lovecraft vous ressort ce genre d'image, les délires que peuvent créer le cerveau au repos, et met le tout en texte. L'ensemble sonne comme des rêves, avec des passages hallucinés qui font ressortir ce que l'on ressent dans un rêve, des changements de lieux aléatoires sans aucun lien, des peurs incontrôlables .... Le tout vous donne vraiment l'impression qu'il a écrit ses textes au réveil selon ce qu'il avait rêvé dans la nuit.

Bien évidemment le récit contient aussi ce qu'il faut de Très Ancien, de dieux et de puissances endormies, de choses innommables (ou à défaut illisible), de villes qui enchantent les yeux, de personnages en quête de quelque chose, de personnage romantiques et solitaires, de chats (oh yeah !), de personnages qui veulent défier les dieux et se font punir, de récits anciens, de manuscrits perdus ou retrouvés, de lieux de pouvoirs, mystiques, cachés, perdus, sombres. C'est tout un univers qui s'offre à nous dans ces nouvelles.

En gros, c'est un recueil de nouvelles tout ce qu'il y a de plus Lovecraftien, C'est dérangeant et obsédant, il fait écho à des peurs en nous que nous ne pouvons fuir car elles sont présentes quoi qu'on fasse. La peur de tout ces inconnus. Et surtout c'est les rêves, tout ce monde fascinant dans lequel nous nous égarons chaque soir, et dans lequel Lovecraft nous entraine pour mieux nous effrayer, là où tout est possible et bien pire encore. C'est puissant et poétique, c'est à lire.

(Chronique n°112)