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lundi 12 novembre 2018

Plateforme (Michel Houellebecq)

J'ai décidé récemment de lire du Houellebecq, surtout suite au débat autour de son dernier livre, Soumission, qui m'intéresse et que je souhaiterai découvrir un jour. Mais en attendant j'ai du me rabattre sur ce livre que j'ai déniché dans les bacs d'occasion. Et je me suis laissé à le lire principalement parce que je le voyais sur le sommet de la pile et que je voulais découvrir cet auteur controversé dont on entend tout et le contraire. Et j'ai effectivement beaucoup de questions qui me restent au final. Parce que je ne suis pas certain de ce qu'il faut tirer de ce livre.


Résumé en trois mots : Tourisme, Sexe et Thaïlande

Ce livre est dérangeant, mais en même temps je le trouve assez long. C'est surtout parce que le personnage principal n'est pas attachant, même s'il en a bien conscience. Et également parce qu'il ne se passe pas grand chose, même si je comprend bien tout l'intérêt du roman. Mais vers le milieu du livre, une période plutôt longue défile durant laquelle il y a uniquement une mise en place du dernier acte. C'est dommage, parce que j'avais la sensation d'une retombée d'effet, après un début plutôt très bon et que je trouvais intéressant.

En dehors de ces considérations, j'ai beaucoup apprécié ma lecture, même si je ne sais que trop en penser. Certes, plusieurs considérations sur l'islam faites au sein du livre m'ont laissés perplexe, mais je n'ai pas vraiment d'avis tranché sur la question d'une islamophobie latente dans l’œuvre. Certaines considérations, bien que peu flatteuse, sont malheureusement le triste reflet de la réalité. Sans compter que dans la façon de l'apporter au livre, Houellebecq ne se démarque jamais clairement pour une position ou pour une autre. Alors qu'en tirer ? Ce qu'on veut, dirais-je, et je ne veux pas chercher la petite bête, je prendrais simplement ce que j'y ai trouvé pour me faire mon propre avis.
D'autre part, le livre fait une belle part au sexe, dans plusieurs cadre : les protagonistes le vivent, en parlent, le font et débattent dessus. Entre tourisme sexuel, libération des mœurs, vie sexuelle de couple et considération sur la sexualité de société, c'est un tableau assez curieux mais complet qui est dressé. Tableau avec lequel je ne me trouve pas en accord, mais qui est une représentation très intéressante, orientée et peu optimiste sur notre société. Je crois que le meilleur moment est lorsque l'un des personnages principaux déclare : "notre société ne marche pas. Et en plus, on l'exporte."

Ce livre est dérangeant dans son ton. C'est très critique envers la société, et en même temps cette critique n'est pas si acide, elle est simplement très réaliste de l'univers dans lequel nous vivons. L'industrie du loisir et du tourisme est foutrement glauque, c'est un fait, mais il est des choses qui doivent parfois être envoyée à nouveau en pleine gueule. Et en même temps, c'est quelque chose que j sais ne pas soutenir, ne pas vouloir. En tant que tel, ça redonne foi dans certaines de mes valeurs, et ça conforte certaines de mes idées. Notamment autour du tourisme sexuel, qui est bien présent dans nos vies, qu'on le veuille ou non.

Un livre étrange mais qui m'a plu, quoique je ne sais quoi en penser au final, mais je sais ce que j'en ai tiré, et c'est le plus important à mes yeux. J'ai apprécié certains points de vues émis dans le livre, je n'étais pas d'accord avec tout. Mais c'est appréciable d'avoir un roman dans ce style qui remue certains points sombre de notre temps. J'ai surtout découvert Houellebecq et ça m'a encouragé à continuer sur ma lancée, je crois que l'auteur a quelque chose de positif à dégager, et je vais tenter de continuer sur ma lancée. Je pense que ça va me plaire, quoiqu'on en pense. C'est toujours un plaisir de découvrir ce genre de choses.

mercredi 15 avril 2015

Théâtre, tome 3 (Eric-Emmanuel Schmitt)

Et voila le troisième et dernier tome de cette trilogie de livres composés uniquement de pièces de théâtre du même auteur, j'ai nommé Eric-Emmanuel Schmitt ! J'ai mis beaucoup plus de temps à lire celui-ci, mais je suis content de tous les avoir fini à présent. J'ai vraiment du mal à lire le théâtre, même si dans certains cas ça passe largement mieux que d'autres. Ici, notamment, la lecture m'a semblé fluide, alors je vais vous détailler ce que j'en ai pensé.


Résumé en trois mots : Amours, Philosophie et Théâtre

Des livres que j'ai lu, je crois bien que c'est celui-ci qui contient mes pièces préférés. Les trois sont dans des styles très différent, mais les trois sont excellents. La première, Frederick ou le boulevard du crime, nous fait revivre cette période d'effervescence créatrice au théâtre, ce moment où les pièces étaient jouées sans arrêt, soumis à la censure, les acteurs encensés, les pièces mauvaises ... Et la pièce nous invite à retrouver un acteur qui ne vit que pour et dans le théâtre. La pièce nous fait visiter tout les côtés, mais développe aussi un point de vue très intéressant sur les acteurs en général. J'ai été séduit par la façon dont elle s'organise, et tout l'amour du monde spectacle.

Le second, Petits crimes conjugaux, est le dialogue d'un homme et de sa femme, lorsque celui-ci rentre de l'hôpital, où il vient d'être soigné. Et là commence le jeu des retournements de situations, tout en suivant un fil rouge de réflexion sur le couple. Intéressant et bien mené, cette pièce m'a rappelé celle dans le deuxième tome, Variations énigmatiques, avec sa façon de surprendre tout du long. Très très bon.

La dernière est peut-être celle que j'ai le moins aimé tout en lui reconnaissant pas mal de qualité. Je crois que je n'ai pas aimé la façon dont elle est développé dans la deuxième partie. C'est l'histoire d'un homme qui arrive dans un hôtel entre deux mondes, là où attendent ceux qui sont dans le coma. Et c'est très bien comme idée, les développements sont très bons, mais j'ai eu du mal avec la fin et notamment l'histoire d'amour, qui m'a semblé un peu fausse.

Encore un bon recueil de pièces de cet auteur, que j'affectionne décidément de plus en plus, et qui nous offre quelques beaux morceaux. Surtout que pour une fois la pièce est largement plus lisible que ce à quoi on s'attend, et j'aime cette fluidité dans la lecture, à défaut de pouvoir le voir sur scène. Une excellente compilation, très sympathique et que j'ai apprécié lire. Pour varier un peu des romans, prenez le temps d'une bonne pièce de théâtre, et celles d'Eric-Emmanuel Schmitt valent le détour, croyez-moi !

(Chronique n°260)

jeudi 2 avril 2015

La religieuse (Denis Diderot)

J'ai eu, durant mes années d'études, un professeur que j'ai énormément apprécié et qui nous a vanté une sacré quantité de livres et d'auteurs de la période moderne, dont Laclos, Rousseau, Sade, Voltaire et Diderot. C'est ce dernier vers lequel je me suis penché le plus vite, attendu que notre professeur nous en parlait presque tout le temps. J'ai donc déjà lu le livre Paradoxe du comédien qui est très intéressant, puis je me suis penché sur le cas de La religieuse, qui nous étais présenté comme un ouvrage régulièrement interdit à l'époque. Je voulais en connaitre la raison et je me suis mis en tête de le trouver et le finir.


Résumé en trois mots : ReligieuseCouvents et Problèmes

C'est une curieuse histoire, bien évidemment bien plus qu'une simple histoire. C'est le pamphlet d'un philosophe envers une institution établie de la religion. Et pas n'importe laquelle. Celle des couvents.

Alors, avant toute chose, je comprend parfaitement qu'on puisse se désintéresser de ce genre de roman si l'on n'y voit pas l'intérêt et qu'on y vient pas avec un minimum de connaissance de base. En effet, l'époque de Diderot est celle où les jeunes filles de bonne famille sont envoyés au couvent, soit avant le mariage, soit définitivement faute de dot suffisante pour la marier. Et deux trois autres détails du genre. Alors, je conçois que si vous ne vous intéressez que très peu à cette époque et à son comportement religieux, c'est assez difficile d'approche et peu intéressant.

Cela dit, j'ai beaucoup aimé la façon dont Diderot traite le livre. C'est la lettre de l'héroïne à un protecteur anonyme, dans laquelle elle raconte son histoire d'un bout à l'autre, tout en conservant sa naïveté et sa candeur d'origine. C'est une fille de bonne famille qui connue la malchance d'être née seconde dans la famille. Et qui va se retrouver au couvent très vite, alors qu'elle refuse.
Mais la vie est mal faite, et notre héroïne va se retrouver à fréquenter divers couvent, chacun avec ses méthodes et sa façon d'agir, qui bien évidemment, ne conviendront jamais.

Ce livre est amusant, de part son énorme pamphlet anti-clérical, et toute la volonté qu'il met à décrire des couvents comme des institutions sordides hérités d'une époque qui ne correspondait plus à la réalité et qui ne faisant que mettre à mal une partie de la gente féminine, qui n'avait pas demandé à s'y trouver pour la majorité. Le pamphlet a perdu de sa force, il faut l'avouer, puisqu'il vise, plus que la religion, une institution de celle-ci. Institution qui n'a pas disparu, mais n'existe tout du moins plus dans la forme qui nous est présenté ici (et tant mieux !). Mais cela fait réfléchir, je trouve, que de lire ce qu'il s'y passait (en traits grossis) et les limites de toutes religions.

Personnellement, je me suis amusé à la lecture, qui ne fut pas la plus inoubliable mais très sympathique tout de même, avec quelques rires, pas forcément voulu par l'auteur je pense, mais cela m'a amusé de me retrouver dans un dix-septième siècle rempli de nonnes. Même si je ne pense pas relire ce livre, ce fut une lecture distrayante.

Un livre philosophique mais qui a perdu de sa force et de son potentiel, même s'il reste très sympathique à lire (notamment son langage très classe), avec des bonnes choses à en tirer. Je ne suis pas sur qu'il me faille vous le conseiller, sauf si vous êtes fan d'histoire et de religion, et que vous avec quelques connaissances préalables sur le sujet. Le livre ne manquera pas, alors de vous plaire, même si là encore ce n'est pas le meilleur livre qu'on ai conservé de cette période. Mais pour ma part, j'en ressors satisfait.

(Chronique n°254)

mardi 17 mars 2015

Le scaphandre et le papillon (Jean-Dominique Bauby)

Hum, voila une lecture plutôt anecdotique qui aura eu comme seul mérite de m'occuper le temps d'un voyage en train. Oui, je suis en train de remettre en cause le livre très connu d'une personne souffrant d'un LIS, écrit dans des conditions difficiles et plutôt dingue. Mais sans remettre en cause le fond de ce livre, je dois bien avouer que je n'ai pas été particulièrement attentif à ce qu'il proposait. Je vais essayer de vous expliquer le fond du problème.

Résumé en trois mots : LISregard et autobiographie

Le livre est bien sur la vie de cet homme, frappé un jour d'une attaque cérébrale, et qui se retrouve prisonnier de son propre corps, n'ayant plus que son œil droit pour communiquer. Commence pour lui la vie difficile, à devoir communiquer comme il peut, à découvrir ses proches qui s'éloignent, et à passer le temps en revenant sur sa vie antérieur, ainsi que sur certaines digressions philosophique.

Soyons parfaitement franc, ce livre ne m'a pas intéressé. Je ne sais pas pourquoi, mais même si je compatis à la douleur de ce pauvre homme, je n'ai pas eu une seule seconde une identification ou une compassion suffisamment poussé pour me faire rentrer dans ce livre. Sans compter que les différentes explorations philosophiques ne m'ont pas passionnées outre mesure et je me suis rapidement retrouvé à m'ennuyer ferme. Lorsque j'ai refermé ce livre, c'était avec la certitude que je ne l'ouvrirai pas à nouveau pour y chercher quelque chose. Je pense être passé complètement à côté de lui.

Pour faire bien bref, je n'ai rien trouvé de particulièrement intéressant dans le livre. C'est plus la façon dont il a été écrit que je trouve passionnant, mais la lecture ne m'a vraiment pas intéressé, et c'est dommage. Ce n'est pas le genre de livre que je conseillerais, je n'ai vraiment pas aimé.

(Chronique n°246)

lundi 9 février 2015

Sa Majesté des mouches (William Golding)

Enfin, enfin, enfin je lis ce livre ! Depuis des années je me disais qu'il fallait que je découvre un immanquable comme lui, et je me suis enfin lancé dans sa lecture, attendu et désirée. C'est un choix que je ne regrette vraiment pas. Ce livre n'est pas cité en tout sens pour rien. Il contient quelque chose en lui de vraiment spécial qui le fait traverser le temps, et je pense qu'il continuera encore longtemps.


Résumé en trois mots : Enfants, Jeux et Violence

Pour faire un résumé simple, c'est simplement l'histoire d'un groupe d'enfants rescapés d'un crash d'avions et qui survivent sur une île, en s'organisant à leur manière. Bien évidemment, tout ne s'arrange pas de la meilleure façon qu'il soit. Et les ennuis que peuvent provoquer les enfants vont très loin, bien plus loin qu'on ne pourrait le penser.

Je n'ai pas lu d'analyse de ce livre, qui le mérite bien pourtant, mais je pense qu'on y trouve une bonne vision de l'homme sauvage, ou au moins de la nature sauvage de l'homme. Car ces enfants sont les hommes affranchis de toutes contraintes sociales, et toute contrainte mentale. Ils font comme bon leurs semble dans la vie de tout les jours. Et les jeux deviennent de plus en plus violent. Le pouvoir est discuté, des problématiques importantes surgissent : prévenir les adultes, sauvegarder l'espace de vie, manger. Et la superstition apparait ...

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce livre, c'est que rien ne sera épargné à ce groupe sous prétextes qu'ils sont des enfants. Au contraire, la cruauté se rajoute encore par-dessus. Rien ne leur est épargné, et à travers eux, c'est l'humanité qui est visée, l'humanité qui peut se conduire comme des enfants et jouer à des jeux de plus en plus violents. C'est la façon d'être la plus sauvage, mais la plus naturelle pour l'homme. C'est jusque dans le comportement du personnage principal, qui est au début un gamin comme tout les autres et fait également preuve de cruauté, tout comme les autres.

En fait c'est assez dur de décrire ce livre ou de donner une impression claire sans trop en dire, mais j'ai vraiment beaucoup aimé et je ne peux que vous conseiller sa lecture. L'image de l'homme y est dépeinte sans scrupule et sans pincettes. C'est un grand classique, mais qui est plaisant à lire et qui n'a rien perdu de son éclat.

(Chronique n°229)

jeudi 5 février 2015

Le maitre du Haut-Château (Philip K. Dick)

Et voila, le dernier livre de Philip K. Dick qui trônait encore sur mon étagère. Maintenant, la razzia est ouverte sur ce qui traine encore et qui traite de science-fiction (bon, j'ai encore deux livres de Asimov en attente, il me semble). Car à ce niveau là, c'est du génie, je le savais avant de lire celui-ci, mais nom de Zeus, que cet auteur est impressionnant. Voila fini maintenant la section "immanquable" de celui qui est considéré comme l'un des trois plus grands auteurs de science-fiction. Que reste-t-il à lire à présent ? Ah oui, tout le reste ... On est pas près d'en voir le bout.


Résumé en trois mots : Uchronie, Japon et Yi-King

Ce livre me semble être le véritable aboutissement de l'oeuvre de Philip K. Dick, et je suis bien heureux de l'avoir lu en dernier au final. Car ce livre contient en lui tout ce qu'il faut pour faire un grand roman, et quand je dis grand roman, c'est vraiment dans le haut du panier qu'il se classe. Rah, ça serait dur de trancher entre lui et Blade Runner comme LE livre immanquable de Philip K. Dick. Bon, disons que les deux sont à égalités. Dans mon coeur mais aussi dans ma tête.

Ce que ce livre apporte de plus par rapport aux autres du même auteur, c'est bel et bien le principe de l'Uchronie, principe si extraordinaire et peu souvent satisfaisant. Ici, le point de départ de la divergence historique est la tentative d'assassinat contre Roosevelt, en supposant que l'auteur de l'attentat ait réussi, que se serait-il passé ? Eh bien, la vie serait radicalement différente sur la côté ouest.

Ce roman a bien des côtés dérangeant, et mériterait une analyse de presque chacun de ses thèmes, tant il y en a. Entre l'idée d'une Amérique sous domination nippone (et qui ne serait pas plus mal), d'un livre qui guide tout le monde, d'une histoire qui suppose que les Alliées ont gagnés la guerre circulant sous le manteau, de nazis encore présent, de la suite de la guerre dans l'Allemagne vainqueur, dans les USA perdants, dans la tête des gens de tout horizons. Et puis l'art, et puis la vie de tout les jours, et puis les grandes interrogations, et puis les modes de vies. Et ce final. Mon dieu, ce final. Quel beauté, quel talent. Car c'est une réflexion superbe : qu'en retirer ? Ce qu'on veut, dirait-on.

En fait il y aurait beaucoup à dire sur cet énième roman réussi de Philip K. Dick, mais je comprends maintenant la raison de son succès et de son mythe. Il y a quelque chose d'incroyable là-dedans. De la matière à réflexion pour des années. On peut écrire des dissertations sur tout les points du livre. C'est beau et épique. Une réussite implacable, lisez-le. Un immanquable de la littérature de science-fiction, et je met Philip K. Dick dans le rang des meilleurs auteurs sans plus réfléchir. Lisez-le, bon dieu !

(Chronique n°227)

mercredi 28 janvier 2015

Ubik (Philippe K. Dick)

Avant-dernier roman de Philip K. Dick que j'avais en ma possession (et je pense que je n'en rachèterais pas tout de suite), ce roman est bien souvent cité comme le chef d'oeuvre de l'auteur, à mettre sur le même pied d'égalité que Le maitre du haut-château et Blade Runner. La lecture m'a été également hautement recommandé par mon ancien colocataire, alors pouvais-je refuser de m'y plier ? Ce que j'ai fait allègrement. Et le résultat est à la hauteur d'un Philip K. Dick, mais pas vraiment de mes attentes.


Résumé en trois mots : Pouvoirs, Mort et Réalité

Voila encore un roman bien déroutant, parlant à la fois de pouvoirs psychiques, de remontée du temps, de la mort et de la réalité de nos sens. Philip K. Dick continue d'exploiter les thèmes qui l'intéressent particulièrement, tout en cherchant de nouvelles voies scénaristique.
L'auteur nous développe tout une trame centrée sur un personnage (enfin, deux, mais c'est l'un que l'on suit et l'autre qui importe), tout en apportant un personnage féminin qui n'est pas inintéressant (et particulièrement dérangeant, ou dérangée), et également un délire complet sur le sens de la réalité. Encore une fois, l'auteur fait fort, mais là c'est vraiment dérangé.

Sans vous spoiler l'histoire, à partir d'environ la moitié du roman, tout l'univers construit par Philip K. Dick (et qui semble vaste et complexe, tout les détails n'étant pas expliqués) est brutalement remplacé par un autre, avec cette fois-ci des problèmes de perception de la réalité. Et tout est à recommencer. Encore une fois, l'auteur se joue des codes classiques de la compréhension de la réalité et finit par nous faire douter de tout et de tout le monde, ne retenant au final que le héros comme point central fixe et immuable d'un univers qui peut être tout ce qu'on voudrait. A cet égard la toute fin du roman (mais vraiment, la dernière phrase) est particulièrement déstabilisante, puisqu'on ne sait plus du tout ce qu'il faut alors en tirer.

Ce qui m'a le plus perturbé, je crois bien que c'est le titre et les fausses publicités qui sont présentes dans tout le roman en utilisant le nom Ubik, ce qui m'a conduit sur une piste complètement fausse. Mais j'avoue à cet égard que je n'ai pas encore compris tout le roman et qu'une relecture sera plus que salutaire pour comprendre tout ce qu'il faut derrière ce roman qui est d'une complexité incroyable. Rien n'est simple ni ce qu'il parait être. Et en plus, l'univers derrière est plutôt riche, brouillant encore plus les pistes. C'est vraiment de la très haute intensité d'écriture.

Et c'est presque dommage que je n'ai que peu aimé au final. Car le principal problème, c'est que beaucoup de choses me semblent encore bien obscur pour que je puisse apprécier le roman. Je dois d'abord le relire et essayer de dégrossir ce qu'il y a à comprendre avant de pouvoir enfin essayer de le noter correctement dans ma mémoire. C'est déroutant comme genre de livre, qui nous perd volontairement et finit par nous perdre. Et c'est ce qui s'est passé. A un moment je me suis perdu dans le livre, et c'est vraiment dommage.

Pour moi, ce n'est pas le meilleur Philip K. Dick, et il n'atteint pas les sommets que sont Blade Runner, Le maitre du Haut-Château et Substance Mort, mais il reste très bon et c'est principalement le fait que je sois passé à côté de beaucoup de choses dans l'histoire qui m'est pénible. Je vais volontiers le relire pour tenter de comprendre ce qui m'a échappée et enfin pouvoir refermer ce livre en ayant l'esprit apaisé. Mais il reste un livre de Philip K. Dick, dérangeant et philosophique, déroutant et à part dans le monde de la science-fiction. Un tel livre est quelque chose de difficile à classer ou appréhender. Je vous recommande la lecture si vous vous sentez de taille pour l'aventure, mais ça vole haut.

(Chronique n°224)

vendredi 16 janvier 2015

Blade Runner (Philippe K. Dick)

S'attaquer à ce livre, c'est un peu atteindre la quintessence de Philip K. Dick. Toucher le coeur du problème, le fond de l'âme, le centre de la pensée. C'est le roman le plus connu de l'auteur (avec, il me semble Ubik et Le maitre du haut-château), de par son adaptation légendaire au cinéma (Harisson Ford dans un film de Ridley Scott, le bonheur), son adaptation en comics, sa réputation filmographie et sa réputation papier. Le titre est légendaire : Do android dream of electric sheep ?, titre qui changea dans l'adaptation cinématographique, remplacé par le désormais légendaire Blade Runner, au point que toutes les rééditions françaises l'ont intégré pour premier titre. Un livre qui a donné son nom à une maison d'édition française ! (les Moutons électriques, qui publient de bien belles choses d'ailleurs).
Bref, tout est en place pour que le roman impressionne de prime abord, mais également pour qu'on en attende beaucoup, ce qui amène souvent à être déçu de la lecture. Ici, point de tout cela. La baffe dans la gueule fut magistrale, et je peux vous dire, après plus de six mois, que je la ressent encore sur ma joue. Elle s'est bien marquée, nom de Dieu !


Résumé en trois mots : AnimauxAndroïdes et Empathie

Par quoi commencer ? Je dois avant tout, je pense, souligner un point concernant l'oeuvre cinématographique. Il faut bien le dire, quand j'ai commencé ma lecture, le film et toute son histoire étaient parfaitement présent à ma mémoire, ce qui me causait une appréhension quant à la surprise qui pourrait être éventée. Mais en fait ... Non. L'histoire du film est radicalement différente de celle du livre, même si au final la base est la même. Les détours sont entièrement différents, les questionnements et les angles d'approche sont incroyablement distants, tout est autre. A tel point que je tire encore plus mon chapeau au film pour le développement totalement original qu'il a proposé par rapport au postulat de départ proposé par le livre. Même les répliquants changent de comportement, ce qui est tout de même fort. En bref, si vous n'avez jamais voulu le lire par crainte de vous ennuyer après avoir vu le film, ne vous arrêtez pas à ça. Les deux oeuvres sont suffisamment différentes pour justifier une lecture complète de cet ouvrage-ci.

Maintenant que ce point est éclaircie, passons au livre uniquement. Et là ... Je ne sais toujours pas par quoi commencer. Ce livre regorge de tellement de choses à dire, que j'en suis presque incapable de vous donner le début d'une idée. C'est un foisonnement d'idées et de réflexions qui nous est proposé, avec bien évidemment la science-fiction par dessus, sans parler de cette fameuse limite entre l'homme et la machine (thème récurrent dans son oeuvre sans jamais lasser. C'est fort de café !), des problématiques environnementales (bien que juste évoquées) et des thématiques autour des animaux, de la richesse et de sa représentation, des débats sur la moralité du travail (qui consiste tout de même à tuer des gens), ...
C'est également une foule d'idées qui sont parfaites (et bien souvent qui n'ont pas été reprises dans le film, faute de pouvoir vraiment l'exploiter), tel que les boites à empathie (et tout ce qui tourne autour ensuite) et la question de l'humanité qui vient s'y greffer, ou les animaux électronique et l'attachement de l'humain à ceux-ci.

C'est également une histoire qui est greffé par dessus tout ça, et qui se paye le luxe de ne pas être trop simplette, même si elle ne révolutionne pas le polar. Mais cela dit, quand on voit la densité du bouquin, je pense qu'on peut se payer le luxe d'alléger l'histoire. Et ce n'est pas désagréable non plus d'avoir un peu de légèreté dans l'ensemble.
Car c'est lourd, très lourd. Une ambiance noire, des personnages sombres, des thématiques pesantes, des manifestations réflexions lourdes ... Tout est plutôt noir ici, mais ce n'est pas comme si l'auteur ne nous avait pas habitué à ça.


Un grand roman, c'est sur, qui mêle des thèmes en tout genre dans une réflexion extraordinaire et qui se paye également le luxe d'une histoire, de personnages et de développements très bons. L'ensemble est parfait, un grand roman qu'on déguste comme un bon vin, et qui est à mon avis dans les immanquables de la lecture, ne serait-ce que pour tout ce qu'il amène comme questionnement lorsque l'on referme le livre. Un livre de cet envergure, c'est rare et c'est d'autant plus plaisant. Ne passez jamais à côté de ça. Lisez-le, et vous comprendrez.

(Chronique n°219)

samedi 3 janvier 2015

Substance Mort (Philippe K. Dick)

Il est de certains livres comme de certaines drogues, on veut en reprendre toujours un peu plus, mais au final, la dose de drogue qu'on aura absorbé en premier sera toujours la plus forte et la plus intense, en s'y replongeant on n'y retrouvera jamais le trip d'origine, celui qui nous a fait planer jusqu'au delà des sphères du tangible et du réel. C'est quelque chose qu'on ne peut décrire, qu'on ne peut expliquer, ce qu'on a vécu, on ne peut que se le rappeler dans tout son corps, dans tout son esprit. Et ensuite, essayer de le décrire, c'est encore plus difficile.
Philip K. Dick est un de ces auteurs là, qui vous laisse un gout en bouche au final, qui ne vous laisse qu'une envie, celle de replonger dans un de ses livres au plus vite. Comment pourrais-je vous en parler ensuite ?


Résumé en trois mots : Drogue, Police et Réalité

Philip K. Dick est un personnage vraiment à part dans la science-fiction. Il aurait vécu au XIXème siècle, il aurait eu l'âme d'un Baudelaire opiomane, ou de ces écrivains qui dissèquent les vicissitudes de l'âme humaine. Car oui, l'âme humaine est remplie de tourments et de changements. L'âme humaine est loin de la stabilité.
Car encore une fois, c'est des interrogations métaphysiques qui viennent se greffer sur un roman de science-fiction qui n'a en soi rien de banal. Il est clair que Philip K. Dick est un auteur majestueux, qui possède des dons d'écriture et d'invention remarquable, mais qui possède en outre une capacité à glisser de la philosophie partout. Ce roman est encore une fois la démonstration magistrale de cet auteur pourri de talent.

Ce qui est fascinant, c'est qu'après plusieurs histoires de Philipe K Dick, je retrouve encore cet inventivité débordante que j'avais déjà noté dans ses autres ouvrages. Je pourrais juste lui reprocher l'absence de personnages féminins, la plupart des romans n'en contenant véritablement qu'un seul, mais dans un grand rôle, ce roman ne fait pas exception. Pour le reste, nous retrouvons des personnages torturés, qui se posent de multiples questions et qui sont toujours dans le doute quant à ce qu'ils vivent, ce qu'ils sont et quel est le vrai autour d'eux. Là encore, nous retrouvons des thématiques liées à la drogue, mais plus directement encore que celles de Le dieu venu du Centaure, puisque c'est vraiment l'infiltration des milieux de la drogue par la police qui est au coeur du livre. Et s'ajoute également la thématique autour de la double personnalité, puisque le policier infiltré commence à avoir des problèmes entre ses deux vies mêlées, tout en parlant également du moment où la drogue rend les camés flippés. Quand la drogue t'as eu, comme elle en a eu d'autre ...

Ce serait impossible de décrire tout les sujets du livre, tant il y en a, entre univers de la drogue et vies ratés, amour et haine, personnages en tout genre, ajouts de science-fiction et univers policier ... Mais le plus impressionnant à mon avis, et encore une fois, c'est la façon dont Philip K. Dick nous sort un final en beauté. Comprenez par là qu'il va non seulement vous remettre en cause ce que vous saviez auparavant, vous dévoiler quelque chose que vous ne pensiez pas, mais se permettre en sus, par une phrase presque anodine, vous glisser une réflexion morale et profonde sur la drogue, bien loin des clichés qu'on pourrait avoir. En soi, la fin m'a rappelé un autre livre (que je ne citerais pas pour ne pas vous spoiler ce magnifique twist) et j'ai été sur le cul au niveau de la réflexion, mais surtout quand j'ai compris le véritable titre du livre (qui devient, du coup, un titre sujet à de nombreuses interprétations).
Dois-je vraiment finir en disant à quel point l'histoire est impeccable, en suivant ce pauvre policier qui se perd dans sa vie et bientôt dans sa tête à devoir se poursuivre lui-même et à essayer de ne pas finir fou ? Ce serait en rajouter pour pas grand chose.


Dans les livres de cet auteur, je placerais Substance Mort dans le haut du panier, et même dans le top 3 directement. De ce que j'ai lu, on y retrouve le foisonnement d'interrogation et de sujets que j'affectionne tant, l'histoire qui tient la route d'un bout à l'autre et qui sait se jouer de nous en prenant des directions que l'on ne voudrait pas voir prises. Mais la réalité est cruelle, comme nous la rappelle la dédicace finale, et le monde de la drogue est bien plus dur qu'on ne voudrait nous le faire croire. Surtout quand on songe à ce qui est dit à la fin. Une façon de boucler la boucle qui est glaçante mais tellement ouverte aux interrogations. Un must-have à lire. Pour l'instant, je le considère dans mon coeur comme l'un des meilleurs de Philip K. Dick, et je pense bien ne pas finir là-dessus avec cet auteur. J'aborde seulement les grands ouvrages de lui, et je crois que je vais plonger le plus profond possible. Lisez-le, lisez-le, lisez-le. Ce sont les trois seuls conseils que je peux vous donner à son propos.

(Chronique n°212)

samedi 28 juin 2014

Les petits dieux (Terry Pratchett)

Encore du Terry Pratchett, encore du disque-monde ! Je n'en ai pas fini avec cet auteur, qu'un ami me passe régulièrement. Celui-ci, m'a-t-il assuré, était très bon. Il rentrait aussi dans le cadre de différentes lectures que nous avons eu en commun sur le sujet de la religion. Et il me semble que cette lecture s'inscrit totalement dans le cadre de cette réflexion, très intéressante d'ailleurs, de la religion au travers du regard de la fantasy. Ce qui nous donne d'ailleurs un excellent vecteur de réflexion pour le monde réel, tout autant sur la religion que la foi, le divin et surtout les prophètes. Et quoi de mieux pour le faire que d'utiliser une histoire inventée de toute pièce pour faire passer le tout ? Ainsi, c'est exactement ce que nous aurons ici !


Résumé en deux mots : Religion, Foi et Humour

L'histoire va tourner autour de Frangin, novice dans un temple dédié au grand dieu Om. Le plus grand temple dans la ville principale du royaume contrôlé par les croyants dans le dieu Om. Mais une hérésie est là, présente et installée. Une hérésie disant que le monde n'est pas rond mais plat, posé sur le dos de quatre éléphants juchés sur une tortue. Et le brave mais benêt frangin ne vas pas voir sa vie s'arranger lorsqu'il découvrira le dieu Om prisonnier dans le corps d'une ... tortue.

Disons le tout net, ce livre est pour l'instant, selon moi, le meilleur des Annales du Disque-monde que j'ai lu. Une virtuosité sans pareil le parsème ! Je ne reviendrais pas sur l'extraordinaire humour que contient cette pépite littéraire, mais je dois bien rendre hommage au talent monstrueux de l'auteur pour transformer son livre à la fois en satyre piquante de différentes choses (notamment ici de la Grèce Antique et de ses penseurs, mais aussi de la religion, du fanatisme et de la foi) mais aussi en véritable réflexion sur ces points, donnant à la fois son avis éloquent et un angle de vue toujours intéressant.
Concrètement, les développements et digressions autour de la foi sont tout simplement excellent, avec cette leçon si bien inscrite : à trop vouloir faire croire les hommes dans un dieu, ils croiront plus dans la religion qu'en lui. C'est tellement bien mis en scène que je ne peux qu'applaudir devant l'ingéniosité. Et je ne parle pas de toutes les symboliques énormes qui sont placées et détournées (notamment la fameuse traversée du désert).

Si je peux me permettre le jeu de mot, ce livre restera dans les annales. Blague à part, il s'agit d'un excellent livre que j'ai adoré lire, tout autant pour son histoire et son humour habituel, que j'ai trouvé excellent comme toujours, que pour son côté plus philosophique et réfléchit sur la religion et tout ce qui en découlait. Tout est traité, bien traité, et intelligent. C'est rare les livres de ce genre qui vous font rire et vous font réfléchir, mais c'est exactement le style qui me plait et je suis totalement partisan de cette façon de faire. Vivement d'autres dans le même genre !

(Chronique n°200)

mercredi 18 juin 2014

Les robots de l'aube (Isaac Asimov)

Les robots, volume 5


Cinquième et avant-dernier tome de la saga des Robots, nous arrivons vers le dénouement, bien que ce soient principalement des histoires dissociées les unes des autres, avec simplement des fils conducteurs. Cette fois-ci, embarquons pour Aurora, le fameux monde qui nous est décrit depuis deux tomes et qui contient encore toute sa part de mystères. Et encore une fois, nous voici plongé au cœur d'une enquête qui poussera la question de l'humanité, des robots, du mélange des deux et des futurs de l'humanité plus loin. Autant dire que Asimov a encore beaucoup à dire sur ces points.


Résumé en trois mots : Robots, Conflits et Enquête

Cette fois-ci, les conditions de l'enquête changent encore, le décor n'est plus le même et il s'agit de comprendre le meurtre d'un ... robot ! L'enquêteur terrien Elijah Baley est à nouveau envoyé sur une planète qu'il ne connait pas, mais cette fois-ci affronte plus qu'un simple coupable et une planète hostile aux Terriens. Cette fois-ci, il est plongé directement au cœur de conflits d'intérêts dont les enjeux englobent le futur de la planète Terre et de ses habitants, qui pourraient bien mal finir.

Et encore une fois, l'alchimie opère. Pour un volume encore plus gros que les précédents, Asimov nous entraine dans une direction qui ne se devine pas tout de suite, les coupables étant potentiellement peu nombreux mais cela n'enlevant rien à la difficulté, sans parler du mobile. Et que dire du dénouement, qui m'a littéralement cloué sur place ! Je n'aurais pas pu le deviner, une fois encore, et c'est tant mieux.

Le reste du livre est aussi bon que d'habitude, avec toutes les habituelles réflexions mais également les développements de ce qui a déjà été proposé dans les autres livres (notamment sur le comportement des Spaciens et les façons de voir des autres mondes). Les robots s'effacent presque devant une humanité en proie au doutes et aux inquiétudes diverses. Le futur qui nous est présenté est presque inquiétant par certains côté, et c'est parfois dérangeant. Mais c'est surtout toute cette fameuse réflexion sur l'humanité qui me fait m'interroger. Notamment dans cette réflexion qui intervient, où les robots prennent une part quasi-divine, régissant l'humain pour son bien, sans jamais vraiment le montrer. C'est très intéressant et il y a matière à faire bien des digressions philosophiques.

Un cinquième tome qui pousse encore la réflexion plus loin tout en nous pondant une enquête pas dénudée d'intérêt et qui m'a complètement surpris. Un tome de plus qui confirme le statut de cette saga, à la fois intéressante dans la science-fiction, mais aussi dans la réflexion et dans la saga en elle-même, avec ses continuités et ses différents liens qui se nouent, et semblent se conclurent dans le tome 6, que je ne manquerais pas d'attaquer dans très peu de temps. Un tome de plus à lire, donc, et Asimov confirme encore une fois son talent. Mais avait-il vraiment besoin de le faire ?

(Chronique n°196)

dimanche 27 avril 2014

Petit traité sur l'immensité du monde (Sylvain Tesson)

Je n'ai pas la moindre idée de la façon dont je me suis retrouvé avec ce livre dans ma PAL, sans doute ai-je vu quelqu'un qui l'avait lu et qui en avait parlé, et me suis-je dis qu'il fallait que je le lise aussi. L'idée de base me semblait intéressante, et il y avait un moment que je n'avais plus lu d'ouvrages à vertu plus philosophiques, dans la lignée des essais et des traités. Cette fois-ci, cela parlait de voyages à pied, et je suis assez tenté par ce genre de sujet pour me décider à voir ce que d'autres en pensent.


Résumé en trois mots : Voyages, Philosophie et Monde

Le terme Philosophie est ici dans un sens plus personnel, philosophie de vie, que dans le sens large de la philosophie en général, même si tout est lié. Cet ouvrage est vraiment un traité, il expose la vision de l'auteur et sa conception du monde, sans dire qu'il est le seul dans le vrai. D'ailleurs sa philosophie repose sur des principes qui ne sont pas, par natures, applicables à l'ensemble de l'humanité.
Bref, que nous raconte donc en si peu de pages (et en écrivant très gros) Sylvain Tesson ? Eh bien sa philosophie de vie et de voyages, mais pas seulement. L'auteur est un type qui aime voyager, mais à pied, par ses propres moyens, seul ou accompagné, mais jamais par les mêmes personnes, et qui vadrouille au gré du monde sans se soucier de le changer ou de s'y inscrire. Il veut juste le voir, le toucher du doigt. Ce qui, il faut bien l'avouer, laisse rêveur.

J'ai beaucoup aimé la façon de vivre qu'expose Sylvain Tesson dans son livre, avec tout ce que cela comporte comme avantages et comme défauts. Il fait à la fois rêver et réfléchir, sur cette vie qu'empruntent des personnes, qui se décident à ne suivre qu'eux-mêmes et rester en dehors de tout tout le temps. C'est un style qu'il faut apprécier et pouvoir supporter aussi.
Ce que j'ai apprécié en outre, c'est que l'auteur truffe son récit de citations et de références. Si toutes ne me sont pas connues, elles m'ont données envie de lire des livres (à commencer par Thoreau, que j'ai acheté il y a .... Un an ?). C'est un récit qui ouvre sur plusieurs choses.
Mais avant tout, c'est une invitation à la réflexion, à se poser des questions. Pas seulement sur nous, sur les autres, sur nos façons d'être, d'agir, de vivre, de penser. Comment conçoit-on le monde, et comment le voit-on ? Et l'auteur nous invite aussi à comprendre sa façon de voir tout ce qui l'entoure. Une vision rafraichissante et dépaysante.

Je ne cache pas que le livre est vite lu, peut-être trop vite d'ailleurs, et qu'il n'est qu'une introduction à tout ça. L'auteur développe en plusieurs chapitres des anecdotes de ses voyages et des théories philosophiques. Rien n'est vraiment développé, c'est un traité rapide, un petit traité comme dit son titre. Je ne cache pas non plus que la prise de position de l'auteur est radicale, mais on n'est pas obligé de s'y conformer. Chacun reste libre de ses choix, mais il est bon parfois de savoir qu'un autre existe.

J'avoue que j'ai bien aimé ce traité rapide et simple, qui m'éclaire sur une race de personne, et un avis peu conventionnel. C'est assez rare de nos jours une personne vantant l'égoïsme et le voyage seul, l'absence de communication et de diffusion. On voyage pour soi, et c'est tout, sans le diffuser ensuite autour, bien que l'auteur dit prendre des notes. C'est aussi un traité sur le monde, sur une vision du monde, qui tend à lui rendre son immensité perdu par la technologie. Une vision de notre planète qui n'est pas la plus répandue. Un sympathique petit traité, que je conseille.

(Chronique n°173)

mercredi 2 avril 2014

Au carrefour des étoiles (Clifford D. Simak)

Je me suis senti attiré par ce livre, le pitch était alléchant, et la couverture mystérieuse laissait présager plein de choses. Sans parler de l'auteur qui m'avait déjà ébloui de son excellent Demain les chiens que je considère comme un excellent livre de science-fiction. Celui-ci me semblait moins connu, mais presque plus intéressant. Alors je me suis laissé avoir. Et j'avais raison : il est même meilleur que son confrère plus connu !

Résumé en trois mots : Extra-terrestre, Humanité et Communication

Ce livre bénéficie d'une excellente écriture, marque de l'auteur, qui nous scotche littéralement dès les premières pages pour ne plus nous décoller jusqu'au bout. C'est bien simple, j'ai du me forcer à le poser pour dormir, sinon j'y serais resté toute la nuit. Une preuve de sa force. Et je en parle pas de la tournure, à la fois mélancolique et résolument optimiste qui traverse le récit. Mais ça, c'est le style de l'auteur, qui me semble décidément être un excellent écrivain. Enfin, il l'avait déjà prouvé, mais là ça se confirme. Vraiment, le style est superbe.

Mais ce n'est rien à côté de l'histoire, dans laquelle l'auteur s'est investi corps et âme. Et ça se ressent, car le livre est diablement beau ! On y trouve une profondeur extraordinaire et une large variété de thèmes, avec leurs lots de questionnements philosophiques qui n'est pas pour me déplaire. Le personnage principal, torturé intérieurement par sa position, exprime énormément d'idée, autour du concept même de l'être humain, de l'amitié et de l'amour, de l'empathie et du sentiment d'appartenance à une race, de la place de l'homme dans l'univers et sur la Terre. Et je ne vous parle là que de quelques thèmes abordés ! Des chapitres entiers sont consacrés juste aux questionnements intérieurs du héros. Sans parler de ce qui se passe autour. D'autres thématiques, comme la guerre et la religion (j'adore le point de vue que développe dessus l'auteur. C'est un concept clair et simple de spiritualité plutôt que de religion, et ça me plait), mais surtout la communication. Assez logiquement, c'est un thème qui revient souvent dans la science-fiction -je pense à L'étoile et le fouet de Frank Herbert- car le contact avec d'autres races impliquerait immédiatement les limites de notre expression. C'est assez bien mis en scène dans cette histoire, pas aussi poussé que dans le Frank Herbert, mais bien mis en scène.

En fait, ce que je trouve assez génial et qui me plait beaucoup, c'est que Clifford D. Simak explore énormément de thèmes sans se contenter de les effleurer, tout en maintenant une histoire cohérente, quoique simple, et qu'il arrive par dessus tout à nous entrainer dans un style presque poétique parfois, dans une science-fiction moins scientifique que fictionnelle. C'est un livre prenant, clairement, mais aussi très philosophique et qui incite à réfléchir. Si les échos de guerre mondiale imminente qui imprègnent le roman sont lointain pour nous, il reste tout le reste (et la guerre n'est jamais loin, rappelons-nous ...). Bref, un excellent livre de science-fiction que je ne peux que conseiller. Lisez-le !

(Chronique n°161)

dimanche 9 mars 2014

L'homme bicentenaire (Isaac Asimov)

Je voulais me prendre un Asimov et savourer une nouvelle chaque soir, un peu dans l'optique "Petite histoire avant d'aller se coucher", mais voila ... On prend un Asimov, on ne le repose plus. J'ai englouti la première partie dans la soirée, j'ai tout fini le lendemain matin. Même pas le temps d'avoir fini de manger, j'ai pris le café avec les dernières pages. Nom de dieu, ce type est un écrivain de génie.


Résumé en trois mots : Robots, Espace et Humanité

Asimov est vraiment un des maitres de la science-fiction. Cette phrase semble banale, c'est un classique au même titre que Arthur C. Clarke, Philip K. Dick ou encore Franck Herbert, mais c'est vraiment dans son cas un maitre. Pas juste un bon écrivain, un maitre. Véritablement.

Dans ce recueil, nous retrouvons un Asimov au sommet de son talent. Les nouvelles se multiplient, et je n'irais pas jusqu'à dire que toutes sont parfaites, mais la plupart d'entre elles méritent amplement leurs statuts d’œuvres exceptionnels. C'est du grand art à la fois dans la narration, tellement prenante qu'on ne s'ennuie pas une minute, mais aussi dans le fond, à la fois scientifique et psychologique, qui pose des réelles questions de fond, de société, dans un monde qui prend progressivement un virage dans l'informatique et la robotique. Là où Asimov est extraordinaire, c'est qu'il nous décrit tout cela dans les années 75, et ce sont des sujets plus que jamais d'actualité ! C'est presque effrayant de voir parfois qu'il a tapé très proche du mille. Quand il parle d'informatique, de nouveaux problèmes (il aborde notamment plusieurs fois l'idée d'un homme polluant trop fortement son environnement ...), ou tout simplement de robotique. Il y a là des dizaines d'idées qui sont plus qu'intéressantes à exploiter. Il y a tellement à tirer de cette vieille science-fiction qui se pose des questions.

En fait ma lecture m'a presque plus laissé une impression philosophique que véritablement distrayante. C'est une lecture qui se fait à double niveau, et c'est exactement ce que j'attends d'une lecture de fiction. C'est aussi ce qui fait tout le charme des romans et des nouvelles d'Asimov, où le lecteur n'a pas la sensation d'être pris pour un con. C'est notamment le cas de certaines nouvelles aux fins ambiguë, qui laissent tout loisir à l'imagination ou la réflexion. Et je peux vous dire qu'on gamberge vite.

Bref, encore une fois Asimov tape juste, bien et fort. C'est une lecture -ô combien !- plaisante, mais qui nous permet surtout de nous poser plein de questions, et de ne pas être en reste. Et ça, croyez-moi, ça vaut tout l'or du monde. Quant au reste, c'est excellent. Bourré d'informations en tout genre, transporté dans tout les lieux imaginables en fiction, intrigué par des trames narratives changeantes, des nouvelles surprenantes et d'autres plus classiques ... Non, vraiment, tout est bon là dedans. Tout. Alors, qu'attendez-vous pour le lire ? Voila le véritable art de la science-fiction, bien loin d'un Star Wars (allez-y, fans, tapez !) ou d'un Avatar. De la vraie science-fiction. De la bonne science-fiction. Les lettres de noblesses de cet art. N'attendez plus.

(Chronique n°149)

mercredi 19 février 2014

Théâtre 2 (Eric-Emmanuel Schmitt)

Deuxième tome des pièces de théâtre de l'auteur, que je viens de finir après avoir étalé la lecture sur plusieurs soirs (j'ai beaucoup de mal à lire du théâtre, alors je préfère ne pas en lire trop d'un coup). Cette fois-ci, plus de monologue ou de pièces courtes, uniquement des pièces longues, parfois en un acte, et sur plusieurs thèmes !


Résumé en trois mots : Philosophie, Amour et Finance

Je dois bien l'avouer, du recueil, c'est la troisième pièce qui m'a le moins passionnée. Une variation sur Diderot, philosophe très intéressant dont je ne peux que recommander l’œuvre, mais qui est traité de façon trop humoristique. Pour ma part, j'adhère très peu. Le style est moyen, notamment les coups de théâtre qui m'ont semblé trop facile, et l'éternelle variation homme vs femme m'a semblé fausse.

En revanche, les deux autres ont tout un attrait, notamment la deuxième qui se trouve être la meilleure à mon humble avis. Golden Joe est intéressante et bien construite, progressivement on arrive à une intrigue bien différente de ce que l'idée de base laissait présager. Une variation sur l'argent, sur les financiers et sur les banques. Elle m'a rappelée une autre pièce, Frank V, qui joue sur le même thème mais avec plus d'humour et moins de réflexion.

La deuxième, Variations énigmatiques, est juste extraordinaire. Constituée d'une succession de coups de théâtre, elle nous entraine dans les rapports entre un écrivain et une femme, une correspondance de plusieurs années. Le tout est savamment orchestré et les réflexions qui la composent ne m'ont pas semblé trop lourdes pour une fois. Une belle réussite, et la fin n'est pas en-deçà du reste. 

Pour ce deuxième tome, nous avons le droit à deux belles pièces et une troisième nettement en-dessous. Encore une fois EES nous pond de la réflexion liée au quotidien, mais avec une certaine habileté, il faut bien le dire. Je me demande vraiment ce que cela peut donner sur scène, j'aimerai bien voir le résultat. En tout cas, ce n'est pas déplaisait à lire, et en terme de pièces de théâtre ça se défend bien.

(Chronique n°140)

dimanche 9 février 2014

Sortie de secours (Yves Paccalet)

Ce petit livre est en fait un essai qui répond à un autre livre du même auteur appelé L'humanité disparaitra, bon débarras ! que vous pouvez trouver dans la même collection pour environ 4 € (de mémoire). C'est un essai qui tente d'expliquer des principes environnementaux et à quel point nous saccageons notre planète. C'est le genre d'essai qui empêche parfois de dormir, et qui nous donne envie de nous frapper la tête violemment contre un mur.


Résumé en trois mots : Écologie, Cynisme et Désespoir

Ce livre est très court. En même temps, pour un essai, il se doit de ne pas en tartiner trop. C'est le genre de livre que ma sœur adore lire (je vous conseille aussi Faut-il manger de la viande ?, Comment les riches détruisent la planète, etc ...) et que je déteste, parce qu'après je me sens mal. En fait, il n'est que trop vrai, et le cynisme qui en ressort est malheureusement justifié. Le désespoir, c'est ce qui ressort quand on a fini de le lire. Comme lire une condamnation à mort. Enfin, une mort pas rapide, et pas très glorieuse non plus.

Paccalet nous livre cette fois-ci quelque chose de plus optimiste que son précédent essai. En soi, c'est passer de "On va tous crever !!" à "On va tous crever !" (pour ceux qui ne remarquent pas, on enlève un point d'exclamation). Si l'auteur tente d'être moins négatif que dans son précédent livre, il n'en reste pas moins très peu joyeux. Cependant, le propos n'est pas de nous redonner le sourire. C'est écrit en toutes lettres sur la couverture : "des solutions pour sauver l'humanité". Il n'est jamais dit qu'elles seraient applicables ou qu'elles seraient facile. Et c'est bien ça le problème.

L'auteur est un philosophe, grand écrivain (ça se sent dans la plume, les phrases sont efficaces, les mots bien ciblés) et qui est féru d'écologie. Sauf que ce n'est pas le genre à vous bassiner pour que vous triiez vos déchet. Non, lui il en est au stade : "Mangez vos enfants, ça fera moins de personnes sur Terre !". Bref, il n'est pas très optimiste quant au devenir de l'humanité. Son essai est sombre, mais il a le mérite de mettre les points sur les I. Au moins nous ne pouvons pas nous défiler sous prétexte de ne pas avoir vu venir les choses.

Son essai va se centrer sur différents points, entre alternative mondiale, nouvel conception des rapports humains, et aussi écologie. Sauf qu'il vise le haut niveau, et qu'il ne compte pas vous demander de fermer le robinet, ce qui n'est que poudre aux yeux. L'intérêt, c'est qu'en un livre court, il résume pas mal de choses. L'auteur s'implique dans son récit, et c'est tout à son honneur. L'avantage de la petite taille, c'est qu'il est en plus vite lu. Si la lecture à enthousiasmé, la porte est grande ouverte à d'autres livres, que je ne peux que vous recommander d'aller lire. En ce sens, cet essai est une excellente introduction à la matière.

Si vous vous intéressez un peu à l'écologie et à tout ce qui se fait en terme de nouvelles conceptions, alternative économiques et nouveaux modèles de monde, cet essai est fait pour vous. Peut-être y trouverez vous quelques réponses aux questions que vous vous posez, et trouverez vous une aide. Si vous ne vous intéressez pas à ça, essayez de le lire, c'est suffisamment court pour que vous puissiez vous pencher dessus sans perdre trop de temps. Et il donne matière à réfléchir, je ne peux pas vous le déconseiller.

(Chronique n°135)

mercredi 5 février 2014

Alim le tanneur (Wilfrid Lupano & Virginie Augustin)

Pour tempérer et varier de mes lectures continuelles de livres, je vous propose une petite chronique sur une BD, et puisque j'ai le choix je vais vous en faire une sur une BD qui m'a marquée et qui mérite toute notre attention de lecteur. Cette BD s'appelle Alim le tanneur, et si je vous en parle, c'est parce qu'elle possède un scénario qui est bétonné avec une plume en encre trempée.


Résumé en trois mots : Religion, Réflexion et Empire

Pour bien aborder cette BD, je vous conseille de coupler la lecture avec Ayesha, la légende du peuple turquoise, qui propose également une vision sur la religion, mais complémentaire. Dans les deux cas, la façon d'aborder n'est pas la même, mais elles sont complémentaires.

Cette BD possède déjà un premier atout, et de taille : le dessin. Il est vraiment excellent, alliant beauté des paysages avec visages expressifs. Le tout bien mis en page, sans cadrages spéciaux, restant dans une veine plus classique mais largement suffisante. C'est une BD qui est agréable à regarder, les couleurs sont bien choisies, bref tout est en place pour un bon moment de lecture.

S'ajoute à cela le scénario, qui est la grande force de cette série. Déjà, parce qu'elle a su tirer profit de ce qu'il ne faut pas oublier : les personnages secondaires. Ici peu d'entre eux sont oubliés, ils ont un rôle à jouer dans l'histoire auprès du héros. Car celui-ci ne sera pas tout le temps présent. Et n'a d'héroïque que le nom. Pauvre Alim, tanneur de son état, qui subit le courroux des hommes et des Dieux, lui qui connait la vérité.
Ensuite, parce que le récit a choisi, et c'est tout à son honneur puisqu'il renforce l'ensemble, de ne pas se concentrer uniquement sur un héros. Celui-ci, bien que fil conducteur de toute la saga, n'est qu'une sorte de fil rouge conducteur, s'accrochant au récit plutôt que le supportant.
Enfin, les auteurs ont su tirer tout ce qu'il fallait d'un tel sujet. Alors qu'on pourrait s'attendre, à la lecture du premier livre, à une histoire classique, que l'on croit deviner la direction que prendra le récit, celui-ci prendra un chemin radicalement différent, jusqu'à aboutir à une fin qui retombe sur ses pieds et qui ouvre de larges perspectives de réflexions. Car oui, cette BD apporte pas mal de réflexions.

Le thème est ici la religion. Mais sous un angle très bien choisi. Je ne peux rien vous dévoiler sans éventer l'intrigue, mais sachez que les auteurs ont posés des idées très intéressantes. En outre, le récit n'est pas du tout manichéen, plusieurs personnages possèdent de nombreuses faces, et au final distinguer le bien du mal est difficile.

Le tout est enrobé dans un voyage, chaque livre ayant un autre paysage, voir même plusieurs. C'est une sorte de voyage dans un monde imaginaire mais qui fait écho directement au notre, semblant d'ailleurs dire que toutes les religions du monde sont liées, et que la critique peut les englober toutes. D'ailleurs les références à plusieurs religions parsèment le livre.

Enfin, dernier point intéressant, cette BD contient quelques passages d'humour qui allègent l'ensemble du récit, évitant ainsi de rester dans une ambiance trop lourde et pesante. Le voyage se fait parfois un sourire au lèvres, dans les superbes paysages. Mais sinon le reste est sérieux, et bien sérieux, mais intelligemment.

Cette saga de BD en étonnera plus d'un, et m'a beaucoup étonné. Le propos est résolument adulte, le ton de la BD est sérieux et le fond intelligent. Le dessin est bon, les couleurs aussi, le tout est lisible sans aucune anicroche et fait réfléchir, sans parler de faire voyager dans le récit entre les différentes parties du monde. C'est une série qui est, à mon humble avis, dans le haut du panier. En tant que tel, c'est une des meilleures séries que j'ai lu, autant pour son scénario que pour sa réflexion. Si vous avez envie de lire de la BD intelligente, bien faite, ruez-vous dessus, c'est un petit chef-d’œuvre !

(Chronique n°133)

jeudi 2 janvier 2014

Veronika décide de mourir (Paulo Coelho)

Bonne année à toutes et à tous, allons-y pour de nouvelles chroniques, et le bilan de cette première année de blog dans trois semaines. Commençons cette nouvelle année dans l'optimisme, avec Veronika décide de mourir !


Même si j'avais moyennement apprécié l'autre ouvrage de l'auteur, L'alchimiste (qui reste excellent), j'ai décidé d'en lire un autre car l'auteur me paraissait très bon, et que le scénario derrière tenait en deux lignes, mais semblait prometteur. En plus pour une fois l'actions se déroule dans un lieu un peu inhabituel, alors pourquoi hésiter ? Je l'ai pris rapidement et lu encore plus vite je crois bien.


Résumé en trois mots : vie, suicide et folie

L'auteur nous pond un nouveau livre philosophique et métaphorique sur l'art et la manière de vivre, sur notre façon de nous comporter et de comprendre la vie. Ou tout au moins de l'apprécier. C'est déjà un bon point.

Ce qui m'a beaucoup plu dans ce récit, c'est qu'il dépasse le cadre du simple conte philosophique, comme dans L'alchimiste, et qu'il nous raconte en plus une histoire derrière, mélange entre cette de Veronika et des pensionnaires de l'asile, ainsi que des réflexions du médecin. C'est bien plus intéressant du coup, et l'auteur nous entraine dans cette folie d'un asile qui semble plus sage que le monde extérieur. C'est à la fois l'occasion de discuter de la vie, de la folie, de la mort, des envies, des passions et du sens de la vie. Le tout tellement bien mis en scène que j'ai trouvé ça admirable.
Le seul reproche que j'aurais, c'est vraiment que j'ai senti la fin un long moment avant qu'elle n'arrive, et c'est dommage. Cela dit, ça n'enlève rien à son charme et à son ingéniosité, mais vu la teneur du roman elle me semblait plus évidente. Bref, j'ai une petite pointe de regret.

Mais pour le reste, c'est génial. Notamment la beauté du texte et sa fluidité, qui donne envie de lire sans s'arrêter (ce que j'ai fait à peu de choses près d'ailleurs). C'est vraiment agréable à lire, c'est prenant et sans prise de tête, on se contente de lire et d'avancer, réfléchissant sans s'en rendre vraiment compte, sans même noter certaines choses qui s'impriment dans notre tête. En soi, c'est exactement ce que j'attendrais de littérature à tendance philosophique.

En fin de compte, c'est une excellente lecture à laquelle j'ai eu droit, puisque le livre se lit d'une traite et avec une facilité déconcertante, tout en traitant d'un grand nombre de sujet et incitant à réfléchir, la portée philosophique se mêlant d'autre questions, notamment autour de la folie et des asiles, mais aussi de l'acceptation de soi. Des thèmes forts autour d'une histoire simple mais efficace, d'un style bon, c'est une lecture hautement recommandée que j'ai là.

(Chronique n°116)

dimanche 8 décembre 2013

Théâtre 1 (Eric-Emmanuel Schmitt)

 (lu le 8 décembre 2013)

Je connaissais Eric-Emmanuel Schmitt avant de lire cet ouvrage grâce à son livre La part de l'autre, mais en voyant en occasion ce livre qui présentait des nouvelles je n'ai presque pas hésité à le prendre, et malgré le temps très long qui est passé, je le lis enfin. Je l'ai fait pour une culture générale du théâtre, mais j'avoue en avoir trouvé plus que je ne pensais.


Résumé en trois mots : philosophie, Freud et Don Juan


Le livre contient quatre pièces, chacune dans son style et qui présentent d'autres facettes de l'écrivain. La première, La nuit de Valognes, s'attache à Don Juan et son procès par des femmes qu'il a aimé et délaissé comme à son habitude. J'aime énormément le personnage de Don Juan et j'avoue que la profondeur qu'il lui confère est pas mal trouvé, c'est une belle continuité de la pièce que j'ai lu de Molière.

La seconde, Le visiteur, reprend le personnage de Freud et le questionnement sur la foi. C'est pas mal, même si j'ai trouvé qu'il y va avec des sabots un peu gros (pour moi), même si je ne suis pas foncièrement opposé à ce qu'il y dit. J'ai l'impression aussi de lire en un sens plusieurs idées qu'il développera ensuite dans La part de l'autre. Mais la pièce est plaisante.

Le Baillon est un unique monologue, plutôt pas mal, qui a moins de portée philosophique mais nous compte plutôt une super belle histoire, simplement.

Enfin, L'école du diable, une pièce qui exploite un diable déprimée et permet d'exposer un point de vue sur des écoles de pensées actuelles. Ça ressemble un peu à un règlement de compte parfois, mais le propos est ici bien plus léger que dans les autres pièces.

En général, j'ai aimé sans aller jusqu'à dire que c'est extraordinaire. La première pièce reste pour moi la meilleure mais toutes sont bien. Eric-Emmanuel Schmitt a une belle plume pour le théâtre et j'aimerai bien voir ce que cela donne sur scène. Si vous aimez le théâtre et la philosophie, ne vous privez pas de ce recueil sympathique et qui vous fournira de quoi réfléchir et travailler.

(Chronique n°104)

samedi 2 novembre 2013

Comme un roman (Daniel Pennac)


Un drôle de livre, qui est surtout connu pour ses dix fameuses règles, lesquels servent de résumé, et qui m'ont donné envie de dévorer le livre en un instant. Ce qui s'est d'ailleurs peu ou prou passé. Danniel Pennac était surtout connu pour ma part en tant que nom, pas en tant qu'auteur. J'ai réparé cette erreur, et désormais me voila instruit d'un grand auteur en plus, et je ne vais pas tarder à lire un autre du même auteur, à savoir Au bonheur des ogres. En attendant, voyons ce que ce petit à dans le ventre.


Résumé en trois mots : Manuel, Lecture et amour

Ce livre ... C'est mieux qu'un roman. C'est un cri d'amour, c'est une envolée lyrique et réaliste vers la littérature, c'est un féru de la lecture qui l'explique au monde. Ce livre, c'est exactement ce que j'aime faire, ce que j'aurais envie de dire. Et cette fois-ci, il a été mis en mot, et sans doute mieux que je ne saurais le faire. En clair, ce livre est génial.

Pourquoi diable ? Déjà, le découpage du livre est bien fait. En quatre parties, chacune traitant d'un autre sujet (je vous invite, une fois n'est pas coutume, à aller consulter l'article sur Wikipédia qui est bien fichu pour une fois), et qui permettent à Pennac de ne pas trop se disperser. Car il en a des choses à dire, aussi bien sur lui-même que sur la lecture ou tout simplement sur les méthodes d'apprentissages et la transmission du gout de la lecture. Car oui, on peut transmettre son amour de la lecture, j'en suis persuadé, et Pennac l'est également.

Pour éviter de faire une dissertation de vingts pages sur ce livre (qui le mériterait amplement, il est tellement beau), et parce que je ne veux pas contrarier l'auteur qui demandait qu'on n'utilise pas ce livre comme un instrument de torture pédagogique, je vous le recommande pour plusieurs raisons :
1. Ce livre est très bien écrit, c'est un style qui se dévore comme un roman alors qu'on est dans un style plus proche de l'essai, mélangeant les morceaux de vie avec les considérations.
2. Le livre parle d'un sujet important. Si vous lisez ceci, soit vous êtes tombé sur ce blog complètement par hasard (et merci de ne pas l'avoir quitté tout de suite d'ailleurs), soit vous lisez une critique que vous êtes venu chercher (ou vous êtes tombé dessus par hasard, en suivant un lien ...). Mais bref, vous lisez. Au moins ce paragraphe, sans doute un peu de livre (voir beaucoup). Et donc, vous êtes concerné par ceci. Le sujet de la lecture est primordiale (je rappellerais ici l'ouvrage Fahrenheit 451) et Pennac nous invite à repenser notre manière de lire, pour que tout le monde puisse lire ! Et non pas que tout le monde lise, ce qui est différent.
3. Pennac est investi de ce qu'il fait. Ce qu'il écrit, il le pense, il est dans son commentaire. C'est anodin en apparence, mais c'est d'autant plus efficace qu'on sent l'auteur prit par ce qu'il raconte, combien ça le touche personnellement et c'est ce qui en fait la grande force.
4. L'ouvrage est bien découpé. Les chapitres sont courts, il est divisé en quatre parti. Vous lisez comme vous voulez, rien ne vous empêche de vous arrêter pour bien digérer un passage plutôt qu'un autre. Et qui plus est, rien ne vous empêche d'appliquer la loi numéro 2 et de sauter des pages. Voir la loi numéro 3 et de ne jamais le finir. Oui, nous avons là le premier roman, je crois, qui vous invite en plein milieu à ne pas le finir.

Je pourrais citer encore d'autres raisons, notamment son statut assez culte qui mérite qu'on s'y attarde, l'accessibilité d'une réflexion philosophique, et d'autres petits détails, mais je m'en tiendrais là. Il faut savoir modérer son propos.


Comment résumer ce livre ? En deux mots : A lire. Une véritable mine d'or, à la fois quand on aime lire et qu'on trouve un écho profond de ce qu'on ressent pour la littérature, quand on sent qu'on est pas seul sur ce coup; mais aussi pour ceux qui n'aiment pas lire et qui comprendront peut-être ceux qui leurs recommandent de lire. Peut-être aussi pour comprendre comment lire et reconsidérer notre façon d'appréhender le monde merveilleux de la lecture. J'en retiendrais surtout ceci : Lisez n'importe quoi n'importe ou n'importe comment, ou ne lisez pas, mais faites le toujours par plaisir. Et là, je pense que tout est dit.

(Chronique n°88)