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mercredi 5 novembre 2014

La nuit de la Lune Bleue (Simon R. Green)

Un des sept livres que j'emmenais avec moi dans mon périple en stage de théâtre. Et puis bon, j'aime de plus en plus ces rééditions, alors je me suis permis d'en emmener un de plus que ce que j'aurais du. Après tout, dans une valise ça ne pèse pas lourd. C'est ainsi que je me suis retrouvé à le lire très vite, bien trop vite (surtout au regard de ce qu'il fallait faire autour). C'est le deuxième livre de cet auteur, et je pense que je me pencherais à nouveau vers lui lorsque je le recroiserai, car c'est vraiment un auteur sympathique.


Résumé en trois mots : Fantasy, Prince et Humour

Alors attention, bien que je mette humour, il ne s'agit pas là d'un roman humoristique, mais d'un roman de fantasy à tendances humoristiques, bien que celles-ci s'étiolent progressivement. Le fond reste, d'un bout à l'autre, résolument attaché au style de fantasy avec beaucoup de choses classiques, mais également des écarts très intéressants.
Je dois avouer, j'ai eu gros faible pour les personnages, très bien campés pour la plupart, à la fois complexe et en même temps répondants aux images qu'on attend d'un personnage de fantasy « classique », surtout niveau des princes. Et surtout, la princesse ! Celle qui a un méchant crochet du gauche et qui n'hésite pas à le mettre dans toute face ne lui revenant pas. Et puis ces gobelins trouillards qu'on croise plusieurs fois dans le livre … Des têtes vraiment sympathiques et qui font plaisir à voir.
L'histoire m'a un peu plus déçu, notamment sur la fin où le ton devenait très sérieux et tombait dans plusieurs clichés grossiers (comme le méchant et les traitres), mais elle sait se maintenir et offrir un final, bien que ce soit presque trop facile par certains côtés. C'est dommage car il y avait un potentiel qui pouvait encore se développer à mon avis, surtout du côté de la princesse. Mais quelle bonne idée de ces armes diaboliques, et surtout de leur fin ! Bref, le roman est truffé de très bonnes idées même si au final il m'a semblé que la fin faisait un peu trop facile. C'est vraiment dommage, même si cela n'empêche en rien la lecture de se faire fluide et de rester intéressante jusqu'au bout.

Au final, c'est ce que j'appellerais un bon livre à lire, distrayant et bien souvent humoristique, quoiqu'au final avec une trame très classique. Mais les personnages sont sympathiques, l'humour fait mouche lorsqu'il est présent, et l'ensemble est très plaisant à lire. Pour un lecteur occasionnel de fantasy, ce livre est un très bon choix, simple et facile, plaisant et drôle. Pour un lecteur assidu, il peut s'agir d'une lecture sympathique entre diverses lectures plus complexe et plus prenantes. Bref, un petit moment de détente, une petite parenthèse entre les grosses lectures.

(Chronique n°207)

mercredi 2 octobre 2013

Les épées de Haven (Simon R. Green)

Encore une réedition de Bragelonne (j'ai encore moins résisté cette année que par le passé ...), qui m'a permis de compléter mes lectures en Fantasy, domaine où je suis tout de même peu au courant des grands classiques et des grandes thématiques. Je me suis donc offert quelques livres, et je les lis doucement, dans l'année, comme chaque fois. Outre un Gemmell, que je vais poster bientôt, j'ai trouvé celui-ci, qui m'avait attiré vaguement l'oeil et que j'ai lu rapidement avec un grand plaisir. Ce sont Les épées de Haven, de Simon R. Green.


Résumé en trois mots : Politique, Duo et Fantastique

Le livre est en fait une compilation de trois histoires, chacune mettant en scène notre couple de héros, Hawk et Fisher, mariées et membres de la Garde, incorruptible (ils auraient plu à Eliot Ness), qui font régner l'ordre (ou au moins essayent) dans la ville de Haven, rongée par le vice, dangereuse et peuplé de tout ce qui peut se faire de pire dans une ville d'un monde de fantasy.

Alors, déjà je dois dire que le style d'écriture est vraiment pas mal, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire, même si certains choses m'ont paru un peu facile dans l'écriture (je pense au scènes de batailles, mais dans les romans de fantasy j'en ai rarement lu des réalistes); et le tout se lit à grande vitesse. J'ai notamment apprécié le fait que l'on ne suive pas sans cesse le même point de vue mais qu'il y ai des alternances.

Les trois récits sont très différents. Le premier est digne d'un huis-clos, avec plusieurs personnes enfermées dans une maison et un crime, pour lequel il faudra se creuser les méninges. Alors, j'ai bien aimé le fait que le coupable semble assez vite évident, alors qu'en fait il y a des grosses surprises. Nous avons le droit à un beau huis-clos, pas forcément du niveau d'un Agatha Christie, il faut bien l'avouer, mais qui se laisse très bien lire et qui apportera son cortège de morts et de petites surprises bienvenue. Le tout en une seule nuit, avec une dizaine de personnages seulement. C'est très bien fait, et à défaut d'être d'un suspense insoutenable, c'est efficace.
Le deuxième récit est plus différent, puisque nos héros sont cette fois-ci chargés de protéger une personnalité politique à la veille des élections (qui sont vraiment dingues dans la ville de Haven), ce qui nous plonge dans une intrigue avec un champ plus large, mais surtout une caricature politique assez grossière, mais là encore avec des bonnes idées ou piste dans le récit. Je n'en révèle pas plus, mais il y a des bons moments, et plusieurs piques assez méchante pour le monde de la politique.
Le troisième est un mélange des deux premiers, avec cette fois-ci quelques piques en direction de la religion (avec une rue remplie de Dieux), qui fait à la fois enquête et quête-bagarre. On peut noter aussi une attaque envers la bonne société, quoiqu'un peu classique dans la forme.


En fait, le récit est ce que j'appellerai de la Fantasy moyenne : c'est bien écrit, il y a des bonnes idées, mais dans l'ensemble rien n'est franchement transcendant. C'est un bon livre, qu'on lit avec plaisir, qui contient des petites touches d'humour bienvenue, de l'action et ses doses de bagarre, mais l'ensemble manque un peu de fond. C'est sur, il y a quelques attaques envers la corruption, la bonne société, les moeurs ou la religion, mais le tout m'a semblé manquer de fond, de corps. C'est de la critique basique, sans trop de développement. Mais c'est présent, ce qui donne tout de même un peu de corps au récit. En bref, c'est très sympathique à lire, mais je ne pense pas que ça restera dans les annales pour son originalité ou son fond. Cela dit, au prix de la réedition, il vaut largement le coup.

(Chronique n°73)

vendredi 13 septembre 2013

L'écho du Grand Chant (David Gemmell)


Encore un Gemmell (oui, je sais, j'insiste un peu trop avec cet auteur), que je me suis pris pour voir si j'allais enfin trouver ce qui enthousiasmait tant les autres auteurs/lecteurs de fantasy, et surtout parce que j'aime beaucoup la tête que ça à dans ma bibliothèque toute la collection des 10 ans 10 romans (au moins il y a de la couleur !). J'ai donc choisi celui qui me semblait le moins pire (bon, j'ai finalement pris les deux), et je trouvais que le scénario n'avait pas l'air trop pourri. Je me suis laissé tenter, et j'ai recommencé avec lui en me disant qu'au moins c'était des classiques de la fantasy.


Résumé en trois mots : Esclavage, Énergie et Envahisseurs

Le roman raconte l'histoire d'une civilisation, celle des avatars, qui a vu son empire s'écrouler lors d'un raz de marée qui à dévasté sa capitale et son empire, les obligeants à vivre dans d'autres villes. Hors, le peuple Avatar à tiré sa puissance du soleil, et il est maintenant réduit au même rang que les peuplades qu'il dominait jadis. Car les Avatars étaient immortels et pouvaient se soigner à volonté, ils maitrisaient des armes impressionnantes et rien ne pouvait les atteindre. Aujourd'hui, la source de leur pouvoir est tari, et il n'ont plus que peu de puissance avec eux. Les Avatars doivent faire face aux peuplades qu'ils considéraient toujours comme des inférieurs, des esclaves, et qui aujourd'hui se rendent compte de la faiblesse et de la mortalité de ce peuple. Sauf qu'un autre cataclysme est arrivé. Un autre peuple est arrivé, par delà l'océan. Un peuple qui ne veut qu'une chose : honorer et contenter sa déesse, et pour cela, il faut des vies. Beaucoup de vies. Les ennemies d'hier doivent aujourd'hui s'allier malgré leurs différents contre ce nouveau venu qui n'est pas tendre.

Ce roman me réconcilie encore un peu avec Gemmell, avec à nouveau les mêmes défauts et les mêmes qualités.
Commençons par les défauts : on retrouve les codes classique de la fantasy (héros immortels dans les batailles, droiture morale, rédemption, héroïsme et sacrifice ...) qui viennent gâcher l'histoire, une fin trop abrupte et un peu trop facile à mon gout, des thèmes très bien vu mais trop peu exploité. Je ne m'étendrais pas trop dessus, c'est juste que dans la globalité j'ai toujours l'impression que Gemmell à eu des excellentes idées qu'il n'a pas exploité jusqu'au bout, et surtout qu'il reste dans une veine trop classique de la fantasy, sans oser aller dans des sentiers inexplorés, prendre des risques (quitte à devoir perdre un lectorat).

Cela dit, il faut reconnaitre que ce roman à de très nombreuses qualités : déjà un style d'écriture qui est excellent, très prenant et qu'on lit sans aucun problème, une construction progressive de l'intrigue qui ne m'a pas déplu, des très bonnes idées au niveau de certains personnages (le questeur Ro, Rael ou Viruk), des thèmes très sympathique (esclavage, Déification, ...), une mise en scène efficace, des passages bien prenants, des batailles prenantes, etc ... Je dois dire que le roman, même s'il reste très classique dans le fond, m'a beaucoup convaincu sur la forme. Gemmell agrémente par exemple les débuts de chapitre d'extraits de légendes. J'ai mis du temps à comprendre qu'il s'agit des légendes écrites après l'histoire du roman et parlant de celui-ci (en clair vous lisez l'histoire qui s'est passé et sa version légendaire). C'est vraiment super bien fait, et je n'ai compris le principe que vers la moitié du livre.
J'ajouterai qu'il y a une certaine ressemblance avec un monde bien connu (notamment une image un peu déformée des amérindiens, de l'esclavage par l'Europe, des sacrifices aztèques ...), mais c'est assez peu dérangeant.


Donc, ce roman m'a un peu plus réconcilié avec Gemmell. Je ne dirais pas qu'il est le meilleur auteur de fantasy que je n'ai jamais lu, mais qu'il est bon. Même assez bon, faisant des livres qu'on a envie de lire, qui contiennent la plupart du temps une quantité de bonnes idées, mais qui dans la généralité ne vont pas assez dans le fond de la réflexion (alors que ce serait un vecteur parfait et que la voie est tracée). Par exemple, j'ai trouvé le propos développé par Ayesha sur l'esclavage largement plus intelligent et construit que ici (le livre était plus gros aussi, je le sais). Cela dit, il reste assez bon, et la lecture m'a vraiment distraite, à défaut de me transcender. Donc bon, je peux bien lui laisser le fait qu'il est bon.

(Chronique n°65)

Et encore un ! Je ne sais plus à combien j'en suis
 

samedi 25 mai 2013

Lœvenbruck, partie 2 : Gallica (Henri Lœvenbruck)


Lœvenbruck, partie 2/2

Deuxième partie sur Lœvenbruck, et dernière également, puisque je n'ai pas lu les autres ouvrages de l'auteur et qu'il n'a pas fait grand chose de plus dans son monde de fantasy si je ne m'abuse. Mais bon, deux trilogies c'est déjà pas mal, je dois bien l'avouer, et quand on les paye aussi peu chère, ça vaut le coup de les prendre (vérifiez sur le net, on en trouve encore). Pour le coup, voyons donc cette suite à la Moira du même auteur, et tout de suite, c'est Gallica !


Ils ne se sont pas trop foulés pour le
coup. Exactement le même dessin et
une autre couleur


Le roman est donc la suite de Moira mais de façon très subtile, puisqu'il ne se déroule pas sur le même continent, pas avec les mêmes protagonistes. En fait la façon de faire est très bien, mais je ne vous la dévoilerai pas, ce serait vous spoiler un tiers du livre (ou plus). En tout cas, le livre est très dépaysant.

Il se déroule dans le royaume de Gallica, qu'on identifie vite comme la France médiévale, en guerre avec le royaume qui symbolise l'Angleterre (lequel royaume est implanté un peu partout en France, notamment dans le sud-ouest). C'est dans ce royaume que nous retrouvons notre héros, Bohem (je ne sais pas pourquoi, mais avec ce nom j'avais l'image d'un gitan en tête), qui a fait une action étant plus jeune. Lors d'une célébration, alors qu'on brulait un bucher avec dessus un loup enfermé dans un sac, il est monté dans les flammes, a saisi le loup et l'a relâché dans la nature, s’écroulant, complètement brulé. Depuis il  porte des cicatrices (en même temps, se jeter dans le feu ...) et est mal vu par sa communauté. Car ici le loup est l'ennemi, on le chasse. Et en fait on chasse toute les Brumes, ces animaux fantastiques qui peuplent les contrées. On les chasse, car l'Eglise les considère comme mauvaises, et tout le monde lui obéit aveuglément. Mais Bohem, dont le père chasse les Brumes, se pose plein de questions. Qui donc à déclaré que les Brumes sont mauvaises ? Ne peuvent-elles pas être également des créatures bonnes ? Poussé par les questions, Bohem va faire sa route après le massacre de son village par des cavaliers. Il recherche des réponses, et trouvera toute sorte de choses.

Le récit souffre ici encore du défaut que j'imputais à la Moira. A savoir, le récit est linéaire. Il n'est pas plat, mais linéaire. Très peu de bonnes surprises ponctuent le roman, et le tout semble à nouveau très téléphoné. Je dois dire que certains détails m'ont fait franchement tiquer. Mais en revanche, il est mois prévisible que son petit frère de Moira. L'auteur à gagné en maturité en écrivant, et arrive à installer plus de suspense, une intrigue qui va évoluer et quelques bonnes idées à nouveau (notamment le Sauvage). Des petites surprises ponctuent le parcours, et dans l'ensemble il y a tout de même un effort qui est fait dans certains personnages (les deux rois par exemples sont bien campés et aucun des deux ne rattrape l'autre). Après certaines gueules restent bien présente, notamment le héros qui est d'une droiture morale et d'un courage digne de n'importe quel film américain. Je le répète, ça ne dérange pas dans la lecture, qui reste fluide, mais au final on a la sensation d'avoir un livre qui aurait pu aller un peu plus loin sur plusieurs points. Là je dois dire que c'est juste sympathique et que l'ensemble fait plutôt fantasy pour ado que récit mature. Je sais que c'est le public visé, mais je suis d'avis qu'on peut faire des récits pour ado mature et un poil plus développé.
Autre point par contre : on perd le côté des loups, et on gagne un point de vue un peu plus politique. Le tout est plus orienté aussi contre l’Église, combat qu'on sentait déjà dans la première trilogie, mais qui est ici poussé assez loin quand même (et en représentant les membres de l’Église comme particulièrement attardés ou méchants). C'est d'ailleurs un peu barbant d'avoir une sorte de "secte du mal" en toile de fond, le récit perd un peu en crédibilité je trouve.

Côté avantage, comme dit, c'est que le récit est tout de même meilleur, avec une construction plus rigoureuse et des idées bienvenues (comme l'implication des femmes, même si c'est assez faible). Des personnages plus profond apparaissent, et plusieurs idées sont développés qui mériteraient d'avoir un traitement plus dense. Le récit reste très lisible et prenant, il se laisse lire jusqu'au bout sans difficulté, mais dans l'ensemble il ne reste pas un immanquable lorsqu'on a refermé l'ouvrage. Et c'est vraiment le gros reproche que je fais à cet ouvrage.

Enfin, dernier point qui concerne la fin. Là encore, on a du bon et du mauvais. En clair, la fin est une porte ouverte pour encore une autre trilogie sans aucun souci, puisque à peu de choses près elle se fini comme la première trilogie ! Pas d'aperçu de la situation ensuite, de ce qu'il en ressort. Le livre s'arrête juste lorsque l'action fini, et j'ai trouvé l'ensemble décevant du coup, car en fait j'ai l'impression que l'auteur ne se soucie pas de son monde après les gros évènements.


En conclusion, on retrouve dans cette trilogie ce qui me dérangeait déjà dans l'autre, tout en conservant et embellissant ses qualités. La série reste bien dans l'ensemble, lisible et même prenante, mais très (trop) simple, d'une écriture qui s'est améliorée, avec des personnages un peu trop basique et une intrigue qui évolue, certes, mais sans jamais surprendre vraiment le lecteur. Il manque encore quelque chose à ce roman pour que je le classe dans la catégorie des vraiment "bon". Là, je me contenterais d'un simple, "oui, c'est pas mal", sans aller au-delà. L'intérêt c'est justement qu'il s'agit de la suite d'une autre série et qu'on y apprend enfin ce qui se passe à la fin de l'autre. Du coup, la lecture est conseillé si vous avez déjà lu la Moira, et si vous n'avez lu aucun des deux, je pense que ça peut être intéressant à lire ou à faire lire à un jeune ado. Mais après, pour les un peu plus vieux, il vaut mieux passer à d'autres récits. Que je lirais peut-être un jour, quand j'aurais du temps libre.

(Chronique n°47)

vendredi 24 mai 2013

Lœvenbruck, partie 2 : La Moïra (Henri Lœvenbruck)

Lœvenbruck, partie 1/2

Nous allons encore aborder un roman de Bragelonne, qui fait toujours d'aussi bonne réedition, et un roman qui fut assez populaire à sa sortie. C'est également un livre que vous pouvez trouver en intégrale, pratique pour éviter de patienter entre les tomes, et qui comporte seulement 780 pages (environ). J'aime beaucoup cette réedition, ça fait assez classe dans la bibliothèque (oui, j'aime bien quand c'est classe dans la bibliothèque). Encore une fois, cette collection et réedition à l'avantage indéniable d'être agréable à lire, avec un texte écrit assez gros. Et puis la couverture douce, le papier de bonne qualité .... Sans rire, Bragelonne fait vraiment de l'excellent boulot dans leurs éditions, c'est tout sauf du foutage de gueule. Pour 10 €, on ne peut pas rêver mieux dans le genre.
En fait, si je dis ça, c'est que absolument tout les romans qu'ils rééditent sont un plaisir total à lire. C'est vraiment génial d'avoir une bonne qualité de livre en main, c'est toujours un plaisir à lire, même lorsque le roman n'est pas de bonne qualité ! On le finit, on le garde parce qu'il est superbe dans notre bibliothèque (en plus les réeditions sont monochromes et de couleur varié, ça fait chouette). Du coup j'avoue que je vais sans doute me pencher sur les prochains et prendre les 10 tomes sortis, quitte à avoir des moins bons (enfin ... Moins bons ....).
Bref, j'aborde donc encore un roman Bragelonne, Messieurs, Mesdames et autres sexes, voici pour vous La Moïra de Henri Loevenbruck !


Résumé en trois mots : Loups, Magie et Jeune fille

Donc voici une belle petite trilogie qui fut publié chez Bragelonne entre 2001 et 2002, ce qui en fait une trilogie vraiment récente, mais qui n'est pas pour autant mauvaise. Pour la petite aparté entre nous, je dois dire que j'avais eu le plaisir de lire les deux premiers tomes étant plus jeune, et je n'ai pas trouvé la suite, ce qui fait que je suis resté pendant plus de huit ans (oui, ça datait vraiment) sans savoir comment se finissait la série ! De quoi rendre énervé toute personne normalement constituée (je ne le suis pas, fort heureusement pour mon entourage). Lorsque j'ai eu en main la réedition, j'ai été surpris en lisant de constater que c'était ce livre que j'avais tenu dans mes mains voila bien des années. Et en fait, je me suis fait un peu chier étant donné que j'ai une mémoire juste prodigieuse, et j'avais tout le déroulement en tête ce qui fait que finalement j'ai dû attendre la fin du roman pour être vraiment surpris. Comme quoi, la mémoire c'est formidable. Bon, j'exagère un peu, mais j'ai eu un plaisir à relire le roman et me remettre en tête les situations que je ne me rappelais plus (mais dans les grandes lignes je le savais encore).
Par contre j'ai une autre série pour laquelle je n'ai lu que le tome un et deux et que j'attends toujours pour lire le tome 3. C'est Le vent de feu de William Nicholson (pas Stan Nicholls, pas lui !), et si quelqu'un aurais la gentillesse de me prêter la série, je serais comblé. Surtout parce que je me rappelle extrêmement bien les premiers tomes (mais vraiment !) alors que je l'ai lu une seule et unique fois (merde quoi, alors que pour les cours c'est Tintin !). Plus de huit ans que je retiens ce truc sans savoir la fin ! J'aimerai bien le finir (pour enfin le chroniquer aussi).

Bon, avant que j'étale ma vie dans tout les coins, continuons sur l'auteur. Donc Henri Loevenbruck est un  auteur français (Cocorico ! Comme beaucoup d'auteur de Bragelonne en fait). Il est né en France (à Paris) en 79, connait Renaud apparemment et l'apprécie bien (au point de chanter sur un de ses albums), et a publié son album en 2001 donc, seulement trois ans après son premier roman (1998). Si je dis ça, c'est que justement le récit est donc d'un auteur qui n'a pas encore beaucoup écrit, mais il a ensuite écrit des thrillers. Vu ce qu'il a déjà fait, je pense que ça devrait être plutôt pas mal (dès qu'ils le rééditent, j'y fonce).


Bon, voila le récit : une jeune fille, Aléa (le nom est sympathique et facile à retenir) trouve dans le désert dehors de sa ville un cadavre. Celui-ci est desséché, mais porte une bague. Alors qu'elle tente de lui enlever, le cadavre lui saisit la main. Elle prend peur et s'enfuit. Et un druide arrive en ville, voulant voir Aléa. Enfin, nous avons le grand mage noir qui recommence à agir. Précisons que Aléa est une orpheline mendiante dans sa ville, spécialisé dans l'arnaque et dans les petits larcins.

Le point de départ de tout cela va donner lieu à tout un périple qui va se poursuivre sur un long trajet et dans tout les coins de la carte. Le personnage d'Aléa va progressivement rencontrer des personnes qui vont l'accompagner, d'autres qui vont se mettre en travers de sa route. Et puis tant d'autre. Elle va passer dans plusieurs lieux, elle va s'enticher d'un cornemuseur, un nain, d'une barde, etc ... Et elle rêve également de loup. Et elle ne sait pas trop pourquoi, mais elle se sent progressivement différente.

En fait la trilogie va évoluer selon une seule trame (ou presque) en suivant la fille et de temps à autre une louve qui va avoir sa propre histoire indépendante (ou presque). Le tout suivant un fil rouge qui se développe petit à petit, avec quelques petits rebondissements et des petites nouveautés qui vont progressivement faire avancer l'intrigue et nous faire comprendre le fond de l'histoire. L'intrigue se fait de manière progressive, mais pas trop non plus.
Dit comme ça, le roman parait plus surprenant qu'il en à l'air. En fait il est assez linéaire dans la construction et très peu de véritables surprises interviennent dedans. C'est le gros défaut que je relève dans le récit : on a très peu de surprises dans l'ensemble du livre. C'est pas folichon au niveau de l'intrigue, et j'avoue que le manichéen n'améliore pas le tout. Les personnages sont très caricaturaux et sans grandes surprises, avec des têtes qui ne vont pas surprendre (le vieux sage, la jeune rebelle, le nain grand cœur et humoristique, la barde qui en sait beaucoup, le guerrier invincible ....) et une situation qui est très simple également : magicien méchant, roi pas gentil, druides gentils mais vieillissants, grand maitre, prophétie du changeur de monde .... On à même le droit à un remake des Amérindiens qui se sont fait expulser de leurs terres. Le problème, c'est que c'est simple comme situation, et ce jusqu'au bout. Il faut avouer que l'introduction des loups dans le monde et le fait de les mêler à la vie humaine (Loevenbruck aime les loups) apporte un bon côté, mais pour le reste c'est vraiment du cliché de fantasy vu et revu. C'est dommage, vu que le récit est prenant et qu'il y avait plusieurs bonnes pistes qu'on aurait pu exploiter plus à fond.

De même, il faut dire que le roman se finit de manière un peu rapide et sans donner trop d'éclaircissement sur les devenir du reste de l'île. C'est regrettable, et je trouve qu'on aurait pu ajouter au moins un petit chapitre sur la façon dont le tout se passe ensuite. Mais l'auteur à voulu s'en tenir là, et c'est son choix. Je le respecte.
Cependant, l'auteur n'en est pas resté là : il a continué l'histoire dans une seconde trilogie, intitulée Gallica (oui, c'est une représentation fantasy de la France) et qui va donner des précisions sur ce qu'il s'est passé exactement dans la suite de La Moïra. C'est également édité chez Bragelonne, alors je vais vous laisser découvrir la prochaine chronique sur le même sujet et ce roman, dès demain !

En clair, cette trilogie n'est absolument pas mauvaise, mais elle est très (trop) classique dans sa forme et dans son fond. Les personnages semblent déjà vu, les situations également et le tout n'offre au final aucune surprise supplémentaire par rapport à ce qui à déjà été proposé. Cependant, le tout se laisse lire par le style d'écriture et par une volonté de connaitre le final, même si il n'est pas vraiment des plus surprenant. Il conclue le récit avec un ton égal au reste, sans plus ni moins. Par contre, certaines petites idées au cœur du roman font mouche, et je dois avouer que l'idée des loups est bien vu, même si il n'est pas exploité d'une bonne façon (ce qui est dû sans doute plus au reste qu'aux passages spécifiquement sur les loups). L'auteur a mis du coeur à l'ouvrage, et on le sent. Dommage cependant qu'il n'ai pas plus exploité toute les pistes et que la fin laisse beaucoup en suspense. Pour commencer la fantasy ou pour les adolescents, il est très bon sans aucun doute. Pour les autres ... C'est un peu dépassé !
Et pour la fin en suspense ... il faut, pour mieux comprendre, lire la suite : Gallica. 

(Chronique n°46)

mardi 16 avril 2013

L’Étoile du matin (David Gemmell)


Encore un livre acquis avec l'aide des rééditions Bragelonne. Mais si, rappelez-vous ! Et bien pour une fois, j'ai choisi un livre non pas en fonction de sa taille mais de son résumé. Comme quoi, ce n'est pas que la taille qui compte .... (prenez-en note messieurs !). Donc, j'ai opté pour un livre au résumé accrocheur, et en rentrant chez moi j'ai eu le déplaisir de lire le nom de Gemmell sur la couverture et de me rendre compte de mon énormité. En effet, j'avais lu avant lui deux autres Gemmell, et les deux m'avaient laissés un sacré mauvais gout en bouche. Le roi sur le seuil et Druss la légende étaient dans leurs genres livres de fantasy écrits de façon divertissante, mais d'un classique ! Le genre où le gars se tape la première fille qu'il croise, invincible et immortel, qui gagne à deux contre cent ... Vous saisissez le genre ? Si sur l'écran ça passe assez bien, j'ai trouvé que sur papier c'était d'une lourdeur atroce. Et en plus il n'exploitait pas les bonnes idées ! Mais j'y reviendrais lorsque je les commenterais, en temps voulu.
Aujourd'hui, parlons plutôt de ce livre-ci de Gemmell : L’Étoile du Matin.


Résumé en trois mots : Antihéros, Quête et Libération

Ce roman, c'est une des première fois où j'ai apprécié les romans de Gemmell. Attention, apprécié ne veux pas dire adoré non plus. Faut pas exagérer. Mais pour une fois, j'ai remarqué moins de défauts à la lecture, et c'est appréciable. Mais pour la critique, il faut d'abord cerner le sujet. Que se passe-t-il dans ce livre ?

En fait tout est centré autour d'un personnage, nommé Owen Odell, un magicquien (ou quelque chose dans le genre), grosso modo un illusionniste, qui raconte l'histoire de l’Étoile du Matin, un bandit nommé Jarek Mace qui est devenu une légende des Highlands. La légende embellit cependant la réalité, et Owen va nous narrer sa véritable histoire, celle d'un personnage pourri et salaud, qui n'aura jamais aucun geste de bonté. Bien loin de l'image du héros qu'on imagine.

J'ai déjà avoué, et je le répète, que je n'aime pas le style de David Gemmel. J'ai beau essayer, ça ne passe pas. J'ai tenté plusieurs fois (Le roi sur le seuil, Druss la légende) mais je dois dire une chose : le style est mauvais. C'est du plus pur cliché. Je veux dire : le héros est immortel, il est beau/noble/vertueux/droit, combat pour le bien, est toujours (sans exception) vainqueur, conquiert la fille qu'il a rencontré au début du roman, etc etc .... C'est un style vraiment lourdingue, très proche de celui que j'ai eu le déplaisir de lire dans Orcs (je vous laisse relire mon commentaire). Et du coup, très prévisible également, surtout dans les combats, et on a un livre qui est très chiant à lire.
Comprenez bien qu'avec ce genre d'expérience en tête, on a pas trop envie de relire un David Gemmell. Et pourtant, cette fois-ci j'ai été séduit !

En fait, l'histoire ici est plus intéressante. Déjà le personnage principal est un vrai pourri, ce qui fait qu'on est beaucoup moins dans du manichéen primaire, et ensuite le développement bénéficie de très bonnes idées (Gemmell en a souvent) mais qui sont pour une fois bien exploitées (ce que Gemmell ne fait pas tout le temps). Là enfin l'idée du voyage dans le temps est bien faite, la naissance d'une légende est bien décortiquée, le passage au statut de héros est bien fait, les personnages secondaires ont un peu plus de profondeur .... En clair, enfin le récit propose de l'originalité, quelque chose qui ne s'est pas encore vu ! Et c'est un plaisir à lire du coup.

En fait je trouve que ce roman est vraiment un pur bonheur à lire, prenant et bourré d'action, contenant pas mal de bonnes idées et surtout construit de manière intelligente. La narration à la première personne est très bien fait, surtout lorsqu'il dévoile le caractère de Mance sous son véritable jour. Et quel plaisir à voir des figures un peu nouvelles dans ce genre de récit (prostituée, chanteur, grande gueule du début à la fin, etc ...). Les innovations sont vraiment bien trouvés et intègrent parfaitement le récit. De plus des scènes d'humour viennent ponctuer le récit, principalement lorsque Mance fait des siennes, mais du coup le tout est également allègrement allégé. J'ai adoré l'ensemble du récit.

Ce récit, c'est celui qui à réussi à me réconcilier avec Gemmell, et qui me fait dire qu'il y a peut-être quelque chose à tirer de cet auteur au final. Le récit exploite la veine de l'anti-héros et en fait une belle histoire, prenante et humoristique, chargée de scènes d'actions également. Le tout servi par une voix off qui rentre à merveille dans le cadre et des personnages haut en couleur. L'ensemble est excellent, et j'ai trouvé que tout était bien fait dedans, bien en place. Le livre me réconforte dans l'idée que Gemmell n'est pas un mauvais écrivain, mais qu'il écrit sans aller au bout des choses dans ses romans, se contentant de faire de la fantasy qui reste à la surface. Dans ce livre là il est allé un peu plus loin, et ce qui en sort et très potable. C'est même du très bon cru. Ne vous privez pas de cette lecture qui est très jouissive.

(Chronique n°42)

samedi 9 février 2013

Ayesha, la légende du peuple turquoise (Ange)


Merde, je m'étais promis de faire court ... Bon, ben, bonne lecture à vous !

Une nouvelle petite trilogie estampillée Bragelonne. Cet éditeur à vraiment eu une excellente idée avec ses rééditions en un volume à prix défiant toute concurrence. Cette série m'avait avant tout attirée par le nombre de pages par rapport au prix demandé (oui, c'est une raison minable). En lisant le résumé, je me suis dit qu'il n'y avait là qu'un scénario bien classique, mais je me suis lourdement trompé. Aujourd'hui je considère cette trilogie comme un des chef-d’œuvre que j'ai lu en fantasy, une œuvre ambitieuse et réussie au plus haut point. J'y ai trouvé une maturité assez nouvelle pour moi dans le domaine de la fantasy. Je savais que la science-fiction se prêtait très bien aux critiques de notre société ou à la réflexion, mais je ne connaissais pas le pendant en fantasy. Et avec cet ouvrage, j'y suis arrivé.
Je précise également avant de commencer la critique que le titre change selon l'édition. Lorsque vous trouvez des volumes séparés (avec des illustrations bien inutiles), ils sont nommées Les trois lunes de Tanjor. Je vous avoue que je connais quasiment le livre par cœur à force, mais je ne comprends pas le titre. Le coup des lunes, on s'en fiche un peu durant tout le roman (je crois qu'on les mentionne deux fois) et il me semble que le mot Tanjor n'apparait pas dans tout le roman. Les mystères des noms de séries sont parfois nébuleux. Du coup je garderais le terme de Ayesha si vous n'y voyez pas d'inconvénients, qui sera largement plus pratique.


Résumé en trois mots : Autre monde, Religion et Esclave

Cette trilogie donc, nous la devons à l'auteur Ange, qui est en fait un pseudonyme (ah, vous ne vous vous en doutiez pas du tout, avouez !) sous lequel s'abritent deux personnes, un couple plus exactement : Anne Guéro et Gérard Guéro (tout deux français). Le pseudonyme vient simplement des premières lettres de leurs prénoms : Anne et rard. Ce duo d'auteur semble bien fonctionner, puisqu'ils publient quasiment toutes leurs œuvres ensemble. D'ailleurs nous avons eu le droit à beaucoup d'albums de bande-dessinée, notamment La Geste des chevaliers-dragons (pas la meilleure), Le collège invisible, et bien d'autre encore. En fait, ce n'est pas vraiment le meilleur qu'ils ont fait.

Non, la meilleure chose qu'ils ont écrits ensemble, c'est bel et bien cet ouvrage. Il est paru entre 2001 et 2003 pour la première édition, mais édité en intégrale dès 2005, et l'ouvrage dont vous avez l'image est l'édition 2010 de l'opération 10 ans/10 romans/10 euros (je le répète, mais sautez sur l'occasion lorsqu'il le font). Ne cherchez pas à la trouver, vous l'aurez pour plus de 20 euros, autant prendre l'intégrale classique à 26 € mais en état neuf. Eh oui, c'est cher de lire ....

Mais sans s'attarder sur les considérations matérialistes d'un livre, voyons ce que le bébé a dans le ventre. Déjà : l'histoire !
Nous sommes donc dans un royaume inconnu, n'existant que dans l'imagination des auteurs. Mais ici, c'est fait de façon géniale : Tout, absolument tout, est réaliste. Pas de dragons, de magie, d'artefacts sacrées, de retournement de situation tirée par les cheveux. Non, c'est juste normal. Comme une période de l'histoire. Dans le tome un uniquement nous aurons droit à des chiens magiques (et encore, ils sont juste un peu plus gros et ont l'odorat très développé. C'est renversant) et c'est tout ! Le reste, c'est comme une œuvre historique dans un passé inexistant. Je trouve ceci juste extraordinaire, puisqu'on ne se repose pas sur quelque chose de facile pour avancer.

Et donc, le royaume est normal. Des gens normaux y vivent, avec des coutumes, des rites, une religion et des esclaves. En fait le livre s'ouvre sur la citation d'un historien de ce monde qui explique que les esclaves sont le peuple turquoise, arrivé voila trois milles ans par les glaces. Il était blond au yeux bleus, à la peau claire, et une tache bleue était dans leur dos. Ne sachant que faire d'eux, les prêtres se tournèrent vers le ciel et distinguèrent dans la rune de la captivité (le ciel est fait d'étoiles assemblées en runes selon eux) une étoile turquoise. La conclusion fut que le peuple turquoise leur avait été donné pour être esclave. Et depuis ce jour, ils le sont de naissance, souillé depuis ce jour par un crime inconnu qui les conduit à devoir servir sans autre choix.



Je ne dévoilerais pas l'intrigue, mais sachez qu'entre le premier tome et les autres, vous irez de surprises en surprises. La moitié du premier est une course-poursuite qui s'interrompt très brutalement, puis nous avons une deuxième partie avec des intrigues et des complots de cour, une guerre en préparation et des nouveaux personnages, notamment Harrakin et Halios, frères nobles et ô combien important. D'ailleurs je trouve que Harrakin est un personnage des plus développé et des plus intéressant. Une vraie réussite. Le premier tome se finit d'ailleurs sur un gros retournement de situation qui est vraiment inattendu. Enfin moi, je me suis fait avoir comme un bleu.

Pour parler de ça d'ailleurs, je dois souligner un gros caractère du livre : les personnages et leurs psychologies. Car les auteurs nous ont crées deux personnages opposés (Arekh et Marikani) qui sont très curieux : on n'aime pas Arekh, violent, cynique et brutal, mystérieux et sombre, alors que Marikani est la douceur, la sympathie, l'amour, la beauté etc ... réunis. Et pourtant, plus on avance et plus Arekh devient attachant et Marikani plus froide et distante. Au point finalement que les deux se croisent et inversent les rôles attribués au départ.
D'ailleurs cette constante restera : les rôles ne sont jamais fixes, sauf pour deux ou trois personnages. Chacun est mouvant, vivant, avec plusieurs facettes que l'on découvre au fur et à mesure. Dans ce sens, Harrakin est le plus subtil, commençant en bellâtre pédant et beau gosse, pour finir dans un portrait beaucoup plus nuancé, et sacrément attachant. J'ai un gros faible pour lui. Mais les autres personnages ne sont pas en reste.

Ensuite, le récit est superbe. Alternant donc scène de cour, de guerre, de poursuite et autres joyeusetés propres aux récits de fantasy, il va nous entrainer sans temps mort dans une aventure tourbillonnante, avec notamment des nouveautés permanentes qui donnent du corps au récit. Les nouveaux personnages, les nouvelles intrigues, etc ... Rien n'est linéaire. Et les retournements de situations sont superbes. Deux dans le premier tome, un seul (mais superbement mis en scène) dans le second, et au moins trois dans le dernier. Une façon de conclure en beauté l’œuvre. Et la beauté dure jusqu'au bout. Le dernier chapitre apportera encore son lot de surprise, et le dernier mot est aussi important que le reste. J'ai trouvé cette mise en scène superbe. Et en sus, une postface parfaite. Elle pose des bases extraordinaires, avec de quoi réfléchir pour une bonne journée.

Car la réflexion est également présente dans l'ouvrage, autour de deux grandes thématiques : l'esclavage et la religion. Et là, pas question de traitement manichéen. Surtout pas sur la religion, où le propos atteint une sacrée finesse, notamment dans la conclusion et le dernier chapitre. Mais pour ça, je vous laisse découvrir par vous même. D'autres thèmes sont très bien mis en scène, autour du pouvoir et des enjeux, mais également autour de la rédemption d'un homme. Et également autour de l'amour, sous différentes formes. Je vous laisse découvrir encore une fois.

A tout ceci, j'ajouterais que le récit est également complété par une bonne chose : pas de grand méchant. Pas de mal absolu, de vilain pas beau qui détruit tout. Et également (ô joie et comble de la félicité !) une carte totalement inutile ! Oui, vous lisez bien, la carte est complètement désuète ! Vous pouvez lire tout le roman sans la consulter une seule fois, tant le récit est bien construit. On comprend tout le cheminement sans aucun effort, et même si certains lieu ne sont pas d'une précision parfaite, on s'en fiche, ce n'est pas important. Je crois que je baiserais les pieds des auteurs pour nous avoir fait ça. Parce que le roman où vous consultez la carte toute les 4 pages pour voir où se trouvent les gens, c'est chiant ! (oui, Le trône de fer est également visé la dedans ! J'assume !) D'ailleurs les descriptions de paysages permettent d'avoir la carte en tête de façon très claire. Pas de doute la dessus.

Mais alors, me direz-vous, ce roman est-il parfait ? Je dirais que presque. Car plusieurs choses sont gênantes. Déjà une utilisation quelque fois de facilités. Par exemple des gens qui arrivent à fuir devant des hommes à cheval (non, ce n'est pas possible ...), quelques ficelles un peu grosses dans la réapparition des personnages (au tome 3) et deux trois autres petites combines un peu simple. Elles sont très négligeables, mais quand on relit le tout pour la centième fois, le cerveau tique. Remarquez, si vous le lisez une seule fois, ça passe.
Ensuite, une autre critique serait au niveau des personnages : si la plupart des personnages ont du volume, il en reste deux trois qui sont très primaires dans leurs comportements (je pense notamment à Laosimba). Du coup, ils font tache au milieu du reste. Mais franchement, je ne peux pas dire que c'est le pire.

Par contre, la plus grosse critique vient de la fin. C'est juste atroce. Tout comme La nuit des temps, j'aurais voulu engueuler l'auteur lorsque j'avais fini le bouquin. Mais bon, elle est tellement bien faite ... Horrible à lire, mais bien faite. Le retournement final est superbe. Je me répète, mais il vaut vraiment le détour. D'ailleurs après l'avoir passé à une amie (qui m'a très gentiment prêtée la série des Trône de fer) qui l'a adoré, elle m'en a voulu pour la fin. C'est un effet que j'aime bien, il indique qu'une personne à suffisamment aimé l'histoire pour en vouloir à l'auteur d'avoir fait ça.

Ah oui, dernier point superbe : pas de nom à coucher dehors remplis de trémas, d'apostrophes ou de lettres qui n'existent qu'en finlandais. Pas trente-six milles noms de villes ou de lieux, pas de nouveaux noms toutes les trois pages. Ça fait du bien de s'y retrouver très vite, de ne pas avoir des scènes qu'on explique que trente pages plus loin. Enfin de la fantasy qu'on lit avec un plaisir immense. Je suis vraiment reconnaissant aux auteurs d'avoir fait ce choix (à mon sens très bon).

Donc en clair, que retenir ? Le livre est prenant, le style d'écriture parfait. Les personnages sont profonds, l'intrigue est superbe et intéressante, le livre propose plusieurs réflexions qui sont très bien menées, et l'orchestration du tout est juste. Les auteurs se refusent au surnaturel et font ainsi une fresque d'une crédibilité quasi-parfaite. Bragelonne à également fait un excellent boulot autour de l'édition, qui est un plaisir à lire. En fait, je suis quasiment sur qu'il s'agit d'une des meilleurs trilogie de la fantasy française. Voir la meilleure, mais je ne m'avancerais tout de même pas jusqu'à là. En tout cas, elle est vraiment géniale, et la lecture n'est pas que recommandée. Si vous voulez commencez la fantasy, que vous cherchez un cadeau pour quelqu'un qui aime bien, ce livre est la solution idéale.

(Chronique n°9)

jeudi 31 janvier 2013

Orcs (Stan Nicholls)


Bon, nous avons abordé plusieurs livres différents, mais avec pour l'instant tous un point commun : je les ai bien aimé. Maintenant, voyons un livre que je n'ai pas beaucoup aimé. En fait, plus qu'un livre, c'est une trilogie (je vous rassure, ce ne sera pas la seule). Donc je vais enfin essayer d'appliquer ma politique. Voyons si je ne vais pas trop le descendre. Enfin, en même temps je lis rarement des critiques élogieuses sur ce sujet.

Donc, voyons ensemble un roman de fantasy tout ce qu'il n'y a pas de meilleur : Orcs de Stan Nicholls.


Résumé en trois mots : Orcs, Quête et batailles

Orcs, c'est une trilogie de Fantasy dans un autre monde, avec ses créatures extraordinaires, ses codes et ses scènes clichés. Mais avant tout, voyons l'auteur.
Stan Nicholls est un auteur britannique qui est né en 1949. Cette trilogie Orcs est son œuvre la plus connue, mais pas la seule, ayant écrit beaucoup d'autres choses en fantasy. Il est d'ailleurs, semble-t-il, doué d'un égo particulièrement démesuré suite à cette série. Je ne vais pas trop en dire sur l'auteur, au risque de devenir médisant, mais j'avoue qu'il est assez particulier.

Donc nous avons un roman qui propose de prendre comme point de vue principal les méchants des aventures de Fantasy classique : les orcs. Bon, pour l'instant il faut dire que la démarche n'est pas neuve, l'idée de donner du charisme au méchant est une idée qui date d'il y a un moment tout de même (relisez les vampires de Anne Rice qui en propose une autre approche en 76) lorsqu'il écrit sa trilogie, fin des années 90 et début des années 2000. Mais bon, il propose par là une idée qui peut être très intéressante bien exploitée.

Et bien .... Elle ne l'est pas. Comprenez bien mon propos : dans la fantasy, quelques classiques sont instaurés comme codes. Par exemple, les elfes tirent à l'arc, les hommes se battent surtout à l'épée et les nains à la hache. Ils vivent dans les montagnes, les elfes dans la forêt. Les dragons sont des créatures énormes et très vieilles, et crachent du feu. Ce sont là des codes généraux qu'utilisent la majeure partie des auteurs sauf dans quelques cas (notamment les parodies). Lorsqu'un auteur se propose donc de faire des orcs les personnages principaux, on est en droit d'avoir des gros guerriers, un peu bourrin, mangeant de la viande et violent, sauvages, etc ... Ce qui n'empêche d'ailleurs pas d'en faire des personnages très agréables.
Mais là, Stan Nicholls va nous pondre des orcs romantique. Oui, vous lisez bien, des orcs romantiques. Des orcs qui s'interrogent sur le sens du monde et de leurs actions, sur la futilité de leurs gestes etc .... Je ne sais pas pour vous, mais Conan le Barbare qui réfléchirait à la question du bien et du mal ça ne passe pas du tout. Mais bon, admettons. Supposons que l'auteur veuille faire quelque chose de plus profond.

Déjà, prenons l'histoire.  Une compagnie d'orcs, nommée Les Renards, est aux ordres d'une créature puissante, sorte de sorcière, nommée Jennesta, qui règne sur une grande partie des terres. Oui, il y a plusieurs grands dirigeants, des humains convertis à une religion monothéistes, les Unis, et d'autres polythéistes (les Multis). Dans tout ça, les orcs servent la maitresse qui est particulièrement méchante et ne fait que les utiliser. Lors d'une mission, échouant en se faisant piquer ce qu'ils devaient ramener, ils décident de devenir paria et de s'enfuir. Jusqu'à là c'est bon.
On note déjà qu'il y a beaucoup de clichés (et en le lisant c'est encore pire), puisque absolument tout est téléphoné, pire qu'un blockbuster américain. On sent venir à des kilomètres les actions, le conflit Multi/Unis est une tentative bien maladroite d'afficher son point de vue sur la religion (en clair les Unis sont des méchants pas beau du début à la fin, aucune question sur leur foi et leur conversion). Mais en plus, l'histoire va proposer quelque chose d'incroyablement cliché : les héros immortels.
Soyons bien d'accord : je ne cours pas forcément après les récit du genre Game Of Throne qui tue un personnage principal par livres (même si cela est sacrément plus prenant et intéressant) mais quand les héros passent environ 1/3 des livres à se battre dans des mêlées à 1 contre 10, quand ils font des chevauchées désespérés qui réussissent tout le temps, qu'on à trois morts (ou dans ces eaux là) au final, alors qu'il se font poursuivre par absolument tout le monde dans l'univers crée, c'est franchement lassant. A la limite, pour le héros, je ne dis pas, mais absolument tout ceux qui font partie des Renards semblent partir avec neuf vies.

Ensuite, je dois dire que Stan Nicholls à fait le choix d'un monde crée de toute pièce. C'est honorable de ne pas reprendre un monde tout fait, et de faire le gros travail de création. Je suis d'accord, mais là je me demande si c'était vraiment nécessaire. Le monde n'a absolument rien d'original. Mais vraiment rien. C'est juste plat : Unis = méchant (forcément), la maitresse du début est une magicienne aux super pouvoirs qui les recherche tout au long mais en le suivant .... avec son armée (alors qu'un bon sort à distance et on n'en entends plus parler). Ensuite, les humains sont les méchants. Soit, c'est un parti pris. Mais là, c'est pitoyable. Le profil de l'humain : intégriste religieux principalement. Je veux bien qu'on ai ses idées, mais affirmée avec autant de force (d'autant qu'il les rend également très con), c'est juste lassant.
En fait, je crois que le gros problème du récit, c'est que Stan Nicholls veut absolument enfoncer ses idées et pour cela va chausser des souliers ferrés. Et quand on veut me forcer, j'ai tendance à résister.

Après, l'histoire se lit. L'enchainement est fluide et logique, mais par contre (encore !) les ficelles utilisées sont d'une grosseur énorme. Il faut trouver cinq artefacts sacrés (que tout le monde connait, mais que personne n'a eu idée de rassembler bien évidemment) qui possèdent un étrange pouvoir qu'il faut découvrir. Devinez qui va le découvrir ? (si vous ne voyez pas, la lecture vous semblera plus intéressante). On ajoute également des idées douteuses (les protagonistes se font des fixes à la drogue tout au long sans qu'il ne soit mentionné que c'est peut-être un peu douteux) et des clichés (le héros à des visions d'un autre monde qui semblerait plus beau et qu'il à l'impression de pouvoir rejoindre). Le final d'ailleurs est trèèèèès cliché également et sans la moindre surprise. Tout est convenu et téléphoné. En plus, la fin clôt le sort des héros, mais aucune indication n'est faite pour le sort du monde. C'est très énervant.

Et en sus, nous avons des gueules classiques de chez classiques : le héros fort, bon, brave, inquiet pour les siens, la fille brave, forte et courageuse (et accessoirement la seule), le vieux sage, l'étranger qui veut se faire accepter (ici c'est un nain), le héros grande gueule et plutôt casse-pieds (et qui en prends plein la figure tout au long du récit) mais avec un grand cœur au final (indice : il se dispute tout le temps avec celui qui veut se faire accepter mais est quand même son ami). Bref, absolument rien de neuf sous le soleil. Vraiment rien.

Du coup, que dire de la trilogie Orcs ? Elle est dans un schéma type de la fantasy, usant et abusant des codes, voulant faire des innovations mais qui ratent largement leurs buts. L'intrigue est trop linéaire, tout est téléphoné. Lorsque vous avez fini le livre, il n'y a rien à en tirer de vraiment concret, en terme de réflexion ou simplement d'imagination.
Cela dit, le récit est correct en terme d'écriture, fluide et intéressant. Il est parfaitement lisible, et ne perd pas ses lecteurs, ni avec les lieux ni avec les personnages. Un bon équilibre à été trouvé également avec les points de vue, mais absolument pas exploité. L'ensemble est clairement dispensable.

(Chronique n°5)

J'ajouterais également que l'auteur à prolongé la saga avec une nouvelle trilogie (que je ne lirais sans doute pas) et peut-être encore une autre à venir. Si vous avez aimé le premier axe, ne vous privez pas. De même si vous le trouvez d'occasion, ça peut toujours passer. Mais je pense franchement que c'est une série qui n'est pas à la hauteur de ce qu'on trouve en fantasy. D'ailleurs je ne suis pas très encouragé à suivre l'auteur.

dimanche 27 janvier 2013

Wonderful (David Calvo)

Comme le dit si bien le proverbe, "Il n'y a que le premier pas qui coute".

Lançons-nous donc joyeusement dans les récits les plus improbables, et commençons directement avec du lourd, du très lourd.


Résumé en trois mots : Lune, Rêve et Fin du monde
Wonderful, de David Calvo, un roman qui sent très fort les rêves et le fantastique.

Pour commencer de façon simple, je vous pose une simple question : Avez-vous lu Neverwhere ? Si oui, l'avez-vous aimé ? Si oui, alors ce roman est fait pour vous.

Sorti en 2001, Wonderful est un roman curieux et dérangé. A la fois fouillis incroyable et pourtant organisation au poil, délire et réalité mélangé, il est totalement inclassable. A l'image de l'auteur d'ailleurs, sur lequel très peu d'informations transparaissent. Je tiens tout de même à signaler que sa biographie sur Amazon varie selon les livres; et se trouve résumé sur l'un à "David Calvo a trente ans. Expert en chute libre, il ne vit plus nulle part." (ceux qui en doutent, cliquez !). Le peu d'informations qu'on obtient en croisant les sources permettent de dire que c'est un homme, qu'il est né dans les années 70 (et qu'il aurait par conséquent environ quarante ans actuellement), à Marseille ou à Los Angeles. Il écrit beaucoup avec Fabrice Colin apparemment, aurait peut-être des enfants ou peut-être pas, et des gouts très éclectiques (surtout en musique, mais nous y reviendrons).
Le peu d'informations que l'on trouve sur lui ont même données lieu à des explications tout à fait sensées telles que "David Calvo n'existe pas". En résumé, vous aurez compris que l'on ne sait pas très bien qui est l'auteur, et que l'aura de mystère autour de sa personnalité joue en sa faveur. D'ailleurs j'aimerais beaucoup le croiser en dédicace, ce type doit en valoir la peine je pense. Mais ce n'est là que mon avis (que je partage d'ailleurs).


Bref, vous avez compris, le lascar est rude gaillard, et nous allons devoir batailler ferme pour nous en sortir. Je vous alarme tout de suite, vous n'êtes pas au bout de vos peines. Le roman dépasse encore son auteur, et de très loin d'ailleurs.

Car Wonderful, c'est encore pire que tout. Imaginez votre réaction si je vous dis ceci : La lune va s'écraser sur la Terre, un film est recherché dans un Londres où des gens se croient à l'époque Victorienne et d'autres se prennent pour le marchand de sable, avec une radio Blue FM en fond sonore, une symphonie de planètes et Newton. Il y aurait alors fort à parier que vous me preniez pour un demeuré complet qui à assemblé des idées éparses n'ayant somme toute aucun rapport. Ce qui d'ailleurs n'est pas loin du compte. Car en fait, nous sommes devant un livre qui est très proche d'une décharge d'idées. Vous allez en avoir en vrac pendant un long moment, et c'est très dur de trouver la cohérence au premier coup d’œil. Le meilleur moyen pour arriver à contourner ce genre de problèmes, c'est tout simplement de lâcher prise. On ne se pose pas de questions, et on se laisse emporter par la folie de l'écrivain.

Enfin, folie .... Génie peut-être. Le synopsis est à la base tellement dingue qu'il tient autant du génie :
L'histoire va se dérouler uniquement dans la ville de Londres. Londres qui à pété un boulon d'ailleurs. En même temps il y a de quoi : c'est la fin du monde. Mais pas une de celle que l'on peut contrer. Non, ici, c'est la fin totale : la Lune se fragmente, elle meurt, et d'ici peu s'écrasera sur la Terre en détruisant tout. C'est la fin. This is the end auraient dit les Doors.
Et pourtant, les gens vivent encore en attendant la mort. Le docteur Loom notamment s'obstine à soigner des patients dans sa clinique. Mais il est confronté à plusieurs soucis : sa femme est dépressive (remarquez, ça se comprend) et des patients disparaissent mystérieusement. Et puis il y a un film, très convoité, qui attire des gens. Beaucoup de gens, et pas seulement des curieux.

J'ai essayé ici de résumer au maximum sans trop en dévoiler (car on en dévoile très vite trop). Le roman est très hallucinant, comme une sorte de rêve éveillé, avec des passages superbes, mais d'autres également angoissants. Je dirais que le roman est très onirique. On navigue dans des idées folles en permanence, mais si on se pose trop de questions, si on s'attarde, on est perdu. Car de l'imagination serait à revendre ici. Londres est totalement chamboulé, et des idées de génies prennent forme. On reconnait énormément de clin d’œil également, et beaucoup de parallèles peuvent être fait. Le plus gros (je pense) est celui avec Neverwhere, de Neil Gaiman (une chronique bientôt, promis), avec l'idée d'un Londres complètement différent; mais aussi dans certains personnages (notamment les deux détectives Floatsam et Jetsam qui ressemblent par certains côtés à Croup & Vandemar, tout en étant très différent). Pour autant, je ne pense pas qu'il s'agisse de littérature bis. C'est une œuvre pleine et entière, avec son propre monde.

Monde d'ailleurs qui mélange tout, tout en contenant beaucoup de poésie. En fait, au fur et à mesure de la lecture, on est happé par les mots, l'orchestration parfaite des chapitres (et des situations), par la tragédie sublime qu'on nous joue. Pour reprendre les mots d'une autre critique : "Jamais fin du monde n'aura été aussi belle". Les larmes et le rire se mêlent en permanence, pour notre plus grand bonheur.

Et au final, le rideau tombe gracieusement, sans faire mal. La fin est attendue, mais elle reste belle, superbe. En fermant le livre, j'avais une curieuse sensation, comme si le récit m'avait touché un point sensible, un de ceux que je ne connaissais pas mais que j'ai eu beaucoup de plaisir à sentir chatouillé. La relecture de ce livre me plonge d'ailleurs à chaque fois dans cette sensation, que je considère comme unique, et en même temps tellement belle.

Cependant, le récit n'est pas seulement sur papier. L'auteur s'amuse dans le livre à disséminer des pistes de musiques (de manière très subtile d'ailleurs). Lorsque vous prenez la peine de les écouter à la suite, vous constaterez qu'il vous donne une véritable playlist en plus de l'ouvrage, dans le ton du récit et soulignant les passages, contenant de véritables perles d'ailleurs (et pour la plupart je ne connaissais pas). Je vous laisse le plaisir de l'écouter par vous même (elle est disponible ici). C'est le genre de petit détail qui vous fait d'autant plus apprécier une œuvre.

En résumé, une œuvre très onirique, mélangeant des styles très divers, allant un peu dans toutes les directions, mais restant tout de même autour d'un même axe, elle saura combler les fans de lectures un peu en dehors des genres. Onirique et émotionnellement chargée, voir belle également, c'est une lecture qui procure des sensations, a ne pas faire juste pour se divertir et passer du temps. Elle ne laisse pas indifférent. A conseiller à tout les fans de Neverwhere de Neil Gaiman, mais aussi aux autres. 

(Chronique n°1)