Affichage des articles dont le libellé est biographie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est biographie. Afficher tous les articles

jeudi 2 avril 2015

La religieuse (Denis Diderot)

J'ai eu, durant mes années d'études, un professeur que j'ai énormément apprécié et qui nous a vanté une sacré quantité de livres et d'auteurs de la période moderne, dont Laclos, Rousseau, Sade, Voltaire et Diderot. C'est ce dernier vers lequel je me suis penché le plus vite, attendu que notre professeur nous en parlait presque tout le temps. J'ai donc déjà lu le livre Paradoxe du comédien qui est très intéressant, puis je me suis penché sur le cas de La religieuse, qui nous étais présenté comme un ouvrage régulièrement interdit à l'époque. Je voulais en connaitre la raison et je me suis mis en tête de le trouver et le finir.


Résumé en trois mots : ReligieuseCouvents et Problèmes

C'est une curieuse histoire, bien évidemment bien plus qu'une simple histoire. C'est le pamphlet d'un philosophe envers une institution établie de la religion. Et pas n'importe laquelle. Celle des couvents.

Alors, avant toute chose, je comprend parfaitement qu'on puisse se désintéresser de ce genre de roman si l'on n'y voit pas l'intérêt et qu'on y vient pas avec un minimum de connaissance de base. En effet, l'époque de Diderot est celle où les jeunes filles de bonne famille sont envoyés au couvent, soit avant le mariage, soit définitivement faute de dot suffisante pour la marier. Et deux trois autres détails du genre. Alors, je conçois que si vous ne vous intéressez que très peu à cette époque et à son comportement religieux, c'est assez difficile d'approche et peu intéressant.

Cela dit, j'ai beaucoup aimé la façon dont Diderot traite le livre. C'est la lettre de l'héroïne à un protecteur anonyme, dans laquelle elle raconte son histoire d'un bout à l'autre, tout en conservant sa naïveté et sa candeur d'origine. C'est une fille de bonne famille qui connue la malchance d'être née seconde dans la famille. Et qui va se retrouver au couvent très vite, alors qu'elle refuse.
Mais la vie est mal faite, et notre héroïne va se retrouver à fréquenter divers couvent, chacun avec ses méthodes et sa façon d'agir, qui bien évidemment, ne conviendront jamais.

Ce livre est amusant, de part son énorme pamphlet anti-clérical, et toute la volonté qu'il met à décrire des couvents comme des institutions sordides hérités d'une époque qui ne correspondait plus à la réalité et qui ne faisant que mettre à mal une partie de la gente féminine, qui n'avait pas demandé à s'y trouver pour la majorité. Le pamphlet a perdu de sa force, il faut l'avouer, puisqu'il vise, plus que la religion, une institution de celle-ci. Institution qui n'a pas disparu, mais n'existe tout du moins plus dans la forme qui nous est présenté ici (et tant mieux !). Mais cela fait réfléchir, je trouve, que de lire ce qu'il s'y passait (en traits grossis) et les limites de toutes religions.

Personnellement, je me suis amusé à la lecture, qui ne fut pas la plus inoubliable mais très sympathique tout de même, avec quelques rires, pas forcément voulu par l'auteur je pense, mais cela m'a amusé de me retrouver dans un dix-septième siècle rempli de nonnes. Même si je ne pense pas relire ce livre, ce fut une lecture distrayante.

Un livre philosophique mais qui a perdu de sa force et de son potentiel, même s'il reste très sympathique à lire (notamment son langage très classe), avec des bonnes choses à en tirer. Je ne suis pas sur qu'il me faille vous le conseiller, sauf si vous êtes fan d'histoire et de religion, et que vous avec quelques connaissances préalables sur le sujet. Le livre ne manquera pas, alors de vous plaire, même si là encore ce n'est pas le meilleur livre qu'on ai conservé de cette période. Mais pour ma part, j'en ressors satisfait.

(Chronique n°254)

lundi 3 novembre 2014

Les mémoires de Zeus (Maurice Druon)

J'avoue, sans honte et sans pudeur, que c'est le nom de Maurice Druon qui m'a fait dresser l'oeil en premier. Avouons que ce n'est pas ce qu'on s'attendrait à trouver dans la collection des livres Bragelonne (spécialité : la fantasy). Mais ensuite, le titre apportait un mystère que j'eus envie de résoudre. Les mémoires de Zeus ? Quelle drôle d'idée de la part de cet auteur dont je connaissais surtout la saga « Les rois maudits » (comme la plupart des gens d'ailleurs). Puis, lecture du résumé, où je comprend que l'histoire parle de Zeus à la première personne. Une autobiographie du roi des dieux grecs … Ça, c'était la seule chose qu'il aurait fallu pour me lancer dans la lecture immédiate de ce livre. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé, peu ou prou. Car oui, la mythologie, c'est un de mes grands dadas …


Résumé en trois mots : Autobiographie, Dieux et Mythologie

Ce livre est vraiment l'autobiographie de Zeus, écrite par Maurice Druon telle qu'elle le serait si le roi des dieux venait à se réveiller en 1967 (la première édition du livre est vieille) et qu'il voulait raconter sa vie pour tout mortel de ces années là. Le livre commencera donc par toute la création de l'univers par la famille de Zeus, la création de la terre, de la vie, des animaux, de tout ce qui existe.
Disons le tout net, ce livre est très bien écrit. Je reconnais à Maurice Druon la qualité de sa plume (n'oublions pas qu'il fut membre de l'académie française), qui sait marier à merveille le beau langage et la verve humoristique, qui fait du récit une histoire plaisante et agréable à lire. En plus de tout le reste. D'ailleurs le découpage en chapitres courts avec les titres annonçant le contenu m'a beaucoup plu, ça fait bien à lire.
Pour ce qui est du contenu, car il faut bien en parler, c'est tout simplement génial. Maurice Druon nous fait un tableau complet de la vie de Zeus, depuis bien avant sa naissance jusqu'au moment où il sombra dans un lourd sommeil sans jamais omettre d'histoire, mélangeant toutes celles qui concernent Zeus présente dans la mythologie grecque. Et lorsqu'on les assemble, le tableau est très intéressant. Ce qui m'a notamment fait plaisir, c'est que Zeus ne fait pas que raconter mais commente également tout les évènements à sa façon, défendant souvent le point de vue inverse de celui que l'on aurait tendance à connaître. C'est une relecture très intéressante des histoires divines, donnant des dimensions supplémentaires à ceux-ci, tout en conférant à l'ensemble une grande cohérence dans l'optique. Lorsqu'on examine tout comme cela en un bloc, il faut remarquer l'ingéniosité du Panthéon grecque qui était bien plus riche et bien plus dense que les simples images que l'on a conservé (à ce niveau la lecture de la vie d'Hercule est passionnante). Maurice Druon nous fait un tour d'horizon bien plus complexe que ce à quoi je m'attendais. Il sait marier également les histoires divines et l'histoire des hommes, nous rappelant de temps à autre à quelle époque historique se situent les faits.


Un livre qui m'a énormément plu, de par son côté mythologique, mais qui m'a également séduit pour bien d'autres qualités, concernant tout autant le fond que la forme. La vie de Zeus vue dans son ensemble est une excellente idée et Maurice Druon a su en tirer tout le nectar, nous offrant un livre digne de l'amboise qu'il contient, avec autant de sérieux que d'humour et plein de petits réflexions sur la façon de concevoir les dieux grecs, tout autant que la façon de comprendre l'histoire divine, qui est finalement aussi riche et aussi complexe qu'aurait pu l'être la vie d'une personne réelle. Alors, pourquoi se priver d'une autobiographie de cette qualité ? Un livre que je recommande chaudement, il m'a passionné et il devrait bien vous plaire !

(Chronique n°206)

samedi 1 février 2014

Impératrice (Shan Sa)

(lu entre le 9 et le 16 janvier)

Enfin fini ce livre ! Une semaine, je me surpasse dans ma lenteur, mais j'avoue que j'ai lu pas mal de BD entre, et celles que j'ai lu étaient sacrément consistantes. A tel point qu'une d'entre elle m'a pris une semaine complète et qu'elle me travaille encore. Sans parler de certaines qui sont encore sur ma pile, et qui ne sont pas prêtes d'en décoller car ce sont plus des pavés graphiques et littéraires que des véritables BD. Mais ça c'est un détail. En tout cas ma lecture fut lente ...


Résumé en trois mots : Chine, Impératrice et Biographie

Pas la peine de me faire remarquer que j'ai intégré le titre dans le résumé en trois mots, je le sais !  Mais j'avoue qu'il n'y a pas grand chose d'autre pour résumer véritablement ce roman imposant (pas par la taille, il fait à peine plus de 400 pages), qui nous présente une vie complète.

Si j'ai adoré les autres récits de Shan Sa, je suis plus mitigé sur celui-ci. Il est bon, mais moins que ses deux autres. Dans les autres la légèreté et la poésie de l'auteur convenaient à merveille aux situations et à la narration. Ici, le cadre historique et la contrainte de raconter une vie complète donnent plus de mal, et dans l'ensemble de la lecture j'ai eu parfois le sentiment de lire vraiment un texte historique (ah, souvenirs de la fac d'histoire ...), mais ce n'est pas vraiment un compliment, parce que c'est lourd à lire. Un autre détail, c'est que tout l'aspect contemplatif et descriptif est très bien fait, mais malheureusement il parsème un récit qui n'est pas chargé en action, et j'ai souvent eu l'impression qu'on stagnait sur un passage sans grande importance. Au final, il faut avouer que si la vie de cette impératrice fut intéressante,elle ne fut de loin pas trépidante, et la lecture s'en ressent.

A côté de ça, le style est toujours intéressant et l'histoire a un côté prenant aussi, a la lecture de toute cette vie, très intéressante au demeurant. C'est assez incroyable, mais je me pose des questions quant à la qualité historique de l'ouvrage, clairement romancé, et sur une personnes sujette à de tels controverses. Mais cela n'enlève rien à la démarche, qui tente de donner une autre image à cette Impératrice, la seule de Chine, qui installa sa dynastie pour son règne. Une image controversée, donc, mais intéressante.

Clairement, ce n'est pas le meilleur récit de Shan Sa, mais il est intéressant aussi, et assez prenant même si il n'est pas dans le haut du classement. Intéressant notamment sur sa vision de la Chine ancienne et de cette Impératrice hors-norme, intéressante pour quelques passages, et le style toujours aussi bon, même si je le trouve moins en accord avec le récit. Pas indispensable, mais pas désagréable non plus.

(Chronique n°131)

lundi 21 octobre 2013

Peste (Chuck Palahniuck)

Encore un Palahniuck, mes amis, et pour ne pas prendre n'importe quel livre qu'on m'aurait conseillé, j'ai décidé de prendre un livre complètement au hasard dans le rayon, pour tenter un peu autre chose, voir ce que l'auteur avait aussi fait. Car oui, Fight Club c'est bien beau, mais quid du reste ? De cette façon, je me suis retrouvé avec dans les mains le livre Peste. Un scénario qui semblait assez intéressant, et je me suis dit qu'on pouvait se lancer. Et là, la lecture ...



Résumé en trois mots : Humour, cynique et Amérique

Ce roman m'a fait une drôle d'impression. Non, en fait il y en a eu plusieurs, des impressions sur ce roman. Déjà, et c'est ce qui semble ressortir de nombreuses autres critiques que j'ai pu lire, il y a une grosse impression que Chuck Palahniuck à combiné des idées multiples et allant dans tout les sens, se mêlant pour former un roman. Le problème, c'est qu'il y en a trop à mon humble avis. Assez d'idées pour deux voir trois livres, mais combiné en un, c'est trop. Et pourtant, elles sont bonnes.

Ensuite, j'ai aussi été dérangé par le style d'écriture, qui s'inspire des biographies orales, celles où chacun parle en expliquant la vie de quelqu'un qui est mort (bien que dans ce cas on n'en soit pas tellement sur). Mais là encore, c'est très décousu, très confus. On comprend, mais avec trois trains de retard, et c'est pénible en un sens. Je comprend très bien la volonté de l'auteur qui cherche à faire une biographie en tout sens pour troubler son lecteur jusqu'à le laisser dans l'expectative sans trop savoir la réalité dans tout ce marasme et ces idées contradictoires. C'est louable, mais je trouve que la forme n'est pas la meilleure.

Ensuite, passons à autre chose. L'histoire est confuse, et surtout regroupe trop d'éléments qui ne se mélangent (à mon avis) pas trop bien. Le livre va basculer d'une critique de la société pure et d'un roman humoristique noir (dans la veine de Le seigneur de porcheries mais avec un humour plus net), pour ensuite basculer dans une sorte de science-fiction et de considération philosophique voir métaphysique qui sont à mon avis très loin de ce qu'on pouvait lire au début.
Le roman est toujours très bon, lorsqu'il critique il sait viser juste (et très juste d'ailleurs), mais il le fait moins bien que dans Fight Club, avec trop de dispersion. Mais cela dit, le tableau qu'il dresse de l'Amérique vaut le détour, entre névroses et obstination, les personnages sont malsain du début à la fin, et ce n'est pas sans critique bien appuyées et ciblant des points précis. Mais dans l'ensemble, c'est difficile de comprendre.


En fait je pense que Chuck Palahniuck à voulu trop dire dans ce roman, et qu'il s'est perdu en cours de route. Le roman prend deux fois des virages radicalement différents, avec une impression de changer carrément de registre d'écriture, la seconde partie perdant considérablement en humour notamment, mais le tout étant bourré de bonnes idées. Si ce n'était pas un auteur déjà accompli, on pourrait croire qu'il s'agit d'une première œuvre encore un peu brouillonne de la part d'un auteur talentueux. Là on peut se demander pourquoi l'auteur s'est embarqué dans toutes ces directions au lieu de scinder tout en plusieurs livres, mais je trouve qu'il y a vraiment des excellentes idées, le tout un peu trop noyé dans la masse. Si vous acceptez de vous accrocher pour la lecture, ce livre ne devrait pas vous poser trop de problème, sinon, c'est pas celui que je vous conseille du même auteur.

(Chronique n°82)

jeudi 15 août 2013

Le seigneur des porcheries (Tristan Egolf)


Ce livre là, je suis tombé dessus complètement par hasard. Je cherchais le livre La conjuration des imbéciles (que je vais m'empresser de chroniquer bientôt), et je suis tombé dessus. J'ai lu le résumé et je me suis demandé ce que c'était comme genre de livre. J'ai décidé de le prendre et je l'ai lu. Quand je l'ai fini je me demandais encore ce que c'était que ce livre, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. En tout cas c'est vraiment très étrange. Voici donc Le seigneur des porcheries, de Tristan Egolf.


Résumé en trois mots : Humour, USA et noir

Je dois dire que le début fut difficile, on ne comprend pas du tout où l'auteur veut nous emmener. D'ailleurs, tiens, en parlant de l'auteur, son histoire vaut le détour (je vous laisse chercher sur Internet, c'est assez amusant comme histoire). Pour info, elle est comparable à celle d'un John Kennedy Toole (sur le fond au moins), mais j'en reparle dans la prochaine chronique.

Donc, je veux juste vous signaler que l'auteur a publié son premier manuscrit en France (Cocorico !!!) après 70 refus dans les maisons d'éditions (faut quand même s'accrocher). Cet auteur est était d'ailleurs passablement dépressif, au point de finir par se suicider. Cela dit, j'ai d'abord lu le livre et du coup, franchement, ça ne m'étonne pas du tout. Je vais m'expliquer.
Alors, pour ne pas trop vous gâcher la surprise je vais vous laisser lire, mais je dois juste dire qu'il y aura un siège d'une ferme et une crise énorme dans la ville. La crise, c'est la partie finale, mais dans le genre d'une crise, je suis sur que vous ne pouvez pas imaginer. Sinon, je peux dire que le style d'écriture est vraiment très curieux, avec beaucoup de métaphores; d'expressions imagées, de jeux de mots, de tournures humoristiques et de phrases drôles.
Je dois admettre que je tire mon chapeau au traducteur (je pense qu'il y a eu des arrangements lorsqu'il était en France pour la traduction) car le style est vraiment plaisant à lire et je  me suis amusé du début à la fin. Surtout vers la fin où j'étais plié en rire quasiment à chaque page. On en redemanderai presque.


Sinon le reste est bon aussi, l'histoire prenant des détours inattendus bien que l'on sache d'avance la fin, et j'ai eu de belles surprises auxquelles je ne m'attendais pas du tout. La montée se fait crescendo, d'abord dans une première partie finissant par la ferme, puis dans la deuxième avec une explosion finale épique d'une situation catastrophique. C'est excellent dans la construction et l'humour cimente le tout en le rendant parfaitement lisible.

Ce livre est vraiment très bon, drôle et bien écrit, et se targuant en sus de nous démontrer ce qu'il peut y avoir de pire chez nous (enfin, dans le sud des USA notamment, mais je trouve qu'il y a quelques échos par chez nous ...). C'est une superbe plongée dans l'âme humaine avec un anti-héros qu'on adore et qui nous amusera jusqu'au bout. Dans le genre des vies de merde, il tient bien la route, et je ne peux que vous recommander cette lecture intéressante et drôle.

(Chronique n°60)

mercredi 20 mars 2013

La part de l'autre (Eric-Emmanuel Schmitt)


Là, je dois dire que j'ai été impressionné. Vraiment. Vous avez déjà lu sans doute ce genre d’œuvre, qui vous laisse ensuite rempli de questions, qui vous rempli encore la tête pendant un long moment après ? Et bien là, c'est typiquement ce genre d’œuvre. A la fois belle et prenante, elle est également très philosophique et nous laisse bien en suspens. Une réflexion énorme en découle, et je crois bien qu'il peut également beaucoup choquer. C'est le genre de livre qui me plait énormément, vous l'aurez bien compris.
Ce livre, j'ai eu vraiment de la chance de le lire, c'est une amie qui me l'a passé en me disant qu'il était bien, et effectivement il est très très bien. Même excellent, je dois dire. Ce livre, c'est La part de l'autre de Eric-Emmanuel Schmitt.


Résumé en trois mots : Hitler, Vies et Dystopie

Je ne vais pas en dire beaucoup sur ce livre. Déjà parce que je l'ai adoré et qu'en parler serait difficile. Ensuite parce qu'il est beaucoup plus simple pour vous de l'acheter et de le lire. En fait, il y a tout dans le livre.

Le résumé est simple : EES (l'auteur), part d'un fait simple. Supposons que un certain A. Hitler parvienne à passer le concours des Beaux-Arts à Vienne en 1908. Que devient-il alors ? Nous allons le découvrir en visionnant, dans une mise en scène extraordinaire, les vies parallèles d'Adolphe Hitler. Dans un cas, au fur et à mesure du temps qui passe, un Hitler (malheureusement) bien connu apparait. Dans un autre cas, un certain Adolphe H. continue dans la peinture, s'ouvre à la vie et connait joies et peines bien différentes de son autre vie. Le monde s'en trouve changé.

De ce résumé à moitié uchronie (vous savez, le principe de changer un fait du passé pour construire un présent différent) nous allons explorer la part de l'autre, un nom décidément très bien choisi encore une fois, avec tout les bons et les mauvais côtés des personnes.
Avant de continuer, je dois dire que j'ai adoré le postulat de base et la réflexion qui est faite autour. Hitler n'est pas né Hitler, il l'est devenu. Et pour cela, il a connu bien des choses.

Important ! Avant d'être bombardé de propos du genre "Raciste, néonazis" et tout le tintouin, merci de comprendre ce que je veux dire ! Je n'approuve pas Hitler, je ne le considère pas comme un mec bien, je ne cherche pas à l'excuser. Je cherche à comprendre. Ce n'est pas pareil (les mots ont été empruntés à Eric-Emmanuel Schmitt).

Donc, nous allons voir de quelle manière un Autrichien qui erre dans les rues d'une ville peut osciller entre le connard de l'histoire ou le peintre surréaliste au succès modeste. Et comment finalement un être ne peut pas être réduit à son plus simple appareil. C'est ce que j'aime dans ce livre. Il remet en cause cette idée stupide d'un Hitler démon de l'enfer, d'un personnage qui ne serait que le mal incarné. C'est faux. C'était un être humain, tout ce qu'il y a de plus haïssable, mais un être humain. C'était une part d'humanité, une part que nous avons tous en chacun de nous. Et là encore, j'ai adoré le fait qu'il ne fasse pas peser une culpabilité. Personne n'a a se reprocher sa mauvaise part, nous l'avons tous, mais il faut y faire attention.

Tout l'intérêt du livre va être donné lorsque nous pouvons nous identifier à Hitler. A ce Adolf H., jeune homme qui est, sous bien des atours, charmant. Un homme qui apprend à connaitre les femmes, qui doit apprendre également à composer avec son œuvre, qui se découvre, et surtout qui nous aide à comprendre. A comprendre ce que nous sommes tous, ce que nous pouvons devenir.

L'ouvrage est en plus complété d'une superbe façon : un cahier présentant le "Journal de La part de l'autre", une façon superbe de conclure le récit, et qui à mon avis donne toute les clés de compréhension du récit.

Ce récit, c'est avant tout de la philosophie. Illustrer la théorie du chaos, c'est une excellente chose. Mais là, c'est du génie ! La façon de faire est admirable, le rendu est parfait ! Tout est savamment orchestré, les personnages sont attachants au possible (Adolf H. est attachant, et surtout Onze-heures-trente dont on tomberait amoureux). Et puis lorsqu'on le repose, l'esprit est en ébullition. Autant que pour un Farenheit 451. J'ai été pensif un long moment encore après ça. C'est le signe évident que ça m'a plu. Il ne faut pas grand chose.

En conclusion, pour ne pas étaler des éloges durant dix pages, je dirais que ce livre est superbe. Sublime, merveilleux. Une histoire magistrale, un principe de base superbement bien exploité et mis en scène de façon très réaliste. Des personnages attachants aux possible (oui, je le répète, avec Adolf Hitler il a crée des personnages attachants), des situations qui donnent à réfléchir. Une mise en parallèle excellente. Une postface idéale pour comprendre encore mieux l'ouvrage et l'écriture. Tout est bon là-dedans. C'est de la philosophie, mais de la haute philosophie. Une belle œuvre, pour laquelle je ne remercierais jamais assez Laura. Merci encore de me l'avoir fait découvrir ! Et vous, foncez l'acheter. Tout de suite !

(Chronique n°27)

dimanche 10 mars 2013

Castro (Reinhard Kleist)

Là, nous allons aborder un sujet que j'affectionne particulièrement, une petite BD que je trouve superbe et qui en plus traite d'un sujet que j'aime beaucoup. En effet, vous savez peut-être que je suis une personne aimant particulièrement l'île de Cuba et son histoire si particulière dans le siècle. Mon attrait pour l'île est venue avec ma découverte de la BD Le tueur qui est assez monumentale et qui en plus nous apporte un point de vue assez nouveau sur l'île de Cuba, en dehors des cadres habituels. Je me suis donc renseigné un peu plus, et il faut avouer que l'île de Cuba à connu une histoire très particulière qui est encore liée actuellement à son dirigeant principal de ces dernières années : Fidel Castro (et son frère qui est actuellement en poste). C'est une histoire bien spécifique, très curieuse mais intéressante, et surtout à l'encontre de nombreux clichés sur un pays dirigé par des dictateurs (je pense par là à son taux d'alphabétisation, sa situation au niveau de la santé exceptionnel ou le fait qu'il s'agit d'un pays ayant le moins violé les droits de l'homme selon Amnesty international ...). Et cette histoire, je l'ai un peu plus découverte avec la lecture de cette BD-ci. C'est pourquoi je vous en propose aujourd'hui la chronique, en espérant vous donner envie de la lire un jour.


Résumé en trois mots : Cuba, Castro et Révolution

Donc, commençons par les choses simples : connaissez-vous l'histoire cubaine et la façon dont le pays à évolué durant le vingtième siècle ? Non ? Alors il est temps de vous renseigner sur ce pays, très proche de l'Amérique (ce qui d'ailleurs entraina de nombreux soucis ...) et qui connait encore actuellement un blocus complet qui l'asphyxie littéralement. Et qui pourtant continue à vivre après toutes ces années. C'est quelque peu sidérant la force qu'il possède.

Pour faire simple, l'auteur est un allemand, ce qui en soit est assez peu courant dans le monde de la BD (la tradition de la bande-dessinée n'est pas du tout forte dans ce pays, bien qu'il ponde régulièrement des chefs-d’œuvre). C'est pourquoi nous avons eu l'édition en 2012 alors que le livre date de 2010. Mais ne nous plaignons pas, l'édition française à le droit à une très belle couverture en plus, ce qui est déjà pas mal. Et Casterman fait souvent du bon boulot sur ses ouvrages, la collection Ecritures ne faisant pas défaut. Je le souligne surtout parce que d'autres font du boulot de merde (j'ai relu les Rubriques-à-brac et je dois dire que les pages qui se décollent c'est chiant). D'ailleurs en parlant de l'édition, je précise que l'album contient un carnet de croquis en fin d'ouvrage, réalisé par Reinhard Kleist durant son séjour.

Pour des petites précisions, l'auteur n'est pas spécialement connu, ayant surtout fait des ouvrages biographiques (la vie de Johnny Cash notamment) et un livre intitulé Le boxeur qu'il me reste à lire. Cet allemand va, en 2008, partir pour quatre semaines à Cuba après des envies liées notamment aux discussions qu'il avait eu avec les personnes ayant été à Cuba. Il se fait donc un plaisir d'aller vérifier par lui même les dires.
C'est donc à la suite du voyage qu'il s'est décidé à faire cet ouvrage, à mi-chemin entre la biographie et le roman historique. Je vais vous expliquer pourquoi tout de suite.

En fait, l'ouvrage part sur la vie d'un homme n'ayant pas existé, Karl Mertsen, journaliste-photographe allemand (et double fictif de l'auteur dirait-on ...), qui raconte sa vie à Cuba, depuis son arrivée en 1958. En fait il ne quittera plus jamais le sol cubain, fixé pour toujours à cette nouvelle patrie qu'il a appris à découvrir.
Le récit se présente donc comme le point de vue de cet allemand sur toute la révolution cubaine et ses suites. C'est assez amusant, car en fait la Révolution, grande héroïne du récit, est tout simplement incarnée par un seul et unique homme : Castro. C'est assez amusant, mais il est a lui seul le pilier, le soutien de tout l'ouvrage. Une gueule du siècle, parfaitement !
Le récit est découpé en trois grandes parties, chacune faisant état d'un moment particulier de la révolution cubaine : le premier explique son départ et son combat, le second présente la victoire et l'installation, la troisième les déceptions et les résultats de la révolution. Et en prime nous avons le droit à une magnifique postface qui est constituée par une "interview" de Castro à l'heure actuelle, malade et fatigué, mettant un point d'orgue à tout le récit.

En fait, je l'ai déjà dit, mais le récit présente surtout l'histoire de la Révolution cubaine et plus généralement de Cuba. Mais cette histoire est totalement indissociable de Castro, figure qui incarne les 50 dernières années de la vie cubaine. Un homme au charisme terrible, il faut bien l'avouer. Le livre présente d'ailleurs sa vie depuis le début -c'est-à-dire son enfance dans une plantation- mais durant plusieurs périodes se concentre uniquement sur la vie des petits habitants de Cuba. Et c'est là une des grande force du récit, alternant les points de vues des diverses personnes, aussi bien les grands que les petites gens. Ce qui d'ailleurs permet de se rendre compte de la complexité du système cubain : ce n'est pas un modèle de démocratie, mais personne n'y meurt plus de faim (tout le monde ayant peu a manger, mais chaque jour). Doit-on blâmer cette politique ? Certains disent oui, d'autres non ...

Et puis Castro. Un homme qui fascine, c'est certain. Éduqué, brillant, éloquent, cultivé, amoureux, passionnée, dévoué à sa cause (la Révolution) et à son pays jusqu'au bout, c'est un homme très complexe sur lequel on ne sait trop que penser. Je le trouve très fascinant. Sa vie est mouvementé dans tout les sens, et pourtant je l'admire pour tenir encore sa ligne directrice, quoi qu'il advienne. Acharné ou obstiné, selon les points de vue, il reste dans son optique au but noble : combattre la pauvreté, ne plus voir des gens délaissé, aider les déshérités. Mais ce système parfait ne convient pas à tout le monde, et Castro connait des déconfitures ...
Bien évidemment, nous verrons également le Che dans l'ouvrage, mais aussi Raoul Castro (le frère de Fidel) qui est d'une importance que je n'aurais pas du tout soupçonné au premier abord. Un autre héros qui est resté dans l'ombre de Fidel et du Che. D'ailleurs nous aurons droit à plusieurs autres gueules dans le récits, toutes aussi intéressantes.

Dans tout ça, la narration est superbement bien faite. On ne se perd jamais malgré les voyages dans le temps et l'espace, les personnages sont charismatiques, on est captivé par la mise en forme du récit. Et plus que tout, on est impatient de voir comment tout se finira. C'est d'ailleurs assez triste comme fin, et l'auteur laisse bien voir qu'il est peiné de voir cette révolution échouer comme tant d'autres. C'est une façon subtile de mettre en scène, mais on est pris avec. J'ai trouvé le tout superbe, et c'est avec un intérêt certain que j'ai suivi toute la lecture. Je ne pensais pas au début, mais il est vraiment beau.

En conclusion, que penser de l'ouvrage ? C'est une belle chronique de l'histoire de Cuba et de son leader Fidel Castro. Certes, l'ouvrage est clairement orienté vers un point de vue, mais je dirais que personne n'est vraiment neutre en parlant de Cuba. Aujourd'hui encore, les débats font rage, et cet ouvrage essaye de ne pas se poser clairement dans un camp ou dans l'autre. La révolte Cubaine à eu ses bons et ses mauvais côtés, mais elle n'est pas simple à appréhender, et Cuba actuel est encore complexe, comme tout pays. Le manichéen, ça n'existe pas dans le monde, et l'ouvrage nous le rappelle d'une belle façon. S'instruire et se distraire, c'est toujours passionnant, et l'ouvrage ici nous le fait sentir d'une belle façon. A lire, je le recommande très fortement.

(Chronique n°22)