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lundi 16 décembre 2013

Le bizarre incident du chien pendant la nuit (Mark Haddon)

(lu entre le 9 et le 10 décembre 2013)

Un roman que j'avais eu en main il y a très longtemps et que j'avais envie de lire, parce qu'on m'en avait beaucoup parlé et que j'avais envie d'en savoir un peu plus. J'ai donc plongé dans ce livre lorsque je l'ai sorti du carton d'occasion (ce stand aura ma peau un jour ...) et je me suis laissé emporter par la musique qui m'a happé en deux jours.


Résumé en trois mots : maths, chien et autiste


Ce livre est franchement bien écrit et contient quantité de bonnes idées, rien que dans la numérotation des chapitres. Il parle de plusieurs choses intéressantes au niveau des mathématiques, quoiqu'il me semble déjà avoir lu mieux, et il contient une histoire vraiment bien campée.
Ce qui est aussi louable, c'est l'intention d'avoir mis comme narrateur un jeune garçon autiste et de tout faire passer par ses yeux, en alternant chapitre de narration avec ceux d'explications. C'est vraiment bien fait.

Cela dit, la lecture ne m'a pas enchanté plus que ça, malgré les bonnes idées et les nombreux retournements qui parsèment l'ouvrage. Principalement parce que j'ai en tête d'autres exemples qui exploitent mieux les possibilités offertes. Notamment le fait que l'histoire est plus autour de cet incident et de la vie du héros, et qu'on fait très peu de détour par de la réflexion ou de la philo. C'est intéressant et rempli de petites curiosités, mais je n'ai pas été sublimé plus que ça. C'est bon, sans rajouts.

En fait je pense que cette lecture se fait un poil tardivement dans mon niveau. C'est dommage car elle est bien, mais je n'ai pas apprécié autant que ça. Il reste juste un bon livre, sans le plus qui fait que j'aurais envie de le relire encore et de fouiller dedans. L'auteur aurait pu aller beaucoup plus loin et reste un peu trop en surface. C'est dommage. Mais le livre reste très bon, je le recommande volontiers.

(Chronique n°109)

lundi 4 novembre 2013

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (Harper Lee)

Ce livre aura eu une lecture assez longue, étalée sur près d'une semaine, mais j'ai dévoré la deuxième moitié du roman sans m'en rendre compte en une nuit. Ça fait du bien d'être à nouveau à fond dans un roman, sans se soucier du reste, fatigué mais content de l'avoir fini. Ce roman donc, il se lit très bien. Mais en est-il bon pour autant ?



Résumé en trois mots : Alabama, Racisme et Enfance

En  fait j'ai eu un mal fou à vraiment commencer la lecture de ce roman, pour une raison simple.
Déjà, l'histoire est narrée d'un point de vue original. La narratrice raconte, étant adulte, son enfance. Nous avons donc un double point de vue, d'un côté la narratrice adulte qui analyse de temps à autre, qui se permet des réflexions adultes, et de l'autre la petite fille qu'elle était et qui ne voit qu'avec son regard d'enfant, simple et direct, qui est d'ailleurs souvent faussé. Cette double lecture est constante dans le récit et passe sans qu'on s'en rende vraiment compte. C'est du coup une lecture a deux niveaux mais très fluide.
Cela dit, c'est aussi ce qui m'a handicapée dans ma lecture. Le récit du point de vue de la gamine est concentrée dans la première moitié du roman sur sa vie, sa ville et le déroulement de son enfance. Ce n'est pas inintéressant, mais j'ai un mal fou avec ce genre de récit. Principalement parce que ça ne réveille pas un côté nostalgique en moi et que je trouvais le récit très long. J'ai mis un sacré temps avant d'accrocher vraiment, c'est à dire lorsque le récit intègre ce fameux procès et que enfin la lecture devient plus mature. Avant ça c'est vraiment les petits gamins qui s'amusent durant l'été, faisant ce que font les gamins. C'est pas mauvais, c'est bien raconté, mais moi ça me passe complètement au-dessus de la tête.

Cela dit, cette première partie (environ la moitié du roman) est nécessaire pour plusieurs choses. Elle pose un cadre, le décor de toute la seconde partie. Ce qui m'a semblé long trouvait ensuite une utilisation et un développement dans la seconde partie. Cette deuxième partie est du coup très fluide, et exploite bien les apports de la première partie dans le cadre du procès. La mise en place est bien faite, je reconnais. Cette deuxième partie est beaucoup plus prenante, avec un fil conducteur et beaucoup plus de développement humain à mon avis. Ce n'est plus seulement des enfants jouant, c'est une adulte qui remarque combien ce qu'elle a vu étant enfant était important. Au final elle grandira rapidement lors d'un été très riche en émotion, et cette transition est très marquée.

Cela dit, le style est très bon (et apparemment plus fidèle au style de la VO) et j'ai adoré les personnages. Pas l'héroïne, ni son frère, qui sont justes des enfants sans grand intérêt pour moi. Mais le traitement des autres personnages autour est vraiment très bien fait, notamment Atticus qui est un personnage charismatique, que je rêverais de rencontrer en vrai. Les autres personnages ne sont pas en reste et au fur et à mesure du roman le machiavélisme cède place à des côtés bien plus en nuances, les personnes aigries ou méchantes envers l'héroïne acquièrent de l'épaisseur sans qu'elle ne remarque grand chose (mais l'adulte qui raconte le récit l'a bien compris). Du coup beaucoup de personnes deviennent en demi-teinte.
Enfin j'ajouterai que le roman se conclut avec audace. Une audace qui ne fait pas regretter la lecture puisque la conclusion arrive de façon imprévue et apporte encore un éclairage sur les personnages et j'ai trouvé cette fin très réussie. Elle permet d'éviter le piège de la nostalgie poussée de l'enfance (concept auquel je n'adhère pas et dont je suis très réfractaire) en se finissant sans morale véritable. Juste des personnages encore développés.


En conclusion, je dirais que c'est un très bon récit qui sait mélanger deux genres sans se planter. La première partie m'a semblé longue et je n'y ai que moyennement accroché à cause de ce côté de l'enfance très marqué et qui ne m'intéresse absolument pas, mais le roman se rattrape dans sa seconde partie et exploite à ce moment-là les apports de la première. Du coup je dois reconnaitre que le roman forme un tout cohérent et qu'il est bon. Même très bon, c'est une histoire poignante et intéressante. J'ai été transporté dans la deuxième partie et j'ai trouvé des personnages extraordinaire. En définitive, c'est un bon roman et je lui laisse largement son statut d'excellence, même si j'ai une légère appréhension du début. A lire, très certainement, ne serait-ce que pour comprendre la mentalité des années 30 en Alabama et toutes les luttes qui en découlèrent.

(Chronique n°89)


Douze de fait

jeudi 14 mars 2013

Le combat ordinaire (Manu Larcenet)


Parfois, dans le monde de la BD, il sort des personnages qui marquent leur époque de leur œuvres, bien qu'elle ne soit pas forcément fournie. Art Spiegelman n'a sorti que Maus comme BD (ou presque) et pourtant il est indéniablement un des grands auteurs du XXème siècle. Parfois, des auteurs ont une production arrêté et sont encore vivant, reconnu comme des dieux par les contemporains, tel Gotlib. Et parfois ils sont sans arrêt en mouvement, continuant à travailler dans la BD et proposer des nouveautés, des secteurs inexploités, comme Trondheim. Ces grands de la BD, ce sont des incontournables, qu'on ne peut pas rater lorsqu'on se plonge dans ce monde.
Et parfois, il y a des auteurs qui ne révolutionnent pas la BD, qui sont productifs, et qui pourtant n'ont pas inventés des genres particuliers de BD ou de dessin. Je classerait Larcenet là-dedans. C'est un auteur à la patte reconnaissable, au style faisant école, certes, mais qui n'a pas révolutionné le dessin, ni la narration. Et pourtant, je dois bien dire que ce personnage est un des artistes les plus doué que je n'ai jamais croisé. Sur les œuvres que j'ai lu actuellement, j'ai adoré toutes celles que j'ai lu, et je continuerais de les lire autant que possible, même si je sais que j'ai commencé par le haut du pavé et que je risque des déconfitures.

Maintenant que cela est dit, je vais vous présenter l’œuvre phare de ce personnage, une des plus belles séries qui n'a jamais été écrite et qui à été récompensé partout à juste titre. Une série qui est juste superbe, et dans laquelle j'aime me replonger lorsque des questionnements me viennent. Car elle arrive à poser les bonnes questions, et je suis alors mieux car j'ai la question. La réponse, on s'en fiche. Ce n'est pas important. Les questions, les bonnes, bien formulées, c'est ça qui compte seulement. C'est d'ailleurs une BD dans laquelle je tire des citations assez extraordinaires et que souvent on croit sorti d'un livre de philosophie. Mais à nouveau, pas de la grande philosophie. De la philosophie simple, poétique, que tout le monde comprend, que tout le monde perçoit. On la garde facilement en tête, et on la ressort bien facilement.

Cette BD, c'est la série superbe Le combat ordinaire de Manu Larcenet !


Résumé en trois mots : Quotidien, Philosophie et Vie

Vous connaissez le riz complet ? Et ces céréales complètent qui apportent les trois quarts des ressources différentes dont nous avons besoin dans un seul élément. Et bien ici, nous avons de la BD complète. Ce que vous cherchez, elle le propose. De l'humour ? Il y en a, et du très bon. De la poésie ? Il y en a. De la réflexion ? Il y en a. De la noirceur ? Il y en a. Du déjanté ? Il y en a. De la détente ? Il y en a.
En fait, cette BD c'est vraiment pour tout les gouts. Ça plait à tout le monde (ou presque). Et ça peut aisément se comprendre.

Pour ne pas faire trop long, car je sens déjà que je vais en faire un pâté indigeste, relisez ce que j'avais marqué sur Larcenet dans l'article sur Presque. Pour faire simple, nous aurons ici droit aux thèmes "classiques" de l'auteur déclinés sous une nouvelle forme : La paternité, les relations avec les parents, l'amour, la vie, le sens de la vie, le travail, etc ... Ces thèmes, Larcenet les repasse en boucle dans plus d'une de ses BD, mais il ne lasse jamais, explorant toujours d'une façon qui n'était pas visible auparavant.
Larcenet est un génie pour moi, mais il n'aime pas qu'on en parle en ce sens, du coup je ne le dirais pas, mais je continuerais de le penser. C'est un homme très curieux, qui semble avoir une bien piètre opinion de lui-même. C'est curieux. Mais je ne le connais pas, alors je ne ferais pas de supposition erronée à son égard.

Alors pour commencer, parlons de son trait, à Larcenet. Oui, parce qu'il possède un coup de crayon remarquable, mais en même temps évolutif. La BD est sortie entre 2003 et 2008, chez Dargaud (on s'en fout mais je le dis quand même). Le trait à pas mal évolué du fait entre le premier et le dernier tome. Notamment aux niveau des détails et de la maturité du trait. Le premier tome à un dessin plus facilement humoristique, en accord avec le propos qui contient pas mal d'humour, tandis que les tomes suivants ont des traits plus matures, plus apte à des réflexions et de la philosophie. D'autre part la colorisation est superbe (totalement subjectif comme avis) et les planches sont plus d'une fois très belles.
Alors celle-là, c'est l'une des plus
belle déclaration d'amour que j'ai
jamais lu. Simple mais tellement beau
Tiens, en parlant des planches, vous aurez droit à un procédé extraordinaire que j'ai trouvé superbe. Le personnage principal est photographe de métier. Dans le roman, il prend souvent des photos. Et certaines planches présentent ces photos, comme si il les avait réellement prises, accompagnés d'un discours du héros sur un sujet précis (et avec un rapport plus ou moins direct aux photos). Dis comme ça c'est peut-être dur de se l'imaginer, mais dans la lecture, c'est fluide et parfaitement lisible. Je n'ai malheureusement pas trouvé d'exemples sur le net, mais vous pourrez voir par vous même dans la BD. Et pour vous régaler, j'ai mis quelques planches trouvées qui, j'espère, suffiront pour vous donner l'eau à la bouche et vous inciterons à la lire. J'aimerais vraiment vous donner le gout de cette BD.

Alors, en continuant sur la lancée, maintenant que j'ai parlé brièvement du trait (oui, j'aurais pu détailler les cases, expliquer les différences avec Presque, comparer autour des façons de représenter, expliquer les cadrages, les têtes des personnages ...), je vais essayer de parler de l'histoire.
C'est celle d'un petit photographe, Marco, qui est dans un petit creux de sa vie. Il n'a pas envie de recommencer tout de suite à travailler et se pose pendant une petite période. Il sent qu'il lui manque quelque chose, qu'il n'est pas dans les bons rails de la vie. Il ressent un vide, qu'il cherche à comprendre. L'envie de faire des photos ne lui revient pas. Et durant cette période, il reste dans sa petite maison de campagne, retirée d'un peu tout, seul avec son chat. Et là, ça commence. Il rencontre ses voisins, des gens bien ou pas bien, une fille, vétérinaire, et puis la vie continue. Ce n'est pas la grande vie, la grande aventure, c'est simplement la vie de tout les jours, le combat ordinaire de la vie. On se bat, sans trêve ni repos, continuant à avancer sur le chemin.
Dis comme ça, je sens que vous vous attendez à une BD chiante et introspective. Et bien pas du tout. Les personnages sont incroyablement attachants, les situations s'enchainent sans temps mort, donnant des passages humoristiques à côté de réflexions. C'est déroutant au début, on ne rigole pas tout le temps, mais ce n'est jamais dramatique non plus. C'est comme la vie, on rit, on pleure, et on avance encore et toujours.
Ce qui est intéressant également, c'est l'évolution des personnages, puisque la série va s'étaler sur une période assez longue de plusieurs années, avec les relations à sa famille qui évoluent (notamment avec le petit frère), sa propre famille qui se constitue, son travail qu'il va reprendre petit à petit. Et puis plein de petits moments, bon ou mauvais. Notamment plus d'un très beau, mais je vous les laisse découvrir. L'ensemble est au niveau d'une BD philosophique, toujours simple, sur plein de sujets. Mais je le répète : ne cherchez pas de réponses là dedans ! Ce ne sont que des questions qui vous attendent, des questions que vous ne vous posiez pas, et plein d'autres que vous vous posiez sans trop le savoir.
Par contre je dois avouer que je n'ai aucune idée de l'impact de cette BD sur les filles, puisque le personnage principal, un garçon, fait pas mal de réflexion en rapport avec les garçons. Pour une fille, je ne sais pas l'impact qui en ressortirait. Sans doute qu'il y en aurait également un, mais très différent. Je ne sais pas trop. C'est une expérience qui se prête bien à l'essai, je vais tenter de voir si je peux motiver quelqu'un à le faire.

J'ajouterais également que le récit contient beaucoup de tendresse, les personnages étant tout ce qu'il y a de plus humain. Et surtout, ils sont normaux. Pas de gros looser qui n'arrive jamais à rien dans la vie, pas de gars qui saute par dessus une voiture en flamme en continuant à se raser sans se couper. Rien que des choses de la vie courante, pas d'extra. Des discussions politiques simples sur les positions qu'ont eux les français (la BD se déroule durant le premier mandat Chirac, sa réélection et une partie lors de l'élection de Sarkozy), mais également des avis sur la France actuelle avec une vision des banlieues que j'ai trouvé sublime (c'est dans le tome 4). D'ailleurs, la BD contient énormément de phrases superbes, de beaux discours de toute sortes et des appréciations que j'ai trouvé totalement juste. Plus d'un passage semblent avoir été écrits dans un roman et qu'on aurait mis en image. Mais non, tout n'est sorti que de la BD.

En prime, je dois dire que l'auteur nous gratifie de petits détails superbes, tels ces fameuses pages de photographies, mais également de résumés qui mériteraient à eux seuls des éloges. Le résumé au dos du premier tome est rédigé en ces termes :
"C'est l'histoire
d'un photographe fatigué,
d'une fille patiente, 
d'horreurs banales,
et d'un chat pénible"
Là vous avez le résumé complet de tout le premier tome. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve ça admirable ! Et tout les tomes ont leurs résumé ainsi. Je les trouve beau.


Et puis, tout est bon dans la BD. Les cadrages, les mises en pages, les dessins, les dialogues, la balance entre les sujets, les questions, la fin. Tout quoi. Dans le genre parfait, j'ai rarement vu mieux. C'est un roman graphique, mais avant tout c'est une BD de philosophie simple et accessible à tous. Les questions et les réflexions peuvent parler à tout âge, bien que le personnage soit déjà dans la trentaine. Marco est également une belle figure. Ce n'est pas forcément un héros auquel on s'identifie. C'est un personnage complet, qui est simplement attachant. Pour un peu on souhaiterait presque qu'il sorte de la BD, qu'on puisse parler avec lui. Et il semble également un reflet déformé de l'auteur, qui aime beaucoup la photographie et à connu bien des situations semblables à celles du livre. C'est assez net lorsqu'on compare avec d'autres ouvrages, surtout Ex Abrupto (que je chroniquerais plus tard). Il nous livre un personnage sans concession, qu'on découvrira sur tout les plans sans secret et sans faux fuyants. Il est comme un livre ouvert, et c'est un des héros que j'ai le plus apprécié dans les œuvres de BD, rempli de failles et de doutes, mais aussi de défauts et de qualités, c'est un personnage trop bien campé pour ne pas être réel.

En conclusion, avant que l'article ne fasse milles pages, je dirais simplement que Le combat ordinaire est une œuvre majeure dans le monde de la BD, malgré son apparition très récente. Il est pour moi dans le Panthéon de la BD, aux côtés d'immortels d'une autre époque, et de contemporains tout aussi légendaires. Le récit est simple, attachant, mêlant poésie et philosophie, humour et quotidien. Les personnages sont attachant, tout est réuni pour que la BD soit lisible et belle. Tout est en place, le lever de rideau peut commencer.
Si vous ne connaissez pas Larcenet et que vous voulez en lire quelque chose, commencez par celle-ci. C'est celle qui plait à tout le monde et avec laquelle Larcenet à frappé le plus juste. Il donne matière à réfléchir à tout le monde, quelque soit l'humeur. Pouvoir le relire n'importe quand et dans n'importe quel état, c'est ça la vrai force d'une grande BD. Et celle-ci en fait largement parti.

(Chronique n°24)

mercredi 20 février 2013

Notes (Boulet)

Parlons peu, parlons bien. Parlons de tout ! Je vous propose d'aborder une autre série de BD que j'adore. Parlons d'un magnifique fourre-tout qui est également un des piliers de la culture BD actuelle, bien qu'il s'agisse d'une BD très récente et souvent décriée. Vous voyez de quoi je veux parler ? Mais des blogs-bd bien évidemment ! Une forme très récente de média qui a connu une expansion dynamique incroyable et qui a des dérives tellement spécifiques qu'elles sont impossible à publier (turbomédia entre autres). Et si l'on parle de Blog-bd, il y a quelques dieux qu'il faut connaitre. Là je vous propose le Zeus, le Jupiter, le grand des grands, celui qui règne sans partage depuis à présent 7 ans (ou plus) sur le monde des blogs de la bande-dessinée, le saint des saints, dont les notes publiées attirent des centaines de milliers de visiteurs. Je vous parle d'une bête d'internet, d'un dieu géant de la blogosphère, d'une légende vivante, d'un monstre du gag. Je vous parle, de BOULET !



Boulet, c'est un homme qui dans la vraie vie s'appelle Gilles Roussel. Il vit à Paris, mais a fait son enfance dans la campagne française (je sais plus où exactement, c'est dans la Bourgogne). En juillet 2004, il lance son blog sur le net, qui deviendra vite un blog connu et actuellement le plus visité de tout les blogs-BD de France et de Navarre. La fréquentation moyenne dépasse la dizaine de milliers chaque jour et frôle des statistiques hallucinantes dans les jours où il poste.
Son blog, nommé sobrement bouletcorp, est également un des meilleurs de la toile je pense. Il y fait des gags en quelques planches, de temps en temps des strips, des illustrations, des fan-arts, des trucs dans l'actualité, des parodies, des fond d'écran selon une série ... Bref, il y en a pour absolument tout les gouts. Et lorsque tout cela à commencé à être publié, au éditions shampooing, en 2008 (pour info, c'est Trondheim qui dirige cette collection). Il a publié à ce jour 7 tomes (aux noms excellent : Born to be a larve, Le petit théâtre de la rue, La viande c'est la force, Songes est mensonges, Quelques instants avant la fin du monde, Debout mes globules, Formicapunk) et un huitième est en préparation, mais dans un style un peu particulier. Je détaillerais de toute façons les tomes plus loin. Cependant, il faut savoir que 80 % du contenu des tomes est disponible gratuitement sur le net, en cliquant sur le lien du blog, section archives. Vous en avez pour plusieurs heures de lectures (voir jours) je pense, amusez-vous bien. Ca vaut largement le détour.


Donc Boulet, c'est Gilles Roussel. Il est jeune, fringuant, dessinateur de BD (entre autres et de mémoire : La rubrique scientifique, Le Mya, Ragnarock) notamment en colaborant pendant des années pour la revue Tcho ! (celle qui est d'ailleurs actuellement finie). Son blog commencé en 2004 est une plateforme de dessins qu'il avait envie de faire, et qui ont bien vite plu à une large majorité de la population. La preuve avec sa fréquentation.

Ce blog, c'est un peu un gros foutoir, passez-moi l'expression. Il n'y a rien de construit, pas de liant, pas de continuité entre les notes. Boulet va se représenter en avatar particuluer dedans, mais pas dans toute les notes. Il y fait des métaphores autour de son métier, mais pas partout. Il donne des anecdotes de sa vie, mais pas tout le temps. Il philosophe, ou fait de l'humour, du sérieux, des dédicaces à des gens en particulier, mais sinon fait un peu ce qui lui plait. La plupart du temps, c'est du quotidien, de l'anecdote banale mais tellement bien tournée qu'on lit avec un grand plaisir. Et tout ceci se retrouve en album.
Déjà, parlons du dessin. Là, c'est problématique. Je veux dire : prenez un dessinateur qui sait dessiner quasiment tout (sauf les chevaux, dit-il), et qui dessine sur une période de 7 ans, parfois rapidement en torchant un truc, parfois en faisant une note à la peinture, décorée et détaillé. Imaginez le résultat final. En fait nous avons le droit à une explosion de styles, mangas/comics/gros nez, parodie, satirique, onirique, sérieux. Du classe, du moins classe, du simple, du détaillé, du noir et blanc, du coloré, du flashy, du pixelart ... Même si ces derniers temps il se cantonne plus à un style particulier de dessin, il l'a bien fait évoluer. Cependant, il faut reconnaitre une adéquation quasiment parfaite avec le propos. C'est toujours bien en rapport, et parfois on se rend compte également d'une inspiration.

D'ailleurs, la compilation en albums à laissé des pages sur le côté (évidemment), notamment celles de fan-art (ou la plupart), ainsi que des pages plus tournée illustration. De même, sur le net, il a maintenant développé la technique du bonus. En cliquant sur "Commentaire", on a le droit à une case, parfois deux ou trois (mais rarement), toujours humoristiques, qui sont en rapport direct avec la BD. Ces petits/gros plus sont perdus dans la version papier. C'est dommage.
Autre reproche : le format. Le passage à une édition au format réduit à conduit à rendre certaines BD qui étaient déjà petites presque illisible. Une autre, très sombre, est quasiment illisible également en version papier. Là je dois dire qu'on est déçu.


Mais maintenant que les défauts sont fait, passons au qualités. Je dois d'abord souligner l'excellent travail fourni. En effet, lorsque le blog est accessible directement sur le net sans payer, pourquoi acheter des albums ? Et bien c'est très simple. Déjà, il y a du bonus. Plusieurs planches en plus. Ensuite, c'est toujours sympa d'avoir une petite BD plutôt que de devoir allumer le PC. Et on le prête plus facilement, c'est plus sympa. Enfin, les planches en plus sont d'un intérêt tout particulier. Nous avons des planches qui commentent les autres. C'est assez amusant, puisque les tomes se concentrent autour d'un sujet en particulier : le 1 sur le passage du blog au papier, le deux va expliquer les séances de dédicaces d'un festival, le 3 présente sa conception du carnivore, le 4 sa vision des rêves, le 5 parle de la fin du monde, le 6 de biologie et des corps, le 7 est axé autour de la science-fiction, des autres univers et tout ce bazar.
Je dois dire que Boulet s'améliore également beaucoup au fur et à mesure des tomes, avec une fin pour le premier qui est sympathique, mais en faisant ensuite de plus en plus de fin bien trouvé, et très belles. J'ai beaucoup aimé ses apports.

Boulet, comme dit, touche à tout. Mais ce qui est amusant, c'est sa façon de faire de la philosophie du quotidien. Je dois dire que beaucoup de réflexions que je me pose actuellement viennent de lui et de son point de vue. J'ai énormément appris en philosophie avec cette BD, qui est bien évidemment plus axée humour à la base. C'est tout dire.
Et surtout, j'ai trouvé qu'il soulevait beaucoup de bonnes questions. En partant du quotidien, on arrive au sens de la vie. Une façon surprenante, très loin des discours pompeux et chiants de 200 pages qui vous demandent un dictionnaire à la troisième ligne pour comprendre les termes. Là c'est du simple, du direct, mais en même temps du très réfléchi dirait-on. Ou peut-être que Boulet est simplement un génie. Je vous laisse choisir.

En fait, le gros défaut que je trouve à cet ensemble, c'est tout simplement l'humour. Il est très bon et me fait éclater de rire à chaque fois, mais j'ai presque l'impression que Boulet se réfugie souvent dans l'humour au lieu de faire quelque chose de vraiment sérieux. Les notes vraiment sérieuses qu'il a fait se comptent sur les doigts d'une main, et c'est presque dommage car elles contiennent pas mal de très bonnes idées. Tempérer tout le côté humoristique avec des notes un peu plus graves et sérieuses aurait à mon avis été tout à fait bénéfique. Mais c'est un choix, et je le respecte. Cependant, je crois que Boulet aurait
largement matière à faire des romans graphiques sérieux, et il se limite à l'humour. C'est peut-être une fuite, l'humour servant souvent d'écran, mais je ne m'avancerais pas à dire ça. Cependant, je respecte son choix.

Donc, au final, les Notes de Boulet sont quoi exactement ? Une exposition commentée des notes du blog, dirai-je. Une belle présentation de tout son travail sur le net durant les 7 années d'expositions, avec des petits traits d'esprit et d'humour quotidien, sans grandes questions métaphysiques, mais pourtant qui touchent à tout les grands sujets de la vie lorsqu'on les rassemble. Comme un gigantesque puzzle qui ne révèle son dessin que lorsqu'on est presque au bout. Le dessin est au gout de tout le monde, les notes sont diverses et variées, et leur principe permet de lire une petite partie, tout d'un coup ou simplement une page rapidement. C'est au choix du lecteur. Une excellente façon d'aborder les blogs-BD, en commençant par le maitre. On comprend vite son statut si on lit tout les livres.

(Chronique n°16)