Affichage des articles dont le libellé est villages. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est villages. Afficher tous les articles

vendredi 27 février 2015

L'océan au bout du chemin (Neil Gaiman)

J'avoue avoir attendu ce roman avec impatience, pour le plaisir de pouvoir relire à nouveau un livre de Neil Gaiman, alors même que j'ai Anansi Boy qui attend sagement quelque part dans la pile de livre qui hante le pied de mon lit. Mais là je ne pouvais plus attendre, et j'ai laissé momentanément la série que je lisais pour me concentrer là-dessus, le temps de le finir en deux jours. L'alchimie a encore opérée, et c'est exactement ce que j'attendais.


Résumé en trois mots : Enfance, Féerie et Campagne

C'est curieux comme je peux me retrouver en certains livres plus que d'autres. Ou dans certains personnages plus que dans d'autres. Ici, j'avoue que plus d'une fois j'ai ressenti mon enfance (qui n'est pourtant pas si loin) et que je me suis retrouvé plongé encore plus dedans.

Sans même faire de considération personnel, Neil Gaiman est véritablement un génie. Il allie une plume étonnante de facilité avec une aisance de langage. Je félicite la traduction, qui est merveilleuse (ah, que j'aimerai pouvoir le lire en anglais, ça doit être quelque chose !), mais c'est un plaisir de lire ce genre de livre, dans lequel on est entrainé en un rien de temps pour finir par être déposé doucement dans les dernières pages. Le style nous embarque et la voix du narrateur nous berce au gré de l'histoire. Gaiman n'arrive toujours pas à me faire lâcher prise après deux pages. C'est merveilleux.

Après cela, l'histoire n'est pas extraordinaire en soi. Il y a, comme toujours chez Gaiman, des très bonnes idées qui sont disséminées dans l'ensemble, des très bons personnages, une ambiance que j'affectionne tout particulièrement, mêlant la réalité et la fiction, les livres et les univers. C'est également un retour sur l'enfance plus particulièrement, avec un cadre plus champêtre et rural (ce qui n'est pas pour me déplaire). La magie des contes se révèle pleinement dans une atmosphère baignée de sorcellerie et d'histoires pour enfant. Mais tellement efficace sur les adultes aussi.
Pour autant, l'histoire ne sort pas des cadres conventionnels, et j'aurais aimé que Gaiman nous pose pour une fois quelque chose qui sorte complètement de l'ordinaire. Ce n'est pas que je n'apprécie pas ce qu'il écrit, mais je trouve que parfois il pourrait y avoir plus de surprises et de nouveautés. C'est dommage, car avec ça on atteindrait des sommets de littérature, alors que là je suis juste dans le cadre du "j"ai beaucoup aimé mais ...". J'aimerai tant ce petit plus.


Une réussite à nouveau pour Neil Gaiman, mais en restant dans ce qu'il sait déjà faire : poser une ambiance, avoir un style d'écriture quasi-parfait, imaginer des choses incroyables et qui font rêver, mais sans avoir le scénario parfait qu'il faudrait. Ca reste un peu trop classique et j'aurais aimé qu'il explose les cadres habituels. Mais cela reste un excellent livre que j'ai pris grand plaisir à dévorer d'un bout à l'autre sans en laisser une miette. Je vous recommande sa lecture, et si vous êtes fan de Gaiman, ne perdez pas un instant !

(Chronique n°237)

lundi 12 janvier 2015

L'angélus du soir (Bernard Clavel)



Fin des lectures avec ce cinquième tome (il y a bien un sixième, mais je l'avais lu avant), et la fin pour moi de cette plongée dans le froid mordant du nord, celui qu'affectionnait tant Jack London et que j'ai retrouvé avec tant de plaisirs ici. Un froid qui s'insinue dans les paysages, les magnifiques forêts et les grands espaces encore sauvages, où l'homme ne peut que compter sur sa propre force, morale comme physique. Un pays inhospitalier, qui tient le cœur de ceux qui l'ont habités, et de ceux à qui on le raconte aussi bien que sait le faire Bernard Clavel. Et surtout, une histoire qui sait encore une fois nous montrer toutes les facettes de l'humanité, dans ses bons et ses mauvais côtés.


Résumé en trois mots : Froid, Abandon et Modernité

Ce livre sonne comme la conclusion de la saga. Que reste-t-il pour le sixième tome alors, me direz-vous ? Et bien, l'ouverture tout simplement !
Ce qui me fait dire qu'on assiste à la conclusion, c'est que le livre reprend encore une fois les personnages des premiers tomes, mais nous montre la fin de leurs aventures. C'est à nouveau Cyrille Labreche qui occupe la place centrale de cet ouvrage, mais d'une façon bien différente cette fois-ci. La vieillesse est arrivée. L'âge a usé le personnage, et il n'est pas le seul. Nous retrouvons également la famille du premier tome, tout en constatant les évolutions. Le premier tome nous laissait sur notre imagination, avec sans doute la meilleure vie qu'ils pouvaient avoir. Mais la réalité nous rattrape, elle est bien plus dure qu'on le pense.
Ce qui frappe, dans ce roman particulièrement, c'est que ce n'est plus trop la démonstration de l'homme face à une nature hostile qu'il devra apprivoiser, soumettre, ou comprendre. C'est, cette fois-ci, la vision d'un homme seul face aux hommes, dans un lieu qu'il a appris à connaitre et à aimer. Un homme qui se bat pour sa dignité, pour la seule chose qu'il lui reste. Car le temps à pris tout ...
Ce roman m'a presque fait venir les larmes aux yeux, quand on voit ce pauvre bonhomme se démener sur ses parcelles vides, dans un village fantôme, seul avec ses bêtes qu'il chérit tant. C'est la démence d'un homme privé des autres, mais privé par sa propre volonté. Et, là dedans, se glisse toute la beauté que Clavel arrive à nous transmettre. C'est l'opéra du Nord froid et sauvage, une musique belle et puissante, mais implacable et dure. Jamais cruelle. Jamais bienveillante.
L'histoire aura sa fin, implacable, mais vraie. Et l'on refermera l'ouvrage avec dans le coin des yeux une larme sur ces pauvres personnages, si humain, si proche de nous même, des vrais hommes, qu'on pourrait croire réel. J'ai rarement eu cette sensation d'être si proche des personnages, d'avoir l'impression de vivre avec eux. Le côté rustique, ancien, ne gêne pas. On n'en est que plus proche, sans tout les artifices dont pourrait se parer l'homme moderne pour se croire loin de la nature, loin de la vie, loin de la mort. Ici, tout est dans envoyé directement, c'est au contact que tout se joue. Et tout devient beau et terrible.


Un roman qui conclue en beauté la saga, nous laissant dans l'expectative pour le dernier tome, à la fois désireux de connaitre la fin de cette saga, mais aussi triste de voir la réalité en face. Ce n'est pas une saga qui connaitra un Happy End, et nous, pauvres lecteurs, nous ne pouvons que le constater. C'est une saga d'une grande force, une série qui m'a prise au coeur et m'a laissé rêveur, désireux de connaitre ce grand nord, ce pays du grand froid, mais aussi ces terres magnifiques et désertes, là où la nature est belle et terrible, où l'humain apprend à vivre. Je ne peux pas vous la déconseiller. Ca me ferait trop mal que de vous encourager à passer votre chemin. Non, lisez-le, venez découvrir le Royaume du Nord.

(Chronique n°217)

samedi 5 juillet 2014

Miséréré (Bernard Clavel)

Le royaume du nord, troisième tome

Troisième tome, avec toujours cet écrivain fabuleux et fantastique qui sait nous plonger dans les paysages du grand nord en nous faisant aimer tout ce qui s'y trouve, de la terre aux arbres, les rivières, le vent, la nature, les animaux et les hommes. Ici, c'est l'endroit gelé et froid, dur et cruel, mais une terre qui rend les hommes vrais.
Et nous voila face au troisième volume de cette saga, la suite directe des aventures, les mêmes lieux, certains personnages qui reviennent, et toujours cette même terre d'un nord canadien. Mais, un nouveau changement intervient. Voila que débarquent de nouveaux colons ...


Résumé en trois mots : Village, Curé et Communauté

Cette fois-ci, le roman se déroulera vraiment autour de St-George d'Harricana, autour duquel se greffent progressivement des nouveaux lieux, investis de colons qui viennent chercher ici le pain que la crise de 1929 leur a retiré. L'Etat cède des parcelles et envoie les pauvres cultiver. Et ceux-ci foncent en remplissant les trains de leurs misères. Certains arrivent, s'installent. Et construisent pour demeurer.

Ce livre se concentre donc autour de la construction des nouveaux villages, des communautés qui vont se former aux alentours de ce qui se transforme progressivement en ville, mais c'est également un livre sur les rapports humains qui se développent progressivement dans la société qui se recrée dans le nord. Et surtout l'histoire d'un personnage, Cyrille Labrèche, brave travailleur au grand cœur mais qui est aussi un peu trop têtu. Bien que n'étant pas le héros à proprement parler, il sera le fil conducteur de toute l'histoire.
Ce qui continue de me plaire dans cette saga, c'est les croisements qui arrivent successivement entre les livres, les personnages revenant mais de façon différentes, le temps ayant passé à chaque fois. Mais tout l'intérêt est aussi de suivre l'historique de cette terre qui bouge, progresse, évolue, se transforme. Tout en restant fondamentalement la même. C'est une terre sauvage et difficile, qui sait se montrer hostile.

Une histoire qui change encore une fois de ton avec les précédentes et annonce des grands changements dans la suite de la saga. Le royaume du nord s'étoffe, et les nouveaux arrivants vont devoir, eux-aussi, conquérir ce sol dur et froid.

Bernard Clavel n'a pas son pareil pour nous dépeindre des situations qui nous plongent dans une ambiance de façon si puissante. On vit avec ces braves colons du nord, on sent que ça sera dur et que la fin ne sera jamais aussi heureuse qu'elle l'est dans un conte, car la vie est cruelle, mais elle contient tout de même de belles choses. Je crois que c'est le résumé de ce livre, beau et cruel. Un troisième tome toujours aussi prenant et qui nous plonge immédiatement dans le quatrième.

(Chronique n°203)

jeudi 3 juillet 2014

L'or de la terrre (Bernard Clavel)



Deuxième tome de la saga, et je retourne avec un plaisir immense dans cette contrée gelée du nord de l'Amérique, dans le Québec froid et dur, celui qui tue l'hiver. C'est aussi le nord encore vierge, qu'on ne connait que très peu et qui recèle bien des choses en son sein. Et puis c'est la plume de Barjavel, celle qui nous donne envie de lire d'un bout à l'autre sans que l'on ne puisse deviner ce qu'il y aura derrière chaque page. Prenez un ticket, embarquez-vous jusqu'à la mine sur l'île, celle qui rend donne, mais qui peut tout aussi bien prendre.


Résumé en trois mots : Or, Mine et Richesse

Comme cela semble parti, je pense que l'ensemble de la saga sera constituée de tragédies. Enfin ... des tragédies à la Clavel, un auteur qui vous enrobe tout ça tellement finement que vous ne vous ne considérez plus ça comme de la tragédie. Comment en parler exactement ....

Clavel a un style d'écriture complètement prenant, qui vous envoute en peu de temps, vous accrochant aux personnages quand bien même ceux-ci ne sont pas du tout héroïque. Et qui ne vous donne pas envie de lâcher, mettant en place tout les pions d'une tragédie qui va se dérouler petit à petit. Mais, en même temps, cette tragédie n'est que le déroulement de la vie, celle qui prend et donne sans pitié et sans regarder. C'est là peut-être que réside le paradoxe de ses livres. Il nous compte les malheurs, mais sans qu'on ne puisse dire que c'est tragique. La phrase "C'est la vie" n'a jamais pris autant de sens qu'ici, où la vie s'écoule, commence, continue, s'arrête au fil des pages.

Clavel nous compte la quête de l'or dans le sol froid du Québec, dans une mine qui va rapporter, et les hommes qui accomplirent cette quête avec acharnement et opiniâtreté jusqu'au bout. Des gens qui vont aussi changer, pris dans la fièvre de l'or, mais pas de la façon dont on s'y attendrait. Et le roman nous entraine toujours en avant, sans s'arrêter un seul instant. Le temps marche, les choses avancent, et Clavel nous conte tout ça.

C'est d'ailleurs sidérant, mais Clavel partage ce trait avec Neil Gaiman, d'avoir une écriture qui semble être celle d'un conteur, comme s'il venait nous sussurrer à l'oreille les mots qu'il a tapé. C'est d'autant plus impressionnant que lorsque je le lis, j'entends vraiment un personnage me parler dans l'oreille et me raconter tout cela.

Un livre tout aussi bon que le premier, qui nous entraine dans ce nord froid et rude, mais aussi généreux, quand on sait rester prudent. Un livre qui se lit parfaitement bien, qu'on dévore presque et qui donne envie de se plonger dans la suite, de redécouvrir le St-Laurent et les berges de l'Harricanna. C'est une saga qui m'entraine déjà, et dont j'ai envie de connaitre la suite. Que de beauté, que de malheur, dans une fresque historique malheureusement très proche de la vie.

(Chronique n°202)

mercredi 19 mars 2014

Les contes du chat perché (Marcel Aymé)

Ah, ces contes du chat perché. Quand j'y repense, j'ai lu ce livre étant gamin ! (enfin, en partie) Et je le relis maintenant, plus de dix ans plus tard. C'est là que je suis satisfait de voir que ma mémoire est encore assez bonne pour se rappeler de certains de ces contes. Pour le reste, qu'en est-il ?


Résumé en trois mots : Animaux, Fillettes et Morale

Si les contes du chat perché sont resté dans ma mémoire, c'est qu'ils avaient un côté délicieusement humoristique dans leur déroulement, dû principalement aux caractères des animaux et au décalage qui est fait dans les contes entre les humains et toutes les bêtes qui parlent. A ce niveau là d'ailleurs, il faut dire que Marcel Aymé à bien croqué les animaux en leurs donnant à tous un caractère qui ne me semble pas tellement éloigné du réel.
Les contes se déroulent tous avec Delphine et Marinette, deux petites filles qui vivent avec leurs parents dans la campagne française et qui ont des aventures avec tout ce qui les entourent. Les autres protagonistes sont les animaux, tous doués de langages et qui s'expriment en permanence sur un peu tout les sujets. Du coup, c'est assez amusant comme décalage.
Les contes ont une morale, bien évidemment, et ceux-ci sont, pour une fois, tournés pour les fillettes et contre les parents, lesquels incarnent un côté autoritaire trop fort, mais avec bon cœur tout de même. D'ailleurs la morale prend aussi très souvent le parti des animaux contre la cruauté des humains. C'est une façon amusante d'apprendre le respect des animaux.

Cela dit, qu'en est-il de la lecture ? Personnellement j'ai beaucoup apprécié, certains contes ont une fin mitigé, avec des morts parfois, mais c'est toujours bien fait. Les contes en eux-mêmes sentent le côté vieille France, mais je trouvais que ça passait parfaitement bien. Cela dit, je ne sais pas si tout est accessible à un enfant actuel vu la différence de vie entre les deux mondes, mais je me dis que cela ne peut pas être que incompréhensible, la plupart seraient à leurs faire découvrir.

Marcel Aymé, un auteur que j'ai encore à découvrir, m'a comblé ici de son talent de conteur. Des histoires simples, amusantes et intéressantes, mais aussi cruelle et parfois le côté moralisateur semble assez détourné. Tout n'est pas forcément évident, et j'aime bien. Les contes sont rafraichissant, c'est la campagne qui nous est présentée, et ce bol d'air fait un bien fou. Je ne peux que vous recommander de vous y attarder un petit moment si vous avez l'occasion !

(Chronique n°154)

samedi 1 mars 2014

Le démon et mademoiselle Prym (Paulo Coelho)

Je n'ai pas pu m'empêcher de lire ce livre plutôt court, et qui devait sans doute être bien écrit, vu que Paulo Coelho a un style prenant. Je me suis donc laissé tenter à la lecture et un voyage en train m'a englouti une moitié de page. Je n'avais plus qu'a lire la suite le lendemain, ce qui ne fut pas difficile.


Résumé en trois mots : Bien, Mal et Lutte

Je crois que j'ai bien résumé en trois mots. En fait le livre se concentre sur l'idée de lutte entre le bien et le mal, présent en chacun de nous (d'ailleurs je tiens à signaler l'introduction, très intéressante) en nous en livrant une version philosophique dans un village de campagne, sorte de huis-clos de grande taille, avec des personnages curieusement évocateurs (je ne dirais pas qu'on les dirais sortis de mon village, mais certains m'ont rappelés des gens ...). Le propos va se centrer en une semaine dans cette communauté où chacun va tenter de voir ce qui sépare le bien du mal, ce qui fonde véritablement la nature humaine et au final, ce qui est intéressant, ce qui nous entraine de l'un à l'autre tout les jours de notre vie.

Le récit s'attache peu au réalisme, nous avons des manifestations fantastiques qui interviennent à plusieurs reprises mais c'est utilisé dans un propos intéressant, celui de développer ensuite une réflexion autour de cette thématique. Et dans cette optique, ça ne m'a absolument pas dérangé. Le tout renforcé par ces différents points de vue qui se mélangent dans le récit, chacun analysant la situation à sa manière.

Cela dit, j'ai eu un peu plus de mal avec ce livre par rapport aux autres du même auteurs, principalement parce que je trouvais que le livre ne répondait pas à la question posée, et surtout qu'il évitait certaines autres bien plus importantes à mes yeux : existe-t-il simplement une notion de bien et de mal applicable à l'être humain ? Le livre part avec des axiomes que j'aurais bien voulu voir démontré, mais c'est malheureusement passé à la trappe. D'autre part, je reconnais que j'ai moins d'intérêt pour ces questions que pour le questionnement sur la façon de ressentir la vie qui était au centre de Veronika décide de mourir.

Cependant il faut reconnaitre que le livre est bon, et qu'il se lit agréablement, mais j'avoue que c'est moins le genre de problématique qui m'intéresse et que j'ai du coup moins accroché, même si je l'ai lu d'une traite.

En bref, encore un bon petit livre, philosophique et spirituel, sur la notion de bien et de mal. Une lecture qui fut plaisante bien que je ne sois pas tout à fait d'accord avec le point de vue de l'auteur. C'est en tout cas sympathique à lire, et permet de se poser quelques questions. De loin pas le meilleur Paulo Coelho, mais une lecture tout de même intéressante. Je vous le recommande, mais pas chaudement.

(Chronique n°145) 

dimanche 26 janvier 2014

Lune noire (John Steinbeck)

(lu le 9 janvier 2014)

On m'a prêté ce livre il y a maintenant un petit moment, et je l'ai lu dans la foulée du Survivant de Palahniuck, parce que j'avais un peu de temps et qu'il est vraiment court pour un Steinbeck. J'avoue que je l'ai dévoré sans même m'en rendre compte, et que j'ai beaucoup aimé cette petite histoire qui a beaucoup de choses à dire.


Résumé en trois mots : Résistance, Idéalisme et Peur

Ce livre se construit d'une curieuse façon, en le lisant j'ai remarqué qu'il est bâti exactement sur le modèle d'une pièce de théâtre. C'est une unité de lieu ou presque (un changement de décor) et quelques acteurs suffiraient à faire tout le livre, qui est vraiment court (un peu plus d'une centaine de pages). Et bien évidemment, ce ne sont presque que des dialogues entrecoupés de peu de textes faisant office de didascalies. Et l'ensemble se dévore en un rien de temps.

Je connaissais déjà de Steinbeck ses 3 "gros" livres : A l'est d'Eden, Les raisins de la colère et Des souris et des hommes mais j'ai eu un grand plaisir à relire cet auteur à la plume acerbe et critique. Cette fois-ci il écrit pendant la Seconde Guerre Mondiale sur celle-ci, et plus exactement sur la notion de résistance. C'est assez intéressant la façon dont il procède, puisqu'il ne fait pas de clivage rapide nazi = méchant et population = gentil. Ici, tout le monde peut être sympathique comme peut être noir, même les colabo semblent démunis et un peu à côté de la plaque, mais tous sont intéressant. L'idée n'est pas tellement de fustiger les nazis que d'expliquer et développer un propos sur l'occupation et la résistance. En ce sens, tout le monde est dans le même bateau, dans ce village cerné et isolé, qui devient progressivement une antre de la folie. Les occupants sont victimes et se savent haïs, les résistants sont près à tout les sacrifices pour recouvrir leurs libertés. C'est un tableau tout en nuance qui nous est présenté. Il ne s'agit pas de critique d'un régime, juste un pamphlet sur la résistance, ses limites et son idéalisme, sa façon de procéder et ses conséquences. Finalement, tous restent avant tout des hommes, faibles et fragiles, qui ne demandaient pas ça. Ils obéissent aux ordres ou à leurs idées, mais finalement chacun est victime dans ce grand jeu. C'est bête, mais c'est la réalité.

Une lecture très intéressante sur la façon de résister et tout ce que cela comporte, sur l'humain et sur la portée de nos idées. C'est une lecture très intéressante que je ne peux que vous recommander, elle vaut largement le coup. Steinbeck campe une situation qui nous interpelle, qui nous pousse à réfléchir jusqu'au bout, et au final les questions vous restent en tête. En un sens, c'est une excellente œuvre philosophique. Prenez le temps de le lire.

(Chronique n°128)

vendredi 29 novembre 2013

Les âmes grises (Philippe Claudel)


Un tout petit livre pour lequel je me suis laissé tenter par ce petit livre à l'aspect fort charmant et aux prix engageants (je parle des prix littéraires), et surtout peu de pages, alors que je n'étais pas motivé à en commencer un gros (j'en ai déjà deux en routes donc ...). Et puis, je n'avais aucun apriori sur cet ouvrage, ce qui m'a donné l'idée de me lancer dedans, pour une découverte totale.


Résumé en trois mots : meurtre, personnages et enquête


Disons le tout net, j'ai eu du mal à trouver ce livre intéressant. Pas forcément à le lire, mais à le trouver intéressant. Pourquoi ? En fait il y a de nombreuses raisons, autant personnelles que objectives (enfin, autant que je puisse l'être).
Déjà, pour commencer, la structure du récit est déconstruite. En soi, ça ne pose pas de problème, c'est une façon de traiter le récit qui me convient d'ailleurs très souvent du moment que ce n'est pas mal fait. Et là, malheureusement, c'est pas la meilleure façon de faire. En fait l'auteur nous précise sans cesse des choses autour de la trame principale, soit dans le passé antérieur soit dans le futur, mais sans vraiment nous donner des indications et en changeant quasiment tout le temps de chapitres. C'est bien comme idée, mais je trouve qu'on se brouille trop vite, notamment au début du roman. La fin est plus simple, quand on connait les grandes lignes, mais avant ça il faut vraiment se repositionner tout le temps dans l'échelle du temps et c'est assez pesant je trouve.
Ensuite, l'auteur fait intervenir des personnages qui parlent de ce qu'ils ont vécus/vus/entendus, et là encore c'est assez lourd comme style, puisque chaque fois la description bouffe je ne sais combien de pages avant que l'on rentre dans le vif du sujet. Ce n'est pas inintéressant, mais les personnages parlant ne sont que peu intéressants dans la suite du livre, rendant les présentations anecdotique.
Ensuite la façon de nous balader entre toutes les trames est bien vue, mais en fait chacune est si mince qu'on s'en préoccupe finalement peu, se contentant des portraits brossés par l'auteur. C'est surtout le cas par rapport à la femme du narrateur, dont je n'avais rien à cirer lorsqu'on en parlait.

Cela dit, l'auteur s'attache à nous présenter des personnages intéressants, le titre du roman expliquant cette façon de voir les choses : des âmes grises, ni noir ni blanches. Elles vont parsemer le roman, personnages sympathique devenant tout à coup moins intéressant, personnage odieux présentant un jour chaleureux. C'est un beau mélange, et la façon dont les personnages se dévoilent est bien faites.
Ensuite la peinture de ces années de guerre et le climat est bien représenté également, entre les blessés du front et les planqués à l'arrière, le travail des femmes et l'évolution de la société, c'est une belle peinture de l'époque à laquelle nous avons droit. Sans parler de tout ce qui nous révolte actuellement et qui avait libre cours en ce temps là.


En clair, le roman n'est pas mauvais et contient quelques bonnes idées et une mise en scène sympathique, mais j'ai franchement trouvé l'ensemble lourd. Ce n'est pas très bien organisé, et les personnages bien que tempérés m'ont semblé très fade. Au final, aucun ne m'est resté, aucun ne m'a semblé d'un quelconque intérêt et l'histoire finale est dispensable. Elle ne m'a pas laissé de souvenirs indélébile, et je ne me rappelle déjà plus grand choses de ses différentes trames. Je trouve que le récit à manqué son but, en voulant à tout prix se conformer à son titre il à manqué son but. Pour ma part, c'est une lecture parfaitement dispensable !

(Chronique n°100)

samedi 9 novembre 2013

Malavita (Tonino Benacquista)

Encore un roman qu'on m'avait prêté, que j'ai lu notamment parce qu'un certain film est sorti dessus (que je en suis pas encore allé voir et que je ne verrais sans doute pas vu le niveau qu'il atteint). Et puis je déteste garder longtemps des livres que j'ai empruntés. Donc voila un petit aperçu de ce que donne ce livre traitant d'une famille on ne peut moins ordinaire. Laquelle ? Celle dont le chien s'appelle Malavita.


Résumé en trois mots : Mafia, Famille et Village

J'avoue que je n'ai pas d'idée pourquoi il a choisi ce nom là pour le livre, même si le chien prend une importance minime sur la fin. Mais bon, ce n'est pas le propos. Parlons plutôt du livre !

Le ton est donné très vite, mélange d'humour et de policier, teinté de mafia et de chronique sociale. L'ensemble du livre se concentre d'ailleurs presque exclusivement sur la famille et la façon dont chacun voit sa nouvelle vie, mais aussi son ancienne. Et comme quoi la transition est difficile. Pour tous. Même si le père se sent prêt à recommencer.
En fait, nous avons là à la fois une force et une faiblesse du scénario. D'abord, le scénario se centre exclusivement sur la famille mais pas de façon égale, et la fille, Belle, n'est pas traitée avec autant d'importance que les autres. De même le fils est un peu plus évanescent, et le père prend une place prépondérante. Du fait, je pense qu'un étalement de quelques pages en plus aurait été nécessaire. Ensuite l'action est très rapide, presque trop. On a pas vraiment le temps d'apprécier les personnages, de vraiment s'attacher à la situation, tout de suite les grosses actions arrivent. C'est un peu l'inverse de ce que je reprochais à Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, l'action est trop rapidement en place. Enfin, dernier reproche, la situation n'est pas vue de l'extérieur, la façon dont la famille est perçue dans l'entourage et je pense que ça aurait ajouté pas mal de piquant.

Cela dit, le reste est très bon, autant l'humour qui est très présent que dans le caractère des personnages, bien typés, ou simplement dans l'éclairage qu'il fait de la mafia de la côte ouest et de ses codes bien établis. Une véritable percée dans ce monde encore très méconnu. Sinon, il y a aussi l'excellent côté thriller qui se met en place à la fin (sans oublier l'humour) et qui est excellent aussi. Et le summum : le comportement du père, qui est juste parfait. Une personnalité extraordinaire, bien campée, que j'ai adoré.


En gros le roman est excellent, avec une intrigue originale et une excellente mise en scène de la chose. J'ai beaucoup ri, et malgré des défauts, dû à mon avis à un texte trop rapidement conclu, j'ai suivi avec joie les péripéties de cette famille très hors-norme. Elle m'a plu, et j'ai aimé son aventure. Quelques petits défauts dans l'ensemble ne viennent pas gâcher le charme du tout qui respire les bonnes idées. J'ai bien aimé et je me suis laissé transporter, je ne peux que recommander la lecture de ce très bon roman.

(Chronique n°91)

dimanche 13 octobre 2013

Balzac et la Petite Tailleuse chinoise (Dai Sije)

Un livre qu'on prend rapidement pour lire un peu avant de se coucher et qu'on finit sans s'en rendre compte, c'est un livre qui vous à accroché. Un livre qui vous a vraiment pris par là où il fallait et qui ne vous a pas lâché. C'est ça, ce que j'appelle de la véritable littérature : ça vous prend et ça ne vous relâche plus. Et c'est ce genre de livre que j'ai lu ce soir là, un livre qui m'a ... Comment dire?


Résumé en trois mots :  Littérature, Amour et Adolescence

Le roman est assez peu basé sur une intrigue dense, c'est plus un roman contemplatif. Ici, le style est largement en arrière de celui qu'on retrouve dans La joueuse de go, et la prose nettement plus lourde, avec même certains termes qui me paraissent inconvenant au vu de l'ouvrage (notamment quand la Petite Tailleuse parle vers la fin du livre). Bref, le style littéraire est moins bon, sur la forme et sur le ton.

Cela dit, le reste est simplement excellent, et j'ai dévoré cette histoire qui tourne autour des livres comme toutes les autres. En fait, il suffit qu'une histoire traite la littérature avec respect et avec tout ce qu'on lui doit, et je fond. Ici, les jeunes découvrent la vie, s'ouvrent et s'initient au monde et à ses différents aspects au travers de livres qui vont leur donner une largesse d'esprit. Qu'ils n'avaient pas avant. Encore une fois, le pouvoir énorme que possèdent les livres est ici superbement mis en valeur et nous rappelle encore qu'une société qui interdit des livres, c'est une société qui ne veut pas vous permettre l'ouverture au monde. Une façon comme une autre d'abrutir les gens.

Le roman possède plusieurs nuances, notamment dans ce trio de protagonistes, mais également dans les figures secondaires qui changent, ces paysans simples de la campagne pour qui tout semble trop clair, ce meunier très brave et connaissant toutes les chansons, leur camarade opportuniste et rancunier, ce tailleur amateur d'histoire, ce chef de village autoritaire et dévoué au communisme mais en même temps amateur d'art ... Bref, une galerie de personnages tout en nuances mais bien réunis, et qui complète à merveille l'ensemble.


Au final, une bien belle histoire, traitant de littérature, d'ouverture au monde et de gout pour les livres. Des thèmes qui ne pouvaient que me passionner. Si la route prise est totalement différente de celle d'un Fahrenheit 451, le fond convainc quand même d'aimer les livres et de comprendre tout leur pouvoir, leur potentiel, ce qu'ils apportent aux hommes. Les personnages sont intéressant, l'histoire se teinte de nombreuses nuances, quelques passages humoristiques rajoutent un peu de gaieté à l'ensemble. C'est beau à lire, c'est puissant, et j'ai été touché. Cependant, je pense qu'on perd en force avec le style d'écriture qui n'est pas adapté selon moi. L'auteur n'est pas romancier, il faut le reconnaitre, mais c'est un bel ouvrage tout de même. Je le recommande.

(Chronique n°78)

jeudi 29 août 2013

La mémoire double (Igor & Grichka Bogdanov)

Les frères Bogdanov qui écrivent un roman de science-fiction, ça m'intéresse grandement ! J'aime beaucoup la façon qu'ils ont de présenter et simplifier les choses. Les entendre dans une émission, c'est souvent très intéressant en plus d'être clair. J'ai acheté ce livre les yeux fermés et je me suis mis à le lire rapidement, le finissant en moins de deux jours au final. J'avoue que j'ai été très dérouté par le propos du récit, qui est au final très désorientant. Sans le nom des frères Bogdanov sur la couverture, on aurait pu croire que le livre avait été écrit par d'autres. Pourquoi ? Je vais vous l'expliquer :


Résumé en trois mots : Informatique, Guerre froide et Sécurité

Le livre présent la petite histoire d'un simple paysan, nommé Antoine, qui travaille depuis 30 ans dans la même ferme d'un patelin paumé dans ... je crois que c'est la Gasconne. Ce brave paysan de 37 ans vit sa vie tranquille, sans jamais être sorti de sa ferme natale, où il est rentré alors qu'il avait seulement 7 ans. Et voila que des gens viennent l'embêter. Ils recherchent son numéro de sécurité sociale, qui est manquant. Son absence oblige des policiers et des inspecteurs en noir. Mais Antoine a un souci : il ne se rappelle pas de ce numéro, et surtout, il commence à avoir des hallucinations, comme si son monde s'altérait, comme si la réalité était fausse.

Dit comme ça, je pense que vous voyez un peu de quoi il va s'agir. Une préface des frères explique qu'ils ont eu l'impression qu'un film bien connu (Matrix) aurait eu vent de cet ouvrage. Je dirais qu'on sent aussi un peu de Total Recall dedans, mais juste un petit peu. Et c'est vrai qu'on trouve pas mal de ce qu'il y a dans Matrix, mais par contre c'est très curieux. Le livre date d'avant le film. Enfin, on ne parlera pas de plagiat ou de quoi que ce soit ici, je ne peux que faire des suppositions (et visiblement les frangins le font aussi).

En fait, l'histoire est très surprenant pour un livre de science-fiction. Ici les 3/4 du roman se concentrent dans la campagne perdu, dans les travaux des champs et le comportement des uns envers les autres dans ce qu'on appelle le milieu rurale profond. On sent que les auteurs se sont impliqués dans ces vieux paysans qui sont proches de leur terres et de leur récolte. C'est une sacrée publicité pour les paysans d'autrefois, dans le genre ça m'a rappelé un autre livre (Les sentiers du vieux Cause qui vante dans le même genre. Très long à lire). Du coup d'ailleurs, on attend beaucoup la suite. Le rythme est très lent et la mise en route est longue. Les éléments qui font avancer l'intrigue sont disséminés de façon minuscule entre deux passages très long dans les champs, l'étable et les relations de personnages. En fait, on dirait presque une chronique paysanne dans laquelle débarque des extra-terrestre (il n'y a pas d'extra-terrestre, c'est pour l'image).

Du coup, j'avoue que j'ai été déçu par le livre, qui est certes sympathique, mais surtout très lent. L'ensemble contient des bonnes idées, mais la représentation des campagnes qui a été faite est plutôt longue et dans l'ensemble ne m'a pas du tout passionné (j'ai beau être né en campagne, je n'ai pas été touché par ce son de cloche). Il en a résulté une frustration dans ma lecture, et j'ai eu un soupir de soulagement lorsque enfin on atteignait l'action (qui est très limitée). Et finalement la fin m'a déçu également, trop convenue et trop simple j'ai trouvé.

En fait, je suis sur que c'est parce que j'ai trouvé l'ensemble trop simple que j'ai ce sentiment de déception. On est loin de la science-fiction à la Asimov, loin des étoiles ou des dérives de la société. C'est une chronique paysanne teintée de science-fiction plutôt, et j'avoue que j'ai moins aimé du coup.
Cependant je laisse les qualités à l'ouvrage : il est très agréable à lire (et très simple, en comparaison du Asimov que je lis actuellement) et surtout propose des bonnes idées qu'on connait de nos jours grâce à Matrix. L'ensemble dégage un charme auquel je n'ai pas du tout été sensible, mais qui peut être bien efficace sur certains. Si vous aimez l'ambiance vieille campagne et que vous vous intéressez à la science-fiction, je vous le recommande. Sinon, passez allègrement votre chemin, il y a mieux dans le genre.

(Chronique n°61)

mercredi 13 février 2013

Les rameaux de Salicorne (Pierre-Yves Gabrion)


Là, je pense sincèrement que je vous ai tous perdu avec cette BD. Je n'ai pas tort ? Eh ! J'en veux pour preuve que le gros site de bande-dessinée du net, manga-sanctuary (si, vous savez, celui où vous allez consulter la prochaine sortie du Naruto qui sera de toute façon en vitrine le jour même) ne connaissait pas la BD avant cette année ! (j'en sais quelque chose, c'est moi qui lui ai dit de le rajouter). Le site Bédéthèque n'a qu'une seule critique dessus ! Et pourtant .... Je vais vous en parler, vous comprendre. Ah oui, je précise que j'ai eu huit heures se sommeil sur trois jours. Il se peut que des coquilles se glissent dans la chronique. Je vous rassure, je ferais une relecture lorsque j'aurais hiberné les seize heures de rattrapages nécessaire.


Résumé en trois mots : Légendes, Enfance et Fées

Donc, la BD est très peu connue, c'est parfaitement certain, et a été écrite en 1998 par Pierre-Yves Gabriel. Ce type peut sembler très louche : il n'a pas de page Wikipédia. Par contre il a un Facebook ! Nous voila sauvé !
Ceci dit, je vous dirais juste que c'est un homme, dessinateur de bande-dessinée, qui n'est est pas là à sa première BD. C'est plus exactement sa troisième. Mais de quelle BD parlons-nous donc ? Je vais vous l'expliquer immédiatement (je sais, c'est de la transition de dingue. Mon cerveau crie grâce).

Donc nous avons là une BD qui va traiter de ... De quoi au fait ? De la Bretagne. Un petit village perdu, éloigné de tout. Dans ce village, nous sommes au début du XXème, ou fin XIXème. La différence importe peu. C'était le temps où tout était encore sans machine, sans rien. Mais ce n'est pas un beau monde, un monde pur. Cela, nous le découvrirons progressivement.
Dans ce village, vit un petit être nommée La Mouche. Son père a disparu à sa naissance, sans qu'il ne l'ai jamais connu, et sa mère est une truie acariâtre qui traine dans la maison, malade et aigrie. Il est aimé et aime la petite Julie. Elle est belle et douce, de son âge également. Et il est rejeté par tout le village, sans trop savoir pourquoi. Il aimerait que son père revienne.
Dans ce village également, une cérémonie bien particulière existe encore. La cérémonie des cadets. Durant la nuit des Rameaux, tout les hommes du village de plus de quatorze ans partent à travers la lande et durant toute la nuit cherchent la fée. Celle-ci, dit-on, à le pouvoir d'exaucer le vœu de l'homme au cœur le plus pur qui traversera la lande. Celui qui la voit devient un héros. Cependant, il n'y a pas eu de héros dans le village depuis quatorze ans. Depuis la disparition du père de La Mouche ...
Et cette année, La Mouche à quatorze ans. Il est prêt à aller avec les hommes à la recherche de la fée, son béret près de lui. Car il est sur d'une chose : la fée, il la verra. C'est lui le seul homme au cœur pur du village, ce ne peut pas être ces personnes qui le rejettent continuellement. Et avec Julie, ils ont déjà tout préparés. La nuit va arriver.
Mais la nuit des Rameaux est remplie de mystères. Le village est mystérieux, très mystérieux. Et beaucoup de choses ne sont pas dites. Rien ne sort de la nuit des Rameaux, et les secrets sont peut-être très cruels ...

Après la lecture de ce résumé, je suis sur que vous voyez le déroulement de l'histoire. Hein ? Ne niez pas, vous aussi vous vous attendez à une histoire classique de fantastique, de quelques secrets et de méchants manichéens, n'est-ce-pas ? Et pourtant, je dois dire que cette BD fait très fort. Elle est très courte, faisant au total à peine 64 pages. Et dans ces pages là, l'histoire va vous sidérer. En fait, contrairement à ce qu'on peut penser, il y a une réflexion et une surprise de taille qui nous attends, et le sujet de la BD au final est très différent de ce à quoi je m'attendais au départ.
En fait, la BD est très déroutante, car la trame qui commence tellement classique dévie progressivement, jusqu'à atteindre la planche qui vous cloue sur place, sans que vous compreniez vraiment. Et là, c'est le temps des explications. De quoi ouvrir des grands yeux tellement c'est bien fait. Et puis, une conclusion. Très brève. Deux ou trois pages. Plus une fin qui vous laisse rempli de questions.
En fait, lorsque j'ai lu la BD la première fois, j'avais une interprétation. Puis en la relisant, j'en ai trouvé une autre qui changeait complètement l'idée. Tout à coup la fin était heureuse. Et puis je l'ai fait lire à mon petit frère. Il a aussi pensé à une fin triste en premier. Mais lui pense que c'est la vraie. Moi j'avoue ne pas savoir. La fin est suffisamment ambiguë pour nous laisser à loisir de quoi méditer. Je ne vous dévoilerais bien évidemment rien (si vous voulez le savoir, demandez là moi et je vous la prête), mais c'est un sujet de controverse.

Ensuite, que rajouter à la BD ? Un très bon dessin. Il est direct, clair, efficace. La colorisation par-dessus est très belle également, et l'auteur nous a d'ailleurs pondu des "gueules", une belle palette de bretons début du siècle. C'est assez amusant de voir ces gens qui sont pour la plupart assez moche, mais en même temps ils sont très réalistes.
Et puis le découpage est fluide, la narration également. Très peu de texte, tout est dans les attitudes, les mots. Beaucoup de non dit également. Et l'auteur à glissé une très belle typographie de lettres pour le texte-off. Je sais, c'est franchement un détail, mais j'ai vraiment beaucoup aimé. Le coup des cartes de tarot au début rajoute un petit charme mais je n'ai pas trouvé le coup extraordinaire. Ca reste toutefois une belle idée.
Ensuite, je dois dire que la BD arrive à éviter très brillamment le piège du manichéisme primaire, en faisant des personnages de A à Z qui ne sont pas très beau intérieurement. Les secrets de la nuit des Rameaux ne sont pas beau. En fait, le seul personnage candide reste jusqu'à la fin Julie, qui à d'ailleurs une belle valeur symbolique. Mais là encore, je ne vous en dis pas plus.

En terme de critique, j'avoue que je ne trouve pas grand chose. L'un des reproche récurrents est l'impression que l'auteur aurait pu allonger le récit facilement de dix pages. La contrainte des 64 pages n'altère pas la qualité de l’œuvre (ce qui est très bien également), mais j'ai eu l'impression parfois qu'il y aurait eu manière à étaler un peu plus. Bon, quand la viande est sans graisse, on ne va pas le reprocher, pas vrai ? Là nous avons du dégraissé complet, pas une case de trop, tout est juste au bon endroit au bon moment. Après le dessin n'est pas d'égal qualité pour toute les cases, mais il faut s'attarder dessus pour le remarquer, et on ne s'attarde pas vraiment. Ce n'est pas du Patrick Prugne. Même s'il reste bien fait.

En conclusion, nous avons une œuvre qui se classe difficilement, laissant le choix au lecteur d’interpréter le tout et avec une idée qui est franchement géniale. La surprise sera au rendez-vous, mais de façon intelligente, avec des passages très émouvants en même temps. On croirait de la BD commerciale classique, et on se retrouve hors des sentiers battus. C'est un vrai plaisir à lire, et en plus c'est un tome unique qui nous est proposé, avec une belle conclusion. Tout les ingrédients pour un excellent moment de BD. Le seul gros inconvénient est que l’œuvre n'est que très peu disponible (occasion et Internet) mais elle mérite d'être lue. Et en soirée BD, ça fait son petit effet de sortir qu'on l'a lu.

(Chronique n°12)