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mercredi 25 mars 2015

Janua Vera (Jean-Philippe Jaworski)

J'avais beaucoup entendu parler de cet auteur qui aurait réalisé un coup d'exploit extraordinaire avec son premier recueil de nouvelles avant de pondre un livre qui aurait été une exception dans le paysage de la fantasy française. Cela a titillé ma curiosité et je me suis procuré les deux ouvrages sus-dit du bonhomme avant d'attaquer goulument le premier. Et là, ce fut le choc, tel que je ne l'avais plus ressenti depuis un long moment.


Résumé en trois mots : Guerre, Médiéval et Sombre

Ce recueil est très hétéroclite, conservant toutefois une trame sur l'ensemble au niveau de l'ambiance, ce médiéval fantastique assez sombre mais en même temps développé au travers de nombreux points de vue, les guerriers et la noblesse, les paysans, les religieux. En relisant l'ensemble, c'est toutes les couches de la société médiévale qui sont présentes ici. Et c'est tant mieux !

La raison pour laquelle je qualifierai ce recueil de génial, c'est la haute qualité des nouvelles présentées. Rien ne m'avait préparé à cela, et je suis charmé, aussi bien par la plume de Jaworski, très fluide et très belle, qui met en immersion dès les premiers mots, mais également par l'inventivité dont il fait preuve.

Curieusement, la nouvelle Mauvaise donne qui est ensuite développé dans le roman Gagner la guerre, est celle qui m'a le moins parlé du recueil, tout en restant très bonne. Le recueil comporte 8 nouvelles, et je dirais que plus de la moitié sont sublimes. La première, l'histoire d'un Dieu-roi, est surprenante par son approche et bienvenue, une excellente ouverture du recueil. La deuxième, Mauvaise donne donc, est agréable et plante un décor que j'aimerai bien voir développé. La troisième est peut-être la moins intéressante, une histoire de chevalier, mais bien menée et agréable. 
Et là, le recueil bascule dans les nouvelles fantastiques. Une offrande très précieuse, qui sait jouer du fantastique avec des soldats tout en finesse, très belle nouvelle. Le conte de Suzelle, l'histoire d'une femme paysanne, d'une cruauté et d'une force extraordinaire. J'ai été séduit par cette histoire qui m'a ému, tant on est dans un conte cruel. A mon avis, la meilleur du roman. Jour de guigne, une nouvelle très drôle et rafraichissante après les dernières plus lourde, tout en ayant une bonne petite histoire. Un amour dévorant, nouvelle très sombre et très belle, une histoire de fantômes qui n'effrayent pas.
Et enfin, Le confident, une nouvelle qui présente beaucoup de choses et apporte une conclusion largement ouverte, toute sujette à interprétation.

Ce recueil est en globalité excellent, et certaines nouvelles sont fabuleuses. J'ai été étonné de trouver une telle qualité dans un premier livre, et si l'auteur est à ce niveau dans le reste, je comprend les critiques élogieuses qui découlent. C'est prenant et inventif, et je serais ravi de pouvoir me replonger dans ce monde. La suite très vite donc !


Un monde qui m'a surpris par sa noirceur et son caractère réaliste, mais dans lequel j'aimerai bien pouvoir replonger maintenant que j'y ai pris gout. Un premier recueil qui mérite amplement son succès donc, et que je vous recommande à tous, pour peu que la fantasy vous intéresse. C'est vraiment du haut niveau, et je ne m'attendais pas du tout à quelque chose dans ce style. Sombre, mature, mais aussi drôle et beau, un recueil complet qui vous fera passer un excellent moment. J'ai aimé, je le recommande !

(Chronique n°250)

lundi 26 janvier 2015

Days (James Lovegrove)

Encore un achat de cette collection de Bragelonne, qui est en passe de devenir la plus grande de ma collection. Et encore une fois, une découverte d'un auteur et d'un style que je ne connaissais pas, d'une histoire sur laquelle je ne sais rien et dont le seul résumé m'a attiré, ce qui est déjà un gage de ma volonté. Et cette lecture, qui remonte maintenant à loin déjà, et tout ce qu'il se fait de plus acceptable, voir même plus !


Résumé en trois mots : Magasin, Consommation et Humains

L'histoire est celle d'un magasin, un énorme et gigantesque magasin, qui contient sur six étages tout ce qu'il faut pour qu'on puisse consommer sans se préoccuper de ce qu'on achète. Tout, des femmes aux cravates, des livres à la nourriture. Et bien évidemment, tout cela à un prix. Days est le magasin dans lequel on ne rentre qu'avec une carte. Et cette carte indique votre niveau de richesse.
Dans ce temple de la consommation moderne, quatre destins se croisent. L'un est celui d'un simple employé, un fantôme. Un homme qui traque les voleurs en les repérant dans ce qui est le plus grand lieu de vol possible du monde. Une autre est cette dame qui tient le rayon de la littérature dans le magasin, et qui voit, jour après jour, son espace disponible diminuer au profit de celui de l'informatique. C'est également le destin d'un couple, qui vient inaugurer en cette brillante journée sa carte du magasin. Le premier jour pour eux dans le monde de la sur-consommation. Et enfin, c'est le destin de la famille dirigeante, des sept frères Days qui tiennent ce magasin.

J'ai beaucoup aimé ce roman, qui ne s'étale que sur une seule journée tout en nous présentant quatre points de vue différents dans un même magasin, plus grand que n'importe quel autre dans le monde. Sans même évoquer la surconsommation ou la déviance des hyper-marchés, ce livre nous offre également une belle fable sur l'homme et les dérives qu'il peut connaitre dans sa vie, entre les couples qui ne peuvent pas s'accorder ou encore les frères Days, entrepreneur du magasin, qui doivent à la fois tenir quelque chose de trop gros, s'accorder entre eux et en même temps sont prisonniers d'un joug parental. D'autant plus oppressant que le père n'est plus là.

Ce roman est assez brillant dans son genre, et j'ai énormément apprécié de le lire, avec le foisonnement de ce qui est présenté, tout en ne s'enlisant pas dans une critique massive. Le livre sait retrouver l'histoire quand il le faut, et retombe sur ses pieds d'une belle façon, en concluant de façon assez magistrale, puisque chaque arc narratif aura sa propre fin, ce qui fait qu'on ne peut y voir une fin heureuse ou malheureuse.

Un beau livre, qui est assez unique dans ce que j'ai pu lire pour l'instant, mais qui est bien typique de ces fantaisies urbaines qui dépeignent notre société sous un jour peu glorieux. Les différents personnages sont à la fois touchants et glaçants d'effroi par leur apathie face à la vie, mais ce roman sonne bien réaliste, et c'est là tout l'intérêt. Et je ne parle pas de la façon dont les histoires se croisent pour finir par avoir chacun sa propre identité, finissant dans plusieurs nuances de tons. Un bon roman, qui se lit agréablement et qui invite à réfléchir. Une belle découverte qui m'a bien fait plaisir.

(Chronique n°223)

jeudi 8 janvier 2015

Wastburg (Cedric Ferrand)

Petite lecture que je me suis offerte pour aller avec le jeu de rôle que je me suis procuré et qui attend son tour avec impatience lui aussi. Un petit roman qui est aussi assez peu connu du grand public et dont je n'avais pas du tout entendu parler auparavant. Une occasion comme une autre de se plonger dans des arcanes méconnues de la fantasy, car après tout, c'est bien de la dark fantasy que nous avons là. Et, pour un temps, je me suis perdu dans les ruelles sombres et puantes de Wastburg, moi aussi, au côté de la garde.

Résumé en trois mots : GardesViolence et Ville

Un drôle de petit roman, qui combine à la fois qualité et quelques défauts, mais qui dans l'ensemble garde une cohérence énorme et une ambiance détonante. Avec jeu de mot.
Le propos du livre n'est pas vraiment centré sur les personnages, quoique certains reviennent à intervalles réguliers dans les différents chapitres, mais ne se concentrant jamais sur un, se contentant de laisser les récits détailler la ville et sa vie, tout en nouant une légère intrigue qui se dénouera progressivement, mais sans que ce soit vraiment très marqué. 
Ce qui m'a marqué, c'est qu'outre le côté gentiment humoristique de certaines passages, dû notamment à la stupidité monumentale des protagonistes, le livre nous pond des passages bien gores et plutôt violent, tout en gardant le côté très léger et insouciant qu'il avait de base. Un mélange très curieux et presque dérangeant par certains moments.
D'autre part, les chapitres s'enchainent sans réel lien en-dehors du lieu, toujours la même ville de Wastburg, et des personnages qui se mêlent dans tout les sens avec toujours un lien avec la garde (soit en en faisant partie soit en étant en contact avec elle). C'est dans le même ordre d'idée que Un milliard de tapis de cheveux, mais sans cette question qui se pose du début à la fin. Là, on suit gentiment la vie de tout les jours dans la garde et dans la rue. Vie trépidante et toujours bien remplie. Sans parler des fêtes, des coutumes ou des idées qui naissent dans ce lieu. Car Wastburg est un lieu vraiment à part.

Bien que sans réel lien entre elle, les nouvelles forment bien un roman au final, un peu décousu certes, mais un roman tout de même, et ce roman est globalement bon. Sans être le roman du siècle, il pose un univers de dark fantasy plutôt sympathique, tout en nous montrant un monde où la magie vient de partir et qui se débrouille sans. C'est aussi des sympathiques touches d'humour, beaucoup de noirceur et une humanité à la limite de la fange, dans une ville à la moralité et à la propreté douteuses. Une incursion dans un univers amusant, et qui m'a bien plu.

Dans le genre roman sympathique et qui apporte un dépaysement, Wastburg se pose bien et nous propose une belle petite virée en ville, entre la garde dépassée et les mages disparus, dans une ambiance noire de complots en tout sens, de trafic et de voleurs, bien coincé entre deux états, oubliés des deux. C'est une incursion dans une ville médiévale sale et puante, qui est tout sauf attrayante et qui possède une histoire bien à elle. Avec un final haut en couleur. Bref, une bonne petite trouvaille, qui donne envie de lire encore un peu de fantasy, de retourner dans d'autres mondes.

(Chronique n°215)