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samedi 21 mars 2015

La ballade de l'impossible (Haruki Murakami)

J'ai emporté ce livre avec deux autres, dans l'esprit qu'ils me tiennent un mois de vacances complètes. Ah, naïf enfant que je fus ... A peine un trajet en avion, et je me retrouve avec un livre et demi de fini. Heureusement que je pus compter sur les autres qui avaient emmenés force d'ouvrages avec eux. Mais trêve de bavardages, passons à la chronique de cet ouvrage tant de fois recommandé de l'auteur plus que réputé à présent, Haruki Murakami, et sa Ballade de l'impossible.


Résumé en trois mots : Amour, Dépression et Vie

Ce livre m'avait été souvent vantée, et lorsque je dus décider d'un livre pour le voyage, je le pris, suite à la lecture des Amants de Spoutnik, qui m'avait fait grande impression et qui présageait d'excellentes choses. Curieusement, si j'ai retrouvé des styles littéraires et de nombreux thèmes en commun, ces deux romans se différencient totalement et m'ont tout deux plus énormément. Mais celui-ci encore plus que l'autre.

La saveur tout à fait exquise de cet ouvrage vient notamment de la plume de l'auteur, et n'ayons pas peur des mots en disant que c'est du sublime. A la fois lent, très lent, beau et tendre, la plume est également très silencieuse. J'avais déjà parlé, il me semble, de la voix qui sort de certains livres, et dans le cas de Murakami, "j'entends" un livre silencieux, tout comme Soie, qui m'avait déjà fait cet effet ouaté, comme un silence apaisant. Une façon de faire très orientale, mais tellement belle également ...
Ce livre m'a beaucoup touché, par son histoire qui m'a pris aux tripes. C'est simplement un homme qui entend une chanson et repense à sa jeunesse, à ses amours et à ce qu'il se passa alors. J'ai été séduit par la façon dont tout se met en place. Je craignais de retrouver le schéma de Les amants de Spoutnik, mais rien n'est jamais semblable, et l'auteur nous développe quelque chose de neuf, où l'étudiant est pris entre plusieurs personnes, mais sans que l'on ne sache jamais très bien où il se situe. Lorsque j'ai atteint la dernière partie, j'ai senti une pierre me tomber dans les intestins, et pourtant j'ai laissé le livre se finir avec un sentiment d'apaisement que je n'avais pas ressenti depuis longtemps. C'est dense et lourd à digérer comme pavé, l'histoire prend le temps de se développer, mais j'ai trouvé que c'était bienvenu et je me suis laissé porter sans réfléchir. Le temps d'une ballade impossible avec des amants qui ne le sont pas, j'ai voyagé dans une étrange histoire d'amour.

Le roman est beau, incroyablement beau, mais aussi cruel et parfois très drôle, mais dans l'ensemble il invite au silence et à la sensation plus qu'a la réflexion. Lorsque je l'ai fini, j'étais simplement très calme et je me sentais bien. C'est toujours un drôle d'effet que de ressentir ça juste avec une lecture.

Un roman que je vous recommande sincèrement. Beau et puissant, une ballade mélancolique très simple mais très forte, qui m'a happé dans un autre temps, une autre vie, à vivre l'amour sans qu'il ne puisse s'échapper. Une ballade impossible à vivre, mais que j'ai ressenti pleinement jusque dans mes tripes. Je vous conseille fortement de vous intéresser à cet auteur qui nous pond des livres plus qu'intéressant. Ne laissez pas échapper de tels merveilles.

(Chronique n°248)

jeudi 19 mars 2015

Les amants de Spoutnik (Haruka Murakami)

Le contexte de lecture joue parfois beaucoup plus qu'on ne le pense sur nos lectures, et je pense souvent à certains livres que je relirais un jour, pour leur laisser une deuxième chance, ou pour confirmer un soupçon. Lire le mauvais texte dans la mauvaise période, c'est parfois fatal a un livre qu'on aurait énormément apprécié autrement. Cela dit, parfois, le texte arrive même à nous faire oublier le contexte dans lequel nous le lisons, et ça, c'est puissant. C'est le genre de littérature qui mérite toute notre attention, et tout nos éloges. Ce livre est rangé dans cette catégorie pour moi. Lorsque je l'avais dans les mains, j'étais opprimé par une contrainte de temps et dans une crise qui prenait tout le monde autour de moi. Le moment le moins idéal pour lire, je pense. Et pourtant, j'ai gobé ses 300 petites pages en moins de deux jours, en grappillant du temps à chaque instant disponible. Rien ne m'aurait arrêté, une fois lancé.


Résumé en trois mots : Amour, Îles et Perte

Ce livre est mon premier contact avec cet auteur tant vanté et qui le mérite d'ailleurs amplement, Haruki Murakami. Et je crois bien que c'est ma première rencontre avec un auteur japonais. Une véritable première en somme.
L'histoire est celle d'un jeune homme épris d'une jeune femme, elle-même éprise d'une femme un peu plus âgée. Et les changements que chacun fait pour les autres, pour s'intégrer dans la société. Le jeune homme sait son amour impossible, puisqu'elle en aime un autre. La jeune femme sait son amour impossible, puisque l'objet de son amour est mariée et de dix-sept ans plus âgée. Tout le monde, ici, est seul, et triste. Mais une journée, la jeune fille, en voyage en Grèce avec la femme, qui l'a engagée comme secrétaire, disparait. Et là, commence l'histoire.

Ce livre m'a dérouté. Déjà par son narrateur, personnage important mais pas central, et qui cherche ... je ne sais pas quoi exactement, mais entre autre à retrouver son amie. Et qui est très évanescent mais en même temps omniprésent. Le personnage central, c'est cette jeune fille, Sumire, au centre de tout. Et tout gravite autour d'elle et de son amour, comme un satellite tourne autour d'une planète. Le roman bascule même dans le fantastique à un moment sans que cela ne change l'impression générale dégagée par l'auteur. C'est toujours d'un même tenant, d'un bout à l'autre.

Ce genre de roman, j'y repense encore après et même maintenant, plus de six mois après la lecture, je me rend compte que beaucoup m'avait échappé sur le moment et que je comprends des choses a présent. J'aimerai beaucoup le relire, car je sens qu'il y a quelque chose dedans que je devrais pouvoir retrouver.

Un très bon roman, comme je les aime. Pour une première impression de l'auteur, c'est parfaitement réussi et ça dépasse même mes attentes. J'ai englouti le pavé a vitesse maximale mais j'en ressort ravi. C'est beau et poétique, beaucoup de choses ne sont pas dites, et je me sens capable de plonger encore une fois dans le genre de l'auteur, qui m'intéresse beaucoup a présent. C'est avec grand plaisir que je lirais d'autres ouvrages de lui. Une réussite indéniable.

(Chronique n°247)

lundi 9 mars 2015

Neige (Maxence Fermine)

C'est un très petit livre, que j'ai surtout lu parce qu'il était ajouté dans les listes des livres acheté sur Amazon. En gros, quand on voit un livre sur Amazon (ouh, pas bien ce site, allez en librairie !) (nan, je déconne, c'est idéal pour pouvoir trouver des BD en occasions vraiment pas chères), le site propose des livres également acheté par les usagers qui ont regardé ce livre. Et en cherchant Neige (de Orhan Pamuk) je suis tombé sur celui-ci, qui semblait plus connu et plus lu. Je me suis laissé tenter vu le prix, et au final le livre est vraiment minuscule, moins d'une centaine de pages et des chapitres vraiment très court. Vraiment très très court. Bon, l'énorme avantage, c'est que c'est très vite lu, et ça, c'est agréable quand la PAL menace de nous engloutir sous elle chaque soir (je place la pile à côté du lit pour me motiver). 100 gr d'envolé donc !


Résumé en trois mots : Neige, Amour et Contemplation

Un livre très court, donc, qui m'a rappelé d'ailleurs Soie par certains côté, même si je dois avouer que ce livre est un cran en dessous, et nettement d'ailleurs. Ce qui ne m'a pas empêché de l'apprécier d'ailleurs.

C'est un livre très court, très rapidement lu, mais qui se paye en plus le luxe de prendre son temps. C'est assez lent, contemplatif, introspectif. Une lecture qui prend le temps de voir la neige tomber, de penser à la vie et à l'amour, à la mort et à la beauté. C'est une histoire très linéaire, très simple et un peu facile, mais qui se lit sereinement et avec grand plaisir.
En fait, je crois que la grande force de ce roman vient de son style d'écriture, volontairement très proche de la poésie et du fameux haïku qui traverse les pages, tout comme le héros, cherchant sa forme définitive et contemplant la neige.

Ce n'est de loin pas un mauvais roman, soyons clair, mais je crois que ce roman est un peu trop juste. L'histoire est très bien, mais trop courte, un peu trop facile, un peu trop prétexte a des digressions poétiques. C'est dommage d'avoir autant de poésie et pas plus de fond, ce qui l'aurait rendu largement plus intéressante. Et l'idée n'est pas mauvaise en soi, mais là encore j'ai trouvé que c'était dommage de laisser une telle idée aussi peu creusé. Le style me semble très beau, mais creux. Et ça, c'est dommage.

Ne nous trompons pas, je suis loin de vous déconseiller ce livre, mais je lui ai trouvé quelques défauts qui n'ont rien gâché à ma lecture mais qui ont terni la pensée que je me suis faite ensuite autour de celui-ci. Et ça, c'est dommage. Car le livre est beau, poétique, mais au final je me suis rendu compte que j'y avais trouvé peu d'intérêt, et c'est dommage. Je vous conseille tout de même de lire un coup, en passant, c'est très rapide et très beau, alors je ne peux pas vous priver de ce plaisir.

(Chronique n°242)

jeudi 5 février 2015

Le maitre du Haut-Château (Philip K. Dick)

Et voila, le dernier livre de Philip K. Dick qui trônait encore sur mon étagère. Maintenant, la razzia est ouverte sur ce qui traine encore et qui traite de science-fiction (bon, j'ai encore deux livres de Asimov en attente, il me semble). Car à ce niveau là, c'est du génie, je le savais avant de lire celui-ci, mais nom de Zeus, que cet auteur est impressionnant. Voila fini maintenant la section "immanquable" de celui qui est considéré comme l'un des trois plus grands auteurs de science-fiction. Que reste-t-il à lire à présent ? Ah oui, tout le reste ... On est pas près d'en voir le bout.


Résumé en trois mots : Uchronie, Japon et Yi-King

Ce livre me semble être le véritable aboutissement de l'oeuvre de Philip K. Dick, et je suis bien heureux de l'avoir lu en dernier au final. Car ce livre contient en lui tout ce qu'il faut pour faire un grand roman, et quand je dis grand roman, c'est vraiment dans le haut du panier qu'il se classe. Rah, ça serait dur de trancher entre lui et Blade Runner comme LE livre immanquable de Philip K. Dick. Bon, disons que les deux sont à égalités. Dans mon coeur mais aussi dans ma tête.

Ce que ce livre apporte de plus par rapport aux autres du même auteur, c'est bel et bien le principe de l'Uchronie, principe si extraordinaire et peu souvent satisfaisant. Ici, le point de départ de la divergence historique est la tentative d'assassinat contre Roosevelt, en supposant que l'auteur de l'attentat ait réussi, que se serait-il passé ? Eh bien, la vie serait radicalement différente sur la côté ouest.

Ce roman a bien des côtés dérangeant, et mériterait une analyse de presque chacun de ses thèmes, tant il y en a. Entre l'idée d'une Amérique sous domination nippone (et qui ne serait pas plus mal), d'un livre qui guide tout le monde, d'une histoire qui suppose que les Alliées ont gagnés la guerre circulant sous le manteau, de nazis encore présent, de la suite de la guerre dans l'Allemagne vainqueur, dans les USA perdants, dans la tête des gens de tout horizons. Et puis l'art, et puis la vie de tout les jours, et puis les grandes interrogations, et puis les modes de vies. Et ce final. Mon dieu, ce final. Quel beauté, quel talent. Car c'est une réflexion superbe : qu'en retirer ? Ce qu'on veut, dirait-on.

En fait il y aurait beaucoup à dire sur cet énième roman réussi de Philip K. Dick, mais je comprends maintenant la raison de son succès et de son mythe. Il y a quelque chose d'incroyable là-dedans. De la matière à réflexion pour des années. On peut écrire des dissertations sur tout les points du livre. C'est beau et épique. Une réussite implacable, lisez-le. Un immanquable de la littérature de science-fiction, et je met Philip K. Dick dans le rang des meilleurs auteurs sans plus réfléchir. Lisez-le, bon dieu !

(Chronique n°227)

jeudi 10 octobre 2013

La joueuse de Go (Shan Sa)


Toujours dans le cadre des lectures d'un défi, je me lance dans La joueuse de Go trouvé (encore) d'occasion un soir où je n'ai plus envie de lire le Bradburry (La foire des ténèbres). Et lorsque je suis arrivé au chapitre 18 sans le remarquer, que j'ai du me forcer à éteindre la lumière, j'ai compris que je n'aurais pas de mal à le continuer. J'ai tout de même fini le P. K. Dick et le Bradbury avant. Puis je me suis rué dessus sans attendre. Et le résultat, le voila :


Résumé en trois mots : Amour, Beauté et Chine

L'histoire est très belle, mais le récit ajoute énormément de force en faisant alterner à chaque chapitre le point de vue de l'un ou de l'autre. Un chapitre sur deux, la chinoise. Un chapitre sur deux, le japonais, et ce jusqu'au bout. Les deux visions d'une même histoire, de personnes qui se croisent et s'entrecroisent, deux points de vue sur chaque événement qu'ils vivent ensemble, dans cette Mandchourie. Deux personnes différentes, deux points de vue différents. Et le tout juste excellemment mis en scène.

J'ajouterai que le style d'écriture y est pour beaucoup. Si la forme m'a fait penser à Soie, l'ensemble n'est pas pareil. Mais par contre, les mêmes émotions en sont dégagées. La forme est superbe, l'écriture est fluide et personnelle, on sent que l'auteure nous embarque dans son monde à elle. C'est beau aussi, piqué de très belles phrases. D'un bout à l'autre j'étais transporté dans un monde asiatique. Et jusqu'au bout du récit j'ai été ému et pris.

Bref, ce roman est superbe, autant dans le récit et la forme, que dans le fond de l’œuvre. Nous avons une histoire très belle mais qui en plus nous refait réfléchir autour de certains principes, notamment les différences ethniques. Le livre nous emporte pendant plus de 200 pages dans un orient du siècle dernier qui était alors dans une situation qui peut apparaitre comme incroyable. Ma lecture fut comme la plongée dans un autre monde, j'ai été complètement transporté. Un livre majestueux,et pour moi c'est une lecture incroyablement belle que je conserve en mémoire. A lire ? Mais très certainement, et à prêter à vos connaissances aussi.

(Chronique n°77)

dimanche 26 mai 2013

Soie (Alessandro Baricco)

Il y a des livres, leurs lectures relève d'un incroyable concours de circonstances. Je dois dire que celui-ci est un exemple type du genre. Je dois avouer que je n'en avais jamais entendu parler avec le challenge "Roman culte", et qu'il ne m'évoquait absolument rien. Cependant le titre semblait sympathique, et je me suis dit "pourquoi pas ?". En regardant un peu sur le net, je me suis rendu compte que ce livre était très court et en plus vendu en occasion à des prix défiants toutes concurrence via le site Amazon. J'ai sauté dessus sans trop me poser de questions. Après tout, n'est-ce pas un roman que l'on qualifie de culte
 Je l'ai acheté et ajouté à ma table de chevet. Sur la grosse pile qui ne cesse jamais d'enfler, tel un tonneau des Danaïdes inversé. Ma mère me l'avait emprunté pour le lire rapidement et m'avait dit qu'il n'était pas extraordinaire. Je l'ai réservé du coup en lisant tranquillement d'autres choses. Finalement, je viens de finir aujourd'hui Dracula de Bram Stocker, avec un petit gout d'amertume en bouche par rapport à ce qui était si souvent vantée. Du coup, je me suis rabattu la-dessus, me disant qu'au pire il serait de toute façon court. Une demi-heure plus tard je l'avais fini et je m'installais à ma chaise de bureau pour faire cette chronique. Je suppose qu'en voyant la colonne de droite vous avez déjà compris. Mais je le fais tout de même.


Résumé en trois mots : Japon, Voyage et Amour

Je dois bien dire une chose, c'est que pour bien lire un texte il faut se mettre en condition. Et lorsqu'on est en train de lire il faut avoir le choix de la bonne musique. A force je commence à connaitre certaines pistes : pour de la science-fiction, Vangelis passera sans souci. La fantasy avec Marillion, le fantastique avec Pink Floyd, Mike Oldfield quand on ne sait pas trop quoi mettre d'autres, et pour l'horreur, les bandes originales sont le mieux ! Le classique se coule partout, c'est selon ce qu'on lit. Éviter les chansons en langues qu'on comprend. Et surtout, privilégier un timbre de voix en adéquation avec le propos.
Si je vous dis ça, c'est parce que je pense franchement que Sarah Brightman passe parfaitement avec ce livre, sans doute un des éléments qui m'a fait aimer le livre aussi fortement. En tout cas le mariage est plus que délicieux.

Ce livre est assez impressionnant à lire. Je ne savais pas le moins du monde à quoi m'attendre en ouvrant les 140 pages de ce que j'appelle un "livre minuscule". Et puis je me suis plongé dedans, avec ces 65 chapitres qui découpent le récit et l'accélèrent encore un peu plus. On progresse très vite dans le récit et la narration accélère encore ce propos. L'ensemble est lu à une vitesse incroyable, et pourtant le voyage va sembler lent et tranquille, à l'opposé de ce que donnera le même usage dans un Running Man de Stephen King. La forme est assez proche, mais le fond non.

Ce roman à une sonorité particulière. Je sais que cela parait totalement absurde de parler de fond sonore lorsqu'on lit, mais dans ce genre de récit on se rend compte qu'il existe. Et c'est très personnel. Chez un Stephen King, c'est l'auteur qui nous raconte tout avec sa voix off. Il commente, dissèque, expose tout sans concession. Gaiman aussi à une voix off, mais interne au récit, la voix d'une personne qui suit le personnage principal, pas l'auteur tout puissant. Il fait plus de mystères. Dans un Bernard Werber, le ton est carré, posé par les personnages et leur points de vues.
Ce que je veux dire, c'est que selon la voix, le lecteur "entend" plus ou moins de choses. Dans un Werber, les personnages parlent tout le temps, dans leur tête ou en vrai. C'est bruyant. Un Stephen King sait être calme, mais du silence qui précède la tempête. Dans un Gaiman, la voix off semble être un narrateur lisant un texte, comme la voix off d'une radio.
Dans Soie, la voix off est tue. C'est silencieux, c'est calme. Les gens parlent peu. C'est dû à plusieurs choses : la mise en forme, sans un seul guillemet ou ligne blanche entre les dialogues, les nombreux retours à la ligne, la mise en place des termes ... Chacun de ces éléments participe dans le tout à la mise en place d'une ambiance. Et je pense que cette ambiance est primordiale dans un livre. L'auteur à su parfaitement faire dans ce roman-ci.

La narration est externe mais suit un personnage. Hervé Joncour, un homme qui va chercher durant quatre voyages des vers à soie au Japon, les seuls à ne pas être contaminés par des maladies, et qui permettent de faire tourner les soieries de Lavilledieu. Quatre voyages durant lesquels il découvrira plusieurs choses.
Je ne peux pas vraiment en dire plus, il faut lire car ce roman est avant tout une façon d'écrire, une écriture qui nous prend et ne nous lâche que lorsque le livre est fini. Je ne l'aurais posé avant la fin pour rien au monde (pas même ma vessie). Le ton nous entraine sans que l'on puisse arrêter ne serait-ce qu'un seul instant. Lorsqu’on a fini, on pose doucement le livre et alors seulement on reprend pied avec la réalité. Enfin, reprendre pied ... On reste dans l'univers du livre, dans ce monde qui nous a entrainé et ensorcelé. Ce n'est pas seulement prenant, c'est beau. Beau comme un rêve dont on se rappelle.

Beaucoup de choses ne sont pas dites dans le livre, et je crois que c'est un atout majeur. La libre place à l'imagination, à la rêverie, à notre propre cerveau. L'auteur n'impose rien, ne dit rien clairement. A nous de deviner, à comprendre ce que l'auteur souhaite dire, à ce que le personnage pense et ressent. Rien ne sera très clair, mais on comprend toujours intérieurement, et c'est le plus important. Sans qu'on puisse le réexpliquer, il suffira de le faire lire à quelqu'un d'autre pour qu'il comprenne. C'est ce que ce livre à d'unique, il est difficile d'expliquer ce qui est bien dedans. Il faut le lire pour comprendre.

Ce que j'aurais retenu de ce livre, c'est qu'il est beau. Fabuleusement beau. J'ai vraiment adoré, plongé dedans avec délice, je suis resté en apnée durant tout le voyage qui nous fait valdinguer complètement, et puis on ressort, trempé, essoufflé, mais heureux de ce qu'on a vu. C'est sublime comme voyage et j'en redemanderais.
Si le récit semble un peu court, je dirais qu'il est juste parfait, gardant toute sa force. Rien ne vient troubler l'histoire, le récit gardant juste l'excellent. Et la construction est parfaite, usant de répétitions fréquemment, donnant un même mouvement à l'ensemble. C'est presque une mélopée qui nous berce doucement tandis que le voyage continue. Je pense qu'en train, ce récit doit être extrèmement bon.


Pour résume avant que je n'étale pendant deux heures mes impressions sur ce livre, je dirais simplement que j'ai adoré. Je pense que vous l'avez bien compris en lisant le paragraphe précédent, mais je suis vraiment tombé sous le charme de ce livre qui m'était complètement inconnu il y a si peu de temps encore. Une histoire simple et belle, touchante, qui nous ensorcelle et m'a fait vibrer pendant toute la lecture, j'en redemande. Le rythme, la construction, la narration, tout y est (et je salue bien bas la traduction qui a du se donner un mal de chien pour traduire l'ensemble du livre). Bref, tout est parfait dans ce roman je crois. Du début à la fin, j'ai adoré. Il va rentrer en ligne direct dans ma bibliothèque d'immanquable.
Et je finirais simplement par un grand MERCI à Métaphore et à son challenge, sans lequel je n'aurais sans doute jamais lu ce livre.

(Chronique n°48)


Encore une participation. La quatrième