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dimanche 29 mars 2015

Les enfants du froid (Jack London)

Qui dit fin du mois dit salaire, qui dit salaire en été dit solde, qui dit soldes et livres dit : gros achats (c'est la bonne période même si ce n'est pas soldé. Pour les livres, c'est toujours la bonne période) et c'est ainsi que je me suis retrouvé à acheter quelques Jack London supplémentaire, mais je commence à voir la fin du tunnel et les principaux livres sont bientôt en ma possession. Ne manque plus que les secondaires et j'attaque le rebut. Bref, je me suis laissé aller à lire quelques nouvelles, puis finalement à dévorer tout le livre. C'est du London, alors pourquoi laisser trainer ?


Résumé en trois mots : Indiens, Ruée vers l'or et Homme blanc

Cette fois-ci, toutes les nouvelles auront le même point de vue, ou presque. En effet, Jack London à écrit un recueil du point de vue (ou presque) des indiens d'Amérique du Nord, mais vraiment du Nord. Ceux d'Alaska ou du Canada.

Ce recueil est peut-être un des moins bons de ceux que j'ai lu de Jack London (j'en ai mal d'écrire cette phrase ...), quand bien même certaines nouvelles sont très biens. Mais aucune n'est véritablement excellente, et je n'en ai pas tiré grand chose au final, au point que j'ai du relire le livre pour pouvoir faire cette chronique. Ce sont des histoires parfois sympathiques, souvent peu intéressantes, et j'ai bien l'impression que l'homme blanc y est toujours présenté en supérieur de l'indien, quoique celui-ci est souvent diminué par son quotidien et son environnement. Mais tout de même, on sent parfois un certain propos qui les discrimine (a raison peut-être, je ne sais pas). En tout cas j'ai trouvé ça dérangeant.

Le reste est toujours comme du London, un bon style, une écriture fluide et prenante, des surprises dans la narration. Mais le reste ne suit pas tellement, et c'est dommage. J'aurais aimé trouver quelque chose de plus consistant, on ne m'a servi que des amuses-bouches.

Un livre que je ne recommanderai pas forcément. Avec tout ce que Jack London a écrit, je comprend que tout ne peut pas être bon, mais j'ai été déçu de la tournure que cela prenait. Je n'ai pas eu de vrai coup de coeur pour une nouvelle, et je ne m'en rappelle plus de beaucoup. Un recueil qui m'est passé un peu par-dessus la tête. J'ai trop lu de bons livres de l'auteur pour me contenter maintenant de ça. Dommage.

(Chronique n°252)

mercredi 11 mars 2015

Parole d'homme (Jack London)

Autre livre qui se retrouva dans ma main sans que je ne le remarque vraiment. Et puis, un Jack London de plus ne peut jamais faire de mal, non ? Surtout qu'il ne m'en reste plus que deux autres à lire, alors autant en prendre un nouveau. Sauf que je l'ai finalement lu en très peu de temps, sans vraiment prendre le temps de savourer les six ou septs nouvelles du recueil, mais en même temps c'est tellement bon qu'on en reprendrait bien encore un petit morceau.


Résumé en trois mots : Froid, Yukon et Indiens

Encore une fois, London prend pour cadre ce grand nord qu'il n'aura visité qu'une seule année dans sa vie, mais qui l'aura inspiré pour plusieurs dizaines de livres. Ici encore les nouvelles vont nous présenter toutes ces gueules du grand nord, entre indiens éloignés de la civilisations, hommes rudes et durs, tricheurs et voleurs, mais aussi des hommes au bon cœur, ou simplement malchanceux. Tout ce monde qui se croise et s'entrecroise sur les terres gelées du grand nord ...

Voila un très bon recueil de nouvelles ! Celles-ci ont ce fameux suspense qui se dénoue dans le dernier paragraphe, laissant à chaque fois la nouvelle se conclure de façon plus ou moins tragique, sans que le bonheur ne soit jamais vraiment présent. Entre celle qui donne son nom au recueil (une merveille de tragédie simple), celle qui s'intitule Mille douzaine d'oeufs (une pure merveille d'acharnement), l'histoire d'un chien horrible et de son maitre qui ne l'est pas moins ...
Le talent de Jack London se manifeste encore une fois dans sa capacité phénoménale à se réinventer. Les histoires ne ressemblent à rien de ce que j'avais déjà lu, et j'ai encore une fois été émerveillé, à la fois par son talent de narrateur, d'inventeur, mais également son talent à croquer les hommes sous toutes leurs formes. Et toujours à me propulser dans le grand nord en quelques lignes, là où le froid règne en maitre absolu.

Je retiendrais seulement une critique, que je ne sais toujours pas formuler exactement : la façon dont Jack London décrit les femmes et les indiens. Après de nombreuses lectures, je dirais que le point de vue dessus est franchement ambiguë. Je ne sais trop comment le prendre, et ça me déroute un peu. Du coup, je laisse passer pour me concentrer sur le reste.

Un excellent recueil de nouvelles, encore une fois, et si toutes ne sont pas égales, sur les sept du recueil, au moins quatre sont vraiment excellentes, ce qui m'incite fortement à vous le conseiller, car c'est d'un niveau toujours élevé et l'auteur ne cesse de m'émerveiller. Jack London est sans conteste un des plus grands auteurs américains d'aventure, mais je pense même qu'il se classe dans la catégorie des meilleurs auteurs tout court, et sa littérature prolifique n'a pas fini de me dévoiler tout ses charmes. Lisez-en, c'est si bon mais comment résister ?

(Chronique n°243)

jeudi 3 juillet 2014

L'or de la terrre (Bernard Clavel)



Deuxième tome de la saga, et je retourne avec un plaisir immense dans cette contrée gelée du nord de l'Amérique, dans le Québec froid et dur, celui qui tue l'hiver. C'est aussi le nord encore vierge, qu'on ne connait que très peu et qui recèle bien des choses en son sein. Et puis c'est la plume de Barjavel, celle qui nous donne envie de lire d'un bout à l'autre sans que l'on ne puisse deviner ce qu'il y aura derrière chaque page. Prenez un ticket, embarquez-vous jusqu'à la mine sur l'île, celle qui rend donne, mais qui peut tout aussi bien prendre.


Résumé en trois mots : Or, Mine et Richesse

Comme cela semble parti, je pense que l'ensemble de la saga sera constituée de tragédies. Enfin ... des tragédies à la Clavel, un auteur qui vous enrobe tout ça tellement finement que vous ne vous ne considérez plus ça comme de la tragédie. Comment en parler exactement ....

Clavel a un style d'écriture complètement prenant, qui vous envoute en peu de temps, vous accrochant aux personnages quand bien même ceux-ci ne sont pas du tout héroïque. Et qui ne vous donne pas envie de lâcher, mettant en place tout les pions d'une tragédie qui va se dérouler petit à petit. Mais, en même temps, cette tragédie n'est que le déroulement de la vie, celle qui prend et donne sans pitié et sans regarder. C'est là peut-être que réside le paradoxe de ses livres. Il nous compte les malheurs, mais sans qu'on ne puisse dire que c'est tragique. La phrase "C'est la vie" n'a jamais pris autant de sens qu'ici, où la vie s'écoule, commence, continue, s'arrête au fil des pages.

Clavel nous compte la quête de l'or dans le sol froid du Québec, dans une mine qui va rapporter, et les hommes qui accomplirent cette quête avec acharnement et opiniâtreté jusqu'au bout. Des gens qui vont aussi changer, pris dans la fièvre de l'or, mais pas de la façon dont on s'y attendrait. Et le roman nous entraine toujours en avant, sans s'arrêter un seul instant. Le temps marche, les choses avancent, et Clavel nous conte tout ça.

C'est d'ailleurs sidérant, mais Clavel partage ce trait avec Neil Gaiman, d'avoir une écriture qui semble être celle d'un conteur, comme s'il venait nous sussurrer à l'oreille les mots qu'il a tapé. C'est d'autant plus impressionnant que lorsque je le lis, j'entends vraiment un personnage me parler dans l'oreille et me raconter tout cela.

Un livre tout aussi bon que le premier, qui nous entraine dans ce nord froid et rude, mais aussi généreux, quand on sait rester prudent. Un livre qui se lit parfaitement bien, qu'on dévore presque et qui donne envie de se plonger dans la suite, de redécouvrir le St-Laurent et les berges de l'Harricanna. C'est une saga qui m'entraine déjà, et dont j'ai envie de connaitre la suite. Que de beauté, que de malheur, dans une fresque historique malheureusement très proche de la vie.

(Chronique n°202)

mercredi 7 mai 2014

El guanaco (Fransisco Coloane)

Pfouh ! Enfin parvenu au bout de ce livre pourtant très court, mais j'ai tout de même du mettre trois jours à venir à bout de cette crêpe. J'espère que le Clavel que j'ai commencé se finira plus vite, parce que là c'est du rythme tortue. Alors quel est mon verdict là-dessus ?


Résumé en trois mots : Patagonie, Indiens et Or

Le roman, même si je n'ai que peu le sentiment que le terme soit approprié, nous raconte diverses vies, diverses anecdotes sur un morceau de terre au sud du Chili, non loin de la Patagonie, près du Cap Horne, le cap le plus dangereux du monde.
Disons le tout net, sans que je puisse dire que je n'ai pas aimé, ce roman ne m'a pas le moins du monde intéressé. Il ne se passe rien, c'est les tranches de vies de personnages (que je confondais aux deuxième chapitre) et des histoires racontées dans tout les sens, à tel point que je perdais le fil durant ma lecture et que je me demandais ce que je lisais comme histoire. Avec l'histoire des protagonistes (qu'ils racontent souvent), les différentes histoires de personnages ayant évolués dans ces lieux et enfin ce qui arrive aux protagonistes dans le livre, tout se mélange et je n'ai au final pas eu l'impression d'avoir compris la moitié de ce qui était raconté.

Le style n'est pas mauvais et l'on sent l'amour de l'auteur pour ce lieu, pas forcément le plus clément, mais je n'ai absolument pas accroché au récit, décousu dans tout les sens et qui m'a semblé à un moment sans fond. Je n'ai pas eu l'impression de lire une histoire, je ne suis quasiment jamais rentré dedans et je devais m'arrêter régulièrement pour relire des passages qui me semblent encore maintenant obscur. Les différentes histoires se mêlent sans qu'on sache jamais dans laquelle on est, et au bout d'un moment ça devient juste fatiguant.

Pour une première, c'est un peu raté. Le livre ne m'a pas intéressé plus que ça, alors que je n'ai aucun apriori au sujet de l'auteur, et que le style ne m'a pas semblé mauvais. Mais c'était vraiment difficile à lire et je n'ai pas retenu la moitié. Pour moi, c'est un livre que je ne conseillerai pas du tout, mais je vais tout de même tester le deuxième livre de l'auteur qui est à ma disposition, pour voir ce qu'il en ressort au final. Verdict dès cette lecture.

(Chronique n°178)

mardi 8 avril 2014

Radieuse Aurore (Jack London)

Curieusement, j'ai l'impression que les livres de Jack London peuvent fonctionner par doublon, deux facettes exploitant le même sujet. C'est notamment le cas de Croc Blanc et L'appel de la forêt, qui sont intéressant à mettre en rapport, et au cours de ma lecture de ce livre je me suis dit qu'il s'agissait de l'autre facette du livre Martin Eden, avec une construction miroir pour exploiter le thème autrement. C'est curieux comme sentiment, mais je vais tenter de l'expliquer.


Résumé en trois mots : Argent, Amour et Homme

Jack London nous développe ici une sorte de frère jumeau de Martin Eden, en le faisant vivre une histoire presque inverse. Ici tout commence par l'acquisition de richesse dans le grand nord. Puis le jeu de la finance à San Francisco. Et enfin, la découverte de l'amour. Le portrait du personnage principal est quasiment celui de Martien Eden, grand, costaud, enjoué et dynamique, mais pour autant Radieuse Aurore (car c'est son nom) n'est pas du tout attiré par la littérature, et il se préoccupe uniquement du jeu. Puis de l'amour.
La construction de l'histoire est un miroir de Martin Eden, mais tout le propos du livre est tout l'inverse. Ici, Radieuse Aurore va connaitre la rédemption et s'assagir. Et il y aurait tant de choses à dire.

Cela dit, j'ai trouvé le livre un poil en dessous de Martin Eden, qui m'avait bien plus plu par la critique envolée d'un monde littéraire. Ici la dénonciation des magnats de l'argent et des magouilles capitalistes, malheureusement, c'est un sujet connu. Du coup, il m'a semblé que c'était un peu moins original.
Cela dit, tout reste excellent. Le style, parfait dans la première partie du grand nord, avec toujours cette nature sauvage et ces hommes âpres, puis la deuxième partie, dans le San Francisco de Jack London, dans sa ville, et ses capitalistes, les magouilles de la finance et les déboires d'un jeune riche. Mais aussi dans les collines qui l'entourent, dans la beauté des paysages environnants, dans le contact de la nature belle et apaisante. Et sur tout ça se lève une Radieuse Aurore.

Excellent livre, encore une fois, d'un auteur qui n'est largement plus à prouver. Un grand nom et une belle plume pour ce récit encore une fois réussi. Jack London nous prouve sans cesse la réussite de ses écrits, leurs forces morales et sociales. Les dénonciations ne manquent pas, mais tout le reste est aussi présent, à la fois différent et identique à ce qu'on trouve dans d'autres livres. Un style d'écriture dont je ne peux plus me passer et qui est diablement intéressant. A lire, comme un bon écrit de Jack London.

(Chronique n°164)

mercredi 18 décembre 2013

L'amour de la vie (Jack London)

Lecture Jack London, partie 4/5


Encore un Jack London, je n'ai pas résisté. Cet auteur est si puissant ...
Et encore, ce n'est rien, j'ai acheté dernièrement quatre livres de lui et j'en ai vu au moins cinq à acheter et lire encore. Le reste sera pour un petit peu plus tard. Et puis quel plaisir en cette saison bien froide de pouvoir lire tranquillement au chaud des nouvelles sur une température encore bien pire !

Résumé en trois mots : Le nord, sauvage et la harge


J'avoue que pour le dernier mot j'aurais presque mit le titre, tant c'est ce qu'on trouve dans l'ensemble des nouvelles. L'amour de la vie, tout simplement. Et c'est beau, mais beau ... Encore une fois, j'aurais du mal à lister tout ce que j'aime chez Jack London. Le style, vivant et brut de décoffrage, les personnages qui semblent taillés dans le bois des arbres qui les environnent, les situations qui sont toujours horribles, les façons de faire passer son message, la rage de vivre et l'amour de la vie qui transparait dans toutes les nouvelles. Jack London raconte le nord, le froid et la faim, la dureté de la vie et sa beauté, son état brut, primitif, débarrassé de tout ce qui encombre. C'est puissant et prenant.

Dans toutes les nouvelles, on suit ce nord, même sans y être, cette communication entre les êtres, blancs, indiens, animaux, et tout ce qui tourne autour de l'or, de ce sang jaune de la terre qu'ils sont venus arracher par milliers au sol gelé d'une terre dure. Et qui le rend plus dur encore. Ce sont des hommes qui réapprennent à être sauvage, qui se soumettent au condition les plus rudes mais subissent bien pire intérieurement. C'est sauvage et dur.

Je ne peux que vous recommander de le lire. C'est moins simpliste que dans le recueil Le fils du loup, mais c'est tout aussi froid, dur et sauvage. C'est la terre du nord, les hommes du nord et la vie du nord, dans l'environnement du nord. Par dessus, c'est London, sa puissance et sa force, son élégance et son style. Le recueil est à la hauteur de Construire un feu, c'est d'une beauté éblouissante. Je ne peux qu'admirer cet auteur. Il est pour moi l'un des meilleurs que je connaisse.

(Chronique n°110)

dimanche 24 novembre 2013

Construire un feu (Jack London)

Lecture Jack London, suite (2/5)


Dernier recueil de nouvelles de l'auteur que je possédais (nb : en fait l'avant dernier finalement), je l'ai lu sur les conseils d'un professeur de français que j'ai croisé dans un stage de théâtre. Il m'avait parlé de cette histoire curieuse d'un homme qui doit construire un feu dans la solitude glacée du Klondike. Et j'ai finalement acheté le recueil après la lecture de Martin Eden, replongeant dans du London jusqu'au cou, mais me rendant aussi compte que cet auteur fut prolifique et qu'il me reste encore beaucoup à lire. Cela sera pour plus tard, en attendant voici ce que j'ai tiré de son recueil.

Résumé en trois mots : Solitude, Klondike et Sauvage

J'ai lu ce recueil très vite, je m'en suis rendu compte lorsqu'il était fini entre mes mains. Il contient en tout 6 nouvelles et la première version de la nouvelle qui donne son titre au recueil. S'ajoute en plus une très longue préface d'un auteur que je ne connais pas (Kenneth White), et que je n'ai pas lu lorsque j'ai remarqué qu'il faisait exactement ce que je déteste dans une introduction : éventer absolument toutes les nouvelles (du coup je me suis gardé le suspense et je ne l'ai pas lu). Quand Gaiman fait une introduction pour introduire l’œuvre, son contexte et son écriture, oui ! Surtout qu'il ne dévoile rien. Mais là, notre brave chroniqueur nous donne des clés de compréhension, et bien évidemment cela déflore l'histoire.

En dehors de ce détail d'édition (qui est très facilement évité), qu'avons nous derrière ? Sept nouvelles qui continuent la lignée de ce qu'il y avait déjà dans Le fils du loup mais d'une façon différente et se concentrant sur d'autres thématiques. En fait je dirais presque que le recueil offre cette fois-ci un fond plus solide dans ses écrits, ceux-ci donnant plus à réfléchir. Les thématiques varient et les métaphores commencent à devenir plus ciselées. En tant que tel, Jack London à évolué de style et les nouvelles me semblent pour la plupart plus mature. Ce n'est pas encore l'auteur de Martin Eden que l'on a, mais les nouvelles ne sont plus seulement des portraits d'hommes sauvages et violents des contrées du nord.

Le recueil s'ouvre sur un récit sympathique mais un peu plus anecdotique qu'est Perdu-la-face. Le récit est assez surprenant puisqu'on ne comprend pas le titre avant la fin et qu'il est bien trouvé. D'ailleurs le ton est assez tourné vers l'humour noir quand on songe au point de vue adopté.
Il continue avec Mission de confiance, une histoire qui fleure plus le sociale. La course qui est présente dans le roman à deux points de vue. D'un côté les paysages et le pays traversé, toutes les rivières ou les endroits connus (notamment ce fameux Chilkoot Pass), mais aussi la quête de cet homme lié par une amitié qu'il veut honorer, le poussant à transporter un lourd colis dont il ne sait rien. La fin laisse songeur est je crois qu'il faudrait encore que je presse un peu cette nouvelle pour en extraire tout le suc.

La nouvelle qui suit est celle qui donne son titre au recueil, et celle qui m'a paru la plus impressionnante. London va nous en faire le récit à la fois de l'ignorance et la bêtise d'un homme, mais aussi de l'homme face à une nature violente et sauvage, impitoyable. Et également d'une leçon sur la vie en générale. Mais je ne peux que faire là des interprétations rapides et pas très poussées. Je ne vous recommande que la lecture, c'est incroyablement prenant comme d'habitude.

Ce sacré Spot une histoire plus légère et là encore la nouvelle va concentrer tout sur la fin, puisque l'on s'attend à découvrir la raison de la première phrase. Mais l'humour est beaucoup plus présent et le cadre est moins le nord froid que les relations avec les chiens de traineaux, animaux qui apparaissent souvent dans l’œuvre de London.

Braise-d'or, une nouvelle étrange qui m'a laissé un gout doux amer en bouche, à la fois par son côté fataliste et assez sombre mais en même temps grotesque, présentant quelques facilités qui s'estompent devant le sujet, très grave au final. Ce n'est pas une nouvelle humoristique mais il y a tout les ingrédients pour. Le mélange final est curieux et à mon avis assez dérangeant.

La disparition de Marcus O'Brien, une nouvelle qui m'a fait rire car elle va nous présenter une histoire qui prend au dernier moment une direction complètement inconnue. C'est d'autant plus amusant qu'on ne s'y attend pas du tout, bien que le titre nous prévienne. Un peu plus légère, elle aborde précisément le sujet de l'alcool.

Et enfin la dernière, Le bon sens de Porportuk, une nouvelle avec laquelle j'ai eu beaucoup de questions. Est-elle positive ou négative, je ne sais pas. En tout cas elle est troublante, puisque je me demandais au final qui était véritablement le héros de la nouvelle, et la fin m'a laissé pantois. J'avoue que c'est assez rare de lire une fin comme celle-ci, qui finit par nous faire repenser le reste mais en même temps qui nous laisse un sacré gout d'amertume. Je n'ai pas trop d'idée de comment l'aborder, mais elle m'a franchement troublé.

A tout cela s'ajoute les qualités classiques de Jack London, à savoir : une bonne plume qui fait que l'on est pris rapidement dans l'histoire, un dynamisme d'écriture et une narration fluide, des descriptions qui donnent l'impression d'être plongé dans les paysages, des personnages curieux, sortes d'hommes redevenus plus sauvages et plus farouche, mais aussi humains même si cela ne transparait pas toujours, des femmes fortes et indépendantes, jouant avec les hommes, et des relations avec les indiens mitigés. Parfois héros, parfois ennemis, ils n'ont pas un visage unique et semblent aussi bien bons que mauvais, comme tout un chacun dans les nouvelles de London.


Ce recueil est vraiment réussi, London réussissant à faire des nouvelles à caractère souvent originale, prenant des voies que je ne pensais pas tout de suite, mais également humoristique, face que je ne lui connaissait pas mais dans laquelle il sait se débrouiller. Les histoires développent en prime des arrières propos qui ne sont pas inintéressant et plusieurs belles métaphores. L'homme face à une nature sauvage laisse progressivement place à l'homme face à d'autres hommes, mais aussi et surtout face à lui-même. Comme si les neiges du grand silence blanc reflétait ces âmes parties chercher fortune en terre inhospitalière. Un recueil bien intéressant donc, et je le recommande à la lecture.

(Chronique n°98)

vendredi 15 novembre 2013

Le fils du loup (Jack London)

Lecture Jack London, première partie (1/5)

Encore un recueil de nouvelles de cet auteur que j'affectionne tout particulièrement, et je pensais la coupler avec une autre chronique avant de remarquer qu'en fait, je n'ai pas écrit l'autre. Du coup, c'est juste parfait, je peux commenter le livre dans son ensemble. Car il s'agit d'un nouveau recueil de nouvelles de ce fabuleux auteur qu'est Jack London. J'avais dévoré plus jeune son fameux livre Croc-Blanc et L'appel de la forêt, et j'ai maintenant lu quelques autres livres dans une veine plus adulte (dont l'extraordinaire Martin Eden), mais ici l'auteur est encore dans ses fameuses nouvelles sur le grand nord canadien, dans ces contrées glaciales et peu peuplées qui connurent la ruée vers l'or à la fin du XIX ème siècle. C'est dans cet espace glacé, presque désert et très sauvage que prennent place ces six nouvelles.

Résumé en trois mots : indiens, Klondike et froid

Le recueil contient six nouvelles, et il semblerait que ce soit les six premières qu'ai écrit Jack London, son premier livre publié en fait. Ce qui se ressent d'ailleurs un peu dans la forme et surtout dans le fond, qui est moins épais que ce qu'on retrouve dans un autre recueil qui arrivera dès demain. En attendant, voici les première six nouvelles de cet auteur talentueux qu'est Jack London.
D'entrée de jeu, London nous introduit dans une histoire où les indiens n'ont pas le beau rôle (ce qui est assez fréquent avec lui d'ailleurs), mais dans lequel l'homme blanc n'est pas exempt de défaut non plus, même si c'est lui qui gagne. Une histoire sympathique mais assez anecdotique.
Heureusement que le recueil continue avec du meilleur, d'abord L'homme à la balafre, qui est une nouvelle sur l'avarisme et sur la paranoïa, certes un brin moralisateur et un peu simplette, mais qui sait être efficace.

Arrive ensuite La grande interrogation qui nous entraine dans une histoire d'amour plutôt peu courante, entre un pionnier et un ancien amour qui revient le voir. J'ai été assez surpris par le ton de l'histoire, qui est mélange deux genres, pour finir sur une fin qui donne matière a réfléchir. L'homme représenté est curieusement à la fois sympathique et en même temps un peu antipathique. En le lisant j'ai trouvé la nouvelle très curieuse, mais j'ai beaucoup aimé.

S'ensuit une nouvelle excellente, Le grand silence blanc, qui se place dans cette fameuse neige, lorsque les hommes passent en traineaux dedans, leurs chiens épuisés, leurs vivres de même, trainant leurs jambes dans le froid et tout les dangers. Dont un auquel il ne sont pas préparés. Le récit fait la part à cette étendue de neige énorme, au silence de l'hiver du Yukon, à toute cette nature oppressante alors qu'elle rayonne de beauté et à l'homme qui est perdu, pion minuscule au milieu, se croyant tout maitriser et dominer la terre. Une fin qui est d'ailleurs superbe.

Ensuite vient la nouvelle que j'ai adoré, à savoir Au bout de l'arc-en-ciel, nouvelle dont je n'ai pas compris le titre, mais qui nous offre une histoire très intéressante. Elle nous montre d'une excellente façon la précarité de la situation de ces hommes, dans les années 1997/1998, entre ruée vers l'or et combat contre eux même. Cette nouvelle a une dimension fataliste mais en même temps très curieusement belle. A mon avis la meilleure du livre.

Enfin la nouvelle se conclut sur une plus longue, Une odyssée au Klondike, l'histoire d'un pauvre homme. Là encore nous verrons des indiens, mais cette fois-ci ceux du nord, les Inuits. L'histoire est racontée en partie par un Inuit, et nous allons avoir le droit à un beau voyage mais aussi une drôle de moral sur les amérindiens et l'arrivée des européens. Je ne sais pas si Jack London avait la vérité au bout de sa plume, mais il m'a troublé car nous sommes bien loin du cliché habituel tellement répandu par chez nous (à savoir l'homme blanc qui vient et prend tout). Mais le voyage vaut déjà le détour, avec tout ces tours que fera notre personnage dans le monde, allant jusqu'en Sibérie par amour. Une belle tragédie qui nous est livrée pour conclure ce récit, et là encore une très belle chute.

Au final j'ai beaucoup aimé ce récit, assez intéressant et qui contient de belles pépites même si tout n'est pas dans le meilleur de ce qu'a fait Jack London. Je dirais qu'on sent un manque de maturité dans certaines nouvelles, qui ont déjà le rythme, l'écriture, la mise en scène, mais dans lesquelles manquent encore un peu de fond. Il faut dire aussi que c'est sa première publication mais qu'elle n'est pas dénudée de charme. London sait nous raconter des superbes récits sur le grand nord, et ne boudons pas notre plaisir, ils sont prenants. A lire, pour frissonner dans les plaines blanches et glacées, pour voir des hommes redevenir plus sauvages, aller au bout de leur limite dans le grand silence blanc.

(Chronique n°94)