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mercredi 2 octobre 2013

Les épées de Haven (Simon R. Green)

Encore une réedition de Bragelonne (j'ai encore moins résisté cette année que par le passé ...), qui m'a permis de compléter mes lectures en Fantasy, domaine où je suis tout de même peu au courant des grands classiques et des grandes thématiques. Je me suis donc offert quelques livres, et je les lis doucement, dans l'année, comme chaque fois. Outre un Gemmell, que je vais poster bientôt, j'ai trouvé celui-ci, qui m'avait attiré vaguement l'oeil et que j'ai lu rapidement avec un grand plaisir. Ce sont Les épées de Haven, de Simon R. Green.


Résumé en trois mots : Politique, Duo et Fantastique

Le livre est en fait une compilation de trois histoires, chacune mettant en scène notre couple de héros, Hawk et Fisher, mariées et membres de la Garde, incorruptible (ils auraient plu à Eliot Ness), qui font régner l'ordre (ou au moins essayent) dans la ville de Haven, rongée par le vice, dangereuse et peuplé de tout ce qui peut se faire de pire dans une ville d'un monde de fantasy.

Alors, déjà je dois dire que le style d'écriture est vraiment pas mal, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire, même si certains choses m'ont paru un peu facile dans l'écriture (je pense au scènes de batailles, mais dans les romans de fantasy j'en ai rarement lu des réalistes); et le tout se lit à grande vitesse. J'ai notamment apprécié le fait que l'on ne suive pas sans cesse le même point de vue mais qu'il y ai des alternances.

Les trois récits sont très différents. Le premier est digne d'un huis-clos, avec plusieurs personnes enfermées dans une maison et un crime, pour lequel il faudra se creuser les méninges. Alors, j'ai bien aimé le fait que le coupable semble assez vite évident, alors qu'en fait il y a des grosses surprises. Nous avons le droit à un beau huis-clos, pas forcément du niveau d'un Agatha Christie, il faut bien l'avouer, mais qui se laisse très bien lire et qui apportera son cortège de morts et de petites surprises bienvenue. Le tout en une seule nuit, avec une dizaine de personnages seulement. C'est très bien fait, et à défaut d'être d'un suspense insoutenable, c'est efficace.
Le deuxième récit est plus différent, puisque nos héros sont cette fois-ci chargés de protéger une personnalité politique à la veille des élections (qui sont vraiment dingues dans la ville de Haven), ce qui nous plonge dans une intrigue avec un champ plus large, mais surtout une caricature politique assez grossière, mais là encore avec des bonnes idées ou piste dans le récit. Je n'en révèle pas plus, mais il y a des bons moments, et plusieurs piques assez méchante pour le monde de la politique.
Le troisième est un mélange des deux premiers, avec cette fois-ci quelques piques en direction de la religion (avec une rue remplie de Dieux), qui fait à la fois enquête et quête-bagarre. On peut noter aussi une attaque envers la bonne société, quoiqu'un peu classique dans la forme.


En fait, le récit est ce que j'appellerai de la Fantasy moyenne : c'est bien écrit, il y a des bonnes idées, mais dans l'ensemble rien n'est franchement transcendant. C'est un bon livre, qu'on lit avec plaisir, qui contient des petites touches d'humour bienvenue, de l'action et ses doses de bagarre, mais l'ensemble manque un peu de fond. C'est sur, il y a quelques attaques envers la corruption, la bonne société, les moeurs ou la religion, mais le tout m'a semblé manquer de fond, de corps. C'est de la critique basique, sans trop de développement. Mais c'est présent, ce qui donne tout de même un peu de corps au récit. En bref, c'est très sympathique à lire, mais je ne pense pas que ça restera dans les annales pour son originalité ou son fond. Cela dit, au prix de la réedition, il vaut largement le coup.

(Chronique n°73)

mardi 11 juin 2013

Dracula (Bram Stoker)


Ce genre de livre est assez dur à lire pour plusieurs raisons. Tout d'abord, c'est un livre culte que la plupart des gens connaissent même s'ils ne l'ont pas vraiment lu. Tout au moins connaissent-ils Dracula et tout ce qui concerne le personnage, notamment sa nature. Ensuite, c'est un livre qui fut repris à toute les sauces (télé, cinéma, jeux vidéos, BD, livres pour enfants, réécriture du livre ....), et dont je connaissais déjà la trame avant de le lire, ainsi que la façon dont c'était écrit. La seule chose qui me manquait, c'était la lecture. Et pour rentrer dans le cadre des challenges, pour aussi parfaire ma culture générale, pour lire enfin ce chef-d’œuvre tant connu, pour lire un livre que Stephen King considère comme excellent, je me devais de l'aborder enfin par moi même et plonger en Transylvanie. Et c'est ce que j'ai fait.
Petite précision : je vais faire de nombreux comparatifs avec le film de Coppola, une pure merveille soit-dit en passant, afin d'être un peu plus claire. J'espère que vous me pardonnerez ce comparatif entre deux arts très différents.


Résumé en trois mots : Vampire, Londres et Transylvanie

Je ne pense pas qu'il faille présenter le personnage de Dracula, en tout cas je ne vous en ferais pas l'offense, mais je pense qu'il faut tout de même présenter l'histoire originelle, qui est souvent assez méconnue du fait de tout les dérivées et les adaptations que le roman à connu, preuve s'il en est de son succès considérable et retentissant. Le mythe du vampire est plus que fondé dans ce livre, avec des bases qui vont progressivement se modifier, d'autres rester (même dans Twilight on trouve des traces du Dracula originel).

Pour l'histoire de Dracula (petit rappel : en italique, je parle du livre, en droit du personnage), c'est presque celle du film de Francis Ford Coppola (1992), un pur chef-d’œuvre (je crois l'avoir déjà dit, non ?). Le scénario va se dérouler autour de plusieurs journaux intimes, de coupures d'articles, de télégrammes et de correspondances, le tout mélangé et qui permet au lecteur de se faire la trame de l'histoire, depuis le début jusqu'au bout. Les seuls narrateurs sont internes. L'idée est franchement très bien, mais je trouve que Stoker n'est pas allé jusqu'au bout de celle-ci, puisque tout les personnages présentent le même point de vue dans l'ensemble. Mais je reviendrai là-dessus tout à l'heure.

Alors je dois bien dire que le récit semblait alléchant lorsque je l'ai commencé, et la première partie tient beaucoup de ses promesses, avec une ambiance pesante, une sensation malsaine, des poursuites etc ... Je dois dire cependant que le fait de tenir le récit comme un journal intime fait perdre un peu de spontanéité aux scènes, avec l'utilisation massive des temps du passé. Mais le récit est vraiment très bon, presque noir, et on se plonge dedans avec délice.
Et voici la partie 2, dans laquelle nous suivons Mina et Lucy, chacune avec ses problèmes. Et là, les ennuies commencent. Pour faire claire, cette partie est longue. Trèèès longue. Il ne se passe pas grand chose, et les intrigues sont pesantes. Les ficelles sont déjà courue pour le lecteur et les personnages prennent un temps fou pour tout comprendre (ce que je ne leur reproche pas, mais le récit s'allonge du coup). Surtout en contraste avec la première partie du récit beaucoup plus rythmé, cette partie est vraiment longue à lire. La troisième partie enchaine dans ce rythme, et se traine pour notre plus grand déplaisir.
Enfin la quatrième partie va voir la chasse à Dracula, d'abord sur Londres puis lors d'une course-poursuite en Transylvanie, qui verra -enfin !- le dénouement que l'on attendait. Cette partie renoue avec la première, un rythme très bon, du suspense et une excellente course-poursuite finale qui ponctue le tout. Je dois dire que ce fut plaisant de retrouver l'ambiance du fantastique que nous avons perdu durant près de deux parties au milieu.


Maintenant que nous avons le résumé, la critique ! Attention, ça va saigner (oui, je l'avais en tête depuis un moment et je rêvais de la faire. Ça va, il y a pire comme jeu de mot).
Alors si je n'ai rien à redire sur l'idée de la forme employé (des journaux intimes et des articles de presses), je dois dire que j'ai été déçu du traitement très sobre de l'ensemble. Rien de très efficace, alors qu'il y aurait eu matière à faire beaucoup mieux, notamment en donnant un point de vue différent selon les rédacteurs, alors que là c'est vraiment décevant, tout le monde écrivant peu ou prou la même chose. Le point de vue des femmes est d'ailleurs très peu différent de celui des hommes.

En parlant des femmes et des hommes, je dois dire que le récit sent pleinement les vieux stéréotypes du XIXème siècle. Les personnages sont très clichés, tout les hommes se ressemblent ou presque (on inverse les noms et les têtes et le reste est identique) et les femmes sont énervantes et clichés ! (je m'énervais presque contre Mina dès qu'elle parlait). En comparant avec le film, il n'y a pas photo, le film a crée des personnages charismatiques alors que le livre les fait paraitre plat ! Jonathan qui avait de l'épaisseur dans la première partie à perdu tout son charme par la suite. C'est vraiment dommage.

Ensuite, par rapport au film, il manque quelque chose dans le livre. C'est l'histoire d'amour entre Dracula et Mina (dans le livre, c'est complètement inexistant !). Et bien je dois dire qu'elle manque sacrément. Il y a quelque chose qui rend le personnage de Mina fade et qui fait ressembler Dracula à un monstre d'opérette. Le problème, c'est qu'avec en plus les clichés des personnages, ce manque se fait cruellement ressentir.
D'ailleurs, par rapport au film aussi, il manque quelqu'un dans le livre. Et c'est d'autant plus dommage que le nom est tout de même sur la couverture. Eh oui ! Dracula est le grand absent du livre. Pour ainsi dire, on ne le voit pratiquement plus après le premier passage, sauf quelques apparitions, et même à la fin il est très peu présent. D'autant plus, il est charismatique ! Moins que dans le film (largement moins), mais il a un charisme indéniable, avec son aura malfaisante qui émane tout le temps de lui. Cela dit, son absence fait ressortir le côté très fantasmagorique du personnage, comme si les héros l'inventaient et devenaient fou (ce qui n'est d'ailleurs pas exclu). Et c'est vraiment dommage, car sa présence donne plus de corps au récit, tandis que son absence se fait ressentir (beaucoup dans la deuxième partie, et un peu dans la troisième).
Enfin, par rapport au film on perd beaucoup au niveau métaphore sexuelle (je pense qu'elle ne vous aura pas échappé si vous avez vu celui de Coppola). Et là encore, je trouve qu'on sent le caractère chaste et prude du XIXème, très enclin à ne pas choquer les personnes.


Cela dit, j'ai bien aimé le lire, même si j'ai eu un peu de mal à le finir vite, et que j'avoue m'être ennuyé dans le milieu du récit, qui piétine franchement je trouve. Le personnage de Van Helsing redonne du corps, avec son caractère particulier et ses phrases qui maintiennent un suspens durant un bon quart du livre. C'est toujours un bon plus (cela dit, il est encore meilleur dans le film, beaucoup plus angoissant par son côté nonchalant).
Il faut ajouter que Renfield est aussi une petite trouvaille sympathique, bien qu'il n'ai pas le moindre lien avec le reste de l'histoire et qu'il n'y a aucun moyen de savoir comment il connu Dracula. C'est une lacune qui est étrange, mais en lisant les notes de traduction on se rend compte que Bram Stoker a fait plusieurs erreurs dans l'écriture du récit (surtout qu'elles sont très grosses).
Cependant, ces personnages sont noyés dans les bons sentiments et les excellences dont font preuves les autres personnages, sans le moindre travers moral et d'une gentillesse légendaire. En fait, en lisant je repensait aux livres de la Comtesse de Ségur où tout est rose et mignon, gentillet et croyant. Le contraste avec Dracula est violent du coup, mais les deux paraissent fade. Le manichéen primaire, c'est vraiment quelque chose qui passe mal quand on ne le fait pas bien.


En fin de compte, le roman est peut-être culte, mais je l'ai trouvé fade, avec un relent de poussière par dessus. On sent que le roman est vieux, et sa morale s'en fait grandement sentir, avec une histoire qui piétine aussi sur plus d'un passage et des personnages au charisme douteux, avec des petits détails qui manquent dans l'ensemble du récit. Je trouve que le roman souffre de la comparaison qu'on peut faire avec les dérivés, et le film de Coppola est à mon avis le meilleur exemple qu'on puisse trouver, et dans le genre roman de vampire, je trouvais Salem de Stephen King mieux réussi.
En attendant de trouver à nouveau le roman de vampire qui me fera rêver, je dois dire que celui-ci contient tout de mêmes quelques bonnes idées et qu'en tant que roman culte et fondateur des vampires, créateur du vampire le plus célèbre et sans doute le plus intéressant, Bram Stoker à tout de même le droit aux hommages, et la lecture de ce classique est tout de même intéressante dans ce sens (et pour comprendre tout le mal qu'on fait certains auteurs récents au mythe du vampire).

(Chronique n°51)

Quatrième participation, on progresse
Et cinquième participation ! La moitié de fait

 

mardi 5 février 2013

Je suis une légende (Richard Matheson)


Et oui, un classique, mais alors un grand classique de la littérature d'anticipation : Je suis une légende. Avant de commencer, faisons juste deux trois petites explications, voulez-vous ?

Qu'est-ce que de l'anticipation ? Et bien tout simplement de la science-fiction. Mais pas n'importe laquelle. En fait c'est plus lié à la science-fiction que vraiment de la science-fiction à proprement parler. L'idée n'est pas de proposer un futur lointain, scientifique, dans l'espace ou avec des avancées technologiques formidables.  Il s'agit plutôt d'un futur très proche, dans moins d'une vingtaine ou une cinquantaine d'années, puis de développer un thème lié à ce futur : catastrophes, nouvelles technologies, problèmes de société etc ... En fait, bien souvent l'auteur dénonce une caractéristique de la société en la développant énormément et en prenant pour exemple ce qu'il en advient. C'est par exemple le cas pour 1984 (George Orwell, mais vous le saviez), Running Man (Stephen King, ça va de soi) ou Fahrenheit 451 (Ray Bradbury, que vous connaissez bien évidement). Mais d'autres, comme Je suis une légende, vont plutôt proposer des idées nouvelles, des approches philosophiques, en utilisant pour cela un autre cadre possible de condition humaine, qui ne s'est pas encore développée dans le monde. C'est une forme très intéressante et reposant sur une vision du futur proche qui nous concerne beaucoup plus directement, et peut sembler donc bien plus réel que de la science-fiction se déroulant dans 2.000 ans. D'ailleurs Jules Verne est souvent classé dans l'anticipation (De la terre à la Lune, 20.000 lieux sous les mers et autres romans proposant un futur très proche).

Ensuite, je dois parler, et j'en suis obligé, du film qui en a été tiré. Alors attention, car il y a eu trois films différents avec le même livre, donc là je parle de l'adaptation la plus récente, datant de 2008 avec Will Smith. Pour faire très court et très simple, si vous avez vu le film, oubliez le. Tout de suite. C'est un navet total, une merde sans nom. Je m'exprime vite, afin que vous compreniez mon avis :
Énormément de films sont adaptés de livres (et bien souvent la plupart des chefs-d’œuvre le sont), et je suis assez d'accord avec cette politique. Surtout quand elle est bien mené. Par exemple, le film Les Evadés tiré de la nouvelle de Stephen King La rédemption de Shawshank (allez savoir pourquoi ils ont changé le nom en français) est presque meilleur que l’œuvre originale, et bien développée. Trainspotting est une merveille d'adaptation par rapport à l’œuvre originale.
Ensuite, tout ne peut pas être adapté parfaitement, mais on peut en réaliser des excellentes adaptations : Le seigneur des anneaux est une adaptation fidèle à l'esprit, ayant opéré des coupures, mais toujours dans l'esprit du livre, ce qui est tout à fait correct. Il en va de même avec l'adaptation de Watchmen qui est très juste, ayant coupé ce qu'il faut mais l'essence d'origine de l’œuvre est là.
Enfin il reste les bonnes adaptations qui proposent une vision personnelle de l’œuvre. Là je citerais le grand Kubrick, qui détournait totalement les propos du livre pour faire sa propre interprétation de la chose. C'est louable lorsque c'est bien fait et que le sentiment de base est bel et bien celui de faire une interprétation personnelle. Ainsi Shinning devient un film de fantômes et d'épouvante alors que le livre proposait une vision d'un père alcoolique. Cependant, le trahison de l’œuvre originale est assumée, et surtout très bien faite. l'auteur apporte véritablement quelque chose à l’œuvre et montre qu'on peut tirer d'autres choses de la même histoire. C'est remarquable à mon sens et d'autant plus louable.

Mais, malheureusement, il arrive parfois que les auteurs prennent une œuvre ayant marché, l'adaptent et font une réalisation catastrophique qui ruine votre vision de la chose. Là les noms sont légion, et je citerais simplement Les Schtroumpfs pour vous donner une idée de ce que je range dans ce genre de choses.
Et c'est dans cette catégorie que vient se ranger le film Je suis une légende. Car l’œuvre est violée profondément dans sa nature même. C'est dur. Énormément de changement sont apportés, mais sans changer la trame, proposant une fin juste ignoble, et un traitement à deux sous qui défrise les cheveux.
J'emploie peut-être des termes forts, mais après avoir vu le film, je me suis dit : "Oulah, pas bon celui-là". Après avoir lu le livre, j'ai compris la douleur des fans. Le fossé entre les deux est immense. Mais comment pouvez-vous le savoir ? Et bien, faisons donc la critique pour que vous le voyez par vous même.


Résumé en trois mots : Seul, Apocalypse et Survie

Pour la première fois depuis le début de ces chroniques, je vais aborder un livre en évoquant très peu l'auteur. Non pas que celui-ci ne le mérite pas, mais parce que je n'ai pas grand intérêt à le faire, il ne se mêle pas tellement à son œuvre comme pourrait le faire un Stephen King. Ce qu'on peut en noter, c'est qu'il écrivit le livre en 1954, lorsqu'il était âgé de vint-huit ans seulement, ce qui est prodigieusement remarquable d'ailleurs.


Passons donc directement au roman. Déjà, le résumé ! Nous suivons les pérégrinations d'un dénommé Robert Neville, un homme dont l'âge n'est pas connu mais qui doit être dans la trentaine ou aux alentours. Il vit à New-York, dans sa maison, seul. C'est un homme qui a de la ressource, capable de bien réfléchir, et qui s'organise. Il en a d'ailleurs besoin, maintenant qu'il est seul sur terre. Enfin presque. Car le soir venu, les vampires qui ont envahi le monde sont autour de sa maison, l'appellent, et lui demandent de sortir pour les rejoindre. Et il est certain que ce n'est pas juste pour boire un verre entre amis. C'est pourquoi il reste enfermé chez lui en essayant de survivre dans sa petite maison tranquille, en oubliant le monde, ses fantômes et ses spectres.

Le résumé là est très succin, car en fait l'auteur va apporter des surprises et des petites perles d'inventivités à chaque chapitre, et je ne vous dévoilerais absolument pas le reste, au risque de vous rendre l’œuvre très fade. Mais pour autant, je dirais que les réflexions priment sur le reste. En fait, nous avons déjà un personnage principal très curieux : il est simple, avec un peu de bon sens et de réflexion, mais ce n'est pas un érudit. Il est à moitié alcoolique (en même temps, dans cette situation ....), fait des choses qui semblent complètement idiote, a ses états d'âme, de mélancolie, et semble plus proche d'un anti-héros. Cela dit, il est dans une situation qui n'est pas reluisante et on lui pardonne facilement beaucoup de choses. Mais c'est un héros très singulier, et pourtant très attachant.

Ensuite, l'histoire va se concentrer autour de plusieurs thèmes, et le principal va être notamment de démystifier le vampire en proposant une explication scientifique et rationnelle aux différents mythes autour de lui. C'est ainsi que l'auteur déclinera plusieurs de ces mythes de façon très convaincante et sans lancer des vérités à la gueule en voulant faire croire qu'il dispose de la science-absolue. Tout est amené de façon très fine, et surtout très crédible. Pour un peu j'admettrai que le vampire peut exister, ou au moins qu'il a existé.


L'autre thème très fort, qui n'est pas le "surival horror", est autour de l'évolution et du darwinisme. Là je ne dirais rien, étant donné qu'il est surtout concentré dans la fin du roman, mais le dénouement est vraiment singulier et le titre de l’œuvre prend tout son sens dans la toute dernière partie. A propos de partie, le roman est coupé en quatre parties, chacune se déroulant à un autre mois. Nous avons donc Janvier 1976, Mars 1976, Juin 1978 et Janvier 1979. Ce découpage n'est absolument pas proportionnel, et la partie deux fait presque la moitié du livre. Cependant, l'évolution entre les quatre parties est très bien faite, et chacune d'elle présente un personnage qui à évolué depuis le chapitre précédent. La mise en scène est vraiment excellente.

Après, je me permettrais tout de même de faire quelques critiques. Tout d'abord, il faut reconnaitre que le livre est sorti en 1954, et morale de cette période oblige, nous avons très peu de rapport au sexe et de façon très dérangeante. J'avoue avoir tiqué dessus, c'est déroutant la façon dont il présente ça. Mais je pense que l'ouvrage est clairement ancré sur sa période d'écriture et sa morale.
Ensuite, j'ajouterais également que le personnage principal est un peu trop facilement intelligent. Je veux dire par là qu'il ne comprend rien à la façon dont fonctionne un corps, mais voila qu'il lit beaucoup et peut alors en tirer des conclusions sur la nature de virus et de transformation chimique du corps. C'est bien amenée, certes, mais j'ai trouvé cependant le procédé un peu facile.
Enfin, je dirais également que l'auteur aurait peut-être pu approfondir certaines choses en rapport avec la fin. Notamment autour des rapports entre les vampires et d'autres petits détails. Mais dans l'ensemble, cela reste plus des détails qui ne font pas vraiment le poids face aux qualités de l’œuvre. Et j'ajouterais que le roman est en plus très bien écrit, avec une lecture fluide et sacrément réaliste. J'ai beaucoup aimé quoi.

En conclusion, ce chef-d’œuvre de la littérature d'anticipation est encore et toujours aussi bien écrit. Le récit est prenant, contient encore et toujours autant de bonnes réflexions. Les pistes explorés sont juste incroyablement lucides par rapport à l'homme et son inscription dans le cycle de la nature. Le héros est attachant tout en étant un héros très détaché. Et en sus nous avons le droit à des très beaux passages, émouvants ou révoltants, mais qui marquent. La réflexion à la clé est très sympathique, et je suis sous le charme. En clair, le récit reste encore largement dans son statut d'immanquable d'une bonne bibliothèque, et à mon sens un des précurseurs et génie dans le domaine de l'anticipation. A lire donc.

(Chronique n°7)