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mercredi 25 mars 2015

Janua Vera (Jean-Philippe Jaworski)

J'avais beaucoup entendu parler de cet auteur qui aurait réalisé un coup d'exploit extraordinaire avec son premier recueil de nouvelles avant de pondre un livre qui aurait été une exception dans le paysage de la fantasy française. Cela a titillé ma curiosité et je me suis procuré les deux ouvrages sus-dit du bonhomme avant d'attaquer goulument le premier. Et là, ce fut le choc, tel que je ne l'avais plus ressenti depuis un long moment.


Résumé en trois mots : Guerre, Médiéval et Sombre

Ce recueil est très hétéroclite, conservant toutefois une trame sur l'ensemble au niveau de l'ambiance, ce médiéval fantastique assez sombre mais en même temps développé au travers de nombreux points de vue, les guerriers et la noblesse, les paysans, les religieux. En relisant l'ensemble, c'est toutes les couches de la société médiévale qui sont présentes ici. Et c'est tant mieux !

La raison pour laquelle je qualifierai ce recueil de génial, c'est la haute qualité des nouvelles présentées. Rien ne m'avait préparé à cela, et je suis charmé, aussi bien par la plume de Jaworski, très fluide et très belle, qui met en immersion dès les premiers mots, mais également par l'inventivité dont il fait preuve.

Curieusement, la nouvelle Mauvaise donne qui est ensuite développé dans le roman Gagner la guerre, est celle qui m'a le moins parlé du recueil, tout en restant très bonne. Le recueil comporte 8 nouvelles, et je dirais que plus de la moitié sont sublimes. La première, l'histoire d'un Dieu-roi, est surprenante par son approche et bienvenue, une excellente ouverture du recueil. La deuxième, Mauvaise donne donc, est agréable et plante un décor que j'aimerai bien voir développé. La troisième est peut-être la moins intéressante, une histoire de chevalier, mais bien menée et agréable. 
Et là, le recueil bascule dans les nouvelles fantastiques. Une offrande très précieuse, qui sait jouer du fantastique avec des soldats tout en finesse, très belle nouvelle. Le conte de Suzelle, l'histoire d'une femme paysanne, d'une cruauté et d'une force extraordinaire. J'ai été séduit par cette histoire qui m'a ému, tant on est dans un conte cruel. A mon avis, la meilleur du roman. Jour de guigne, une nouvelle très drôle et rafraichissante après les dernières plus lourde, tout en ayant une bonne petite histoire. Un amour dévorant, nouvelle très sombre et très belle, une histoire de fantômes qui n'effrayent pas.
Et enfin, Le confident, une nouvelle qui présente beaucoup de choses et apporte une conclusion largement ouverte, toute sujette à interprétation.

Ce recueil est en globalité excellent, et certaines nouvelles sont fabuleuses. J'ai été étonné de trouver une telle qualité dans un premier livre, et si l'auteur est à ce niveau dans le reste, je comprend les critiques élogieuses qui découlent. C'est prenant et inventif, et je serais ravi de pouvoir me replonger dans ce monde. La suite très vite donc !


Un monde qui m'a surpris par sa noirceur et son caractère réaliste, mais dans lequel j'aimerai bien pouvoir replonger maintenant que j'y ai pris gout. Un premier recueil qui mérite amplement son succès donc, et que je vous recommande à tous, pour peu que la fantasy vous intéresse. C'est vraiment du haut niveau, et je ne m'attendais pas du tout à quelque chose dans ce style. Sombre, mature, mais aussi drôle et beau, un recueil complet qui vous fera passer un excellent moment. J'ai aimé, je le recommande !

(Chronique n°250)

mardi 29 avril 2014

La sève et le givre (Léa Silhol)

Une lecture que j'ai faite car elle était vanté comme immanquable en fantasy, même s'il est particulièrement frustrant de savoir que la suite, en deux tomes, n'est plus édité et est considéré comme introuvable. Les joies des éditeurs brouillés avec les auteurs, mais passons. Je me suis penché sur ce livre que je ne connaissais absolument pas et dont l'histoire ne me disait rien du tout non plus. En une bonne journée, la lecture fut finie. Et pourtant, je dois bien avouer, ce ne fut pas une lecture facile.


Résumé en trois mots : Prophétie, Amour et Autre monde

C'est la première fois depuis un long moment que j'ai eu autant de mal à lire un livre. En fait, je ne me rappelle plus la dernière fois que ça m'était arrivé (sans doute un livre que je n'ai pas fini). Et bon dieu, que c'est pénible, un livre au style aussi lourd ... Comprenons-nous bien, je ne rejette pas le style, ni le qualifie de mauvais. C'est juste qu'il est lourd. Horriblement lourd. C'est de la chanson de geste du Moyen-Âge transcrite en compréhensible. Mais avec le style, la poésie et les tournures de phrases. Et malheureusement, ça ne m'intéresse pas outre mesure.
Ce qui est bien, c'est que l'ensemble du récit fait typiquement récit médiévale, que ce soit au niveau de l'ambiance, du style, des personnages ou même de la tournure du récit. Mais clairement, ce n'est que pour cette beauté que l'on peut le lire. Autrement, je trouve que le roman pâtit de son style, qui le plombe inutilement et fatigue au bout d'un moment. Ce qui est dommage, car c'est réellement très bien écrit, avec une superbe poésie et une beauté des termes. Mais au bout d'un moment l'ensemble est trop pesant, et me lecture s'en est ressenti. Outre le fait que j'allais très lentement, je n'arrivais plus à m'immerger dans l'histoire.

Le reste est, comme dit, d'excellente facture. L'atmosphère est celle de la fantasy de style médiévale, avec ses codes et ses personnages, la façon dont l'histoire se déroule, comme suivant une trame inéluctable, tout en mêlant paysage réel et irréel, l'autre monde d'un peuple différent (pas vraiment le petit peuple, mais presque pareil), mêlant magie et normalité. Tout y est, et l'ensemble est parfaitement cohérent.

En définitive, je n'ai pas tellement apprécié que ça ma lecture, car si le cadre et l'histoire sont sympathiques, quoique ne sortant pas tant que ça des sentiers battus, je n'ai pas du tout aimé le style qui est vraiment trop lourd pour moi. Une histoire se doit, selon moi -et je partage cet avis, mais vous avez le droit de ne pas être d'accord- d'être clairement lisible. Hors, ici ce n'est pas le cas, et je le déplore vraiment. C'est une bonne idée d'avoir cette façon d'écrire très spéciale, mais je n'ai pas adhéré pour ma part, et ma lecture s'en est clairement ressenti. Dommage.

(Chronique n°174)

jeudi 17 octobre 2013

Les dames du Lac (Marion Zimmer Bradley)

Et oui, encore de la légende arthurienne, mais j'en suis fan, alors je m'excuse mais j'en lirais encore. Et pour une fois, l'auteur change un peu du point de vue (quoique Barjavel avait déjà fait fort dans son L'enchanteur). C'est aussi pour le prix que je me suis procuré cette série en deux tomes, bien condensés (les vieux formats des éditions Livre de poche), et que j'ai lu tranquillement en prenant mon temps (au moins quatre jours quoi). Du coup, je fais maintenant le compte-rendu de cette lecture, attention, voici revenir la quête du Graal !


Résumé en trois mots : Arthur, Angleterre et Femmes

Alors autant j'ai dévoré le premier tome sans aucune difficulté, autant je me suis arrêté sur le second un peu
plus longtemps. Ici, le problème, c'est qu'on alterne beaucoup les points de vue du premier tome, entre Ygerne et sa sœur Viviane, mais aussi Guenièvre et Morgane. Dans le deuxième tome, nous ne suivrons presque qu'exclusivement Morgane, un peu de Guenièvre aussi (mais trop peu à mon gout) et quelques autres mais de façon sporadique. Ensuite, je reproche beaucoup le personnage de Merlin qui est quasiment absent du récit (enfin, il manque bien à l'appel quoi). Surtout que c'est un de mes personnages préféré, mais bon ...

En dehors de ça, l'histoire est très bien amené, sans trop de fantastique (mais il y en a un peu), et sans trop de folklore local non plus (fées et korigans sont presque absent). Du coup, l'ambiance est un peu plus "sérieuse" mais j'ai trouvé dommage qu'on perde le charme de ce mélange entre monde folklorique et réalité historique (incarné par Arthur d'une très belle façon d'ailleurs). Cela dit, l'ensemble tient bien la route et les personnages sont biens campés, notamment Morgane, même si certains m'énervaient (un personnage avec un côté bigot/dévot m'énerve vite, quelque soit sa religion). Dans l'ensemble ça passait plutôt bien, et j'ai trouvé le tout prenant, avec un point de vue renouvelé sur cette quête du Graal, puisqu'il n'y avait désormais plus de combats, plus de quêtes héroïques. Que des femmes, parfois filant ou tissant, complotant et gérant les affaires, bref les femmes font tout dans ce livre. On notera d'ailleurs un certain parti-pris féministe mais je n'en tiendrais pas rigueur. Bref, le tout est de bonne facture.


Au final, qu'en retirer ? Je pense que ce livre reste assez culte, déjà par son point de vue novateur et la lisibilité parfaite qu'il possède (Asimov le recommandait). Cependant, je n'ai pas trouvé que c'est le meilleur roman de la table ronde que j'ai lu. Le manque de tout un pan de fantasy fait défaut à mes yeux, et le deuxième livre est vraiment en-deçà du premier. Le tout n'est pas mauvais, mais j'ai moins aimé que d'autres récits sur le roi Arthur. Cela dit, il se lisent bien et complètent à merveille d'autres ouvrage sur ces légendes. Pour ma part je le garde dans un coin de ma bibliothèque où je range ceux que je ne lirais sans doute plus.

(Chronique n°80)


Septième participation. On progresse ! Encore trois

samedi 25 mai 2013

Lœvenbruck, partie 2 : Gallica (Henri Lœvenbruck)


Lœvenbruck, partie 2/2

Deuxième partie sur Lœvenbruck, et dernière également, puisque je n'ai pas lu les autres ouvrages de l'auteur et qu'il n'a pas fait grand chose de plus dans son monde de fantasy si je ne m'abuse. Mais bon, deux trilogies c'est déjà pas mal, je dois bien l'avouer, et quand on les paye aussi peu chère, ça vaut le coup de les prendre (vérifiez sur le net, on en trouve encore). Pour le coup, voyons donc cette suite à la Moira du même auteur, et tout de suite, c'est Gallica !


Ils ne se sont pas trop foulés pour le
coup. Exactement le même dessin et
une autre couleur


Le roman est donc la suite de Moira mais de façon très subtile, puisqu'il ne se déroule pas sur le même continent, pas avec les mêmes protagonistes. En fait la façon de faire est très bien, mais je ne vous la dévoilerai pas, ce serait vous spoiler un tiers du livre (ou plus). En tout cas, le livre est très dépaysant.

Il se déroule dans le royaume de Gallica, qu'on identifie vite comme la France médiévale, en guerre avec le royaume qui symbolise l'Angleterre (lequel royaume est implanté un peu partout en France, notamment dans le sud-ouest). C'est dans ce royaume que nous retrouvons notre héros, Bohem (je ne sais pas pourquoi, mais avec ce nom j'avais l'image d'un gitan en tête), qui a fait une action étant plus jeune. Lors d'une célébration, alors qu'on brulait un bucher avec dessus un loup enfermé dans un sac, il est monté dans les flammes, a saisi le loup et l'a relâché dans la nature, s’écroulant, complètement brulé. Depuis il  porte des cicatrices (en même temps, se jeter dans le feu ...) et est mal vu par sa communauté. Car ici le loup est l'ennemi, on le chasse. Et en fait on chasse toute les Brumes, ces animaux fantastiques qui peuplent les contrées. On les chasse, car l'Eglise les considère comme mauvaises, et tout le monde lui obéit aveuglément. Mais Bohem, dont le père chasse les Brumes, se pose plein de questions. Qui donc à déclaré que les Brumes sont mauvaises ? Ne peuvent-elles pas être également des créatures bonnes ? Poussé par les questions, Bohem va faire sa route après le massacre de son village par des cavaliers. Il recherche des réponses, et trouvera toute sorte de choses.

Le récit souffre ici encore du défaut que j'imputais à la Moira. A savoir, le récit est linéaire. Il n'est pas plat, mais linéaire. Très peu de bonnes surprises ponctuent le roman, et le tout semble à nouveau très téléphoné. Je dois dire que certains détails m'ont fait franchement tiquer. Mais en revanche, il est mois prévisible que son petit frère de Moira. L'auteur à gagné en maturité en écrivant, et arrive à installer plus de suspense, une intrigue qui va évoluer et quelques bonnes idées à nouveau (notamment le Sauvage). Des petites surprises ponctuent le parcours, et dans l'ensemble il y a tout de même un effort qui est fait dans certains personnages (les deux rois par exemples sont bien campés et aucun des deux ne rattrape l'autre). Après certaines gueules restent bien présente, notamment le héros qui est d'une droiture morale et d'un courage digne de n'importe quel film américain. Je le répète, ça ne dérange pas dans la lecture, qui reste fluide, mais au final on a la sensation d'avoir un livre qui aurait pu aller un peu plus loin sur plusieurs points. Là je dois dire que c'est juste sympathique et que l'ensemble fait plutôt fantasy pour ado que récit mature. Je sais que c'est le public visé, mais je suis d'avis qu'on peut faire des récits pour ado mature et un poil plus développé.
Autre point par contre : on perd le côté des loups, et on gagne un point de vue un peu plus politique. Le tout est plus orienté aussi contre l’Église, combat qu'on sentait déjà dans la première trilogie, mais qui est ici poussé assez loin quand même (et en représentant les membres de l’Église comme particulièrement attardés ou méchants). C'est d'ailleurs un peu barbant d'avoir une sorte de "secte du mal" en toile de fond, le récit perd un peu en crédibilité je trouve.

Côté avantage, comme dit, c'est que le récit est tout de même meilleur, avec une construction plus rigoureuse et des idées bienvenues (comme l'implication des femmes, même si c'est assez faible). Des personnages plus profond apparaissent, et plusieurs idées sont développés qui mériteraient d'avoir un traitement plus dense. Le récit reste très lisible et prenant, il se laisse lire jusqu'au bout sans difficulté, mais dans l'ensemble il ne reste pas un immanquable lorsqu'on a refermé l'ouvrage. Et c'est vraiment le gros reproche que je fais à cet ouvrage.

Enfin, dernier point qui concerne la fin. Là encore, on a du bon et du mauvais. En clair, la fin est une porte ouverte pour encore une autre trilogie sans aucun souci, puisque à peu de choses près elle se fini comme la première trilogie ! Pas d'aperçu de la situation ensuite, de ce qu'il en ressort. Le livre s'arrête juste lorsque l'action fini, et j'ai trouvé l'ensemble décevant du coup, car en fait j'ai l'impression que l'auteur ne se soucie pas de son monde après les gros évènements.


En conclusion, on retrouve dans cette trilogie ce qui me dérangeait déjà dans l'autre, tout en conservant et embellissant ses qualités. La série reste bien dans l'ensemble, lisible et même prenante, mais très (trop) simple, d'une écriture qui s'est améliorée, avec des personnages un peu trop basique et une intrigue qui évolue, certes, mais sans jamais surprendre vraiment le lecteur. Il manque encore quelque chose à ce roman pour que je le classe dans la catégorie des vraiment "bon". Là, je me contenterais d'un simple, "oui, c'est pas mal", sans aller au-delà. L'intérêt c'est justement qu'il s'agit de la suite d'une autre série et qu'on y apprend enfin ce qui se passe à la fin de l'autre. Du coup, la lecture est conseillé si vous avez déjà lu la Moira, et si vous n'avez lu aucun des deux, je pense que ça peut être intéressant à lire ou à faire lire à un jeune ado. Mais après, pour les un peu plus vieux, il vaut mieux passer à d'autres récits. Que je lirais peut-être un jour, quand j'aurais du temps libre.

(Chronique n°47)

vendredi 24 mai 2013

Lœvenbruck, partie 2 : La Moïra (Henri Lœvenbruck)

Lœvenbruck, partie 1/2

Nous allons encore aborder un roman de Bragelonne, qui fait toujours d'aussi bonne réedition, et un roman qui fut assez populaire à sa sortie. C'est également un livre que vous pouvez trouver en intégrale, pratique pour éviter de patienter entre les tomes, et qui comporte seulement 780 pages (environ). J'aime beaucoup cette réedition, ça fait assez classe dans la bibliothèque (oui, j'aime bien quand c'est classe dans la bibliothèque). Encore une fois, cette collection et réedition à l'avantage indéniable d'être agréable à lire, avec un texte écrit assez gros. Et puis la couverture douce, le papier de bonne qualité .... Sans rire, Bragelonne fait vraiment de l'excellent boulot dans leurs éditions, c'est tout sauf du foutage de gueule. Pour 10 €, on ne peut pas rêver mieux dans le genre.
En fait, si je dis ça, c'est que absolument tout les romans qu'ils rééditent sont un plaisir total à lire. C'est vraiment génial d'avoir une bonne qualité de livre en main, c'est toujours un plaisir à lire, même lorsque le roman n'est pas de bonne qualité ! On le finit, on le garde parce qu'il est superbe dans notre bibliothèque (en plus les réeditions sont monochromes et de couleur varié, ça fait chouette). Du coup j'avoue que je vais sans doute me pencher sur les prochains et prendre les 10 tomes sortis, quitte à avoir des moins bons (enfin ... Moins bons ....).
Bref, j'aborde donc encore un roman Bragelonne, Messieurs, Mesdames et autres sexes, voici pour vous La Moïra de Henri Loevenbruck !


Résumé en trois mots : Loups, Magie et Jeune fille

Donc voici une belle petite trilogie qui fut publié chez Bragelonne entre 2001 et 2002, ce qui en fait une trilogie vraiment récente, mais qui n'est pas pour autant mauvaise. Pour la petite aparté entre nous, je dois dire que j'avais eu le plaisir de lire les deux premiers tomes étant plus jeune, et je n'ai pas trouvé la suite, ce qui fait que je suis resté pendant plus de huit ans (oui, ça datait vraiment) sans savoir comment se finissait la série ! De quoi rendre énervé toute personne normalement constituée (je ne le suis pas, fort heureusement pour mon entourage). Lorsque j'ai eu en main la réedition, j'ai été surpris en lisant de constater que c'était ce livre que j'avais tenu dans mes mains voila bien des années. Et en fait, je me suis fait un peu chier étant donné que j'ai une mémoire juste prodigieuse, et j'avais tout le déroulement en tête ce qui fait que finalement j'ai dû attendre la fin du roman pour être vraiment surpris. Comme quoi, la mémoire c'est formidable. Bon, j'exagère un peu, mais j'ai eu un plaisir à relire le roman et me remettre en tête les situations que je ne me rappelais plus (mais dans les grandes lignes je le savais encore).
Par contre j'ai une autre série pour laquelle je n'ai lu que le tome un et deux et que j'attends toujours pour lire le tome 3. C'est Le vent de feu de William Nicholson (pas Stan Nicholls, pas lui !), et si quelqu'un aurais la gentillesse de me prêter la série, je serais comblé. Surtout parce que je me rappelle extrêmement bien les premiers tomes (mais vraiment !) alors que je l'ai lu une seule et unique fois (merde quoi, alors que pour les cours c'est Tintin !). Plus de huit ans que je retiens ce truc sans savoir la fin ! J'aimerai bien le finir (pour enfin le chroniquer aussi).

Bon, avant que j'étale ma vie dans tout les coins, continuons sur l'auteur. Donc Henri Loevenbruck est un  auteur français (Cocorico ! Comme beaucoup d'auteur de Bragelonne en fait). Il est né en France (à Paris) en 79, connait Renaud apparemment et l'apprécie bien (au point de chanter sur un de ses albums), et a publié son album en 2001 donc, seulement trois ans après son premier roman (1998). Si je dis ça, c'est que justement le récit est donc d'un auteur qui n'a pas encore beaucoup écrit, mais il a ensuite écrit des thrillers. Vu ce qu'il a déjà fait, je pense que ça devrait être plutôt pas mal (dès qu'ils le rééditent, j'y fonce).


Bon, voila le récit : une jeune fille, Aléa (le nom est sympathique et facile à retenir) trouve dans le désert dehors de sa ville un cadavre. Celui-ci est desséché, mais porte une bague. Alors qu'elle tente de lui enlever, le cadavre lui saisit la main. Elle prend peur et s'enfuit. Et un druide arrive en ville, voulant voir Aléa. Enfin, nous avons le grand mage noir qui recommence à agir. Précisons que Aléa est une orpheline mendiante dans sa ville, spécialisé dans l'arnaque et dans les petits larcins.

Le point de départ de tout cela va donner lieu à tout un périple qui va se poursuivre sur un long trajet et dans tout les coins de la carte. Le personnage d'Aléa va progressivement rencontrer des personnes qui vont l'accompagner, d'autres qui vont se mettre en travers de sa route. Et puis tant d'autre. Elle va passer dans plusieurs lieux, elle va s'enticher d'un cornemuseur, un nain, d'une barde, etc ... Et elle rêve également de loup. Et elle ne sait pas trop pourquoi, mais elle se sent progressivement différente.

En fait la trilogie va évoluer selon une seule trame (ou presque) en suivant la fille et de temps à autre une louve qui va avoir sa propre histoire indépendante (ou presque). Le tout suivant un fil rouge qui se développe petit à petit, avec quelques petits rebondissements et des petites nouveautés qui vont progressivement faire avancer l'intrigue et nous faire comprendre le fond de l'histoire. L'intrigue se fait de manière progressive, mais pas trop non plus.
Dit comme ça, le roman parait plus surprenant qu'il en à l'air. En fait il est assez linéaire dans la construction et très peu de véritables surprises interviennent dedans. C'est le gros défaut que je relève dans le récit : on a très peu de surprises dans l'ensemble du livre. C'est pas folichon au niveau de l'intrigue, et j'avoue que le manichéen n'améliore pas le tout. Les personnages sont très caricaturaux et sans grandes surprises, avec des têtes qui ne vont pas surprendre (le vieux sage, la jeune rebelle, le nain grand cœur et humoristique, la barde qui en sait beaucoup, le guerrier invincible ....) et une situation qui est très simple également : magicien méchant, roi pas gentil, druides gentils mais vieillissants, grand maitre, prophétie du changeur de monde .... On à même le droit à un remake des Amérindiens qui se sont fait expulser de leurs terres. Le problème, c'est que c'est simple comme situation, et ce jusqu'au bout. Il faut avouer que l'introduction des loups dans le monde et le fait de les mêler à la vie humaine (Loevenbruck aime les loups) apporte un bon côté, mais pour le reste c'est vraiment du cliché de fantasy vu et revu. C'est dommage, vu que le récit est prenant et qu'il y avait plusieurs bonnes pistes qu'on aurait pu exploiter plus à fond.

De même, il faut dire que le roman se finit de manière un peu rapide et sans donner trop d'éclaircissement sur les devenir du reste de l'île. C'est regrettable, et je trouve qu'on aurait pu ajouter au moins un petit chapitre sur la façon dont le tout se passe ensuite. Mais l'auteur à voulu s'en tenir là, et c'est son choix. Je le respecte.
Cependant, l'auteur n'en est pas resté là : il a continué l'histoire dans une seconde trilogie, intitulée Gallica (oui, c'est une représentation fantasy de la France) et qui va donner des précisions sur ce qu'il s'est passé exactement dans la suite de La Moïra. C'est également édité chez Bragelonne, alors je vais vous laisser découvrir la prochaine chronique sur le même sujet et ce roman, dès demain !

En clair, cette trilogie n'est absolument pas mauvaise, mais elle est très (trop) classique dans sa forme et dans son fond. Les personnages semblent déjà vu, les situations également et le tout n'offre au final aucune surprise supplémentaire par rapport à ce qui à déjà été proposé. Cependant, le tout se laisse lire par le style d'écriture et par une volonté de connaitre le final, même si il n'est pas vraiment des plus surprenant. Il conclue le récit avec un ton égal au reste, sans plus ni moins. Par contre, certaines petites idées au cœur du roman font mouche, et je dois avouer que l'idée des loups est bien vu, même si il n'est pas exploité d'une bonne façon (ce qui est dû sans doute plus au reste qu'aux passages spécifiquement sur les loups). L'auteur a mis du coeur à l'ouvrage, et on le sent. Dommage cependant qu'il n'ai pas plus exploité toute les pistes et que la fin laisse beaucoup en suspense. Pour commencer la fantasy ou pour les adolescents, il est très bon sans aucun doute. Pour les autres ... C'est un peu dépassé !
Et pour la fin en suspense ... il faut, pour mieux comprendre, lire la suite : Gallica. 

(Chronique n°46)

vendredi 8 mars 2013

La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons (Ptiluc)


Je ne sais pas pour vous, mais j'aime beaucoup aller en dédicace. C'est toujours amusant, on rencontre plein de gens qui partagent souvent la même passion que vous, les rencontres avec les auteurs amènent leur lots de surprises (bonne ou mauvaises), on reçoit des petits cadeaux parfois, des dessins gratuits et colorisés également, on rigole beaucoup, on se ruine le dos à rester debout à attendre pendant deux heures ...
Si je vous parle de ça, c'est qu'aujourd'hui je vais vous parler d'une bête de la dédicace. Un dieu à ce niveau là, mythique dans sa façon de faire. Si vous avez vu une séance de dédicace, c'est inoubliable.
Pourquoi donc ? Tout simplement parce que Ptiluc est une personne qui "part en Berserk" pour reprendre une expression de Boulet. Lui, les BD, il les éventre, les lacère, les brule, les déchire. N'amenez jamais, au grand jamais, des BD de collection avec lui. Elles ne survivront pas. C'est une expérience unique et mortelle. J'ai obtenu une magnifique déchirure et une belle tache de brulure sur mes BD, et j'en suis trop content. Surtout que ses dédicaces c'est bien souvent une perle d'inventivité. J'en ai admiré je ne sais combien. Et de ces idées ! (pour une il a projeté sa main couvert de peinture sur la page intérieur, couvrant le tout de peinture et gondolant les feuilles. On était tous jaloux du type qui l'a eu).
Et Ptiluc, c'est un monument en dédicace. Il se fait toujours engueuler parce qu'il salit les tables, s'assoit sur les tables et non sur les chaises pour dédicacer .... Un gars vraiment génial. Et super intéressant je trouve. Si il passe dans votre secteur, faites-vous dédicacer des trucs.
Si cette introduction est longue, c'est qu'il fallait le mentionner, c'est une caractéristique inoubliable de l'auteur. Et ce n'est pas la seule particularité de Ptiluc, auteur atypique dont je vous propose aujourd'hui une superbe série très courte, en deux tomes seulement, et qui s'intitule très simplement La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons.


Résumé en trois mots : Religion, Critique et Noir

Pour commencer, car il y a beaucoup à dire autour de cette BD, je vais présenter rapidement Ptiluc, vous allez comprendre vite l'intérêt dans le cadre de la bande-dessinée. En effet, Ptiluc est née a Mons, en Belgique, en 1956. Actuellement il habite à Montpellier, mais il vadrouille beaucoup (on peut d'ailleurs trouver ses récits de voyages en moto en BD également). Il dessina très jeune et en fis ensuite son métier avec la série Pacush Blues ou encore Rat's, deux fameuses séries de BD dans lesquelles des rats campent le rôle des humains. Ah oui, je crois que Ptiluc est assez misanthrope sur les bords, ne relevant que les pires défaut de l'être humain et les dénonçant ensuite de façon crue et "bestiale", si vous voyez ce que je veux dire.
Il bénéficia d'un coup de pouce de la part de Frankin (oui, le maitre qui dessina Gaston Lagaffe) et publia enfin ses premières bandes-dessinées en 1983 chez Vents d'Ouest, commençant là sa grande série Pacush Blues qui compte aujourd'hui 17 albums ou quelque chose comme ça. Et la série Rat's en compte désormais 8 ou 9 il me semble. Mais pourtant, à côté de ces production, il continue de faire des séries diverses, comme une idée géniale : tout les dictateurs se réincarnent en cochon (Hitler, Staline, Napoléon ...) dans la série La foire aux cochons, ou encore La vie des bêtes et d'autres récits étranges et tordus.

Dans la plupart des récits, Ptiluc adopte un ton humoristique trash, souvent violent, dénonciateur également. Je n'irais pas jusqu'à le qualifier d'anarchiste, mais il n'en est pas loin. Et dans ses récits, il utilise tout les moyens pour montrer ses idées. Attention, nous sommes ici très loin de la finesse dont sait faire preuve un Lauzier dans ses BD. Non, ici c'est trash, violent et bourrin sous toutes ses coutures. C'est un style et on a parfaitement le droit de ne pas l'aimer. Personnellement j'adore.
Alors pour continuer sur la lancée, je vais préciser quelques petites choses par rapport à l'histoire. En fait elle est tirée d'une légende du pays natal de Ptiluc, la légende de Gilles de Chin qui combattit et tua le dragon habitant les marais de la région de Mons. Pour lire la légende en détails, c'est par ici ! Et en lisant la BD, on note qu'il s'est vraiment inspiré de beaucoup de choses pour la faire, pas mal de détails reviennent. Mais je vous laisse lire.
Par contre, je vous arrête tout de suite ! Cette BD à beau se passer au Moyen-Âge et traiter d'une légende locale, c'est uniquement un prétexte que va utiliser Ptiluc pour atteindre son objectif et exposer son avis. Car ce livre, c'est avant tout l'avis de Ptiluc autour d'un sujet bien précis. Et un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire. C'est, vous l'aurez bien évidemment deviné au titre, la Religion.

J'ai délibérément choisi de ne pas classer cet album dans "philosophie", bien qu'on puisse le noter, mais Ptiluc ne fait pas dans la dentelle et la réflexion. C'est plus un exposé des travers qu'il relève dans la religion et qu'il démonte progressivement au fur et à mesure. La BD prête à réflexion, mais il faut bien dire que ce n'est pas l'essentiel, on est plus dans la détente. L'histoire y contribue également, je vais vous l'expliquer.

L'histoire commence là où la légende fini quasiment : le chevalier Gilles de Chin revient de terre sainte après moult combats, victoires et paillardises en tout genres. Héros, revenu avec un trophée qui indique le monstre qu'il a tué dans quelque lointaine contrée, il recherche la femme qu'il aimait et pour laquelle il s'est exilée. Très croyant, il  est à la limite du fanatisme, et recherche de toute les façons possible à tuer le dragon, qu'il juge comme l'incarnation de la bête (comprenez : Satan). Et pourtant, le dragon est peut-être le personnage le plus sensé et le plus ingénieux de toute cette histoire ...

Alors bien évidemment, ce livre est un énorme pamphlet anti-religieux assaisonné d'une bonne dose d’anti-cléricalisme. Bien que partageant les convictions de Ptiluc, faut reconnaitre que la subtilité manque sacrément. Les personnages croyants sont d'une conneries monumentales, excusez l'expression, et les autres ne valent pas grand chose. Mais j'aime bien la façon de traiter l'intolérance religieuse, surtout vis-à-vis du progrès (ça peut rappeler des propos sur un préservatif et le pape, même si la BD est bien plus ancienne). Ensuite, j'ai apprécié la touche du racisme et des religions qui se côtoient, ou de la mise en scène de la bêtise crasse des personnes sous toute ses coutures, où que l'on aille. Finalement tout le monde est très con, bête et méchant.
Je l'ai bien dit : Ptiluc est un misanthrope selon moi, il n'aime pas les gens et leur ignorance crasse et le fait bien ressortir. Pire que tout, il n'aime pas les gens qui s'aveuglent de préjugés ou d'autres choses. C'est une métaphore qu'il utilise dans la BD (le dragon fabrique des lunettes) et que j'ai trouvé intéressante. Une belle mise en scène.

Et c'est ce qui est d'ailleurs dommage. La mise en scène est intelligente, le propos pourrait être très bon, mais il est tourné de façon trop virulente. L'attaque est plus méchante et gratuite que vraiment ordonnée, et là encore c'est dommage. Les moments sérieux sont aussi trop souvent contre-balancés par des piques d'humour. C'est dommage encore une fois, parce que le récit est vraiment très sombre, avec pas mal de passages plutôt sérieux et la fin est presque belle dans son propos. Pour un peu Ptiluc aurait fait un drame sublime sur la religion et les croyants, mais là il rate le roman graphique/philosophique d'une bonne longueur, donnant seulement une bonne BD mélangeant humour et cynisme. C'est toujours bon, mais je pense franchement que ça aurait pu être meilleur.


En conclusion, le diptyque est clairement orienté, c'est un énorme pamphlet anti-religieux. En allant à fond dans l'humour et dans le trash, Ptiluc dénature son propos, tournant en ridicule quelque chose qui aurait put être excellent. Ça reste très bon, et si le dessin n'est pas bon, il n'en reste pas moins diablement efficace, tout comme le texte. Le propos peut toucher, et dans mon cas je l'ai trouvé intéressant. La fameuse légende de Gilles de Chin, le tueur de dragon, prend ici une nouvelle tournure. C'est maintenant l'histoire d'un homme qui va ouvrir les yeux sur le monde, sur les gens, sur la religion et sur lui. Et qui nous les ouvre peut-être également.

(Chronique n°20)