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samedi 8 novembre 2014

La saga du sorceleur (Anrzej Sapkowski)

Une bien belle et longue saga, sur laquelle j'aurais lu diverses choses pas forcément flatteuses. Mais il faut bien reconnaitre que ce n'est pas une saga habituelle. Déjà par les couvertures (la réédition en poche m'aurait tuée), mais aussi par le contenu, sans parler du manque de réédition en français. Et le jeu vidéo qui en fut tiré et qui est bien plus connu (et mieux noté, curieux fait). Mais je me suis penchée vers elle après avoir lu les premières nouvelles, et je n'avais plus qu'une envie : plonger à nouveau dans cet univers et arriver à voir la suite des aventures de ces personnages hauts en couleur et incroyablement attachants.


Résumé en trois mots : Magie, Prophétie et Guerre

Je dois bien dire, au final de ma lecture, que j'en ressort avec une sensation de déception. Mais si la déception est là, c'est que j'en attendais beaucoup, et le début pronostiquait tellement mieux pour la fin ...

En essayant d'expliquer les choses de façons précises, je dois d'abord relever un détail qui a toute son importance : Sapkowski écrit très bien, le style est incroyablement plaisant, entre la noirceur du monde et les situations rarement roses, mais avec aussi un humour qui se manifeste de temps en temps par de petites touches, et c'est toujours agréable. Et c'est prenant, c'est ça qui fait plaisir. On veut connaitre la suite, bien que cela nous semble parfois un peu artificiel dans le fond.

Car oui, il faut bien l'avouer, il y a des choses un peu trop artificielle dans le fond de certains livres, et je dirais principalement au-delà du troisième tome. Les deux premiers mettent en place l'ensemble et apportent d'excellents éléments, mais la suite n'est pas à la hauteur et plusieurs fois je me suis désolé de l'avancement.
Ce qui est vraiment dommage, c'est que l'auteur a posé une situation vraiment excellente, notamment politiquement, avec tout ces conflits, intrigues, mélant politique, espions, magiciens, pouvoirs et complots. Mais voila, c'est sympathique, sauf quand on résout tout brutalement à la fin avec des moyens assez peu digne de l'ensemble. Le dernier tome donne l'impression de vouloir tout conclure beaucoup trop rapidement. Et c'est vraiment, vraiment dommage.
En parlant de ces problèmes scénaristiques, je dois bien avouer que c'est aussi problématique autour du reste : la saga du sorceleur, peut-être, mais celui-ci est un personnage assez effacé par rapport à Cixi, qui est la figure vraiment centrale. Et d'ailleurs, pourquoi avoir retiré Yennefer des trois quarts de l'histoire ? C'était un excellent personnage, mais qui ne sert pratiquement à rien dans tout les tomes. En fait elle n'est même pas là plus de la moitié du temps.
Autre souci, niveau scénaristique : l'ajout de certains personnages. Je ne suis pas contre l'introduction de nouvelles têtes, toujours intéressantes par ailleurs. Mais là, la plupart du temps c'est en un bloc et les personnages m'ont semblé un peu trop artificiels dans leur façon d'être, même si ça s'améliore beaucoup par la suite.

Par contre, et pour finir sur une note positive, le reste possède beaucoup de bonnes idées. J'ai adoré, à titre d'exemple, la bande des Rats ou la façon dont la guerre impacte sur la vie générale des gens, bien qu'on ne voit presque jamais des batailles (il y en a, si mes souvenirs sont bons, une seule dans les cinq tomes). C'est des luttes entre petites gens lorsque les grands se tapent dessus. Et c'est aussi un monde très sombre et qui contient tout son lot d'horreur et de noirceur (notamment violence gratuite). Un monde mêlant bien fantasy et moyen-âge, noirceur et pique d'humour, sur fond de guerre et d'interrogations. Une belle histoire, mais qui se déroule avec trop d'accroc pour qu'on puisse l'apprécier à sa pleine valeur.

Au final, je suis très mitigé et j'hésite à conseiller la lecture de cette série. Déjà, parce que si vous voulez vous la procurer vous aller payer très cher ou avoir des couvertures dégueulasse. Mais en plus, l'histoire est très inégale, à la fois plaisante sur le monde et décevante sur le fond. C'est une saga qui aurait mérité une histoire plus travaillée, et je n'ai pas retrouvé tout le plaisir que j'avais eu en lisant le premier tome. C'est vraiment dommage, parce que le monde est intéressant et que j'aimais beaucoup de choses dedans. Alors, dois-je la déconseiller pour autant ? Non, évidemment, je ne peux pas. C'est une saga qui à de quoi plaire, et qui présente du potentiel. Si vous êtes intéressé par ce genre de choses, n'hésitez pas à la lire quand elle vous tombe sous la main. Mais dans l'optique d'une superbe saga de fantasy, il faudra repasser.

(Chronique n°208)

vendredi 25 octobre 2013

La foire des ténèbres (Ray Bradbury)

Un petit livre que l'on m'a prêté sur une citation qui en était extraite (ne me demandez pas laquelle, je l'ai oubliée) et j'ai donc attaqué mon troisième livre de cet auteur si excellent dont j'ai déjà dévoré ses deux chefs-d’œuvre. Cependant, ici le sujet changeait beaucoup des autres fois et j'étais curieux de savoir le résultat. Car un auteur aussi talentueux peut très bien se planter en écrivant dans un style auquel il n'est pas habitué. Le résultat ?


Résumé en trois mots : Angoissant, Foire et Enfance
Déjà, on retrouve de façon très claire le style assez poétique de Bradbury, et ce dès la première page. Les dialogues, les situations, les passages prenants sont vraiment de même facture que ceux de Farenheit 451. C'est d'ailleurs un avantage mais aussi un inconvénient dans certaines scènes, puisque le style ralentis l'action. Mais dans l'ensemble ça fait plaisir de relire à nouveau de la bonne littérature.

L'histoire m'a surpris par les tours qu'elle prenait, mais je dois avouer qu'elle reste dans des limites "classiques", sans grand tour de force. On y a des très bonnes idées, et surtout une excellente réflexion sur le monde des adultes et celui de l'enfance, les limites entre les deux et la façon dont chacun voit l'autre. Ce que j'ai adoré, c'est que le récit ne se limite pas à des adultes nostalgique de leurs enfances, mais à des enfants qui veulent grandir plus vite qu'ils ne le devraient. La comparaison entre les deux est super bien faite.

J'ajoute que, même si le livre n'atteint pas les sommets d'horreur de Lovecraft, on a quand même le droit à des passages bien haletants, des moments de suspenses bien fait et de la tension. Le tout est bien sur enrobé dans la poésie de Bradbury, mais il sait quand il faut faire plus percutant. Cela dit, le discours du père dans la bibliothèque au milieu de l'ouvrage est superbe.

Ajoutons à cela que les personnages sont bien représentés. Le père, les deux jeunes garçons sont charismatiques et très bien représentés, chacun avec ses petits travers et ses peurs, ses envies. Les suivre est un vrai régal puisqu'on ne s'attend pas forcément au rôle dont ils héritent au final.


En clair, c'est encore un excellent Bradbury, autant sur le fond que sur la forme, qui nous entraine dans une fête foraine malsaine et qui va nous réveiller des peurs et des idées qui sommeillent en chacun de nous. Des formes et des envies que l'on peut tous comprendre, et je pense que le livre se classe dans le haut du panier, même si Farenheit 451 reste un incomparable. L'auteur se renouvelle assez, sauf dans le style qui reste reconnaissable, mais le reste c'est du très bon. A lire, surtout quand on aime l'auteur.

(Chronique n°84)

mercredi 25 septembre 2013

Frankenstein (Mary Shelley)


Encore un classique de littérature, le genre que tout le monde connait (ou croit connaitre), c'est bien évidemment Frankenstein, dont les adaptations cinématographiques auront sublimé la créature dans des films d'horreur de série B bien connus (dont la liste serait si longue que j'y perdrais plus de temps qu'a rédiger cette chronique). Place donc au fameux monstre de littérature, à celui qui créa le mythe, voici donc Frankenstein de Mary Shelley !


Résumé en trois mots : Monstre, Créateur et Création

Donc, ce livre connu, archi-connu, lu et relu, ressassé et dont l'extraction de la substantifique moelle fut un travail de longue haleine entreprit depuis des années et sans doute aussi indigeste que cette phrase me rend donc totalement incapable de faire ici le moindre décorticage précis d'un tel monument de la littérature.
Bref, je ne peux ici que vous donner mon avis (encore une fois), sinon je vous encourage à le lire pour vous faire votre propre avis comme cela doit être le cas avec la plupart des livres de ce genre.

L'histoire est connue, mais je préfère la rappeler : Un bateau est pris dans les glaces. A bord, le jeune capitaine remonte de la glace où il dérivait un homme à moitié gelé et obstiné par une idée. Il traque un autre traineau. Cloué au lit, il raconte son histoire : Frankenstein, jeune chercheur suisse, entouré d'une famille aimante, part vivre dans une ville (Genève il me semble) et entreprend des recherches en biologie et médecine. Génie en herbe, il parvient à trouver au final la formule pour créer la vie. Mais son invention le dépasse. Effrayé par la laideur de sa créature, il s'enfuit, la laissant libre d'agir dans le monde. Un monde qui n'en veut pas. Et le créateur à des devoirs envers sa créature. A moins que ce ne soit l'inverse.

Le roman est écrit à la première personne, c'est un narrateur qui écrit à sa sœur dans la première partie, avant de laisser la parole à Frankenstein qui raconte son histoire, dans lequel la créature se retrouvera à la raconter aussi (en terme d'imbrications d'histoire c'est pas mal, surtout quand la créature raconte une autre histoire dans son récit). Il est d'ailleurs assez noir et les morts se succèdent tout au long du récit (en même temps, c'est mérité).
Le ton du récit m'a beaucoup fait penser à Dracula, sur la forme et les tournures de phrases très typées XIX ème, et puis sur certain fond, notamment question amitié, religion, croyances, bonté ... Quand on sait ce qu'a produit le XIX ème comme horreur (je déteste ce siècle), c'est assez ironique, mais le propos n'est pas là (sinon je parlerai encore demain).

Le récit à un fond très intéressant, et qui mérite plusieurs grilles d'analyse (relation entre père et fils, homme et dieu, homme et nature, créateur et son œuvre, artiste et son œuvre ...) qui conduisent à un roman complexe dans la trame, et qui mélange assez habilement les sentiments, puisque nous avons une créature haï sans qu'elle n'ai jamais rien demandé pour cela, un créateur dépassé par son œuvre et qui souhaiterai la retirer, des sentiments de haine de part et d'autres envers son opposé, mais le tout de deux points de vue. Plein de questions se posent : le créateur/la créature est-il/elle redevable à l'autre de quelque chose ? Peut-on contrôler tout ce qu'on crée ? Les métaphores abondent, et les questions soulevées sont pertinentes.

Cependant, il faut tout de même dire que le roman aurait gagné à perdre cet esprit très XIX dans le style d'écriture, et dans la narration également (je vous garantis que la description des femmes à de quoi faire hurler, d'autant plus que c'est une femme qui écrit, et que certains passages sont vraiment barbants). En tout cas, les lecteurs se régaleront d'une histoire qui n'a pas perdu beaucoup de sa force, pour plusieurs raisons, mais qui reste un peu trop ancré deux siècles en arrière et mériterait peut-être un dépoussiérage. Mais je ne crache pas dans la soupe, le roman est bon.


Ce roman, c'est vraiment de la philosophie autour de nombreuses questions et des thèmes qu'on veut y voir. L'auteure à sut bien manier les deux facettes de cette histoire pour en faire sortir tout l'intérêt (ce qu'en fait je n'ai pas retrouvé dans Dracula), et la lecture est très sympathique, assez rapide également, et se fait avec tout de même du suspense (même si je connaissais déjà la fin). En bref, le roman est toujours aussi classique mais se lit encore très bien, et je pense qu'une lecture ne peut pas faire de mal. Rien que pour son statut, et pour les débats qu'il peut succiter.

(Chronique n°70)