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mercredi 7 janvier 2015

Les machines à Illusions (Philippe K. Dick & Ray Nelson)

Encore un ouvrage de Philip K. Dick, mais écrit cette fois-ci en collaboration avec un confrère, et que je présente ici avant de poster la chronique sur l'ouvrage Blade Runner, qui viendra très vite. Le choix de présenter celui-ci d'abord n'est pas anodin, car après la chronique sur Substance Mort, je ne voulais pas publier d'un coup toutes les critiques des grands livres de Philip K. Dick. Quand j'encense un auteur, je me plais à lire des livres moins bon et à en faire la critique autant que possible, car nul n'est parfait, et les faiblesses soulignés dans un ouvrage ne font que renforcer les forces des autres. Quand on peut faire du moins bon, la qualité devient extraordinaire, non ?


Résumé en trois mots : NoirsIllusions et Extra-terrestre


De tout les Philip K. Dick lu jusqu'à présent, je dois bien dire que cet ouvrage est le moins bon, et cela ne demande pas un grand effort de comparaison. Et je sais exactement pourquoi.
Déjà, il faut souligner le premier gros problème : ce livre date maintenant sérieusement au niveau de la thématique. En effet, ce livre repose sur la thématiques des noirs qui se battent pour leurs droits, mais c'est quelque peu éculé comme thème (en tout cas, de la façon dont c'est présenté). D'autres part, j'ai eu du mal à m'intéresser aux personnages, que j'ai vite trouvé creux et qui me semblaient peu intéressant. Le final ne m'a pas convaincu à ce niveau là non plus, et j'ai refermé le livre avec un gros : Bof.
L'histoire en elle-même est très intéressante, avec l'idée plutôt bien trouvée des machines à illusions, qui créent des armées mais sans qu'on sache si celles-ci resteront, tout comme est plutôt excellente la façon dont sont présentés les extra-terrestre. Des bonnes idées de bases donc, même si les thématiques abordées ne sont pas les plus intemporelles.
Par contre, il faut bien le dire, le bât blesse quelque part, et c'est dans le développement. Progressivement, j'ai trouvé qu'il manquait quelque chose à l'histoire, qu'il y avait un manque, l'esprit de Philip K. Dick n'était pas vraiment là, je ne ressentais pas vraiment d'ambiance. Au final, je n'ai pas eu de grande envie de connaitre la fin, qui n'est pas transcendante non plus. Que dire de plus, que ce que j'ai déjà dit ? Peut-être l'écriture à quatre mains n'a-t-elle pas contribué, ou alors les auteurs ne se sont pas autant impliqué que dans les autres livres.
Ce n'est pas foncièrement mauvais, mais c'est plutôt un livre anecdotique, dont je n'ai rien tiré (au contraire de tant d'autres de l'auteur) et qui m'a laissé un gout fade en bouche. Je ne regrette pas de l'avoir lu, mais ce n'est pas pour autant que je le conseillerais à quelqu'un.

Un roman bien dispensable, que je ne conseillerai pas vraiment pour diverses raisons. De la part de Philip K. Dick, vous avez largement mieux qui est proposé. Et de la part de l'autre auteur, je n'ai encore rien lu, et j'espère lire mieux. Un roman qui peut se lire, quand on a vraiment plus rien d'autres, sinon je vous recommande de passer allègrement votre chemin et de vous rabattre sur d'autres livres de science-fiction bien plus intéressant.

(Chronique n°214)

dimanche 19 octobre 2014

J'irais cracher sur vos tombes (Boris Vian)

Entre deux galères, je trouve toujours le temps de lire un petit livre de derrière les fagots, et je me suis attardé un peu sur ce livre d'un véritable génie que j'adore, dans presque tout ce qu'il a fait et que j'ai eu la chance de découvrir jusqu'ici. Boris Vian, le poète, chanteur, écrivain, scénariste, humoriste, musicien, l'homme complet et complexe, une véritable bête des arts. Un monument à découvrir. Et celui-ci rentrait dans la catégorie des romans qu'on me conseillait fortement de lire.

Résumé en trois mots : Noirs, Sexe et Violence

Je caricature un poil le propos dans ce résumé en trois mots, mais il faut bien avouer que ce sont les trois thèmes centraux de cette histoire curieuse et au relent de vérité qui mettent mal à l'aise. Déjà, et je tiens à la souligner, c'est un livre dans une ligne purement réaliste, soit au antipodes des autres écrits de l'auteur que j'avais déjà lu (L'écume des jours, Les fourmis et L'arrache-coeur). Ici, point de monde déformé, de réalité transfiguré et de critique voilée mais acerbe d'un monde plus fou que ce qu'il en tire.
Ici, tout pue la vérité, du début jusqu'à la fin, dans ce personnage du noir à la peau blanche qui cherche à venger son frère. Rien que du réalisme dans les échanges entre personnes, dans les faits racontés. C'est ce qui rend la lecture parfois malsaine au plus haut point, tout en conférant à l'ensemble un statut d'avertissement plutôt bienvenue.
C'est intéressant de constater que ce livre, issu des années de ségrégation, traitant d'un racisme qui n'existe plus en apparence chez nous, est toujours bien actuel dans certains de ses propos. Autant sur la jeunesse dorée qui se défonce dans tout les sens du terme, que sur la perversité de ceux-ci, les façons d'être et de réagir. Tout le monde est mauvais ou ignoble, et ce n'est pas le personnage principal qui arrangera les choses, même si il s'agit peut-être du seul qui semble agir avec un réel motif, et presque avec raison. Presque.
Le livre est extrêmement cru, il faut bien l'avouer. C'est explicite sur tout, et c'est ce qui en fait sa force. Rien n'est caché, mais finalement rien n'est vraiment important dans ce qui est cru. C'est le reste, ce qui se dévoile petit à petit, ce qui est tendrement camouflé derrière qui importe. Les sentiments, les raisons, le ressenti. Et tout cela ne transparait qu'a demi-mot. C'est plus complexe qu'il n'y parait au premier abord, car tout est dévoilé, masquant l'essentiel.
Mais ce livre est aussi un coup de poing puissant sur la table et dans la gueule. Qu'en tirer, quelle morale et quel message ? Je ne suis pas sur qu'il y en ai vraiment, et s'il y en a, c'est pluriel. Tout peut-être motif à question, et le final en crescendo accentue ce côté là. Décortiquez-le pendant des heures, vous pourrez en tirer ce qui vous semble bon.

Un étrange roman, dans l'esprit de Boris Vian, mais à part des autres que j'ai déjà lu de lui. C'est purement ancré dans la réalité, et de fait, le roman à une odeur bien plus désagréable. C'est cru et violent, mais jamais gratuitement. C'est méchant et cynique, mais là encore ce n'est pas par pur volonté de déranger. Et c'est puissant. Boris Vian nous entraine dans son histoire pour ne pas nous lâcher. Sans qu'on ne devine où cela nous entraine, l'histoire se déroule inlassablement, nous dévoilant plus d'horreur qu'on aurait voulu, mais nous assénant en face ces vérités qu'on veut éviter.
Si le propos sur la condition des noirs peut sembler démodé, je ne peux m'empêcher de repenser à certains, qui aujourd'hui, en Franc, parlent de ces "bougnoules" et de sang arabe dans les veines ... Et la critique de cette jeunesse dorée qui se défonce à tout va ne me semble pas plus démodée qu'elle ne l'était à l'époque. Les moyens changent mais pas le fond.
Bref, un roman excellent, à lire, car il me semble aussi actuel que peut l'être un roman sorti l'année dernière, et qui a le mérite de ne pas se voiler derrière des faux-semblant. La vérité est là, et elle nous éclate à la gueule. Le genre de roman puissant qui fâchent, qui impressionnent, qui estomaquent, mais qui ne laisse pas indifférent. Voyez ce qu'il en sera sur vous.

(Chronique n°205)

samedi 30 novembre 2013

Milles femmes blanches (Jim Fergus)

Enfin fini ce livre qui aura duré tout de même près de une semaine, ajourné régulièrement avec d'autres lectures qui s'intercalèrent, et également des fatigues qui m'empêchèrent de finir ce que je lisais. Mais là j'en suis enfin venu a bout. C'est pas trop tôt, et je peux maintenant vous dire ce qu'il en retourne. Vous êtes prêt ? Alors commençons avec ce livre sur les amérindiens !


Résumé en trois mots : Cheyennes, XIXème et Conquête de l'ouest

Le récit est une fiction mais j'ai eu du mal à déterminer s'il se basait sur des éléments réels, et apparemment ce serait le cas. Mais je n'en suis pas certain, donc je table sur un non, charge à vous de croire ce que vous voulez ensuite.
C'est à la fois une épopée, une découverte de civilisation, un choc de culture et également une transformation du personnage principal auxquels nous assisterons. De quoi mettre l'eau à la bouche !

En fait, je vais tout de suite poser ce que je reproche au livre : la mentalité des protagonistes. C'est le principal frein que j'ai eu à ma lecture, mais qu'est-ce qu'ils sont cons ! Passez-moi l'expression, mais j'en aurais étranglé la moitié sinon plus, et plus d'une fois j'ai du m'arrêter tant la mentalité me semblait arriéré. Après, je ne peux que saluer l'auteur qui retranscrit à mon avis parfaitement ce que pouvaient penser ces dames. Tellement bien fait que j'ai du fragmenter ma lecture.

Outre ce défaut qui n'en est pas un (après tout, c'est une qualité que d'avoir su énerver son lecteur devant la mentalité d'un personnage), je dois dire que tout est bon. Ou presque.
Déjà le style d'écriture est bien rapporté, mélange entre le style d'un journal intime qui a vocation d'être lu par la suite et auteur contemporain qui doit tenter d'accrocher le lecteur. Le compromis est bien trouvé et j'ai eu un sentiment de crédibilité sur toute l'ouvrage, bien que certains passages sont clairement romancés et non pas tirés d'un journal intime. Mais je ne me rendais jamais compte de la transition, et c'est vraiment superbement bien fait.
Ensuite, comme dit, la recherche historique est très bien faite, à la fois dans les mentalités mais aussi dans les comportements des uns et des autres. Des Cheyennes évidemment, puisqu'une bonne partie du livre se passe chez eux, mais aussi des autres, car c'est aussi le portrait de bigotes, de soldats, de femmes délaissées par leur propre patrie qu'on trouvera. Des personnages bien campés, chacun intéressant à sa manière et jamais arrêté de façon manichéenne. Ici encore, la réalisation ne s'est pas trompé.
Encore un bon point : le rythme, qui est prenant car assez lent pour permettre de détailler les paysages et les mœurs de tout ceux qui croiseront la route de l'auteur. C'est une alternance subtile qui permet de comprendre la façon de vivre en même temps qu'on apprécie tout ce qui se passe autour, les saisons, les paysages, les lieux. Et les lâchetés, les traitrises, les faiblesses, tout ce qui touche au comportement humain. Le tableau d'ensemble est prenant.
Enfin, l'auteur à su rendre le personnage principal attachant, en mélangeant à la fois sa curiosité et sa fougue, son dynamisme, et en mettant également dans le plat des relents de "civilisations XIXème", de foi mal placée et de pudibonderie qui font les imperfections d'une femme au caractère bien trempée.

Bref, j'ai énormément apprécié ce livre qui fut pourtant dur à lire principalement parce que la mentalité des protagonistes m'énervait au plus haut point. Mais tout le reste est bon, aussi bien le style que tout ce qu'on apprends sur cette époque dans cette partie du monde, voir la façon de vivre à l'indienne, qui est loin d'être l'idylle trop souvent rapportés par ceux qui veulent un monde meilleur. La vie dans les grandes plaines était loin d'être facile, c'est un bel aperçu qui nous est donné, mais également de la condition de la femme dans les USA naissant. Là aussi, on en apprend beaucoup et pas forcément des meilleurs. Pour plus de détails, référez-vous au livre, il vous emmènera dans une histoire assez saisissante que j'ai beaucoup apprécié et que je recommande.

(Chronique n°101)

samedi 30 mars 2013

American Gods (Neil Gaiman)


Un troisième Gaiman, c'est toujours autant bon. Je me permet de poster la chronique tout de suite en attendant patiemment que l'envie de poster celle sur Neverwhere arrive. Je l'ai déjà rédigée, mais je la garde au chaud pour la bonne occasion. En attendant, je vais en profiter pour chroniquer à chaud ce petit livre, histoire de me vider la tête de lui et de pouvoir continuer plus avant mes lectures. D'ailleurs je changerais la liste sur la droite quand j'aurais à nouveau un peu de temps, c'est-à-dire pas tout de suite. J'ai rajouté encore plus dans la liste et j'en ai enlevé deux trois.
Donc sans plus attendre, voici la chronique sur American Gods de Neil Gaiman !


Résumé en trois mots : Amérique, Dieux et Conflit

American Gods aura une critique assez semblable à celle que j'ai faite sur Neverwhere (et que je n'ai pas encore posté au moment où j'écris cet article ....) je remarque. En fait, j'ai retrouvé dans ce roman les mêmes genres de défauts et de -gros- avantages que dans son roman culte (enfin, pour moi au moins). Et dans les deux cas, j'ai adoré au final. Je vais vous expliquer à nouveau pourquoi.

Déjà, le résumé ! Une personne normale, sauf qu'elle est en prison, appelée Ombre (oui, c'est un surnom) est le héros. Ou tout au moins celui que nous suivrons dans le récit. Il est à deux doigts d'être libéré d'un coup qu'il a foiré, quand on le libère un peu en avance. Sa femme est morte. Et son meilleur ami avec (celui qui devait lui donner du travail). Bref, c'est un poil la memerde pour lui. Mais il est accosté par une personne curieuse, un peu hurluberlu, qui lui demande de travailler pour lui durant une petite période. Comme garde du corps (Ombre est très grand). Ombre accepte, mais son nouvel employeur est curieux. Très curieux. Est-ce vraiment un dieu comme il le prétend ? Ou simplement une personne mythomane et qui se joue de lui ? Et dans quel but ?

En clair, Gaiman arrive encore une fois à nous pondre une création débordante d'imagination. Un torrent de bonnes idées ce type quand même. Il parvient presque à nous faire croire aux choses qu'il raconte. Et en même temps, il captive avec son style d'écriture. On ne décroche pas le nez du roman de A à Z. C'est aussi prenant qu'un policier, mais sans jamais lasser. L'alchimie est juste parfaite entre les nouveautés et les passages mouvementés. Les personnages sont charismatiques, attachants. Le plus curieux étant Ombre au final, sur lequel on saura très peu de choses. C'est une véritable ombre qui glisse dans le monde, sans jamais laisser d'empreinte.


Un gros point que j'ai apprécié, c'est les noms. Ceux d'entre vous qui me connaissent bien savent à quel point j'ai un gros problème pour retenir les prénoms des personnes (usant de stratagèmes inimaginables ....) et comme c'est récurent. C'est d'ailleurs un gros souci dans les livres, où je ne retiens jamais aucun nom sauf trente relecture. Ceux qui veulent savoir comment je fais : je retiens deux trois lettres (du genre "Ça commence par un P et il y a un O et un A dedans") et sinon je retiens la forme du mot. L'apparence de loin quoi, comme si je ne savais pas lire. Ça marche assez souvent, sauf pour prénoms presque identiques. Surtout dans le cadre de littérature fantasy où les noms imprononçables se multiplient ....
Mais bref, si je vous parle de ça, c'est pour dire à quel point j'apprécie Gaiman, qui a donné des noms tellement simples à ses personnages que je les retient immédiatement. C'est un plaisir à lire et à retrouver les noms sans devoir faire de gros efforts pour se remémorer qui est qui.

Ensuite, le gros point fort c'est l'imagination débordante dont fait preuve Gaiman, mais toujours en faisant coller les choses à la réalité. Une mise en scène extrêmement efficace, qui fait qu'on n'est pas perdu dans un autre monde mais qu'on découvre une facette du notre. C'est d'autant plus agréable, très proche de ce qui apparait dans Neverwhere, mais avec un autre point de vue. Ici, on peut noter dans le roman une critique assez amusante de l'Amérique, et surtout une caractérisation cosmopolite évidente. Sans parler de la vision du progrès, très amusante. J'ai beaucoup aimé la façon dont il croque certains aspects. Mais là-dessus, je n'en dis pas plus, ce serait vous gâcher la lecture.

Enfin, une autre très bonne chose, c'est le rythme de l'histoire, sans cesse en mouvement, alternant avec des passages plus calme mais toujours intéressant. C'est une véritable fresque épique qui est menée. Et surtout, les retournements finaux sont bien amenés. Une belle façon de conclure, avec des petits ressorts de fin qui sont bien employés, bien mis en place. J'ai été surpris pour le coup. En même temps je ne cherchais pas grand chose. Ce n'est pas de l'enquête, c'est juste qu'on cherche à savoir la suite et à avancer.

Par contre, je dois reconnaitre quelques petits défauts, certes mineurs, mais existants tout de même. Par exemple, j'ai été déçu par la fin. C'est bien amenée, certes, mais je l'ai trouvé un peu facile. L'idée que j'ai eu était plus autour d'un soufflé qui est un peu retombé sur la fin, restant tout de même très appétissant. Et sinon, un gros défaut est a noter. IL EST TROP COURT ! J'aurais avalé plus de cent pages supplémentaires sans aucun effort ! Ça passait tout seul !
En comparaison de Neverwhere (oui, je compare en permanence, mais c'est mon blog, je fais ce que je veux. Na !) j'ai trouvé American Gods un poil en-dessous tout de même. J'ai moins trouvé le souffle épique qu'il y avait dans Neverwhere, et les critiques sur l'Amérique m'ont moins touchées que celles sur le monde souterrain de Londres et des clodos. Du coup, j'ai été un peu moins attiré par le roman. Mais il reste excellent.

Du coup, American Gods se classe selon moi comme un excellent ouvrage d'Urban fantasy, avec des idées à profusion et souvent excellentes, des magnifiques scènes et des personnages hauts en couleurs. Des petites critiques sur l'Amérique, mais également des compliments, de l'humour (et une bonne grosse dose d'ailleurs) et un style irréprochable. Que peut-on vraiment reprocher au livre ? L'ensemble est moins bon que dans Neverwhere mais il est encore très très bon, c'est sur.
Gaiman reste à mon humble avis un excellent auteur, confirme son talent, et invite très largement à aller vérifier les autres ouvrages qu'il a écrit. Je vais essayer de trouver la suite très rapidement moi .... 

(Chronique n°34)

jeudi 21 mars 2013

Différentes saisons (Stephen King)


Bien, j'ai déjà abordé deux romans de Stephen King sans rentrer dans ses fameux romans tellement connus de l'horreur. Et bien continuons sur la lancée, et allons fouiller du côté d'un domaine où il est particulièrement doué également : les nouvelles. En fait, Stephen King est particulièrement doué pour cet exercice, qu'il a exercé durant de nombreuses années puisqu'il était payé plus facilement qu'avec ses romans (c'était la période avant qu'il ne soit célèbre). Il a fait plusieurs recueils avec (de mémoire : Différentes saisons, Tout est fatal, Minuit 2 et 4 ou encore Brume), ce qui est une excellente chose. L'un des gros avantages des recueils de nouvelles -et qui fait que je les affectionne particulièrement- c'est la capacité à picorer. On pioche une nouvelle, puis une autre, et on repose. On s'en ressert une le mois suivant, puis on lit tout d'affilé. Et en relisant, c'est très sympathique. Maintenant, le désavantage de ce genre d'ouvrage : on trouve à boire et à manger dedans. C'est bon et mauvais mélangé, et malheureusement on ne le sait pas avant d'ouvrir le livre. Une bonne chose par contre, c'est que rarement tout est mauvais. La preuve avec cet ouvrage-ci !


Résumé en trois mots : Nouvelles, Réalisme et Noirceur

Donc ces nouvelles ont toutes une particularité : elles ont été écrite après un livre. L'auteur explique dans une potface qu'il avait l'impression d'avoir encore assez d'essence dans le réservoir pour faire un petit trajet en plus : une nouvelle. Cependant, ces nouvelles sont problématiques : elles ne sont pas assez longues pour un roman, et trop courte pour être une nouvelle a part entière. Du coup, il en a tiré un livre complet plutôt, regroupant pour cela quatre nouvelles. Le tout arrosé bien évidemment des habitudes de Stephen King pour le suspens et l'horreur. Pour parler efficacement de ces nouvelles, je vais les voir dans l'ordre, afin de vous donner un meilleur aperçu. Retenez bien que toutes ces nouvelles ne sont pas forcément fantastiques avant de commencer. D'ailleurs très peu le sont en fait. Mais parlons en en détail.
Le titre, comme vous l'aurez compris, fait références aux quatre saisons et du coup chaque nouvelle représente une saison. D'ailleurs, ce découpage est pas mal.

Espoir, éternel printemps : Rita Hayworth ou la rédemption de Shawshank

Il se peut que cette histoire vous rappelle quelque chose. Non, rien du tout ? Et si je vous dit Morgan Freeman, Tim Robbins, Andy Dufresne, Red, la prison ... Toujours rien ? Mais enfin ! Les Évadés bien sur ! Le film sorti en 1994 et qui est tellement célèbre.

Pourquoi je vous parle de ce film ? Et bien, parce que cette nouvelle est celle dont s'est inspiré le film. Je dois dire que j'ai eu la chance/malchance de lire la nouvelle avant le film (celui que vous connaissez en premier vous spoil l'autre). Du coup j'ai été très agréablement surpris en voyant le film, car pour une fois, l'adaptation est vraiment fidèle au livre. Je vous parle par là d'un suivi fidèle de la trame narrative, d'une mise en image du propos et surtout de rajouts intéressants.
L'histoire donc, est celle d'un employé de banque, nommé Andy Dufresne, qui se retrouve en prison lorsqu'il est accusé du meurtre de sa femme et de son amant. Malheureusement pour lui, il est innocent, et est enfermé pour la vie. En prison, il va rencontrer Red, un homme qui sert de convoyeur à toutes les marchandises qu'on peut trouver en prison. Et ce Red va commenter le passage que fera Dufresne en prison. Un passage mouvementé d'ailleurs.

Cette nouvelle, je dois dire qu'elle est vraiment parfaite pour l'adaptation à l'écran. Il y a une bonne intrigue, un suspens incroyable, une idée très bien développé et plusieurs autres intérêts, notamment sur la vie en milieu carcérale (maintenant, la nouvelle date un peu, mais elle est bien aussi). Le tout étant commenté en voix off par cet homme désabusé qui est en prison à vie également (il a envoyé sa femme s'écraser contre un pilier pour toucher l'assurance) et qui apporte un regard assez pessimiste sur la société. Cependant, le titre donne le ton. Le message d'espoir est présent dans tout le roman et franchement l'histoire est prenante.
En fait, je ne pense pas que ce soit une histoire sublime, immanquable et rivalisant d'ingéniosité, mais elle est très lisible, prenante (une des spécialité de Stephen King) et au final d'une très bonne qualité. Et surtout, contrairement à un polar de Agatha Christie, on peut la relire, vu que tout n'est pas seulement centré sur une enquête. Le fait de savoir la fin ne gâche pas la relecture.

Été de corruption : Un élève doué

Là, nous atteignons allègrement les sommets en terme de récits. Je vais essayer de ne pas trop m'étendre, mais cette nouvelle là est à mon avis la meilleure de toutes celles du recueil.
L'histoire, c'est celle d'un petit garçon aux États-Unis dans les années 70, qui se rend compte qu'une personne qui vit dans sa ville est un ancien nazi qui à dirigé des camps de concentration. A présent c'est un vieil homme, ruiné et vieux, qui picole et qui fume comme un pompier. Cet homme, le garçon va le rencontrer. Il va lui parler, expliquer qu'il sait, et commencer un jeu de chantage avec ce vieux bonhomme. Pas un chantage d'argent, oh non ! Un chantage d'une autre forme, très sombre pour un enfant si jeune ...

Le récit est ici très réaliste. Pas de vampires, pas magie, pas de trucs qui jaillissent de n'importe quoi. Non, juste un homme vieux qui à fait de vilaines choses, et un enfant jeune qui est un vilain. Car dans ce récit, le pire n'est sans doute pas le vieil homme, mais le jeune Tod. Un monstre, mais un élève doué. Très doué d'ailleurs. Je peux vous dire que ce récit à de quoi vous faire dresser les poils sur la nuque, et en plus il est sacrément glauque mais du début à la fin. Car le récit s'étale sur une longue période. Plusieurs années vont passer. Et surtout, ce qui est sans doute le pire, aucune explication ne sera donnée. Vous n'aurez absolument rien pour comprendre ce qui se passe. Vous êtes simple spectateur, juste regardant les événements découler les uns des autres. Et ce garçon, flippant ! De quoi vous donner des cauchemars. Il n'est absolument pas une incarnation du mal, mais juste une personne qui fait peur. Vraiment peur, surtout que ce petit garçon pourrait être celui que vous croisez dans la rue tout les jours.

Vous aurez compris, cette nouvelle à de quoi faire peur et donner des insomnies. En fait, je pense que Stephen King touche un point particulièrement sensible dans l'âme humaine, celle de la proportion à faire le mal. Dit comme ça, c'est très manichéen, mais en lisant je peux vous garantir que vous aurez une vision très curieuse de l'affaire. D'autant plus sur le vieil homme, qui est très dérangeant, mais en même temps juste un vieil homme faible qui à enterré son passé et voudrait bien ne plus jamais le voir ressortir. Là dessus, la fin est plus qu'éloquente. Mais je n'en dirais pas plus.

A mon sens, cette nouvelle est la plus réussie de l'ensemble, avec une dimension angoissante et oppressante qui domine largement, et plein de noirceur qui ressort. Je ne sais pas trop ce qu'il faut en tirer, mais je vous garanti qu'elle ne laisse pas de marbre.

L'automne de l'innocence : le corps

Là par contre, on touche une nouvelle qui est moins intéressante. L'idée de base est vraiment bien, et je la trouve bien exploitée. Le souci vient du fait que je ne suis pas du tout sensible à ces thèmes.
L'histoire va se concentrer sur un gamin, dont le frère est décédé et les parents évanescent depuis, qui à trois excellents amis. Ces trois amis et lui vont organiser une promenade, car un de leur camarade, disparu depuis plusieurs jours, à été retrouvé par des grands près de la voie ferré, mort. Les trois gamins décident alors d'aller voir de leur propres yeux ce cadavre. Ils vont longer les rails et avancer seuls.
Là encore, vous ne trouverez pas la moindre once de fantastique dans tout le récit. Il y a seulement quatre amis très jeunes qui vont devenir adulte, comprendre certaines choses de la vie et grandir considérablement dans une sorte de métaphore du fait de grandir.

Le souci à mes yeux dans le récit, c'est justement l'enfance. C'est un des thème qui me touche le moins. L'innocence de ce monde qu'on vante est déjà faux, et heureusement que Stephen King le représente dans toute sa brutale réalité, mais le thème reste tout de même très lointain pour moi. Etant petit, je voulais surtout devenir adulte, et je n'ai pas vraiment de nostalgie de cette époque. Du coup, la lecture était intéressante, mais ne m'a fait ni chaud ni froid.
Cependant, si elle ne m'a pas touchée, elle reste néanmoins très bonne. Tout est bien fait, et comme dit, le récit est très violent. Entre les enfants eux mêmes, avec leurs relations aux adultes, et surtout dans leurs relations avec les plus grands qu'eux (les grands frères qui sont plus fort). Un monde de violence et de conflit qui sera en dehors le temps d'une marche tranquille le long des rails. Là encore, la fin est vraiment très bien faite, et le tout est superbement mis en scène. C'est dommage, j'aurais vraiment voulu aimer. Mais je n'y ai pas été sensible. Je regrette, mais c'est comme ça.

Un conte d'hiver : La méthode respiratoire

Pour cette dernière nouvelle, nous avons le droit à une histoire à tiroir. Mais si, vous ne voyez pas ? Le principe des Milles et une nuits, l'histoire dans l'histoire ! C'est pourtant évident !
Le personnage principal est un vieil homme, qui va rentrer dans un club particulier dans New-York. Il va voir du monde, trouver plein de salles, et surtout entendre des histoires. Car ce club est un club où des histoires se racontent. D'ailleurs, la cheminée du salon principal est gravé d'une devise : C'est l'histoire, pas celui qui la raconte. Et, vous l'aurez deviné, le récit va nous proposer d'écouter une histoire qui se raconta dans ce club, un soir de Noël. Une histoire dingue, car elle parle d'accouchements et de médecine au début du siècle. Cette fois-ci par contre, nous aurons le droit à un peu de fantastique. Mais seulement un petit peu, comme SK nous à habitué dans bien d'autres romans.
Le récit va d'ailleurs nous emmener dans une vision de la société ancienne, où être enceinte sans être mariée est proscrit, où l'accouchement est prévu avec des règles absurdes. Le personnage racontant cette histoire est un ancien médecin qui a eu une patiente un peu particulière. Je vous laisse découvrir la teneur du récit, qui touche plus au fantastique cette fois-ci, mais celui-ci est encore une fois très bon. Le récit est toujours prenant, révoltant aussi, et la fin digne de SK. Le principe de l'histoire à tiroir est bien mis en scène, et finalement nous ne saurons pas laquelle des deux SK voulait nous raconter en priorité. C'est assez amusant comme petit jeu.


En conclusion, nous avons là quatre excellentes nouvelles, très longues pour des nouvelles mais plus courtes que des petits romans, et d'une qualité remarquable. Chacune est dans un genre particulier mais tout aussi bien, et surtout l'ensemble se lit et relit vite, facilement, et avec envie. L'écriture est toujours aussi prenante, les récits ont une belle force, et tout l'ensemble est vraiment bon. Je pense que les nouvelles de ce recueil sont les meilleures qu'il ait jamais écrites, ce qui nous donne un excellent prétexte pour commencer la lecture sans plus attendre.

(Chronique n°28)

jeudi 14 février 2013

Running Man (Stephen King)


A présent, passons au deuxième Stephen King ! Le maitre est de retour ....

A titre purement personnel, j'adore Stephen King. Je trouve que ce type à une façon d'écrire juste extraordinaire, avec une belle plume, des histoires prenantes, haletantes, plusieurs fois des réflexions pas dénudées d'intérêt et en plus des croisements entre histoires qui sont tout à fait remarquables. Et pourtant, Stephen King n'est pas la meilleure partie de lui même. Car en chacun de nous sommeille un être différents et qui ne demande qu'à s'exprimer. Lui l'a fait, il l'a laissé sortir. Et c'est un être incroyablement cruel, pervers, et retords qui en sortir. Encore pire que l'original. Sa production littéraire compta quelques romans seulement, le temps qu'il meure. Mais le mal était en route. Et voici ce qui en sortit.


Contemplez cette couverture. Admirez la mise en scène, la façon de présenter le tout. Un personnage anonyme de dos. Il regarde des écrans. Plein d'écrans, qui sont tous alignés devant lui. Et sur ceux-ci, rien de spécial. Des gens, des rues, des passages. La vie normale. Et quelqu'un qui surveille tout cela. Une horreur, n'est-ce pas ?

Stephen King ne fut pas le seul écrivain à exploiter son corps. Durant quelques années, un être nommée Richard Bachman fut crée. Il était écrivain, mais dans des genres auquels Stephen King n'était pas habitué. On le voyait notamment faire de la science-fiction, des critiques de société, ou encore pire ..... des romans juste noirs. Sans fantastique. De quoi défriser un habitué du maitre de l'horreur.

Et pourtant, cet être (qui vécu entre 1977 et 1985, officiellement décédé d'un cancer du pseudonyme ....) écrivit parmi les pires ouvrages de Stephen King. Les plus sombres, les plus torturés, mais également les meilleurs émanant du génie du mal américain. En voici pour preuve l'un des meilleurs exemples. L'un des meilleurs romans d'anticipation qui soit, une claque incroyable dans la gueule. Un de ceux qui vous plongent dans une lecture tellement angoissante et prenante que vous ne ressortirez de là que sur les genoux, vidés, le livre dévoré d'une traite. Ne le commencez pas avant de dormir, vous ferez une nuit blanche. Ne le lisez pas en étant déprimé, vous en feriez un suicide. Durant la lecture, bannissez le téléphone portable, débranchez la sonnette et assurez-vous que votre frère/sœur/conjoint ne vous fera pas une surprise en traitre dans le dos. Vous pourriez faire un arrêt cardiaque qui serait sans doute néfaste pour votre santé. Je certifie que dans cette lecture, vous ne pouvez pas décoller. Il faut suivre le tempo, le compteur n'est pas arrêté un seul instant. Vous êtes bien installé ? Attachez vos ceintures, la descente sera brutale, l'arrivée mortelle. Vous êtes prévenus. Maintenant, osez tourner la page.

Voila comment je qualifierais ce livre : une torture. Non pas qu'il est difficile à lire. Au contraire, il est d'une simplicité déconcertante en rapport avec le propos. On ne se creuse pas la cervelle, pas d'énigme à résoudre, pas de grand secret à protéger, de société secrète à découvrir. Ici, tout est au grand jour. Et c'est peut-être le pire .....
L'anticipation, vous vous en rappelez ? Et bien, ici c'est curieusement proche. En fait, une bonne part des excellents romans d'anticipation ont été écrits dans les années 50 et jusqu'au années 80. Du coup, lorsque nous arrivons à la période 2013, nous sommes dans ces années qu'ils qualifiaient déjà de futur pour eux. Une sorte d'aperçu de ce que notre monde aurait pu devenir. De ce que notre monde est devenu, peut-être. Après tout, comment en être sur ? Plongeons dans le roman pour le savoir.

Le livre est découpé en 101 chapitres, et l'ensemble de l'ouvrage fait exactement 310 pages. Les chapitres commencent tous par le même titre : "Compte à rebours ...". Le premier est noté 100, le dernier 000. Je vous assure une chose : lorsque vous commencez, vous n'imaginez pas à quel point la lecture sera de plus en plus rapide. Je vous assure. Vous décollez comme au cinéma, rivé sur votre siège. Impossible de descendre, l'appareil est en marche. La télé crache ses pubs de merde, ses jeux à la con, et vous a aspiré dans ses cathodes. Alors, on n'aime plus ?
Le futur. Premier quart des années 2000. C'est loin lorsqu'on est dans les années 80. C'est près lorsqu'on est en 2013. Et pour l'instant, il ne semble pas avoir tort. Nous sommes dans une ville. Une grande ville de la côte est américaine. Co-Op City. Bienvenue dans le monde de demain. Vous n'avez pas le temps de visiter, il faut avancer, tout va très vite.
Voici le héros. Ou tout au moins l'homme que vous suivrez durant votre séjour. Ben Richard. Un nom très ordinaire pour un type banal. Un de ces hommes comme il en existe des milliers dans toute la ville. Ouvrier, marié, un enfant, une situation à peu près stable. Un Libertel, la télé de demain, comme c'est obligatoire dans tout les foyers. Que peut-on rêver de plus ?
Il est pauvre, sa femme aussi. Ils ont une fille. Elle est jeune. Elle est tombé malade. Il faut la soigner. Mais les moyens manquent. Alors Ben Richard va aller là où se trouve l'argent qu'on distribue aux gens pauvres. Là où se passe tout ce qui intéresse ces masses pauvres des HLM de demain : la tour de jeu. Là où sont filmés ces jeux qui peuvent tuer les concurrents lorsqu'il le faut. Ça fait de l'audimat, c'est bon pour le chiffre. C'est ça l'avenir. Et Ben Richard y va. Attention, c'est parti. Vous avez fini le premier chapitre.

Et le voila qui est dans la tour. La sélection, tout se passe bien. Il est dans le grand jeu, le best-of, là où les risques et les gains sont les meilleurs. Le pire du pire, le nec plus ultra. La grand traque. Durant 30 jours, toutes les polices du monde, touts les habitants de la planète le pourchasseront. Il n'a nul échappatoire. Et s'il résiste, si il a tenu durant le mois complet, alors c'est le jackpot. Un milliard de nouveaux dollars. Sinon, la mort. On ne réchappe pas aux Chasseurs. Le compte à rebours continue.


Si je vous présente les choses de cette manière, c'est pour que vous compreniez la situation. Tout va aller vite. Les phrases raccourcissent, pas de descriptions, peu de dialogues. L'action avant tout, c'est ce qui fait l'audimat. Et bien malgré nous, nous allons suivre le jeu sur l'écran des pages. Cours Ben Richard, cours ! Tu peux échapper aux Chasseurs, tu peux échapper au monde, mais tu n'échapperas pas à notre regard. Nous suivons ta course. Tu es traqué par le lecteur avant tout le reste.
Et durant la traque, la fuite change de visage. Les dessous du monde sont révélés. Les cartes s'abattent, l'ennemi à un carré d'as. Comment le battre ? En connaissant les dessous du jeu, en sortant une suite royale à cœur ou à pique. En comprenant l'envers du monde. Et c'est ce que fera le lecteur. Avec Ben Richard, il comprendra ce qui se joue derrière. Tout n'est pas clair, et les points obscurs le sont pour une bonne raison. Des choses horribles se déroulent derrière, attention à la chute en découvrant le précipice. Car l'avenir est sombre, des injustices, des horreurs sociales, des déshérités et des riches à en crever. Oui, le monde est moche. Mais est-ce l'avenir, est-ce le présent ? Tout ressemble à ce que nous connaissons déjà. Qui nous dit que tout n'est pas arrivé ? Il semblerait qu'effectivement le jeu ai commencé dans la vraie vie également. Comment s'en sortir ?

Et dans un final éclatant, dans une apothéose grandiose qui fait retentir du Carmena Burana dans vos oreilles,  vous sentez que vous avez compris toute l'horreur d'un tel monde, qui semble pourtant si proche. Il est lointain dans le début, mais au fur et à mesure que vous continuez, vous vous rendez compte que vous êtes dedans, vous êtes représenté à un moment ou à un autre. La société d'aujourd'hui est déjà passé au vitriol, elle est présentée sous son jour le plus affreux. On voudrait que ça cesse, mais le bouton pause n'existe pas dans ce livre. Vous irez de l'avant, que vous le vouliez ou non. Jusqu'à la fin du compte à rebours. Là, vous aurez véritablement fini. Et tout s'arrêtera.

Lorsque vous avez ce livre en main, considérez que vous tenez un tube de nitroglycérine. En le laissant intact, sans le toucher, au fond du tiroir, il n'y aura aucun dommage. En l'agitant dans sa main, les conséquences sont néfastes pour la santé. Mais en l'utilisant avec prudence, au bon endroit, il peut servir à creuser un passage dans la roche, à relier plusieurs points qu'on ne pensait pas existants. Il faut le lire, mais attention à son rythme. Pas de temps mort, on ne respire plus. C'est une apnée de quelques heures, qui vous laisse pantois sur le rebord. Vous avez mal au cœur, vous saignez en dedans. La violence dégagé fait mouche, mais elle sait frapper juste. Elle réveille. Et ce n'est pas un mal que d'ouvrir les yeux sur certaines choses de la vie.

(Chronique n°13)

vendredi 1 février 2013

La grande épopée de Picsou (Keno Don Rosa)

Petite précision, importante par rapport au sujet : la jeunesse de Picsou a été publié de deux façons différentes. Vous avez tout d'abord la version française qui a été produite dans les magazines "Picsou magazine" et ensuite compilées en albums, avec des traductions très hasardeuses et une colorisation qui n'est absolument pas fidèle à l'originale. Elle faisait deux volumes, et suivirent plusieurs volumes d'histoire de Don Rosa compilées.
Puis nous avons enfin eu dernièrement la superbe version proposée par Glénat qui a eu là une idée extraordinaire, si on excepte le prix, qui est de ... 29.5 euros par albums. Il y en a deux. Je vous laisse faire le calcul de l'ensemble de la collection. Mais enfin la version possède une colorisation fidèle à l'originale, et surtout une nouvelle traduction qui est largement plus précise et respectueuse de l'originale en anglais. C'est une grande avancé pour un des deux plus fameux canards du monde.

Cela dit, maintenant que j'ai abordé le sujet de la version (je possède l'ancienne, j'attends de pouvoir me prendre la nouvelle), voyons le livre à proprement parler :


Lorsque nous parlons de Picsou, ou de Donald, deux noms doivent être inscrit en lettre de feu de plus de dix mètres de haut dans votre esprit. Carl Barks et Keno Don Rosa. Ce sont les deux dieux de Donald. Les seuls, les vrais, les uniques, les plus grands. 

Le maitre, Carl Barks, en train de peindre. A la
fin de sa vie, il ne fit que peindre les scènes
des aventures qu'il avait inventé pour Donald.
Son disciple des écritures, Keno Don Rosa
























Alors avant de commencer, je m'excuse, mais ça sera un peu long. Donc commençons par l'auteur, puis par Picsou, et enfin par le livre. Il y a beaucoup à dire avant de pouvoir véritablement commencer la critique.

Donc Keno Don Rosa. C'est un américain, né en 1951 (c'est à dire qu'il n'est plus de première jeunesse non plus) et qui a voué sa vie et son œuvre à la poursuite de son maitre et mentor : Carl Barks. Celui-ci n'est mort qu'en 2000, mais a pris sa retraite de dessinateur de bande-dessinée pour Disney en 1966 (lui il en a profité de sa retraite ... Mais passons). C'est donc durant 34 ans qu'il peignit les fameuses toiles à l'huile représentant Picsou et sa famille dans les histoires célèbres (il avait pour cela une autorisation express de Disney). Je ne ferais pas la biographie de Carl Barks et son histoire de Donald (j'y reviendrais dans l'article qui lui sera consacré), mais sachez que l’œuvre est incroyablement riche et fouillée, intéressante et prenante. Je pourrais disserter des heures sur le canard et son dessinateur.
Keno Don Rosa, donc, se pose clairement et officiellement en continuateur de l’œuvre de Carl Barks, bien que ce dernier ne l'ai jamais approuvé publiquement. De fait, Don Rosa a posé intégralement son œuvre dans le prolongement des histoires de Carl Barks, et a fait grandir et grossir l’œuvre du maitre. Il n'a commencé à dessiner les histoires qu'en 1987, avec Le fils du soleil, que vous pouvez retrouver dans le hors-série n° 3 de Picsou magazine (je les recommande, c'est pratique pour tout avoir le temps qu'un éditeur se décide à en faire un beau format). Il a décidé d'arrêter sa carrière en 2008, mais n'avait plus dessinée depuis plusieurs années déjà. C'est donc une carrière finie que nous aborderons par l’œuvre la plus ambitieuse, la plus grande, et sans doute la plus belle.

Don Rosa donc, propose de continuer Donald. Cependant, ce n'est pas Carl Barks qui est créateur de Donald, mais Walt Disney dans un dessin animé nommé La petite poule avisée (juin 1934), qui faisait apparaitre un canard en béret et costume de marin. Bien vite il devient un héros de dessin animé célèbre et à la droit à sa propre BD, dessinée principalement par Carl Barks. C'est lui qui inventera quasiment tout : les neveux Riri, Fifi et Loulou, Donaldville, le coffre-fort, Lagrogne, les Rapetou, Géo trouvetou, Grand mère donald, Gus Glouton, Bolivar, le général Duflair, les Castors Juniors, Gontran Bonheur, participe à la création de Daisy, et finalement de toute la richesse de l'univers de Donald. Je pourrais m'étendre des heures sur celle-ci, mais revenons à nos moutons.

La réédition de Glénat. Les couleurs
changent par rapport à l'ancienne mais
sont plus fidèle à la version originale
En 1947, Carl Barks fait intervenir un nouveau protagoniste dans l'univers du canard marin. Dans Noël sur le mont ours, Donald reçoit un cadeau d'un vieil oncle qui veut tester sa bravoure : un chalet en montagne pour passer la nuit de Noël. Mais des ours s'invitent dans la fête. Ce personnage de vieil oncle avare et aigri va vite devenir populaire et bien rapidement membre à part entière de l'univers. Il se nommera Scrooge McDuck (le Mc pour ses origines écossaises, Scrooge pour le nom du personnage principal, avare également, du conte de Dickens A christmas carol -Un chant de Noël en français-). En France il ne sera nommée Balthazar Picsou qu'en 1952 (allez savoir pourquoi. Au début il se nommait Oncle Harpagon, en référence à Molière). Ce personnage va fasciner Don Rosa par son côté aventurier, pingre, avare, mais en même temps tendre à travers l'histoire Retour au Klondike (un petit bijou, recommandé à la lecture) et surtout possédant un passé incroyablement riche. Tout cela va faire de lui le personnage central (et beaucoup plus développé) de l’œuvre de Don Rosa, au détriment de Donald. Mais voyons ceci dans la partie suivante.

Donc Picsou est un milliardaire bien connu, avec une fortune considérable, bien qu'il ait commencé en ayant des parents ouvriers et pauvres, dans une Écosse lointaine, tandis que le manoir familiale est en ruine suite à un chien géant qui traque les McPicsou (Le chien des Biskervilles, autre histoire amusante et tiré d'un roman de Sherlock Holmes d'ailleurs). Celui-ci est pourtant devenu très riche avec la ruée vers l'or du Klondike, en 1896. D'ailleurs Carl Barks se renseignait toujours énormément en faisant ses histoires afin d'avoir une véracité historique. Et lorsque Picsou partait dans ses aventures, il lui faisait souvent dire des petites bribes de son passé chargées de ces renseignements. En les réunissant toutes et en les liant, Don Rosa retraça ainsi la vie de Picsou avant qu'il ne devienne riche et en fit douze épisodes de BD, de tailles variables, pour ainsi créer la fameuse Jeunesse de Picsou entre 1991 et 1993. Cette série de douze épisodes est enrichi de nombreux autres, des épisodes bis (le 0, le 10 bis qui est un monument d'humour, etc ...) ainsi que de nombreuses histoires faisant beaucoup référence à son passé ou ayant des liens très forts avec (notamment une où les Rapetou rentrent dans le rêve de Picsou et voyagent dans ses souvenirs).

Ces douze épisodes forment la trame d'une histoire complète, allant ainsi de 1877 à 1947. Pour info, Picsou est "né" dans ses récits en 1867 et Don Rosa l'a fait mourir en 1967, ce qui fait qu'il vécu 20 ans de vie et d'aventures avec son neveu Donald. En clair, toutes les BD avec Donald et Picsou se passent durant vingt ans entre 1947 et 1967. Incroyable, n'est-ce pas ? D'ailleurs pour l'anecdote, Donald à plus d'une cinquantaine de dessinateurs, disséminés dans tout les pays (les Italiens sont très réputés, mais également les brésiliens, le canadien William Van Horn, des allemands, des danois, des anglais, venus des pays du nord, et très peu venant de France). Une saga qui continue d'ailleurs à l'heure actuelle. Mais venons en enfin à la critique de la BD en elle même : voici la jeunesse de Picsou !


Donc la jeunesse de Picsou, c'est toutes ces histoires qui lui sont arrivées entre 1877 (date à laquelle il quitte son Écosse pour l'Amérique) et 1847, lorsque Picsou croise son neveu Donald pour la seconde fois et l'intègre dans sa vie. C'est une fresque du temps, qui s'assoit d'ailleurs sur une bonne partie du globe. Car Carl Barks s'était amusé à faire faire à son personnage le tour du monde dans les deux sens, explorant tout les recoins de la planète à des moments très proches. C'est donc tout naturellement que Don Rosa va le faire vadrouiller également. Ainsi nous auront droit à l'Afrique du sud, l'Australie, le Klondike, le pôle nord, les Bahamas, la Russie et plein d'autres choses encore. D'ailleurs avoir de la culture générale en histoire avant de lire le récit est hautement recommandé, puisque vous n'aurez pas toute les explications et que certaines pointes d'humour peuvent vous passer par dessus la tête.

En premier lieu, il faut parler du dessin. Celui-ci est très précis, fourmillant de détails qui, bien souvent, sont également autant d'occasions de rigoler. Car Don Rosa n'a pas son pareil pour glisser des détails amusants, des petits clins d’œil (par exemple des oiseaux ou des souris qu'on peut suivre durant plusieurs cases). Il faut ajouter que les compositions sont toujours un régal pour les yeux, les couleurs (lorsqu'elles ne sont pas saccagés par les rééditions françaises) sont une symphonie, bref c'est une orgie pour les yeux. Il faut noter également que le trait est précis, clair, net, et surtout, qu'il est incroyablement bien foutu. Le rendu est non seulement fluide, mais toujours dynamique (dans la plus pure tradition des bons Donald). C'est tout simplement parfait. Rien à redire là dessus.

Ensuite, je l'ai déjà un peu dit, mais Don Rosa glisse énormément d'humour dans le récit, sous toute ses formes : un peu d'humour en arrière-plan, du comique de situation, des têtes hilarantes, des dialogues extraordinaires, et bien évidemment beaucoup découle des caractères (Picsou est buté et borné notamment). Bref on rigole tout le temps, même dans une situation qui peut sembler tragique. D'ailleurs, parlons en ! La tragédie. A titre personnel, c'est en lisant la neuvième histoire que j'ai versé mes premières larmes pour une BD (et pas mes dernières d'ailleurs). Bon, c'était il y a longtemps, quand j'étais petit, mais quand même, c'est signe évident d'une réussite. Et en fait, je crois bien que Don Rosa a réussi pour la première fois à dramatiser l'univers des canards. C'est assez remarquable, car c'est toujours bien fait (et dans d'autres histoires, il fera encore mieux, mais c'est un autre sujet). D'ailleurs beaucoup de détracteurs reprochent à Don Rosa de faire de l'univers des canards un sujet plus grave qu'il ne devrait être. De fait, Don Rosa l'a rendu beaucoup plus mature, parfois plus sombre, et à accentué beaucoup de côtés de ses personnages. Picsou par exemple gagne une sacré profondeur, car finalement l'avarice et la pingrerie qui le caractérisent sont des marques de ce qu'il a vécu, et je crois bien qu'on ne peut pas trop lui en tenir rigueur. A titre personnel je trouve que cette avancée dans le monde est très bien faite, surtout que Donald est plus lu par des adultes que par des enfants (oui, c'est authentique). Le fait des caractères très humain de ces personnages l'a destiné au final à un public plus adulte que ce qui est attendu. Drôle de retournement de situation.

Enfin, parlons de l'histoire. Pour l'Histoire, là, c'est juste excellent. Si vous avez déjà lu toutes les histoires de Carl Barks, vous vous rendez compte que Don Rosa a épluché jusqu'au moindre gag en une planche que celui-ci a fait afin d'extraire les informations qu'il pouvait utiliser. Le travail de recherche et de chronologie est également incroyable, le détail des informations est à la hauteur de tout le reste. C'est admirable de précision. D'ailleurs Picsou permet également de faire de l'Histoire : l'expédition pour découvrir le pôle nord, Roosevelt et les indiens, Panama et Roosevelt, les ruées vers l'or, etc etc .... Beaucoup de choses qu'on apprend, beaucoup de personnages historiques (comme Astor sur le Titanic également). L'ensemble est très dense du coup, avec une lecture à plusieurs niveaux. Et en sus, nous avons le droit à une belle conclusion.
En terme d'histoire, elle est également très belle. Picsou qui veut absolument s'en sortir, devenir riche, se fait progressivement beaucoup d'ennemis, mais également des rencontre formidables, et vit des aventures incroyables. Nous verrons également qu'un empire ne se bâtit pas comme ça, et que des choses graves peuvent se passer dans sa création. L'histoire avec sa famille est également bien développée, tout comme l'évolution progressive du caractère de Picsou et son avarice qui va croitre tout au long de son aventure.
Bref, c'est une histoire complète, en continue mais néanmoins divisée en épisodes parfaitement découpés, et totalement maitrisée d'un bout à l'autre.



Du coup, pour la conclusion, je pense que je vais devoir préciser que je n'arrive pas à être objectif sur le monde des canards. Mais franchement, celui-ci est incroyablement riche, dense et humain (oui, les canards de Disney sont à mon avis plus humain que beaucoup d'autres hommes de BD). Don Rosa nous crée une histoire extraordinaire, parfaitement maitrisée, au dessin sublime, fouillé et détaillé. C'est un régal pour les yeux et pour le cerveau, c'est amusant et émouvant à la fois. C'est une œuvre qui à mon sens mérite parfaitement tout les éloges qu'on lui fait. La réédition de Glenat est juste parfaite, regroupant enfin toutes les histoires en deux volumes de qualité, c'est une excellente occasion de découvrir ce monde. Il plait autant aux adultes qu'aux enfants, et je pense franchement qu'il est à découvrir. C'est quelque chose d'unique et d'incroyable au sein de la BD que cet univers. En voici, sans doute, la meilleure partie. Pourquoi s'en priver ?


(Chronique n°6)