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dimanche 7 juin 2015

Lorenzaccio, On ne badine pas avec l'amour et autre pièces (Alfred de Musset)

J'ai remarqué récemment que je n'avais pas lu ce petit pavé qui faisait de l'oeil dans ma PAL, et pour me dire que je lis du théâtre (enfin !) tout en ajoutant un auteur dit "classique" à mon répertoire, ce qui n'est pas non plus pour me déplaire. Et puis, j'avais envie de découvrir Musset, que je ne connaissais véritablement que de nom, alors même que j'avais souvent entendu parler de son style littéraire et de cet auteur complet. C'est donc joyeusement que j'ai découvert un des plus grands auteurs français romantique du XIXème siècle.


Résumé en trois mots : Amour, Passions et Tragédies

Ce recueil contient : On ne badine pas avec l'amour, Lorenzaccio, Les caprices de Marianne, Le chandelier et Il ne faut jurer de rien. Curieusement, alors que l'estampille de comédie est présente sur quasiment toutes les pièces, seules les deux dernières sont réellement des comédies, les trois autres ayant plus l'aspect d'un drame. Et d'un drame bien cruel.

Pour mon premier contact avec Musset, je ressors avec des étoiles plein les yeux ! Et pour une première raison qui est suffisante à elle seule : le style. Quelle beauté dans la langue, la verve est magnifique et le texte résonne bien souvent comme une poésie. Un texte comme celui-ci vaut plus qu'on ne pourrait l'imaginer pour comprendre la beauté de la langue française, et c'est tout l'intérêt.

En dehors du simple aspect littéraire, ces textes tournent tous autour d'un même thème repris en tout sens : l'amour, ou la passion. Mais de façon subtile parfois, notamment dans Lorenzaccio, qui traite presque plus de politique que du reste, tout en contenant quelques petites perles de réflexion.
Ce qui est saisissant, c'est que Musset croque des portraits d'amours dans tout les sens : heureux, contrariés, violent, tendre, c'est toutes les formes qui sont présentés, et se finissant bien souvent de manière tragique pour l'un ou l'autre des protagonistes, parfois pour tous.

De manière globale, j'ai adoré ces pièces, qui contiennent des réflexions excellentes, et des pitchs bien différents mais tous étonnants dans leurs tournures, jusqu'au dénouement final qui est souvent marquant, notamment On ne badine pas avec l'amour, qui m'a rappelé La mouette dans sa dernière réplique. D'ailleurs, cet aspect est aussi bien présent, la cruauté dans les actions. Le jeu de l'amour est d'une cruauté sans pareil ici. Et quels personnages ! C'est presque indécent parfois.

Pour un premier contact avec l'auteur, j'ai largement été bluffé, il faut l'admettre. Sur les cinq pièces présentes dans le recueil, trois m'ont éblouies, et les deux autres m'ont émerveillés. Et surtout, la surprise fut au rendez-vous à chaque fois, mais également la beauté du langage et la poésie des tirades. Pour du théâtre, c'est en outre extrêmement bien lisible, et j'ai fini par me laisser bercer par le style sans même y prendre garde. Pour un peu, je dirais que je prend gout à lire du théâtre. Alors si vous avez l'occasion, tentez le coup, ça vaut la peine de faire l'effort. Et puis, quelle fierté ensuite d'avoir lu du Musset ! Un classique, mesdames et messieurs.

(Chronique n°280)

mercredi 3 juin 2015

Le fusil de chasse (Inoué Yasushi)

L’histoire de certains lectures est singulière, et je dois avouer que celle-ci ne l’est pas moins. J’avais déjà entendu parler de Inoué Yasushi, grand auteur japonais, qui m’avait été cité plusieurs fois et dont le nom faisait écho dans ma mémoire, bien que je n’eus jamais entendu parler d’un seul de ses ouvrages. Cependant, l’admirable Bison (dont le site continue de valoir le détour) a parlé tantôt d’un ouvrage intitulé Le fusil de chasse, et la critique enthousiaste qu’il en fit m’encouragea à le lire. Tombant dessus par hasard dans les bacs d’occasions qui parsèment la place Kléber trois jours par semaine, je n’ai pu m’empêcher de m’en saisir et de le rajouter au sommet de ma PAL déjà trop garnie. Mais, heureusement pour moi, sa lecture fut faite dans l’après-midi même, et je me suis retrouvé bien vite sur le canapé, sortant d’un choc qui m’a happé bien vite, et dont je sors à peine.


Résumé en trois mots : Amour, Lettre et Mélancolie


Je ne sais si les japonais ont l’âme mélancolique et la prose facilement poétique, ou si c’est là un effet des traducteurs. Il semblerait, d’après le peu de lectures que j’ai fait des auteurs de ce pays pour le moins différent, qu’une certaine forme d’art poétique est privilégiée dans le roman, ce qui n’est pas forcément pour me déplaire, je le confesse.


Ce roman est singulier sur sa forme, qui consiste principalement en trois lettres adressés à la même personne, par trois femmes différentes, toutes les trois ayant traversées sa vie, chacune à sa manière. Des trois lettres vont se dégager un schéma d’ensemble de la vie de cet homme, qui ne se présentera jamais autrement que par le croisement de ces trois regards. Regards qu’il expose à un poète l’ayant croisé, un jour, avec son fusil de chasse.

La forme est assez étonnante, et je dois avouer que j’ai été séduit par la façon dont un homme inconnu est progressivement esquissé au milieu des relations qu’il a connu avec trois femmes. Mais au-delà même de cette idée, je crois que c’est les retournements progressifs qui parsèment l’histoire qui sont appréciables. Chacune des lettres apporte une continuité à l’histoire tout en complétant les propos de la précédente, voir en apportant une facette qu’on n’aurait pu voir précédemment. Une histoire tragique de treize années d’amour.

C’est curieux comme ce portait d’homme est présenté. Tour à tour mari salaud, menteur et absent, il est également un homme malheureux, trompé et trahi. Tout est progressivement amené pour que ce personnage passe d’antipathique à homme de malchance, qui aura eu une vie remplie mais pas épanouie. A-t-il connu le bonheur ? La réponse n’est pas présente, et seul le lecteur peut supputer ce qu’il souhaite. Car, et c’est là la force de ce roman, cet homme ne parlera jamais de lui-même. Il ne confirmera ou ne démentira rien, et ce n’est qu’une vision féminine qui sera offerte. Avec tout ce qu’elle peut comporter de lacune et de vérité.

Ce roman très court, qui m’a semblé très japonisant dans son style et sa manière d’aborder les choses, est superbe. L’histoire est simple et pourtant beaucoup de choses sont là, au delà des simples mots racontés. Je viens de le finir, et je sais pourtant qu’il fera parti de ma pile de livre que je souhaiterai relire, un jour, tranquillement, pour savourer à la fois la beauté du texte et toutes les subtilités derrière. Le genre de roman qui se savoure une nouvelle fois. Recommandé, avec mention spéciale. C’est dommage que je n’en ai pas plus de l’auteur.

(Chronique n°279)

mardi 31 mars 2015

Le bleu est une couleur chaude (Julie Maroh)



Je me suis rendu compte ce soir que je n'avais pas fait de chronique sur cette BD. Ou plutôt, je me suis souvenu que celle que j'avais faites et qui commençait par les mots "Il me faudra beaucoup de courage pour appuyer sur le bouton Publier" a été effacée, victime de ce courage qui m'a fait défaut.

Ce soir, je me rend compte que je ne pouvais pas laisser ce trou dans mes lectures. Quel serait l'intérêt de ce blog si je ne postais pas les lectures qui m'ont marquées, et pas seulement celles que je fais ?
Aussi, je me suis tourné vers le clavier et j'ai retranché ma plume virtuelle pour vous parler de cette oeuvre, tout en annonçant d'ors et déjà que je ne serais pas le moins du monde objectif vis-à-vis de cette BD, et que je ne changerai sans doute jamais d'avis.


Pour vous faire comprendre, cette BD est le plus grand tournant littéraire de ma vie, et je pèse mes mots. La plus forte claque dans la gueule que je ne me suis jamais prises en 20 années de lectures (environ). Aucun autre livre, aucune autre BD ne m'a fait autant d'effet que ce tome-ci. Une lecture tellement puissante que j'en ressens encore aujourd'hui les effets de son onde de choc.

Je me souviens exactement de la journée où je découvris cette BD, et c'est la première fois de ma vie qu'une BD me plongea dans une dépression. Pour une semaine seulement, mais qui continue de me hanter encore maintenant.

Cette BD, ce fut pour moi un choc a tout les niveaux. Le dessin en premier lieu. Ce choix de la colorisation faible, de touches de bleus sporadiquement, ce trait légèrement tremblant, ces têtes, ces décors. Tout m'a plu, tout m'a touché. J'étais dedans sans même m'en rendre compte.
Et puis l'histoire. Belle, simple, touchante, merveilleuse. J'étais transporté sans m'en rendre compte, j'avais plus qu'un film qui défilait, j'étais l'histoire.
Et puis le sentiment. La douceur. Tout ce qui se dégageait de l'oeuvre. J'étais fasciné, bouleversée. C'était si beau, si touchant, si merveilleux. Comme un bloc d'amour pur que j'aurais touché. Mais comme un élément pur, c'était dangereux. Et ça m'a sauté à la figure.

Je ne me suis jamais remis de cette claque. Cette BD me fit comprendre, pour la première fois de ma vie, le pouvoir de cet art. Pour la première fois, je me prenais une défaite face à une BD. J'ai été vaincu, 1-0 au score final. La BD m'avait conquise. Rien ne serait plus pareil. Et ce fut vrai.

Depuis cette BD, je me suis plongé dans ce monde plus profondément que jamais. J'ai aujourd'hui une collection valant plus de 5.000 euros. Et je sais que je suis loin de m'arrêter. Elle m'a ouvert les portes d'un monde, elle me fit comprendre ce qu'était réellement l'art de la bande-dessinée. Avant cela, je n'avais rien compris.

Aujourd'hui, repenser à cette BD me fait frissonner, je ne peux la relire sans être plongé dans un état plutôt sombre mais diablement intense. C'est une drogue que je n'use que rarement, une de ces drogue très forte et très efficace.
Aujourd'hui, je suis encore amoureux de cette BD. Aujourd'hui encore je la considère comme une des plus belles oeuvre qui existe sur Terre et que j'ai eu la chance de contempler dans ma longue vie.

Alors, comment vous en parler sans tomber dans l'excès ? Comment expliquer quelque chose qui m'a bouleversé pour me changer comme jamais ? Comment raconter ce passage douloureux que fut la lecture de cette BD, le changement entre un monde simple de l'enfance au monde puissant de l'adulte ? Comment vous parler de l'amour, de la joie, de la tristesse, de la mélancolie, de la passion, de la vie ?

Comment dire a quel point je peux aimer cette BD ?

En essayant, comme je viens de le faire. Peut-être.

(Chronique n°253)

lundi 23 mars 2015

Acide organique (David Calvo)

Recueil de nouvelles de David Calvo que je me suis décidé à lire suite à plusieurs commentaires élogieux et à une volonté de lire un peu plus de livres de cet auteur atypique qui a su me charmer et conserver mon attention malgré tout ce temps (et le peu de lecture que j'ai fait de lui). Bref, une lecture totalement dirigée par mon coeur et sans aucune idée de ce que ça allait donner. Calvo c'est une roulette très aléatoire. Et j'aime ça, quand c'est des très haut et des très bas.


Résumé en trois mots : Absurde, Moderne et Cynique

Je ne savais pas exactement comment résumer cette OVNI littéraire que nous a pondu encore une fois David Calvo. En onze nouvelles, nous voila transportés dans un univers absurde où le réel est étranger. Un monde à la Calvo, déroutant et pourtant cohérent, avec ce qu'il faut pour qu'on suive en se sentant perdu.

Les nouvelles sont très différentes l'une de l'autre, et si certaines m'ont semblé sublimes et extraordinaires (notamment celle sur Kate Bush) d'autres me sont restés très obscures et fermées. C'est très complexe à aborder, rien ne semble avoir de sens (et c'est peut-être bien le cas) et aucune clé n'est donné pour mieux comprendre le tout. C'est à prendre ou à laisser, mais pour le reste on n'aura rien ici.

Et pourtant, mon dieu que c'est génial. Le style d'écriture, complètement moderne et gavé de références à différentes choses, aussi bien de la sous-culture que des éléments de notre quotidien. Et l'apport de photos, qui ajoutent un je-ne-sais-quoi à l'oeuvre. Sans parler de cette poésie qu'on sent derrière les mots, qui permet parfois de s'approprier un texte complètement obscur.
Alors certes, le fait de ne pas avoir toutes les références parfois nuit au texte, et c'est dommage, car lorsqu'on est entrainé dedans, il y a quelque chose qui se dégage de l'ensemble, à la fois très mélancolique et formidablement beau, un mélange de tout les genres qui nous transporte. Pour peu qu'on accepte de laisser derrière nous la réalité et notre esprit cartésien, on est emmené dans un monde sans structure cohérente mais qui nous envoute littéralement. Et qui contient bien plus qu'on ne saurait le croire.

C'est un ensemble de nouvelles qui parle du monde, de l'enfance, des croyances, d'un peu de tout. On y trouve de la publicité, du jeu vidéo, des rats, des gens perdus, un monde absurde (mais moins que le notre) et autres choses dans ce genre. Un grand ensemble foutraque mais puissant.

Encore une fois, Calvo nous pond quelque chose à l'extrême limite de ce qu'on pourrait lire. C'est toujours déjanté et un peu n'importe comment, mais toujours cohérent dans son imaginaire débordant. C'est très beau et très triste à la fois, un ensemble qui détonne et qui étonne. J'ai été séduit d'un bout à l'autre, même si tout n'est pas égal, et l'ensemble me semble avoir une cohérence globale. Au final, j'ai été séduit une fois de plus, et je commence à apprécier de plus en plus cet écrivain qui ne peut rien nous pondre de classique. Au-delà des formes et des idées, c'est un OVNI contemporain, et qui plus est, un livre a lire.

(Chronique n°249)

samedi 21 mars 2015

La ballade de l'impossible (Haruki Murakami)

J'ai emporté ce livre avec deux autres, dans l'esprit qu'ils me tiennent un mois de vacances complètes. Ah, naïf enfant que je fus ... A peine un trajet en avion, et je me retrouve avec un livre et demi de fini. Heureusement que je pus compter sur les autres qui avaient emmenés force d'ouvrages avec eux. Mais trêve de bavardages, passons à la chronique de cet ouvrage tant de fois recommandé de l'auteur plus que réputé à présent, Haruki Murakami, et sa Ballade de l'impossible.


Résumé en trois mots : Amour, Dépression et Vie

Ce livre m'avait été souvent vantée, et lorsque je dus décider d'un livre pour le voyage, je le pris, suite à la lecture des Amants de Spoutnik, qui m'avait fait grande impression et qui présageait d'excellentes choses. Curieusement, si j'ai retrouvé des styles littéraires et de nombreux thèmes en commun, ces deux romans se différencient totalement et m'ont tout deux plus énormément. Mais celui-ci encore plus que l'autre.

La saveur tout à fait exquise de cet ouvrage vient notamment de la plume de l'auteur, et n'ayons pas peur des mots en disant que c'est du sublime. A la fois lent, très lent, beau et tendre, la plume est également très silencieuse. J'avais déjà parlé, il me semble, de la voix qui sort de certains livres, et dans le cas de Murakami, "j'entends" un livre silencieux, tout comme Soie, qui m'avait déjà fait cet effet ouaté, comme un silence apaisant. Une façon de faire très orientale, mais tellement belle également ...
Ce livre m'a beaucoup touché, par son histoire qui m'a pris aux tripes. C'est simplement un homme qui entend une chanson et repense à sa jeunesse, à ses amours et à ce qu'il se passa alors. J'ai été séduit par la façon dont tout se met en place. Je craignais de retrouver le schéma de Les amants de Spoutnik, mais rien n'est jamais semblable, et l'auteur nous développe quelque chose de neuf, où l'étudiant est pris entre plusieurs personnes, mais sans que l'on ne sache jamais très bien où il se situe. Lorsque j'ai atteint la dernière partie, j'ai senti une pierre me tomber dans les intestins, et pourtant j'ai laissé le livre se finir avec un sentiment d'apaisement que je n'avais pas ressenti depuis longtemps. C'est dense et lourd à digérer comme pavé, l'histoire prend le temps de se développer, mais j'ai trouvé que c'était bienvenu et je me suis laissé porter sans réfléchir. Le temps d'une ballade impossible avec des amants qui ne le sont pas, j'ai voyagé dans une étrange histoire d'amour.

Le roman est beau, incroyablement beau, mais aussi cruel et parfois très drôle, mais dans l'ensemble il invite au silence et à la sensation plus qu'a la réflexion. Lorsque je l'ai fini, j'étais simplement très calme et je me sentais bien. C'est toujours un drôle d'effet que de ressentir ça juste avec une lecture.

Un roman que je vous recommande sincèrement. Beau et puissant, une ballade mélancolique très simple mais très forte, qui m'a happé dans un autre temps, une autre vie, à vivre l'amour sans qu'il ne puisse s'échapper. Une ballade impossible à vivre, mais que j'ai ressenti pleinement jusque dans mes tripes. Je vous conseille fortement de vous intéresser à cet auteur qui nous pond des livres plus qu'intéressant. Ne laissez pas échapper de tels merveilles.

(Chronique n°248)

jeudi 19 mars 2015

Les amants de Spoutnik (Haruka Murakami)

Le contexte de lecture joue parfois beaucoup plus qu'on ne le pense sur nos lectures, et je pense souvent à certains livres que je relirais un jour, pour leur laisser une deuxième chance, ou pour confirmer un soupçon. Lire le mauvais texte dans la mauvaise période, c'est parfois fatal a un livre qu'on aurait énormément apprécié autrement. Cela dit, parfois, le texte arrive même à nous faire oublier le contexte dans lequel nous le lisons, et ça, c'est puissant. C'est le genre de littérature qui mérite toute notre attention, et tout nos éloges. Ce livre est rangé dans cette catégorie pour moi. Lorsque je l'avais dans les mains, j'étais opprimé par une contrainte de temps et dans une crise qui prenait tout le monde autour de moi. Le moment le moins idéal pour lire, je pense. Et pourtant, j'ai gobé ses 300 petites pages en moins de deux jours, en grappillant du temps à chaque instant disponible. Rien ne m'aurait arrêté, une fois lancé.


Résumé en trois mots : Amour, Îles et Perte

Ce livre est mon premier contact avec cet auteur tant vanté et qui le mérite d'ailleurs amplement, Haruki Murakami. Et je crois bien que c'est ma première rencontre avec un auteur japonais. Une véritable première en somme.
L'histoire est celle d'un jeune homme épris d'une jeune femme, elle-même éprise d'une femme un peu plus âgée. Et les changements que chacun fait pour les autres, pour s'intégrer dans la société. Le jeune homme sait son amour impossible, puisqu'elle en aime un autre. La jeune femme sait son amour impossible, puisque l'objet de son amour est mariée et de dix-sept ans plus âgée. Tout le monde, ici, est seul, et triste. Mais une journée, la jeune fille, en voyage en Grèce avec la femme, qui l'a engagée comme secrétaire, disparait. Et là, commence l'histoire.

Ce livre m'a dérouté. Déjà par son narrateur, personnage important mais pas central, et qui cherche ... je ne sais pas quoi exactement, mais entre autre à retrouver son amie. Et qui est très évanescent mais en même temps omniprésent. Le personnage central, c'est cette jeune fille, Sumire, au centre de tout. Et tout gravite autour d'elle et de son amour, comme un satellite tourne autour d'une planète. Le roman bascule même dans le fantastique à un moment sans que cela ne change l'impression générale dégagée par l'auteur. C'est toujours d'un même tenant, d'un bout à l'autre.

Ce genre de roman, j'y repense encore après et même maintenant, plus de six mois après la lecture, je me rend compte que beaucoup m'avait échappé sur le moment et que je comprends des choses a présent. J'aimerai beaucoup le relire, car je sens qu'il y a quelque chose dedans que je devrais pouvoir retrouver.

Un très bon roman, comme je les aime. Pour une première impression de l'auteur, c'est parfaitement réussi et ça dépasse même mes attentes. J'ai englouti le pavé a vitesse maximale mais j'en ressort ravi. C'est beau et poétique, beaucoup de choses ne sont pas dites, et je me sens capable de plonger encore une fois dans le genre de l'auteur, qui m'intéresse beaucoup a présent. C'est avec grand plaisir que je lirais d'autres ouvrages de lui. Une réussite indéniable.

(Chronique n°247)

lundi 9 mars 2015

Neige (Maxence Fermine)

C'est un très petit livre, que j'ai surtout lu parce qu'il était ajouté dans les listes des livres acheté sur Amazon. En gros, quand on voit un livre sur Amazon (ouh, pas bien ce site, allez en librairie !) (nan, je déconne, c'est idéal pour pouvoir trouver des BD en occasions vraiment pas chères), le site propose des livres également acheté par les usagers qui ont regardé ce livre. Et en cherchant Neige (de Orhan Pamuk) je suis tombé sur celui-ci, qui semblait plus connu et plus lu. Je me suis laissé tenter vu le prix, et au final le livre est vraiment minuscule, moins d'une centaine de pages et des chapitres vraiment très court. Vraiment très très court. Bon, l'énorme avantage, c'est que c'est très vite lu, et ça, c'est agréable quand la PAL menace de nous engloutir sous elle chaque soir (je place la pile à côté du lit pour me motiver). 100 gr d'envolé donc !


Résumé en trois mots : Neige, Amour et Contemplation

Un livre très court, donc, qui m'a rappelé d'ailleurs Soie par certains côté, même si je dois avouer que ce livre est un cran en dessous, et nettement d'ailleurs. Ce qui ne m'a pas empêché de l'apprécier d'ailleurs.

C'est un livre très court, très rapidement lu, mais qui se paye en plus le luxe de prendre son temps. C'est assez lent, contemplatif, introspectif. Une lecture qui prend le temps de voir la neige tomber, de penser à la vie et à l'amour, à la mort et à la beauté. C'est une histoire très linéaire, très simple et un peu facile, mais qui se lit sereinement et avec grand plaisir.
En fait, je crois que la grande force de ce roman vient de son style d'écriture, volontairement très proche de la poésie et du fameux haïku qui traverse les pages, tout comme le héros, cherchant sa forme définitive et contemplant la neige.

Ce n'est de loin pas un mauvais roman, soyons clair, mais je crois que ce roman est un peu trop juste. L'histoire est très bien, mais trop courte, un peu trop facile, un peu trop prétexte a des digressions poétiques. C'est dommage d'avoir autant de poésie et pas plus de fond, ce qui l'aurait rendu largement plus intéressante. Et l'idée n'est pas mauvaise en soi, mais là encore j'ai trouvé que c'était dommage de laisser une telle idée aussi peu creusé. Le style me semble très beau, mais creux. Et ça, c'est dommage.

Ne nous trompons pas, je suis loin de vous déconseiller ce livre, mais je lui ai trouvé quelques défauts qui n'ont rien gâché à ma lecture mais qui ont terni la pensée que je me suis faite ensuite autour de celui-ci. Et ça, c'est dommage. Car le livre est beau, poétique, mais au final je me suis rendu compte que j'y avais trouvé peu d'intérêt, et c'est dommage. Je vous conseille tout de même de lire un coup, en passant, c'est très rapide et très beau, alors je ne peux pas vous priver de ce plaisir.

(Chronique n°242)

mardi 3 mars 2015

Les quatre vies du saule (Shan Sa)

Je l'ai vu, j'ai craqué et je n'ai pas pu résister non plus à sa lecture rapide (presque immédiate d'ailleurs). Un Shan Sa. C'est comme une mignardise, une douceur, une sucrerie après un repas trop lourd. C'est une bouffée d'air frais, une oxygénation de tout le cerveau par son style et sa fraicheur. Je me suis laissé tenter à rentrer dans l'orient encore une fois, et je crois que j'ai bien fait au final. Et encore une fois, c'est tellement vite lu ...


Résumé en trois mots : Histoire, Amour et Chine

Shan Sa est décidément une conteuse de la Chine. Chacune de ses histoires nous raconte la Chine, celle historique et antique, celle rêvée et réelle, celle vécue et celle fantasmé. C'est également une vraie conteuse de l'écrit car j'ai rarement vu quelqu'un qui avait, autant qu'elle, une voix de conte dans son écriture.
Lire du Shan Sa, c'est clairement dépaysant. C'est l'orient qu'elle nous raconte, encore une fois, la Chine éternelle mais aussi celle de Mao et de la révolution culturelle. Une Chine en plusieurs teintes.

Ce livre est vraiment déroutant et je ne sais pas comment le prendre. L'histoire est découpée en quatre grande partie et je trouvais ça curieux, car j'ai eu du mal à saisir l'articulation entre les différentes parties. Même si je comprenais (enfin, je pense) la façon dont se retrouve les personnages principaux, je ne suis pas certain d'avoir compris toutes les tournures d'histoire et les liens qui les unissent au travers des différentes époques.
Cette histoire est celle d'un homme et d'une femme au travers de plusieurs époques, d'un couple qui se cherche sans qu'on ne sache très bien pourquoi et comment, ni quels sont leurs liens et leurs volontés. C'est très ambiguë et très sombre.
Mais ce que j'ai adoré, c'est la façon dont les personnages traversent les époques et marquent le contraste entre la Chine médiévale et celle de Mao ou de la révolution culturelle, la façon dont tout cela change le pays. Je m'intéresse de plus en plus à l'histoire chinoise, et je dois bien dire que c'est prenant comme roman à ce niveau là.

Je confesse que si le style est toujours aussi bon et souvent très poétique ou évocateur (le premier chapitre est un régal de concision et de clarté) j'ai ressenti une légère faiblesse dans les chapitres, souvent au début. Un léger coup de mou avant de repartir d'attaque et de m'entrainer pour ne plus me lâcher jusqu'au final. Qui dénote sur l'ensemble et conclue d'une façon très ouverte.

Un drôle de roman, que je ne conseillerai pas spécialement à la lecture si vous n'avez pas lu de Shan Sa auparavant, où si vous ne vous intéressez que très peu à la Chine. C'est un roman qui entraine et qui demande de se laisser porter par son style très étonnant. Une histoire déroutante et que je ne suis pas sur d'avoir tout à fait compris, mais qu'importe. C'est pour la beauté du texte et l'envoutement qui s'en dégage que je l'ai lu, et j'y ai trouvé mon compte. La poésie et la cruauté se partagent le terrain, mais c'est toujours magnifique. Bref, j'ai bien aimé.

(Chronique n°239)

lundi 29 septembre 2014

Or not to be (Fabrice Colin)

Essayons de redémarrer les chroniques en partant d'un livre qui m'a plu. J'avoue avoir eu du mal à refaire des vrais textes de critiques récemment, et je sentais qu'il fallait quelque chose qui déclenche tout ça. Je pense pouvoir dire que ce livre à contribué à rallumer ma flamme de critique, qui s'était un peu étouffé depuis un petit moment (33 critiques en attentes). En même temps, il y a de quoi, et plus que largement.


Résumé en trois mots : Shakespeare, Onirisme et Art

Avouons-le tout net et sans détour : je ne m'attendais largement pas à ça. En tant que tel, je ne connaissais Fabrice Colin que de nom et un peu de réputation, plus deux livres écrits à deux mains, ce qui est donc assez peu comme départ d'un auteur. Sans compter que l'auteur ne fait pas tellement parler de lui, j'entends au final assez peu de critiques ou même de personnes en parler. Mais en creusant un peu, on se rend compte que l'auteur n'en est largement pas à son coup d'essai, qu'il a déjà bien confirmé son talent et qu'il est une valeur montante et sure de la littérature française actuelle. J'ai eu l'occasion d'aller le voir en dédicace, et même si ce fut bref, je fus enchanté de pouvoir toucher du doigt sa production qui semblait assez intense. Et qui donne envie de se plonger encore dedans.

Ce roman est étrange, intriguant, attirant, envoutant. Il est décousu et totalement linéaire. C'est un roman expérimental reposant sur des bases anciennes. Je ne saurais vraiment où le ranger, mais c'est dans mon top du panier qu'il va assurément. Dans le genre, je n'avais pas ressenti de tel "choc" à la sortie de ma lecture depuis celle de Martin Eden, de Neverwhere ou de Wonderful. Ici, tout est superbe mais en même temps rien n'est clair. Et pourtant si. Essayons de l'expliquer.

Déjà, le propos est centré sur Shakespeare sans que celui-ci n'apparaisse une seule fois. Bien évidemment, son œuvre et sa biographie lacunaire suffiraient à représenter le personnage, mais Fabrice Colin se paye le luxe de nous en donner plus, en inventant le reste, en reprenant la légende faite autour du personnage mais aussi en nous faisant explorer d'autres domaines.
Ce livre traite de folie, d'amour, de femmes et de mère, de l'art et de la vie, de la nature et de mythologie grecque sans que tout cela ne soit un seul instant incohérent. C'est un mélange de diverses choses qui forme un ensemble d'une grande richesse et que je n'ai pas fini de comprendre, j'en suis certain. Rien n'est totalement limpide, mais tout semble clair. Brillant.

La forme est aussi déroutante que le fond, puisque nous nous retrouvons avec des passages de la vie d'un personnage, avec des références internes au livre, puisque le personnage brule à un moment son journal, que nous lisons ensuite dans l'intégralité. Le tout se finissant sur une pièce de théâtre en cinq actes. C'est une façon tellement originale de faire qu'on ne peut résister, tout en comprenant à quel point l'ensemble est parfaitement cohérent à la structure interne du récit et au récit lui-même.

Le tout avec un style ... Excellent serait le mot exact. Parfaitement approprié, avec des passages proche du théâtre, de la poésie, du film, des morceaux d'onirisme et de folie parfaitement orchestré, des superbes passages entre réalité et monde de fée. Et des références qui rehaussent l'ensemble. Comment résister à cela ?

Pourtant, et je dois bien le dire, je ne sais pas si je conseillerai ce livre à tout le monde. En fait, ce livre est très expérimental et risque de rebuter plus d'une personne qui s'accrocherait au récit pour en comprendre le sens. C'est un livre qui nécessite un lâcher-prise mental, qui nous demande de nous asseoir sans se poser de question et de vagabonder dans cet univers étrange et poétique sans nous arrêter. Si vous arrivez à faire ce détachement, le livre commencera doucement à vous envouter pour vous promener dans une Angleterre qu'on rêverait de visiter, un sonnet de Shakespeare en tête, dans une forêt brumeuse, à la recherche de Puck ou d'Obéron. C'est un charme extraordinaire, qui nous tient d'un bout à l'autre pour nous relacher haletant avec en tête, comme unique pensée : "Oh merde. Encore".

Car oui, il faudrait se replonger au cœur de ce livre pour en extraire encore les détails qui ne semblent pas clair, les passages légèrement flous, tout ce qui est encore à découvrir. C'est un livre qui se déguste bien après sa lecture, qui reste en bouche et en tête, qui nous transporte pour nous lâcher après la dernière page, et la chute est belle et longue. C'est le genre de livre qui nous a accroché le cœur et qui nous laisse des petites cicatrices dessus, qui marque vraiment. Car oui, ce livre marque. C'est de la sensibilité, de l'émotion, et, pauvres de nous, simples mortels, nous restons sensibles à cela. Puisse cette sensibilité rester éternelle.

Si je vous conseille ce livre ? La question ne se pose même pas. Oui. Et je vous envie, futur lecteur de cette œuvre, de pouvoir gouter au délice nouveau de ce livre. Bonne lecture à vous, et rendez-vous ensuite, dans un théâtre ou à la bibliothèque. Avec Shakespeare. Et avec Fabrice Colin.

(Chronique n°204)

jeudi 10 avril 2014

Un remède à la mélancolie (Ray Bradbury)

Je me suis dit : "Tiens, un recueil de nouvelles. Ça fait longtemps. Au moins une semaine." Et puis une nouvelle est passé, une deuxième. Une encore, et à partir de là tout est passé sans que je ne puisse m'arrêter. En moins d'une journée, le recueil entier est fini. Encore une fois, le style d'un auteur excellent permet de nous pondre un chef-d’œuvre, et c'est un véritable plaisir que de pouvoir lire ce genre de chose, ce style si personnel d'un des plus grands auteurs, si ce n'est le plus grand, auteur de nouvelles du vingtième siècle.


Résumé en trois mots : Mélancolie, Mars et Beauté

Le style de Bradbury est immanquablement beau. Un auteur de style, qui sait nous pondre des nouvelles de toutes formes, et surtout avec son fameux fond, à la fois mélancolique et poétique, mélangeant la science-fiction et le passé, les hommes et les femmes. C'est toujours d'une beauté extraordinaire.
Pour faire simple, de ce que j'ai lu pour l'instant de Ray Bradbury, je crois bien que c'est mon recueil de nouvelles préférées. Elles égalent les Chroniques martiennes et dépassent les Les pommes d'or du soleil, dans le fond et la forme. C'est vraiment d'une superbe beauté, je me suis laissé porter par ce style unique qui se ressent dans toute ses œuvres, oscillant entre un passé radieux et un futur incertain, naviguant entre personnages hésitants, pas sur d'eux mêmes et de la vie en général. Ce sont des êtres qui doutent, qui ne savent pas trop à quoi s'en tenir, et qui se découvrent eux-mêmes, et c'est sublime.
Ce qui est amusant, c'est qu'on retrouve des nouvelles qui se déroulent sur Mars tel que l'auteur nous l'a raconté dans son recueil Chroniques martiennes, et j'ai eu un grand plaisir à retourner sur cette planète fantasmée et qui extrapole sur l'humain. Les autres nouvelles futuristes ne sont pas en reste non plus, et je dois dire que Bradbury à le don de nous pondre des futurs peu enviables. Des avertissements foisonnent au fil des pages, et je trouve cela intéressant.
Mais ce que je retiendrais surtout, c'est la beauté de certaines nouvelles, simples et efficaces, qui m'ont ravies jusqu'au plus haut point. Une beauté sans faille, une écriture parfaite, une histoire efficace, tout est combiné. La patte de l'auteur est là, et c'est une patte qu'on reconnait entre milles. Parce qu'elle est belle.

Un superbe recueil, sans doute le meilleur de l'auteur, de ce que j'ai pu lire à présent, et je vous en recommande chaudement la lecture. La moitié au moins des nouvelles sont fantastiques, l'autre moitié géniales. C'est toujours aussi beau que dans les autres ouvrages de Bradbury, et il y a une force derrière qui ne peut que vous scotcher au pages jusqu'à finir complètement la lecture. J'ai été complètement séduit, Bradbury reste un des plus fantastiques auteur de nouvelles que j'ai jamais lu, et je vous invite à le lire, ne serait-ce qu'une fois dans votre vie.

(Chronique n°165)

mercredi 26 mars 2014

Enigma (Antoni Casas Ros)

Comme le monde de la lecture est étrange. Un détail, un rien, un souffle, et nous voila en train de lire un livre dont on n'a jamais entendu parler, d'un auteur inconnu et d'une couverture plus fade qu'on ne pourrait jamais faire. Bref, rien qui n'inviterai à la lecture. Si ce n'est les avis, les hasards, un résumé et une impression. Impression qui ne m'a encore pas fait défaut, et ce n'est pas avec ce livre que cela va commencer. Comment en parler à présent ?


Résumé en trois mots : Poésie, Sensualité et Passion

Pour faire simple, si tant est qu'on puisse faire simple avec ce genre de livre, le livre est beau. Diablement beau. Il est à la fois sensualité et poésie, sexualité et passion mélangées. Quatre personnages tourbillonnants dans les pages, quatre facettes d'un même homme, quatre passionnés, quatre amoureux. D'eux-mêmes, des autres, de la vie, de la poésie, de l'humour. C'est aussi une histoire d'écrivain, un détail de littérature, de changements de fin. De connaissances littéraires, de librairies, d'édition, de traduction et de vie. C'est troublant à lire, mais c'est beau. Comme une partition parfaitement exécutée, qui nous entraine loin, bien loin dans la passion.

Le style littéraire est superbe, il nous happe dès les premières pages. Le ton est rapidement donné, calme, tranquille, envoutant. La poésie se mêle à la vie, aux différents secrets de la vie de chacun, parfois inavouables, parfois simplement difficiles. Et les vies se croisent, se mêlent et s'entremêlent sur tout les points. Bientôt le récit ne fait plus qu'un. C'est beau.

Et que dire de ce titre, une énigme à décrypter, avec ces auteurs qui se croisent, dans le récit et la vrai vie, le mystère autour d'une écriture, la façon de rejaillir d'un livre sur l'autre. Pleins de questionnements, de perspectives, de relectures, de détails qu'ils nous reste à trouver dans ce livre à la densité exceptionnelle. Encore une raison de se plonger dans un délice.

Rien ne laissait présager l'intérieur, rien ne permettait de dire ce qu'on y trouve. Et lorsqu'on s'y plonge, immédiatement le récit surprend. Jusqu'au bout il reste excellent. Jusqu'à la fin il s'agit d'un récit excellent, maitrisé, beau et passionnant. Un récit qui laisse un bon gout en bouche, qui nous donne envie de rouvrir un livre de poésie immédiatement et de se laisser porter sans plus attendre. Une superbe œuvre, qui mérite toute notre attention. Ami de la poésie, du bon gout et de la beauté, laissez-vous prendre.

Lisez donc l'avis du Bison dessus, vous verrez un autre point de vue. Aussi enthousiaste que le mien.

(Chronique n°157)

dimanche 23 mars 2014

Albin & Zélie (Yannick Marchat)

Je ne poste pas souvent des BD, alors je me suis décidé pour celle-là, parce que c'est vraiment un de mes derniers gros coup de cœur pour une BD, et je me devais de partager ce qui m'a tellement plu. Surtout que c'est une BD presque inconnue, passée inaperçu, qui concerne un auteur n'ayant rien édité d'autre, et qui vient d'un petit éditeur indépendant. Le tiercé de la publicité invisible dans l'ordre. Redonnons de la visibilité à cette BD extraordinaire qu'est Albin et Zélie.


Résumé en trois mots : Amour, Extraterrestre et Beau

Oui, je résume très mal. Mais en vous arrêtez pas à cela. Car oui, c'est une histoire d'amour avec des extraterrestre, mais  ce n'est pas tout ! Je m'explique.
L'histoire se concentre autour d'une relation amoureuse, simplement, avec ses débuts, les deux protagonistes et tout ce qui fait qu'ils sont eux, leurs entourages et bien évidement la progression de leur relation. Celle entre Albin, trentenaire un peu fort et rangé dans sa petite vie, et Zélie, fille pétillante d'une vingtaine d'années qui sort d'une relation plutôt houleuse. Et j'ajouterai un poisson rouge qui siffle et qui sait écrire (ce n'est pas des blagues, le poisson rouge siffle !) et la sœur de Zélie, enceinte jusqu'au dent. Plus, bien évidemment, ces extraterrestres qui s'écrasent sur la Terre. Mais c'est un détail.

Le roman graphique va partir bien vite dans l'espace, naviguant dans des dimensions étranges, entre un rêve et la science-fiction. Tout le début de la BD navigue dans cette atmosphère étrange, entre une réalité de science-fiction ou un délire/rêve/métaphore qu'il nous faut interpréter. Je ne sais pas laquelle est la bonne lecture, mais j'aime bien l'idée des deux et cela ne change rien à ce que j'éprouve pour cette BD.

Le trait de l'auteur est superbe, tout en noir et blanc, me rappelant un peu Frankin parfois, mais que je trouve superbe. C'est notamment le vêtements, les détails sur les formes, c'est un véritable régal pour l'oeil. Et certaines pleines pages sont de toutes beautés, lorsque l'histoire se déroule dans l'espace énorme. Sans compter que les personnages ont des têtes attachantes, très bien faites. En bref, le dessin est excellent.
Ajouté au scénario, qui nous entraine dans ses délires, l'ensemble est prenant et très peu conventionnel pour une relation qui démarre. Mais le fond reste le même, sur une relation qui débute tendrement entre deux personnages. L'histoire va du coup se finir sur une superbe partie tout en douceur et en sensibilité, avec un retour au rationnel pur, qui tranche complètement avec ce qu'il se passait avant, mais qui reste pour autant dans le ton du récit, et c'est super bien fait. L'auteur nous trimballe le long du même fil du début à la fin, et c'est beau. Car l'histoire de Albin et Zélie est très belle, c'est une histoire d'amour simple et touchante (et j'aime les histoires d'amour, quand c'est bien fait) mais qui va droit au cœur par le dessin et le procédé utilisé. Jusqu'au bout on reste dans une atmosphère sympathique, et j'ai encore plein de bribes qui me restent en tête à présent, alors que je l'ai lu il y a un bon moment maintenant. C'est la marque des belles BD, de celles qui nous restent dans le cœur. Et c'est pour cela que je voulais vous en parler, pour vous faire découvrir ce que j'ai apprécié, que vous puissiez vous aussi y gouter.

Si vous avez envie de lire une BD qui exploite les sentiers non conventionnés, je vous invite à lire cette romance délirante et touchante au graphisme superbe. L'auteur nous livre un très beau roman graphique, qui vaut qu'on s'y attarde un peu. Jusqu'au bout l'histoire nous emballe, et elle reste belle. C'est vraiment une réussite, une très belle BD. A lire, vraiment.

(Chronique n°156)

vendredi 21 février 2014

Jesus Marie Joseph (Gabriel Faure)

Comme je l'avais dis, au bout d'un an je n'avais posté que peu de BD. C'est pourquoi je me suis laissé aller à écrire un article rapidement sur un de mes derniers coup de cœur de la BD, aussi bien graphiquement que dans son histoire. C'est l'occasion aussi de reparler des grands classiques de littérature, en reprenant la Bible ! Voyageons à nouveau dans cette contrée de Judée et de Canaan, dans une époque de juifs et de romains mêlées, dans celle qui vit la naissance d'une nouvelle religion.


Résumé en trois mots : Religion, Ange et Rois-mages

Il faut être quand même culotté pour reprendre à son compte un passage du Nouveau Testament et le transformer de la sorte ! En même temps, il est vrai que rien n'indique dans la Bible d'où provient Joseph. Et c'est justement le sujet de cette BD, extrèmement bien faite à ce niveau.

Gabriel Faure va s'approprier la Bible d'une excellente manière, en puisant dedans ce qui peut l'aider et en gardant le cadre stricte de l'Ancien Testament, notamment l'image de Dieu, qui change beaucoup entre les deux. Il ajoute une certaine réalité historique, dans les vêtements, la situation et tout le contexte. On se replonge avec délice dans ce que devait être la Judée autour de l'an 1. Et bien évidemment, nous retrouverons aussi tout plein de personnages bibliques. Notamment les trois rois-mages (précision amusante : dans la Bible il n'est pas marqué combien ils sont, ni leurs noms. C'est un ajout postérieur), dont nous allons découvrir le cheminement jusqu'à arriver dans une certaine étable de Bethléem. Car oui, ils ne sont pas arrivés là par hasard, ils suivaient quelqu'un ...

Ce récit est illustré par de superbes dessins en couleur directes (je vous laisse admirer le peu d'images que j'ai mis) qui nous livre parfois des planches dignes de tableaux. De vrais tableaux. Sans parler des personnages, qui sont sublimes, des véritables gueules mais des femmes bien moulées aussi (le personnage principal surtout). Bon, j'avoue que certains roi-mages ne sont pas en reste. Enfin bref, le dessin vaut déjà à lui seul largement le coup d'oeil.
Ce que j'ajouterai aussi dans l'ensemble et qui confère encore plus d'attrait au livre, c'est que l'auteur se montre très respectueux de la religion. Alors que le sujet permettrai des parodies à foison (ce que bien d'autres ont fait), l'auteur reste dans les clous de la réalité religieuse, entre les personnes croyantes, les manifestations ou encore le comportement de Dieu. Sans parler de la naissance de Jésus qui reste tout de même dans un cadre très peu humoristique. L'auteur reste sérieux, malgré des touches d'humour, mais ce n'est pas pour me déplaire.


En résumé, pour vous donner encore plus envie de le lire si je n'ai pas déjà réussi, nous nous trouvons en présence d'un récit superbement mis en image, proposant une histoire très originale autour de thèmes bien connus, mais sachant innover avec justesse. Le tout est enrichi par plusieurs touches sympathiques, un sérieux et du réalisme dans la situation, bref l'ensemble respire la BD bien faite et qui se laisse lire, car elle est aussi très prenante. Je ne peux que vous encourager à découvrir un tel roman graphique, bien sympathique et rafraichissant.

(Chronique n°141)

jeudi 13 février 2014

Les Gnomes (Wil Hyugen & Rien Poortvliet)

Une fois n'est pas coutume, je vais parler d'un livre qui n'est pas tant un roman qu'un livre ... euh, un livre. En fait, j'avoue, j'ai du mal à caractériser ce livre. Ce n'est pas vraiment un livre d'illustration, pas plus que ce n'est un roman. C'est ... une fausse encyclopédie. Oui, c'est ça. Un faux documentaire en fait. Et très bien réussi d'ailleurs.

Résumé en trois mots : Gnomes, Nature et Encyclopédie

J'en ai un peu ramé pour trouver les trois mots de résumés. Faut dire que c'est le genre d'ouvrage qui se classe assez mal, même si c'est clairement de la fantasy. En tout cas c'est très sympathique à lire et très amusant aussi. On sent l'amour de l'auteur sur la question de la fantasy, et également une petite pointe écolo qui n'est pas pour me déplaire, amené avec assez de finesse.

L'ouvrage contient vraiment beaucoup de choses, allant de la façon dont les gnomes construisent leurs maisons à leur voyage de noces. Le tout est raconté de façon documentaire et amusante. Le principal vecteur de lecture réside dans les paragraphes de textes, mais il s'ajoute un ensemble de notes manuscrites apposées sur les superbes dessins que nous dégustons à chaque pages. Le tout bien entendu, dans une excellente mise en forme. Vous pouvez d'ailleurs trouver une édition petit format et une autre en grand, qui ont exactement le même contenu, mais avec une lisibilité bien différente.

Ce que j'ai beaucoup aimé, c'est que le livre contient un peu de tout. Bien évidemment, certains aspects sentent le vieux (notamment dans la conception homme-femme) mais dans l'ensemble c'est inventif et sympathique. Le tout est bien illustré (il faut aimer le style de l'illustrateur mais je trouve pour ma part qu'il convient à merveille au récit) et nous nous laissons porter dans un monde de gnomes, petits êtres très proche de la nature. D'ailleurs je dois bien parler de cet aspect de la lecture qui n'échappera à personne : le côté écologique. L'auteur à glissé de nombreuses fois des indications sur un côté écologique, notamment dans les dernières pages. Là où je m'attendais à quelque chose de bien brutal dans la face, ce fut plus coulant et l'auteur évite l'écueil de la morale lourde. C'est intéressant, surtout que le livre n'est pas tout jeune, et arrive à replacer des actualités dans de la fantasy. Tout ce que j'adore en somme.

Un ouvrage très sympathique et rafraichissant, du genre qu'on relit et feuillette dans sa bibliothèque, ne serais-ce que pour les superbes illustrations qu'il contient. Le tout est à la fois amusant et intéressant, contenant en plus quelques très bonnes idées de morales. On aurait envie de réduire sa taille et d'aller vivre dans un monde de gnomes. Et puis, c'est le genre de bel ouvrage qu'on garde, qu'on lit et relit, qu'on raconte à d'autres. Rien que pour ça, il a sa place dans le rayon fantasy de la bibliothèque.

(Chronique n°137) 

dimanche 5 janvier 2014

Chants de la Terre lointaine (Arthur C. Clarke)

J'ai vu ce livre et je l'ai aussitôt acheté pour la bonne raison que mon artiste musicien préféré, Mike Oldfield, a composé un de ses plus beaux albums avec ce livre (ou la nouvelle de base du livre, je ne suis plus exactement certain). C'est pour cette unique raison que je me suis précipité sur l'ouvrage, même si je dois avouer que le nom de Arthur C. Clarke joue aussi beaucoup. Pour écouter l'album, cliquez ici.


Résumé en trois mots : Espace, Vaisseau et Mer

Ce livre est beau. Aussi beau que son titre, c'est vrai. Arthur C. Clarke a fait là un superbe livre, partant d'une histoire simple et l'enrichissant progressivement d'ajouts, une romance, une histoire de cœur, une histoire de mer, un peu de politique, de considération sur plusieurs choses ... Ce n'est jamais extrèmement profond, mais c'est toujours apaisant, rafraichissant, comme l'ondée qui nimbe les pages et cerne ses habitants.

Le style de l'histoire est bon, découpé en tout petits chapitres, chacun exploitant d'autres personnages, une autre histoire, d'autres petits points de vue. On mélange l'espace, la terre, la mer, les sentiments, la découverte, la science. Tout se mêle, et c'est uniquement à la fin que l'on comprendra la couverture, le titre et tout le sens qu'il y a derrière ces deux là. Le tour de force est habile, et la lecture est plaisante et fluide, elle se fait d'un bout à l'autre sans qu'on réfléchisse. Qu'est-ce que j'ai aimé le lire. Et lié à la musique de Oldfield, c'est un enchantement à lire. Pas le plus prenant, pas le plus documenté, pas le plus inventif, mais simplement l'un des plus beaux. Et quelle fin ....

Excellent roman, les Chants de la Terre lointaine m'ont entrainés dans leurs mélodies, et Arthur C. Clarke m'a charmé par son propos, sa façon de mettre en scène très humaine et sa vision de la science-fiction personnelle, mais si belle. J'ai adoré le livre, tout simplement, et je le range dans le haut du panier de ma bibliothèque de science-fiction. La lecture est vraiment recommandée.

(Chronique n°117)

jeudi 2 janvier 2014

Veronika décide de mourir (Paulo Coelho)

Bonne année à toutes et à tous, allons-y pour de nouvelles chroniques, et le bilan de cette première année de blog dans trois semaines. Commençons cette nouvelle année dans l'optimisme, avec Veronika décide de mourir !


Même si j'avais moyennement apprécié l'autre ouvrage de l'auteur, L'alchimiste (qui reste excellent), j'ai décidé d'en lire un autre car l'auteur me paraissait très bon, et que le scénario derrière tenait en deux lignes, mais semblait prometteur. En plus pour une fois l'actions se déroule dans un lieu un peu inhabituel, alors pourquoi hésiter ? Je l'ai pris rapidement et lu encore plus vite je crois bien.


Résumé en trois mots : vie, suicide et folie

L'auteur nous pond un nouveau livre philosophique et métaphorique sur l'art et la manière de vivre, sur notre façon de nous comporter et de comprendre la vie. Ou tout au moins de l'apprécier. C'est déjà un bon point.

Ce qui m'a beaucoup plu dans ce récit, c'est qu'il dépasse le cadre du simple conte philosophique, comme dans L'alchimiste, et qu'il nous raconte en plus une histoire derrière, mélange entre cette de Veronika et des pensionnaires de l'asile, ainsi que des réflexions du médecin. C'est bien plus intéressant du coup, et l'auteur nous entraine dans cette folie d'un asile qui semble plus sage que le monde extérieur. C'est à la fois l'occasion de discuter de la vie, de la folie, de la mort, des envies, des passions et du sens de la vie. Le tout tellement bien mis en scène que j'ai trouvé ça admirable.
Le seul reproche que j'aurais, c'est vraiment que j'ai senti la fin un long moment avant qu'elle n'arrive, et c'est dommage. Cela dit, ça n'enlève rien à son charme et à son ingéniosité, mais vu la teneur du roman elle me semblait plus évidente. Bref, j'ai une petite pointe de regret.

Mais pour le reste, c'est génial. Notamment la beauté du texte et sa fluidité, qui donne envie de lire sans s'arrêter (ce que j'ai fait à peu de choses près d'ailleurs). C'est vraiment agréable à lire, c'est prenant et sans prise de tête, on se contente de lire et d'avancer, réfléchissant sans s'en rendre vraiment compte, sans même noter certaines choses qui s'impriment dans notre tête. En soi, c'est exactement ce que j'attendrais de littérature à tendance philosophique.

En fin de compte, c'est une excellente lecture à laquelle j'ai eu droit, puisque le livre se lit d'une traite et avec une facilité déconcertante, tout en traitant d'un grand nombre de sujet et incitant à réfléchir, la portée philosophique se mêlant d'autre questions, notamment autour de la folie et des asiles, mais aussi de l'acceptation de soi. Des thèmes forts autour d'une histoire simple mais efficace, d'un style bon, c'est une lecture hautement recommandée que j'ai là.

(Chronique n°116)

vendredi 6 décembre 2013

Porte de la Paix céleste (Shan Sa)


 (lu le 5 décembre 2013)

Un roman de l'auteur Shan Sa, pour laquelle j'avais déjà lu son superbe roman La joueuse de go et que je trouvais formidable. Dévoré en une journée, durant un retour de train, en moins d'une heure. Il y a 140 pages seulement, et c'est superbe.

Résumé en trois mots : Chine, amour et poésie

Que dire en sus à ce roman ? Déjà, je suis devenu fan de l'auteur. Pour ... plusieurs raisons. Déjà le style littéraire, qui est à mi-chemin entre la poésie et le roman, sans parler de la façon de présenter les paysages et les personnages. C'est juste extraordinairement beau, bien fait et tout semble ciselé, j'adorerais le lire à voix haute. C'est tellement bien écrit ... Ensuite le découpage qui te fait engloutir le roman en deux coups de cuillère, l'avancée de l'intrigue, entre le contemplatif et la fluidité, les personnages intéressant et subtils, la façon d'être très silencieux, ne prenant que très peu part aux émotions des personnages, laissant le choix d'interprétation entièrement au lecteur ... C'est tellement bien fait, j'en redemande. Curieusement la lecture m'a rappelée Soie d'Alessandro Baricco. C'est un peu ce même style, beau et poétique et tellement prenant. Et rythmé, incroyablement rythmé. C'est exactement ça que j'aime.

L'histoire est très différente de La joueuse de go mais en même temps très proche, avec des personnages qu'on retrouverait presque et en même temps d'autres sujets, une autre manière d'aborder et une autre façon de faire cette histoire. C'est comme deux facettes d'un même rapport entre personnages, exploitées chaque fois à leurs maximum. Et le style chinois à tellement de classe ...

Que rajouter ? Lisez-le, c'est un excellent livre et son style à lui seul suffirait l'achat. J'ai hâte de trouver un recueil de poésie de l'auteur. Je crois que je pourrais parler des heures de cette auteur, mais je m'en abstiendrai.

(Chronique n°104)

mardi 26 novembre 2013

Martin Eden (Jack London)

Lecture Jack London, suite (3/5)


Résumé en trois mots : Auteur, Social et critique

Non, pas d'introduction pour cette chronique.
Et pas de vrai chronique en fait.
Plutôt un assemblage de ce que j'ai ressenti par rapport à ce livre.

Jack London, je connaissais surtout pour ses livres d'aventures, Croc-Blanc, L'appel de la forêt, et autres petites nouvelles très réussies. Des romans que j'ai déjà dévorés mais que j'avais appréciés surtout comme des bons romans d'aventures, prenants et bien écrits, avec un fond intéressant sur la nature, la sauvagerie et autres choses de ce genre.
Mais là, c'est autre chose. Ce roman, c'est quelque chose de complètement différent. Très inspiré par sa propre vie dit-on (je ne sais pas si on doit s'y fier), l'histoire est celle d'un brave marin, Martin Eden, qui décide, par amour pour une femme, de s'instruire, de grandir en culture. Il commence à lire, à s'éduquer. Et commence aussi le récit en deux teintes, de sa réussite et de son échec, de son ascension et de sa chute. Un récit qui va suivre toute la vie de ce pauvre Martin Eden.

Je dois bien dire que j'ai rarement éprouvé un tel attachement à un personnage principal, et ce depuis un très long moment. Sans doute parce qu'il fait écho à beaucoup de choses en moi. Mais mon dieu ce que j'ai aimé. Il n'y a pas une phrase du livre que j'enlèverais, pas un atome que je contredirais. J'en suis si retourné que je me demande comment quelque chose pourra encore me sembler mieux écrit ensuite.
La raison de cette claque monumentale que je me suis prise en lisant tient en peu de choses : le sujet, qui m'a pris au tripes et m'a passionné avec une force .... Que je n'avais pas encore ressenti. Ou, si, je l'avais déjà ressenti, mais là elle a vraiment frappé dans son but. Et d'une manière violente. J'en suis encore retourné. C'était si extraordinaire à lire.

Le style de Jack London est ... merveilleux. La lecture est tellement fluide, j'ai été ailleurs, dans un autre monde sans m'en rendre compte. J'étais transporté, au-delà de mon propre corps, incapable de bouger voir d'aller boire un simple verre d'eau. Et puis, cette force narrative ... C'est un rugissement de l'écrivain qui transperce les pages, toute sa force, toute sa hargne, tout passe dans les mots. Le reflet total d'une pensée.
L'histoire est parfaite, sans que l'on ne puisse rien y changer (un cinéaste en changea la fin, la jugeant trop noire. C'est immonde, cette fin est aussi forte que le reste du récit) et qui va nous entrainer d'une manière subtile dans un rouage très connu de la littérature, sur les arrivistes, l'opportunité de changer de classe, le statut bâtard des personnes entre deux classes, mais aussi sur le milieu des écrivains, sur les penseurs, les philosophes, l'édition. Et sur l'amour. Quelle force London à mis dans son récit pour que l'amour transperce chaque page, qu'on vibre avec notre narrateur dans cette passion qui le consume. Et quelle cruauté le héros subira sans broncher, toute la bêtise et la haine de l'homme, son ignorance et sa crasse. Personne n'est épargné, bourgeois, ouvrier, penseur, critiques, commerçants, tous sont plongés jusqu'au cou dans leurs ignorances crasses, dans leurs saleté cognitive.

Et ce livre reçoit un parfait écho actuel, lorsqu'on entend des centaines de gens parler de livres qu'ils n'ont pas lu, se déclarer savant sans connaitre la moindre théories dont ils parlent, sans même essayer, ce qui est plus grave, de combler leurs lacunes. Hommes politiques, journalistes, présentateurs télés, professeurs, boutiquiers, écrivains, tout ceux qui écrivent sans savoir sont déjà représentés dans ce livre vieux de cent ans. Ces dictateurs de l'esprit qui n'en possèdent pas un atome. Quelle retentissement par rapport à notre monde, dans lequel la majorité se complait d'une couche mince de savoir et qui ne recherche jamais à en avoir un peu plus, toujours plus. Pas par curiosité, pas par devoir, pas par intellectualisme. Mais par amour, par envie, par plaisir, pour se savoir plus cultivé, pour comprendre, pour aller plus loin.

Je ne parlerais pas plus là-dessus, tant il y a aurait a dire, mais quelle beauté, quelle force se dégage de ce livre. On est pris dedans dès les premiers mots et ce jusqu'au bout, jusqu'à la dernière ligne. Des allégories en pagaille, des coups dans toutes les faces, le héros charismatique à souhait va nous balader dans une vie trépidante qui ne bougera quasiment pas d'une pièce minuscule qu'est sa chambre. Car tout est un combat intérieur. Une grosse claque dans la gueule, et qui m'a retourné plus que jamais.


Lisez-le. C'est du Zola, c'est du Balzac, c'est du Maupassant, c'est de la poésie et de la satire, de la chronique sociale et de l'amour, de la haine et de l'abattement, du découragement et de la volonté. Ça prend au tripes, ça vous laisse un gout amer une fois fini. C'est puissant, c'est fort, ça frappe au bon endroit, ça parle en connaissant la chose. C'est parfait.

(Chronique n°99)

jeudi 31 octobre 2013

L'alchimise (Paulo Coelho)


Celui-là, c'est mon coloc qui m'a tanné pour que je le lise, et quand je dis tanné, je dois dire qu'il a vraiment bien insisté pour que je le lise, m'expliquant que c'était un des meilleurs romans qu'il avait jamais lu. Quand je l'ai vu en occasion, je n'ai pas hésité un instant et je l'ai pris. Puis, profitant de deux heures de train où j'étais oisif, je l'ai lu (dans le même trajet j'ai lu Comme un roman et Malavita) et j'ai fini en marchant dans la rue, à la faible lumière de quelques lampadaires. Comme quoi, c'est possible de lire en marchant.



Résumé en trois mots : Initiation, personnel et Voyage

Ce roman s'inscrit en droite ligne de Jonathan Livingston le goéland ou de classique Le petit Prince, qui sont tout deux également des romans d'apprentissages et plus généralement des contes philosophiques. Je pense même qu'il y a un autre terme pour le désigner, mais j'avoue qu'il ne me vient pas en tête. Si jamais je le retrouve, je le rajouterais.

Il faut avouer que l'intrigue est assez linéaire, ce n'est pas du rebondissement permanent, même si des surprises vont venir parsemer la quête de notre jeune aventurier. C'est surtout pour le fond que le roman importe. C'est un roman puissant, et dont la ligne de conduite serait : réalisez vos rêves. Dans ce sens, j'ai trouvé un fond commun avec Jonathan Livingston le goéland. L'idée de se réaliser soi-même, de faire ce qu'on veut de sa vie, d'oser aller loin dans ses envies et de ne jamais baisser les bras. Et surtout, de tout le potentiel dans l'humain, le fait qu'on puisse aller bien plus loin que notre seule imagination le laisse à penser. Partons au-delà de tout, abaissons les frontières conventionnelles, la vie est faite pour aller bien plus loin !

C'est surtout ce fond qui attire dans le roman, mais la forme n'est pas mal, le style est très bon et le roman se dévore d'une traite. Je n'ai pas lâché les aventures philosophiques du berger, et jusqu'au bout je voulais lire. Le rythme ne faiblit pas un instant. Cependant, je dois avouer que les idées m'avaient plus fortement marquées dans Jonathan Livingston le goéland, peut-être parce que je l'ai lu en premier, sans doute que je les ai lu sans un intervalle suffisant, probablement que je suis déjà un peu trop "mur" pour apprécier pleinement toute la saveur de ce genre de roman. Mais quoiqu'il en soit, j'ai pleinement apprécié ma lecture.


Je dois bien remercier mon coloc sur ce coup, puisque j'ai véritablement aimé cette petite pépite littéraire, bien connue, conte philosophique, roman initiatique, découverte de soi. Je l'ai apprécié sur toutes ses pages, je ne peux que en recommander la lecture, d'autant plus à des personnes plus jeunes, des ados et des futurs adultes. Des gens qui veulent chercher un sens à leurs vies, des gens qui se perdent. Ou bien des gens curieux, des personnes qui aiment rêver, vivre, être heureux. C'est le genre de roman qu'on peut offrir aussi sans craindre de mal viser. Il est juste, terriblement juste. A lire, et à offrir.

(Chronique n°87)

Et encore un ! Et de onze, on continue

mardi 29 octobre 2013

Jonathan Livingston le goéland (Richard Bach)


Un livre tout petit, tout plat. Lu en ... un quart d'heure ? Il contient des petites photographies de l'auteur, qui les a pris de son appareil. Toutes représentent les goélands. Et le livre se lit vite, bien évidemment. Il fait moins de cent pages. Et il coute 3 €. Il les vaut, largement. Je l'ai lu parce qu'il s'intégrait dans le challenge. Je ne pensais pas lire quelque chose de ce genre. Quel genre ? Celui qui vous laisse hagard, les yeux dans le vague, la tête bouillonnante, qui vous donne envie de vous exprimer, de parler, de bouger, de jaillir en dehors de vous-même dans l'instant. J'ai aimé ? Oui.


Résumé en trois mots : Goéland, Liberté et Initiation

Ce roman, je l'ai adoré. Déjà, il est court, très court. C'est d'autant plus sympathique, mais c'est juste parfaitement bien écrit. Condensé, bien résumé, sans trop de fioriture, sans se disperser. L'essence même de la chose est contenue la dedans. Sans superflu. Et le tout rapidement, des mots précis, direct. Le langage aide beaucoup. Tout est beau.

Et quelle histoire. Un conte philosophique, initiatique. Une démonstration d'idée, celle de liberté. L'exposition d'un concept clair, la liberté, moteur de tout. Une façon si belle de la mettre en scène qu'on peut crier au génie. C'est une façon belle et simple de montrer la chose. Le paradis n'existe pas comme lieu, la liberté est un droit inaliénable. On ne doit jamais y toucher. Quelle beauté dans la conception. J'en suis encore envahi.


Un livre beau. A lire, tout simplement. Court, efficace, simple, c'est exactement ce que j'appelle un livre de conte philosophique. On réfléchit sans s'en rendre compte. Classique, oui, culte, oui. Je ne peux pas ajouter grand chose. Lisez-le.

(Chronique n°86)

Et un de plus !