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dimanche 4 janvier 2015

Sunk (Fabrice Colin & David Calvo)

Ce livre est … étrange. Je l'ai eu d'un ami qui l'a lu et ne l'a pas du tout aimé. Je dois avouer, ce n'est pas le genre de livre qu'on pourrait qualifier de conventionnel. Il l'avait trouvé aux Immaginales (là où j'ai pris Atomic Bomb) et me l'a donné peu de temps après. Alors, c'est vrai, le style de David Calvo et de Fabrice Colin mélangé est détonnant, peu classique et très obscur, mélangeant plein de choses, et qui semble toujours être sorti de l'imagination d'un dément pour n'atterrir nul part en s'égarant au passage dans tout les recoins de la santé mentale déficiente. Sans même parler d'une morale (qui existerait peut-être) ou d'une leçon à en tirer, ou simplement d'un but. Bref, un gros morceau de foutraque sorti de nul part et en partance pour n'importe où avec arrêt régulier sur la case absurdité. Avouez, ce n'est pas ce qu'il y a de plus vendeur.


Résumé en trois mots : Ile, Déjanté et Absurde

Ce livre est … Inclassable n'est pas le mot. Incompréhensible non plus, même si il y a de l'idée. Foutraque s'en approche déjà plus. Peut-être : Illogique. Oui, c'est ça. Ce livre défie la logique et le bon sens même. Il s'agit là d'un livre qui se moque de tout et de tout le monde, jusqu'au lecteur qui ressort de sa lecture avec des questions plein la tête, dont une qui brille plus fort que tout : « Qu'est-ce que pourquoi de quoi ? ». Disons que le livre est dans le même ordre d'idée.
Je ne pourrais pas vraiment vous décrire ce livre, complètement égaré. Une histoire d'île qui coule (ou de mer qui monte ?), de deux frères et de gens qui tentent de se sauver de cette catastrophe. Ah oui, et aussi d'un mec immortel, de canards, de machine à laver, de picon bière, de sémaphore, de … De quoi ? Oui, j'en perdrais mon latin et mon français avec.
Faut bien l'avouer, dès le début, je présentais que je n'allais pas y comprendre grand chose, car tout est en dehors de la logique et de la raison. Je vous dirais volontiers qu'il s'agit d'un délire de la part des deux auteurs, mais le pire est qu'il ne s'agit même pas de ça ! C'est juste un livre qui est totalement inaccessible mais qui se paye le luxe d'une histoire douteuse et de propositions dignes de trips sous LSD d'un toxicomane accro à l'extasy et à la cocaïne. Avec une note de couleur, genre impressionniste vu au kaléidoscope.
Et le pire, c'est qu'il semble y avoir une cohérence ! Comme si je voyais quelque objet en cinq dimensions, moi qui suis limité par mes trois. Alors certes, il doit y avoir une façon de comprendre ce livre, mais je ne l'ai pas du tout trouvé. Et croyez-moi, je ne la trouverais sans doute jamais.

Ce livre … Je ne peux pas le déconseiller, et encore moins le conseiller. C'est … quelque chose, un OVNI littéraire tel qu'on a encore jamais vu. Cohérent dans son incohérence, incompréhensible bien que facile à lire, complètement déjanté et tragique, ce livre est tout sauf un livre qu'on arrive à comprendre. Rien de logique, rien de cohérent. Et pourtant je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. De façon extrêmement simple, je ne l'ai absolument pas compris. Il restera sans doute pour moi la lecture la lecture la plus mystérieuse de celles dont je me rappelle. C'est le genre que j'aimerai comprendre, mais le livre n'en laisse pas la moindre possibilité. A lire si ça vous tente. Je ne saurais vous dire ce qu'il faut en tirer, en attendre et encore moins en comprendre.

(Chronique n°213)

lundi 29 septembre 2014

Or not to be (Fabrice Colin)

Essayons de redémarrer les chroniques en partant d'un livre qui m'a plu. J'avoue avoir eu du mal à refaire des vrais textes de critiques récemment, et je sentais qu'il fallait quelque chose qui déclenche tout ça. Je pense pouvoir dire que ce livre à contribué à rallumer ma flamme de critique, qui s'était un peu étouffé depuis un petit moment (33 critiques en attentes). En même temps, il y a de quoi, et plus que largement.


Résumé en trois mots : Shakespeare, Onirisme et Art

Avouons-le tout net et sans détour : je ne m'attendais largement pas à ça. En tant que tel, je ne connaissais Fabrice Colin que de nom et un peu de réputation, plus deux livres écrits à deux mains, ce qui est donc assez peu comme départ d'un auteur. Sans compter que l'auteur ne fait pas tellement parler de lui, j'entends au final assez peu de critiques ou même de personnes en parler. Mais en creusant un peu, on se rend compte que l'auteur n'en est largement pas à son coup d'essai, qu'il a déjà bien confirmé son talent et qu'il est une valeur montante et sure de la littérature française actuelle. J'ai eu l'occasion d'aller le voir en dédicace, et même si ce fut bref, je fus enchanté de pouvoir toucher du doigt sa production qui semblait assez intense. Et qui donne envie de se plonger encore dedans.

Ce roman est étrange, intriguant, attirant, envoutant. Il est décousu et totalement linéaire. C'est un roman expérimental reposant sur des bases anciennes. Je ne saurais vraiment où le ranger, mais c'est dans mon top du panier qu'il va assurément. Dans le genre, je n'avais pas ressenti de tel "choc" à la sortie de ma lecture depuis celle de Martin Eden, de Neverwhere ou de Wonderful. Ici, tout est superbe mais en même temps rien n'est clair. Et pourtant si. Essayons de l'expliquer.

Déjà, le propos est centré sur Shakespeare sans que celui-ci n'apparaisse une seule fois. Bien évidemment, son œuvre et sa biographie lacunaire suffiraient à représenter le personnage, mais Fabrice Colin se paye le luxe de nous en donner plus, en inventant le reste, en reprenant la légende faite autour du personnage mais aussi en nous faisant explorer d'autres domaines.
Ce livre traite de folie, d'amour, de femmes et de mère, de l'art et de la vie, de la nature et de mythologie grecque sans que tout cela ne soit un seul instant incohérent. C'est un mélange de diverses choses qui forme un ensemble d'une grande richesse et que je n'ai pas fini de comprendre, j'en suis certain. Rien n'est totalement limpide, mais tout semble clair. Brillant.

La forme est aussi déroutante que le fond, puisque nous nous retrouvons avec des passages de la vie d'un personnage, avec des références internes au livre, puisque le personnage brule à un moment son journal, que nous lisons ensuite dans l'intégralité. Le tout se finissant sur une pièce de théâtre en cinq actes. C'est une façon tellement originale de faire qu'on ne peut résister, tout en comprenant à quel point l'ensemble est parfaitement cohérent à la structure interne du récit et au récit lui-même.

Le tout avec un style ... Excellent serait le mot exact. Parfaitement approprié, avec des passages proche du théâtre, de la poésie, du film, des morceaux d'onirisme et de folie parfaitement orchestré, des superbes passages entre réalité et monde de fée. Et des références qui rehaussent l'ensemble. Comment résister à cela ?

Pourtant, et je dois bien le dire, je ne sais pas si je conseillerai ce livre à tout le monde. En fait, ce livre est très expérimental et risque de rebuter plus d'une personne qui s'accrocherait au récit pour en comprendre le sens. C'est un livre qui nécessite un lâcher-prise mental, qui nous demande de nous asseoir sans se poser de question et de vagabonder dans cet univers étrange et poétique sans nous arrêter. Si vous arrivez à faire ce détachement, le livre commencera doucement à vous envouter pour vous promener dans une Angleterre qu'on rêverait de visiter, un sonnet de Shakespeare en tête, dans une forêt brumeuse, à la recherche de Puck ou d'Obéron. C'est un charme extraordinaire, qui nous tient d'un bout à l'autre pour nous relacher haletant avec en tête, comme unique pensée : "Oh merde. Encore".

Car oui, il faudrait se replonger au cœur de ce livre pour en extraire encore les détails qui ne semblent pas clair, les passages légèrement flous, tout ce qui est encore à découvrir. C'est un livre qui se déguste bien après sa lecture, qui reste en bouche et en tête, qui nous transporte pour nous lâcher après la dernière page, et la chute est belle et longue. C'est le genre de livre qui nous a accroché le cœur et qui nous laisse des petites cicatrices dessus, qui marque vraiment. Car oui, ce livre marque. C'est de la sensibilité, de l'émotion, et, pauvres de nous, simples mortels, nous restons sensibles à cela. Puisse cette sensibilité rester éternelle.

Si je vous conseille ce livre ? La question ne se pose même pas. Oui. Et je vous envie, futur lecteur de cette œuvre, de pouvoir gouter au délice nouveau de ce livre. Bonne lecture à vous, et rendez-vous ensuite, dans un théâtre ou à la bibliothèque. Avec Shakespeare. Et avec Fabrice Colin.

(Chronique n°204)

dimanche 8 juin 2014

Atomic Bomb (Fabrice Colin & David Calvo)

Dans le cadre du festival de Epinal dédié aux livres de SFFF*, je me suis retrouvé à acheter ce petit livre pour l'insigne honneur d'une dédicace de Fabrice Colin, compagnon d'écriture d'un certain David Calvo dont je cherche à lire un peu plus d'ouvrage à présent. Et qui n'était pas là, d'ailleurs. Bref, je me suis retrouvé avec ce livre en main, mais vous entendrez souvent reparler de ce festival, un ami y a trouvé beaucoup de livres que je commenterais ici. En attendant, attardons-nous sur le cas d'un livre assez particulier, dénotant un poil dans mes récentes lectures et qui fut englouti bien trop vite à mon gout.


Résumé en trois mots : Bombe atomique, Rats et Extra-terrestre

Pour avoir envie de lire ce livre, lisez simplement le dos et vous aurez une excellente idée de la teneur générale de l'ensemble. A savoir, complètement barré, déjanté, fourmillant d'idée et, semble-t-il, à moitié malade mental.
Ce livre est un roman, mais en même temps trois nouvelles, qui s'articulent ensemble tout en étant très indépendante. Et en traitant ... de tout et n'importe quoi. De rats prenants du LSD, de vieux qui surfent, d'extra-terrestre en forme de poire ... Je ne sais pas comment parler de ce livre, c'est tellement fouilli, foutraque et incompréhensible ! Les idées foisonnent au milieu d'un humour particulier. Et je ne parle pas du style d'écriture, excellent, sans parler des références qui parsèment l'ouvrage, tout en rendant hommage à de nombreuses choses.
En tant que tel, je pense que le livre n'est pas hyper simple à appréhender, mais quand on accepte de s'accrocher, de laisser sa logique au vestiaire et de lire sans se prendre la tête, on passe un excellent moment. Les situations s'enchainent et le délire parsème les pages jusqu'au bout, dans des explosions finales qui laissent assez rêveur. D'ailleurs la fin apportera aussi son lot de surprise sérieuse. Je ne sais pas si c'est le cas de tout les Calvo, mais la thématique de la fin est bien présente, avec une sorte de cheminement dramatique à la fin, très inattendu. Mais bienvenue.

Un drôle de livre, bien écrit et qui m'a surpris d'un bout à l'autre. Si vous acceptez de lire un livre en laissant temporairement votre réflexion logique de côté, il vous sierra à merveille. Mais dans le cas contraire, vous trouverez un livre obscur et incompréhensible. C'est un style, il faut l'apprécier pour pouvoir le livre, et dans mon cas j'adore. J'ai hâte de lire la suite des livres de Calvo, et je vais me pencher sur les Fabrice Colin, j'en ai plusieurs en réserve. Ces deux auteurs me semblent extrèmement prometteur.

(Chronique n°191)