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vendredi 20 février 2015

Sourcellerie (Terry Pratchett)

Cinquième tome des Annales du Disque-monde, je progresse maintenant un peu plus dans l'ordre et j'ai bon espoir d'atteindre le tome 20 en lisant progressivement dans l'ordre, et ainsi pouvoir finir un jour la saga. Enfin, vu le prix, c'est pas pour demain la veille. 35 tomes quoi ! Bigre, diantre, fichtre et foutre. Mais bon, faut avouer que c'est si bon ... D'ailleurs, parlons de ce qui nous amène ici, parlons de ce tome, celui qui continue les aventures de Rincevent, mage minable de l'université de l'invisible, et qui possède comme unique preuve de sa magie son chapeau brodé du mot "MAJE". Evidemment, quand ça commence comme ça, on s'attend à quelque chose ensuite.


Résumé en trois mots : Magie, Apocalypse et Voyage

Rincevent est peut-être un mage minable, mais il n'en reste pas moins doué pour se fourrer dans les situations les plus invraisemblable et qui nécessitent son action immédiate sous peine de fin du monde. Rien que ça, messieurs-dames ! Et ici la raison est simple : un sourceleur arrive ! Un sourceleur, c'est un sorcier au carré. Un huitième fils d'un huitième fils d'un huitième fils. Là où le mage ordinaire n'est qu'un huitième fils d'un huitième fils. C'est un condensé de pouvoir, un bloc de magie brute, quelque chose qui est à même de modifier la trame du monde. Et c'est justement ça le problème.

Si j'ai beaucoup aimé l'idée de départ et le développement humoristique qui s'en suit, Rincevent restant l'éternel looser qui n'arrivera jamais à rien. C'en est presque triste parfois, tant il est minable, mais la veine humoristique vient en grande partie de lui, et le Bagage, fidèle compagnon plutôt dangereux (et également très humain pour un meuble) continue a l'assister dans ses péripéties sur tout les continents.
Mais je crois que quelque chose m'a un peu plus dérangé dans ce tome. Une impression vague et diffuse. Généralement je suis très réceptif à l'humour de Terry Pratchett, mais je crois que le sérieux est un poil trop présent dans la fin de ce tome pour que je l'apprécie à sa pleine mesure. Je suis fan de la façon dont Pratchett intègre tout à coup du sérieux et de la réflexion dans son oeuvre alors qu'on ne s'y attend pas, mais là j'ai eu un petit bof en refermant le livre, et j'ai plutôt envie de me tourner vers un autre tome pour m'amuser à nouveau pleinement. Un petit quelque chose en moins ou en plus, mais j'ai légèrement moins aimé ce tome que les autres. Le côté trop héroïque de certaines passages aussi.

Cela dit, c'est toujours très bon et l'ensemble de l'histoire contient des perles d'humour et des façons d'envisager les choses extraordinaires, alors je ne peux que vous recommander de lire ce tome, qui s'inscrit de toute façon dans la droite ligne des Annales du Disque-Monde, qui me semble être une série qu'il faut véritablement avoir lu un jour.

Je ne pense pas qu'on tienne là le meilleur tome (mais après Les petits Dieux et Le père porcher, je dois avouer que c'est difficile) mais qui continue d'une façon humoristique les aventures du mage le plus malchanceux de l'histoire de la fantasy. Beaucoup d'humour et des bonnes idées, il reste juste un détail qui m'a fait ne pas l'apprécier, et je ne parviens pas vraiment à mettre le doigt dessus. C'est bête, mais bon, on fera avec ! Et ça reste très bon à lire, alors ne vous privez pas.

(Chronique n°234)

lundi 19 janvier 2015

Les enfants d'Icare (Arthur C. Clarke)

J'aime bien la façon dont les éditions Milady (branche de l'éditeur Bragelonne) font leurs livres, dans un format un poil différent avec des couvertures qui accrochent (sauf dans le cas de Sorceleur où je pense qu'ils se foutent de la gueule du client). J'ai pris ce livre pour continuer dans la voie des lectures de ces auteurs de Science-fiction cultes, indispensable, excellents et reconnus. C'est pourquoi mes lectures furent riches de Bradbury, Asimov, Clarke et Dick ces derniers temps (il me reste les Frank Herbert à explorer). Et celui-ci me faisait de l'œil via ses critiques élogieuses. Je me le suis offert et à l'occasion d'une très longue après-midi, je me le suis fini presque intégralement. Je pense que vous comprenez l'idée.


Résumé en trois mots : Extra-terrestre, Humanité et Divinités


Il me semble que je l'ai déjà dit, mais c'est assez amusant comme chacun de ces quatre auteurs cultes à sa patte. Isaac Asimov est très philosophique et carré. Philippe K. Dick est dérangeant et déroutant. Ray Bradburry est poétique et philosophique. Arthur C. Clarke est scientifique et beau.
Ce roman me confirme que Arthur C. Clarke sait écrire d'une façon belle et surprenante, avec ce qu'il faut de scientifique dedans pour que l'on en apprenne toujours un peu. Ici, c'est largement passé au second plan par rapport au reste, mais c'est tout de même présent. Ce roman est surtout centré sur la question de l'homme, de l'humanité, de sa place dans l'univers et de son but.
En le lisant, je me posais de plus en plus la question du but du roman, entre la façon dont les extra-terrestres maintenaient une présence dominatrice sur la Terre et l'évolution de la psychologie humaine à leurs propos. C'est pourquoi j'ai été surpris par le tournant que prend le livre tout à coup, avec cette explication à laquelle je ne m'attendais pas (mais qui rejoint en un sens ce qui avait déjà été mis dans 2001, l'odysséede l'espace) mais qui se paye en sus le luxe d'être extraordinairement belle, avec une touche merveilleuse qui m'a complètement surpris. C'est, progressivement, de plus en plus beau jusqu'à un final qui n'a pas été sans me rappeler la larme que j'avais presque à la fin de Chantsde la Terre lointaine. Arthur C. Clarke m'a hypnotisé d'un bout à l'autre du livre et m'a laissé un merveilleux goût en bouche, avec cette douceur et cette beauté.
Le roman en lui-même est un petit bijou, l'histoire étant intrigante, les personnages passant sans qu'on ne soit liés complètement à l'un ou l'autre, les chapitres s'enchainant sans qu'on ne puisse deviner vers où ils tendent, et cette fin en apothéose qui vient conclure le tout, c'est proprement magnifique. Le genre de roman qu'on aimerai presque relire pour retrouver ce goût en bouche, mais qui ne laissera plus la même saveur. Je le relirai avec plaisir, mais ce ne sera plus pareil, et c'est presque triste. Mais la beauté est éphémère. Ce livre sait nous le rappeler.

Du comme ça, j'en redemanderais volontiers ! Un livre très surprenant et qui m'a laissé complètement pantois, avec une beauté inhérente à l'auteur et qui m'a plu, au-delà des mots. Ce genre de science-fiction, c'est de l'or en barre. J'en redemanderais, entre les précisions scientifiques apportées par petites touches et l'histoire qui sait se dérouler de surprises en surprises jusqu'au final étonnant, c'est une réussite incontestable. Je ne sais pas si je suis face au meilleur de Clarke, mais c'est un excellent roman assurément, et que je ne peux que vous recommander chaudement. Cet auteur me plait, j'ai hâte de lire la suite.

(Chronique n°220)

dimanche 4 janvier 2015

Sunk (Fabrice Colin & David Calvo)

Ce livre est … étrange. Je l'ai eu d'un ami qui l'a lu et ne l'a pas du tout aimé. Je dois avouer, ce n'est pas le genre de livre qu'on pourrait qualifier de conventionnel. Il l'avait trouvé aux Immaginales (là où j'ai pris Atomic Bomb) et me l'a donné peu de temps après. Alors, c'est vrai, le style de David Calvo et de Fabrice Colin mélangé est détonnant, peu classique et très obscur, mélangeant plein de choses, et qui semble toujours être sorti de l'imagination d'un dément pour n'atterrir nul part en s'égarant au passage dans tout les recoins de la santé mentale déficiente. Sans même parler d'une morale (qui existerait peut-être) ou d'une leçon à en tirer, ou simplement d'un but. Bref, un gros morceau de foutraque sorti de nul part et en partance pour n'importe où avec arrêt régulier sur la case absurdité. Avouez, ce n'est pas ce qu'il y a de plus vendeur.


Résumé en trois mots : Ile, Déjanté et Absurde

Ce livre est … Inclassable n'est pas le mot. Incompréhensible non plus, même si il y a de l'idée. Foutraque s'en approche déjà plus. Peut-être : Illogique. Oui, c'est ça. Ce livre défie la logique et le bon sens même. Il s'agit là d'un livre qui se moque de tout et de tout le monde, jusqu'au lecteur qui ressort de sa lecture avec des questions plein la tête, dont une qui brille plus fort que tout : « Qu'est-ce que pourquoi de quoi ? ». Disons que le livre est dans le même ordre d'idée.
Je ne pourrais pas vraiment vous décrire ce livre, complètement égaré. Une histoire d'île qui coule (ou de mer qui monte ?), de deux frères et de gens qui tentent de se sauver de cette catastrophe. Ah oui, et aussi d'un mec immortel, de canards, de machine à laver, de picon bière, de sémaphore, de … De quoi ? Oui, j'en perdrais mon latin et mon français avec.
Faut bien l'avouer, dès le début, je présentais que je n'allais pas y comprendre grand chose, car tout est en dehors de la logique et de la raison. Je vous dirais volontiers qu'il s'agit d'un délire de la part des deux auteurs, mais le pire est qu'il ne s'agit même pas de ça ! C'est juste un livre qui est totalement inaccessible mais qui se paye le luxe d'une histoire douteuse et de propositions dignes de trips sous LSD d'un toxicomane accro à l'extasy et à la cocaïne. Avec une note de couleur, genre impressionniste vu au kaléidoscope.
Et le pire, c'est qu'il semble y avoir une cohérence ! Comme si je voyais quelque objet en cinq dimensions, moi qui suis limité par mes trois. Alors certes, il doit y avoir une façon de comprendre ce livre, mais je ne l'ai pas du tout trouvé. Et croyez-moi, je ne la trouverais sans doute jamais.

Ce livre … Je ne peux pas le déconseiller, et encore moins le conseiller. C'est … quelque chose, un OVNI littéraire tel qu'on a encore jamais vu. Cohérent dans son incohérence, incompréhensible bien que facile à lire, complètement déjanté et tragique, ce livre est tout sauf un livre qu'on arrive à comprendre. Rien de logique, rien de cohérent. Et pourtant je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. De façon extrêmement simple, je ne l'ai absolument pas compris. Il restera sans doute pour moi la lecture la lecture la plus mystérieuse de celles dont je me rappelle. C'est le genre que j'aimerai comprendre, mais le livre n'en laisse pas la moindre possibilité. A lire si ça vous tente. Je ne saurais vous dire ce qu'il faut en tirer, en attendre et encore moins en comprendre.

(Chronique n°213)

lundi 2 décembre 2013

H2G2 Le guide du voyageur galactique (Douglas Adams)


Qui ne connait pas cette série ? Vous dans le fond ? Alors vous êtes prié de sortir rapidement et de vous enfermer chez vous avec la plus fameuse trilogie en cinq volumes jamais écrites par une main humaine, et revenir quand vous aurez enfin inculqué un peu de savoir dans le crâne étroit qui vous sert à réfléchir et que vous serez à même de donner une réponse convenable, compris ?
Quant aux autres, je vous invite à lire également cette série tout de suite, que vous connaissiez le film ou non, que vous soyez au courant ou non du reste. Compris ? Quoi, une question ? Pourquoi je vous oblige à le lire ? Mais c'est bête comme chou : 42.

Résumé en trois mots : Science-fiction, Humour et Absurde

Cette saga est légendaire et je pense que beaucoup en ont parlés mieux que moi, alors je serais très bref. Il est vrai que je ne l'ai lu qu'après le film, que j'avais beaucoup aimé, et que la saga est un peu spéciale, puisque basée sur une chronique audio que Douglas Adam faisait à la radio. Je dois dire que pour le coup, ça se remarque pas mal dans la forme et dans une partie du fond aussi. Enfin, essayons de commencer par le début.

Pour faire simple, le roman est avant tout humoristique même si on peut lui trouver des approches philosophique ou de science-fiction. Voir même simplement humaine, mais ça c'est tout autre chose. Pour le reste, c'est à 90 % ou presque humoristique. Et j'avoue que c'est exactement le style d'humour que j'affectionne tout particulièrement.
Sur le style je serais par contre plus circonspect, puisqu'en fait la façon d'écrire sent à plein nez le format audio. C'est un livre superbe à lire à mon avis, mais alors je dois dire que c'est un gros foutoir. Ça part dans tout les sens sans qu'on ne puisse vraiment dire si l'auteur avait un cheminement prévu. Il utilise d'ailleurs cette fameuse technique consistant à laisser des pistes ouvertes pour pouvoirs ensuite les exploiter à volonté si il en ressent le besoin. C'est pas mauvais, mais c'est franchement visible. On sent que l'auteur invente progressivement, et même si c'est bon j'ai eu parfois l'impression que c'était un peu trop fourre-tout, même si ça retombe sur ses pattes.
Autre détail important : la qualité des tomes est très inégale. Notamment le tome 5 qui m'a déçu au plus haut point (déjà Marvin n'y est plus) parce qu'il manque une bonne partie des personnages, que l'auteur use de grosses facilités et que certaines choses m'ont beaucoup moins plus que le reste. On sent que l'auteur à innové sur ce qu'il y avait avant et que ce n'est pas du tout dans la continuité des choses. Le premier tome démarre en force, et ensuite ça fluctue franchement d'un tome à l'autre, je vous conseille de faire attention à ça si vous le lisez.

Mais en dehors de ces "défauts", je dois bien dire que le reste du livre est génial. L'auteur rivalise d'absurdité et d'inventivité, comble d'humour les trous du livre et m'a fait pleurer de rire plus d'une fois. C'est tellement bon d'avoir un concentré d'humour à ce point là, sans compter les idées qui fusent toutes les deux pages, à chaque fois plus surprenante et plus incroyables, sortant complètement de l'ordinaire de ce qu'on trouve en SF et si bien mis en scène qu'elles en seraient toutes crédibles. Je ne peux que crier au génie face à ça.


Une saga légendaire et mémorable, bien que très inégale. L'auteur n'est pas forcément le meilleur romancier que j'ai lu dans ma vie, il a un style très brouillon et un peu fourre-tout, l'histoire est remisée au second plan, mais c'est un plaisir à lire, même si on se balade dans l'univers sans rien comprendre et sans savoir où tout cela finira. C'est une aventure spatiale loufoque et débridée qui nous entrainera bien plus loin qu'on ne peux jamais l'imaginer. C'est une extraordinaire source d'humour qui tient dans la main, et que j'affectionne tout particulièrement. Alors, à lire ? 42.

(Chronique n° 102)

dimanche 7 juillet 2013

De bons présages (Neil Gaiman & Terry Pratchett)


Eh oui, encore un Gaiman, mais cette fois-ci en duo avec l'auteur qu'il admire et que l'on m'a si souvent conseillé, surtout pour sa fameuse série fleuve Les annales du disque-monde, qui est apparemment une vraie merveille selon ce que j'ai entendu. En tout cas, je me suis plongé dedans pour le nom de Gaiman surtout, après toute mes autres lectures. Et voici le résultat !


Résumé en trois mots : Apocalypse, Humour et Absurde
J'avoue que le spitch de cette histoire est très alléchant, puisqu'il nous propose de vivre l'Apocalypse. Et oui, la vraie fin du monde, avec tout ce que cela peut comporter comme petits désagréments, tels que la hausse de la mortalité, les bouchons sur le périphérique de Londres ou le refroidissement de sa tasse de chocolat chaud. Et oui, car ici nous avons le droit à une apocalypse en beauté. Une apocalypse en humour ! Et oui messieurs dames. Mais je commence par la fin, passons au début. Quel est l'histoire ?

L'histoire commence onze ans avant son début. Lorsque l'on demande à un démon sur la Terre, Rampa, de s'occuper de l'Apocalypse et accessoirement de surveiller l'Antéchrist, qui va naitre bientôt. Car c'est bien l'Antéchrist qui va déclencher tout cela. Il est l'antithèse de Jésus, il est le fils du diable, le mal incarné, celui aux pouvoirs énormes qui va déclencher la bataille finale entre les cieux et l'enfer. Charmant programme, et surtout très vaste. Mais il y a un hic. Rampa ne veut pas tellement que l'Apocalypse arrive, il commence à être attaché à cette planète. Après avoir passé plusieurs siècles dessus à oeuvrer pour le diable, on a ses petites habitudes, vous comprenez ? Et ce n'est pas Aziraphale qui dira le contraire. Aziraphale, c'est un ange bien sympathique qui à le même boulot que Rampa mais pour les cieux : agir pour le seigneur. Et puis, lui aussi il est attaché à cette planète, surtout aux livres, qu'il adore. Il est libraire (sans jamais rien vendre).
Le truc, c'est que Rampa et Aziraphale sont aussi assez proches, puisqu'ils ont un peu la même conditions. Et qu'ils s'entraident, chacun aidant un peu pour le boulot de l'autre (de toute façon le boulot sera fait, alors autant s'aider et diminuer le temps de travail, non ?). Alors les deux ensembles mettent sur pied un plan d'action. Et si on faisait en sorte que l'Apocalypse n'aurait pas lieu ? C'est pas si dur, il suffit d'empêcher l'Antéchrist de tout lancer, onze ans plus tard. A deux, ils devraient y arriver.
Mais il faudra compter aussi sur des bonnes sœurs bavardes, des bébés égarés, des prophéties d'une certaine Agnès, des nouveaux inquisiteurs, des gamins turbulents et un village idyllique.

L'histoire, comme vous le voyez, joue avec les codes du genre, dans un esprit très proche de ce que fait Pratchett habituellement, c'est-à-dire de rire de tout ! Et là, on s'en prend tout le temps, puisque le livre est entièrement humoristique. De quoi bien rigoler. D'ailleurs celui qui à du bien rigoler, c'est le traducteur (qui jette même l'éponge à un moment et nous explique un jeu de mot avec une astérisque. Je pense qu'il a du sincèrement en baver, parce que retranscrire l'humour d'une langue à l'autre n'est pas chose aisée (la poésie non plus remarque ...). En tout cas le pari est sacrément réussi, parce que j'ai tout de même bien rigolé tout au long de l’œuvre (et lorsque le traducteur fait des apartés, c'est aussi très drôle).

Sinon, l'histoire est vraiment sympathique, très bien mise en œuvre, avec de l'ingéniosité, des petites retournements de situations, des idées en vrac et le tout sous un bon couvert d'humour. Le propos est bien recouvert sous le vernis de l'humour, mais il reste néanmoins intelligent et propose une petit réflexion sur l'Apocalypse et la façon de l'appréhender dans le camp du ciel et de l'enfer. Je n'en dis pas plus, pour ne pas vous spoiler, mais c'est toujours appréciable d'avoir un livre humoristique avec un fond un peu sérieux, ou au moins réfléchis.

J'ajouterai également que le style d'écriture est très fluide, et que la lecture est un réel plaisir. Le seul moment où vous allez poser le livre, c'est lorsque vous voulez rire tranquillement d'un gag en particulier et que vous n'arrivez plus trop à tenir le livre droit avec le hoquet qui vous secoue. Mais pour le reste, tout est bon, même les personnages sont bien campés.

Par contre, je dois déplorer un petit détail. C'est que je n'ai pas vraiment accroché. Je ne sais pas exactement pourquoi, peut-être est-ce par rapport aux lectures que j'avais faites juste avant et qui étaient, elles, sérieuses. Peut-être n'était-ce tout simplement pas le moment. Je ne sais pas trop. En tout cas j'ai eu le sentiment de ne pas apprécier le livre à sa juste valeur. Comme si je le lisais en me disant "C'est très bon ! Je pense que j'aimerai, mais pas aujourd'hui". Du coup ma lecture fut un peu pénible, et j'ai avancé doucement, avec l'impression d'accomplir une corvée plutôt qu'une lecture agréable. C'est pourquoi je reste mitigé dessus. En tout cas, même si je trouve le livre bien, je préfère quand Gaiman fait des livres plus sérieux et un peu plus dans le fantastique. Je trouve qu'il instaure une ambiance plus prenante. Je crois que c'est vraiment l'ambiance du récit avec laquelle j'ai eu du mal : une ambiance trop humoristique, bon enfant. Je ne suis pas trop fait pour ce genre dans les livres. En BD, ça passe beaucoup mieux selon moi.


En bref, le fait de ne pas avoir aimé me contrit un peu, bien que je trouve l'ouvrage très bon (vous avez vu l'emploi de verbe rare ?). Il appert que les deux auteurs sont bons, et que l'humour est de même facture, mais je n'ai pas été séduit par le déploiement intensif d'idées et d'humour. J'en suis fort marri, mais je pense vraiment que l'ambiance posée n'est pas celle que j'attendais du récit, et que j'attendais autre chose, ce qui fait que je n'ai pu apprécier l'ouvrage à sa juste valeur.

Ce qui n'enlève donc rien à son prestige, et je vous suggère grandement de le lire, dans le genre des ouvrages fantastique-humour, il doit tenir largement le haut du pavé. Et puis les deux grandes pointures réunies, ça ne se refuse pas. En tout cas, c'est très différent que ce que j'avais déjà lu de l'univers de Gaiman. Ce fut une surprise, mais malheureusement mauvaise. Je crois je vais essayer un autre alors, pour me réconcilier.

(Chronique n°58)

jeudi 6 juin 2013

Le fléau (Stephen King)


Encore un Stephen King, mais là nous arrivons plus dans ces fameux romans d'horreur qui ont assis sa réputation, mais qui ne sont pas forcément les meilleurs de sa production. Je garde en réserve Ça pour l'instant, et j'attaque des pavés qui tiennent en haleine pendant un petit moment (764 pages le premier, 790 pages le deuxième). Le fléau c'est sans doute son plus gros avant la fameuse série de La tour sombre qui lui contient de quoi tenir pendant la semaine. Quand il fait des séries, il y a de quoi lire, et d'ailleurs il faudrait que je me procure Dôme qui m'a l'air très sympa aussi (et je pense que je vais essayer de le prendre rapidement). En attendant, voici un des bons pavés de Stephen King qui explore les côtés noirs et fantastique de l'âme humaine, la dualité des gens, voici Le Fléau de Stephen King !


Résumé en trois mots : Apocalypse, Survivants et Organisation

Donc encore un petit Stephen King ! Alors de quoi parle donc ce roman ? Et bien tout simplement, d'un fléau. Ah oui, précision rapide : ce livre est disponible en deux ou trois volumes (tout comme Ça du même auteur) mais je ne parle ici que de l'édition 2 volumes, qui est celle de la collection Livre de poche. C'est un ouvrage conséquent (1554 pages en tout) qui va vous tenir en haleine sur une bonne durée ! Ah oui, dernière petite précision : l'édition Livre de poche contient de temps à autres des illustrations en noir et blanc, chose assez rare pour être signalée. Elles ne sont pas extraordinaire dans l'ensemble, mais elles complètent bien l'ensemble et permettent de s’imprégner de l'atmosphère noire qui transparait beaucoup dans le roman. C'est assez curieux que l'édition ai choisie d'en rajouter (ou de les laisser). Mais c'est une très bonne idée, dont on peut les féliciter.
Déjà, l'histoire est simple mais est curieusement en avance sur beaucoup de contemporain : un virus décime 99.4 % de la planète. C'est pas du virus de mauviette ça ! Et attention, pas d'apocalypse zombie, pas de trucs de ce genre. Non, juste une belle mort pour tout le monde, des cadavres dans les rues, des survivants hagards et qui ne survivent pas tous très longtemps. Stephen King sait encore une fois jouer et toucher juste. Un vrai manipulateur d'esprit.
En fait la première partie du premier livre va se concentrer sur la propagation de la maladie et présenter un peu tout les personnages qui interviendront ensuite. Nous aurons aussi le droit à des morts qui n'interviendront plus ensuite (notamment un gamin qui tombe dans un puits). Et évidemment, la présentation du grand méchant à la Stephen King, le mal absolue, l'homme en noir (qui est un des plus charismatique du roman d'ailleurs) : Randall Flagg. Un personnage qui revient dans Les yeux du dragon ou encore dans La tour sombre, et qui est juste parfait dans le rôle de l'homme en noir, méchant jusqu'au bout des ongles et aux intentions douteuses. Ensuite vient la personnification du bien, de l'envoyé de Dieu, bien que comme toujours avec Stephen King se soit douteux (Dieu est toujours un peu salaud dans ses romans et très cruel) avec le personnage de Mère Abigael, une vieille noire de 108 ans, la doyenne de l'humanité désormais. Ces deux personnages vont cristalliser les survivants en les appelants dans leurs rêves. Ils vont désormais s'unir en deux camps bien opposés, chacun avec ses intentions, et chacun avec ses moyens.

Le spitch semble classique d'une histoire de fin du monde, mais je dois bien dire que les ficelles sont très peu courantes, même si le principe de la dualité des deux camps est posé de façon très manichéenne, les personnes dans ces camps sont très diversifiés. Personne n'est simple, les gens ont tous des facettes plus complexes qu'on ne peut le penser, et Stephen King le retranscrit bien. Les personnages du camp "gentil" sont plus simples on dirait, mais ils ont également des mauvais côtés qui ne demandent qu'a ressortir. SK se fera un plaisir de le faire. En plus de ça, la galerie de personnages est très variée, et les portraits sont bien construits, sans trop de clichés. En plus nous suivrons leur évolution sur une période très longue, ce qui est d'autant mieux pour bien comprendre.

Le fil rouge du livre varie selon les périodes. D'abord en présentant tout les personnages, puis dans la quête de chacun jusqu’à trouver le lieu qui sert de rassemblement à celui qu'il cherche, puis ensuite le développement des deux communautés qui renaissent progressivement, avec tout les problèmes que cela peut poser. Et bien évidemment le fait que chacun connait la présence de l'autre camp et sait très bien qu'il n'est pas d'accord avec lui. D'où des tensions qui naissent entre les camps et dans les camps. Le deuxième volume va se concentrer justement là-dessus, avec moins d'horreur que dans le premier tome, qui contient plus d'un passage qui vont vous prendre au tripes. Dans le style d'écriture classique de SK, vous ne décrocherez pas d'une page jusqu'à la fin. Tout le génie de SK, c'est d'arriver à vous maintenir jusqu'au bout en état d'haleine sans que vous n'ayez de répétition. Le fait que la trame change plusieurs fois incite vraiment à aller jusqu'au bout du roman, et le dénouement (comme souvent chez SK) ne laissera pas indemne les personnages, et surtout vous invitera à repenser la société et ses fondements. Sans que le propos ne soit vraiment développé à fond (comme un ouvrage de philosophie), SK nous propose quand même de revoir la société à la base et de comprendre la nature de l'homme. Ce n'est pas la philosophie la plus élaborée, mais elle est là et apporte un peu de fond. C'est déjà ça.


A mon avis, le fléau est un livre prenant, un bon livre. Il se dévore très vite malgré la taille, et on a le droit à une belle galerie de personnages ainsi qu'à une intrigue qui tient la route en variant plusieurs fois dans l'ensemble des tomes. Le tout agrémenté de plusieurs passages d'horreur et prenant, comme sait si bien le faire Stephen King.
Bien évidemment, nous auront le droit également à une réflexion assez manichéenne dans l'ensemble, mais les personnages sont bien traités. Le livre se relit très bien et est toujours aussi prenant à la .... vingtième relecture, signe évident de réussite. Je pense vraiment que c'est un bon livre et qu'il vaut le coup d'être lu, même si on est pas dans le meilleur de ce qu'a fait Stephen King.

(Chronique n°50)

mercredi 20 février 2013

Notes (Boulet)

Parlons peu, parlons bien. Parlons de tout ! Je vous propose d'aborder une autre série de BD que j'adore. Parlons d'un magnifique fourre-tout qui est également un des piliers de la culture BD actuelle, bien qu'il s'agisse d'une BD très récente et souvent décriée. Vous voyez de quoi je veux parler ? Mais des blogs-bd bien évidemment ! Une forme très récente de média qui a connu une expansion dynamique incroyable et qui a des dérives tellement spécifiques qu'elles sont impossible à publier (turbomédia entre autres). Et si l'on parle de Blog-bd, il y a quelques dieux qu'il faut connaitre. Là je vous propose le Zeus, le Jupiter, le grand des grands, celui qui règne sans partage depuis à présent 7 ans (ou plus) sur le monde des blogs de la bande-dessinée, le saint des saints, dont les notes publiées attirent des centaines de milliers de visiteurs. Je vous parle d'une bête d'internet, d'un dieu géant de la blogosphère, d'une légende vivante, d'un monstre du gag. Je vous parle, de BOULET !



Boulet, c'est un homme qui dans la vraie vie s'appelle Gilles Roussel. Il vit à Paris, mais a fait son enfance dans la campagne française (je sais plus où exactement, c'est dans la Bourgogne). En juillet 2004, il lance son blog sur le net, qui deviendra vite un blog connu et actuellement le plus visité de tout les blogs-BD de France et de Navarre. La fréquentation moyenne dépasse la dizaine de milliers chaque jour et frôle des statistiques hallucinantes dans les jours où il poste.
Son blog, nommé sobrement bouletcorp, est également un des meilleurs de la toile je pense. Il y fait des gags en quelques planches, de temps en temps des strips, des illustrations, des fan-arts, des trucs dans l'actualité, des parodies, des fond d'écran selon une série ... Bref, il y en a pour absolument tout les gouts. Et lorsque tout cela à commencé à être publié, au éditions shampooing, en 2008 (pour info, c'est Trondheim qui dirige cette collection). Il a publié à ce jour 7 tomes (aux noms excellent : Born to be a larve, Le petit théâtre de la rue, La viande c'est la force, Songes est mensonges, Quelques instants avant la fin du monde, Debout mes globules, Formicapunk) et un huitième est en préparation, mais dans un style un peu particulier. Je détaillerais de toute façons les tomes plus loin. Cependant, il faut savoir que 80 % du contenu des tomes est disponible gratuitement sur le net, en cliquant sur le lien du blog, section archives. Vous en avez pour plusieurs heures de lectures (voir jours) je pense, amusez-vous bien. Ca vaut largement le détour.


Donc Boulet, c'est Gilles Roussel. Il est jeune, fringuant, dessinateur de BD (entre autres et de mémoire : La rubrique scientifique, Le Mya, Ragnarock) notamment en colaborant pendant des années pour la revue Tcho ! (celle qui est d'ailleurs actuellement finie). Son blog commencé en 2004 est une plateforme de dessins qu'il avait envie de faire, et qui ont bien vite plu à une large majorité de la population. La preuve avec sa fréquentation.

Ce blog, c'est un peu un gros foutoir, passez-moi l'expression. Il n'y a rien de construit, pas de liant, pas de continuité entre les notes. Boulet va se représenter en avatar particuluer dedans, mais pas dans toute les notes. Il y fait des métaphores autour de son métier, mais pas partout. Il donne des anecdotes de sa vie, mais pas tout le temps. Il philosophe, ou fait de l'humour, du sérieux, des dédicaces à des gens en particulier, mais sinon fait un peu ce qui lui plait. La plupart du temps, c'est du quotidien, de l'anecdote banale mais tellement bien tournée qu'on lit avec un grand plaisir. Et tout ceci se retrouve en album.
Déjà, parlons du dessin. Là, c'est problématique. Je veux dire : prenez un dessinateur qui sait dessiner quasiment tout (sauf les chevaux, dit-il), et qui dessine sur une période de 7 ans, parfois rapidement en torchant un truc, parfois en faisant une note à la peinture, décorée et détaillé. Imaginez le résultat final. En fait nous avons le droit à une explosion de styles, mangas/comics/gros nez, parodie, satirique, onirique, sérieux. Du classe, du moins classe, du simple, du détaillé, du noir et blanc, du coloré, du flashy, du pixelart ... Même si ces derniers temps il se cantonne plus à un style particulier de dessin, il l'a bien fait évoluer. Cependant, il faut reconnaitre une adéquation quasiment parfaite avec le propos. C'est toujours bien en rapport, et parfois on se rend compte également d'une inspiration.

D'ailleurs, la compilation en albums à laissé des pages sur le côté (évidemment), notamment celles de fan-art (ou la plupart), ainsi que des pages plus tournée illustration. De même, sur le net, il a maintenant développé la technique du bonus. En cliquant sur "Commentaire", on a le droit à une case, parfois deux ou trois (mais rarement), toujours humoristiques, qui sont en rapport direct avec la BD. Ces petits/gros plus sont perdus dans la version papier. C'est dommage.
Autre reproche : le format. Le passage à une édition au format réduit à conduit à rendre certaines BD qui étaient déjà petites presque illisible. Une autre, très sombre, est quasiment illisible également en version papier. Là je dois dire qu'on est déçu.


Mais maintenant que les défauts sont fait, passons au qualités. Je dois d'abord souligner l'excellent travail fourni. En effet, lorsque le blog est accessible directement sur le net sans payer, pourquoi acheter des albums ? Et bien c'est très simple. Déjà, il y a du bonus. Plusieurs planches en plus. Ensuite, c'est toujours sympa d'avoir une petite BD plutôt que de devoir allumer le PC. Et on le prête plus facilement, c'est plus sympa. Enfin, les planches en plus sont d'un intérêt tout particulier. Nous avons des planches qui commentent les autres. C'est assez amusant, puisque les tomes se concentrent autour d'un sujet en particulier : le 1 sur le passage du blog au papier, le deux va expliquer les séances de dédicaces d'un festival, le 3 présente sa conception du carnivore, le 4 sa vision des rêves, le 5 parle de la fin du monde, le 6 de biologie et des corps, le 7 est axé autour de la science-fiction, des autres univers et tout ce bazar.
Je dois dire que Boulet s'améliore également beaucoup au fur et à mesure des tomes, avec une fin pour le premier qui est sympathique, mais en faisant ensuite de plus en plus de fin bien trouvé, et très belles. J'ai beaucoup aimé ses apports.

Boulet, comme dit, touche à tout. Mais ce qui est amusant, c'est sa façon de faire de la philosophie du quotidien. Je dois dire que beaucoup de réflexions que je me pose actuellement viennent de lui et de son point de vue. J'ai énormément appris en philosophie avec cette BD, qui est bien évidemment plus axée humour à la base. C'est tout dire.
Et surtout, j'ai trouvé qu'il soulevait beaucoup de bonnes questions. En partant du quotidien, on arrive au sens de la vie. Une façon surprenante, très loin des discours pompeux et chiants de 200 pages qui vous demandent un dictionnaire à la troisième ligne pour comprendre les termes. Là c'est du simple, du direct, mais en même temps du très réfléchi dirait-on. Ou peut-être que Boulet est simplement un génie. Je vous laisse choisir.

En fait, le gros défaut que je trouve à cet ensemble, c'est tout simplement l'humour. Il est très bon et me fait éclater de rire à chaque fois, mais j'ai presque l'impression que Boulet se réfugie souvent dans l'humour au lieu de faire quelque chose de vraiment sérieux. Les notes vraiment sérieuses qu'il a fait se comptent sur les doigts d'une main, et c'est presque dommage car elles contiennent pas mal de très bonnes idées. Tempérer tout le côté humoristique avec des notes un peu plus graves et sérieuses aurait à mon avis été tout à fait bénéfique. Mais c'est un choix, et je le respecte. Cependant, je crois que Boulet aurait
largement matière à faire des romans graphiques sérieux, et il se limite à l'humour. C'est peut-être une fuite, l'humour servant souvent d'écran, mais je ne m'avancerais pas à dire ça. Cependant, je respecte son choix.

Donc, au final, les Notes de Boulet sont quoi exactement ? Une exposition commentée des notes du blog, dirai-je. Une belle présentation de tout son travail sur le net durant les 7 années d'expositions, avec des petits traits d'esprit et d'humour quotidien, sans grandes questions métaphysiques, mais pourtant qui touchent à tout les grands sujets de la vie lorsqu'on les rassemble. Comme un gigantesque puzzle qui ne révèle son dessin que lorsqu'on est presque au bout. Le dessin est au gout de tout le monde, les notes sont diverses et variées, et leur principe permet de lire une petite partie, tout d'un coup ou simplement une page rapidement. C'est au choix du lecteur. Une excellente façon d'aborder les blogs-BD, en commençant par le maitre. On comprend vite son statut si on lit tout les livres.

(Chronique n°16)

vendredi 15 février 2013

La Nuit (Philippe Druillet)


Là, nous abordons une partie qui va poser un peu problème. Ce livre étant pour moi ce qu'on peut appeler une sorte de coup de cœur, c'est très dur d'en parler objectivement. Je vais donc essayer d'en faire néanmoins la critique autant que possible. Ce qui d'ailleurs ne sera pas très dur. Pourtant, qu'est-ce que cette BD est belle ! Une œuvre comme ça, on en trouve pas deux fois dans une vie. Alors partons ensemble dans La Nuit de Philippe Druillet, celle qui commença pour lui à Ivry en 1976, lors d'un tragique événement.


Résumé en trois mots : Violence, science-fiction et Space Opéra

Je crois que je suis tombé sur cette BD complètement par hasard sur le site BDthèque, et j'ai remarqué que c'était du Druillet. Au début je n'ai pas pensé grand chose, remarquant juste que la couverture avait un petit je-ne-sais-quoi qui m'attirait. Ensuite j'ai cliqué sur l'onglet "Résumé". Là j'ai lu l'introduction que Druillet à rédigé à l'intérieur de l'ouvrage. A cet instant, je me suis certifié que je lirais la BD. Peu de temps après je me suis rendu à Illzach pour le festival de BDciné, et je me suis rendu dans les BD d'occasion. Et que ne trouve-je pas ? Cette BD. Je l'achète immédiatement, sachant qu'on la trouve plutôt difficilement (Druillet est apparemment plutôt rare en librairie) et je le prend dans mon sac. Arrivé à la maison je la dévore en même temps que plein d'autres production que j'ai acheté ce jour-là et je la trouve superbe, remarquable, touchant un point sensible. Je la relis après, et décide de lui attribuer la note maximum sur le site. Je n'y touche plus beaucoup ensuite, mais je la garde en mémoire, et je la relis encore de temps à autre.

Cette BD, c'est très particulier. Déjà, elle s'ouvre sur une introduction qui m'a laissé sans voix. Je crois bien que je n'ai plus jamais lu une introduction à la hauteur de celle-ci, que ce soit dans un livre ou dans une BD. Je vous la posterais tout à la fin de la critique afin que vous puissiez vous faire une idée. Mais avant cela, voyons déjà de quoi cette BD parle. Ce qui ne va franchement pas être simple.

Voici la femme de Druillet, Nicole
Pour faire court, Druillet à écrit cette BD très vite, publiée en un an, après la mort de sa femme, décédée d'un cancer en 1975. Druillet a exorcisé sa peine et sa douleur dans cette BD. Du coup, les émotions sont à fleur de peau et j'ai trouvé que toutes passaient sans aucune difficulté entre la BD et le lecteur.
Le dessin de Druillet est très particulier, et Gotlib le parodiait assez cruellement dans son dernier tome des Rubriques-à-brac. Druillet fait des dessins que vous pouvez regarder à la loupe. C'est incroyable, mais les détails sont vraiment pointu, avec des arrières plans riches, des couleurs flashy qui rappellent un trip sous LSD, et un coup de crayon très singulier qui lui est bien propre. Je vous laisse pour cela admire la galerie que j'ai mis dans l'article, afin de vous donner une idée.


L'histoire de La Nuit de Druillet ne peut pas être comprise sans son contexte, que je vous ai dit juste avant.
Et en fait, toute l'histoire en elle même est très obscure. Nous suivons les péripéties d'un groupe de personnes qui s'apparentent à des junkies dans une ville post-apocalyptique, ceux-ci s'appelant Les lions, dirigés par Heintz, jeune leader. Ils sont en lutte contre des hommes en noir appelés les crânes, et sont aussi adeptes de machines futuriste (une moto volante notamment). Ils doivent se réfugier sous terre suite à des intempéries curieuses, font face à d'autres gangs, et recherchent quelque chose qu'ils appellent La dope et qui se trouve au dépôt bleu. Nous n'en saurons jamais vraiment plus : qu'est-ce que le dépôt bleu, la dope, les crânes ? Pourquoi devoir prendre de la dope, pourquoi ces luttes ? Pourquoi l'aube est-elle mortelle ? Pourquoi tout ce monde qui ne peut survivre tout seul ?

 En fait la BD est complètement métaphorique. De ce que je pense, tout est une image d'un corps qui se meurt, et du combat interne entre le corps et les cellules cancéreuses. J'avoue ne pas avoir saisi exactement qui est quoi, mais je pense que les crânes sont le cancer, les groupes sont des cellules du corps (ce qui explique d'ailleurs la scène où l'une explose quand l'autre la touche), la ville est le corps, et le dépôt bleu ... Je ne sais pas. En fait, la BD donne, selon moi, le combat qu'a menée sa femme avant de mourir, comme si le corps était dépecé et qu'on observait l'intérieur. Ce sentiment est renforcé par la fin, même si là encore, tout ne me semble pas très clair. Cependant, des passages semblent évident, et l'incrustation de photos par Druillet renforce franchement ce sentiment. L'ode à la mort dont la BD se trouve souvent qualifié est assez justifié à mon sens. Elle rayonne, cette mort, dans toute les pages, et la survie est une question de chaque instant.

Comme souligné, le dessin est superbe. mais en plus, la composition des cases est vraiment incroyable. Je parlais au début de tripe sous LSD, et bien c'est exactement ça. Des planches en grand format qui vous en mettent vraiment plein la vue dans tout les sens, ça pète le feu de partout, l’œil est sollicité partout, les détails accumulés sont incroyable. Et pourtant, rien n'est laissé au hasard. Plein de petites choses sont pensées sans qu'on les aperçoive, excepté lors de la cinquantième relecture. Et parfois, des pages vont carrément être en double page, mais vous demandant d'inverser le sens du livre. C'est vraiment curieux au beau milieu de la BD, mais c'est remarquable de force, et poignant.

Car oui, le récit est très poignant. Les personnages sont justes de brutes épaisses qui luttent tout le temps dans un monde sauvage et brutal, mais c'est également un personnage principal qui se pose des questions. Il se demande le sens de tout ça, il a peur, il est dans une impasse. Et la course finale est sublime, sur des pages éclatantes, la découverte du dépôt bleu, la façon de mettre en scène. Et que dire de la danse sur Brown Sugar, c'est sublime de vie. Car si c'est une ode à la mort, la BD respire la vie, qui se bat tout le temps, jusqu'au bout, jusqu'au moment où l'espoir est vaincu, mais qui reste jusqu’à la toute fin et disparait avec tout le reste. Une véritable ode à la vie également.



Au final, cette œuvre de science-fiction est très surprenante, surtout qu'elle ne se classe pas uniquement là dedans. C'est une BD emplie d'émotions également, très prenante, qui extériorise la mort d'un être cher, et qui peut nous faire comprendre cette douleur tout autant qu'un récit intimiste. C'est également une œuvre graphique remarquable, qui nous offre tant de détails qu'on en fait jamais totalement le tour. Songez que cette BD est sortie en à peine un an et contemplez ensuite chaque cases, chaque planche. Druillet nous livre une BD d'une force et d'une forme toutes deux grandes et belle. La réedition de 2000 est d'ailleurs sublime, avec des pages d'une taille appréciable. Je ne saurais que trop vous conseiller de la lire, sans forcément l'acheter, pour avoir une idée de ce que peut être une grande BD sur la mort. Une belle BD également. Une BD qui marque.




La fameuse introduction du livre, afin que vous puissiez vous faire une idée de ce que c'est :



A Nicole, ma femme, mon amie…
Et à la mort qui est venue.
Quelques mots, pour mon époque qui est moche, et je suis gentil !
… à l’année 1975, l’année de la femme qui a tué la mienne et tant d’autres avec elle…
…à la médecine pourvoyeuse de la mort, la médecine des mecs, ma médecine du fric, celle de Curie et d’ailleurs. CANCER, mal terrible, plus terrible encore entre leurs mains car on en meurt, STATISTIQUEMENT ! c’est la formule. OUI ! Je vous accuse, bouchers stupides, CONS à la blouse blanche et au verbe haut, jongleurs de vies qui vous prenez pour Dieu, alors que l’on vous demande d’être des hommes et de nous traiter comme tels !
Connards assermentés vers qui l’on va avec confiance, c’est à en pleurer !

 … à ce monde que nous n’avons pas fait et qui nous assassine. O mes aînés, je vous HAIS !
… à la mort que l’on nous cache ici, en « OCCIDENT », parce qu’elle fait peur, parce qu’elle fait réfléchir, parce qu’elle n’est pas rentable ; sauf pour certains.
Société d’immortels vous puez la charogne !
… à sa bague, que je porte à mon doigt, à notre amour toujours présent, bien qu’elle s’en soit allée, elle qui ne voulait pas.
…à la patience, aujourd’hui durement apprise.
…à toi lecteur, que j’emmerde avec ces maigres mots, mais si tu aimes nos images, car nous sommes deux dedans, hier et demain, alors tourne la page le reste te concerne aussi, cadavre latent.
…eh bien, à la patience encore
et au temps
et à la révolte !
Siècle des « LUMIÈRES » si nous voulons vivre mieux, apprenons enfin la mort, moi qui l’ai tenue dans mes bras j’en tremble encore…
Tous hurlons ensemble
Et battons-nous !
…mais après tout, sommes-nous vraiment d’ici ? alors attendons l’instant de la sublime aventure…
Cadavres futurs, tenez-vous prêts et attachez vos ceintures !
…j’apprends à aimer la mort….. j’ai du goût.

Philippe Druillet
Livry, 1976

mardi 5 février 2013

Je suis une légende (Richard Matheson)


Et oui, un classique, mais alors un grand classique de la littérature d'anticipation : Je suis une légende. Avant de commencer, faisons juste deux trois petites explications, voulez-vous ?

Qu'est-ce que de l'anticipation ? Et bien tout simplement de la science-fiction. Mais pas n'importe laquelle. En fait c'est plus lié à la science-fiction que vraiment de la science-fiction à proprement parler. L'idée n'est pas de proposer un futur lointain, scientifique, dans l'espace ou avec des avancées technologiques formidables.  Il s'agit plutôt d'un futur très proche, dans moins d'une vingtaine ou une cinquantaine d'années, puis de développer un thème lié à ce futur : catastrophes, nouvelles technologies, problèmes de société etc ... En fait, bien souvent l'auteur dénonce une caractéristique de la société en la développant énormément et en prenant pour exemple ce qu'il en advient. C'est par exemple le cas pour 1984 (George Orwell, mais vous le saviez), Running Man (Stephen King, ça va de soi) ou Fahrenheit 451 (Ray Bradbury, que vous connaissez bien évidement). Mais d'autres, comme Je suis une légende, vont plutôt proposer des idées nouvelles, des approches philosophiques, en utilisant pour cela un autre cadre possible de condition humaine, qui ne s'est pas encore développée dans le monde. C'est une forme très intéressante et reposant sur une vision du futur proche qui nous concerne beaucoup plus directement, et peut sembler donc bien plus réel que de la science-fiction se déroulant dans 2.000 ans. D'ailleurs Jules Verne est souvent classé dans l'anticipation (De la terre à la Lune, 20.000 lieux sous les mers et autres romans proposant un futur très proche).

Ensuite, je dois parler, et j'en suis obligé, du film qui en a été tiré. Alors attention, car il y a eu trois films différents avec le même livre, donc là je parle de l'adaptation la plus récente, datant de 2008 avec Will Smith. Pour faire très court et très simple, si vous avez vu le film, oubliez le. Tout de suite. C'est un navet total, une merde sans nom. Je m'exprime vite, afin que vous compreniez mon avis :
Énormément de films sont adaptés de livres (et bien souvent la plupart des chefs-d’œuvre le sont), et je suis assez d'accord avec cette politique. Surtout quand elle est bien mené. Par exemple, le film Les Evadés tiré de la nouvelle de Stephen King La rédemption de Shawshank (allez savoir pourquoi ils ont changé le nom en français) est presque meilleur que l’œuvre originale, et bien développée. Trainspotting est une merveille d'adaptation par rapport à l’œuvre originale.
Ensuite, tout ne peut pas être adapté parfaitement, mais on peut en réaliser des excellentes adaptations : Le seigneur des anneaux est une adaptation fidèle à l'esprit, ayant opéré des coupures, mais toujours dans l'esprit du livre, ce qui est tout à fait correct. Il en va de même avec l'adaptation de Watchmen qui est très juste, ayant coupé ce qu'il faut mais l'essence d'origine de l’œuvre est là.
Enfin il reste les bonnes adaptations qui proposent une vision personnelle de l’œuvre. Là je citerais le grand Kubrick, qui détournait totalement les propos du livre pour faire sa propre interprétation de la chose. C'est louable lorsque c'est bien fait et que le sentiment de base est bel et bien celui de faire une interprétation personnelle. Ainsi Shinning devient un film de fantômes et d'épouvante alors que le livre proposait une vision d'un père alcoolique. Cependant, le trahison de l’œuvre originale est assumée, et surtout très bien faite. l'auteur apporte véritablement quelque chose à l’œuvre et montre qu'on peut tirer d'autres choses de la même histoire. C'est remarquable à mon sens et d'autant plus louable.

Mais, malheureusement, il arrive parfois que les auteurs prennent une œuvre ayant marché, l'adaptent et font une réalisation catastrophique qui ruine votre vision de la chose. Là les noms sont légion, et je citerais simplement Les Schtroumpfs pour vous donner une idée de ce que je range dans ce genre de choses.
Et c'est dans cette catégorie que vient se ranger le film Je suis une légende. Car l’œuvre est violée profondément dans sa nature même. C'est dur. Énormément de changement sont apportés, mais sans changer la trame, proposant une fin juste ignoble, et un traitement à deux sous qui défrise les cheveux.
J'emploie peut-être des termes forts, mais après avoir vu le film, je me suis dit : "Oulah, pas bon celui-là". Après avoir lu le livre, j'ai compris la douleur des fans. Le fossé entre les deux est immense. Mais comment pouvez-vous le savoir ? Et bien, faisons donc la critique pour que vous le voyez par vous même.


Résumé en trois mots : Seul, Apocalypse et Survie

Pour la première fois depuis le début de ces chroniques, je vais aborder un livre en évoquant très peu l'auteur. Non pas que celui-ci ne le mérite pas, mais parce que je n'ai pas grand intérêt à le faire, il ne se mêle pas tellement à son œuvre comme pourrait le faire un Stephen King. Ce qu'on peut en noter, c'est qu'il écrivit le livre en 1954, lorsqu'il était âgé de vint-huit ans seulement, ce qui est prodigieusement remarquable d'ailleurs.


Passons donc directement au roman. Déjà, le résumé ! Nous suivons les pérégrinations d'un dénommé Robert Neville, un homme dont l'âge n'est pas connu mais qui doit être dans la trentaine ou aux alentours. Il vit à New-York, dans sa maison, seul. C'est un homme qui a de la ressource, capable de bien réfléchir, et qui s'organise. Il en a d'ailleurs besoin, maintenant qu'il est seul sur terre. Enfin presque. Car le soir venu, les vampires qui ont envahi le monde sont autour de sa maison, l'appellent, et lui demandent de sortir pour les rejoindre. Et il est certain que ce n'est pas juste pour boire un verre entre amis. C'est pourquoi il reste enfermé chez lui en essayant de survivre dans sa petite maison tranquille, en oubliant le monde, ses fantômes et ses spectres.

Le résumé là est très succin, car en fait l'auteur va apporter des surprises et des petites perles d'inventivités à chaque chapitre, et je ne vous dévoilerais absolument pas le reste, au risque de vous rendre l’œuvre très fade. Mais pour autant, je dirais que les réflexions priment sur le reste. En fait, nous avons déjà un personnage principal très curieux : il est simple, avec un peu de bon sens et de réflexion, mais ce n'est pas un érudit. Il est à moitié alcoolique (en même temps, dans cette situation ....), fait des choses qui semblent complètement idiote, a ses états d'âme, de mélancolie, et semble plus proche d'un anti-héros. Cela dit, il est dans une situation qui n'est pas reluisante et on lui pardonne facilement beaucoup de choses. Mais c'est un héros très singulier, et pourtant très attachant.

Ensuite, l'histoire va se concentrer autour de plusieurs thèmes, et le principal va être notamment de démystifier le vampire en proposant une explication scientifique et rationnelle aux différents mythes autour de lui. C'est ainsi que l'auteur déclinera plusieurs de ces mythes de façon très convaincante et sans lancer des vérités à la gueule en voulant faire croire qu'il dispose de la science-absolue. Tout est amené de façon très fine, et surtout très crédible. Pour un peu j'admettrai que le vampire peut exister, ou au moins qu'il a existé.


L'autre thème très fort, qui n'est pas le "surival horror", est autour de l'évolution et du darwinisme. Là je ne dirais rien, étant donné qu'il est surtout concentré dans la fin du roman, mais le dénouement est vraiment singulier et le titre de l’œuvre prend tout son sens dans la toute dernière partie. A propos de partie, le roman est coupé en quatre parties, chacune se déroulant à un autre mois. Nous avons donc Janvier 1976, Mars 1976, Juin 1978 et Janvier 1979. Ce découpage n'est absolument pas proportionnel, et la partie deux fait presque la moitié du livre. Cependant, l'évolution entre les quatre parties est très bien faite, et chacune d'elle présente un personnage qui à évolué depuis le chapitre précédent. La mise en scène est vraiment excellente.

Après, je me permettrais tout de même de faire quelques critiques. Tout d'abord, il faut reconnaitre que le livre est sorti en 1954, et morale de cette période oblige, nous avons très peu de rapport au sexe et de façon très dérangeante. J'avoue avoir tiqué dessus, c'est déroutant la façon dont il présente ça. Mais je pense que l'ouvrage est clairement ancré sur sa période d'écriture et sa morale.
Ensuite, j'ajouterais également que le personnage principal est un peu trop facilement intelligent. Je veux dire par là qu'il ne comprend rien à la façon dont fonctionne un corps, mais voila qu'il lit beaucoup et peut alors en tirer des conclusions sur la nature de virus et de transformation chimique du corps. C'est bien amenée, certes, mais j'ai trouvé cependant le procédé un peu facile.
Enfin, je dirais également que l'auteur aurait peut-être pu approfondir certaines choses en rapport avec la fin. Notamment autour des rapports entre les vampires et d'autres petits détails. Mais dans l'ensemble, cela reste plus des détails qui ne font pas vraiment le poids face aux qualités de l’œuvre. Et j'ajouterais que le roman est en plus très bien écrit, avec une lecture fluide et sacrément réaliste. J'ai beaucoup aimé quoi.

En conclusion, ce chef-d’œuvre de la littérature d'anticipation est encore et toujours aussi bien écrit. Le récit est prenant, contient encore et toujours autant de bonnes réflexions. Les pistes explorés sont juste incroyablement lucides par rapport à l'homme et son inscription dans le cycle de la nature. Le héros est attachant tout en étant un héros très détaché. Et en sus nous avons le droit à des très beaux passages, émouvants ou révoltants, mais qui marquent. La réflexion à la clé est très sympathique, et je suis sous le charme. En clair, le récit reste encore largement dans son statut d'immanquable d'une bonne bibliothèque, et à mon sens un des précurseurs et génie dans le domaine de l'anticipation. A lire donc.

(Chronique n°7)

dimanche 27 janvier 2013

Wonderful (David Calvo)

Comme le dit si bien le proverbe, "Il n'y a que le premier pas qui coute".

Lançons-nous donc joyeusement dans les récits les plus improbables, et commençons directement avec du lourd, du très lourd.


Résumé en trois mots : Lune, Rêve et Fin du monde
Wonderful, de David Calvo, un roman qui sent très fort les rêves et le fantastique.

Pour commencer de façon simple, je vous pose une simple question : Avez-vous lu Neverwhere ? Si oui, l'avez-vous aimé ? Si oui, alors ce roman est fait pour vous.

Sorti en 2001, Wonderful est un roman curieux et dérangé. A la fois fouillis incroyable et pourtant organisation au poil, délire et réalité mélangé, il est totalement inclassable. A l'image de l'auteur d'ailleurs, sur lequel très peu d'informations transparaissent. Je tiens tout de même à signaler que sa biographie sur Amazon varie selon les livres; et se trouve résumé sur l'un à "David Calvo a trente ans. Expert en chute libre, il ne vit plus nulle part." (ceux qui en doutent, cliquez !). Le peu d'informations qu'on obtient en croisant les sources permettent de dire que c'est un homme, qu'il est né dans les années 70 (et qu'il aurait par conséquent environ quarante ans actuellement), à Marseille ou à Los Angeles. Il écrit beaucoup avec Fabrice Colin apparemment, aurait peut-être des enfants ou peut-être pas, et des gouts très éclectiques (surtout en musique, mais nous y reviendrons).
Le peu d'informations que l'on trouve sur lui ont même données lieu à des explications tout à fait sensées telles que "David Calvo n'existe pas". En résumé, vous aurez compris que l'on ne sait pas très bien qui est l'auteur, et que l'aura de mystère autour de sa personnalité joue en sa faveur. D'ailleurs j'aimerais beaucoup le croiser en dédicace, ce type doit en valoir la peine je pense. Mais ce n'est là que mon avis (que je partage d'ailleurs).


Bref, vous avez compris, le lascar est rude gaillard, et nous allons devoir batailler ferme pour nous en sortir. Je vous alarme tout de suite, vous n'êtes pas au bout de vos peines. Le roman dépasse encore son auteur, et de très loin d'ailleurs.

Car Wonderful, c'est encore pire que tout. Imaginez votre réaction si je vous dis ceci : La lune va s'écraser sur la Terre, un film est recherché dans un Londres où des gens se croient à l'époque Victorienne et d'autres se prennent pour le marchand de sable, avec une radio Blue FM en fond sonore, une symphonie de planètes et Newton. Il y aurait alors fort à parier que vous me preniez pour un demeuré complet qui à assemblé des idées éparses n'ayant somme toute aucun rapport. Ce qui d'ailleurs n'est pas loin du compte. Car en fait, nous sommes devant un livre qui est très proche d'une décharge d'idées. Vous allez en avoir en vrac pendant un long moment, et c'est très dur de trouver la cohérence au premier coup d’œil. Le meilleur moyen pour arriver à contourner ce genre de problèmes, c'est tout simplement de lâcher prise. On ne se pose pas de questions, et on se laisse emporter par la folie de l'écrivain.

Enfin, folie .... Génie peut-être. Le synopsis est à la base tellement dingue qu'il tient autant du génie :
L'histoire va se dérouler uniquement dans la ville de Londres. Londres qui à pété un boulon d'ailleurs. En même temps il y a de quoi : c'est la fin du monde. Mais pas une de celle que l'on peut contrer. Non, ici, c'est la fin totale : la Lune se fragmente, elle meurt, et d'ici peu s'écrasera sur la Terre en détruisant tout. C'est la fin. This is the end auraient dit les Doors.
Et pourtant, les gens vivent encore en attendant la mort. Le docteur Loom notamment s'obstine à soigner des patients dans sa clinique. Mais il est confronté à plusieurs soucis : sa femme est dépressive (remarquez, ça se comprend) et des patients disparaissent mystérieusement. Et puis il y a un film, très convoité, qui attire des gens. Beaucoup de gens, et pas seulement des curieux.

J'ai essayé ici de résumer au maximum sans trop en dévoiler (car on en dévoile très vite trop). Le roman est très hallucinant, comme une sorte de rêve éveillé, avec des passages superbes, mais d'autres également angoissants. Je dirais que le roman est très onirique. On navigue dans des idées folles en permanence, mais si on se pose trop de questions, si on s'attarde, on est perdu. Car de l'imagination serait à revendre ici. Londres est totalement chamboulé, et des idées de génies prennent forme. On reconnait énormément de clin d’œil également, et beaucoup de parallèles peuvent être fait. Le plus gros (je pense) est celui avec Neverwhere, de Neil Gaiman (une chronique bientôt, promis), avec l'idée d'un Londres complètement différent; mais aussi dans certains personnages (notamment les deux détectives Floatsam et Jetsam qui ressemblent par certains côtés à Croup & Vandemar, tout en étant très différent). Pour autant, je ne pense pas qu'il s'agisse de littérature bis. C'est une œuvre pleine et entière, avec son propre monde.

Monde d'ailleurs qui mélange tout, tout en contenant beaucoup de poésie. En fait, au fur et à mesure de la lecture, on est happé par les mots, l'orchestration parfaite des chapitres (et des situations), par la tragédie sublime qu'on nous joue. Pour reprendre les mots d'une autre critique : "Jamais fin du monde n'aura été aussi belle". Les larmes et le rire se mêlent en permanence, pour notre plus grand bonheur.

Et au final, le rideau tombe gracieusement, sans faire mal. La fin est attendue, mais elle reste belle, superbe. En fermant le livre, j'avais une curieuse sensation, comme si le récit m'avait touché un point sensible, un de ceux que je ne connaissais pas mais que j'ai eu beaucoup de plaisir à sentir chatouillé. La relecture de ce livre me plonge d'ailleurs à chaque fois dans cette sensation, que je considère comme unique, et en même temps tellement belle.

Cependant, le récit n'est pas seulement sur papier. L'auteur s'amuse dans le livre à disséminer des pistes de musiques (de manière très subtile d'ailleurs). Lorsque vous prenez la peine de les écouter à la suite, vous constaterez qu'il vous donne une véritable playlist en plus de l'ouvrage, dans le ton du récit et soulignant les passages, contenant de véritables perles d'ailleurs (et pour la plupart je ne connaissais pas). Je vous laisse le plaisir de l'écouter par vous même (elle est disponible ici). C'est le genre de petit détail qui vous fait d'autant plus apprécier une œuvre.

En résumé, une œuvre très onirique, mélangeant des styles très divers, allant un peu dans toutes les directions, mais restant tout de même autour d'un même axe, elle saura combler les fans de lectures un peu en dehors des genres. Onirique et émotionnellement chargée, voir belle également, c'est une lecture qui procure des sensations, a ne pas faire juste pour se divertir et passer du temps. Elle ne laisse pas indifférent. A conseiller à tout les fans de Neverwhere de Neil Gaiman, mais aussi aux autres. 

(Chronique n°1)