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mercredi 2 mars 2016

Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)

C'est en relisant quelques bribes de ce blog que je me suis fait la remarque sur ce livre, que j'étais persuadé d'avoir chroniqué, et que je ne retrouvais pas dans la base. Je répare donc cet oubli, en espérant ne pas faire de doublon avec un autre article, mais cela m'étonnerai beaucoup. J'ai vérifié les différents tags qui devraient y être rattachés, et rien du tout. Donc voici une chronique censément fraiche et neuve sur un livre que j'ai lu voila un moment. Mais dont je retiens encore suffisamment de chose pour pouvoir en faire une chronique actuellement.


Résumé en trois mots : Sibérie, Solitude et Philosophie

Ce livre est le récit d'une expérience tentée par l'auteur, à savoir l'isolement complet pendant plusieurs mois en Sibérie à côté du lac Baïkal, qui constitue la plus grande source d'eau potable en surface de la planète. Le plus grand lac d'eau douce au monde. Ce n'est pas rien, avouez-le.

En tant que tel, j'avoue ne pas avoir apprécié ce livre autant que je l'aurais voulu, étant donné l'auteur et mon avis sur mes précédentes expérience avec lui. Mais je dois le dire, ce livre m'a beaucoup moins plus que les autres, principalement parce que je ne suis pas foncièrement d'accord sur le point de vue adopté par l'auteur. Et que c'est problématique quand l'auteur nous pond un essai mélangé à de l'autobiographie.
Sylvain Tesson n'est pas un mauvais écrivain, mais je ne suis pas d'accord avec une bonne partie de sa pensée, même si je ne rejette pas l'ensemble de son écrit. Ce qui est problématique, c'est la misanthropie latente dans son oeuvre, son dégout de l'homme en général. Ce n'est pas foncièrement mauvais, mais il l'exploite largement trop et ne semble pas vouloir voir autrement. Après, je respecte son avis, qui est différent du mien. Mais je trouvais ça dommage de voir cet avis martelé en permanence, et l'auteur qui ne nous montre quasiment que des choses allant dans son sens. Certes, la fin a tempéré l'ensemble en dévoilant quelques mauvais côté de son objectif, mais je reste tout de même un peu sur ma faim à ce niveau.

Ce que j'ai aussi comme reproche à faire, c'est que l'expérience est gâché par un autre problème selon moi : l'alcool. Sans aller jusqu'à dire que le livre en fait l'apologie, je suis sidéré que l'auteur nous vante une manière de vie dans laquelle il est saoul quasiment tout les jours. Je ne suis pas hostile à l'alcool (mon foie en témoigne) et je ne reproche rien à sa consommation modéré, mais quand on frise l'alcoolisme, je regrette, c'est dommageable. Alors certes, l'auteur ne fait pas que l'exprimer, il l'explique également, mais je n'ai que moyennement apprécié cette façon de voir les choses.

Un livre qui n'est pas fondamentalement mauvais, c'est certain, mais qui ne m'a pas convenu. Il manque quelque chose, ou alors ce n'est simplement pas ma crèmerie. J'aurais voulu pouvoir lire autre chose que ce que j'ai simplement lu, et j'ai regretté que le livre manquait d'ouverture de débat. Certes, certains chapitres m'ont emmené et fait rêver du grand nord, mais principalement je n'ai pas été conquis par l'auteur et son interprétation des choses. Cependant, il m'a suffisamment intéressé pour que je continue de poursuivre ses écrits, mais en sachant que je trierais ce que je découvre. Mon conseil de lecture est mitigé, je ne sais trop que vous dire.

(Chronique n°291)

mercredi 27 mai 2015

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi (Arto Paasilinna)

Curieusement, il y a parfois un stade de trop avec certains auteurs, un stage au-delà duquel on se dit qu'il aurait mieux valu qu'on arrêtasses la lecture. Parce qu'il est temps de changer de gamme, de passer un peu à autre chose. J'ai eu ce trop plein avec Au fruits de la passion de Pennac, avec le Fondation foudroyée et maintenant, je le découvre avec ce livre de l'auteur. Un auteur que j'estime et que j'ai suivi avec intérêt, mais qui m'a au final écoeuré comme un trop plein de chocolat. Bref, je crois que ce livre sonnera pour moi le glas de notre relation, et que Arto Paasilinna ne visitera plus la roulotte aux livres.


Résumé en trois mots : Noel, Femmes et Finlande

Ce livre fut celui de trop. Peut-être pas la bonne période, peut-être pas les bonnes conditions, peut-être trop proches des autres lectures. En tout cas, je n'ai pas apprécié ma lecture comme autrefois, et j'ai fini par être lassé avant la fin du roman, souhaitant qu'il se finisse bien vite.

C'est d'autant plus dommage que l'idée est intéressante, notamment sur le personnage principal qui est un odieux connard et que l'auteur se plait à nous présenter sous un jour assez peu reluisant. Le périple qu'il connait dans les deux parties du livre est plutôt rocambolesque, mais il m'a peu intéressé, et je me sentais las des multiples références qui reviennent sans cesse dans sa bibliographie. Après 7 livres lu, je me sentais un peu trop pris dans des références régulières, et je me lassais de l'effet comique redondant.

Clairement, le livre de trop pour moi. J'apprécie toujours autant la plume de l'auteur et son ton volontairement mordant avec les Finlandais de manière générale, mais je trouve que c'est un peu trop d'avoir dévoré autant de ses livres. J'aurais du déguster la chose de manière plus délicate, et je vais maintenant faire une longue pause que j'espère non-définitive avec lui. C'est un bon livre, soyons honnête, mais il est venu au stade du trop. Dommage, les idées étaient intéressantes. C'est moi qui n'était plus en état de le recevoir.

(Chronique n°276)

lundi 13 avril 2015

Prisonniers du paradis (Arto Pasilinna)

Et encore un livre de cet auteur, le finlandais Arto Paasilinna, qui sait à chaque fois nous entrainer dans des histoires rocambolesque avec des personnages hauts en couleurs et généralement bien gorgés d'alcool. Ce qui est encore une fois le cas ici, mais avec un climat bien différent et quelque peu plus clément, les tropiques !


Résumé en trois mots : Crash, Jungle et Communauté

Ce roman est différent de ce que l'auteur écrit habituellement, puisqu'il exporte ses charmants compatriotes finlandais dans les tropiques, en prenant pour prétexte un crash d'avion qui oblige des suédois et finlandais à rester sur une île déserte, sans espoir de voir un jour venir les secours. Les personnes commencent alors à s'organiser pour survivre, et bientôt la survie n'est plus le seul motif de rester, puisque le bar de la jungle va même ouvrir, avec son alcool distillé localement.

Je ne sais pas si l'auteur est passionné d'alcool, mais c'est un thème plus que récurent dans ses romans, mais passons. En tout cas, ce livre prouve encore une fois le grand talent de Arto Paasilinna, qui nous sort encore une histoire délirante et bienvenue (sauf pour un ou deux détails, notamment avec les gilets de sauvetage qui semblent inépuisable ...) sous un jour différent de d'habitude. Je me suis senti, durant ma lecture, transporté sous les tropiques, et c'était bien agréable. De plus, ces hommes toujours extraordinaires que nous pond l'auteur sont une source inépuisable de rire, avec tout ce que cela comporte de bagarres, de projets stupides ou de réussites grandiose. D'au bout à l'autre l'auteur invente tout ce qu'on peut imaginer pour finalement nous laisser fermer le livre avec un petit rictus au coin des lèvres.

Encore une réussite, simplement un bon livre humoristique qui m'a fait rire alors que je commence à m'habituer au style de l'auteur et que je n'en suis plus à mon coup d'essai avec lui, mais la sauce prend encore une fois et la lecture fut plaisante d'un bout à l'autre. C'est toujours un régal d'humour et d'inventivité, jusqu'au final, et je vous recommande encore une fois sa lecture pas très longue, qui plus est, pour passer un moment agréable.

(Chronique n°259)

dimanche 19 octobre 2014

J'irais cracher sur vos tombes (Boris Vian)

Entre deux galères, je trouve toujours le temps de lire un petit livre de derrière les fagots, et je me suis attardé un peu sur ce livre d'un véritable génie que j'adore, dans presque tout ce qu'il a fait et que j'ai eu la chance de découvrir jusqu'ici. Boris Vian, le poète, chanteur, écrivain, scénariste, humoriste, musicien, l'homme complet et complexe, une véritable bête des arts. Un monument à découvrir. Et celui-ci rentrait dans la catégorie des romans qu'on me conseillait fortement de lire.

Résumé en trois mots : Noirs, Sexe et Violence

Je caricature un poil le propos dans ce résumé en trois mots, mais il faut bien avouer que ce sont les trois thèmes centraux de cette histoire curieuse et au relent de vérité qui mettent mal à l'aise. Déjà, et je tiens à la souligner, c'est un livre dans une ligne purement réaliste, soit au antipodes des autres écrits de l'auteur que j'avais déjà lu (L'écume des jours, Les fourmis et L'arrache-coeur). Ici, point de monde déformé, de réalité transfiguré et de critique voilée mais acerbe d'un monde plus fou que ce qu'il en tire.
Ici, tout pue la vérité, du début jusqu'à la fin, dans ce personnage du noir à la peau blanche qui cherche à venger son frère. Rien que du réalisme dans les échanges entre personnes, dans les faits racontés. C'est ce qui rend la lecture parfois malsaine au plus haut point, tout en conférant à l'ensemble un statut d'avertissement plutôt bienvenue.
C'est intéressant de constater que ce livre, issu des années de ségrégation, traitant d'un racisme qui n'existe plus en apparence chez nous, est toujours bien actuel dans certains de ses propos. Autant sur la jeunesse dorée qui se défonce dans tout les sens du terme, que sur la perversité de ceux-ci, les façons d'être et de réagir. Tout le monde est mauvais ou ignoble, et ce n'est pas le personnage principal qui arrangera les choses, même si il s'agit peut-être du seul qui semble agir avec un réel motif, et presque avec raison. Presque.
Le livre est extrêmement cru, il faut bien l'avouer. C'est explicite sur tout, et c'est ce qui en fait sa force. Rien n'est caché, mais finalement rien n'est vraiment important dans ce qui est cru. C'est le reste, ce qui se dévoile petit à petit, ce qui est tendrement camouflé derrière qui importe. Les sentiments, les raisons, le ressenti. Et tout cela ne transparait qu'a demi-mot. C'est plus complexe qu'il n'y parait au premier abord, car tout est dévoilé, masquant l'essentiel.
Mais ce livre est aussi un coup de poing puissant sur la table et dans la gueule. Qu'en tirer, quelle morale et quel message ? Je ne suis pas sur qu'il y en ai vraiment, et s'il y en a, c'est pluriel. Tout peut-être motif à question, et le final en crescendo accentue ce côté là. Décortiquez-le pendant des heures, vous pourrez en tirer ce qui vous semble bon.

Un étrange roman, dans l'esprit de Boris Vian, mais à part des autres que j'ai déjà lu de lui. C'est purement ancré dans la réalité, et de fait, le roman à une odeur bien plus désagréable. C'est cru et violent, mais jamais gratuitement. C'est méchant et cynique, mais là encore ce n'est pas par pur volonté de déranger. Et c'est puissant. Boris Vian nous entraine dans son histoire pour ne pas nous lâcher. Sans qu'on ne devine où cela nous entraine, l'histoire se déroule inlassablement, nous dévoilant plus d'horreur qu'on aurait voulu, mais nous assénant en face ces vérités qu'on veut éviter.
Si le propos sur la condition des noirs peut sembler démodé, je ne peux m'empêcher de repenser à certains, qui aujourd'hui, en Franc, parlent de ces "bougnoules" et de sang arabe dans les veines ... Et la critique de cette jeunesse dorée qui se défonce à tout va ne me semble pas plus démodée qu'elle ne l'était à l'époque. Les moyens changent mais pas le fond.
Bref, un roman excellent, à lire, car il me semble aussi actuel que peut l'être un roman sorti l'année dernière, et qui a le mérite de ne pas se voiler derrière des faux-semblant. La vérité est là, et elle nous éclate à la gueule. Le genre de roman puissant qui fâchent, qui impressionnent, qui estomaquent, mais qui ne laisse pas indifférent. Voyez ce qu'il en sera sur vous.

(Chronique n°205)

samedi 15 mars 2014

Women (Bukowski)

Je n'ai pas résisté à un nouveau Bukowski, notamment après avoir lu une BD sur lui récemment. C'est donc tout guilleret que je me suis plongé dans un livre autobiographique qui nous narre ses différentes (mes)aventures avec la gente féminine, pour un personnage haut en couleur et à la plume sublime. Un poète écrivant sur le sexe sans tabou, ça vaut largement le détour.


Résumé en trois mots : Femmes, Sexe et Autobiographie

Pour un résumé complet, il faudrait introduire également le facteur alcool, grand liant social et compagnon de Bukowski. Pour faire simple, nous avons là le résumé du livre. En fait, Bukowski nous offre une page de sa vie, uniquement centrée -ou presque- sur les femmes et les relations qu'il eut avec. Pas durant toute sa vie, mais durant un petit moment.

Charles Bukowski a un style d'écriture plutôt frappant. Direct, sans tabou, il nous livre plus que serait un journal intime, et moins à la fois, ne se dévoilant pas et n'indiquant que très peu sa pensée. Il se contente de faire un étalage de ce que fut sa vie, dans un moment donné, et ce qu'il vécue par rapport aux femmes. En lisant entre les lignes, on peut supposer que certaines choses n'ont pas changées, mais ce serait suppositions présomptueuses. Mais qu'est-ce que c'est bien écrit. Le style permet de rentrer rapidement dans l'histoire et permet de nous immerger dans un quotidien assez atypique pour un auteur. C'est curieux comme genre de vie, mais comme style de lecture c'est excellent.

En dehors de ça, il faut avouer qu'il semble parfois y avoir des longueurs, étant donné que la vie de Bukowski connait bon nombre de situations identiques, mais sinon c'est hyper-intéressant. D'ailleurs le personnage en lui-même apparait bien vite comme complexe, bien qu'apparaissant comme très simple, et devient aussi très attachant. Plusieurs passages sont très très beau, notamment quand il parle sur lui-même, ce qui n'arrive presque pas dans le livre. Bukowski est quelqu'un qui fuit en permanence, dans la boisson et dans le reste, fuyant ce qu'il est. Par contre, quand il raconte ses séances de lectures, je me dis que ça devait être quelque chose à voir.

En résumé un très bon livre autobiographique, au style littéraire assez incomparable, qui nous entraine dans la vie d'un écrivain de manière directe, sans rien nous cacher. La lecture est assez curieuse, entre humour et sérieux, poésie et sexe cru. C'est un ouvrage intéressant pour comprendre la vie de l'auteur, mais aussi simplement prenant et passionnant quand on se plonge dans la vie atypique de cet homme. J'ai eu l'impression de moments de faiblesse mais le tout est savamment dosé pour qu'on lise jusqu'au bout, avec une fin implacable et magistrale.

(Chronique n°152) 

lundi 3 mars 2014

Le beaujolais nouveau est arrivé (René Fallet)

C'est amusant quand j'y pense, j'ai appris le nom de René Fallet dans une chanson de Renaud. Avant ça, je ne connaissais pas le bonhomme -qui a aussi écrit La soupe aux choux- mais je me suis ensuite renseigné un peu et je me suis laissé tenté en le voyant sur l'étalage des marchandises d'occasions (stand maudit, tu auras la peau de mon portefeuille ...). Et puis on peut se laisser aller ensuite, lors d'un voyage en train, à lire de la littérature française du siècle dernier, non ? Et finalement, on se retrouve avec un livre de plus de lu. Verdict !


Résumé en trois mots : Bistro, Amitié et Vin

Oui, un livre qui peut se résumer à une amitié, du vin et un bistrot. C'est simple, quand on y songe, mais il fallait penser à le faire, ce genre de choses. Bref, que dire d'autre sur ce petit ouvrage bien curieux ? Déjà, il n'est vraiment pas commun, surtout dans ses personnages de bases. Tous alcooliques (enfin, pas vraiment mais presque), tous dans un refus de la société moderne (celle des années 70) et qu'on comprend, et surtout dans une ambiance de franche camaraderie et de coup à boire entre parties de 421.

En fait, l'histoire est très surprenante, avec ces anti-héros qui la composent. On oscille entre l'humour et la satyre sociale qui est très prononcée, mais qu'on a du mal à prendre au sérieux avec ce qui nous est proposé comme personnages. Dénonciation des modifications de quartiers, de mentalités et de mœurs, mais en même temps c'est aussi un livre qui mise sur l'humour, sur une certaine nostalgie, sur cette période de transition qui fit sortir la France des "trente glorieuses" pour la mener dans ce qui sera les années 80. On sent la transition entre deux mondes, et nos héros se positionnent entre deux, s'en foutant de tout. Le monde tournera sans eux.

Et le tout dans un bistro minable, mais pourtant comme la maison pour ces personnages sortis d'un peu partout, un jeune, un ancien militaire, un cadre, un antiquaire qui tient une boutique pas rentable. Une fine équipe complétée par les tenanciers et leurs fille attardée, une concierge et d'autres personnages de passages. Bref, un véritable bistro minable où l'on vient juste pour boire et oublier la vie. Voir se faire oublier. Et puis la vie qui suit son cours dans ces murs, dans cette petite vie tranquille, qu'on ne veut plus perturber.

Un drôle de petit livre bien sympathique qui nous présente des héros atypique et qui nous entraine dans une vie bien différente de celle qu'on connait, loin des autres ils sont bien. Un roman de contestation et de satyre sociale, qui mise sur l'humour parfois grinçant et pas très correct au point de vue de la morale, mais qui nous fait découvrir certaines choses que nous nous cachons à nous même. Une belle lecture, très sympathique, pour un auteur que j'ai envie de découvrir un peu plus.

(Chronique n°146)