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lundi 3 mars 2014

Le beaujolais nouveau est arrivé (René Fallet)

C'est amusant quand j'y pense, j'ai appris le nom de René Fallet dans une chanson de Renaud. Avant ça, je ne connaissais pas le bonhomme -qui a aussi écrit La soupe aux choux- mais je me suis ensuite renseigné un peu et je me suis laissé tenté en le voyant sur l'étalage des marchandises d'occasions (stand maudit, tu auras la peau de mon portefeuille ...). Et puis on peut se laisser aller ensuite, lors d'un voyage en train, à lire de la littérature française du siècle dernier, non ? Et finalement, on se retrouve avec un livre de plus de lu. Verdict !


Résumé en trois mots : Bistro, Amitié et Vin

Oui, un livre qui peut se résumer à une amitié, du vin et un bistrot. C'est simple, quand on y songe, mais il fallait penser à le faire, ce genre de choses. Bref, que dire d'autre sur ce petit ouvrage bien curieux ? Déjà, il n'est vraiment pas commun, surtout dans ses personnages de bases. Tous alcooliques (enfin, pas vraiment mais presque), tous dans un refus de la société moderne (celle des années 70) et qu'on comprend, et surtout dans une ambiance de franche camaraderie et de coup à boire entre parties de 421.

En fait, l'histoire est très surprenante, avec ces anti-héros qui la composent. On oscille entre l'humour et la satyre sociale qui est très prononcée, mais qu'on a du mal à prendre au sérieux avec ce qui nous est proposé comme personnages. Dénonciation des modifications de quartiers, de mentalités et de mœurs, mais en même temps c'est aussi un livre qui mise sur l'humour, sur une certaine nostalgie, sur cette période de transition qui fit sortir la France des "trente glorieuses" pour la mener dans ce qui sera les années 80. On sent la transition entre deux mondes, et nos héros se positionnent entre deux, s'en foutant de tout. Le monde tournera sans eux.

Et le tout dans un bistro minable, mais pourtant comme la maison pour ces personnages sortis d'un peu partout, un jeune, un ancien militaire, un cadre, un antiquaire qui tient une boutique pas rentable. Une fine équipe complétée par les tenanciers et leurs fille attardée, une concierge et d'autres personnages de passages. Bref, un véritable bistro minable où l'on vient juste pour boire et oublier la vie. Voir se faire oublier. Et puis la vie qui suit son cours dans ces murs, dans cette petite vie tranquille, qu'on ne veut plus perturber.

Un drôle de petit livre bien sympathique qui nous présente des héros atypique et qui nous entraine dans une vie bien différente de celle qu'on connait, loin des autres ils sont bien. Un roman de contestation et de satyre sociale, qui mise sur l'humour parfois grinçant et pas très correct au point de vue de la morale, mais qui nous fait découvrir certaines choses que nous nous cachons à nous même. Une belle lecture, très sympathique, pour un auteur que j'ai envie de découvrir un peu plus.

(Chronique n°146)

samedi 28 septembre 2013

Les Ignorants (Étienne Davodeau)


Etienne Davodeau, grand cru de l'année ! Je plaisante, elle à déjà été faite avant moi. Cette BD est amusante, puisqu'elle inaugure la section documentaire de la roulotte. Et pour être sur de faire de façon originale, je commence avec une BD documentaire, en fait la première que j'ai lu, avant de passer aux documentaires livres (tout de même plus connus). Et pour cela, le choix de Davodeau est tout indiqué. Cet auteur aura d'ailleurs le partage de cette section avec un autre que j'adore, à savoir Philippe Squarzoni, pour lequel je ferais sans doute une série de chroniques à la suite.
En attendant, plongeons nous dans la campagne, l'agriculture, la viticulture, et l'agriculture écologique, biologique et tout le tintouin ! Explorons ensemble deux domaines si proche, le vin et la BD, avec Les Ignorants de Davodeau !




Etienne Davodeau, c'est un auteur socialement engagé, qui a réalisé plusieurs BD dans un style qu'on appellerait "français" si ça aurait été des films qu'il faisait. En clair des BD tranquille, calmes, loin du bruit et de la foule, toujours au contact des gens, sur des sujets divers mais militant tout de même. Et c'est un grand lecteur de BD (je précise, tout les auteurs de BD ne sont pas forcément des grands lecteurs).
Dans ses livres, il adopte la démarche d'un reportage, cherchant à aller au contact des gens pour son sujet. Du coup, c'est un véritable échange, Davodeau se mettant en scène dedans, posant les questions et constatant, comme un véritable reporter BD.

Eh oui, tailler la vigne c'est pas simple
L'histoire va explorer une année complète, en commençant en 2010 (vers septembre il me semble) lorsque Davodeau propose à un ami, Richard Leroy, viticulteur, un échange équivalent. Davodeau travaillera bénévolement dans ses vignes, apprenant ce qu'il y a à savoir sur celles-ci et l'agiculture byorithmique, et il enseignera à Leroy de la bande-dessinée, en passant par les éditeurs, les imprimeurs, les autres auteurs, les festivals et bien évidemment, des lectures obligatoires chaque semaines. Le tout durant un an.

Bien évidemment, le récit va alors raconter la recherche de deux "ignorants" dans un domaine à la découverte d'un autre. Entre dégustation de vins et festival de Saint-Malo, les deux  protagonistes vont traverser l'année en enseignant également au lecteur ce qu'ils ont à dire. Et le tout mis en très beau dessin très clair (je vous laisse admirer dans la galerie que j'ai mise). Davodeau à un dessin clair et précis qui va à l'essentiel, et le noir et blanc rentre à merveille dans ce cadre. Ce qui est amusant aussi c'est de voir la conception du dessin dans la BD, comment les planches s'écrivent au fur et à mesure, avec le regard du vigneron dessus. Le principe de mise en abime de la BD est très bien fait.
Je vous rassure, c'est exagéré

Le principal propos de la BD sera le vin, de sa culture à la mise en bouteille. Le tout avec des moments autour de la BD, dans laquelle Davodeau essaye de transmettre son gout pour cet art à Leroy. D'ailleurs il y aurait tout une question qui est faite dans le livre sur l'art. Les auteurs comparant leurs créations respectives, l'un des bouteilles de vin et l'autre des albums de bande-dessinées, chacun exprimant l'amour de son domaine, ses codes et ses célébrités, son cercle d'initiés, sa façon de concevoir les choses. C'est très intéressant autant sur le plan des connaissances que sur le plan humain, avec deux passionnés qui détaillent leurs amours d'un domaine spécifique. C'est attachant, et j'ai adoré le parallèle qui se fait entre les deux, avec bien plus de points commun qu'on ne pourrait croire au premier abord.
L'ensemble de la BD est super fluide à lire, l'auteur ayant une excellente plume. On rigole beaucoup durant la lecture, avec plusieurs petits traits d'humour, petites phrases faisant mouche. Mais on apprend aussi beaucoup de choses sur divers points, et surtout sur l'agriculture biologique et ses ramifications, en l'occurrence l'agriculture biorythmique. Je ne vais pas détailler, pour savoir ce que c'est et ce que cela implique, je vous laisse lire la BD. Mais là encore, on découvre des choses qui ne sont pas forcément très courante et des pratiques agricoles différentes de ce dont on à l'habitude. J'aime bien ce genre de découvertes.

Après il faut reconnaitre que la BD fait paraitre les choses jolies et belles, elle est dans son optique (ce qu'on ne peut pas lui reprocher) et on a peut-être un point de vue manichéen. Cela dit, un reportage objectif, je ne sais pas si cela est jamais arrivé, du coup ça ne choque pas.

En bref, c'est un excellent type de reportage sur l'agriculture en France, présentant le fleuron de celle-ci, la viticulture, avec ses particularité dans un cadre biorythmique. Le tout est servi par un humour très bon gout qui s'incruste un peu partout et avec un pendant sur la bande-dessinée qui est super-intéressant, d'autant plus lorsqu'on aime bien (et qu'on apprécie le point de vue de l'auteur). L'album se lit d'une traite, avec un caractère très humain et qui vaut largement la lecture. Il serait dommage de passer outre cette belle BD, alors un conseil, lisez-là !

(Chronique n°71)