Affichage des articles dont le libellé est diptyque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est diptyque. Afficher tous les articles

lundi 16 février 2015

L'épée magique (Graham Dunstan Martin)

C'est assez dingue la mémoire. Je me rappelais avoir lu ce livre étant très jeune, au collège, et m'était resté une bonne partie de l'histoire et les illustrations. Par contre impossible de me rappeler le titre exact. Je ne vous dis pas la galère pour le retrouver, surtout que cette série est quasiment inconnu en France. Une seule édition et puis disparu, pas de retours, pas de critiques sur le net ... En somme, je fais ici une première ! Mais je voulais absolument le relire, et c'est maintenant chose faite.


Résumé en trois mots : Quête, Magie et Médiéval

Ce livre, je voulais surtout le lire pour confirmer mes souvenirs et vérifier qu'il ne s'agissait pas d'une trilogie dont je n'aurais pas lu le tome 3 (ce qui m'est arrivé bien souvent). Mais après une nouvelle lecture, non, je peux vous assurer que ce n'est pas une trilogie, mais bien un diptyque qui se conclue rapidement. Le livre est vraiment très court, écrit en gros et avec illustrations. Bien plus un roman pour adolescent qu'une véritable saga de fantasy, bien qu'il contienne des choses très intéressante.

Déjà, je dois avouer que si l'on connait bien l'imaginaire fantasy et celtique, il faut avouer que l'auteur s'est bien inspiré pour composer sa trame. Des références en tout genre foisonnent dans le roman, et j'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver ces différentes touches tout au long de ma lecture. Bien qu'elles ne soient pas extrèmement importante, c'est le genre de détail qui me fait apprécier un livre.
Sinon je dirais que l'histoire en général est dans un grand classique du genre, simplement une quête avec un adolescent, mais dont les principaux écueils sont évités. Du genre le meilleur ami du héros, qui n'apparait pas vraiment ici. Il y a plusieurs figures sympathiques, mais au final ce ne sont que des seconds rôles. Ensuite, les talents du héros, bien mince au final, et qui arrive jusqu'au bout plus par chance que par ses propres moyens, la compagne de l'héroïne, bien plus active que lui, et capable de bien plus que lui, qui n'apparait d'ailleurs que tardivement. Bref, ce sont des classiques mais pas exactement conforme, et ça m'a plu.

En bref, c'est un diptyque d'aventure presque conventionnel et reprenant des classiques du genre mais pas exactement comme j'avais l'habitude de le lire. La description au niveau de la biographie de l'auteur indique : "il a écrit ce livre comme il aurait voulu en lire étant adolescent", et je crois que c'est exactement ce que je pense de ce livre (que j'ai lu étant adolescent !). Un bon roman à lire quand on est jeune, de la fantasy sympathique et pas trop originale, mais qui contient des bonnes idées. Pour cela, je vous recommande de le faire lire aux plus jeunes, si vous tombez dessus un jour, au hasard des occasions. Pas désagréable comme relecture d'ailleurs.

(Chronique n°232)

mardi 24 juin 2014

La huitième couleur/Le huitième sortilège (Terry Pratchett)

Un ami m'a prêté ce livre, en m'expliquant de façon assez convaincante que ma culture littéraire fantasy ne serait pas complète tant que je n'avais pas lu ces romans fondateurs de la mythique de la saga du disque-monde. Et bien évidemment, je me suis retrouvé avec deux livres très court et donc très vite lu, pour lesquels je n'ai pas passé plus de deux jours (et encore, pas entier) pour finir les deux tomes. Et maintenant, je vais vous faire un petit commentaire sur ces deux livres, qu'il ne faut pas dissocier à mon avis, puisqu'il s'agit d'une seule histoire à la suite, qui s'enchaine. Et c'est ainsi que s'ouvre les annales du disque-monde !


Résumé en trois mots : Magie, Monde et Humour

Humour étant le maitre mot de ce livre, il faut bien que je le développe en premier, tant toute l'histoire va tourner autour de cela, tout est drôle d'un bout à l'autre, aussi bien dans les situations, les annotations de l'auteur, les personnages, les répliques, l'ensemble ... Tout est absolument drôle d'un bout à l'autre, sans même faire référence à tout ce qui est des clin d'oeil à tout ce qui s'est fait dans la fantasy.

Bref, sans m'étendre tout le temps qu'il serait nécessaire, je peux dire que c'est incroyablement drôle. Pratchett a un humour à toute épreuve, et qui se glisse absolument partout, dans le moindre recoin, la moindre fissure qui le permettrai. Si bien qu'on sourit tout le temps et que je me suis retrouvé à rire franchement plus d'une fois. Voir même rire franchement. Et vous ne pouvez pas imaginer le bien que ça fait parfois, de lire un roman qui se fout aussi ouvertement de tout les codes de la fantasy. Jusqu'au bout.
Tout le reste est bon, c'est bien vrai. L'histoire est juste excellente, à partir dans tout les sens, toujours retombant sur ses pattes (exercice étonnant, il faut bien l'avouer), présentant personnage excellent (Deuxfleurs, Cohen le Barbare ...) et des situations rocambolesques qui s'enchainent sans temps mort. C'est de l'aventure avec un grand H et de l'humour avec un grand sourire ! Et plein de petites phrases superbes, sans parler d'un coffre à pattes.

Ce livre, c'est également un torrent de bonne humeur. Vous êtes un peu déprimé, en deux minutes il vous a redonné le sourire. Tout s'y prête, et c'est jouissif de lire tant de bonnes idées en une fois. Sans même parler de l'histoire, plutôt anecdotique même si elle sert de fil rouge à l'ensemble. C'est juste pour le plaisir de suivre quelque chose d'un bout à l'autre, avec un final qui est d'ailleurs assez joli sur A'Tuin, et qui conclut d'une belle façon cet ouvrage. Rien a redire jusqu'au bout, si ce n'est qu'il nous donne une furieuse envie de connaitre la suite des aventures de tout ce petit monde.

Pour un premier tome, c'est plein pot. L'histoire, les personnages, les situations, l'humour surtout, tout est réuni pour qu'on passe un excellent moment en se poilant sans cesse. J'aurais eu des éclats de rire, des fous rires, plein de sourires, des moments parfaits pour bien se sentir au final ! C'est une vraie cure de bonheur que ce genre de livre, et je vous souhaite vraiment de le lire. Surtout qu'une telle parodie de la fantasy ne se retrouve pas ailleurs, c'est à dévorer pour bien comprendre. A lire ? Évidemment, et attaquons ensemble la suite des Annales du disque-monde.

(Chronique n°198)

jeudi 17 octobre 2013

Les dames du Lac (Marion Zimmer Bradley)

Et oui, encore de la légende arthurienne, mais j'en suis fan, alors je m'excuse mais j'en lirais encore. Et pour une fois, l'auteur change un peu du point de vue (quoique Barjavel avait déjà fait fort dans son L'enchanteur). C'est aussi pour le prix que je me suis procuré cette série en deux tomes, bien condensés (les vieux formats des éditions Livre de poche), et que j'ai lu tranquillement en prenant mon temps (au moins quatre jours quoi). Du coup, je fais maintenant le compte-rendu de cette lecture, attention, voici revenir la quête du Graal !


Résumé en trois mots : Arthur, Angleterre et Femmes

Alors autant j'ai dévoré le premier tome sans aucune difficulté, autant je me suis arrêté sur le second un peu
plus longtemps. Ici, le problème, c'est qu'on alterne beaucoup les points de vue du premier tome, entre Ygerne et sa sœur Viviane, mais aussi Guenièvre et Morgane. Dans le deuxième tome, nous ne suivrons presque qu'exclusivement Morgane, un peu de Guenièvre aussi (mais trop peu à mon gout) et quelques autres mais de façon sporadique. Ensuite, je reproche beaucoup le personnage de Merlin qui est quasiment absent du récit (enfin, il manque bien à l'appel quoi). Surtout que c'est un de mes personnages préféré, mais bon ...

En dehors de ça, l'histoire est très bien amené, sans trop de fantastique (mais il y en a un peu), et sans trop de folklore local non plus (fées et korigans sont presque absent). Du coup, l'ambiance est un peu plus "sérieuse" mais j'ai trouvé dommage qu'on perde le charme de ce mélange entre monde folklorique et réalité historique (incarné par Arthur d'une très belle façon d'ailleurs). Cela dit, l'ensemble tient bien la route et les personnages sont biens campés, notamment Morgane, même si certains m'énervaient (un personnage avec un côté bigot/dévot m'énerve vite, quelque soit sa religion). Dans l'ensemble ça passait plutôt bien, et j'ai trouvé le tout prenant, avec un point de vue renouvelé sur cette quête du Graal, puisqu'il n'y avait désormais plus de combats, plus de quêtes héroïques. Que des femmes, parfois filant ou tissant, complotant et gérant les affaires, bref les femmes font tout dans ce livre. On notera d'ailleurs un certain parti-pris féministe mais je n'en tiendrais pas rigueur. Bref, le tout est de bonne facture.


Au final, qu'en retirer ? Je pense que ce livre reste assez culte, déjà par son point de vue novateur et la lisibilité parfaite qu'il possède (Asimov le recommandait). Cependant, je n'ai pas trouvé que c'est le meilleur roman de la table ronde que j'ai lu. Le manque de tout un pan de fantasy fait défaut à mes yeux, et le deuxième livre est vraiment en-deçà du premier. Le tout n'est pas mauvais, mais j'ai moins aimé que d'autres récits sur le roi Arthur. Cela dit, il se lisent bien et complètent à merveille d'autres ouvrage sur ces légendes. Pour ma part je le garde dans un coin de ma bibliothèque où je range ceux que je ne lirais sans doute plus.

(Chronique n°80)


Septième participation. On progresse ! Encore trois

jeudi 6 juin 2013

Le fléau (Stephen King)


Encore un Stephen King, mais là nous arrivons plus dans ces fameux romans d'horreur qui ont assis sa réputation, mais qui ne sont pas forcément les meilleurs de sa production. Je garde en réserve Ça pour l'instant, et j'attaque des pavés qui tiennent en haleine pendant un petit moment (764 pages le premier, 790 pages le deuxième). Le fléau c'est sans doute son plus gros avant la fameuse série de La tour sombre qui lui contient de quoi tenir pendant la semaine. Quand il fait des séries, il y a de quoi lire, et d'ailleurs il faudrait que je me procure Dôme qui m'a l'air très sympa aussi (et je pense que je vais essayer de le prendre rapidement). En attendant, voici un des bons pavés de Stephen King qui explore les côtés noirs et fantastique de l'âme humaine, la dualité des gens, voici Le Fléau de Stephen King !


Résumé en trois mots : Apocalypse, Survivants et Organisation

Donc encore un petit Stephen King ! Alors de quoi parle donc ce roman ? Et bien tout simplement, d'un fléau. Ah oui, précision rapide : ce livre est disponible en deux ou trois volumes (tout comme Ça du même auteur) mais je ne parle ici que de l'édition 2 volumes, qui est celle de la collection Livre de poche. C'est un ouvrage conséquent (1554 pages en tout) qui va vous tenir en haleine sur une bonne durée ! Ah oui, dernière petite précision : l'édition Livre de poche contient de temps à autres des illustrations en noir et blanc, chose assez rare pour être signalée. Elles ne sont pas extraordinaire dans l'ensemble, mais elles complètent bien l'ensemble et permettent de s’imprégner de l'atmosphère noire qui transparait beaucoup dans le roman. C'est assez curieux que l'édition ai choisie d'en rajouter (ou de les laisser). Mais c'est une très bonne idée, dont on peut les féliciter.
Déjà, l'histoire est simple mais est curieusement en avance sur beaucoup de contemporain : un virus décime 99.4 % de la planète. C'est pas du virus de mauviette ça ! Et attention, pas d'apocalypse zombie, pas de trucs de ce genre. Non, juste une belle mort pour tout le monde, des cadavres dans les rues, des survivants hagards et qui ne survivent pas tous très longtemps. Stephen King sait encore une fois jouer et toucher juste. Un vrai manipulateur d'esprit.
En fait la première partie du premier livre va se concentrer sur la propagation de la maladie et présenter un peu tout les personnages qui interviendront ensuite. Nous aurons aussi le droit à des morts qui n'interviendront plus ensuite (notamment un gamin qui tombe dans un puits). Et évidemment, la présentation du grand méchant à la Stephen King, le mal absolue, l'homme en noir (qui est un des plus charismatique du roman d'ailleurs) : Randall Flagg. Un personnage qui revient dans Les yeux du dragon ou encore dans La tour sombre, et qui est juste parfait dans le rôle de l'homme en noir, méchant jusqu'au bout des ongles et aux intentions douteuses. Ensuite vient la personnification du bien, de l'envoyé de Dieu, bien que comme toujours avec Stephen King se soit douteux (Dieu est toujours un peu salaud dans ses romans et très cruel) avec le personnage de Mère Abigael, une vieille noire de 108 ans, la doyenne de l'humanité désormais. Ces deux personnages vont cristalliser les survivants en les appelants dans leurs rêves. Ils vont désormais s'unir en deux camps bien opposés, chacun avec ses intentions, et chacun avec ses moyens.

Le spitch semble classique d'une histoire de fin du monde, mais je dois bien dire que les ficelles sont très peu courantes, même si le principe de la dualité des deux camps est posé de façon très manichéenne, les personnes dans ces camps sont très diversifiés. Personne n'est simple, les gens ont tous des facettes plus complexes qu'on ne peut le penser, et Stephen King le retranscrit bien. Les personnages du camp "gentil" sont plus simples on dirait, mais ils ont également des mauvais côtés qui ne demandent qu'a ressortir. SK se fera un plaisir de le faire. En plus de ça, la galerie de personnages est très variée, et les portraits sont bien construits, sans trop de clichés. En plus nous suivrons leur évolution sur une période très longue, ce qui est d'autant mieux pour bien comprendre.

Le fil rouge du livre varie selon les périodes. D'abord en présentant tout les personnages, puis dans la quête de chacun jusqu’à trouver le lieu qui sert de rassemblement à celui qu'il cherche, puis ensuite le développement des deux communautés qui renaissent progressivement, avec tout les problèmes que cela peut poser. Et bien évidemment le fait que chacun connait la présence de l'autre camp et sait très bien qu'il n'est pas d'accord avec lui. D'où des tensions qui naissent entre les camps et dans les camps. Le deuxième volume va se concentrer justement là-dessus, avec moins d'horreur que dans le premier tome, qui contient plus d'un passage qui vont vous prendre au tripes. Dans le style d'écriture classique de SK, vous ne décrocherez pas d'une page jusqu'à la fin. Tout le génie de SK, c'est d'arriver à vous maintenir jusqu'au bout en état d'haleine sans que vous n'ayez de répétition. Le fait que la trame change plusieurs fois incite vraiment à aller jusqu'au bout du roman, et le dénouement (comme souvent chez SK) ne laissera pas indemne les personnages, et surtout vous invitera à repenser la société et ses fondements. Sans que le propos ne soit vraiment développé à fond (comme un ouvrage de philosophie), SK nous propose quand même de revoir la société à la base et de comprendre la nature de l'homme. Ce n'est pas la philosophie la plus élaborée, mais elle est là et apporte un peu de fond. C'est déjà ça.


A mon avis, le fléau est un livre prenant, un bon livre. Il se dévore très vite malgré la taille, et on a le droit à une belle galerie de personnages ainsi qu'à une intrigue qui tient la route en variant plusieurs fois dans l'ensemble des tomes. Le tout agrémenté de plusieurs passages d'horreur et prenant, comme sait si bien le faire Stephen King.
Bien évidemment, nous auront le droit également à une réflexion assez manichéenne dans l'ensemble, mais les personnages sont bien traités. Le livre se relit très bien et est toujours aussi prenant à la .... vingtième relecture, signe évident de réussite. Je pense vraiment que c'est un bon livre et qu'il vaut le coup d'être lu, même si on est pas dans le meilleur de ce qu'a fait Stephen King.

(Chronique n°50)

lundi 18 mars 2013

Quai d'Orsay (Christopher Blain & Abel Lanzac)


Je profite de cette chronique pour préciser que je vais sans doute abandonner sous peu le principe de l'alternance entre BD et livres, afin de conserver un meilleur rythme d'écriture. Les commentaires sur les BD sont plus dur à faire dans une période où je ne lis quasiment plus de nouvelles BD (c'est une passion qui revient vite chère quand on prend le temps de lire et d'acheter).
Ensuite, je dois avouer que écrire des chroniques plutôt longue c'est plaisant, mais je vais vraiment essayer de faire plus court. En ce moment j'arrive à me maitriser, du coup je vais tenter de continuer dans cette voie là. Il ne fait pas tellement en dire quand on aime bien et quand on aime pas, pourquoi en dire trop de mal ? Donc pour bien faire, je vais raccourcir un brin mes textes. J'espère que je gagnerais en lisibilité comme ceci, j'ai l'impression que mes textes sont souvent trop long.
Sans plus attendre, voici la BD du jour : Quai d'Orsay de Blain et Lanzac !


Résumé en trois mots : Politique, Absurde et Humour

Connaissez-vous un de nos anciens dirigeants politique qui connu quelques déboires avec quelque chose nommé le CPE ? Non, pas le Conseiller Principal d'Education, je ne suis pas sur qu'ils aient jamais connu un lycée normal avec des vrais CPE (oui, je vais sans doute faire des blagues sur les politiciens), je parlais du CPE, Contrat Première Embauche, qui déboucha sur des manifestations dans toute la France (ah, la belle époque des grèves au lycée ...).

Enfin bref, nous avons donc ici une BD qui est semi-autobiographique (voir  totalement) sur un personnage, qui est le représentant de l'auteur, Lanzac, lequel utilise un pseudonyme (on peut le comprendre). Il est embauché par le ministre des affaires étrangères, Alexandre Taillard de Vorms, une représentation  très réaliste de Dominique de Villepin (oui, celui de Clearstream), en tant que chargé de communication (en clair il écrit les discours). Et avec tout cela, il va nous présenter de façon très claire ce qui se passe dans le monde de la politique française. Et c'est loin d'être morne.

Cette BD, c'est avant tout de l'humour. Je dis bien de l'humour, même si on pouvait penser à de la politique et un roman graphique. Ici, c'est une BD qui va vous faire rire et sourire de toute les façons, avec des gueules du siècle. Si le narrateur ici est bien le conseiller technique, Mr Arthur Vlaminck, le vrai héros de cette histoire est avant tout Alexandre Taillard de Vorms, personnage hautain, ambitieux, avec une tête enflée et des chevilles qui gonflent de même, une personne qui est certes cultivée mais qui en même temps est beaucoup trop sûr de celle qu'il possède. Et qui en plus possède un égo démesuré. C'est, selon lui, le capitaine qui sauvera la planète et la laissera dans la paix. La façon dont il se voit est d'autant hilarant.

Mais en plus, le personnage est cerné par des cons des personnages ambitieux qui évoluent autour de lui de manière diplomatique, se faisant des coups de putes les uns aux autres et essayant par tout les moyens de s'attirer des bonnes faveurs. C'est très rigolo, d'autant plus que les personnages vont évoluer.
Le contexte est celui d'une crise au Lousdem, une caricature des débuts de la guerre en Irak, avec les pays à l'ONU qui font des interventions et débats en tout sens. On aura également l'aperçu de personnages américains, et d'autres acteurs, tels des philosophes, poètes et tout ce genre de choses. Et bien évidemment, tous avec un égo surdimensionné.
En sus, nous aurons également le principe autour de la vie privée du narrateur, et la façon dont son job influe dessus de manière catastrophique. Notamment lorsqu'on le mobilise de façon soudaine et brusque alors qu'il se trouve en voyage avec sa copine. Et qu'il doit rentrer urgemment.

En plus de toute les qualités autour de l'histoire et de l'humour extraordinaire, j'ai apprécié qu'on ai un aperçu très cynique de la façon dont le pays gère ses affaires extérieures. C'est une politique de malade, avec des rond de jambes et des fausses modesties, des flatteries et des discussions sur l'utilisation d'un terme ou d'un autre dans un discours (véridique, plus de dix pages de débats sur un terme).

Ajouté à cela, nous avons le droit à un dessin très efficace, une belle mise en scène, au trait dynamique et la colorisation est très bonne également. Le dessinateur fait des excellentes choses (dixit mon professeur de géo) et il vaut le coup d'être suivi. En plus, les gueules qu'il fait sont juste énorme, surtout pour Alexandre. Au final, le rendu est superbe, dans toute la BD, et promet des grands éclats de rire jusqu'à la fin de chaque tome.

En définitive, c'est une excellente histoire, avec un scénario intéressant sur plus d'un aspect mais également terriblement drôle. Le dessin est superbe, simple mais terriblement efficace, l'humour est pour tout les gouts jusqu'au bout, et l'ensemble est excellent. La série est finie en deux tomes pour l'instant, avec plusieurs pistes qui peuvent encore être exploitée mais l'auteur ne semble pas vouloir continuer. Enfin, pour l'instant. Dans tout les cas, ruez-vous dessus sans hésiter. C'est le genre de BD qu'on peut également offrir, ça plaira à tout le monde (ou presque).

(Chronique n°26)

vendredi 8 mars 2013

La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons (Ptiluc)


Je ne sais pas pour vous, mais j'aime beaucoup aller en dédicace. C'est toujours amusant, on rencontre plein de gens qui partagent souvent la même passion que vous, les rencontres avec les auteurs amènent leur lots de surprises (bonne ou mauvaises), on reçoit des petits cadeaux parfois, des dessins gratuits et colorisés également, on rigole beaucoup, on se ruine le dos à rester debout à attendre pendant deux heures ...
Si je vous parle de ça, c'est qu'aujourd'hui je vais vous parler d'une bête de la dédicace. Un dieu à ce niveau là, mythique dans sa façon de faire. Si vous avez vu une séance de dédicace, c'est inoubliable.
Pourquoi donc ? Tout simplement parce que Ptiluc est une personne qui "part en Berserk" pour reprendre une expression de Boulet. Lui, les BD, il les éventre, les lacère, les brule, les déchire. N'amenez jamais, au grand jamais, des BD de collection avec lui. Elles ne survivront pas. C'est une expérience unique et mortelle. J'ai obtenu une magnifique déchirure et une belle tache de brulure sur mes BD, et j'en suis trop content. Surtout que ses dédicaces c'est bien souvent une perle d'inventivité. J'en ai admiré je ne sais combien. Et de ces idées ! (pour une il a projeté sa main couvert de peinture sur la page intérieur, couvrant le tout de peinture et gondolant les feuilles. On était tous jaloux du type qui l'a eu).
Et Ptiluc, c'est un monument en dédicace. Il se fait toujours engueuler parce qu'il salit les tables, s'assoit sur les tables et non sur les chaises pour dédicacer .... Un gars vraiment génial. Et super intéressant je trouve. Si il passe dans votre secteur, faites-vous dédicacer des trucs.
Si cette introduction est longue, c'est qu'il fallait le mentionner, c'est une caractéristique inoubliable de l'auteur. Et ce n'est pas la seule particularité de Ptiluc, auteur atypique dont je vous propose aujourd'hui une superbe série très courte, en deux tomes seulement, et qui s'intitule très simplement La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons.


Résumé en trois mots : Religion, Critique et Noir

Pour commencer, car il y a beaucoup à dire autour de cette BD, je vais présenter rapidement Ptiluc, vous allez comprendre vite l'intérêt dans le cadre de la bande-dessinée. En effet, Ptiluc est née a Mons, en Belgique, en 1956. Actuellement il habite à Montpellier, mais il vadrouille beaucoup (on peut d'ailleurs trouver ses récits de voyages en moto en BD également). Il dessina très jeune et en fis ensuite son métier avec la série Pacush Blues ou encore Rat's, deux fameuses séries de BD dans lesquelles des rats campent le rôle des humains. Ah oui, je crois que Ptiluc est assez misanthrope sur les bords, ne relevant que les pires défaut de l'être humain et les dénonçant ensuite de façon crue et "bestiale", si vous voyez ce que je veux dire.
Il bénéficia d'un coup de pouce de la part de Frankin (oui, le maitre qui dessina Gaston Lagaffe) et publia enfin ses premières bandes-dessinées en 1983 chez Vents d'Ouest, commençant là sa grande série Pacush Blues qui compte aujourd'hui 17 albums ou quelque chose comme ça. Et la série Rat's en compte désormais 8 ou 9 il me semble. Mais pourtant, à côté de ces production, il continue de faire des séries diverses, comme une idée géniale : tout les dictateurs se réincarnent en cochon (Hitler, Staline, Napoléon ...) dans la série La foire aux cochons, ou encore La vie des bêtes et d'autres récits étranges et tordus.

Dans la plupart des récits, Ptiluc adopte un ton humoristique trash, souvent violent, dénonciateur également. Je n'irais pas jusqu'à le qualifier d'anarchiste, mais il n'en est pas loin. Et dans ses récits, il utilise tout les moyens pour montrer ses idées. Attention, nous sommes ici très loin de la finesse dont sait faire preuve un Lauzier dans ses BD. Non, ici c'est trash, violent et bourrin sous toutes ses coutures. C'est un style et on a parfaitement le droit de ne pas l'aimer. Personnellement j'adore.
Alors pour continuer sur la lancée, je vais préciser quelques petites choses par rapport à l'histoire. En fait elle est tirée d'une légende du pays natal de Ptiluc, la légende de Gilles de Chin qui combattit et tua le dragon habitant les marais de la région de Mons. Pour lire la légende en détails, c'est par ici ! Et en lisant la BD, on note qu'il s'est vraiment inspiré de beaucoup de choses pour la faire, pas mal de détails reviennent. Mais je vous laisse lire.
Par contre, je vous arrête tout de suite ! Cette BD à beau se passer au Moyen-Âge et traiter d'une légende locale, c'est uniquement un prétexte que va utiliser Ptiluc pour atteindre son objectif et exposer son avis. Car ce livre, c'est avant tout l'avis de Ptiluc autour d'un sujet bien précis. Et un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire. C'est, vous l'aurez bien évidemment deviné au titre, la Religion.

J'ai délibérément choisi de ne pas classer cet album dans "philosophie", bien qu'on puisse le noter, mais Ptiluc ne fait pas dans la dentelle et la réflexion. C'est plus un exposé des travers qu'il relève dans la religion et qu'il démonte progressivement au fur et à mesure. La BD prête à réflexion, mais il faut bien dire que ce n'est pas l'essentiel, on est plus dans la détente. L'histoire y contribue également, je vais vous l'expliquer.

L'histoire commence là où la légende fini quasiment : le chevalier Gilles de Chin revient de terre sainte après moult combats, victoires et paillardises en tout genres. Héros, revenu avec un trophée qui indique le monstre qu'il a tué dans quelque lointaine contrée, il recherche la femme qu'il aimait et pour laquelle il s'est exilée. Très croyant, il  est à la limite du fanatisme, et recherche de toute les façons possible à tuer le dragon, qu'il juge comme l'incarnation de la bête (comprenez : Satan). Et pourtant, le dragon est peut-être le personnage le plus sensé et le plus ingénieux de toute cette histoire ...

Alors bien évidemment, ce livre est un énorme pamphlet anti-religieux assaisonné d'une bonne dose d’anti-cléricalisme. Bien que partageant les convictions de Ptiluc, faut reconnaitre que la subtilité manque sacrément. Les personnages croyants sont d'une conneries monumentales, excusez l'expression, et les autres ne valent pas grand chose. Mais j'aime bien la façon de traiter l'intolérance religieuse, surtout vis-à-vis du progrès (ça peut rappeler des propos sur un préservatif et le pape, même si la BD est bien plus ancienne). Ensuite, j'ai apprécié la touche du racisme et des religions qui se côtoient, ou de la mise en scène de la bêtise crasse des personnes sous toute ses coutures, où que l'on aille. Finalement tout le monde est très con, bête et méchant.
Je l'ai bien dit : Ptiluc est un misanthrope selon moi, il n'aime pas les gens et leur ignorance crasse et le fait bien ressortir. Pire que tout, il n'aime pas les gens qui s'aveuglent de préjugés ou d'autres choses. C'est une métaphore qu'il utilise dans la BD (le dragon fabrique des lunettes) et que j'ai trouvé intéressante. Une belle mise en scène.

Et c'est ce qui est d'ailleurs dommage. La mise en scène est intelligente, le propos pourrait être très bon, mais il est tourné de façon trop virulente. L'attaque est plus méchante et gratuite que vraiment ordonnée, et là encore c'est dommage. Les moments sérieux sont aussi trop souvent contre-balancés par des piques d'humour. C'est dommage encore une fois, parce que le récit est vraiment très sombre, avec pas mal de passages plutôt sérieux et la fin est presque belle dans son propos. Pour un peu Ptiluc aurait fait un drame sublime sur la religion et les croyants, mais là il rate le roman graphique/philosophique d'une bonne longueur, donnant seulement une bonne BD mélangeant humour et cynisme. C'est toujours bon, mais je pense franchement que ça aurait pu être meilleur.


En conclusion, le diptyque est clairement orienté, c'est un énorme pamphlet anti-religieux. En allant à fond dans l'humour et dans le trash, Ptiluc dénature son propos, tournant en ridicule quelque chose qui aurait put être excellent. Ça reste très bon, et si le dessin n'est pas bon, il n'en reste pas moins diablement efficace, tout comme le texte. Le propos peut toucher, et dans mon cas je l'ai trouvé intéressant. La fameuse légende de Gilles de Chin, le tueur de dragon, prend ici une nouvelle tournure. C'est maintenant l'histoire d'un homme qui va ouvrir les yeux sur le monde, sur les gens, sur la religion et sur lui. Et qui nous les ouvre peut-être également.

(Chronique n°20)

vendredi 1 février 2013

La grande épopée de Picsou (Keno Don Rosa)

Petite précision, importante par rapport au sujet : la jeunesse de Picsou a été publié de deux façons différentes. Vous avez tout d'abord la version française qui a été produite dans les magazines "Picsou magazine" et ensuite compilées en albums, avec des traductions très hasardeuses et une colorisation qui n'est absolument pas fidèle à l'originale. Elle faisait deux volumes, et suivirent plusieurs volumes d'histoire de Don Rosa compilées.
Puis nous avons enfin eu dernièrement la superbe version proposée par Glénat qui a eu là une idée extraordinaire, si on excepte le prix, qui est de ... 29.5 euros par albums. Il y en a deux. Je vous laisse faire le calcul de l'ensemble de la collection. Mais enfin la version possède une colorisation fidèle à l'originale, et surtout une nouvelle traduction qui est largement plus précise et respectueuse de l'originale en anglais. C'est une grande avancé pour un des deux plus fameux canards du monde.

Cela dit, maintenant que j'ai abordé le sujet de la version (je possède l'ancienne, j'attends de pouvoir me prendre la nouvelle), voyons le livre à proprement parler :


Lorsque nous parlons de Picsou, ou de Donald, deux noms doivent être inscrit en lettre de feu de plus de dix mètres de haut dans votre esprit. Carl Barks et Keno Don Rosa. Ce sont les deux dieux de Donald. Les seuls, les vrais, les uniques, les plus grands. 

Le maitre, Carl Barks, en train de peindre. A la
fin de sa vie, il ne fit que peindre les scènes
des aventures qu'il avait inventé pour Donald.
Son disciple des écritures, Keno Don Rosa
























Alors avant de commencer, je m'excuse, mais ça sera un peu long. Donc commençons par l'auteur, puis par Picsou, et enfin par le livre. Il y a beaucoup à dire avant de pouvoir véritablement commencer la critique.

Donc Keno Don Rosa. C'est un américain, né en 1951 (c'est à dire qu'il n'est plus de première jeunesse non plus) et qui a voué sa vie et son œuvre à la poursuite de son maitre et mentor : Carl Barks. Celui-ci n'est mort qu'en 2000, mais a pris sa retraite de dessinateur de bande-dessinée pour Disney en 1966 (lui il en a profité de sa retraite ... Mais passons). C'est donc durant 34 ans qu'il peignit les fameuses toiles à l'huile représentant Picsou et sa famille dans les histoires célèbres (il avait pour cela une autorisation express de Disney). Je ne ferais pas la biographie de Carl Barks et son histoire de Donald (j'y reviendrais dans l'article qui lui sera consacré), mais sachez que l’œuvre est incroyablement riche et fouillée, intéressante et prenante. Je pourrais disserter des heures sur le canard et son dessinateur.
Keno Don Rosa, donc, se pose clairement et officiellement en continuateur de l’œuvre de Carl Barks, bien que ce dernier ne l'ai jamais approuvé publiquement. De fait, Don Rosa a posé intégralement son œuvre dans le prolongement des histoires de Carl Barks, et a fait grandir et grossir l’œuvre du maitre. Il n'a commencé à dessiner les histoires qu'en 1987, avec Le fils du soleil, que vous pouvez retrouver dans le hors-série n° 3 de Picsou magazine (je les recommande, c'est pratique pour tout avoir le temps qu'un éditeur se décide à en faire un beau format). Il a décidé d'arrêter sa carrière en 2008, mais n'avait plus dessinée depuis plusieurs années déjà. C'est donc une carrière finie que nous aborderons par l’œuvre la plus ambitieuse, la plus grande, et sans doute la plus belle.

Don Rosa donc, propose de continuer Donald. Cependant, ce n'est pas Carl Barks qui est créateur de Donald, mais Walt Disney dans un dessin animé nommé La petite poule avisée (juin 1934), qui faisait apparaitre un canard en béret et costume de marin. Bien vite il devient un héros de dessin animé célèbre et à la droit à sa propre BD, dessinée principalement par Carl Barks. C'est lui qui inventera quasiment tout : les neveux Riri, Fifi et Loulou, Donaldville, le coffre-fort, Lagrogne, les Rapetou, Géo trouvetou, Grand mère donald, Gus Glouton, Bolivar, le général Duflair, les Castors Juniors, Gontran Bonheur, participe à la création de Daisy, et finalement de toute la richesse de l'univers de Donald. Je pourrais m'étendre des heures sur celle-ci, mais revenons à nos moutons.

La réédition de Glénat. Les couleurs
changent par rapport à l'ancienne mais
sont plus fidèle à la version originale
En 1947, Carl Barks fait intervenir un nouveau protagoniste dans l'univers du canard marin. Dans Noël sur le mont ours, Donald reçoit un cadeau d'un vieil oncle qui veut tester sa bravoure : un chalet en montagne pour passer la nuit de Noël. Mais des ours s'invitent dans la fête. Ce personnage de vieil oncle avare et aigri va vite devenir populaire et bien rapidement membre à part entière de l'univers. Il se nommera Scrooge McDuck (le Mc pour ses origines écossaises, Scrooge pour le nom du personnage principal, avare également, du conte de Dickens A christmas carol -Un chant de Noël en français-). En France il ne sera nommée Balthazar Picsou qu'en 1952 (allez savoir pourquoi. Au début il se nommait Oncle Harpagon, en référence à Molière). Ce personnage va fasciner Don Rosa par son côté aventurier, pingre, avare, mais en même temps tendre à travers l'histoire Retour au Klondike (un petit bijou, recommandé à la lecture) et surtout possédant un passé incroyablement riche. Tout cela va faire de lui le personnage central (et beaucoup plus développé) de l’œuvre de Don Rosa, au détriment de Donald. Mais voyons ceci dans la partie suivante.

Donc Picsou est un milliardaire bien connu, avec une fortune considérable, bien qu'il ait commencé en ayant des parents ouvriers et pauvres, dans une Écosse lointaine, tandis que le manoir familiale est en ruine suite à un chien géant qui traque les McPicsou (Le chien des Biskervilles, autre histoire amusante et tiré d'un roman de Sherlock Holmes d'ailleurs). Celui-ci est pourtant devenu très riche avec la ruée vers l'or du Klondike, en 1896. D'ailleurs Carl Barks se renseignait toujours énormément en faisant ses histoires afin d'avoir une véracité historique. Et lorsque Picsou partait dans ses aventures, il lui faisait souvent dire des petites bribes de son passé chargées de ces renseignements. En les réunissant toutes et en les liant, Don Rosa retraça ainsi la vie de Picsou avant qu'il ne devienne riche et en fit douze épisodes de BD, de tailles variables, pour ainsi créer la fameuse Jeunesse de Picsou entre 1991 et 1993. Cette série de douze épisodes est enrichi de nombreux autres, des épisodes bis (le 0, le 10 bis qui est un monument d'humour, etc ...) ainsi que de nombreuses histoires faisant beaucoup référence à son passé ou ayant des liens très forts avec (notamment une où les Rapetou rentrent dans le rêve de Picsou et voyagent dans ses souvenirs).

Ces douze épisodes forment la trame d'une histoire complète, allant ainsi de 1877 à 1947. Pour info, Picsou est "né" dans ses récits en 1867 et Don Rosa l'a fait mourir en 1967, ce qui fait qu'il vécu 20 ans de vie et d'aventures avec son neveu Donald. En clair, toutes les BD avec Donald et Picsou se passent durant vingt ans entre 1947 et 1967. Incroyable, n'est-ce pas ? D'ailleurs pour l'anecdote, Donald à plus d'une cinquantaine de dessinateurs, disséminés dans tout les pays (les Italiens sont très réputés, mais également les brésiliens, le canadien William Van Horn, des allemands, des danois, des anglais, venus des pays du nord, et très peu venant de France). Une saga qui continue d'ailleurs à l'heure actuelle. Mais venons en enfin à la critique de la BD en elle même : voici la jeunesse de Picsou !


Donc la jeunesse de Picsou, c'est toutes ces histoires qui lui sont arrivées entre 1877 (date à laquelle il quitte son Écosse pour l'Amérique) et 1847, lorsque Picsou croise son neveu Donald pour la seconde fois et l'intègre dans sa vie. C'est une fresque du temps, qui s'assoit d'ailleurs sur une bonne partie du globe. Car Carl Barks s'était amusé à faire faire à son personnage le tour du monde dans les deux sens, explorant tout les recoins de la planète à des moments très proches. C'est donc tout naturellement que Don Rosa va le faire vadrouiller également. Ainsi nous auront droit à l'Afrique du sud, l'Australie, le Klondike, le pôle nord, les Bahamas, la Russie et plein d'autres choses encore. D'ailleurs avoir de la culture générale en histoire avant de lire le récit est hautement recommandé, puisque vous n'aurez pas toute les explications et que certaines pointes d'humour peuvent vous passer par dessus la tête.

En premier lieu, il faut parler du dessin. Celui-ci est très précis, fourmillant de détails qui, bien souvent, sont également autant d'occasions de rigoler. Car Don Rosa n'a pas son pareil pour glisser des détails amusants, des petits clins d’œil (par exemple des oiseaux ou des souris qu'on peut suivre durant plusieurs cases). Il faut ajouter que les compositions sont toujours un régal pour les yeux, les couleurs (lorsqu'elles ne sont pas saccagés par les rééditions françaises) sont une symphonie, bref c'est une orgie pour les yeux. Il faut noter également que le trait est précis, clair, net, et surtout, qu'il est incroyablement bien foutu. Le rendu est non seulement fluide, mais toujours dynamique (dans la plus pure tradition des bons Donald). C'est tout simplement parfait. Rien à redire là dessus.

Ensuite, je l'ai déjà un peu dit, mais Don Rosa glisse énormément d'humour dans le récit, sous toute ses formes : un peu d'humour en arrière-plan, du comique de situation, des têtes hilarantes, des dialogues extraordinaires, et bien évidemment beaucoup découle des caractères (Picsou est buté et borné notamment). Bref on rigole tout le temps, même dans une situation qui peut sembler tragique. D'ailleurs, parlons en ! La tragédie. A titre personnel, c'est en lisant la neuvième histoire que j'ai versé mes premières larmes pour une BD (et pas mes dernières d'ailleurs). Bon, c'était il y a longtemps, quand j'étais petit, mais quand même, c'est signe évident d'une réussite. Et en fait, je crois bien que Don Rosa a réussi pour la première fois à dramatiser l'univers des canards. C'est assez remarquable, car c'est toujours bien fait (et dans d'autres histoires, il fera encore mieux, mais c'est un autre sujet). D'ailleurs beaucoup de détracteurs reprochent à Don Rosa de faire de l'univers des canards un sujet plus grave qu'il ne devrait être. De fait, Don Rosa l'a rendu beaucoup plus mature, parfois plus sombre, et à accentué beaucoup de côtés de ses personnages. Picsou par exemple gagne une sacré profondeur, car finalement l'avarice et la pingrerie qui le caractérisent sont des marques de ce qu'il a vécu, et je crois bien qu'on ne peut pas trop lui en tenir rigueur. A titre personnel je trouve que cette avancée dans le monde est très bien faite, surtout que Donald est plus lu par des adultes que par des enfants (oui, c'est authentique). Le fait des caractères très humain de ces personnages l'a destiné au final à un public plus adulte que ce qui est attendu. Drôle de retournement de situation.

Enfin, parlons de l'histoire. Pour l'Histoire, là, c'est juste excellent. Si vous avez déjà lu toutes les histoires de Carl Barks, vous vous rendez compte que Don Rosa a épluché jusqu'au moindre gag en une planche que celui-ci a fait afin d'extraire les informations qu'il pouvait utiliser. Le travail de recherche et de chronologie est également incroyable, le détail des informations est à la hauteur de tout le reste. C'est admirable de précision. D'ailleurs Picsou permet également de faire de l'Histoire : l'expédition pour découvrir le pôle nord, Roosevelt et les indiens, Panama et Roosevelt, les ruées vers l'or, etc etc .... Beaucoup de choses qu'on apprend, beaucoup de personnages historiques (comme Astor sur le Titanic également). L'ensemble est très dense du coup, avec une lecture à plusieurs niveaux. Et en sus, nous avons le droit à une belle conclusion.
En terme d'histoire, elle est également très belle. Picsou qui veut absolument s'en sortir, devenir riche, se fait progressivement beaucoup d'ennemis, mais également des rencontre formidables, et vit des aventures incroyables. Nous verrons également qu'un empire ne se bâtit pas comme ça, et que des choses graves peuvent se passer dans sa création. L'histoire avec sa famille est également bien développée, tout comme l'évolution progressive du caractère de Picsou et son avarice qui va croitre tout au long de son aventure.
Bref, c'est une histoire complète, en continue mais néanmoins divisée en épisodes parfaitement découpés, et totalement maitrisée d'un bout à l'autre.



Du coup, pour la conclusion, je pense que je vais devoir préciser que je n'arrive pas à être objectif sur le monde des canards. Mais franchement, celui-ci est incroyablement riche, dense et humain (oui, les canards de Disney sont à mon avis plus humain que beaucoup d'autres hommes de BD). Don Rosa nous crée une histoire extraordinaire, parfaitement maitrisée, au dessin sublime, fouillé et détaillé. C'est un régal pour les yeux et pour le cerveau, c'est amusant et émouvant à la fois. C'est une œuvre qui à mon sens mérite parfaitement tout les éloges qu'on lui fait. La réédition de Glenat est juste parfaite, regroupant enfin toutes les histoires en deux volumes de qualité, c'est une excellente occasion de découvrir ce monde. Il plait autant aux adultes qu'aux enfants, et je pense franchement qu'il est à découvrir. C'est quelque chose d'unique et d'incroyable au sein de la BD que cet univers. En voici, sans doute, la meilleure partie. Pourquoi s'en priver ?


(Chronique n°6)