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mardi 22 avril 2014

La route (Jack London)

En route, partie 2/3

Encore un Jack London, mais j'ai acheté une bonne partie de ses livres dans cette collection qui les a tous réédité, une aubaine pour moi. En plus on a le droit à des photos de l'auteur sous tous les angles. Mais surtout c'est une excellente excuse pour lire encore cet auteur fabuleux, et découvrir d'autre talents que simplement des nouvelles et des contes de l'Alaska ou des mers du sud. Là, c'est de l'autobiographie, qui va nous faire rencontrer en direct la vie trépidante d'un auteur hors du commun. Et qu'en ressort-il ?


Résumé en trois mots : Trains, vagabondage et Autobiographie

L'auteur nous entraine dans ses premières aventures à travers l'Amérique, alors qu'il est tout jeune homme de 18 ans, déjà formé aux lourds travaux de la marine et des taches ingrates. Et ce jeune homme va partir, vagabonder, "bruler le dur", se former au contact du peuple en vadrouille, essuyant une crise économique, et devenant progressivement l'homme qu'il est.
Le livre est écrit d'une manière complètement déconstruite, c'est plus un aperçu général de ces années de vagabondage plus qu'un récit chronologique, ce qui fait qu'on se promène souvent à gauche, à droite, en avant et en arrière, se promenant dans tout les États-Unis. En fait, London nous explique la vie de vagabondage en plusieurs points, chaque fois en prenant pour exemple sa propre expérience, alors qu'il écrit douze ans plus tard. Du fait, l'auteur livre un récit qui s'excuse parfois envers des personnes qu'il a croisé, ou s'interrogeant sur leur devenir. C'est plus un récit qu'un véritable travail de mémoire. L'auteur nous raconte ses souvenirs et les commentent, nous informant de ce qui s'est passé et parfois de ce qu'il en pense maintenant.

Le ton du livre est réaliste, encore une fois, et sans concession. Jack London ne se glorifie pas et ne se dénigre pas. Il raconte ce qu'il a vécu, en bien ou en mal, sans chercher à se mettre en valeur. Il s'indigne, il se révolte contre certains comportement, mais il ne fait pas plus. C'est ce que j'ai adoré dans ma lecture. Outre la représentation de l'Amérique en crise économique, des vagabonds (dont une autre version se retrouve dans les livres de Steinbeck), mais aussi de l'homme, encore une fois, sociale ou bestiale, bon ou mauvais. Les deux s'affrontent, dans un duel sans vainqueur. London nous dépeint une humanité qui peut être très vite transformée en monstruosité, tout en montrant des beaux côtés.

Une lecture très intéressante, qui se fait à la fois chronique sociale, autobiographie et aperçu historique, riche en informations sur une période et sur une façon d'être, le vagabondage, que choisissent beaucoup de jeunes. Une très belle découverte pour ma part, notamment parce que la lecture éclaire plus sur les convictions de Jack London. En regardant sa vie, on comprend mieux ses choix et ses aspirations. Bref, une lecture encore une fois prenante, et toujours intéressante de cet auteur.

(Chronique n°170)

samedi 15 février 2014

Monsieur Malaussène (Daniel Pennac)

Je me suis dit, après avoir fini La petite marchande de prose que je devrais me centrer plus sur le challenge. Et en parlant avec un ami, professeur de retraite, de cette saga, je l'entend me dire "Tu verra, Monsieur Malaussène c'est pas le plus mauvais de la série." Comment voulez-vous réussir à résister à ça ? Personnellement je n'ai pas pu, et me voila en train de lire le dernier tome de cette série que je possède. Et de le finir rapidement aussi.


Résumé en trois mots : Maternité, Images et Cinéma

Ce livre est le plus long de la saga Malaussène, enfin de ceux que j'ai lu, et il n'est pas le plus mauvais, mais je ne dirais pas non plus le meilleur. Entre les deux en fait. Pour plusieurs raisons, tout comme elles sont plusieurs en faveur de ce quatrième tome.

Pour commencer, j'attaquerai les points que j'ai jugé plus négatif, et je dirais notamment qu'il manque un petit quelque chose à ce livre : l'humour. On a nettement moins d'humour que dans les autres volumes, les sujets abordés sont très sérieux (comme pour les autres en fait) mais c'est fait beaucoup moins légèrement. Il y a bien entendu des bons moments de rire, mais dans l'ensemble c'est un livre plus sérieux que drôle, et j'ai trouvé ça dommage. Ensuite, le roman part dans de nombreuses directions qui se rejoignent, mais du coup on suit moins souvent le personnage de Benjamin Malaussène, alors qu'il est quand même le principal personnage. C'est dommage, j'ai trouvé qu'on avait trop d'intrigues secondaires aussi importantes que son histoire à lui. La famille Malaussène n'est plus tellement au centre. Le dernier détail que je reprocherais, c'est le sujet général, qui est centré autour de l'image et des films. C'est pas inintéressant, mais j'ai beaucoup moins d'intérêt que pour les livres (dans le troisième volume) ou en général les autres thèmes de la saga. Une considération plus personnelle en fait.

Pour le reste, en revanche, c'est encore et toujours bon. Fourmillant d'inventivité et de bonnes idées, de personnages riches et haut en couleur, d'intrigues croisées superbes, de nouveauté et de repêchage d'anciens détails, c'est un pur bonheur à lire, dans la droite ligne de ce qui se faisait dans les autres tomes. Le livre prend même le temps d'explorer d'autres lieux que le quartier de Belleville, ce qui n'est pas inintéressant, même si c'est vraiment dans Paris que tout se noue. Bref, encore une fois un petit régal pour le lecteur.


Sans être le plus mauvais, ce n'est pas le meilleur de la saga Malaussène, mais qu'est-ce que j'ai aimé la lecture. Encore une fois on est plongé dans cette famille hors-norme, avec tout ces personnages et ces intrigues en tout sens. Un régal de lecture que j'ai suivi d'un bout à l'autre. Le ton est léger, quoiqu'un peu moins que dans les autres volumes, et c'est avec un grand plaisir qu'on retrouve ce bouc émissaire qui est là pour expier les fautes de tout le monde. Je ne peux que vous encourager à le lire, cette saga est décidément une excellente lecture.

(Chronique n°138)

mardi 11 février 2014

La petite marchande de prose (Daniel Pennac)

(Lu entre le 28 et le 29 janvier)

J'ai craqué en le voyant d'occasion et je l'ai lu (oui, en plein dans le challenge, j'ai honte de ne pas avoir résisté) le plus vite possible. Le troisième tome de la saga Malaussène, tout de même, ça ne se refuse pas ! En tout cas je n'ai pas refusé, et au final, j'ai lu le tout sans même m'arrêter, toute la journée. Ah, une journée de lecture, quelle saine occupation ...


Résumé en trois mots : Littérature, Enquête et Famille

Encore une fois, la famille Malaussène m'a happé dans ses aventures et je n'ai pas résisté. Si l'ensemble est un poil en-dessous de ce qu'était La fée carabine, peut-être du fait d'un humour moins présent et d'un fond plus grave, le reste m'a amplement séduit et m'a lié à l'ouvrage jusqu'au bout. Je n'ai pas pu décoller de ma lecture, ou presque.

Daniel Pennac a un don pour conter les aventures de cette famille peu ordinaire, qui est cette fois-ci mise plus en avant que d'habitude, Benjamin s'effaçant un poil pour laisser les autres faire, ce qui n'est de loin pas pour me déplaire, tous étant aussi intéressant. Si j'ai dis que l'humour est un peu moins présent, il n'est de loin pas absent de ce volume qui contient de véritables blagues. Le tout réhaussé par le style qui commence à me plaire, avec plusieurs phrases bien percutantes. L'ensemble est vraiment d'excellente facture.

Et comme pour le volume précédent, nous avons le droit à une histoire qui ne s'ouvre sous forme d'enquête mais qui va dans tellement de directions qu'il serait réducteur de dire qu'elle est au centre. Tout est important, les intrigues se mélangent, tout comme les personnes et les peuples dans ce quartier de Belleville. Un quartier qui donne de plus en plus envie d'y aller. Et le mélange ethnique, les arrivés et les départs, tout est intéressant.

Pour ce troisième volume de la saga Malaussène, j'ai encore ressenti cette bouffée d'air frais qui sort du livre et qui nous saute en pleine face. Le ton est encore une fois oscillant entre le sérieux (il y a des choses qui passeraient sans problème dans un polar bien noir) et un humour par petite touche qui jaillit là où l'on ne l'attend pas. Les personnages toujours aussi géniaux, les différentes histoires qui s'imbriquent, tout est en place pour un excellent roman. Je ne peux que vous en recommander la lecture. Cette saga commence définitivement à me plaire ! J'ai la suite, mais je vais essayer d'attendre un poil avant de la lire ....

(Chronique n°136)

mercredi 20 novembre 2013

Midnight Express (Billy Hayes)


Ce livre, je l'ai lu sur un coup de tête. J'écrivais une lettre pour un ami et je me suis laissé tenter à le commencer. J'ai arrêté à la page 50 et j'ai continué quand j'ai fini la lettre puis je l'ai conclu le lendemain, sans m'arrêter ou presque. La preuve s'il en faut que le roman est pas mal prenant. Mais pourquoi donc, me demanderez-vous ? Et bien ....


Résumé en trois mots : Jeunesse, prison et carcéral

Ce livre est assez indissociable du film qui en fut tiré, film par ailleurs excellent il faut bien l'avouer, et de l'excellente bande-originale qu'on en a tiré. Mais je vais essayer de ne pas trop en parler car il s'agit là de deux choses vraiment différentes, bien que le film soit tiré du livre et encadré par l'auteur. Selon moi chacun obéit à une force différente. En effet, si le film nous présente le combat acharné d'un homme à reconquérir sa liberté et à survivre aux geôles turques, le livre est à mon avis plus écrit comme une autobiographie (ce qu'il est d'ailleurs) et comme une vision de sa vie par l'auteur. Le livre ne vise pas un grand thème d'écriture, juste raconter ce qu'il s'est passé. C'est ce qui fait sa force, tandis que la force du film vient de cette représentation de la lutte d'un homme contre la prison.

Ce que j'ai adoré, et ce qui fait à mon avis la grande force du livre, c'est que outre qu'il soit vrai, le livre fut écrit rapidement après sa sortie de prison. C'est d'une grande force, puisque tout est encore bien présent dans son esprit et qu'il est à ce moment là encore dans un certain état d'esprit, au niveau des réflexions sur le gouvernement turc ou ses habitants, qu'on peut qualifier de raciste.
Mais ce que j'ai encore plus apprécié, c'est que le récit se permet justement ce genre de considération et ne tombe pas dans une réflexion plus tardive. Il en s'amende pas, ne revient pas sur lui-même. C'est juste ce qu'il a vécu, "dans le vif", et du coup c'est plus puissant. Le livre mérite d'avoir un point de vue interne très fort, une parole qui retentit car elle est le reflet de la pensée. Si le livre avait été écrit plus tardivement, il aurait perdu cette hargne qu'il possède bien marquée. De ce fait, le style est prenant.

En contrepartie, il faut faire soi-même la part des choses dans ce qui est dit, notamment l'attitude très franchement marquée du narrateur contre les turques au sein de la prison (et aussi en dehors), et essayer parfois de lire entre les lignes pour comprendre la réalité. De toute façon, il faut essayer ensuite de prendre du recul par rapport au récit pour appréhender d'une meilleure façon les conditions des détenus. Mais en tant que tel, le récit nous permet de bien comprendre de quelle manière cette détention a été perçue par le personnage principal, et c'est bien ça qui compte, cette envie de vivre quand on est enfermé pour une faute que l'on regrette rapidement.

Un récit bien prenant et complètement introspectif, qui explore tout le tourment d'un homme enfermé loin de chez lui et qui ne cherche qu'a sortir de là, les déboires et les violences dont il sera à la fois témoin et victime et toute sa volonté et sa hargne pour en réchapper, ainsi que cette joie immense lorsqu'il y parviendra. C'est un récit poignant, qui n'est pas à lire pour s'informer mais pour ressentir. En fait, c'est un roman brillant, et une belle autobiographie écrite sur le vif. Je recommande la lecture, qui se fait en bon complément du film.

(Chronique n°96)

jeudi 21 mars 2013

Différentes saisons (Stephen King)


Bien, j'ai déjà abordé deux romans de Stephen King sans rentrer dans ses fameux romans tellement connus de l'horreur. Et bien continuons sur la lancée, et allons fouiller du côté d'un domaine où il est particulièrement doué également : les nouvelles. En fait, Stephen King est particulièrement doué pour cet exercice, qu'il a exercé durant de nombreuses années puisqu'il était payé plus facilement qu'avec ses romans (c'était la période avant qu'il ne soit célèbre). Il a fait plusieurs recueils avec (de mémoire : Différentes saisons, Tout est fatal, Minuit 2 et 4 ou encore Brume), ce qui est une excellente chose. L'un des gros avantages des recueils de nouvelles -et qui fait que je les affectionne particulièrement- c'est la capacité à picorer. On pioche une nouvelle, puis une autre, et on repose. On s'en ressert une le mois suivant, puis on lit tout d'affilé. Et en relisant, c'est très sympathique. Maintenant, le désavantage de ce genre d'ouvrage : on trouve à boire et à manger dedans. C'est bon et mauvais mélangé, et malheureusement on ne le sait pas avant d'ouvrir le livre. Une bonne chose par contre, c'est que rarement tout est mauvais. La preuve avec cet ouvrage-ci !


Résumé en trois mots : Nouvelles, Réalisme et Noirceur

Donc ces nouvelles ont toutes une particularité : elles ont été écrite après un livre. L'auteur explique dans une potface qu'il avait l'impression d'avoir encore assez d'essence dans le réservoir pour faire un petit trajet en plus : une nouvelle. Cependant, ces nouvelles sont problématiques : elles ne sont pas assez longues pour un roman, et trop courte pour être une nouvelle a part entière. Du coup, il en a tiré un livre complet plutôt, regroupant pour cela quatre nouvelles. Le tout arrosé bien évidemment des habitudes de Stephen King pour le suspens et l'horreur. Pour parler efficacement de ces nouvelles, je vais les voir dans l'ordre, afin de vous donner un meilleur aperçu. Retenez bien que toutes ces nouvelles ne sont pas forcément fantastiques avant de commencer. D'ailleurs très peu le sont en fait. Mais parlons en en détail.
Le titre, comme vous l'aurez compris, fait références aux quatre saisons et du coup chaque nouvelle représente une saison. D'ailleurs, ce découpage est pas mal.

Espoir, éternel printemps : Rita Hayworth ou la rédemption de Shawshank

Il se peut que cette histoire vous rappelle quelque chose. Non, rien du tout ? Et si je vous dit Morgan Freeman, Tim Robbins, Andy Dufresne, Red, la prison ... Toujours rien ? Mais enfin ! Les Évadés bien sur ! Le film sorti en 1994 et qui est tellement célèbre.

Pourquoi je vous parle de ce film ? Et bien, parce que cette nouvelle est celle dont s'est inspiré le film. Je dois dire que j'ai eu la chance/malchance de lire la nouvelle avant le film (celui que vous connaissez en premier vous spoil l'autre). Du coup j'ai été très agréablement surpris en voyant le film, car pour une fois, l'adaptation est vraiment fidèle au livre. Je vous parle par là d'un suivi fidèle de la trame narrative, d'une mise en image du propos et surtout de rajouts intéressants.
L'histoire donc, est celle d'un employé de banque, nommé Andy Dufresne, qui se retrouve en prison lorsqu'il est accusé du meurtre de sa femme et de son amant. Malheureusement pour lui, il est innocent, et est enfermé pour la vie. En prison, il va rencontrer Red, un homme qui sert de convoyeur à toutes les marchandises qu'on peut trouver en prison. Et ce Red va commenter le passage que fera Dufresne en prison. Un passage mouvementé d'ailleurs.

Cette nouvelle, je dois dire qu'elle est vraiment parfaite pour l'adaptation à l'écran. Il y a une bonne intrigue, un suspens incroyable, une idée très bien développé et plusieurs autres intérêts, notamment sur la vie en milieu carcérale (maintenant, la nouvelle date un peu, mais elle est bien aussi). Le tout étant commenté en voix off par cet homme désabusé qui est en prison à vie également (il a envoyé sa femme s'écraser contre un pilier pour toucher l'assurance) et qui apporte un regard assez pessimiste sur la société. Cependant, le titre donne le ton. Le message d'espoir est présent dans tout le roman et franchement l'histoire est prenante.
En fait, je ne pense pas que ce soit une histoire sublime, immanquable et rivalisant d'ingéniosité, mais elle est très lisible, prenante (une des spécialité de Stephen King) et au final d'une très bonne qualité. Et surtout, contrairement à un polar de Agatha Christie, on peut la relire, vu que tout n'est pas seulement centré sur une enquête. Le fait de savoir la fin ne gâche pas la relecture.

Été de corruption : Un élève doué

Là, nous atteignons allègrement les sommets en terme de récits. Je vais essayer de ne pas trop m'étendre, mais cette nouvelle là est à mon avis la meilleure de toutes celles du recueil.
L'histoire, c'est celle d'un petit garçon aux États-Unis dans les années 70, qui se rend compte qu'une personne qui vit dans sa ville est un ancien nazi qui à dirigé des camps de concentration. A présent c'est un vieil homme, ruiné et vieux, qui picole et qui fume comme un pompier. Cet homme, le garçon va le rencontrer. Il va lui parler, expliquer qu'il sait, et commencer un jeu de chantage avec ce vieux bonhomme. Pas un chantage d'argent, oh non ! Un chantage d'une autre forme, très sombre pour un enfant si jeune ...

Le récit est ici très réaliste. Pas de vampires, pas magie, pas de trucs qui jaillissent de n'importe quoi. Non, juste un homme vieux qui à fait de vilaines choses, et un enfant jeune qui est un vilain. Car dans ce récit, le pire n'est sans doute pas le vieil homme, mais le jeune Tod. Un monstre, mais un élève doué. Très doué d'ailleurs. Je peux vous dire que ce récit à de quoi vous faire dresser les poils sur la nuque, et en plus il est sacrément glauque mais du début à la fin. Car le récit s'étale sur une longue période. Plusieurs années vont passer. Et surtout, ce qui est sans doute le pire, aucune explication ne sera donnée. Vous n'aurez absolument rien pour comprendre ce qui se passe. Vous êtes simple spectateur, juste regardant les événements découler les uns des autres. Et ce garçon, flippant ! De quoi vous donner des cauchemars. Il n'est absolument pas une incarnation du mal, mais juste une personne qui fait peur. Vraiment peur, surtout que ce petit garçon pourrait être celui que vous croisez dans la rue tout les jours.

Vous aurez compris, cette nouvelle à de quoi faire peur et donner des insomnies. En fait, je pense que Stephen King touche un point particulièrement sensible dans l'âme humaine, celle de la proportion à faire le mal. Dit comme ça, c'est très manichéen, mais en lisant je peux vous garantir que vous aurez une vision très curieuse de l'affaire. D'autant plus sur le vieil homme, qui est très dérangeant, mais en même temps juste un vieil homme faible qui à enterré son passé et voudrait bien ne plus jamais le voir ressortir. Là dessus, la fin est plus qu'éloquente. Mais je n'en dirais pas plus.

A mon sens, cette nouvelle est la plus réussie de l'ensemble, avec une dimension angoissante et oppressante qui domine largement, et plein de noirceur qui ressort. Je ne sais pas trop ce qu'il faut en tirer, mais je vous garanti qu'elle ne laisse pas de marbre.

L'automne de l'innocence : le corps

Là par contre, on touche une nouvelle qui est moins intéressante. L'idée de base est vraiment bien, et je la trouve bien exploitée. Le souci vient du fait que je ne suis pas du tout sensible à ces thèmes.
L'histoire va se concentrer sur un gamin, dont le frère est décédé et les parents évanescent depuis, qui à trois excellents amis. Ces trois amis et lui vont organiser une promenade, car un de leur camarade, disparu depuis plusieurs jours, à été retrouvé par des grands près de la voie ferré, mort. Les trois gamins décident alors d'aller voir de leur propres yeux ce cadavre. Ils vont longer les rails et avancer seuls.
Là encore, vous ne trouverez pas la moindre once de fantastique dans tout le récit. Il y a seulement quatre amis très jeunes qui vont devenir adulte, comprendre certaines choses de la vie et grandir considérablement dans une sorte de métaphore du fait de grandir.

Le souci à mes yeux dans le récit, c'est justement l'enfance. C'est un des thème qui me touche le moins. L'innocence de ce monde qu'on vante est déjà faux, et heureusement que Stephen King le représente dans toute sa brutale réalité, mais le thème reste tout de même très lointain pour moi. Etant petit, je voulais surtout devenir adulte, et je n'ai pas vraiment de nostalgie de cette époque. Du coup, la lecture était intéressante, mais ne m'a fait ni chaud ni froid.
Cependant, si elle ne m'a pas touchée, elle reste néanmoins très bonne. Tout est bien fait, et comme dit, le récit est très violent. Entre les enfants eux mêmes, avec leurs relations aux adultes, et surtout dans leurs relations avec les plus grands qu'eux (les grands frères qui sont plus fort). Un monde de violence et de conflit qui sera en dehors le temps d'une marche tranquille le long des rails. Là encore, la fin est vraiment très bien faite, et le tout est superbement mis en scène. C'est dommage, j'aurais vraiment voulu aimer. Mais je n'y ai pas été sensible. Je regrette, mais c'est comme ça.

Un conte d'hiver : La méthode respiratoire

Pour cette dernière nouvelle, nous avons le droit à une histoire à tiroir. Mais si, vous ne voyez pas ? Le principe des Milles et une nuits, l'histoire dans l'histoire ! C'est pourtant évident !
Le personnage principal est un vieil homme, qui va rentrer dans un club particulier dans New-York. Il va voir du monde, trouver plein de salles, et surtout entendre des histoires. Car ce club est un club où des histoires se racontent. D'ailleurs, la cheminée du salon principal est gravé d'une devise : C'est l'histoire, pas celui qui la raconte. Et, vous l'aurez deviné, le récit va nous proposer d'écouter une histoire qui se raconta dans ce club, un soir de Noël. Une histoire dingue, car elle parle d'accouchements et de médecine au début du siècle. Cette fois-ci par contre, nous aurons le droit à un peu de fantastique. Mais seulement un petit peu, comme SK nous à habitué dans bien d'autres romans.
Le récit va d'ailleurs nous emmener dans une vision de la société ancienne, où être enceinte sans être mariée est proscrit, où l'accouchement est prévu avec des règles absurdes. Le personnage racontant cette histoire est un ancien médecin qui a eu une patiente un peu particulière. Je vous laisse découvrir la teneur du récit, qui touche plus au fantastique cette fois-ci, mais celui-ci est encore une fois très bon. Le récit est toujours prenant, révoltant aussi, et la fin digne de SK. Le principe de l'histoire à tiroir est bien mis en scène, et finalement nous ne saurons pas laquelle des deux SK voulait nous raconter en priorité. C'est assez amusant comme petit jeu.


En conclusion, nous avons là quatre excellentes nouvelles, très longues pour des nouvelles mais plus courtes que des petits romans, et d'une qualité remarquable. Chacune est dans un genre particulier mais tout aussi bien, et surtout l'ensemble se lit et relit vite, facilement, et avec envie. L'écriture est toujours aussi prenante, les récits ont une belle force, et tout l'ensemble est vraiment bon. Je pense que les nouvelles de ce recueil sont les meilleures qu'il ait jamais écrites, ce qui nous donne un excellent prétexte pour commencer la lecture sans plus attendre.

(Chronique n°28)

lundi 11 février 2013

Papillon (Henri Charrière)

Rah, je sais pourtant bien que je dois conserver quelques articles d'avances. L'idéal serait d'en faire trois ou quatre le week-end et de les poster durant la semaine. Là j'en ai uniquement deux en réserve, et je ne peux pas encore les poster (l'un est de Stephen King, du coup j'attends la chronique n° 13 pour la mettre) et je n'ai toujours pas de chronique BD en avance. C'est très énervant. Donc pour m'aérer l'esprit des lumières qui dissertent contre le curé (oui, un exposé est en préparation pour mercredi) je vous propose une petite chronique qui va nous aérer l'esprit. C'est bon, vous êtes bien attaché ? Alors allons-y ! Dépaysement total, allons voyager dans le temps et l'espace. Cap sur l'île du diable, sur Cayenne et les îles du salut, et le début du siècle !


Résumé en trois mots : Bagne, Cavale et Aventures

Ah, ce genre de livre, ça fait remonter des souvenirs ... Une belle époque, où je découvrais innocent la collection de livres de mes parents. Une époque superbe. L'époque où insouciant et gaiement on se jetait sur les pavés de 691 pages et qu'on le finissait en deux jours. Aujourd'hui ce serait fait dans la journée ... Alalal, la lenteur de ces jeunes ...

Papillon fut un énorme succès, en France et ailleurs, mon exemplaire de 1976 titrant "7 millions d'exemplaires vendus dans le monde". C'est un succès modeste à l'heure actuelle, mais un énorme succès pour l'époque. Et pourtant, aujourd'hui il est très peu connu, beaucoup moins en tout cas que le film qui en a été tiré, ce qui est encore une fois partiellement stupide, mais bon ... En tout cas, plongeons-nous dans cette aventure qui va vous faire virevolter et tournoyer à une vitesse incroyable!

Alors cette fois-ci, pas de présentation de l'auteur, car il est lié à l’œuvre de façon presque autobiographique. Je vais expliquer le tout :

Le livre présent Henri Charrière, en 1931, alors qu'il est arrêté et condamné pour un crime dont il se déclare innocent (mais pour lequel il n'apporte aucune preuve). C'était un petit délinquant, accusé d'un meurtre, qui à déjà été condamné plusieurs fois, et il est envoyé dans ce qui se fait de pire au monde : Cayenne. Le récit commence donc dès la sortie du procès et va raconter la façon dont Henri Charrière va vivre ses années au bagne, condamné à perpétuité et tentant systématiquement de s'évader. Treize ans durant, il errera sur le chemin de la pourriture (c'est l'appellation du bagne). Mais comment cela s'organise-t-il ?

Et bien en fait, vous le saurez en lisant ce livre, où le personnage va se démener comme un beau diable pour tenter par tout moyen de s'évader de la prison, se faisant ami et ennemi, rattrapé, condamné à la Royale (une prison dans la prison pour punir les personnes coupables de crimes au bagne, et qui tuait très fortement les gens). Mais également, vous aurez un détail de la vie au bagne, du fonctionnement entre prisonnier, entre gourbi (grosso modo clan/groupe de bagnards), matons (gardien) et michetons, porte-clefs, surin (couteau) et autres joyeuseté d'une vie trépidante. La jungle, les indiens, les perles, les espagnols et bien d'autres choses en dehors du bagne, lorsqu'on s'est évadé. Car oui, s'évader, franchir le mur, c'est bien beau. Mais ensuite ? Car il faut trouver un pays d'accueil, retravailler, trouver une famille, refaire sa vie. Sa dernière cavale est à la page 559. Vous remarquerez qu'il doit encore faire 130 pages avant d'avoir une situation stable. En clair, c'est long !

Et pourtant, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Il y a plusieurs raisons à cela, déjà parce que le style d'écriture est vraiment taillé pour l'aventure qui est contée : vif, direct, très rapide, tourné de belle manière, il est exactement adapté au style de l'aventure tel que le récit ici. Car oui, le récit est une aventure de A à Z. Si c'était un film, ce serait Indiana Jones, une BD, ça serait Corto Maltesse : rebondissement, aventures en tout genre, paysages inconnus, lieux variés, rencontres incroyables ... Tout est millimétré pour que la lecture soit fluide. Des passages plus calme son disséminés, avec des passages plus prenants, de l'aventure réelle, et le tout est fluide et homogène. Tout semble s'enchainer parfaitement logiquement.

Enfin, dernière qualité et non des moindres : le contenu du récit. Car vous allez apprendre de nombreuses choses, outre le fonctionnement du bagne. Ainsi nous verrons la situation géopolitique de l'Amérique du Sud, la façon de naviguer, la réception des événements d'Europe dans ces endroits là, ainsi que beaucoup de petites choses toujours intéressantes. Une vraie mine pour quelqu'un de curieux.
Le récit est coupé en cahier, apparemment il aurait rédigé le tout sur des cahiers scolaires. Le découpage me semble cependant trop beau pour être vrai, et je soupçonne plutôt une redécoupe ensuite, mais bon. Ce n'est pas le principal.

Passons dès à présent aux critiques. Car ce roman peut être bien critiqué !

Déjà, sur le fond. Car si ce roman semble autobiographique, il ne l'est pas. Enfin, pas totalement. En fait, Henri Charrière n'a pas vécu tout ce qu'il raconte, et s'accapare des récits d'autres bagnards (qu'il a côtoyé) et les mêles au sien. Cependant, il faut souligner que c'est fait de façon si habile que vous ne le sauriez pas si personne ne vous le disait. C'est remarquablement bien fait dans le genre, et sacrément efficace. Je n'ai su ça que des années après et j'ai été franchement surpris.
Ensuite, il faut aussi noter que Papillon à tendance à se présenter comme un modèle du genre : droit, noble, vertueux, sans tache, plein d'honneur etc ... Petit rappel : c'est un truand de base qui est accusé de crime. Qu'il l'ai commis ou non, il était déjà truand avant. Ensuite, la façon de présenter les choses est sacrément biaisée : les gentils, c'est les taulards, les méchants bien souvent les gaffes (gardes). Et puis Papillon arrive à parler avec tout le monde, s'entend bien avec tout le monde, calme le jeu entre gens, est bien considéré, se dresse presque en chef des bagnards ... Là encore, c'est très orienté comme vision, et je pense clairement que c'est assez faux. Mais comment s'en assurer ? En fait le mieux serait de lire la biographie de l'écrivain qu'il a fait plus tard, une vraie cette fois-ci, avec la vérité (bon, je suis en Histoire, je ne crois pas que la vérité existe, NDE). Mais si vous le lisez, faites attention, l'auteur vous incline à une certaine vision, et c'est très franchement visible.

Cependant, Papillon reste avant tout un excellent divertissement, remarquablement bien écrit, avec une aventure palpitante, pleine de rebondissements, qui vont vous enchanter pendant des heures de lectures, également vous révolter contre le système carcérale, et pas que français. Il faut bien garder à l'esprit que l'auteur est loin d'être neutre dans ses propos, mais il sait mener son spectateur, et le tout est un excellent spectacle. Aussi bon qu'un grand film de divertissement. Et en plus, vous apprendrez beaucoup de choses, ce qui est toujours très sympathique. Dernier point intéressant : le prix, puisque vous le trouvez en format de poche. C'est donc une excellente lecture, très fluide et très simple, qui ravira pour un bon temps le lecteur.

(Chronique n°11)