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mercredi 2 mars 2016

Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)

C'est en relisant quelques bribes de ce blog que je me suis fait la remarque sur ce livre, que j'étais persuadé d'avoir chroniqué, et que je ne retrouvais pas dans la base. Je répare donc cet oubli, en espérant ne pas faire de doublon avec un autre article, mais cela m'étonnerai beaucoup. J'ai vérifié les différents tags qui devraient y être rattachés, et rien du tout. Donc voici une chronique censément fraiche et neuve sur un livre que j'ai lu voila un moment. Mais dont je retiens encore suffisamment de chose pour pouvoir en faire une chronique actuellement.


Résumé en trois mots : Sibérie, Solitude et Philosophie

Ce livre est le récit d'une expérience tentée par l'auteur, à savoir l'isolement complet pendant plusieurs mois en Sibérie à côté du lac Baïkal, qui constitue la plus grande source d'eau potable en surface de la planète. Le plus grand lac d'eau douce au monde. Ce n'est pas rien, avouez-le.

En tant que tel, j'avoue ne pas avoir apprécié ce livre autant que je l'aurais voulu, étant donné l'auteur et mon avis sur mes précédentes expérience avec lui. Mais je dois le dire, ce livre m'a beaucoup moins plus que les autres, principalement parce que je ne suis pas foncièrement d'accord sur le point de vue adopté par l'auteur. Et que c'est problématique quand l'auteur nous pond un essai mélangé à de l'autobiographie.
Sylvain Tesson n'est pas un mauvais écrivain, mais je ne suis pas d'accord avec une bonne partie de sa pensée, même si je ne rejette pas l'ensemble de son écrit. Ce qui est problématique, c'est la misanthropie latente dans son oeuvre, son dégout de l'homme en général. Ce n'est pas foncièrement mauvais, mais il l'exploite largement trop et ne semble pas vouloir voir autrement. Après, je respecte son avis, qui est différent du mien. Mais je trouvais ça dommage de voir cet avis martelé en permanence, et l'auteur qui ne nous montre quasiment que des choses allant dans son sens. Certes, la fin a tempéré l'ensemble en dévoilant quelques mauvais côté de son objectif, mais je reste tout de même un peu sur ma faim à ce niveau.

Ce que j'ai aussi comme reproche à faire, c'est que l'expérience est gâché par un autre problème selon moi : l'alcool. Sans aller jusqu'à dire que le livre en fait l'apologie, je suis sidéré que l'auteur nous vante une manière de vie dans laquelle il est saoul quasiment tout les jours. Je ne suis pas hostile à l'alcool (mon foie en témoigne) et je ne reproche rien à sa consommation modéré, mais quand on frise l'alcoolisme, je regrette, c'est dommageable. Alors certes, l'auteur ne fait pas que l'exprimer, il l'explique également, mais je n'ai que moyennement apprécié cette façon de voir les choses.

Un livre qui n'est pas fondamentalement mauvais, c'est certain, mais qui ne m'a pas convenu. Il manque quelque chose, ou alors ce n'est simplement pas ma crèmerie. J'aurais voulu pouvoir lire autre chose que ce que j'ai simplement lu, et j'ai regretté que le livre manquait d'ouverture de débat. Certes, certains chapitres m'ont emmené et fait rêver du grand nord, mais principalement je n'ai pas été conquis par l'auteur et son interprétation des choses. Cependant, il m'a suffisamment intéressé pour que je continue de poursuivre ses écrits, mais en sachant que je trierais ce que je découvre. Mon conseil de lecture est mitigé, je ne sais trop que vous dire.

(Chronique n°291)

mardi 3 juin 2014

Just Kids (Parri Smith)

Perdu dans une librairie à la recherche d'un cadeau d'anniversaire, je suis tombé sur un livre complètement par hasard. Imaginez, vous vous promenez dans la section "Poésie" à la recherche d’Apollinaire et de Prévert lorsque vous voyez le nom d'une artiste que vous avez découvert récemment et dont les musiques vous ont charmés. Evidemment, je tends la main pour vérifier l'ouvrage. Un recueil de poèmes ? Une traduction de ses chansons ? Des inédits ? Nenni, une autobiographie. Là, vous restez un instant pantois en vous demandant quel imbécile est allé ranger ce livre dans la section poésie. Mais, enhardi par votre insatiable curiosité, vous vous décidez à le lire, avec cette couverture curieuse et en même temps attirante. Rentré chez vous, vous le laissez dans un coin pendant deux jours, le temps de finir d'autres ouvrages commencées, puis vous l'attaquez hardiment. Et là .... Le choc. Lequel ? Je vais vous le dire.


Résumé en trois mots : Amour, Poésie et Art

C'est à la fois un récit auto-biographique, une chronique sociale sur le New-York des années 60/70, un magnifique texte sur l'art et l'artiste, tout en étant un manifeste de la vision de Patti Smith sur tout ça. Et le tout, s'il-vous-plait, avec une des plus magnifiques plumes que je n'ai jamais lu.
Pour faire simple, mon plus gros coup de cœur du moment, et depuis La route, une des plus belles baffes littéraires de ces derniers mois.

Je connaissais surtout Patti Smith par l'intermédiaire du Bison, qui avait posté une superbe critique de sa chanson Gloria, que je vous recommande. C'est pourquoi, intrigué par ce livre, je me suis jeté voracement dessus. Rien que pour les citations que j'en ai tiré, je vous recommande chaudement la lecture.

Le livre s'ouvre sur une introduction d'une pure beauté, qui est comparable à celle de La nuit, et rien que ça devrait inciter toute personne l'ayant lu à s'aventurer plus loin. Ensuite, le livre s'ouvre vraiment et nous suivons Patti Smith dans sa vie, entre enfance traitée rapidement et son arrivée à New-York, jusqu'à ce qu'elle choisisse définitivement la musique et la poésie. Le tout, avec Robert en fond.
Robert, c'est l'amour et l'amitié, le frère et l'amant, le double et le miroir. Les deux avanceront presque côte  à côte au fur et à mesure du livre, dans une relation à la fois belle et puissante. Rien à voir avec un roman mièvre, c'est une belle relation, tout simplement.

L'histoire est à la fois géniale, remplie de détails sur cette société artistique, les personnages connus ou moins connus se croisant dans les rues autour de ces salles, ces hôtels, ces bars et ces restaurants. Les noms, les têtes se mélangent dans un tourbillon de créations. Et au milieu, Patti Smith se découvre, se renouvelle, va changer sa vie et s'inscrire dans la musique, définitivement.

Je ne peux pas parler du livre sans évoquer son ton. A la fois léger et grave, il est surtout, incroyablement poétique. Une superbe poésie, et je ne sais pas si c'est la traduction, mais certaines phrases sont réellement sublimes. Des citations me reviennent en tête alors que j'écris, mais le livre est truffé de pépites, des morceaux de littératures extraordinaires. Et c'est d'une beauté .... troublante et passionnante.

Bon sang, j'aimerai lire plus souvent des livres aussi bon. Poésie et société, musique, art, passion, amour, tout est là pour une réussite plus que parfaite. Un livre qui m'a transporté et qui m'a passionné d'un bout à l'autre. Une autobiographie comme je n'avais encore jamais lu. Mais que puis-je dire sur ce livre qui n'est pas encore une éloge ? Lisez-le ! C'est tellement beau.

(Chronique n°189)

mercredi 23 avril 2014

Sur la route (Jack Kerouac)

Fin de la route, 3/3

Depuis le temps que je chronique sur ce blog, je crois bien que c'est la première fois que j'ai eu autant de mal à finir un livre. Plus de deux semaines en étalant la lecture, c'est un gros point noir avant même de commencer à critiquer l'intérieur. Mais je tenais absolument à le lire, pour cet ensemble d'avis et surtout parce qu'il s'agit tout de même d'un immanquable, que je voulais lire pour savoir de quoi il en retourne exactement. Et bien, il y en aurait à dire.


Résumé en trois mots : Voiture, Voyages et USA

En fait, je crois bien que le principal problème que j'ai trouvé dans ce livre réside dans son scénario. Je dirais presque : son absence. En gros, nous suivons les pérégrinations de deux personnages, le narrateur, appelé Sal, et son acolyte, Dean, personnage qui aurait, dit sympathiquement, "pété un boulon". Un gars dingue, simplement, dynamique et vivant. Et les deux vont sillonner les États-Unis dans un peu tout les sens, avec un peu tout mais surtout des voitures. Et ... Ah oui, il y a aussi les filles de Dean. Et je crois que nous avons fait le tour.

En fait le roman m'a semblé incroyablement long, sans grand intérêt et je l'ai fini en me demandant : Ok, a part présenter un personnage curieux (Dean), quel intérêt ? Pour moi, la réponse serait : aucun. Je n'en ai franchement rien retiré. Je n'ai pas eu l'impression de comprendre la beat generation, je n'ai pas eu de sympathie pour les personnages, je me perdais dans les états et en fin de compte je me sentais un peu perdu dans cette histoire. La plupart des choses ne m'intéressaient pas le moins du monde, tout simplement. Et ce fut assez pénible de poursuivre la route sur autant de pages. Je me demande encore ce que tant de gens y trouvent.

Le résumé est assez simple : déception. La lecture ne m'a pas du tout intéressé, et jusqu'au bout je me suis demandé ce qu'il y avait à comprendre. Je crois que le gros problème, c'est qu'il n'y a rien, vraiment, à comprendre. L'ensemble est creux, c'est peut-être une vie réelle, mais je ne suis pas du tout intéressé. En fait, en terme d'immanquable, de roman culte, je suis complètement sur ma faim. Je ne me rappelle pas d'avoir autant trainé sur une lecture depuis un moment.
De l'ensemble des récits sur la route, c'est le moins bon. Les lectures sont allées en chute d'intérêt, et c'est pour cela que l'ensemble arrive si tard. Je ne vous le conseille pas, même si c'est un livre tellement réputé. La route vaut largement plus le détour. Passez votre chemin à pied par les sentiers plutôt que de vous engager Sur la route

(Chronique n°171)

 

mardi 22 avril 2014

La route (Jack London)

En route, partie 2/3

Encore un Jack London, mais j'ai acheté une bonne partie de ses livres dans cette collection qui les a tous réédité, une aubaine pour moi. En plus on a le droit à des photos de l'auteur sous tous les angles. Mais surtout c'est une excellente excuse pour lire encore cet auteur fabuleux, et découvrir d'autre talents que simplement des nouvelles et des contes de l'Alaska ou des mers du sud. Là, c'est de l'autobiographie, qui va nous faire rencontrer en direct la vie trépidante d'un auteur hors du commun. Et qu'en ressort-il ?


Résumé en trois mots : Trains, vagabondage et Autobiographie

L'auteur nous entraine dans ses premières aventures à travers l'Amérique, alors qu'il est tout jeune homme de 18 ans, déjà formé aux lourds travaux de la marine et des taches ingrates. Et ce jeune homme va partir, vagabonder, "bruler le dur", se former au contact du peuple en vadrouille, essuyant une crise économique, et devenant progressivement l'homme qu'il est.
Le livre est écrit d'une manière complètement déconstruite, c'est plus un aperçu général de ces années de vagabondage plus qu'un récit chronologique, ce qui fait qu'on se promène souvent à gauche, à droite, en avant et en arrière, se promenant dans tout les États-Unis. En fait, London nous explique la vie de vagabondage en plusieurs points, chaque fois en prenant pour exemple sa propre expérience, alors qu'il écrit douze ans plus tard. Du fait, l'auteur livre un récit qui s'excuse parfois envers des personnes qu'il a croisé, ou s'interrogeant sur leur devenir. C'est plus un récit qu'un véritable travail de mémoire. L'auteur nous raconte ses souvenirs et les commentent, nous informant de ce qui s'est passé et parfois de ce qu'il en pense maintenant.

Le ton du livre est réaliste, encore une fois, et sans concession. Jack London ne se glorifie pas et ne se dénigre pas. Il raconte ce qu'il a vécu, en bien ou en mal, sans chercher à se mettre en valeur. Il s'indigne, il se révolte contre certains comportement, mais il ne fait pas plus. C'est ce que j'ai adoré dans ma lecture. Outre la représentation de l'Amérique en crise économique, des vagabonds (dont une autre version se retrouve dans les livres de Steinbeck), mais aussi de l'homme, encore une fois, sociale ou bestiale, bon ou mauvais. Les deux s'affrontent, dans un duel sans vainqueur. London nous dépeint une humanité qui peut être très vite transformée en monstruosité, tout en montrant des beaux côtés.

Une lecture très intéressante, qui se fait à la fois chronique sociale, autobiographie et aperçu historique, riche en informations sur une période et sur une façon d'être, le vagabondage, que choisissent beaucoup de jeunes. Une très belle découverte pour ma part, notamment parce que la lecture éclaire plus sur les convictions de Jack London. En regardant sa vie, on comprend mieux ses choix et ses aspirations. Bref, une lecture encore une fois prenante, et toujours intéressante de cet auteur.

(Chronique n°170)

vendredi 4 avril 2014

Le peuple d'en bas (Jack London)

Encore un Jack London, certes (et j'en ai encore en réserve), mais qui va explorer une autre facette du personnage. En effet, je vous parlerais cette fois-ci de l'auteur socialement engagé et qui nous a pondu un petit chef-d’œuvre de sociologie et d'Histoire (eh ou, à présent cette aspect là de la vie appartiens à l'histoire ... Tant mieux pour eux d'ailleurs). Je précise d'ailleurs au passage que ce livre est aussi appelé, selon le traducteur, Le peuple de l'abime. Dans les deux cas, le sujet est le même, et ce n'est pas beau à lire.


Résumé en trois mots : Pauvreté, Social et Londres

Livre engagé socialement, mais surtout chronique de la vie de pauvres gens, cet ouvrage de London est résolument ancré dans sa vie d'observateur du monde. Ici, les bas-fonds d'un Londres en pleine période "dorée", dans une Angleterre maitresse d'un empire énorme, au innombrables richesses et à l'activité industrielle florissante quoique ayant connu déjà un choc économique. Et dans cette Angleterre là, sortant juste de l'époque victorienne pour rentrer dans celle edouardienne, Jack London va se travestir pour explorer par lui-même ce qu'il appelle "L'Abime", l'endroit où échouent les pauvres, les déshérités, les indigents de la société anglaise. Et c'est glaçant.
A la fois portrait de la vie londonienne pour ces pauvres gens, constatations sur la misère (ce qu'il dit sur la survie au jour le jour de ces gens est valable dans nos pays aujourd'hui aussi), critique d'un système (et d'une société), critique d'un comportement, tout y est. C'est aussi le journal d'une plongée dans ce monde, un monde que London n'arrive pas à concevoir jusqu'au bout. Plus d'une fois il nous explique que cela va trop loin pour lui en montrant ce qu'il a fait au final (comme se laver après avoir du se "laver" dans un centre). C'est une triple lecture, à la fois chronique de l'auteur, chronique sociale et chronique historique. Une superbe densité qui marque.

Tout l'intérêt que l'on peut avoir, outre l'aspect historique, c'est le fameux intérêt de comprendre la pauvreté, ses mécanismes et ses tenants-aboutissants. Et de comparer avec aujourd'hui. Ce qui fait la force de ce livre traitant de la pauvreté, c'est qu'il traite de sujets toujours d'actualité. Je ne vous conseillerai que d'ouvrir les yeux en ville. L'abime n'est pas si loin de nous qu'on le pense.

Un excellent roman, tableau d'une triste réalité du début de XXème siècle, c'est également une peinture saisissante de la pauvreté en général, de ses mécanismes et de ses composants. Chronique d'un auteur s'engageant dans le processus pour essayer d'en parler (journalisme gonzo avant l'heure ...) et nous laissant face à l'horreur de ce qui est vécue. Plus d'une fois j'ai pensé qu'un sadique n'aurait pas put inventer quelque chose comme cela. Et, cerise sur le gâteau, London nous parle au final de socialisme. Et ça, croyez-moi, ça s'entend de loin quand il l'exprime à sa façon. A lire, ne serait-ce que pour être amené à réfléchir sur les situations actuelles.

(Chronique n°162)

Petit extrait pour réfléchir :

"La civilisation a rendu possible toutes les formes du confort matériel, et beaucoup de joies intellectuelles. Mais l'Anglais moyen est exclu de ces joies. S'il doit éternellement en être privé, je dis que la civilisation a failli à sa mission."

"Cela nous amène à poser une troisième et inévitable question : "Si la civilisation a augmenté le pouvoir de production de l'individu moyen, pourquoi n'a-t-elle pas amélioré le sort de l'individu ?" A cette question, une seule réponse est possible : à cause d'une mauvaise gestion."

vendredi 21 mars 2014

Junky (William S. Burroughs)

J'ai encore tellement de livres à lire, et pourtant c'est celui-là qui a retenu mon attention, avec cette couverture simple, qui m'a rappelé le film Trainspotting, ce sujet simple : la drogue, et cet auteur de la Beat Génération, qui est réputé pour être un des plus grands auteurs américain. Je me suis laissé emporter par son récit et je dois dire que ce ne fut pas pour me déplaire.


Résumé en trois mots : Drogue, Amérique et Dealer

Burroughs écrit ici sous les traits d'un double, alter ego de l'auteur (c'est assez visible). C'est donc un récit autobiographique que nous avons là, et qui nous entraine dans les histoires de ce jeune homme, fraichement accompli et titulaire d'une licence en lettre (faite par dépit plus que par choix). L'originalité de ce récit réside sans doute dans le point de vue que le narrateur accorde à la drogue. Sans aucun doute, il n'y a pas d'équivalent. Après, c'est aussi le livre le plus vieux, son cadre n'est pas du tout celui actuel, et les mentalités ont aussi bien changées (je dirais heureusement, mais pas pour tout).
Bref, c'est un livre qui permet de comprendre le passé lointain de la drogue, mais beaucoup moins de nous plonger dans l'actualité. Remarquez, c'est aussi un livre générationnel, qui nous renseigne sur la Beat Génération, et en ce sens il est plus complet.

L'histoire nous trimballe un peu dans l'Amérique, entre les Etats-Unis et le Mexique, ce qui nous amène aussi à voir les différences entre les états, au sein des États-Unis et extérieurement. Par contre, nous verrons très peu de choses du trafic même de drogue. C'est plus une autobiographie, avec le monde des drogués, leurs conceptions de la vie et leur univers mental qu'un livre sur la façon dont on se drogue.
Et surtout, Burroughs ne fait absolument pas de confessions. Ce n'est pas un livre témoignage, contrairement aux autres livres sur la drogue. C'est simplement un livre qui parle de sa vie à un moment donné, lorsqu'il prenait de la drogue. Il ne cherche pas à s'excuser, ne considère pas cette période de sa vie comme ratée, ou mauvaise. C'est juste une période de sa vie. De fait, la lecture est curieuse, puisque l'auteur ne cherche pas à nous dissuader de quoi que ce soit. C'est la vérité crue et sans problèmes. Du coup, si vous cherchez un témoignage anti-drogue, je ne peux pas trop vous le recommander.

Récit assez atypique et qui nous offre une vision tout sauf conventionnel de la drogue, Junky s'inscrit dans un ouvrage autobiographique et une sorte de manifeste de la Beat Génération plutôt qu'un véritable livre sur la drogue. C'est un contexte plutôt, une façon de voir la vie et le monde dans lequel la drogue joue un rôle non négligeable. J'ai trouvé la lecture plaisante et intéressante, je ne peux que vous recommander de faire pareil.

(Chronique n°155)

samedi 15 mars 2014

Women (Bukowski)

Je n'ai pas résisté à un nouveau Bukowski, notamment après avoir lu une BD sur lui récemment. C'est donc tout guilleret que je me suis plongé dans un livre autobiographique qui nous narre ses différentes (mes)aventures avec la gente féminine, pour un personnage haut en couleur et à la plume sublime. Un poète écrivant sur le sexe sans tabou, ça vaut largement le détour.


Résumé en trois mots : Femmes, Sexe et Autobiographie

Pour un résumé complet, il faudrait introduire également le facteur alcool, grand liant social et compagnon de Bukowski. Pour faire simple, nous avons là le résumé du livre. En fait, Bukowski nous offre une page de sa vie, uniquement centrée -ou presque- sur les femmes et les relations qu'il eut avec. Pas durant toute sa vie, mais durant un petit moment.

Charles Bukowski a un style d'écriture plutôt frappant. Direct, sans tabou, il nous livre plus que serait un journal intime, et moins à la fois, ne se dévoilant pas et n'indiquant que très peu sa pensée. Il se contente de faire un étalage de ce que fut sa vie, dans un moment donné, et ce qu'il vécue par rapport aux femmes. En lisant entre les lignes, on peut supposer que certaines choses n'ont pas changées, mais ce serait suppositions présomptueuses. Mais qu'est-ce que c'est bien écrit. Le style permet de rentrer rapidement dans l'histoire et permet de nous immerger dans un quotidien assez atypique pour un auteur. C'est curieux comme genre de vie, mais comme style de lecture c'est excellent.

En dehors de ça, il faut avouer qu'il semble parfois y avoir des longueurs, étant donné que la vie de Bukowski connait bon nombre de situations identiques, mais sinon c'est hyper-intéressant. D'ailleurs le personnage en lui-même apparait bien vite comme complexe, bien qu'apparaissant comme très simple, et devient aussi très attachant. Plusieurs passages sont très très beau, notamment quand il parle sur lui-même, ce qui n'arrive presque pas dans le livre. Bukowski est quelqu'un qui fuit en permanence, dans la boisson et dans le reste, fuyant ce qu'il est. Par contre, quand il raconte ses séances de lectures, je me dis que ça devait être quelque chose à voir.

En résumé un très bon livre autobiographique, au style littéraire assez incomparable, qui nous entraine dans la vie d'un écrivain de manière directe, sans rien nous cacher. La lecture est assez curieuse, entre humour et sérieux, poésie et sexe cru. C'est un ouvrage intéressant pour comprendre la vie de l'auteur, mais aussi simplement prenant et passionnant quand on se plonge dans la vie atypique de cet homme. J'ai eu l'impression de moments de faiblesse mais le tout est savamment dosé pour qu'on lise jusqu'au bout, avec une fin implacable et magistrale.

(Chronique n°152) 

mercredi 20 novembre 2013

Midnight Express (Billy Hayes)


Ce livre, je l'ai lu sur un coup de tête. J'écrivais une lettre pour un ami et je me suis laissé tenter à le commencer. J'ai arrêté à la page 50 et j'ai continué quand j'ai fini la lettre puis je l'ai conclu le lendemain, sans m'arrêter ou presque. La preuve s'il en faut que le roman est pas mal prenant. Mais pourquoi donc, me demanderez-vous ? Et bien ....


Résumé en trois mots : Jeunesse, prison et carcéral

Ce livre est assez indissociable du film qui en fut tiré, film par ailleurs excellent il faut bien l'avouer, et de l'excellente bande-originale qu'on en a tiré. Mais je vais essayer de ne pas trop en parler car il s'agit là de deux choses vraiment différentes, bien que le film soit tiré du livre et encadré par l'auteur. Selon moi chacun obéit à une force différente. En effet, si le film nous présente le combat acharné d'un homme à reconquérir sa liberté et à survivre aux geôles turques, le livre est à mon avis plus écrit comme une autobiographie (ce qu'il est d'ailleurs) et comme une vision de sa vie par l'auteur. Le livre ne vise pas un grand thème d'écriture, juste raconter ce qu'il s'est passé. C'est ce qui fait sa force, tandis que la force du film vient de cette représentation de la lutte d'un homme contre la prison.

Ce que j'ai adoré, et ce qui fait à mon avis la grande force du livre, c'est que outre qu'il soit vrai, le livre fut écrit rapidement après sa sortie de prison. C'est d'une grande force, puisque tout est encore bien présent dans son esprit et qu'il est à ce moment là encore dans un certain état d'esprit, au niveau des réflexions sur le gouvernement turc ou ses habitants, qu'on peut qualifier de raciste.
Mais ce que j'ai encore plus apprécié, c'est que le récit se permet justement ce genre de considération et ne tombe pas dans une réflexion plus tardive. Il en s'amende pas, ne revient pas sur lui-même. C'est juste ce qu'il a vécu, "dans le vif", et du coup c'est plus puissant. Le livre mérite d'avoir un point de vue interne très fort, une parole qui retentit car elle est le reflet de la pensée. Si le livre avait été écrit plus tardivement, il aurait perdu cette hargne qu'il possède bien marquée. De ce fait, le style est prenant.

En contrepartie, il faut faire soi-même la part des choses dans ce qui est dit, notamment l'attitude très franchement marquée du narrateur contre les turques au sein de la prison (et aussi en dehors), et essayer parfois de lire entre les lignes pour comprendre la réalité. De toute façon, il faut essayer ensuite de prendre du recul par rapport au récit pour appréhender d'une meilleure façon les conditions des détenus. Mais en tant que tel, le récit nous permet de bien comprendre de quelle manière cette détention a été perçue par le personnage principal, et c'est bien ça qui compte, cette envie de vivre quand on est enfermé pour une faute que l'on regrette rapidement.

Un récit bien prenant et complètement introspectif, qui explore tout le tourment d'un homme enfermé loin de chez lui et qui ne cherche qu'a sortir de là, les déboires et les violences dont il sera à la fois témoin et victime et toute sa volonté et sa hargne pour en réchapper, ainsi que cette joie immense lorsqu'il y parviendra. C'est un récit poignant, qui n'est pas à lire pour s'informer mais pour ressentir. En fait, c'est un roman brillant, et une belle autobiographie écrite sur le vif. Je recommande la lecture, qui se fait en bon complément du film.

(Chronique n°96)

mardi 28 mai 2013

L'institution (Binet)


J'ai dernièrement prêté plusieurs BD à des amies, et j'ai remué le tas qui traine dans la chambre, tombant sur plein de volumes que j'avais délaissés et qui méritaient bien une petite chronique dans la roulotte. Alors commençons avec un petit ouvrage d'humour (en ce moment c'est le temps idéal pour rire) mais qui en même temps peut avoir des côtés touchant, et qu'on lit avec un grand plaisir et le sourire au lèvres en pensant que cette BD, c'est le début d'un des grands dessinateurs de la bande-dessinée française : Binet, et son Institution.




Binet, c'est le genre d'auteur qu'on connait sans le savoir. En effet, c'est le génial inventeur de la famille de beauf crétin et gros typique, caricature de la France profonde (et profondément stupide) : les Bidochons. Si vous ne connaissez que de nom, je vous invite à lire cette BD qui est juste excellente tant elle représente la stupidité et la connerie d'un couple à l'état pure. C'est presque incroyable aussi quand on croise des Bidochons dans la vraie vie, ce qui arrive d'ailleurs plus souvent qu'on ne le pense (et je vise surtout les vacances là dedans). Enfin bref, cet auteur qui a participé pendant très longtemps (et participe encore il me semble) à Hara-Kiri, est un véritable caricaturiste, croquant avec mordant la société et ce qui l'entoure.

Mais Binet s'est aussi penché sur sa propre vie, et revient sur ses années de jeunesse avec cet album, dans lequel il parle de l'école dans laquelle il fut envoyé par ses parents. Un institut religieux dirigé par des abbés, dans lequel les enfants vivent toute la semaine, et dans lequel ils reçoivent un enseignement moral, religieux, et également scolaire. Et bien évidemment, tout n'est pas rose dans ce genre de maisons.
Binet à découpé l'ensemble du livre en petit chapitre, quasiment tous drôle (je crois qu'il y en a un ou deux dans lequel on ne peut pas vraiment rire, le propos étant plus émouvant et sérieux). Et quand je dis drôle, c'est vraiment drôle. On se marre, de Binet, de ses camarades, de ses profs, des situations, et même des autres institut, dans lesquels on a aussi des personnages hauts en couleur.

Pour le dessin, je ne dirais pas grand chose, sachant que Binet à un trait bien particulier, qui est au choix, on aime ou on aime pas. Personnellement je pense qu'il est bon, permettant largement de comprendre ce que l'auteur veut transmettre, et les personnages sont très reconnaissable, quoique les gamins aient un peu les même têtes si on ne remarque pas les détails. Cela dit, ce n'est vraiment pas très intéressant de les différencier, tous sont des gamins qui aiment rigoler, s'amuser, et qui aiment aussi emmerder les profs, mais savent leurs faire plaisir, ont leur petits tracas.
Binet fait d'ailleurs le tour des tracas des enfants, de l'amour jusqu'au spectacle de fin d'année, avec des profs qui peuvent être sympa malgré qu'ils soient des curés, des profs qui sont justes mauvais et d'autres bon. Et le tout est servi par un humour qui est juste des plus délectable, Binet faisant mouche à chaque coup. On ne peut que admirer cette profusion de gags, qui vont vous faire marrer jusqu'au bout. Le tout suivant l'année, avec des souvenirs épars qui vont se mettre bout à bout, jusqu'à la fin de l'année. L'ensemble est caustique à souhait, et on comprend que Binet n'aime pas beaucoup la gente catholique.


En résumé, cette BD est un excellent exemple de BD humoristique, caustique à souhait et prenant comme base le passé de Binet, avec une excellente représentation de l'univers de ces instituts religieux de l'après-guerre. Le tout est très bien mis en scène, avec plusieurs passages peu glorieux pour un Binet se mettant en scène. Ce n'est pas une histoire construite et complète, mais des souvenirs épars de ce qu'on conserve de sa vie d'enfant. Et celle-ci fut assez remplie, vraiment incroyablement drôle. Binet sait croquer les gens, et dans le genre je pense que c'est une des BD qu'il faut lire.

(Chronique n°49)

lundi 18 mars 2013

Quai d'Orsay (Christopher Blain & Abel Lanzac)


Je profite de cette chronique pour préciser que je vais sans doute abandonner sous peu le principe de l'alternance entre BD et livres, afin de conserver un meilleur rythme d'écriture. Les commentaires sur les BD sont plus dur à faire dans une période où je ne lis quasiment plus de nouvelles BD (c'est une passion qui revient vite chère quand on prend le temps de lire et d'acheter).
Ensuite, je dois avouer que écrire des chroniques plutôt longue c'est plaisant, mais je vais vraiment essayer de faire plus court. En ce moment j'arrive à me maitriser, du coup je vais tenter de continuer dans cette voie là. Il ne fait pas tellement en dire quand on aime bien et quand on aime pas, pourquoi en dire trop de mal ? Donc pour bien faire, je vais raccourcir un brin mes textes. J'espère que je gagnerais en lisibilité comme ceci, j'ai l'impression que mes textes sont souvent trop long.
Sans plus attendre, voici la BD du jour : Quai d'Orsay de Blain et Lanzac !


Résumé en trois mots : Politique, Absurde et Humour

Connaissez-vous un de nos anciens dirigeants politique qui connu quelques déboires avec quelque chose nommé le CPE ? Non, pas le Conseiller Principal d'Education, je ne suis pas sur qu'ils aient jamais connu un lycée normal avec des vrais CPE (oui, je vais sans doute faire des blagues sur les politiciens), je parlais du CPE, Contrat Première Embauche, qui déboucha sur des manifestations dans toute la France (ah, la belle époque des grèves au lycée ...).

Enfin bref, nous avons donc ici une BD qui est semi-autobiographique (voir  totalement) sur un personnage, qui est le représentant de l'auteur, Lanzac, lequel utilise un pseudonyme (on peut le comprendre). Il est embauché par le ministre des affaires étrangères, Alexandre Taillard de Vorms, une représentation  très réaliste de Dominique de Villepin (oui, celui de Clearstream), en tant que chargé de communication (en clair il écrit les discours). Et avec tout cela, il va nous présenter de façon très claire ce qui se passe dans le monde de la politique française. Et c'est loin d'être morne.

Cette BD, c'est avant tout de l'humour. Je dis bien de l'humour, même si on pouvait penser à de la politique et un roman graphique. Ici, c'est une BD qui va vous faire rire et sourire de toute les façons, avec des gueules du siècle. Si le narrateur ici est bien le conseiller technique, Mr Arthur Vlaminck, le vrai héros de cette histoire est avant tout Alexandre Taillard de Vorms, personnage hautain, ambitieux, avec une tête enflée et des chevilles qui gonflent de même, une personne qui est certes cultivée mais qui en même temps est beaucoup trop sûr de celle qu'il possède. Et qui en plus possède un égo démesuré. C'est, selon lui, le capitaine qui sauvera la planète et la laissera dans la paix. La façon dont il se voit est d'autant hilarant.

Mais en plus, le personnage est cerné par des cons des personnages ambitieux qui évoluent autour de lui de manière diplomatique, se faisant des coups de putes les uns aux autres et essayant par tout les moyens de s'attirer des bonnes faveurs. C'est très rigolo, d'autant plus que les personnages vont évoluer.
Le contexte est celui d'une crise au Lousdem, une caricature des débuts de la guerre en Irak, avec les pays à l'ONU qui font des interventions et débats en tout sens. On aura également l'aperçu de personnages américains, et d'autres acteurs, tels des philosophes, poètes et tout ce genre de choses. Et bien évidemment, tous avec un égo surdimensionné.
En sus, nous aurons également le principe autour de la vie privée du narrateur, et la façon dont son job influe dessus de manière catastrophique. Notamment lorsqu'on le mobilise de façon soudaine et brusque alors qu'il se trouve en voyage avec sa copine. Et qu'il doit rentrer urgemment.

En plus de toute les qualités autour de l'histoire et de l'humour extraordinaire, j'ai apprécié qu'on ai un aperçu très cynique de la façon dont le pays gère ses affaires extérieures. C'est une politique de malade, avec des rond de jambes et des fausses modesties, des flatteries et des discussions sur l'utilisation d'un terme ou d'un autre dans un discours (véridique, plus de dix pages de débats sur un terme).

Ajouté à cela, nous avons le droit à un dessin très efficace, une belle mise en scène, au trait dynamique et la colorisation est très bonne également. Le dessinateur fait des excellentes choses (dixit mon professeur de géo) et il vaut le coup d'être suivi. En plus, les gueules qu'il fait sont juste énorme, surtout pour Alexandre. Au final, le rendu est superbe, dans toute la BD, et promet des grands éclats de rire jusqu'à la fin de chaque tome.

En définitive, c'est une excellente histoire, avec un scénario intéressant sur plus d'un aspect mais également terriblement drôle. Le dessin est superbe, simple mais terriblement efficace, l'humour est pour tout les gouts jusqu'au bout, et l'ensemble est excellent. La série est finie en deux tomes pour l'instant, avec plusieurs pistes qui peuvent encore être exploitée mais l'auteur ne semble pas vouloir continuer. Enfin, pour l'instant. Dans tout les cas, ruez-vous dessus sans hésiter. C'est le genre de BD qu'on peut également offrir, ça plaira à tout le monde (ou presque).

(Chronique n°26)

dimanche 17 février 2013

Lettres d'amour d'un soldat de 20 ans (Jacques Higelin)


Si je vous parle de livres de chevet, voyez-vous ce que c'est ? C'est ces livres qu'on a tellement aimé qu'ils trônent fièrement sur notre côté de lit, à portée de main, là où l'on sait qu'ils peuvent être attrapés et relu en permanence. Je pense que tout le monde a un ou deux livres qui trainent là-dessus, utilisés dans les moments opportuns, ceux qu'on connait par cœur à force de les relire, qu'on savoure à nouveau lorsqu'on a un petit moment ou simplement l'envie. Ce sont des livres usés, au pages cornés, qui ont vécus, mais qui sentent toujours une odeur familière, dont les pages nous sont tellement belles. L'attachement à ce livre est souvent inexpliqué, on l'aime sans trop savoir pourquoi. Il est juste là, dans votre cœur et près de votre main.
Vous connaissez ce genre de situation peut-être. Vous avez aussi sans doute un chouchou qui traine dans un coin, bien à l'abri, que vous prêtez uniquement en étant absolument sur de le revoir, que vous rachèterez immédiatement si vous le perdez. Vous connaissez ? Fort bien. Parce que c'est de ce genre de livre dont je vais vous parler maintenant. Un livre qui est tellement beau que j'en suis encore à présent tout ému en le lisant. Je l'ai sur ma table de chevet, il est relu au moins une fois par mois, et m'inspire énormément.
Ce livre est d'autant plus particulier qu'il est d'une forme et d'une conception inattendu, et d'un auteur qui n'en est pas un, puisqu'il n'écrivit jamais de livre, et surtout qu'il n'a publié que ce livre là à ce jour. Ce qui semblerait logique, puisqu'il n'est pas auteur. Pas un auteur de littérature, s'entend. Un auteur de texte. C'est très différent.

Résumé en trois mots : Vie, Beauté et Dynamisme

Cet ouvrage est très particulier. Tout d'abord, c'est un roman épistolaire. Et non, ce n'est pas un roman. Pas dans le sens où on l'entend habituellement. Ca y est, je m'embrouille à la deuxième ligne. Bon, clarifions la chose : c'est un recueil de lettre. Qui forme un roman. Euh, non, une histoire complète. Enfin, presque. Ça forme une histoire quoi. Et d'ailleurs on s'en fout de l'histoire. .... Je ne suis pas très clair là. Bon, essayons de présenter la chose autrement.
En fait, je dirais volontiers que c'est de la poésie. Mais là je vous embrouille d'avantage, c'est certain. Parlons de l'ouvrage. Déjà, qu'est-ce que c'est ? Des lettres. Je pense que tout le monde avait compris, mais ce sont des lettres. Plein de lettres. Écrites par Jacques Higelin. Voila, on progresse.
Jacques Higelin les a écrites durant son service militaire de deux ans, dont une partie en Allemagne et une autre en Algérie. C'est donc une aventure s'étalant sur deux ans que nous lisons, avec toute les péripéties qu'elles peuvent contenir. Et encore ... Jacques Higelin les a adressées à son amour du moment, une femme dont le nom est tue, mais qu'il surnomme Pipouche. Un petit nom tendre et affectueux, tandis que lui s'en colle plusieurs. Le livre fait 250 pages, avec des gros trous dans la chronologie. De fait, les lettres donnent un semblant d'histoire, mais en fait on n'a pas vraiment de récit au jour le jour. Ce sont des lettres d'amour, pas un journal des aventures. Le service militaire, nous ne le verrons presque pas. Encore une fois, ce sera surtout l'émotion qui prime.
Les lettres sont écrites entre 1960 et 1962, mais le roman est édité seulement en 1987, lorsque la femme à qui les lettres sont adressées à remis ces lettres à Higelin. Vingt-cinq ans après. Pourquoi, je ne sais pas, mais j'aurais bien aimé le savoir. Sans doute que vingt-cinq ans après, ces lettres la touchaient-elles autant. Une façon de montrer ce que leur amour a été. Ou de le rappeler. Je ne sais pas ....


Au fait, vous connaissez Higelin ? Non ? Mais si, celui qui chantait cette fameuse chanson : Tombé du ciel ! Vous savez "Tombé du ciel, à travers les nuages, quel heureux présage pour un aiguilleur du ciel ....". Higelin, c'est un chanteur français qui m'a fait souvent rêver avec ses chansons un peu déjantés, souvent humoristiques, parfois sérieuses, des fois tristes, presque toujours remplie d'une émotion. Son CD est juste extraordinaire, mais Alertez les bébés, Caviar pour tous et Champagne pour les autres sont également des merveilles avec les chansons La croisade des enfants, Champagne, Le Minimum ou encore J'suis qu'un grain de poussière. Tiens, je pense que je vais le réécouter durant la rédaction de cette chronique. Le temps de trouver le CD .... Et voila, c'est parti !

Alors je précis que je trouve que Jacques Higelin est un véritable poète dans plus d'une œuvre. Et pourtant, ce n'est pas un chanteur que j'écoutais souvent. J'ai surtout découvert avec ce livre, et j'ai ensuite apprécié ses œuvres musicales qui renferment elles aussi des trésors de langues. Car Higelin aime à manier la langue. Une langue que nous connaissons tous bien si vous me lisez : le français.
En effet, Higelin va prendre la plume et écrire à sa fiancée des lettres d'amour d'une beauté pour l'instant inégalée dans mon répertoire de livre à ma disposition. Je dois dire que c'est tellement marquant pour moi qu'il est devenu ma référence en la matière. Je me dis toujours que le jour où je saurais écrire à la fille que j'aime des phrases et des lettres aussi belles que celles que j'ai déjà lu ici, je pourrais être véritablement heureux de mes écrits.
En fait, les lettres sont très curieuses. Ne commençant pas forcément par un bonjour ou une formule classique, se concluant à chaque fois par une autre manière, toujours dans une beauté incroyable, nous avons le droit à tout un panel de lettres, jalouse, colérique, amoureuse, inquiète, blasée, etc ... Les deux dernières étant les plus belles je pense. Elles sont écrites à la fin de son service militaire, lorsqu'il apprend que leur relation est finie. L'avant-dernière est belle, mais la dernière est sublime. Il est déjà au courant que c'est fini, sait qu'il ne faut plus rien attendre, mais écrit une lettre en réponse à une que la fille lui à écrite. Et là, nous avons un aperçu de ce que la langue peut être belle. Elle est juste sublime, autant dans la forme que dans le fond, et les derniers mots de la lettre forment une conclusion parfaite.

Ce qui est parfaitement sidérant, c'est qu'on aurait presque l'impression que les lettres ont été écrites pour un livre, mais en fait non. C'est vraiment des lettres personnelles, qui s'adaptent totalement au livre. D'ailleurs elles sont toutes fraiches, spontanées, très belles et remplies d'émotions. La façon d'écrire en plus est très prenante et nous prend à la gorge, les émotions traversent sans aucun souci. J'ai été largement contaminé.
Pour vous donner un exemple de ce que j'appelle la beauté de la chose, voila quelques extraits piochés au hasard. Ils sont à chaque fois à la fin de la lettre. C'est beau :

      "Vous m'avez réappris la fraicheur d'aimer"
"Je t'aime, tu es belle, tu es vie.
J'existe pour et par toi"
      "Je vous sens très fort près de moi
      et nous nous aimons"
Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve cette façon de faire juste magnifique. Beaucoup comparent les textes du recueil à des poèmes de Baudelaire. Personnellement je n'ai jamais lu de Baudelaire, mais je serais d'accord avec ce qu'on dit généralement de lui et de ces textes.
Ce qui ressort également, c'est la vie de Higelin. Il aime la vie, il aime la musique, il aime cette fille, et tout cela ressort à travers les pages. C'est un dynamisme incroyable, un torrent d'énergie qui traverse les pages et nous irradie. Les lettres ne sont absolument pas nostalgique, mélancolique ou dépressive. On est dans l'éclatant, dans le rayonnant, dans quelque chose qui bouge et qui donne envie de danser, d'un bout à l'autre. C'est vivant, éclatant de vie comme un beau jour d'été, le soleil rayonnant, il fait chaud et le piano qui joue en arrière-plan. (pour ce paragraphe j'ai écouté cette chanson, ce qui explique la teneur. Mais il reste vrai !);


En clair, le livre est un livre d'amour, mais à mille lieux d'un truc cul-cul et gnangnan. C'est plein de vie, rayonnant d'amour, à l'image de sa musique. Une belle histoire d'amour, mais également un amour pour tout le reste, et spécialement pour la musique. Jacques Higelin tel que nous le connaissons apparait dans ces lignes, le personnage se dessine s'affirme. Nous avons le droit à des scènes superbes, des citations extraordinaires, et une fin en apothéose. Je dirais qu'il s'agit du plus beau livre d'amour qu'il m'ait été donné de lire dans ma vie. Un must-have, et plus encore. A tout ceux qui aiment quelqu'un et qui veulent savoir comment écrire quelque chose de beau à son attention, prenez-en de la graine !

(Chronique n°15)

Allez, pour finir, voici l'introduction du livre :
"Un soir, vous êtes passé. On s'est assis l'un en face de l'autre ... Vous étiez sombre. Vous disiez les choses sans les dire. J'essayais de comprendre vos demi-mots. Je vous écoutais, je souhaitais être la complice de vos tourments, celle à qui on dit tout, celle qu'on rencontre l'espace d'un instant, à qui on crache sa vie dans l'espoir qu'elle entendra.
Peut-être n'étiez-vous pas venu pour parler, vous aviez seulement besoin d'aller mieux, d'être ailleurs. J'avais envie de vous voir sourire, de vous lire une histoire, une histoire vraie, écrite et racontée par vous, par nous, de vous laisser venir, de vous laisser entrer dans ce jardin secret où j'ai gardé vos lettres, là où le temps s'est arrêté"...
Pipouche

lundi 11 février 2013

Papillon (Henri Charrière)

Rah, je sais pourtant bien que je dois conserver quelques articles d'avances. L'idéal serait d'en faire trois ou quatre le week-end et de les poster durant la semaine. Là j'en ai uniquement deux en réserve, et je ne peux pas encore les poster (l'un est de Stephen King, du coup j'attends la chronique n° 13 pour la mettre) et je n'ai toujours pas de chronique BD en avance. C'est très énervant. Donc pour m'aérer l'esprit des lumières qui dissertent contre le curé (oui, un exposé est en préparation pour mercredi) je vous propose une petite chronique qui va nous aérer l'esprit. C'est bon, vous êtes bien attaché ? Alors allons-y ! Dépaysement total, allons voyager dans le temps et l'espace. Cap sur l'île du diable, sur Cayenne et les îles du salut, et le début du siècle !


Résumé en trois mots : Bagne, Cavale et Aventures

Ah, ce genre de livre, ça fait remonter des souvenirs ... Une belle époque, où je découvrais innocent la collection de livres de mes parents. Une époque superbe. L'époque où insouciant et gaiement on se jetait sur les pavés de 691 pages et qu'on le finissait en deux jours. Aujourd'hui ce serait fait dans la journée ... Alalal, la lenteur de ces jeunes ...

Papillon fut un énorme succès, en France et ailleurs, mon exemplaire de 1976 titrant "7 millions d'exemplaires vendus dans le monde". C'est un succès modeste à l'heure actuelle, mais un énorme succès pour l'époque. Et pourtant, aujourd'hui il est très peu connu, beaucoup moins en tout cas que le film qui en a été tiré, ce qui est encore une fois partiellement stupide, mais bon ... En tout cas, plongeons-nous dans cette aventure qui va vous faire virevolter et tournoyer à une vitesse incroyable!

Alors cette fois-ci, pas de présentation de l'auteur, car il est lié à l’œuvre de façon presque autobiographique. Je vais expliquer le tout :

Le livre présent Henri Charrière, en 1931, alors qu'il est arrêté et condamné pour un crime dont il se déclare innocent (mais pour lequel il n'apporte aucune preuve). C'était un petit délinquant, accusé d'un meurtre, qui à déjà été condamné plusieurs fois, et il est envoyé dans ce qui se fait de pire au monde : Cayenne. Le récit commence donc dès la sortie du procès et va raconter la façon dont Henri Charrière va vivre ses années au bagne, condamné à perpétuité et tentant systématiquement de s'évader. Treize ans durant, il errera sur le chemin de la pourriture (c'est l'appellation du bagne). Mais comment cela s'organise-t-il ?

Et bien en fait, vous le saurez en lisant ce livre, où le personnage va se démener comme un beau diable pour tenter par tout moyen de s'évader de la prison, se faisant ami et ennemi, rattrapé, condamné à la Royale (une prison dans la prison pour punir les personnes coupables de crimes au bagne, et qui tuait très fortement les gens). Mais également, vous aurez un détail de la vie au bagne, du fonctionnement entre prisonnier, entre gourbi (grosso modo clan/groupe de bagnards), matons (gardien) et michetons, porte-clefs, surin (couteau) et autres joyeuseté d'une vie trépidante. La jungle, les indiens, les perles, les espagnols et bien d'autres choses en dehors du bagne, lorsqu'on s'est évadé. Car oui, s'évader, franchir le mur, c'est bien beau. Mais ensuite ? Car il faut trouver un pays d'accueil, retravailler, trouver une famille, refaire sa vie. Sa dernière cavale est à la page 559. Vous remarquerez qu'il doit encore faire 130 pages avant d'avoir une situation stable. En clair, c'est long !

Et pourtant, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Il y a plusieurs raisons à cela, déjà parce que le style d'écriture est vraiment taillé pour l'aventure qui est contée : vif, direct, très rapide, tourné de belle manière, il est exactement adapté au style de l'aventure tel que le récit ici. Car oui, le récit est une aventure de A à Z. Si c'était un film, ce serait Indiana Jones, une BD, ça serait Corto Maltesse : rebondissement, aventures en tout genre, paysages inconnus, lieux variés, rencontres incroyables ... Tout est millimétré pour que la lecture soit fluide. Des passages plus calme son disséminés, avec des passages plus prenants, de l'aventure réelle, et le tout est fluide et homogène. Tout semble s'enchainer parfaitement logiquement.

Enfin, dernière qualité et non des moindres : le contenu du récit. Car vous allez apprendre de nombreuses choses, outre le fonctionnement du bagne. Ainsi nous verrons la situation géopolitique de l'Amérique du Sud, la façon de naviguer, la réception des événements d'Europe dans ces endroits là, ainsi que beaucoup de petites choses toujours intéressantes. Une vraie mine pour quelqu'un de curieux.
Le récit est coupé en cahier, apparemment il aurait rédigé le tout sur des cahiers scolaires. Le découpage me semble cependant trop beau pour être vrai, et je soupçonne plutôt une redécoupe ensuite, mais bon. Ce n'est pas le principal.

Passons dès à présent aux critiques. Car ce roman peut être bien critiqué !

Déjà, sur le fond. Car si ce roman semble autobiographique, il ne l'est pas. Enfin, pas totalement. En fait, Henri Charrière n'a pas vécu tout ce qu'il raconte, et s'accapare des récits d'autres bagnards (qu'il a côtoyé) et les mêles au sien. Cependant, il faut souligner que c'est fait de façon si habile que vous ne le sauriez pas si personne ne vous le disait. C'est remarquablement bien fait dans le genre, et sacrément efficace. Je n'ai su ça que des années après et j'ai été franchement surpris.
Ensuite, il faut aussi noter que Papillon à tendance à se présenter comme un modèle du genre : droit, noble, vertueux, sans tache, plein d'honneur etc ... Petit rappel : c'est un truand de base qui est accusé de crime. Qu'il l'ai commis ou non, il était déjà truand avant. Ensuite, la façon de présenter les choses est sacrément biaisée : les gentils, c'est les taulards, les méchants bien souvent les gaffes (gardes). Et puis Papillon arrive à parler avec tout le monde, s'entend bien avec tout le monde, calme le jeu entre gens, est bien considéré, se dresse presque en chef des bagnards ... Là encore, c'est très orienté comme vision, et je pense clairement que c'est assez faux. Mais comment s'en assurer ? En fait le mieux serait de lire la biographie de l'écrivain qu'il a fait plus tard, une vraie cette fois-ci, avec la vérité (bon, je suis en Histoire, je ne crois pas que la vérité existe, NDE). Mais si vous le lisez, faites attention, l'auteur vous incline à une certaine vision, et c'est très franchement visible.

Cependant, Papillon reste avant tout un excellent divertissement, remarquablement bien écrit, avec une aventure palpitante, pleine de rebondissements, qui vont vous enchanter pendant des heures de lectures, également vous révolter contre le système carcérale, et pas que français. Il faut bien garder à l'esprit que l'auteur est loin d'être neutre dans ses propos, mais il sait mener son spectateur, et le tout est un excellent spectacle. Aussi bon qu'un grand film de divertissement. Et en plus, vous apprendrez beaucoup de choses, ce qui est toujours très sympathique. Dernier point intéressant : le prix, puisque vous le trouvez en format de poche. C'est donc une excellente lecture, très fluide et très simple, qui ravira pour un bon temps le lecteur.

(Chronique n°11)

dimanche 10 février 2013

Presque (Manu Larcenet)


Pour la dixième chronique, j'ai décidé de marquer le coup. Je ferais sans doute pareil avec la vingtième, la cinquantième et la centième (qui est déjà rédigée d'ailleurs. Mais je la garde au chaud). Donc pour l'occasion, parlons d'une petite BD qui m'a particulièrement marquée, notamment pour mon engagement personnel et ma façon de voir les choses. C'est donc peut-être un peu plus polémique, mais en tout cas je vous promet que je ferais tout mon possible pour ne pas faire de pamphlet virulent, et je resterais courtois et poli, promis. Par contre, je parlerais plus longuement de l'auteur et de ses livres, car c'est une bête de la scène actuelle de la bande-dessinée française. Et même de la bande-dessinée en générale en fait. Je crois bien que nous avons là un des nouveaux Dieux de la BD. Ce n'est pas de l’exagération que de dire ça, ce bonhomme est vraiment dément dans son genre, une masse de BD qui vous prend au cœur, mais également aux zygomatiques. Un auteur également très intéressant à découvrir, en parallèle de son œuvre. C'est pourquoi aujourd'hui nous accueillons le grand Manu Larcenent et son œuvre Presque !


Résumé en trois mots : Armée, Traumatisme et Poésie

Ah, Manu Larcenet .... Vous en entendrez encore souvent parler, c'est certain. Il fait partie de ces auteurs qui vont apparaitre plus d'une fois sur le blog. C'est bien simple : Larcenet marque de son empreinte la bande-dessinée moderne. Plus de vingts ans de services, et encore du jus sous la pédale. Incroyable ...

Déjà, qui est Manu Larcenet ? C'est une auteur très sympathique nommée plus exactement Emmanuel Larcenet, un dessinateur né en 1969 du côté de Paris. Il démarre dans la bande-dessinée en 1995 en collaborant avec Fluide Glaciale, puis en créant Les rêveurs, une maison d'édition avec un collège : Nicolas Lebedel. C'est au sein de cette maison d'édition qu'il publiera plusieurs de ses albums, notamment Presque, Ex Abrupto, ou Dallas Cow-boy.
Il collabore avec Trondheim (un autre grand nom qu'il faut retenir) sur la série Donjon (une autre série qu'il faut retenir). Entre 2003 et 2008 il publie chez Dargaud sa fameuse série Le combat ordinaire  avant de se lancer dans la série Blast en 2009, série qu'il est encore en train de rédiger à l'heure actuelle (il en est au tome 4, le 3 est sorti le 5 octobre dernier).

Cet auteur, au-delà d'une biographie classique, est un auteur ancré dans son époque et qui s'attache à en faire ressortir ce qu'il y ressent. Dans de nombreux albums il exploitera des thèmes qui lui sont chers, et il se met bien souvent lui-même en scène pour ses livres les plus intimistes.

Dans ses sujets de prédilections, nous avons notamment la relation au père et sa mort, les conflits internes autour de très nombreux sujets, ses crises d'angoisses, la photographie (il est un grand amateur de cet art), la paternité, la place de l'artiste à la fois dans la société et dans le monde, ainsi que d'autres (relation à l'autorité, retraite du monde etc ...). Ces sujets sont développés selon plusieurs points de vue, que j'aborderais plus longuement dans une chronique sur Le combat ordinaire. Pour aujourd'hui, nous nous contenterons d'un récit intimiste et personnel, sur une période de sa vie qui ne fut pas facile et qui l'a marqué profondément. L’œuvre est curieuse d'ailleurs puisqu'elle va osciller entre deux tons, mais je vous explique tout cela par la suite.


Donc, Presque est une BD qui va traiter de son passage sous les drapeaux, en clair son propre service militaire. Je précise déjà quelques petites choses en rapport avec mon ressenti vis-à-vis de l'ouvrage. Je n'ai pas connu le service militaire, étant trop jeune pour cela. Je n'ai eu droit qu'à la journée d'appel à la défense, journée chiante au possible mais qui était nécessaire. Ensuite, mon père n'a pas fait le service, et je n'ai jamais eu vraiment d'échos de la part de mes oncles (même si l'un dit que c'était une période très sympathique de sa vie). En clair, je ne connaissais pas grand-chose au système de fonctionnement du service, et c'est en toute insouciance et en toute gaité de cœur que je me suis penché sur cet ouvrage que je n'ai lu que pour avoir vu qu'il s'agissait d'un immanquable de mon site de BD préféré, BDtheque.
Déjà, regardez moi ce trait. Regardez le bien. N'est-il pas superbe en noir et blanc, avec des jeux d'ombres uniquement, sans contour précis, avec des taches qui semblent s'éparpiller partout sans ordre logique. Et pourtant, le dessin est très précis, et loin d'être brouillon. Il est sombre, torturé, propre à un récit intimiste. Mais ce dessin n'est pas seul, il y aura une autre forme dans le livre. Regardez donc la deuxième image ci-dessous. C'est du dessin qui fait plus proche du comique que d'une œuvre noire et sombre, n'est-ce pas ? Et pourtant, je peux vous garantir qu'il parvient sans grande peine à faire rejaillir des émotions via ce dessin très simple et tout gentillet, mignon. Le décalage avec le propos plutôt noir va sacrément jouer, et le retour aux cases sombres et tordues vont rajouter encore à l'effet dramatique des passages. D'autant que des alternances vont se faire avec des passages muets, d'autres simplement imaginés, des passages de rêves, et même des passages presque psychédéliques. Le tout va faire voyager le lecteur entre différentes émotions, soulevant d'autant plus l'horreur du récit lorsqu'on retombe à pieds joints dedans. C'est une façon de mettre en scène artistiquement qui est juste parfaite. Tout va se jouer avec ces alternances, et rythmés avec la voix off qui donne le ton de l'ouvrage.


D'ailleurs, parlons en de la voix off. Car si vous avez zoomés sur la première image que je vous ai mis, vous aurez noté que Larcenet parle dans le récit à la première personne. Il nous narre directement les événements auxquels il a prit part et la façon dont il a ressenti les choses. Mais ce n'est pas tout ! Car avec plusieurs interventions, notamment au début, et ensuite dans les dialogues imaginaires avec sa mère, il nous fait comprendre de façon très simple, que nous ne pouvons pas comprendre. C'est un traumatisme personnel qui le ronge, et il nous le livre simplement sans artifice. Jusqu'au bout, avec un final qui est également le sommet de l'album, vous voyez sans pouvoir rien changer, rien faire. Il n'y a pas d'action noble à entreprendre, de pétition à signer, de manif à faire. C'est déjà passé, tout est trop tard à présent. Par contre, l'ampleur du choc est encore là, et vous pouvez seulement assister à tout ces événements sans rien faire. C'est d'ailleurs assez horrible de suivre le cours de tout sans rien faire que de ressentir. Et d'ailleurs, au final, vous n'en aurez pas beaucoup appris, vous n'aurez pas un beau récit qui fait réfléchir. Enfin, si, en un sens, mais ce n'est pas de la philosophie, c'est juste du ressenti, des émotions. Poignantes, violentes, mais elles sont là, bien ancrées dans le récit et prêt à en jaillir pour vous assaillir. Il vaut mieux être préparé, c'est du brutal, comme aurait dit Bertrant Blier.

Et donc, dans tout cela, vous suivrez Manu Larcenet dans son service militaire, depuis ses débuts lorsque son père le déposa devant la caserne, jusqu'à ce que tout soit fini, qu'il soit rentré. Mais ne vous attendez pas à un exposé de la vie à la caserne. En fait il ne l'expose quasiment pas. Vous aurez seulement quelques bribes avant d'avoir l'épreuve finale, où il était en "situation réelle". C'est le gros du livre, les quelques jours passé à attendre un ennemi qui n'en était pas un pour être ensuite relâché dans le monde civil. Une partie qui fut tout sauf de plaisir. Au sein de ces cases torturées, nous aurons même droit à des dessins de hiéroglyphes incas, des cases d'introspection mise en image et commentée. C'est un effet très particulier, mais je le trouve d'une force incroyable. C'est très dur à expliquer, mais il faut le voir pour le comprendre. Encore une fois, je suis admiratif devant la mise en scène.

Et vous, bande de petits veinards, vous avez en sus la chance de pouvoir acheter la réedition de 2010. Manu Larcenet à enrichie cette nouvelle édition de quelques planches supplémentaires, très simple, avec un personnage à lunette qui a pris Presque dans un bac de sa librairie avant d'être apostrophé par Larcenet qui explique notamment la genèse et ce qu'il pense de son ouvrage actuellement (grosso modo, il en est mécontent dirait-on). Très intéressant à lire pour comprendre mieux l’œuvre. Une façon de voir l'artiste à travers l’œuvre, tout en restant dans son cadre. Je ne sais pas si je me suis fait bien comprendre.

Au final, que penser de Presque de Larcenet ? Il y a plusieurs façons d'aborder ce livre. Tout d'abord, nous pouvons y voir simplement une des premières œuvres d'un grand maitre de la BD actuel (qu'il le veuille ou non d'ailleurs, il a ce rôle). Ensuite, nous pouvons y voir une œuvre graphique époustouflante, très en dehors de ce qu'on trouve habituellement en rayon dans les magasins (surtout si on en fouille pas beaucoup). Enfin, nous y avons également une œuvre forte et poignante, témoignage choc d'une tranche de vie très courte, riche en émotion.
Par contre, nous ne pouvons pas y trouver quelque chose d'instructif, d'humoristique ou même de distrayant. C'est profond, sans être philosophique, plus proche d'une poésie funèbre (ou macabre) que d'une BD passe-temps. C'est quelque chose qu'on lit pour en tirer des émotions, et pas pour rester indifférent. Du coup, il vaut mieux savoir à quoi s'attendre avant d'ouvrir ou d'acheter l’œuvre. C'est fort, ça pique, et du fait ça ne plaira pas à tout le monde. Et ce n'est surement pas la meilleure œuvre pour aborder Larcenet, puisqu'elle peut vous rebuter avant de lire d'autres choses. Même si j'ai personnellement commencé par celle là.

(Chronique n°10)

mercredi 30 janvier 2013

Etat des lieux (Antonin Gallo)


Vous ne savez peut-être pas, mais il existe une catégorie pour chaque BD existante. C'est plus pratique pour les retrouver lorsqu'on fait un classement. Mais tout n'est pas simple, et certaines par exemple ne rentre pas dans une seule catégorie, on est obligé de les mettre dans plusieurs à la fois. C'est extrêmement épineux comme sujet, un bon moyen de dispute entre bédéphiles convaincus (lancez en deux sur La nef des fous* de Turf, vous verrez, on rigole vite). Du coup certaines catégories naissent, comme Inclassable qui sert allègrement de poubelle à un peu tout et n'importe quoi. Et encore pire : la catégorie Roman Graphique.
Cette catégorie, c'est tout simplement une catégorie dans laquelle on range tout ce qu'on veut. La description laisse rêveur :
L'expression « roman graphique » désigne un genre de bande dessinée, généralement longue, sérieuse et ambitieuse, destinée à un lectorat non-enfantin
Source : Wikipédia (je sais, c'est pas le mieux).

En fait, il faut surtout retenir que le terme englobe des séries de bande-dessinée à but sérieux, qui constituent un livre à part entière ou une série (en clair, pas de division interne, pas de planches ou de strip). Mais là encore, la notion est très floue, et depuis la naissance du terme, il englobe de plus en plus de choses. Comme quoi, c'est compliqué les définitions. Pour l'histoire, le terme est une traduction de l'américan "Graphic Novel", qui s'opposait à l'époque au comics classique : super-héros, humour en strip ou planches etc ... C'est le moment où Will Eisner chamboule la donne avec ses romans, mais nous aborderons ces histoires plus tard (quand j'en saurais un peu plus sur le sujet et que j'aurais lu du Will Eisner).


Cette introduction un peu longue va nous permettre de ranger la BD qui va suivre, et qui à aussi un parcours atypique. Car nous allons aujourd'hui aborder le genre de BD qui m'a décidé à créer ce blog, étant donné qu'il est quasiment impossible de les commenter sur des sites normaux : les BD-blogs. Mélangé avec les romans graphiques, oui messieurs-dames. Rassurez-vous, je ne vais pas vous perdre. Lorsque j'aborderais les différences entre les catégories de BD, vous serez un poil plus sollicités niveau matière grise.

En attendant, voila la chose en question : applaudissez bien fort notre nouvel arrivant !


Résumé en trois mots : Passé, Amour et Acte manqué

Ce roman graphique est un peu complexe à aborder. Je vais d'abord en expliquer l'histoire, pour ceux qui veulent lire la critique, sautez directement au paragraphe sous la deuxième image.
Tout d'abord, il faut savoir que cette BD à été publiée aux éditions Amilova, une magnifique création du web. Cette plate-forme à été crée pour permettre aux auteurs de mettre leurs BD en ligne, avec une rémunération (par exemple que les 100 premières pages accessibles sans abonnements uniquement), et qui publient de temps à autres des livres vendus uniquement sur le web (pas de devantures dans les magasins malheureusement). Cette plate-forme propose d'ailleurs plusieurs perles (dont je parlerais lorsque je les aurais lu, ça attendra la prochaine paye). Pour le nom, il vient d'une des BD publiée (et celle à l'origine de la plate-forme si j'ai bien compris) nommée Amilova, mais que je n'ai pas encore lu, je le confesse.

Dans tout cela, vient se greffer l'auteur, Antonin Gallo, dit Mr To (si vous cliquez, vous arrivez sur son blog, c'est beau la magie du net), un auteur de ... euh, peu d'année, je viens de remarquer qu'on ne trouve pas forcément beaucoup d'informations sur lui. Bon, j'admets que j'ai pas poussé super loin les recherches, mais je dirais que ce n'est pas l'essentiel.
Enfin bref, cet auteur va nous pondre un petit chef-d’œuvre de roman graphique, qui décoiffe sacrément. Je vais vous en faire le commentaire tout de suite, mais je précise auparavant que la BD est en ligne sur Amilova (Cliquez-là) ou tout simplement est disponible à l'achat en cliquant ici. C'est plus sympa de le lire chez soi -comme souvent pour une BD du net- et en plus ça fait tourner le site. Et franchement, le prix pour 120 pages de roman graphique, c'est dérisoire. D'ailleurs je pense que vous entendrez souvent parler du prix des BD, parce que c'est un gros souci quand on en fait la collection. Mais là je m'égare, allons tout droit au but : la BD en elle-même.



Le roman graphique va donc nous présenter l'auteur en tant que narrateur qui va faire un état des lieux (à la manière d'un Trondheim dans Approximativement* ou Larcenet dans Presque*). Un état des lieux de quoi, me direz-vous ? D'une fille. Plus précisément d'une attitude, de souvenirs et des relations avec cette fille. Et par là même, l'auteur nous livre une bonne partie de ses années de lycée, ce qui n'est pas sans intérêt non plus.
L'histoire semble très classique, un truc déjà vu, mais ici tout l'intérêt est dans la relation qu'il va entretenir avec la fille : "Voici Julie, mon acte manqué". Je pense qu'avec cette simple phrase, la BD est bien résumée. Mais attention, ce n'est pas si simple. Car pour un acte manqué, il faut beaucoup de travail préparatoire. Et beaucoup d'occasions manqués également.
Je précise tout de suite que la BD parle sans doute plus lorsqu'on a quitté le lycée et qu'on peut se placer dans la situation de l'auteur, mais si on y est encore, on peut y lire un avis de ce qu'il ne faut pas faire. Du coup, c'est assez intéressant des deux points de vue. Grosso modo, tout le monde peut se sentir concerné.

Cette histoire va se concrétiser avec l'auteur qui retourne dans son lycée, revoit les lieux et fait rejaillir les souvenirs attachés à eux. D'autant qu'il intervient dedans, mais pas comme dans de la SF. Je vous laisse découvrir, mais c'est vraiment bien fait. Le dessin d'ailleurs se caractérise différemment selon le moment où il se passe (présent ou passé). Je ne suis pas assez expert en la matière pour le décrire, mais en employant mes mots, je dirais qu'il y a un côté plus crayonné dans le présent, et plus "peinture" (zut alors, je ne trouve pas un mot pour décrire) lorsque c'est dans le passé.

En parlant du dessin, l'ensemble est en noir et blanc, sauf la couverture, et dans l'ensemble d'une très grande beauté. D'ailleurs il est très clair, très beau, et je trouve que la lecture est très fluide. On comprend tout de suite les personnages, et on les repère vite. En clair c'est très loin de ce que produit Lauzier (même si celui-ci reste également assez clair). Et le dessin est parfaitement bien maitrisé. Je le précise parce que les productions du net ne sont pas forcément réputées pour ça, et parfois on tombe sur des choses très amateur. Mais là je m'égare à nouveau. Donc niveau dessin, aucun cliché par rapport à internet et un kéké qui dessine avec ses feutres durant le cours de maths, c'est très beau et c'est très clair. Personnellement je suis fan, et après avoir relu les Lauzier, je note également qu'on a le droit ici à un texte parfaitement clair, autant dans l'ordre de lecture que dans la taille de l'écriture. Je dois dire que ça fait plaisir de lire facilement. J'y reviendrai pour d'autres BD (plus tard ...).

Ensuite, concernant l'histoire, là c'est encore du tout bon. C'est peut-être classique et à tendance romantique, mais l'humour est présent pratiquement du début à la fin, certains passages sont vraiment très beaux, c'est dynamiques, bref on a pas le temps de s'ennuyer. Par contre, il faut aimer les récits introspectifs, avec de la réflexion, de la poésie et du romantisme (quand même un peu). Je noterais un détail : l'ordre des scènes est fait selon la remontée des souvenirs, pas selon leurs ordres chronologiques, et j'avoue ne pas avoir clairement différencié l'ordre par rapport aux deux années de Terminales, si une scène s'était passé lors de la première ou de la deuxième année. C'est un détail, étant donné que même sans ça j'ai tout suivi, mais il convient de le noter. Sinon en terme de critique j'avoue que je ne trouve pas grand chose à reprocher. Peut-être qu'on peut critiquer le fait de ne pas aller à fond tout le temps à chaque souvenir, mais j'ai trouvé que c'était juste bien dosé, avec le choix pour le lecteur d'en tirer les conclusions. C'est juste un état des lieux, pas une analyse poussée. Faudra une fois que je note les livres dont les titres sont remarquablement bien choisi.

J'ajouterais également que la BD livre une belle réflexion autour de l'acte manqué, mais pas seulement autour du reproche qu'on peut faire envers son passé, mais également de la continuité de cet acte dans le présent. Pour ça, je vous laisse lire. Mais en plus, quand l'histoire est belle, c'est parfait. Et quand une histoire d'amour est raconté intelligemment, je craque facilement. Du coup je suis tombé très vite sous le charme de État des lieux.

Par contre, le livre se finit sur un retournement qui donne juste envie : savoir la suite. Pour l'instant elle est commencée, et s'intitule La fille aux cheveux châtains (qu'on trouve également sur le net : clic-clic) mais qui n'est pas terminé. Bon, l'auteur à beaucoup d'autres projets, alors on lui pardonne. La patience est une vertu en BD : pour le tome 2 se Sasmira, il a fallu 14 ans (et la série est pas encore finie ..), on attends encore le tome 4 de Les feux d'Askell (17 ans d'attente celui-là) et Candélabres tom 5 est promis depuis 6 ans. Donc on ne va pas trop reprocher l'attente.


En résumé, voici un excellent exemple de roman graphique : le dessin est très réussi, et très beau, le propos est très clair et parfaitement réussi. L'auteur livre une histoire avec morale et réflexion (je dirais que c'est sans doute la caractéristique d'un roman graphique, mais ce n'est que mon avis), ouvrant pas mal de portes. Le récit est très bien construit et prenant, on ne s'ennuie pas et il y a une belle inventivité. En clair, c'est un opus qui s'installe très facilement sur les étagères de votre bibliothèque. Le prix est modique pour une fois (disons qu'on ne doit pas faire un emprunt à la banque) et le format de poche tient bien sur l'étagère. Toutes les bonnes raisons de l'acheter, ou à défaut de le lire.

* Une chronique bientôt, promis (en disant ça, j'ai encore 150 BD à chroniquer, et au moins autant de livres ....). Lorsqu'elle seront faite, je mettrais un renvoi vers celles-ci.

PS : les illustrations sont publiées avec l'aimable autorisation de leur auteur, merci de ne pas en faire n'importe quoi

(Chronique n°4)