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mardi 31 mars 2015

Le bleu est une couleur chaude (Julie Maroh)



Je me suis rendu compte ce soir que je n'avais pas fait de chronique sur cette BD. Ou plutôt, je me suis souvenu que celle que j'avais faites et qui commençait par les mots "Il me faudra beaucoup de courage pour appuyer sur le bouton Publier" a été effacée, victime de ce courage qui m'a fait défaut.

Ce soir, je me rend compte que je ne pouvais pas laisser ce trou dans mes lectures. Quel serait l'intérêt de ce blog si je ne postais pas les lectures qui m'ont marquées, et pas seulement celles que je fais ?
Aussi, je me suis tourné vers le clavier et j'ai retranché ma plume virtuelle pour vous parler de cette oeuvre, tout en annonçant d'ors et déjà que je ne serais pas le moins du monde objectif vis-à-vis de cette BD, et que je ne changerai sans doute jamais d'avis.


Pour vous faire comprendre, cette BD est le plus grand tournant littéraire de ma vie, et je pèse mes mots. La plus forte claque dans la gueule que je ne me suis jamais prises en 20 années de lectures (environ). Aucun autre livre, aucune autre BD ne m'a fait autant d'effet que ce tome-ci. Une lecture tellement puissante que j'en ressens encore aujourd'hui les effets de son onde de choc.

Je me souviens exactement de la journée où je découvris cette BD, et c'est la première fois de ma vie qu'une BD me plongea dans une dépression. Pour une semaine seulement, mais qui continue de me hanter encore maintenant.

Cette BD, ce fut pour moi un choc a tout les niveaux. Le dessin en premier lieu. Ce choix de la colorisation faible, de touches de bleus sporadiquement, ce trait légèrement tremblant, ces têtes, ces décors. Tout m'a plu, tout m'a touché. J'étais dedans sans même m'en rendre compte.
Et puis l'histoire. Belle, simple, touchante, merveilleuse. J'étais transporté sans m'en rendre compte, j'avais plus qu'un film qui défilait, j'étais l'histoire.
Et puis le sentiment. La douceur. Tout ce qui se dégageait de l'oeuvre. J'étais fasciné, bouleversée. C'était si beau, si touchant, si merveilleux. Comme un bloc d'amour pur que j'aurais touché. Mais comme un élément pur, c'était dangereux. Et ça m'a sauté à la figure.

Je ne me suis jamais remis de cette claque. Cette BD me fit comprendre, pour la première fois de ma vie, le pouvoir de cet art. Pour la première fois, je me prenais une défaite face à une BD. J'ai été vaincu, 1-0 au score final. La BD m'avait conquise. Rien ne serait plus pareil. Et ce fut vrai.

Depuis cette BD, je me suis plongé dans ce monde plus profondément que jamais. J'ai aujourd'hui une collection valant plus de 5.000 euros. Et je sais que je suis loin de m'arrêter. Elle m'a ouvert les portes d'un monde, elle me fit comprendre ce qu'était réellement l'art de la bande-dessinée. Avant cela, je n'avais rien compris.

Aujourd'hui, repenser à cette BD me fait frissonner, je ne peux la relire sans être plongé dans un état plutôt sombre mais diablement intense. C'est une drogue que je n'use que rarement, une de ces drogue très forte et très efficace.
Aujourd'hui, je suis encore amoureux de cette BD. Aujourd'hui encore je la considère comme une des plus belles oeuvre qui existe sur Terre et que j'ai eu la chance de contempler dans ma longue vie.

Alors, comment vous en parler sans tomber dans l'excès ? Comment expliquer quelque chose qui m'a bouleversé pour me changer comme jamais ? Comment raconter ce passage douloureux que fut la lecture de cette BD, le changement entre un monde simple de l'enfance au monde puissant de l'adulte ? Comment vous parler de l'amour, de la joie, de la tristesse, de la mélancolie, de la passion, de la vie ?

Comment dire a quel point je peux aimer cette BD ?

En essayant, comme je viens de le faire. Peut-être.

(Chronique n°253)

dimanche 23 mars 2014

Albin & Zélie (Yannick Marchat)

Je ne poste pas souvent des BD, alors je me suis décidé pour celle-là, parce que c'est vraiment un de mes derniers gros coup de cœur pour une BD, et je me devais de partager ce qui m'a tellement plu. Surtout que c'est une BD presque inconnue, passée inaperçu, qui concerne un auteur n'ayant rien édité d'autre, et qui vient d'un petit éditeur indépendant. Le tiercé de la publicité invisible dans l'ordre. Redonnons de la visibilité à cette BD extraordinaire qu'est Albin et Zélie.


Résumé en trois mots : Amour, Extraterrestre et Beau

Oui, je résume très mal. Mais en vous arrêtez pas à cela. Car oui, c'est une histoire d'amour avec des extraterrestre, mais  ce n'est pas tout ! Je m'explique.
L'histoire se concentre autour d'une relation amoureuse, simplement, avec ses débuts, les deux protagonistes et tout ce qui fait qu'ils sont eux, leurs entourages et bien évidement la progression de leur relation. Celle entre Albin, trentenaire un peu fort et rangé dans sa petite vie, et Zélie, fille pétillante d'une vingtaine d'années qui sort d'une relation plutôt houleuse. Et j'ajouterai un poisson rouge qui siffle et qui sait écrire (ce n'est pas des blagues, le poisson rouge siffle !) et la sœur de Zélie, enceinte jusqu'au dent. Plus, bien évidemment, ces extraterrestres qui s'écrasent sur la Terre. Mais c'est un détail.

Le roman graphique va partir bien vite dans l'espace, naviguant dans des dimensions étranges, entre un rêve et la science-fiction. Tout le début de la BD navigue dans cette atmosphère étrange, entre une réalité de science-fiction ou un délire/rêve/métaphore qu'il nous faut interpréter. Je ne sais pas laquelle est la bonne lecture, mais j'aime bien l'idée des deux et cela ne change rien à ce que j'éprouve pour cette BD.

Le trait de l'auteur est superbe, tout en noir et blanc, me rappelant un peu Frankin parfois, mais que je trouve superbe. C'est notamment le vêtements, les détails sur les formes, c'est un véritable régal pour l'oeil. Et certaines pleines pages sont de toutes beautés, lorsque l'histoire se déroule dans l'espace énorme. Sans compter que les personnages ont des têtes attachantes, très bien faites. En bref, le dessin est excellent.
Ajouté au scénario, qui nous entraine dans ses délires, l'ensemble est prenant et très peu conventionnel pour une relation qui démarre. Mais le fond reste le même, sur une relation qui débute tendrement entre deux personnages. L'histoire va du coup se finir sur une superbe partie tout en douceur et en sensibilité, avec un retour au rationnel pur, qui tranche complètement avec ce qu'il se passait avant, mais qui reste pour autant dans le ton du récit, et c'est super bien fait. L'auteur nous trimballe le long du même fil du début à la fin, et c'est beau. Car l'histoire de Albin et Zélie est très belle, c'est une histoire d'amour simple et touchante (et j'aime les histoires d'amour, quand c'est bien fait) mais qui va droit au cœur par le dessin et le procédé utilisé. Jusqu'au bout on reste dans une atmosphère sympathique, et j'ai encore plein de bribes qui me restent en tête à présent, alors que je l'ai lu il y a un bon moment maintenant. C'est la marque des belles BD, de celles qui nous restent dans le cœur. Et c'est pour cela que je voulais vous en parler, pour vous faire découvrir ce que j'ai apprécié, que vous puissiez vous aussi y gouter.

Si vous avez envie de lire une BD qui exploite les sentiers non conventionnés, je vous invite à lire cette romance délirante et touchante au graphisme superbe. L'auteur nous livre un très beau roman graphique, qui vaut qu'on s'y attarde un peu. Jusqu'au bout l'histoire nous emballe, et elle reste belle. C'est vraiment une réussite, une très belle BD. A lire, vraiment.

(Chronique n°156)

vendredi 21 février 2014

Jesus Marie Joseph (Gabriel Faure)

Comme je l'avais dis, au bout d'un an je n'avais posté que peu de BD. C'est pourquoi je me suis laissé aller à écrire un article rapidement sur un de mes derniers coup de cœur de la BD, aussi bien graphiquement que dans son histoire. C'est l'occasion aussi de reparler des grands classiques de littérature, en reprenant la Bible ! Voyageons à nouveau dans cette contrée de Judée et de Canaan, dans une époque de juifs et de romains mêlées, dans celle qui vit la naissance d'une nouvelle religion.


Résumé en trois mots : Religion, Ange et Rois-mages

Il faut être quand même culotté pour reprendre à son compte un passage du Nouveau Testament et le transformer de la sorte ! En même temps, il est vrai que rien n'indique dans la Bible d'où provient Joseph. Et c'est justement le sujet de cette BD, extrèmement bien faite à ce niveau.

Gabriel Faure va s'approprier la Bible d'une excellente manière, en puisant dedans ce qui peut l'aider et en gardant le cadre stricte de l'Ancien Testament, notamment l'image de Dieu, qui change beaucoup entre les deux. Il ajoute une certaine réalité historique, dans les vêtements, la situation et tout le contexte. On se replonge avec délice dans ce que devait être la Judée autour de l'an 1. Et bien évidemment, nous retrouverons aussi tout plein de personnages bibliques. Notamment les trois rois-mages (précision amusante : dans la Bible il n'est pas marqué combien ils sont, ni leurs noms. C'est un ajout postérieur), dont nous allons découvrir le cheminement jusqu'à arriver dans une certaine étable de Bethléem. Car oui, ils ne sont pas arrivés là par hasard, ils suivaient quelqu'un ...

Ce récit est illustré par de superbes dessins en couleur directes (je vous laisse admirer le peu d'images que j'ai mis) qui nous livre parfois des planches dignes de tableaux. De vrais tableaux. Sans parler des personnages, qui sont sublimes, des véritables gueules mais des femmes bien moulées aussi (le personnage principal surtout). Bon, j'avoue que certains roi-mages ne sont pas en reste. Enfin bref, le dessin vaut déjà à lui seul largement le coup d'oeil.
Ce que j'ajouterai aussi dans l'ensemble et qui confère encore plus d'attrait au livre, c'est que l'auteur se montre très respectueux de la religion. Alors que le sujet permettrai des parodies à foison (ce que bien d'autres ont fait), l'auteur reste dans les clous de la réalité religieuse, entre les personnes croyantes, les manifestations ou encore le comportement de Dieu. Sans parler de la naissance de Jésus qui reste tout de même dans un cadre très peu humoristique. L'auteur reste sérieux, malgré des touches d'humour, mais ce n'est pas pour me déplaire.


En résumé, pour vous donner encore plus envie de le lire si je n'ai pas déjà réussi, nous nous trouvons en présence d'un récit superbement mis en image, proposant une histoire très originale autour de thèmes bien connus, mais sachant innover avec justesse. Le tout est enrichi par plusieurs touches sympathiques, un sérieux et du réalisme dans la situation, bref l'ensemble respire la BD bien faite et qui se laisse lire, car elle est aussi très prenante. Je ne peux que vous encourager à découvrir un tel roman graphique, bien sympathique et rafraichissant.

(Chronique n°141)

mercredi 5 février 2014

Alim le tanneur (Wilfrid Lupano & Virginie Augustin)

Pour tempérer et varier de mes lectures continuelles de livres, je vous propose une petite chronique sur une BD, et puisque j'ai le choix je vais vous en faire une sur une BD qui m'a marquée et qui mérite toute notre attention de lecteur. Cette BD s'appelle Alim le tanneur, et si je vous en parle, c'est parce qu'elle possède un scénario qui est bétonné avec une plume en encre trempée.


Résumé en trois mots : Religion, Réflexion et Empire

Pour bien aborder cette BD, je vous conseille de coupler la lecture avec Ayesha, la légende du peuple turquoise, qui propose également une vision sur la religion, mais complémentaire. Dans les deux cas, la façon d'aborder n'est pas la même, mais elles sont complémentaires.

Cette BD possède déjà un premier atout, et de taille : le dessin. Il est vraiment excellent, alliant beauté des paysages avec visages expressifs. Le tout bien mis en page, sans cadrages spéciaux, restant dans une veine plus classique mais largement suffisante. C'est une BD qui est agréable à regarder, les couleurs sont bien choisies, bref tout est en place pour un bon moment de lecture.

S'ajoute à cela le scénario, qui est la grande force de cette série. Déjà, parce qu'elle a su tirer profit de ce qu'il ne faut pas oublier : les personnages secondaires. Ici peu d'entre eux sont oubliés, ils ont un rôle à jouer dans l'histoire auprès du héros. Car celui-ci ne sera pas tout le temps présent. Et n'a d'héroïque que le nom. Pauvre Alim, tanneur de son état, qui subit le courroux des hommes et des Dieux, lui qui connait la vérité.
Ensuite, parce que le récit a choisi, et c'est tout à son honneur puisqu'il renforce l'ensemble, de ne pas se concentrer uniquement sur un héros. Celui-ci, bien que fil conducteur de toute la saga, n'est qu'une sorte de fil rouge conducteur, s'accrochant au récit plutôt que le supportant.
Enfin, les auteurs ont su tirer tout ce qu'il fallait d'un tel sujet. Alors qu'on pourrait s'attendre, à la lecture du premier livre, à une histoire classique, que l'on croit deviner la direction que prendra le récit, celui-ci prendra un chemin radicalement différent, jusqu'à aboutir à une fin qui retombe sur ses pieds et qui ouvre de larges perspectives de réflexions. Car oui, cette BD apporte pas mal de réflexions.

Le thème est ici la religion. Mais sous un angle très bien choisi. Je ne peux rien vous dévoiler sans éventer l'intrigue, mais sachez que les auteurs ont posés des idées très intéressantes. En outre, le récit n'est pas du tout manichéen, plusieurs personnages possèdent de nombreuses faces, et au final distinguer le bien du mal est difficile.

Le tout est enrobé dans un voyage, chaque livre ayant un autre paysage, voir même plusieurs. C'est une sorte de voyage dans un monde imaginaire mais qui fait écho directement au notre, semblant d'ailleurs dire que toutes les religions du monde sont liées, et que la critique peut les englober toutes. D'ailleurs les références à plusieurs religions parsèment le livre.

Enfin, dernier point intéressant, cette BD contient quelques passages d'humour qui allègent l'ensemble du récit, évitant ainsi de rester dans une ambiance trop lourde et pesante. Le voyage se fait parfois un sourire au lèvres, dans les superbes paysages. Mais sinon le reste est sérieux, et bien sérieux, mais intelligemment.

Cette saga de BD en étonnera plus d'un, et m'a beaucoup étonné. Le propos est résolument adulte, le ton de la BD est sérieux et le fond intelligent. Le dessin est bon, les couleurs aussi, le tout est lisible sans aucune anicroche et fait réfléchir, sans parler de faire voyager dans le récit entre les différentes parties du monde. C'est une série qui est, à mon humble avis, dans le haut du panier. En tant que tel, c'est une des meilleures séries que j'ai lu, autant pour son scénario que pour sa réflexion. Si vous avez envie de lire de la BD intelligente, bien faite, ruez-vous dessus, c'est un petit chef-d’œuvre !

(Chronique n°133)

samedi 28 septembre 2013

Les Ignorants (Étienne Davodeau)


Etienne Davodeau, grand cru de l'année ! Je plaisante, elle à déjà été faite avant moi. Cette BD est amusante, puisqu'elle inaugure la section documentaire de la roulotte. Et pour être sur de faire de façon originale, je commence avec une BD documentaire, en fait la première que j'ai lu, avant de passer aux documentaires livres (tout de même plus connus). Et pour cela, le choix de Davodeau est tout indiqué. Cet auteur aura d'ailleurs le partage de cette section avec un autre que j'adore, à savoir Philippe Squarzoni, pour lequel je ferais sans doute une série de chroniques à la suite.
En attendant, plongeons nous dans la campagne, l'agriculture, la viticulture, et l'agriculture écologique, biologique et tout le tintouin ! Explorons ensemble deux domaines si proche, le vin et la BD, avec Les Ignorants de Davodeau !




Etienne Davodeau, c'est un auteur socialement engagé, qui a réalisé plusieurs BD dans un style qu'on appellerait "français" si ça aurait été des films qu'il faisait. En clair des BD tranquille, calmes, loin du bruit et de la foule, toujours au contact des gens, sur des sujets divers mais militant tout de même. Et c'est un grand lecteur de BD (je précise, tout les auteurs de BD ne sont pas forcément des grands lecteurs).
Dans ses livres, il adopte la démarche d'un reportage, cherchant à aller au contact des gens pour son sujet. Du coup, c'est un véritable échange, Davodeau se mettant en scène dedans, posant les questions et constatant, comme un véritable reporter BD.

Eh oui, tailler la vigne c'est pas simple
L'histoire va explorer une année complète, en commençant en 2010 (vers septembre il me semble) lorsque Davodeau propose à un ami, Richard Leroy, viticulteur, un échange équivalent. Davodeau travaillera bénévolement dans ses vignes, apprenant ce qu'il y a à savoir sur celles-ci et l'agiculture byorithmique, et il enseignera à Leroy de la bande-dessinée, en passant par les éditeurs, les imprimeurs, les autres auteurs, les festivals et bien évidemment, des lectures obligatoires chaque semaines. Le tout durant un an.

Bien évidemment, le récit va alors raconter la recherche de deux "ignorants" dans un domaine à la découverte d'un autre. Entre dégustation de vins et festival de Saint-Malo, les deux  protagonistes vont traverser l'année en enseignant également au lecteur ce qu'ils ont à dire. Et le tout mis en très beau dessin très clair (je vous laisse admirer dans la galerie que j'ai mise). Davodeau à un dessin clair et précis qui va à l'essentiel, et le noir et blanc rentre à merveille dans ce cadre. Ce qui est amusant aussi c'est de voir la conception du dessin dans la BD, comment les planches s'écrivent au fur et à mesure, avec le regard du vigneron dessus. Le principe de mise en abime de la BD est très bien fait.
Je vous rassure, c'est exagéré

Le principal propos de la BD sera le vin, de sa culture à la mise en bouteille. Le tout avec des moments autour de la BD, dans laquelle Davodeau essaye de transmettre son gout pour cet art à Leroy. D'ailleurs il y aurait tout une question qui est faite dans le livre sur l'art. Les auteurs comparant leurs créations respectives, l'un des bouteilles de vin et l'autre des albums de bande-dessinées, chacun exprimant l'amour de son domaine, ses codes et ses célébrités, son cercle d'initiés, sa façon de concevoir les choses. C'est très intéressant autant sur le plan des connaissances que sur le plan humain, avec deux passionnés qui détaillent leurs amours d'un domaine spécifique. C'est attachant, et j'ai adoré le parallèle qui se fait entre les deux, avec bien plus de points commun qu'on ne pourrait croire au premier abord.
L'ensemble de la BD est super fluide à lire, l'auteur ayant une excellente plume. On rigole beaucoup durant la lecture, avec plusieurs petits traits d'humour, petites phrases faisant mouche. Mais on apprend aussi beaucoup de choses sur divers points, et surtout sur l'agriculture biologique et ses ramifications, en l'occurrence l'agriculture biorythmique. Je ne vais pas détailler, pour savoir ce que c'est et ce que cela implique, je vous laisse lire la BD. Mais là encore, on découvre des choses qui ne sont pas forcément très courante et des pratiques agricoles différentes de ce dont on à l'habitude. J'aime bien ce genre de découvertes.

Après il faut reconnaitre que la BD fait paraitre les choses jolies et belles, elle est dans son optique (ce qu'on ne peut pas lui reprocher) et on a peut-être un point de vue manichéen. Cela dit, un reportage objectif, je ne sais pas si cela est jamais arrivé, du coup ça ne choque pas.

En bref, c'est un excellent type de reportage sur l'agriculture en France, présentant le fleuron de celle-ci, la viticulture, avec ses particularité dans un cadre biorythmique. Le tout est servi par un humour très bon gout qui s'incruste un peu partout et avec un pendant sur la bande-dessinée qui est super-intéressant, d'autant plus lorsqu'on aime bien (et qu'on apprécie le point de vue de l'auteur). L'album se lit d'une traite, avec un caractère très humain et qui vaut largement la lecture. Il serait dommage de passer outre cette belle BD, alors un conseil, lisez-là !

(Chronique n°71)

mardi 28 mai 2013

L'institution (Binet)


J'ai dernièrement prêté plusieurs BD à des amies, et j'ai remué le tas qui traine dans la chambre, tombant sur plein de volumes que j'avais délaissés et qui méritaient bien une petite chronique dans la roulotte. Alors commençons avec un petit ouvrage d'humour (en ce moment c'est le temps idéal pour rire) mais qui en même temps peut avoir des côtés touchant, et qu'on lit avec un grand plaisir et le sourire au lèvres en pensant que cette BD, c'est le début d'un des grands dessinateurs de la bande-dessinée française : Binet, et son Institution.




Binet, c'est le genre d'auteur qu'on connait sans le savoir. En effet, c'est le génial inventeur de la famille de beauf crétin et gros typique, caricature de la France profonde (et profondément stupide) : les Bidochons. Si vous ne connaissez que de nom, je vous invite à lire cette BD qui est juste excellente tant elle représente la stupidité et la connerie d'un couple à l'état pure. C'est presque incroyable aussi quand on croise des Bidochons dans la vraie vie, ce qui arrive d'ailleurs plus souvent qu'on ne le pense (et je vise surtout les vacances là dedans). Enfin bref, cet auteur qui a participé pendant très longtemps (et participe encore il me semble) à Hara-Kiri, est un véritable caricaturiste, croquant avec mordant la société et ce qui l'entoure.

Mais Binet s'est aussi penché sur sa propre vie, et revient sur ses années de jeunesse avec cet album, dans lequel il parle de l'école dans laquelle il fut envoyé par ses parents. Un institut religieux dirigé par des abbés, dans lequel les enfants vivent toute la semaine, et dans lequel ils reçoivent un enseignement moral, religieux, et également scolaire. Et bien évidemment, tout n'est pas rose dans ce genre de maisons.
Binet à découpé l'ensemble du livre en petit chapitre, quasiment tous drôle (je crois qu'il y en a un ou deux dans lequel on ne peut pas vraiment rire, le propos étant plus émouvant et sérieux). Et quand je dis drôle, c'est vraiment drôle. On se marre, de Binet, de ses camarades, de ses profs, des situations, et même des autres institut, dans lesquels on a aussi des personnages hauts en couleur.

Pour le dessin, je ne dirais pas grand chose, sachant que Binet à un trait bien particulier, qui est au choix, on aime ou on aime pas. Personnellement je pense qu'il est bon, permettant largement de comprendre ce que l'auteur veut transmettre, et les personnages sont très reconnaissable, quoique les gamins aient un peu les même têtes si on ne remarque pas les détails. Cela dit, ce n'est vraiment pas très intéressant de les différencier, tous sont des gamins qui aiment rigoler, s'amuser, et qui aiment aussi emmerder les profs, mais savent leurs faire plaisir, ont leur petits tracas.
Binet fait d'ailleurs le tour des tracas des enfants, de l'amour jusqu'au spectacle de fin d'année, avec des profs qui peuvent être sympa malgré qu'ils soient des curés, des profs qui sont justes mauvais et d'autres bon. Et le tout est servi par un humour qui est juste des plus délectable, Binet faisant mouche à chaque coup. On ne peut que admirer cette profusion de gags, qui vont vous faire marrer jusqu'au bout. Le tout suivant l'année, avec des souvenirs épars qui vont se mettre bout à bout, jusqu'à la fin de l'année. L'ensemble est caustique à souhait, et on comprend que Binet n'aime pas beaucoup la gente catholique.


En résumé, cette BD est un excellent exemple de BD humoristique, caustique à souhait et prenant comme base le passé de Binet, avec une excellente représentation de l'univers de ces instituts religieux de l'après-guerre. Le tout est très bien mis en scène, avec plusieurs passages peu glorieux pour un Binet se mettant en scène. Ce n'est pas une histoire construite et complète, mais des souvenirs épars de ce qu'on conserve de sa vie d'enfant. Et celle-ci fut assez remplie, vraiment incroyablement drôle. Binet sait croquer les gens, et dans le genre je pense que c'est une des BD qu'il faut lire.

(Chronique n°49)

mercredi 10 avril 2013

Jules (Emile Bravo)


Dans le genre, cette BD est un véritable supplice pour moi. D'abord la lire dans le magasin, c'est devoir se retenir pendant toute la lecture de rire, ensuite c'est l'obligation de l'acheter tant je l'aime, ensuite c'est la relecture quasi-forcée à chaque fois que je passe devant, ensuite c'est des crises de fou rire à la relecture encore, enfin c'est des grosses emmerdes le lendemain quand je pouffe toute la journée alors que les autres ne peuvent pas comprendre les blagues que j'ai retenu par cœur tant la BD me plait.
Vous l'aurez compris, aujourd'hui on parle de BD sur la science. Oui, parfaitement, je rigole sur de la science. Et j'en ai pas honte ! Car ici, la science c'est amusant ! Voyons ensemble cette série extraordinaire : Jules de Emile Bravo.


Résumé en trois mots : Science, Jeune et Humour

Déjà, je dois souligner que je ne suis pas le moins du monde objectif avec cette BD, mais je vous demande franchement de me comprendre un peu. C'est une BD que j'ai commencé au collège. Elle m'a poursuivi durant le lycée et actuellement j'ai un tome à la maison (et je cherche les autres d'occasion parce que j'ai plus un radis). J'ai beau connaitre ce tome par cœur, je continue de me fendre bien fort la gueule à chacune de mes nombreuses relectures. De quoi vous donner envie de lire tout les autres ouvrages de l'auteur.

Enfin bref, passons les détails, voyons un peu ce que le bébé à dans le ventre. Déjà, Jules c'est un jeune homme, très sympathique, qui a un petit frère un peu barjot et une famille déjantée. La mère est femme au foyer un peu de façon effacée, le père est complètement marteau, et l'ensemble de la famille est dingue. Simplement dingue. Et voila qu'on annonce que Jules à été sélectionné par le gouvernement pour participer à une exploration spatiale de grande envergure ! Il va être l'un des premiers humains à aller visiter les planètes de Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche de nous dans le système solaire. Du coup il va se retrouver dans une mission spatiale avec un peu tout et n'importe quoi comme personnes. Et là, les ennuis commencent.

En fait, Emile Bravo nous a pondu ici une série jeunesse. Une vraie série qui s'adresse avant tout aux jeunes. De quoi être étonné, lorsqu'on le lit, par la maturité du propos tout de même. L'humour est simple et bon enfant mais toujours très drôle, et surtout, Emile Bravo nous sort des théories scientifiques à chaque albums ! Dans le premier c'est la relativité du temps qui est par exemple expliqué par deux scientifiques très .... savants fous sur les bords. Mais surtout il présente tout les personnages qui arriveront ensuite dans les autres albums (notamment Tim et Salsifi qui seront récurrents mais je n'en dis pas plus). Ensuite, les tomes vont progressivement se concentrer sur plusieurs points de morales, d'éthiques, de philosophie également (questions de la famille, de la mort, de la religion ....). Le tout avec un point de vue tranchée. Emile Bravo réussit la pari de ne pas faire quelque chose de neutre et juste informatif. Il donne son avis dans chacun des sujets, et du coup j'ai trouvé que la BD a un gout d'autant plus savoureux lorsqu'on est jeune.
Enfin, elle propose également une excellente chose : de l'humour. Mais vraiment, tout le temps et sous toutes les formes possibles. Je veux dire, il n'y a pas une seule planche qui n'ai pas ses petites piques d'humour, et de bon mots. On a le droit a des petites blagues, de bon mots, de l'humour de situation, du comique de répétition, des caricatures et des clins d’œil (vous trouverez un journaliste au pull bleu et avec un chien nommé Milou XIII par exemple). En fait, lorsque vous relisez, vous vous rendez compte d'encore plus d'humour et c'est d'autant plus drôle. Dans le genre, elle égale largement La jeunesse de Picsou sur laquelle je m'étais déjà bien étendu. Mais j'avoue que Jules possède la particularité d'avoir en plus pas mal d'explications scientifiques, qui ne feront pas un physicien de votre enfant mais qui lui donneront envie de lire et de s'intéresser à d'autres choses. Et c'est quasiment sur qu'il comprendra. Attention, je ne dis pas que c'est mieux que Picsou, c'est différent (Picsou à un aperçu historique intéressant aussi).

En sus de tout cela, nous avons le droit à un dessin excellent. Il est dans la plus pure tradition de la ligne claire, mais il est extrêmement bien fait, détaillé et toujours juste. Il touche au but, et son petit côté vieillot est toujours un plaisir à lire. En plus, j'avoue que c'est un peu dans la lignée de Tintin, avec son personnage, son ambiance et ses histoires, mais c'est encore mieux avec l'humour extraordinaire qui en ressort. J'insiste beaucoup dessus, mais c'est vraiment la marque de cette série à mes yeux.
Les albums ont connu une réédition grand format par Dargaud, et du coup la série est encore plus lisible (un vrai plaisir pour les yeux et les mains). D'ailleurs il est possible que vous l'ayez lu dans Okapi dans lequel il paraissait à l'époque. De plus, la série a été primée plus d'une fois par différents organismes (je vous laisse chercher si vous y tenez vraiment), si il vous faut encore une raison de foncer pour acheter cette BD.

Je finirais par un petit point précis sur le dernier tome. Si comme moi vous avez suivi cette série depuis un long moment, vous aurez sans doute remarqué quelque chose. Sinon faite le lire à votre enfant et il comprendra. En fait la série gagne en maturité au fur et à mesure que les tomes progressent. Les questions deviennent plus philosophiques et gagnent en importance. On aborde dans le dernier l'écologie, les dérives des puissances et de l'argent, les riches et d'autres sujets dans le genre. Bien loin de la relativité et la folie d'un savant du premier tome. Emile Bravo a su faire évoluer son personnage, qui change entre les tomes et gagne certains aspects, aussi bien en bien qu'en mal. Les personnages qui l'entourent deviennent plus intriguant, il comprend plus de choses sur sa famille etc ... Et surtout, Emile Bravo ose finir le tome six sur une note presque défaitiste, contrebalancé par de l'humour évidemment, mais il n'empêche que la fin laisse des petits doutes et qu'on se pose des questions. Si j'ai pensé à ça alors que j'ai quand même plus de vingt ans, je pense que cette BD est idéale pour tout les jeunes qui s'intéressent (ou non d'ailleurs) à la BD. En 14 ans, cette BD n'a pas pris de rides et continue d'être intéressante à tout âge. La marque d'une grande BD, non ?


Destinée à un lectorat avant tout jeune, notamment des jeunes adolescent, cette BD saura ravir largement ceux qui ont dépassés cet âge. L'humour parle à tout le monde sans concession, le propos ravira tout le monde par son approche simple et efficace de la science, les personnages connaissent des évolutions dans les différents tomes, on est captivé par les personnages charismatiques et attachants ou justement horripilants. La famille de Jules me fait encore rire les albums fermés, les clins d’œil se multiplient (un Sarkozy se cache dans l'album 6) et au final vous avez une série de BD qui est immanquable pour les jeunes et pour les adultes, qui vous donne envie de prendre le chemin de la librairie pour dévaliser les autres BD de l'auteur. En tout cas, elle combine tout les signes évident d'une BD qui a le statut de culte (et même au-delà). Et j'attends avec une grande impatience la suite de la série si suite il y a. A acheter et à offrir sans réfléchir. J'en suis sur.

(Chronique n°39)

samedi 6 avril 2013

Blacksad (Juan Diaz Canales & Juanjo Guarnido)

Là, nous commençons à aborder ce que j'appelle les monuments de la BD, les fameuses BD qui sont intouchables et possèdent un caractère quasi-sacrée. Le genre de BD que vous n'avez pas le droit de critiquer quelque soit votre avis, tant elles ont plus à la majorité du peuple, celles que vous devez avoir lu obligatoirement si vous désirez vous vanter d'avoir un minimum de culture livresque. Et c'est le fameux genre dans lequel nous retrouvons Astérix, Tintin, De capes et de crocs, Gaston Lagaffe, Blueberry, Rubrique-à-brac ou Garulfo et plusieurs autres tellement connues. Ou que vous devez connaitre, un minimum.
C'est dans ce genre de catégorie que nous allons ranger la BD qui va suivre, celle dont les graphiques ont tellement fait parler d'eux, pour leur somptuosité et leur excellente qualité graphique. C'est bien évidemment Blacksad des deux auteurs espagnols Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido (je n'écrirais pas leur noms dix fois, c'est chiant).



Le trait est bien dynamique ...
Cette BD, ce fut une micro-révolution à sa sortie, avec tout le bruit qu'elle fit (et encore aujourd'hui d'ailleurs). On a eu le droit à des albums collectors sur à peu près tout ce qui est possible, des cahiers graphiques, des albums qui expliquent l'histoire des aquarelles, des ex-libris de toute sorte, des posters, des planches originales, ... Tout ce qui est possible autour du dessin a été fait. Actuellement encore, des rumeurs circulent sur tout ce qui est fait autour de l'album, on essaye de deviner quand se fera la sortie du prochain, et les gens suivent de très près chacune des sorties liées aux albums. Ce qui est assez remarquable pour cette série, c'est l'engouement suscité au bout de seulement un album ! Actuellement la série en compte quatre, mais elle a sans aucun doute plus d'ouvrages autour que dans la série mère. Il faut bien avouer que c'est très impressionnant. Mais la série mérite-t-elle tout les éloges dont on lui fait gracieusement don ? Je dirais que c'est une question de point de vue. Je vais détailler ça.
 ... Et bénéficie d'une excellente mise en scène de surcroit

En fait, la plus grosse qualité de la BD étant le dessin, je vais commencer par le scénario. Donc, le scénario est toujours policier, avec le chat noir principal, qui s'appelle Blacksad, et qui fait détective privé de la vieille école, du genre cigarettes et imperméable fripée, qui ne gagne pas beaucoup et n'a pas énormément d'amis, un peu bourru et pas facile d'approche, plutôt enclin à la baston qu'a la parlotte. Vous voyez le genre quoi. C'est une image très classique, certes, mais qui marche toujours et qui donne dans tout les cas un héros qui est bien campé. Une forte tête, bougon, mais qui cache toujours un petit jeu, facilement sensible, qui peut cacher un cœur d'or, etc ... L'image n'est pas forcément nouvelle et très reluisante, mais elle est toujours le bienvenue. Et ça marche, c'est donc un bon point.
Et c'est très coloré et festif en plus. Le dessin, c'est véritablement ce qui fait la force de cette BD
Ensuite, les scénarios ne se concentrent pas tous dans des enquêtes policière où Blacksad est appelé. Dans le tome 1, il n'est pas mêlé à l'affaire et s'incruste, dans le tome trois il n'y a pas vraiment d'affaire et il s'invite plus ou moins dans celle qui est déjà en cours. Par contre c'est toujours une seule histoire et une seule enquête par tome, sans qu'il n'y ai de continuité entre eux mais plusieurs liens existent. Chacune des histoire est donc indépendante de l'autre. C'est pratique du coup, déjà pour ne pas avoir besoin d'acheter trente mille tomes (qui sortent sur des périodes assez longues, avec 10 ans pour 4 tomes), et l'avantage c'est de pouvoir commencer n'importe où. Par contre, j'avoue que c'est un peu embêtant de ne pas avoir de trame plus longue, qui aurait un sacré avantage en terme de suspense.
Le repos du guerrier, c'est toujours un plaisir
En revanche, les scénarios sont de nature très diverses : le premier est un polar noir, le second une enquête policière d'un bout à l'autre, le troisième est très curieux et à mon sens beaucoup moins intéressant au final, et enfin le dernier est une enquête menée avec plusieurs fils rouge, qui divise beaucoup les personnes sur son génie ou son raté. J'ai personnellement l'idée que le tome est excellent.
En plus des enquêtes, les histoires parlent de problèmes de société. Elles se déroulent dans les années 50 environ, et donc traitent du racisme entre autre (ce qui est superbement bien mis en scène avec les couleurs), mais également de la bombe nucléaire, du pouvoir de l'argent, et en dernier des conséquences écologiques. Des thèmes d'actualités en somme, mais replacés dans leurs contextes.
En fait, je pense sincèrement que les histoires ne sont pas du tout mauvaises et peuvent se relire très bien, mais je ne pense pas non plus que ce sont des sommets en termes d'imagination, ce qui est d'ailleurs très regrettable. Les enquêtes sont surtout très courtes, on est dans des événements très rapides. Du coup, les histoires n'ont pas le temps de se développer, ce qui est dommage.

Par contre, quelque chose rattrape largement le scénario, c'est le dessin. Sublime est un mot faible, et j'espère que les images que vous voyez à quel point tout est beau, travaillé, d'une excellente facture, coloré ou terne. Les personnages animaliers sont extraordinaires dans le traitement entre l'animal représenté et le caractère du personnage. Les jeux d'ombres et de lumière sont parfait, tout est vraiment beau. C'est une orgie pour les yeux, un orgasme visuel à chaque page pour ainsi dire. On s'en prend plein les mirettes ! Alors rien que ça vaut le coup, on achète l'album et on contemple chaque vignette, chaque page. C'est une fête visuelle à laquelle tout le monde est convié. Je ne peux que recommander la lecture pour cet avantage là. Je ne sais pas sur quels critères vous achetez vos BD, mais si le beau dessin vous suffit, cette BD est faite pour vous !

Blacksad, c'est simplement une des plus belle BD qui n'est jamais sortie en terme visuel, d'une extraordinaire beauté et magnifique. Les scénarios peuvent laisser plus à désirer. Le format d'une histoire par tome et dans un nombre restreint de pages ne permet pas des développements extraordinaires, mais ils tiennent toujours la route et plus d'une fois révèlent de l'ingéniosité et de l'inventivité, traitant également de problèmes à côté. Du coup, la combinaison des deux donne une BD qui est excellente, agréable à lire et un plaisir à relire. C'est une BD qui plait à tout le monde, et que vous auriez intérêt à lire également. Elle en vaut la peine.

(Chronique n°37)

jeudi 28 mars 2013

L'an 01 (Gébé)


Vous aimez Mai 68, la contestation sociale, les mouvements étudiants, la volonté d'aller à contre-sens de la société ? Oui ? Alors c'est le genre de livre que vous devriez aimer (j'ai adoré et je le revendique). C'est l'esprit de la contestation sociale (celle qui à ratée) des années 70, le moment où l'on dit merde à tout et qu'on recommence à zéro, partant vivre dans le Larzac. On fait table rase, on repart à neuf, c'est la remise en route de tout le bazar, c'est l'an 01 !


Résumé en trois mots : Révolution, Hippies et Pacifique

L'an 01, c'est avant tout une BD, mais qui fut également adapté en film, un vieux film en noir et blanc avec plein de vieux acteurs (genre Gotlib, Coluche, l'équipe du splendide encore non connue, Depardieu jeune et beau gosse ...), qui fut apparemment un petit succès (je n'en ai pas les chiffres officiels donc je ne m’avancerais pas plus que ça). Actuellement la BD est très dur à trouver, on ne l'imprime plus depuis des années, malgré les rééditions de l'Association (ce qui est fort dommage d'ailleurs) mais ce petit tracas peut être remplacé par ce site : celui là ! qui propose toute les pages scannées, et en cherchant un peu on trouve le film également. Donc ce n'est pas impossible, pas d'excuses !


Pour ne pas faire trop durer la chose, je vous propose de commencer rapidement par les défauts : c'est moche, désordonnée et brouillon. Bon, là le cadre est campé. C'est du dessin qui n'est pas beau. Mais alors vraiment. On ne distingue pas toujours tout. Ensuite, c'est une belle saloperie à lire, avec des cases dans tout les sens, du texte écrit en spirale parfois, des pavés énormes à lire (du genre une page énorme) et des sens de lectures qui sont aléatoires. Parfois il faut relire plusieurs fois pour s'assurer d'avoir bien compris. Et vu les pavés, la lecture est tout sauf fluide. Mais en même temps, l'histoire est très déconstruite, on a droit à une succession de petit sketch, des idées en vrac, des planches sans grand rapport entre les deux. Justement d'ailleurs, le mélange entre avant et après l'an 01 est très peu construit et du coup il faut un peu réfléchir en le lisant. C'est un gros défaut, mais en même temps, il faut comprendre que cette BD sort pas mal des cadres conventionnels puisqu'elle est faite avant tout pour un journal. Son passage en BD n'est pas prévu exactement, et du coup la forme s'en ressent.

Pas besoin de beaucoup pour qu'on
comprenne, non ?
Par contre le fond est nickel. Une idée de génie à germée dans l'esprit de Gébé : la révolution de mai 68 fait avec des moyens différents. Pas de révolution armée, pas de mobilisation. Juste un appel à la démobilisation générale. Et tout le monde se démobilise. Cette idée, c'est les fameux trois personnages sur la couverture : "On arrête tout, on réfléchit, et c'est pas triste". L'idée est exploitée sous plusieurs formes, en faisant le bilan des années 70, en montrant le fameux An 01 et ensuite en continuant avec ses fameuses nouvelles façons de vivre. C'est un avant-pendant-après la démobilisation générale.

Et c'est là tout le sel de la BD, une idée utopiste que j'aurais quasiment qualifiée de géniale, mais malheureusement elle est un peu trop utopiste sur certains points. Mais par contre, je ne peux que applaudir des deux mains lorsque je vois cette sublime idée de l'abolition de la propriété, cet ouvrier sur le trottoir en train de lire Platon et disant "On en fait tout un foin, mais finalement ça se laisse lire". Et tant d'autres petites perles à la fois d'humour mais également d'inventivité, ces louanges de la vie au grand air et à la culture pour tous, à l'arrêt de l'abrutisation des masses etc ... C'est également un appel à la révolution simple. On s'arrête, et on réfléchit. C'est bateau, mais c'est simple. Et au final, c'est superbe. Génial.

Le seul défaut dans cette utopie de "sale hippies", comme on dirait aujourd'hui, c'est qu'il ne va pas à fond dans certains aspects, notamment autour de la bouffe ou des vêtements. Mais c'est bien représenté, et l'envie m'a pris d'arriver dans l'an 01, de partager la folie de ces "doux dingues", qui vivent comme ils l'entendent et sans attaches, détachés de tout. C'est assez remarquable quand on le lit, cette façon de mettre en scène une société qui semble parfaite. Le tout à beau dater d'il y a maintenant plus de trente ans, il reste une excellente utopie, toujours autant intéressante.

En résumé, cet ouvrage difficile d'accès est avant tout une utopie, sacrément bien décrite, qui nous fait rêver et voyager. C'est une excellente BD, compliqué à lire, mais très bien campée, aux idées qui fusent en tout sens et dont plus d'une mériterait qu'on s'y attarde vraiment. L'ensemble est assez indigeste pris en gros, mais en lisant tranquillement, petit à petit, la douce folie et l'espoir qui sont contenus dans les pages ressortent et ne peuvent que nous toucher également. Une belle mise en scène, et je pense vraiment qu'elle vaut les utopies de tant de grand maitres (comme Thomas More par exemple). En clair, c'est le genre de BD à lire.

(Chronique n°33)

dimanche 24 mars 2013

Neverwhere (Mike Carey & Glenn Fabry)

Je dois dire que la couverture me
déçoit. Le regard est pas mal foiré et
Porte semble beaucoup moins clodo
que dans le livre. Normalement elle
est habillée comme une SDF. De ce
côté là c'est un poil raté.
Vous avez bien lu l'article précédent ? Celui-ci découle totalement de l'autre, puisque c'est le même livre, mais à présent dans son adaptation en bande-dessinée dans l'année 2008 (pour la France, mais un ou deux ans avant pour les États-Unis). Du coup ce n'est pas véritablement une simple chronique sur la BD, mais bien un comparatif entre les deux, notamment sur le fond et la forme. Indissociable, mais peut-être aussi complémentaire, qui sait. Vous voulez le savoir ? Alors lisez la critique du livre dans le post précédent. C'est fait ? Alors à présent, voyons la BD tiré du roman de fantasy Neverwhere !


Résumé en trois mots : Londres, Souterrains et Portes

Donc, Neverwhere à été adapté en 2007, la version livre datant de 1996. Dix ans séparent seulement les deux, mais voyons un peu si cette distance n'a pas trop jouée sur la transcription d'un média à l'autre (oui, BD et livre sont deux médias différents).

Premièrement, le dessin. Là je dois dire que j'ai été bluffé. Pourquoi ? Tout simplement parce que le dessinateur à réussi à faire des gueules qui correspondent exactement aux personnages du roman, notamment Croup & Vandemar, ainsi que de me faire noter des détails que je n'avais pas remarqué (la tête du Marquis est très différente de celle que j'avais en tête, mais en fait j'avais mal lu sa description). Chasseur est totalement différente de ma vision mais également très bien, l'ange réussi, en fait tout les autres sont bon. Richard est parfaitement bien fait (je ne sais pas pourquoi, j'avais en tête Ewan McGregor dans Trainspotting ...) et Porte, même si je regrette qu'elle n'ai pas plus l'air de la clodo décrite dans le roman, est très sympathique.

Sinon, le dessin est très bon, assez détaillé, très typé comics, mais pour une fois je n'ai pas été dérangé par lui. C'est une bonne version, avec des petites touches très sympathiques. Je dirais juste que comme d'habitude, les personnages me semblent souvent figés. Pourtant, les dessins sont dynamiques, et les scènes d'actions fluide. Les couleurs sont très bien choisi, même si certains détails paraissent curieusement flashy. Mais dans toutes les pages, ça passe allègrement inaperçu.

Tiens, en parlant du nombre des pages, il faut bien le souligner : l'album est très gros. Il faut au total 192 pages (ce qui explique que le prix d'origine soit 24 € .... Heureusement que j'ai trouvé pour 10 de moins !) et présente le format classique des comics (a savoir, une 25 par 16.6), plus petit que du A4 mais plus gros que les formats de poche ou les petits formats franco-belges. D'ailleurs il est à couverture rigide et à la fin vous avez une compilation des couvertures de chapitres. Ah oui, petite précision : il arrive bien souvent qu'en Europe les éditeurs fassent le choix de regrouper en intégrale plusieurs chapitres de comics au format américain. Par exemple, ici, nous avons en fait 9 chapitres regroupés dans un seul volume (cette pratique marche aussi pour de nombreux Batman, pour Walking Dead ....). Pour chacun de ces chapitres, une couverture est dessinée (spécialité américaine également), qui sont regroupés à la fin pour pouvoir les détailler (elles sont présentes dans le récit, mais avec du texte par dessus). Je dois dire qu'elle sont sublimes, et que c'est un régal à regarder.
Ensuite, passons au gros du texte : le corps en lui même. L'adaptation. Là encore, je dois dire que j'ai été largement bluffé. Je ne pensais pas à une adaptation tellement fidèle. Le récit est totalement repris, de A à Z (bien évidemment, avec quelques coupes qui devaient être faite, mais je vous assure qu'on ne le distingue pas tellement au final). Certains points disparaissent, un ou deux personnages sont passés à la trappe, et quelques petites modifications interviennent de ci de là (comme par exemple lors de la fin, ou il n'y a pas le coup du vin d'Atlantide, ce qui est dommage en un sens) mais tout est respecté au final.
Une couverture (la dernière)
d'un magazine américain
Enfin, presque tout. Je suis outré pour un point. Un énorme, un gros comme une maison qui est passé à la trappe : la fin ! Ils ont zappé toute la réflexion sur la valeur de notre monde et d'un monde de fantasy. Ayant tellement adoré cette fin, je ne peux que être outré de ne pas l'avoir retranscrite. Mais en même temps, je pense franchement qu'elle était dure à remettre. Par contre j'ai trouvé grandement dommage qu'on perde tout le côté métaphore des clodos et du monde de la misère, ce qui est vraiment regrettable. Cela dit, tout le récit était déjà dur à mettre en place, cette subtilité était peut-être superflue. Ce côté est surtout absent lors de l'épreuve que passe Richard, qui insiste uniquement sur le fait qu'il se croit dément, et pas plus. Là par contre, les choix sont nettement plus judicieux, notamment pour faire avancer la BD avec le même rythme tout au long.
Du coup, je trouve les coupures très bien faites, et qui n'empêchent pas le récit de sombrer dans la pale copie d'une œuvre remarquable. Le récit reste très bon, rythmé, et avec son lot de surprise et d'amusement. Elle est un poil plus sobre que la version littéraire, notamment au niveau des métaphores, mais je pense qu'elle se rattrape largement par son côté plus marqué fantasy. Une belle réussite d'adaptation.

En résumé, c'est une œuvre qui à mon avis totalement réussie. Elle parvient à éviter l'écueil de l'adaptation ratée, reste très fidèle à l'univers d'origine et pose un excellent graphisme, notamment au niveau des personnages. Par contre, on peut regretter une profondeur moindre au niveau du scénario. Je dois dire que ceci est à mon avis le plus gros défaut qu'on peut noter. Pour le reste, la qualité est largement au rendez-vous, et les 190 pages s'enfilent à une vitesse remarquable. On est captivé une nouvelle fois dans ce Londres d'en bas, avec un fil directeur simple mais tellement efficace. Et lorsqu'on referme le livre, c'est avec une petite pointe de déplaisir en sachant que se finit là notre découverte du monde d'en bas et de ses codes. Il ne nous reste plus qu'a regarder tranquillement autour de nous, d'imaginer peut-être ce que serait le reflet déformé de notre monde, de contempler notre vie avec un regard différent, et surtout de se demander si on ne va pas aller très vite en libraire, genre dans l'instant, dévaliser le rayon fantasy, s'enfermer pendant six mois et se gaver jusqu'à la lie. Je crois bien que la dernière option me plait beaucoup.

(Chronique n°31)

lundi 18 mars 2013

Quai d'Orsay (Christopher Blain & Abel Lanzac)


Je profite de cette chronique pour préciser que je vais sans doute abandonner sous peu le principe de l'alternance entre BD et livres, afin de conserver un meilleur rythme d'écriture. Les commentaires sur les BD sont plus dur à faire dans une période où je ne lis quasiment plus de nouvelles BD (c'est une passion qui revient vite chère quand on prend le temps de lire et d'acheter).
Ensuite, je dois avouer que écrire des chroniques plutôt longue c'est plaisant, mais je vais vraiment essayer de faire plus court. En ce moment j'arrive à me maitriser, du coup je vais tenter de continuer dans cette voie là. Il ne fait pas tellement en dire quand on aime bien et quand on aime pas, pourquoi en dire trop de mal ? Donc pour bien faire, je vais raccourcir un brin mes textes. J'espère que je gagnerais en lisibilité comme ceci, j'ai l'impression que mes textes sont souvent trop long.
Sans plus attendre, voici la BD du jour : Quai d'Orsay de Blain et Lanzac !


Résumé en trois mots : Politique, Absurde et Humour

Connaissez-vous un de nos anciens dirigeants politique qui connu quelques déboires avec quelque chose nommé le CPE ? Non, pas le Conseiller Principal d'Education, je ne suis pas sur qu'ils aient jamais connu un lycée normal avec des vrais CPE (oui, je vais sans doute faire des blagues sur les politiciens), je parlais du CPE, Contrat Première Embauche, qui déboucha sur des manifestations dans toute la France (ah, la belle époque des grèves au lycée ...).

Enfin bref, nous avons donc ici une BD qui est semi-autobiographique (voir  totalement) sur un personnage, qui est le représentant de l'auteur, Lanzac, lequel utilise un pseudonyme (on peut le comprendre). Il est embauché par le ministre des affaires étrangères, Alexandre Taillard de Vorms, une représentation  très réaliste de Dominique de Villepin (oui, celui de Clearstream), en tant que chargé de communication (en clair il écrit les discours). Et avec tout cela, il va nous présenter de façon très claire ce qui se passe dans le monde de la politique française. Et c'est loin d'être morne.

Cette BD, c'est avant tout de l'humour. Je dis bien de l'humour, même si on pouvait penser à de la politique et un roman graphique. Ici, c'est une BD qui va vous faire rire et sourire de toute les façons, avec des gueules du siècle. Si le narrateur ici est bien le conseiller technique, Mr Arthur Vlaminck, le vrai héros de cette histoire est avant tout Alexandre Taillard de Vorms, personnage hautain, ambitieux, avec une tête enflée et des chevilles qui gonflent de même, une personne qui est certes cultivée mais qui en même temps est beaucoup trop sûr de celle qu'il possède. Et qui en plus possède un égo démesuré. C'est, selon lui, le capitaine qui sauvera la planète et la laissera dans la paix. La façon dont il se voit est d'autant hilarant.

Mais en plus, le personnage est cerné par des cons des personnages ambitieux qui évoluent autour de lui de manière diplomatique, se faisant des coups de putes les uns aux autres et essayant par tout les moyens de s'attirer des bonnes faveurs. C'est très rigolo, d'autant plus que les personnages vont évoluer.
Le contexte est celui d'une crise au Lousdem, une caricature des débuts de la guerre en Irak, avec les pays à l'ONU qui font des interventions et débats en tout sens. On aura également l'aperçu de personnages américains, et d'autres acteurs, tels des philosophes, poètes et tout ce genre de choses. Et bien évidemment, tous avec un égo surdimensionné.
En sus, nous aurons également le principe autour de la vie privée du narrateur, et la façon dont son job influe dessus de manière catastrophique. Notamment lorsqu'on le mobilise de façon soudaine et brusque alors qu'il se trouve en voyage avec sa copine. Et qu'il doit rentrer urgemment.

En plus de toute les qualités autour de l'histoire et de l'humour extraordinaire, j'ai apprécié qu'on ai un aperçu très cynique de la façon dont le pays gère ses affaires extérieures. C'est une politique de malade, avec des rond de jambes et des fausses modesties, des flatteries et des discussions sur l'utilisation d'un terme ou d'un autre dans un discours (véridique, plus de dix pages de débats sur un terme).

Ajouté à cela, nous avons le droit à un dessin très efficace, une belle mise en scène, au trait dynamique et la colorisation est très bonne également. Le dessinateur fait des excellentes choses (dixit mon professeur de géo) et il vaut le coup d'être suivi. En plus, les gueules qu'il fait sont juste énorme, surtout pour Alexandre. Au final, le rendu est superbe, dans toute la BD, et promet des grands éclats de rire jusqu'à la fin de chaque tome.

En définitive, c'est une excellente histoire, avec un scénario intéressant sur plus d'un aspect mais également terriblement drôle. Le dessin est superbe, simple mais terriblement efficace, l'humour est pour tout les gouts jusqu'au bout, et l'ensemble est excellent. La série est finie en deux tomes pour l'instant, avec plusieurs pistes qui peuvent encore être exploitée mais l'auteur ne semble pas vouloir continuer. Enfin, pour l'instant. Dans tout les cas, ruez-vous dessus sans hésiter. C'est le genre de BD qu'on peut également offrir, ça plaira à tout le monde (ou presque).

(Chronique n°26)

jeudi 14 mars 2013

Le combat ordinaire (Manu Larcenet)


Parfois, dans le monde de la BD, il sort des personnages qui marquent leur époque de leur œuvres, bien qu'elle ne soit pas forcément fournie. Art Spiegelman n'a sorti que Maus comme BD (ou presque) et pourtant il est indéniablement un des grands auteurs du XXème siècle. Parfois, des auteurs ont une production arrêté et sont encore vivant, reconnu comme des dieux par les contemporains, tel Gotlib. Et parfois ils sont sans arrêt en mouvement, continuant à travailler dans la BD et proposer des nouveautés, des secteurs inexploités, comme Trondheim. Ces grands de la BD, ce sont des incontournables, qu'on ne peut pas rater lorsqu'on se plonge dans ce monde.
Et parfois, il y a des auteurs qui ne révolutionnent pas la BD, qui sont productifs, et qui pourtant n'ont pas inventés des genres particuliers de BD ou de dessin. Je classerait Larcenet là-dedans. C'est un auteur à la patte reconnaissable, au style faisant école, certes, mais qui n'a pas révolutionné le dessin, ni la narration. Et pourtant, je dois bien dire que ce personnage est un des artistes les plus doué que je n'ai jamais croisé. Sur les œuvres que j'ai lu actuellement, j'ai adoré toutes celles que j'ai lu, et je continuerais de les lire autant que possible, même si je sais que j'ai commencé par le haut du pavé et que je risque des déconfitures.

Maintenant que cela est dit, je vais vous présenter l’œuvre phare de ce personnage, une des plus belles séries qui n'a jamais été écrite et qui à été récompensé partout à juste titre. Une série qui est juste superbe, et dans laquelle j'aime me replonger lorsque des questionnements me viennent. Car elle arrive à poser les bonnes questions, et je suis alors mieux car j'ai la question. La réponse, on s'en fiche. Ce n'est pas important. Les questions, les bonnes, bien formulées, c'est ça qui compte seulement. C'est d'ailleurs une BD dans laquelle je tire des citations assez extraordinaires et que souvent on croit sorti d'un livre de philosophie. Mais à nouveau, pas de la grande philosophie. De la philosophie simple, poétique, que tout le monde comprend, que tout le monde perçoit. On la garde facilement en tête, et on la ressort bien facilement.

Cette BD, c'est la série superbe Le combat ordinaire de Manu Larcenet !


Résumé en trois mots : Quotidien, Philosophie et Vie

Vous connaissez le riz complet ? Et ces céréales complètent qui apportent les trois quarts des ressources différentes dont nous avons besoin dans un seul élément. Et bien ici, nous avons de la BD complète. Ce que vous cherchez, elle le propose. De l'humour ? Il y en a, et du très bon. De la poésie ? Il y en a. De la réflexion ? Il y en a. De la noirceur ? Il y en a. Du déjanté ? Il y en a. De la détente ? Il y en a.
En fait, cette BD c'est vraiment pour tout les gouts. Ça plait à tout le monde (ou presque). Et ça peut aisément se comprendre.

Pour ne pas faire trop long, car je sens déjà que je vais en faire un pâté indigeste, relisez ce que j'avais marqué sur Larcenet dans l'article sur Presque. Pour faire simple, nous aurons ici droit aux thèmes "classiques" de l'auteur déclinés sous une nouvelle forme : La paternité, les relations avec les parents, l'amour, la vie, le sens de la vie, le travail, etc ... Ces thèmes, Larcenet les repasse en boucle dans plus d'une de ses BD, mais il ne lasse jamais, explorant toujours d'une façon qui n'était pas visible auparavant.
Larcenet est un génie pour moi, mais il n'aime pas qu'on en parle en ce sens, du coup je ne le dirais pas, mais je continuerais de le penser. C'est un homme très curieux, qui semble avoir une bien piètre opinion de lui-même. C'est curieux. Mais je ne le connais pas, alors je ne ferais pas de supposition erronée à son égard.

Alors pour commencer, parlons de son trait, à Larcenet. Oui, parce qu'il possède un coup de crayon remarquable, mais en même temps évolutif. La BD est sortie entre 2003 et 2008, chez Dargaud (on s'en fout mais je le dis quand même). Le trait à pas mal évolué du fait entre le premier et le dernier tome. Notamment aux niveau des détails et de la maturité du trait. Le premier tome à un dessin plus facilement humoristique, en accord avec le propos qui contient pas mal d'humour, tandis que les tomes suivants ont des traits plus matures, plus apte à des réflexions et de la philosophie. D'autre part la colorisation est superbe (totalement subjectif comme avis) et les planches sont plus d'une fois très belles.
Alors celle-là, c'est l'une des plus
belle déclaration d'amour que j'ai
jamais lu. Simple mais tellement beau
Tiens, en parlant des planches, vous aurez droit à un procédé extraordinaire que j'ai trouvé superbe. Le personnage principal est photographe de métier. Dans le roman, il prend souvent des photos. Et certaines planches présentent ces photos, comme si il les avait réellement prises, accompagnés d'un discours du héros sur un sujet précis (et avec un rapport plus ou moins direct aux photos). Dis comme ça c'est peut-être dur de se l'imaginer, mais dans la lecture, c'est fluide et parfaitement lisible. Je n'ai malheureusement pas trouvé d'exemples sur le net, mais vous pourrez voir par vous même dans la BD. Et pour vous régaler, j'ai mis quelques planches trouvées qui, j'espère, suffiront pour vous donner l'eau à la bouche et vous inciterons à la lire. J'aimerais vraiment vous donner le gout de cette BD.

Alors, en continuant sur la lancée, maintenant que j'ai parlé brièvement du trait (oui, j'aurais pu détailler les cases, expliquer les différences avec Presque, comparer autour des façons de représenter, expliquer les cadrages, les têtes des personnages ...), je vais essayer de parler de l'histoire.
C'est celle d'un petit photographe, Marco, qui est dans un petit creux de sa vie. Il n'a pas envie de recommencer tout de suite à travailler et se pose pendant une petite période. Il sent qu'il lui manque quelque chose, qu'il n'est pas dans les bons rails de la vie. Il ressent un vide, qu'il cherche à comprendre. L'envie de faire des photos ne lui revient pas. Et durant cette période, il reste dans sa petite maison de campagne, retirée d'un peu tout, seul avec son chat. Et là, ça commence. Il rencontre ses voisins, des gens bien ou pas bien, une fille, vétérinaire, et puis la vie continue. Ce n'est pas la grande vie, la grande aventure, c'est simplement la vie de tout les jours, le combat ordinaire de la vie. On se bat, sans trêve ni repos, continuant à avancer sur le chemin.
Dis comme ça, je sens que vous vous attendez à une BD chiante et introspective. Et bien pas du tout. Les personnages sont incroyablement attachants, les situations s'enchainent sans temps mort, donnant des passages humoristiques à côté de réflexions. C'est déroutant au début, on ne rigole pas tout le temps, mais ce n'est jamais dramatique non plus. C'est comme la vie, on rit, on pleure, et on avance encore et toujours.
Ce qui est intéressant également, c'est l'évolution des personnages, puisque la série va s'étaler sur une période assez longue de plusieurs années, avec les relations à sa famille qui évoluent (notamment avec le petit frère), sa propre famille qui se constitue, son travail qu'il va reprendre petit à petit. Et puis plein de petits moments, bon ou mauvais. Notamment plus d'un très beau, mais je vous les laisse découvrir. L'ensemble est au niveau d'une BD philosophique, toujours simple, sur plein de sujets. Mais je le répète : ne cherchez pas de réponses là dedans ! Ce ne sont que des questions qui vous attendent, des questions que vous ne vous posiez pas, et plein d'autres que vous vous posiez sans trop le savoir.
Par contre je dois avouer que je n'ai aucune idée de l'impact de cette BD sur les filles, puisque le personnage principal, un garçon, fait pas mal de réflexion en rapport avec les garçons. Pour une fille, je ne sais pas l'impact qui en ressortirait. Sans doute qu'il y en aurait également un, mais très différent. Je ne sais pas trop. C'est une expérience qui se prête bien à l'essai, je vais tenter de voir si je peux motiver quelqu'un à le faire.

J'ajouterais également que le récit contient beaucoup de tendresse, les personnages étant tout ce qu'il y a de plus humain. Et surtout, ils sont normaux. Pas de gros looser qui n'arrive jamais à rien dans la vie, pas de gars qui saute par dessus une voiture en flamme en continuant à se raser sans se couper. Rien que des choses de la vie courante, pas d'extra. Des discussions politiques simples sur les positions qu'ont eux les français (la BD se déroule durant le premier mandat Chirac, sa réélection et une partie lors de l'élection de Sarkozy), mais également des avis sur la France actuelle avec une vision des banlieues que j'ai trouvé sublime (c'est dans le tome 4). D'ailleurs, la BD contient énormément de phrases superbes, de beaux discours de toute sortes et des appréciations que j'ai trouvé totalement juste. Plus d'un passage semblent avoir été écrits dans un roman et qu'on aurait mis en image. Mais non, tout n'est sorti que de la BD.

En prime, je dois dire que l'auteur nous gratifie de petits détails superbes, tels ces fameuses pages de photographies, mais également de résumés qui mériteraient à eux seuls des éloges. Le résumé au dos du premier tome est rédigé en ces termes :
"C'est l'histoire
d'un photographe fatigué,
d'une fille patiente, 
d'horreurs banales,
et d'un chat pénible"
Là vous avez le résumé complet de tout le premier tome. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve ça admirable ! Et tout les tomes ont leurs résumé ainsi. Je les trouve beau.


Et puis, tout est bon dans la BD. Les cadrages, les mises en pages, les dessins, les dialogues, la balance entre les sujets, les questions, la fin. Tout quoi. Dans le genre parfait, j'ai rarement vu mieux. C'est un roman graphique, mais avant tout c'est une BD de philosophie simple et accessible à tous. Les questions et les réflexions peuvent parler à tout âge, bien que le personnage soit déjà dans la trentaine. Marco est également une belle figure. Ce n'est pas forcément un héros auquel on s'identifie. C'est un personnage complet, qui est simplement attachant. Pour un peu on souhaiterait presque qu'il sorte de la BD, qu'on puisse parler avec lui. Et il semble également un reflet déformé de l'auteur, qui aime beaucoup la photographie et à connu bien des situations semblables à celles du livre. C'est assez net lorsqu'on compare avec d'autres ouvrages, surtout Ex Abrupto (que je chroniquerais plus tard). Il nous livre un personnage sans concession, qu'on découvrira sur tout les plans sans secret et sans faux fuyants. Il est comme un livre ouvert, et c'est un des héros que j'ai le plus apprécié dans les œuvres de BD, rempli de failles et de doutes, mais aussi de défauts et de qualités, c'est un personnage trop bien campé pour ne pas être réel.

En conclusion, avant que l'article ne fasse milles pages, je dirais simplement que Le combat ordinaire est une œuvre majeure dans le monde de la BD, malgré son apparition très récente. Il est pour moi dans le Panthéon de la BD, aux côtés d'immortels d'une autre époque, et de contemporains tout aussi légendaires. Le récit est simple, attachant, mêlant poésie et philosophie, humour et quotidien. Les personnages sont attachant, tout est réuni pour que la BD soit lisible et belle. Tout est en place, le lever de rideau peut commencer.
Si vous ne connaissez pas Larcenet et que vous voulez en lire quelque chose, commencez par celle-ci. C'est celle qui plait à tout le monde et avec laquelle Larcenet à frappé le plus juste. Il donne matière à réfléchir à tout le monde, quelque soit l'humeur. Pouvoir le relire n'importe quand et dans n'importe quel état, c'est ça la vrai force d'une grande BD. Et celle-ci en fait largement parti.

(Chronique n°24)

dimanche 10 mars 2013

Castro (Reinhard Kleist)

Là, nous allons aborder un sujet que j'affectionne particulièrement, une petite BD que je trouve superbe et qui en plus traite d'un sujet que j'aime beaucoup. En effet, vous savez peut-être que je suis une personne aimant particulièrement l'île de Cuba et son histoire si particulière dans le siècle. Mon attrait pour l'île est venue avec ma découverte de la BD Le tueur qui est assez monumentale et qui en plus nous apporte un point de vue assez nouveau sur l'île de Cuba, en dehors des cadres habituels. Je me suis donc renseigné un peu plus, et il faut avouer que l'île de Cuba à connu une histoire très particulière qui est encore liée actuellement à son dirigeant principal de ces dernières années : Fidel Castro (et son frère qui est actuellement en poste). C'est une histoire bien spécifique, très curieuse mais intéressante, et surtout à l'encontre de nombreux clichés sur un pays dirigé par des dictateurs (je pense par là à son taux d'alphabétisation, sa situation au niveau de la santé exceptionnel ou le fait qu'il s'agit d'un pays ayant le moins violé les droits de l'homme selon Amnesty international ...). Et cette histoire, je l'ai un peu plus découverte avec la lecture de cette BD-ci. C'est pourquoi je vous en propose aujourd'hui la chronique, en espérant vous donner envie de la lire un jour.


Résumé en trois mots : Cuba, Castro et Révolution

Donc, commençons par les choses simples : connaissez-vous l'histoire cubaine et la façon dont le pays à évolué durant le vingtième siècle ? Non ? Alors il est temps de vous renseigner sur ce pays, très proche de l'Amérique (ce qui d'ailleurs entraina de nombreux soucis ...) et qui connait encore actuellement un blocus complet qui l'asphyxie littéralement. Et qui pourtant continue à vivre après toutes ces années. C'est quelque peu sidérant la force qu'il possède.

Pour faire simple, l'auteur est un allemand, ce qui en soit est assez peu courant dans le monde de la BD (la tradition de la bande-dessinée n'est pas du tout forte dans ce pays, bien qu'il ponde régulièrement des chefs-d’œuvre). C'est pourquoi nous avons eu l'édition en 2012 alors que le livre date de 2010. Mais ne nous plaignons pas, l'édition française à le droit à une très belle couverture en plus, ce qui est déjà pas mal. Et Casterman fait souvent du bon boulot sur ses ouvrages, la collection Ecritures ne faisant pas défaut. Je le souligne surtout parce que d'autres font du boulot de merde (j'ai relu les Rubriques-à-brac et je dois dire que les pages qui se décollent c'est chiant). D'ailleurs en parlant de l'édition, je précise que l'album contient un carnet de croquis en fin d'ouvrage, réalisé par Reinhard Kleist durant son séjour.

Pour des petites précisions, l'auteur n'est pas spécialement connu, ayant surtout fait des ouvrages biographiques (la vie de Johnny Cash notamment) et un livre intitulé Le boxeur qu'il me reste à lire. Cet allemand va, en 2008, partir pour quatre semaines à Cuba après des envies liées notamment aux discussions qu'il avait eu avec les personnes ayant été à Cuba. Il se fait donc un plaisir d'aller vérifier par lui même les dires.
C'est donc à la suite du voyage qu'il s'est décidé à faire cet ouvrage, à mi-chemin entre la biographie et le roman historique. Je vais vous expliquer pourquoi tout de suite.

En fait, l'ouvrage part sur la vie d'un homme n'ayant pas existé, Karl Mertsen, journaliste-photographe allemand (et double fictif de l'auteur dirait-on ...), qui raconte sa vie à Cuba, depuis son arrivée en 1958. En fait il ne quittera plus jamais le sol cubain, fixé pour toujours à cette nouvelle patrie qu'il a appris à découvrir.
Le récit se présente donc comme le point de vue de cet allemand sur toute la révolution cubaine et ses suites. C'est assez amusant, car en fait la Révolution, grande héroïne du récit, est tout simplement incarnée par un seul et unique homme : Castro. C'est assez amusant, mais il est a lui seul le pilier, le soutien de tout l'ouvrage. Une gueule du siècle, parfaitement !
Le récit est découpé en trois grandes parties, chacune faisant état d'un moment particulier de la révolution cubaine : le premier explique son départ et son combat, le second présente la victoire et l'installation, la troisième les déceptions et les résultats de la révolution. Et en prime nous avons le droit à une magnifique postface qui est constituée par une "interview" de Castro à l'heure actuelle, malade et fatigué, mettant un point d'orgue à tout le récit.

En fait, je l'ai déjà dit, mais le récit présente surtout l'histoire de la Révolution cubaine et plus généralement de Cuba. Mais cette histoire est totalement indissociable de Castro, figure qui incarne les 50 dernières années de la vie cubaine. Un homme au charisme terrible, il faut bien l'avouer. Le livre présente d'ailleurs sa vie depuis le début -c'est-à-dire son enfance dans une plantation- mais durant plusieurs périodes se concentre uniquement sur la vie des petits habitants de Cuba. Et c'est là une des grande force du récit, alternant les points de vues des diverses personnes, aussi bien les grands que les petites gens. Ce qui d'ailleurs permet de se rendre compte de la complexité du système cubain : ce n'est pas un modèle de démocratie, mais personne n'y meurt plus de faim (tout le monde ayant peu a manger, mais chaque jour). Doit-on blâmer cette politique ? Certains disent oui, d'autres non ...

Et puis Castro. Un homme qui fascine, c'est certain. Éduqué, brillant, éloquent, cultivé, amoureux, passionnée, dévoué à sa cause (la Révolution) et à son pays jusqu'au bout, c'est un homme très complexe sur lequel on ne sait trop que penser. Je le trouve très fascinant. Sa vie est mouvementé dans tout les sens, et pourtant je l'admire pour tenir encore sa ligne directrice, quoi qu'il advienne. Acharné ou obstiné, selon les points de vue, il reste dans son optique au but noble : combattre la pauvreté, ne plus voir des gens délaissé, aider les déshérités. Mais ce système parfait ne convient pas à tout le monde, et Castro connait des déconfitures ...
Bien évidemment, nous verrons également le Che dans l'ouvrage, mais aussi Raoul Castro (le frère de Fidel) qui est d'une importance que je n'aurais pas du tout soupçonné au premier abord. Un autre héros qui est resté dans l'ombre de Fidel et du Che. D'ailleurs nous aurons droit à plusieurs autres gueules dans le récits, toutes aussi intéressantes.

Dans tout ça, la narration est superbement bien faite. On ne se perd jamais malgré les voyages dans le temps et l'espace, les personnages sont charismatiques, on est captivé par la mise en forme du récit. Et plus que tout, on est impatient de voir comment tout se finira. C'est d'ailleurs assez triste comme fin, et l'auteur laisse bien voir qu'il est peiné de voir cette révolution échouer comme tant d'autres. C'est une façon subtile de mettre en scène, mais on est pris avec. J'ai trouvé le tout superbe, et c'est avec un intérêt certain que j'ai suivi toute la lecture. Je ne pensais pas au début, mais il est vraiment beau.

En conclusion, que penser de l'ouvrage ? C'est une belle chronique de l'histoire de Cuba et de son leader Fidel Castro. Certes, l'ouvrage est clairement orienté vers un point de vue, mais je dirais que personne n'est vraiment neutre en parlant de Cuba. Aujourd'hui encore, les débats font rage, et cet ouvrage essaye de ne pas se poser clairement dans un camp ou dans l'autre. La révolte Cubaine à eu ses bons et ses mauvais côtés, mais elle n'est pas simple à appréhender, et Cuba actuel est encore complexe, comme tout pays. Le manichéen, ça n'existe pas dans le monde, et l'ouvrage nous le rappelle d'une belle façon. S'instruire et se distraire, c'est toujours passionnant, et l'ouvrage ici nous le fait sentir d'une belle façon. A lire, je le recommande très fortement.

(Chronique n°22)