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mercredi 3 juin 2015

Le fusil de chasse (Inoué Yasushi)

L’histoire de certains lectures est singulière, et je dois avouer que celle-ci ne l’est pas moins. J’avais déjà entendu parler de Inoué Yasushi, grand auteur japonais, qui m’avait été cité plusieurs fois et dont le nom faisait écho dans ma mémoire, bien que je n’eus jamais entendu parler d’un seul de ses ouvrages. Cependant, l’admirable Bison (dont le site continue de valoir le détour) a parlé tantôt d’un ouvrage intitulé Le fusil de chasse, et la critique enthousiaste qu’il en fit m’encouragea à le lire. Tombant dessus par hasard dans les bacs d’occasions qui parsèment la place Kléber trois jours par semaine, je n’ai pu m’empêcher de m’en saisir et de le rajouter au sommet de ma PAL déjà trop garnie. Mais, heureusement pour moi, sa lecture fut faite dans l’après-midi même, et je me suis retrouvé bien vite sur le canapé, sortant d’un choc qui m’a happé bien vite, et dont je sors à peine.


Résumé en trois mots : Amour, Lettre et Mélancolie


Je ne sais si les japonais ont l’âme mélancolique et la prose facilement poétique, ou si c’est là un effet des traducteurs. Il semblerait, d’après le peu de lectures que j’ai fait des auteurs de ce pays pour le moins différent, qu’une certaine forme d’art poétique est privilégiée dans le roman, ce qui n’est pas forcément pour me déplaire, je le confesse.


Ce roman est singulier sur sa forme, qui consiste principalement en trois lettres adressés à la même personne, par trois femmes différentes, toutes les trois ayant traversées sa vie, chacune à sa manière. Des trois lettres vont se dégager un schéma d’ensemble de la vie de cet homme, qui ne se présentera jamais autrement que par le croisement de ces trois regards. Regards qu’il expose à un poète l’ayant croisé, un jour, avec son fusil de chasse.

La forme est assez étonnante, et je dois avouer que j’ai été séduit par la façon dont un homme inconnu est progressivement esquissé au milieu des relations qu’il a connu avec trois femmes. Mais au-delà même de cette idée, je crois que c’est les retournements progressifs qui parsèment l’histoire qui sont appréciables. Chacune des lettres apporte une continuité à l’histoire tout en complétant les propos de la précédente, voir en apportant une facette qu’on n’aurait pu voir précédemment. Une histoire tragique de treize années d’amour.

C’est curieux comme ce portait d’homme est présenté. Tour à tour mari salaud, menteur et absent, il est également un homme malheureux, trompé et trahi. Tout est progressivement amené pour que ce personnage passe d’antipathique à homme de malchance, qui aura eu une vie remplie mais pas épanouie. A-t-il connu le bonheur ? La réponse n’est pas présente, et seul le lecteur peut supputer ce qu’il souhaite. Car, et c’est là la force de ce roman, cet homme ne parlera jamais de lui-même. Il ne confirmera ou ne démentira rien, et ce n’est qu’une vision féminine qui sera offerte. Avec tout ce qu’elle peut comporter de lacune et de vérité.

Ce roman très court, qui m’a semblé très japonisant dans son style et sa manière d’aborder les choses, est superbe. L’histoire est simple et pourtant beaucoup de choses sont là, au delà des simples mots racontés. Je viens de le finir, et je sais pourtant qu’il fera parti de ma pile de livre que je souhaiterai relire, un jour, tranquillement, pour savourer à la fois la beauté du texte et toutes les subtilités derrière. Le genre de roman qui se savoure une nouvelle fois. Recommandé, avec mention spéciale. C’est dommage que je n’en ai pas plus de l’auteur.

(Chronique n°279)

lundi 1 juin 2015

Un tramway nommé Désir (Tennessee Williams)


J'ai commencé cette pièce parce qu'elle est légendaire, et qu'en six mois j'ai été bassiné pendant des semaines avec ce Tennessee Williams, auteur adulé dans le milieu théâtral, tout comme Shakespeare et Tchekhov, tout deux légendaire dans leurs genres. Alors je me suis jeté à l'eau, j'ai décidé de lire un peu, pour me faire mon propre avis, une pièce de l'auteur. Et quoi de mieux que de commencer par la plus célèbre, la plus jouée et la plus vue ?


Résumé en trois mots : Couple, Amour et Violence

A la lecture de cette pièce, je crois comprendre son succès non démenti depuis des années maintenant. Et je ne sais trop ce qu’il faut en tirer. Car c’est des personnages étranges, des situations dérangeantes, une fin qui dénote et une morale douteuse. Rien n’est simple et évident, tout semble toujours nous échapper. Qui est bon, qui est honnête, qui est vrai dans cette situation qui nous est toujours étrange. Un couple heureux (?) qui voit venir une soeur dérangée (?), ruinée et malheureuse (?), une tension entre les protagonistes (?), des amours contrariés (?), tout est sujet au doute et aux remises en question.

J’ai adoré cette pièce, même si je n’ai fait que la lire, et je rêverais de la voir jouée. Car cette pièce dégage une atmosphère, une ambiance lourde et pesante, chaude et moite comme ces journées d’été dans la Louisiane, là où l’air semble pesant et les moustiques omniprésent. Dans ces quartiers où les hommes travaillent dur et les femmes vivent de peu, dans une ambiance parfois malsaine, où tout peut exploser à chaque instant. C’est une atmosphère de tension, de défi, et rien n’est clair jusqu’au couperet final qui tombera implacablement sur la scène.


Ce trio amoureux est décidément inoubliable. Entre Kowalski, homme brut et brutal, excessif jusqu’à être violent, et sa femme douce et précieuse, fille d’une ancienne lignée noble, et sa soeur, toute en extravagance et en futilités, c’est une drôle de famille qui vit sous le même toit. Car qu’est-ce qui s’est joué au final dans cette tragédie ? De l’amour ? Du désir ? De la haine ? Du ressentiment ? Des choses refoulées ? Je ne sais pas. Je pense que l’interprétation est libre maintenant. Chacun sera juge, lecteur ou metteur en scène. La messe est dite, que chacun garde ce qu’il veut.


Une pièce détonnante, qui m’a fait grande impression. C’est jouissif comme texte, à la fois brut de décoffrage et en même temps parfaitement clair. Mais que de choses derrière ce qui se dit. Une pièce qui en dit bien plus qu’elle ne laisse voir, et je vais la relire, encore une fois, pour trouver ce qu’il faut dedans. Quelque chose en est sorti et m’a heurté. Qu’est-ce que ça m’a plu !


D’autres pièces courtes sont présentes en fin de volumes, mais outre qu’elles n’ont pas le même impact, elles me semblent surtout être des brouillons ou des essais de cette pièce principal, et j’avoue qu’elles sont plus négligeables.


(Chronique n°278)

dimanche 19 octobre 2014

J'irais cracher sur vos tombes (Boris Vian)

Entre deux galères, je trouve toujours le temps de lire un petit livre de derrière les fagots, et je me suis attardé un peu sur ce livre d'un véritable génie que j'adore, dans presque tout ce qu'il a fait et que j'ai eu la chance de découvrir jusqu'ici. Boris Vian, le poète, chanteur, écrivain, scénariste, humoriste, musicien, l'homme complet et complexe, une véritable bête des arts. Un monument à découvrir. Et celui-ci rentrait dans la catégorie des romans qu'on me conseillait fortement de lire.

Résumé en trois mots : Noirs, Sexe et Violence

Je caricature un poil le propos dans ce résumé en trois mots, mais il faut bien avouer que ce sont les trois thèmes centraux de cette histoire curieuse et au relent de vérité qui mettent mal à l'aise. Déjà, et je tiens à la souligner, c'est un livre dans une ligne purement réaliste, soit au antipodes des autres écrits de l'auteur que j'avais déjà lu (L'écume des jours, Les fourmis et L'arrache-coeur). Ici, point de monde déformé, de réalité transfiguré et de critique voilée mais acerbe d'un monde plus fou que ce qu'il en tire.
Ici, tout pue la vérité, du début jusqu'à la fin, dans ce personnage du noir à la peau blanche qui cherche à venger son frère. Rien que du réalisme dans les échanges entre personnes, dans les faits racontés. C'est ce qui rend la lecture parfois malsaine au plus haut point, tout en conférant à l'ensemble un statut d'avertissement plutôt bienvenue.
C'est intéressant de constater que ce livre, issu des années de ségrégation, traitant d'un racisme qui n'existe plus en apparence chez nous, est toujours bien actuel dans certains de ses propos. Autant sur la jeunesse dorée qui se défonce dans tout les sens du terme, que sur la perversité de ceux-ci, les façons d'être et de réagir. Tout le monde est mauvais ou ignoble, et ce n'est pas le personnage principal qui arrangera les choses, même si il s'agit peut-être du seul qui semble agir avec un réel motif, et presque avec raison. Presque.
Le livre est extrêmement cru, il faut bien l'avouer. C'est explicite sur tout, et c'est ce qui en fait sa force. Rien n'est caché, mais finalement rien n'est vraiment important dans ce qui est cru. C'est le reste, ce qui se dévoile petit à petit, ce qui est tendrement camouflé derrière qui importe. Les sentiments, les raisons, le ressenti. Et tout cela ne transparait qu'a demi-mot. C'est plus complexe qu'il n'y parait au premier abord, car tout est dévoilé, masquant l'essentiel.
Mais ce livre est aussi un coup de poing puissant sur la table et dans la gueule. Qu'en tirer, quelle morale et quel message ? Je ne suis pas sur qu'il y en ai vraiment, et s'il y en a, c'est pluriel. Tout peut-être motif à question, et le final en crescendo accentue ce côté là. Décortiquez-le pendant des heures, vous pourrez en tirer ce qui vous semble bon.

Un étrange roman, dans l'esprit de Boris Vian, mais à part des autres que j'ai déjà lu de lui. C'est purement ancré dans la réalité, et de fait, le roman à une odeur bien plus désagréable. C'est cru et violent, mais jamais gratuitement. C'est méchant et cynique, mais là encore ce n'est pas par pur volonté de déranger. Et c'est puissant. Boris Vian nous entraine dans son histoire pour ne pas nous lâcher. Sans qu'on ne devine où cela nous entraine, l'histoire se déroule inlassablement, nous dévoilant plus d'horreur qu'on aurait voulu, mais nous assénant en face ces vérités qu'on veut éviter.
Si le propos sur la condition des noirs peut sembler démodé, je ne peux m'empêcher de repenser à certains, qui aujourd'hui, en Franc, parlent de ces "bougnoules" et de sang arabe dans les veines ... Et la critique de cette jeunesse dorée qui se défonce à tout va ne me semble pas plus démodée qu'elle ne l'était à l'époque. Les moyens changent mais pas le fond.
Bref, un roman excellent, à lire, car il me semble aussi actuel que peut l'être un roman sorti l'année dernière, et qui a le mérite de ne pas se voiler derrière des faux-semblant. La vérité est là, et elle nous éclate à la gueule. Le genre de roman puissant qui fâchent, qui impressionnent, qui estomaquent, mais qui ne laisse pas indifférent. Voyez ce qu'il en sera sur vous.

(Chronique n°205)

mercredi 21 mai 2014

L'île des perroquets (Robert Margerit)

Un drôle de roman qui m'a été prêté par un collège du théâtre. Je me suis laissé tenter par la lecture dans l'idée de relire du roman d'aventure et parce que j'aime bien cette collection (oui, c'est celle qui réédite tout les London). L'ouvrage promettait des aventures dans les Caraïbes pour un roman de piraterie. Et oui, c'est exactement ce genre d'histoire : des aventures en mer des caraïbes.


Résumé en trois mots : Caraïbes, Pirates et Aventures

C'est un auteur que je ne connaissais pas du tout, mais il a un style très plaisant à lire, et surtout qui se marie parfaitement au style d'histoire qui est celui de l'aventure. Le genre que j'ai surtout apprécié avec Jack London et que je lisais il y a de cela plusieurs années. Un genre simple et efficace, direct et qui nous dépayse généralement bien vite. L'aventure avec un grand A, c'est toujours prenant.

Si je dis ça, c'est que c'est aussi le cas ici. Le roman nous dépayse totalement, en commençant en France pour quelques chapitres mais embarquant bien vite dans les Caraïbes, pour une aventure de pirates digne des récents films sur le même sujet. Il va même s'engager du côté de Robinson Crusoé, avec un passage qui se déroule sur une île abandonnée. C'est un mélange savoureux qu'on dévore comme un rien. Je ne regrette pas un instant de la lecture.

Ce que j'ai beaucoup apprécié, c'est la direction suivie par le récit, bien différente de ce que j'aurais pu penser d'abord. Le capitaine mauvais n'est pas ici une figure évanescente. De ce fait, nous avons aussi l'introduction de personnages féminins assez hauts en couleurs, et qui rajoutent le piment final de l'aventure. Car les femmes ne se laissent pas faire dans ce roman, et c'est tant mieux. Enfin, pas toute. L'intrigue nous entrainera du coup dans des directions inattendus.

En fait, je crois que c'est ça qui m'a le plus plu dans le roman : la surprise. Je ne savais pas du tout à quoi j'allais m'attendre pour la suite. Et c'est vrai que l'histoire ne se résume pas à une seule ligne narratrice bien droite. C'est tout bête, mais avec un style suffisamment bon, ça passe tout seul.

Ce n'est pas le roman du siècle, il ne laisse pas un souvenir impérissable, il ne s'agit pas d'un livre absolument indispensable, mais vous avez là un excellent roman d'aventure maritime. Si vous voulez simplement lire un petit livre sympathique et passer un bon moment de lecture, ce livre est fait pour vous. Il vous entrainera dans un monde de pirates aussi facilement qu'un bon film, et vous lirez facilement les 400 pages. Alors pourquoi se priver d'une telle lecture ?

(Chronique n°185)

mercredi 19 mars 2014

Les contes du chat perché (Marcel Aymé)

Ah, ces contes du chat perché. Quand j'y repense, j'ai lu ce livre étant gamin ! (enfin, en partie) Et je le relis maintenant, plus de dix ans plus tard. C'est là que je suis satisfait de voir que ma mémoire est encore assez bonne pour se rappeler de certains de ces contes. Pour le reste, qu'en est-il ?


Résumé en trois mots : Animaux, Fillettes et Morale

Si les contes du chat perché sont resté dans ma mémoire, c'est qu'ils avaient un côté délicieusement humoristique dans leur déroulement, dû principalement aux caractères des animaux et au décalage qui est fait dans les contes entre les humains et toutes les bêtes qui parlent. A ce niveau là d'ailleurs, il faut dire que Marcel Aymé à bien croqué les animaux en leurs donnant à tous un caractère qui ne me semble pas tellement éloigné du réel.
Les contes se déroulent tous avec Delphine et Marinette, deux petites filles qui vivent avec leurs parents dans la campagne française et qui ont des aventures avec tout ce qui les entourent. Les autres protagonistes sont les animaux, tous doués de langages et qui s'expriment en permanence sur un peu tout les sujets. Du coup, c'est assez amusant comme décalage.
Les contes ont une morale, bien évidemment, et ceux-ci sont, pour une fois, tournés pour les fillettes et contre les parents, lesquels incarnent un côté autoritaire trop fort, mais avec bon cœur tout de même. D'ailleurs la morale prend aussi très souvent le parti des animaux contre la cruauté des humains. C'est une façon amusante d'apprendre le respect des animaux.

Cela dit, qu'en est-il de la lecture ? Personnellement j'ai beaucoup apprécié, certains contes ont une fin mitigé, avec des morts parfois, mais c'est toujours bien fait. Les contes en eux-mêmes sentent le côté vieille France, mais je trouvais que ça passait parfaitement bien. Cela dit, je ne sais pas si tout est accessible à un enfant actuel vu la différence de vie entre les deux mondes, mais je me dis que cela ne peut pas être que incompréhensible, la plupart seraient à leurs faire découvrir.

Marcel Aymé, un auteur que j'ai encore à découvrir, m'a comblé ici de son talent de conteur. Des histoires simples, amusantes et intéressantes, mais aussi cruelle et parfois le côté moralisateur semble assez détourné. Tout n'est pas forcément évident, et j'aime bien. Les contes sont rafraichissant, c'est la campagne qui nous est présentée, et ce bol d'air fait un bien fou. Je ne peux que vous recommander de vous y attarder un petit moment si vous avez l'occasion !

(Chronique n°154)

dimanche 26 janvier 2014

Lune noire (John Steinbeck)

(lu le 9 janvier 2014)

On m'a prêté ce livre il y a maintenant un petit moment, et je l'ai lu dans la foulée du Survivant de Palahniuck, parce que j'avais un peu de temps et qu'il est vraiment court pour un Steinbeck. J'avoue que je l'ai dévoré sans même m'en rendre compte, et que j'ai beaucoup aimé cette petite histoire qui a beaucoup de choses à dire.


Résumé en trois mots : Résistance, Idéalisme et Peur

Ce livre se construit d'une curieuse façon, en le lisant j'ai remarqué qu'il est bâti exactement sur le modèle d'une pièce de théâtre. C'est une unité de lieu ou presque (un changement de décor) et quelques acteurs suffiraient à faire tout le livre, qui est vraiment court (un peu plus d'une centaine de pages). Et bien évidemment, ce ne sont presque que des dialogues entrecoupés de peu de textes faisant office de didascalies. Et l'ensemble se dévore en un rien de temps.

Je connaissais déjà de Steinbeck ses 3 "gros" livres : A l'est d'Eden, Les raisins de la colère et Des souris et des hommes mais j'ai eu un grand plaisir à relire cet auteur à la plume acerbe et critique. Cette fois-ci il écrit pendant la Seconde Guerre Mondiale sur celle-ci, et plus exactement sur la notion de résistance. C'est assez intéressant la façon dont il procède, puisqu'il ne fait pas de clivage rapide nazi = méchant et population = gentil. Ici, tout le monde peut être sympathique comme peut être noir, même les colabo semblent démunis et un peu à côté de la plaque, mais tous sont intéressant. L'idée n'est pas tellement de fustiger les nazis que d'expliquer et développer un propos sur l'occupation et la résistance. En ce sens, tout le monde est dans le même bateau, dans ce village cerné et isolé, qui devient progressivement une antre de la folie. Les occupants sont victimes et se savent haïs, les résistants sont près à tout les sacrifices pour recouvrir leurs libertés. C'est un tableau tout en nuance qui nous est présenté. Il ne s'agit pas de critique d'un régime, juste un pamphlet sur la résistance, ses limites et son idéalisme, sa façon de procéder et ses conséquences. Finalement, tous restent avant tout des hommes, faibles et fragiles, qui ne demandaient pas ça. Ils obéissent aux ordres ou à leurs idées, mais finalement chacun est victime dans ce grand jeu. C'est bête, mais c'est la réalité.

Une lecture très intéressante sur la façon de résister et tout ce que cela comporte, sur l'humain et sur la portée de nos idées. C'est une lecture très intéressante que je ne peux que vous recommander, elle vaut largement le coup. Steinbeck campe une situation qui nous interpelle, qui nous pousse à réfléchir jusqu'au bout, et au final les questions vous restent en tête. En un sens, c'est une excellente œuvre philosophique. Prenez le temps de le lire.

(Chronique n°128)

vendredi 24 janvier 2014

Le joueur d'échec (Stephan Zweig)

(Lu le 8 janvier 2014)

Et voila, j'ai enfin lu un Stephan Zweig, après le temps qui aura passé durant lequel on me rabâche le talent de cet auteur. Maintenant, c'est fait, j'ai lu la nouvelle la plus célèbre de cet auteur ! Et qu'en ai-je tiré, me direz-vous ? Et bien, simplement ....


Résumé en trois mots : Échec, Folie et Jeu

En fait, le livre est construit d'une façon curieuse, en tout cas l'ai-je trouvé, avec ces différentes histoires qui se mélangent autour du plateau d'échec, chacun des deux joueurs plus le narrateur. Chacun d'une autre origine, chacun d'une autre histoire, réuni en bataille autour de ce plateau d'échec. C'est une histoire de lutte, une lutte intérieur et extérieur, la lutte entre deux mondes, entre deux protagonistes venus de deux mondes différents. J'aurais presque tendance à y voir une métaphore entre l'ancien et le nouveau, mais peut-être que j'extrapole. En tout cas, c'est un livre qui a sans doute bien des interprétations à fournir. Je vous laisse seul juge de ce qui doit en ressortir.

Pour ma part, j'avoue que j'ai eu une petite déception, parce que l'auteur écrit tellement bien qu'on lit toute la nouvelle sans interruption, mais quand j'avais fini je ne savais pas trop quoi penser. Certes, la façon dont c'est écrit laisse présager des interprétations, mais je n'en ai eu aucune qui m'a sauté à l'esprit, et j'avoue que finalement j'ai l'impression d'être passé à côté du message de l'auteur. Si message il y a d'ailleurs.

Ce n'est pas une mauvaise nouvelle, au contraire, elle est proprement sublime, mais elle m'a laissé indifférent au final. Je n'ai pas su quoi en penser, et du fait, elle m'est passé au-dessus. Je n'en ai rien tiré, et c'est dommage, parce qu'il me semble qu'il y avait la matière à le faire. Cela dit, je ne déconseille pas la lecture parce qu'elle vous inspirera peut-être plus que moi.

(Chronique n°127)

Quatorzième lecture, on ne m'arrête plus !
 

jeudi 20 juin 2013

Demain les chiens (Clifford D. Simak)

Encore une petite lecture d'un ouvrage de science-fiction à l'ancienne. Cette fois-ci aussi, j'ai découvert ce livre dans les bouquinistes d'occasions de la place Kleber (tout comme Des fleurs pour Algernon), sauf que celui-ci à des pages qui se détachent, et j'ai un peu plus de mal avec les vieux livres de science-fiction, dont la finition des éditions est souvent dégueulasse. Cela dit, l'avantage c'est de pouvoir lire un livre culte pour moins de deux euros. Parce que oui, ce livre est un livre culte, et je dirais même un sacré immanquable de lecture.
En fait, c'est plus de la philosophie que de la science-fiction que nous avons là, mais toujours bien distillé dans une histoire qui va nous entrainer un peu partout dans le système solaire pour comprendre comment les chiens ont remplacés l'humanité ! En avant pour Demain les chiens de Simak !



Résumé en trois mots : Chiens, Légendes et Humanité

Le roman est en fait une suite de nouvelles de l'auteur qu'il a aggloméré dans un seul récit, avec en supplément des notes prises au début de chaque nouvelles. Le livre a cependant une cohérence narrative tout au long, avec des personnages qui reviennent, une famille qui est suivi sur plusieurs années (en fait plusieurs millénaires d'ailleurs), et aussi plusieurs principes qui sont repris tout au long des nouvelles. Le tout avec un fond résolument philosophique, bien évidemment.

L'histoire serait dur à résumer, et je dirais juste qu'a travers huit contes nous allons découvrir comment l'humanité à disparue, remplacée par les chiens et comment les hommes sont devenus progressivement une légende, au point que les canidés remettent en cause l'existence même de ces personnes qu'ils considèrent comme des Dieux.

Les nouvelles vont commencer dans un futur très proche, où l'utilisation du nucléaire à changé toute la vie des personnes, tandis que les gens se sont dispersés dans le monde sans plus utiliser les villes (appelées "cités", un concept que les chiens ne comprennent pas), et le tout se finit dans une nouvelle où l'humain à totalement disparu de la surface de la Terre. Remarquez, la fin est ambiguë sur le fait que l'on soit encore sur Terre, mais je vous laisse lire pour apprécier le sujet. En tout cas il est très bien traité.

Le livre est assez bien écrit, puisqu'il mélange les contes avec des notes d'une édition fictive par les chiens, expliquant les doctrines vis-à-vis des contes, ceux pour et ceux contre l'existence des hommes, des clés de décryptage selon les chiens (une bonne partie semblant totalement fausse), et autres petits amusement dans ce genre. C'est assez amusant de lire l'ensemble des théories alors que l'on comprend ce qui s'est réellement passé, et que l'on sait aussi la vérité quant au monde dans lequel évoluent les humains.

En fait, le récit est truffée de réflexion philosophiques qui partent un peu dans tout les sens, autour de l'évolution humaine, autant sur le plan philosophique que technique (ah, les vieux récits dans lesquels on croit encore à la puissance de l'atome ... C'était avant Fukushima et Tchernobyl ça), ainsi que sur les mutations d'un être humain, les rapports sociaux entre les différents membres d'une communauté urbaine, mais aussi le simple fait de la communauté humaine. L'auteur glisse aussi des remarques sur l'être humain, tour à tour critique ou élogieux, à la fois sur les façons dont l'homme se conduit, envers un peu tout, mais aussi sur sa capacité à s'adapter, sa puissance, mais évidemment sur sa cruauté aussi (alors même que le meurtre disparait au fur et à mesure du récit). Le tout comporte aussi des commentaire sur la robotique, avec notamment Jenkins, incarnation de l'esprit mécanique, de la nouvelle forme de machine. Il est d'ailleurs un héros très intéressant, puisque d'une nature qui lui permet d'être présent dans environ toutes les nouvelles, et qui va avoir un rôle bien changeant au fur et à mesure des récits.
Enfin, j'ai noté (mais c'est mon interprétation) une réflexion sur Dieu et la divinisation, en posant l'homme comme une sorte de Dieu d'un nouveau monde, et toute la réflexion qui va autour. Après j'extrapole peut-être mais j'ai eu l'impression que l'auteur en profite pour glisser des allusions là-dessus, qui ne sont d'ailleurs pas pour me déplaire. Mais je ne développerais pas, vous laissant le choix de le comprendre comme vous le voulez.

Dans l'ensemble du récit, l'auteur pose véritablement son point de vue, mais celui-ci part dans tout les sens, et le rajout des notes par les chiens rajoute une autre dimension à la lecture, nous obligeant à ne pas que le lire d'un point de vue d'humain du XXIème siècle, mais à imaginer celui d'un chien dans douze mille ans, lorsque l'homme n'est plus qu'un personnage de légende. Personnellement j'ai trouvé le ton du récit assez prenant, avec cette double lecture (voir triple) qui s'interroge sur beaucoup de chose et qui part un peu dans tout les sens. Cependant tout l'intérêt est que l'auteur ne nous égare pas, car il ne cherche pas à donner des réponses mais uniquement à poser des questions. Du coup, la lecture est très prenante.

Au chapitre des défauts, j'en relèverais surtout l'un, qui est que certaines nouvelles sont moins intéressantes que d'autres, mais dans l'ensemble elles sont toutes de très bonnes factures. L'autre défaut, c'est un ton parfois ancien dans certains principes ou certains côté très centré sur les Etats-Unis (bien que l'on fasse aussi un saut à Genève). Le coup de la révolution atomique est palpable, mais aujourd'hui Fukushima et Tchernobyl ont remis en compte beaucoup de choses. On peut aussi parler de la vie extra-terrestre, du contact avec les martiens, et puis d'une relation assez curieuses entre personnages, un peu vieillotte. D'ailleurs il faut noter une absence totale des femmes du récit (elles sont à peine évoquée), mais l'ensemble n'aurait pas tellement changé avec un ajout féminin je pense. Enfin, on ne réécrira pas le récit.

Dans l'ensemble, le récit est vraiment très bien écrit et je dois dire qu'il dégage, outre un indéniable côté philosophique, une certaine poésie dans son style. Le fond est très intéressant, avec un auteur qui interroge sur l'homme en thème central, mais qui va partir dans tout les sens autour de lui pour finalement aboutir à une conclusion remplie de questions et sans donner une seule réponse.
L'ensemble du livre se lit très bien, sans aucun temps mort, alors que nous suivons l'humanité dans une déchéance assez curieuse et qu'il ne me semble pas avoir souvent retrouvé ensuite, où le mal est la séparation physique entre individus et le développement de nouveautés, philosophiques, mutantes et robotiques. Une science-fiction très curieuse et que j'ai rarement lu, mais qui est tout autant intéressante. En tant que tel, le roman sent un peu l'ancien, mais il aborde des thèmes d'une belle façon. Un genre que j'aimerai bien creuser si il existe des nouveautés un peu plus récentes. J'en reprendrai bien une petite part.

(Chronique n°53)

jeudi 4 avril 2013

Chronique martiennes (Ray Bradbury)

J'aime beaucoup les représentations que les gens ont fait de Mars, avec des idées toujours très différentes. Entre le Mars de Total Recall, celui que Edgar Rice Burroughs (qui apparemment inventa les martiens vert), et celui d'un Ray Bradbury, il y a un sacré monde. Et c'est justement que Mars représente de façon assez idéale un monde nouveau, inconnu, vierge, là où la main de l'homme n'a pas encore mis le pied. Et surtout, c'est une excellente façon de représenter l'homme face à du nouveau. Pas d'invasion comme H. G. Wells, pas de guerre des mondes. Juste des gens qui arrivent, débarquent sur un nouveau monde et prennent connaissance des habitants. C'est très semblable à la découverte de l'Amérique, ce qui peut expliquer que les Américains sont champions en la matière.
En tout cas, Ray Bradbury était déjà un champion en la matière, avec un roman de science-fiction en dystopie aux relents d'horreur (mais si, rappelez-vous : Fahrenheit 451) mais là il avait récidivé avec des nouvelles écrites sur une période très longue (de plus de dix ans) qui vont vous faire voir d'une façon différente les martiens et surtout l'approche des terriens. Mais décortiquons ça, voulez-vous ?


Résumé en trois mots : Martiens, Colonisation et Colons

Pour tout ce qui concerne Ray Bradbury, je dois dire que visiblement il a été invité par l'Institut Technologique de Californie, qui ne l'a visiblement pas pris en grippe selon ses dires, et sinon il n'aime pas (et ne comprend pas) qu'on qualifie de Science-fiction son œuvre. Et malgré tout, je dois reconnaitre que je suis assez d'accord avec ce qu'il dit. En même temps, Ray Bradbury est un romantique qui s'est égaré dans le milieu du XXème siècle. Il est plus du genre dépressif et mélancolique que exalté par les étoiles et les hautes technologies. D'ailleurs, ne vous attendez pas à lire des choses passionnantes sur des engins complexes et futuristes. Les engins les plus complexes seront les fusées qu'auront construit les humains pour atteindre la planète (et elles sont au niveau des fusées tel qu'imaginé en 1950) et la technologie martienne sera uniquement décrite dans des rapports d'art. Et un peu culturels aussi.


Le roman est constitué d'un ensemble de nouvelles, de plus ou moins longues tailles, certaines faisant deux pages, d'autres plus d'une vingtaine. En tout 28 nouvelles pour 319 pages, ce qui ne fait pas tellement par nouvelle au final. Et c'est justement le coup, tout est très rapide, très bref, mais très diversifié. L'auteur nous pond des nouvelles très différentes et étalées dans le temps, mais en même temps il a fait quelques nouvelles qui reprennent des personnages. Mais en même temps, ce n'est pas le propos, de suivre une trame complète. Tout est lié et très détaché en même temps. Je vais vous expliquer.

L'auteur nous promène en fait dans Mars, d'abord avec les expéditions successives qui atterrissent sur Mars et qui commencent à explorer la planète (à ce titre le résultat de la première expédition m'a fait hurler de rire par son côté absurde, celui de la deuxième également, mais en même temps ils font toujours réfléchir). Progressivement les martiens se sont fait éradiquer, ils ont presque entièrement disparus (enfin, c'est compliqué, certains sont encore là mais sous des formes différentes), et l'homme colonise.

Et bien que ce l'intégralité du récit se passe sur Mars, tout le récit est centré sur l'homme et les humains. En fait, la connerie humaine est déjà bien représentée (et dans toute sa splendeur). Elle transparait dans tout le roman, et Ray Bradbury ne se gène pas pour la dénoncer, n'y allant pas avec le dos de la petite cuillère. En plus, il ajoute de la réflexion sur l'âme humaine, sur la religion et la spiritualité, sur l'intelligence, la beauté de l'art, de la nature, la peur des hommes et son contact social. Car au fur et à mesure des colons qui arrivent la Terre voit sa situation empirer. Des guerres se déclenchent, et beaucoup de choses se trament. Les personnages sur Mars voient leur terre natale qui se dégradent, et tout les rapports avec leur terre natale deviennent nouveaux. Les gens arrivent et repartent, tout bouge, et la métaphore se fait plus forte avec les Amériques et le Nouveau Monde. On distingue aussi tout le côté de la guerre froide qui se prépare, de la peur des combats, de la joie de découvrir un nouveau monde et la crainte de Bradbury que l'homme ne le souille comme il l'a déjà fait. Il y a comme de la misanthropie qui se dégage de l’œuvre.

J'ai adoré également le fait que Bradbury joue avec son autre roman, auquel il fait allusion dans une nouvelle, sur les société qui brulent les livres. En fait, Mars est une terre qui est contaminé par la connerie humaine au fur et à mesure que les gens arrivent, que l'humain s'installe sur la planète rouge. Mais en même temps, il reste de l'espoir, tout le monde n'est pas con, certains réfléchissent, d'autres essayent de faire de leurs mieux. Ça n'est pas suffisant, mais c'est déjà ça. Et quel douce vengeance il se fait lorsqu'il exécute ceux qui brûlèrent Baudelaire dans Farhenheit 451 (la nouvelle appelée Usher II). J'ai adoré. Mais aussi quelle tristesse quand des personnes âgées voient revenir leur fils .... C'est beau mais triste.

En l'ensemble des nouvelles sont tristes mais belles, tristes par la connerie humaine qui s'en dégage et belles avec les idées, la façon d'écrire, les fins qui sont trop souvent cruels. L'ensemble du récit n'est pas joyeux, même si on peut rire jaune quelques fois. Les nouvelles ne présentent pas un tableau optimiste de l'espèce humaine, c'est certain, mais elles permettent de mettre en lumière plus d'une faiblesse de l'âme humaine.

En clair, c'est un excellent ouvrage, dans la tradition la plus pure des romantiques du XIXème, qui explore par le biais de la science-fiction les tréfonds de l'âme humaine et en fait ressortir les défauts les plus vils qu'il y trouve. En transposant le tout dans un autre monde, sur une autre planète, il devient d'autant plus cynique en montrant que l'homme est capable de tout corrompre. C'est cruel, mais en même temps il cherche et semble encore croire dans l'humain, comme si des parcelles et de fragments de bonté peuvent subsister. A cet égard la fin du recueil est assez éloquent, mais je vous laisse le plaisir de le découvrir. A ranger à côté de Fahrenheit 451 dans l'étagère des livres cultes et à lire.

(Chronique n°36)