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lundi 12 novembre 2018

(Faust) Eric (Terry Pratchett)

Neuvième -et sans doute plus petit- livre des annales du disque-monde ! Ce fut sans conteste la lecture la plus rapide que j'eus des annales, et je l'ai enchainé avec celle de Pyramides (oui, je lis dans le désordre) avant de poursuivre avec les différentes aventures du Guet de la ville d'Ankh-Morpork. Et j'ai enfin lu le roman faisant la clé de passage entre Sourcellerie et Les tribulations d'un mage en Aurient, tout en découvrant une nouvelle version du mythe de Faust, avouez que ce n'est pas rien !


Résumé en trois mots : Démons, Voyage et Magie

Je pense que je ne vais pas me cacher, pour l'instant, le cycle des livres de Rincevent dans les annales est de loin celui que j'aime le moins. Les tomes sont globalement moyens dans la série, et je n'ai pas encore trouvé cette perle rare qui me fera apprécier ce cycle autant que j'aime celui des sorcières ou du Guet. C'est notamment du au fait que Rincevent, tout amusant qu'il soit, n'est pas comparable aux personnages de La Mort, de Mémé Ciredutemps ou de Samuel Videmaire.

Et ce tome ne fait pas exception pour l'instant. Entre autres choses, je trouvais que le tome est très court par rapport aux autres, ce qui ne permet pas de développer une histoire véritablement conséquente, et qu'il ne prenait pas le temps de vraiment développer chaque point. L'idée de base est très amusante, mais je ne trouvais pas que ce soit vraiment viable niveau humour. Certes, on trouve toujours les petites phrases d'humour que Terry Pratchett sait dissimuler partout, la caricature de l'enfer de Dante et de diverses autres choses (notamment la guerre de Troie ou les Aztèques), mais le tout sans grand originalité. C'est comme de lire quelque chose de moins poussé par rapport aux autres  tomes, moins de cette pique fabuleuse que Pratchett savait insuffler dans les différents livres. J'ai bien aimé la façon dont est dénoncé l'administration et l'horreur de ces bureaux, ces déclarations en plusieurs exemplaires, mais le manque de développement est plutôt contre-productif.

Le principal problème du livre, c'est qu'il n'a rien de notable. J'ai souri, peut-être rigolé, mais je n'ai rien tiré de ma lecture, restant au final sur ma faim. Je l'ai lu, mais je n'en conserve que peu de souvenirs et il est rentré dans mes étagères sans que je ne sois sur d'y revenir un jour. C'est un peu le tome qui m'aurait laissé tomber la série de Rincevent, si je n'avais pas déjà lu le tome suivant (Les tribulations d'un mage en Aurient), qui relève bien le niveau.

Je suis sans doute très critique, trop sévère et peu objectif sur ce tome, mais j'avoue que ça m'embête de l'avoir lu dans le cadre des Annales du Disque-Monde, parce que cette saga m'avait tellement plus que je suis déçu quand je lis des tomes de moins bonne qualité comme celui-ci. C'est un peu fade, sans grande conséquence, facilement oubliable. Comme un creux dans l'inspiration de Terry Pratchett, et je suis sorti de ma lecture en n'y pensant déjà plus. Un livre qu'on peut sauter très facilement, donc, et qui ne restera pas dans les annales des annales. Passez rapidement aux autres tomes, bien plus intéressant à mon sens !

Plateforme (Michel Houellebecq)

J'ai décidé récemment de lire du Houellebecq, surtout suite au débat autour de son dernier livre, Soumission, qui m'intéresse et que je souhaiterai découvrir un jour. Mais en attendant j'ai du me rabattre sur ce livre que j'ai déniché dans les bacs d'occasion. Et je me suis laissé à le lire principalement parce que je le voyais sur le sommet de la pile et que je voulais découvrir cet auteur controversé dont on entend tout et le contraire. Et j'ai effectivement beaucoup de questions qui me restent au final. Parce que je ne suis pas certain de ce qu'il faut tirer de ce livre.


Résumé en trois mots : Tourisme, Sexe et Thaïlande

Ce livre est dérangeant, mais en même temps je le trouve assez long. C'est surtout parce que le personnage principal n'est pas attachant, même s'il en a bien conscience. Et également parce qu'il ne se passe pas grand chose, même si je comprend bien tout l'intérêt du roman. Mais vers le milieu du livre, une période plutôt longue défile durant laquelle il y a uniquement une mise en place du dernier acte. C'est dommage, parce que j'avais la sensation d'une retombée d'effet, après un début plutôt très bon et que je trouvais intéressant.

En dehors de ces considérations, j'ai beaucoup apprécié ma lecture, même si je ne sais que trop en penser. Certes, plusieurs considérations sur l'islam faites au sein du livre m'ont laissés perplexe, mais je n'ai pas vraiment d'avis tranché sur la question d'une islamophobie latente dans l’œuvre. Certaines considérations, bien que peu flatteuse, sont malheureusement le triste reflet de la réalité. Sans compter que dans la façon de l'apporter au livre, Houellebecq ne se démarque jamais clairement pour une position ou pour une autre. Alors qu'en tirer ? Ce qu'on veut, dirais-je, et je ne veux pas chercher la petite bête, je prendrais simplement ce que j'y ai trouvé pour me faire mon propre avis.
D'autre part, le livre fait une belle part au sexe, dans plusieurs cadre : les protagonistes le vivent, en parlent, le font et débattent dessus. Entre tourisme sexuel, libération des mœurs, vie sexuelle de couple et considération sur la sexualité de société, c'est un tableau assez curieux mais complet qui est dressé. Tableau avec lequel je ne me trouve pas en accord, mais qui est une représentation très intéressante, orientée et peu optimiste sur notre société. Je crois que le meilleur moment est lorsque l'un des personnages principaux déclare : "notre société ne marche pas. Et en plus, on l'exporte."

Ce livre est dérangeant dans son ton. C'est très critique envers la société, et en même temps cette critique n'est pas si acide, elle est simplement très réaliste de l'univers dans lequel nous vivons. L'industrie du loisir et du tourisme est foutrement glauque, c'est un fait, mais il est des choses qui doivent parfois être envoyée à nouveau en pleine gueule. Et en même temps, c'est quelque chose que j sais ne pas soutenir, ne pas vouloir. En tant que tel, ça redonne foi dans certaines de mes valeurs, et ça conforte certaines de mes idées. Notamment autour du tourisme sexuel, qui est bien présent dans nos vies, qu'on le veuille ou non.

Un livre étrange mais qui m'a plu, quoique je ne sais quoi en penser au final, mais je sais ce que j'en ai tiré, et c'est le plus important à mes yeux. J'ai apprécié certains points de vues émis dans le livre, je n'étais pas d'accord avec tout. Mais c'est appréciable d'avoir un roman dans ce style qui remue certains points sombre de notre temps. J'ai surtout découvert Houellebecq et ça m'a encouragé à continuer sur ma lancée, je crois que l'auteur a quelque chose de positif à dégager, et je vais tenter de continuer sur ma lancée. Je pense que ça va me plaire, quoiqu'on en pense. C'est toujours un plaisir de découvrir ce genre de choses.

samedi 5 mars 2016

Pyramides (Terry Pratchett)

Et la saga continue ! J'ai atteint maintenant le septième tome de cette saga qui est en passe de devenir la saga la plus longue que je n'ai jamais lu, et il y a de quoi me direz-vous, mais qui est en plus celle où j'accroche suffisamment pour avoir envie de lire tout les autres en même temps. Heureusement, on avance progressivement, un pas après l'autre, pour découvrir encore plus avant les civilisations qui parsèment le disque-monde, tout en découvrant un auteur qui est décidément un génie et qui m'émerveille à chaque lecture par son humour.


Résumé en trois mots : Humour, Egypte et Temps

Ce nouvel opus des annales  nous entraine dans une parodie de l'Egypte ancienne, celle des momies, des pyramides et des pharaons. Celle d'une ribambelle de dieu et des chameaux. Mais comme toujours, Pratchett sait distiller un humour, fin et sans cesse renouvelé au fur et à mesure des tomes.

Ce que j'adore, outre la façon dont Pratchett arrive à tourner tout et n'importe quoi à l'humour, il continue de trouver une façon de glisser une critique ou un reproche envers quelque chose, et ici c'est envers les états englués dans les traditions, tout comme le despotisme religieux d'un peuple. Avec évidemment quelques petites piques envers le système d'administration. Et également envers la condition des femmes dans certains pays, tout comme les obligations royales. Et quelques petites touches de guerre par dessus, pour ne pas déplaire.

Ce tome est vraiment une parodie de l'Egypte antique. Là où je trouve le contenu fabuleux, c'est que pour peu qu'on y connaisse quelque chose, on notera tout les petits détournements qu'a fait Pratchett, en se servant de ce qu'on sait sur cette civilisation antique pour en tirer le suc humoristique. Sans même chercher à s'attarder sur chaque détail (par exemple la fameuse représentation égyptienne des hommes est tournée en dérision en deux phrases). Mais l'ensemble est incroyablement bien fourni au final, avec en sus une superbe fin qui change un peu de ce qu'on a d'habitude. Et j'ai eu un tel coup de coeur pour ces momies .... Les pauvres.

Cependant, je dois être honnête : ce tome est a classer dans le bon-mais-pas-meilleur des annales du Disque-monde. Le choix du sujet est parfait, le traitement excellent, mais je n'ai pas trouvé autant que dans d'autres tomes la finesse d'esprit et l'à-propos de Pratchett autour de petites critiques sociales, comme il m'avait habitué dans tant d'autres bon tomes. Du coup, je n'ai pu me départie d'un léger sentiment de déception. Heureusement, même dans ses moments plus faibles, Pratchett reste au-dessus de la masse.

Un tome excellent, comme toujours, un cran en-dessous de ce que j'avais l'habitude avec Pratchett, mais l'auteur reste un géant de la littérature, mariant les styles avec aisance et pour notre plus grand plaisir. Si j'ai trouvé le tome un cran en-dessous en ce qui concerne le fond et les critiques acides que l'auteur arrive à nous distiller dans les lectures, je reste admiratif devant un tome qui tourne en dérision toute l'Egypte antique que nous connaissons, et avec maestro, comme à son habitude. Un tome de plus a glisser dans la série, pas forcément le meilleur, mais toujours aussi agréable à lire.

(Chronique n°292)

mercredi 2 mars 2016

Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)

C'est en relisant quelques bribes de ce blog que je me suis fait la remarque sur ce livre, que j'étais persuadé d'avoir chroniqué, et que je ne retrouvais pas dans la base. Je répare donc cet oubli, en espérant ne pas faire de doublon avec un autre article, mais cela m'étonnerai beaucoup. J'ai vérifié les différents tags qui devraient y être rattachés, et rien du tout. Donc voici une chronique censément fraiche et neuve sur un livre que j'ai lu voila un moment. Mais dont je retiens encore suffisamment de chose pour pouvoir en faire une chronique actuellement.


Résumé en trois mots : Sibérie, Solitude et Philosophie

Ce livre est le récit d'une expérience tentée par l'auteur, à savoir l'isolement complet pendant plusieurs mois en Sibérie à côté du lac Baïkal, qui constitue la plus grande source d'eau potable en surface de la planète. Le plus grand lac d'eau douce au monde. Ce n'est pas rien, avouez-le.

En tant que tel, j'avoue ne pas avoir apprécié ce livre autant que je l'aurais voulu, étant donné l'auteur et mon avis sur mes précédentes expérience avec lui. Mais je dois le dire, ce livre m'a beaucoup moins plus que les autres, principalement parce que je ne suis pas foncièrement d'accord sur le point de vue adopté par l'auteur. Et que c'est problématique quand l'auteur nous pond un essai mélangé à de l'autobiographie.
Sylvain Tesson n'est pas un mauvais écrivain, mais je ne suis pas d'accord avec une bonne partie de sa pensée, même si je ne rejette pas l'ensemble de son écrit. Ce qui est problématique, c'est la misanthropie latente dans son oeuvre, son dégout de l'homme en général. Ce n'est pas foncièrement mauvais, mais il l'exploite largement trop et ne semble pas vouloir voir autrement. Après, je respecte son avis, qui est différent du mien. Mais je trouvais ça dommage de voir cet avis martelé en permanence, et l'auteur qui ne nous montre quasiment que des choses allant dans son sens. Certes, la fin a tempéré l'ensemble en dévoilant quelques mauvais côté de son objectif, mais je reste tout de même un peu sur ma faim à ce niveau.

Ce que j'ai aussi comme reproche à faire, c'est que l'expérience est gâché par un autre problème selon moi : l'alcool. Sans aller jusqu'à dire que le livre en fait l'apologie, je suis sidéré que l'auteur nous vante une manière de vie dans laquelle il est saoul quasiment tout les jours. Je ne suis pas hostile à l'alcool (mon foie en témoigne) et je ne reproche rien à sa consommation modéré, mais quand on frise l'alcoolisme, je regrette, c'est dommageable. Alors certes, l'auteur ne fait pas que l'exprimer, il l'explique également, mais je n'ai que moyennement apprécié cette façon de voir les choses.

Un livre qui n'est pas fondamentalement mauvais, c'est certain, mais qui ne m'a pas convenu. Il manque quelque chose, ou alors ce n'est simplement pas ma crèmerie. J'aurais voulu pouvoir lire autre chose que ce que j'ai simplement lu, et j'ai regretté que le livre manquait d'ouverture de débat. Certes, certains chapitres m'ont emmené et fait rêver du grand nord, mais principalement je n'ai pas été conquis par l'auteur et son interprétation des choses. Cependant, il m'a suffisamment intéressé pour que je continue de poursuivre ses écrits, mais en sachant que je trierais ce que je découvre. Mon conseil de lecture est mitigé, je ne sais trop que vous dire.

(Chronique n°291)

lundi 29 février 2016

Au guet ! (Terry Pratchett)

L’ami qui m’a prêté les premiers tomes de cette saga me tanne à présent pour que je lise la suite de la saga, et surtout que nous puisions en parler ensemble à longueur de temps. Ce que je serais ravi de faire, adorant déjà cet univers et ces personnages délirants. Je me répète, mais Terry Pratchett est pour moi un génie de la littérature fantasy, et ça c’est quelque chose qui devrait suffire à vous donner envie de lire la saga. Mais si vous hésitez encore, ce tome huit a tout en lui pour vous convaincre de vous plonger encore une fois dans les Annales du Disque-Monde, ne serait-ce que pour avoir une fois dans sa vie l’occasion de lire un livre vraiment hilarant. Et ça, croyez-moi, ça vaut tout l’or du monde.


Résumé en trois mots : Enquête, Dragon et Guet

Ce tome s’ouvre d’une superbe manière, et fait parti de ceux qui m’ont fait le plus rire jusqu’à présent. Sans doute est-ce ce lot de personnages hors du commun qui parsèment le livre, entre la société secrète peuplée d’attardé, le patricien qui reste un personnage haut en couleur et hilarant (mais pourquoi n’aime-t-il pas les mimes ?), ou encore les membres du guet, des gens improbables, réunis par le hasard mais pourtant merveilleusement accordés. Pour nous faire rire, surtout.
Je ne tenterais pas de vous résumer cette histoire, qui tient de l’histoire épique, mais dans laquelle nous ne suivons pas les héros qui triomphent du mal, plutôt les petites gens ordinaires qui vivotent en évitant de mourir le plus souvent possible. Ce qui, à Ankh-Morpork, relève du miracle, il faut l’avouer. Mais en même temps, c’est le guet, chargé de protéger la ville de tout problème, notamment les invocations de dragons intempestives, ou encore les bagarres de nain.

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce livre, outre l’hommage magnifique rendu à tout ces seconds rôles qui n’apparaissent à l’écran d’un James Bond ou d’un film d’action que pour mourir dans les secondes qui suivent, c’est l’inventivité sans cesse renouvelée de Pratchett pour ses personnages (et ses histoires aussi d’ailleurs, quand je parle de génie ce n’est pas à la légère). Que ce soit Vidmaire, Carotte ou Chiquard, chacun des personnages de ce livre m’amuse du début à la fin, et j’ai adoré chaque scène, chaque réplique. Tout est tellement hilarant, entre l’humain très grand qui se prend pour un nain, le vieux qui est là depuis dix piges, le gros qui partage son lit avec sa femme (au sens premier, ils dorment dedans à tour de rôle). Et bien évidemment, lorsque tout cela est mis dans une situation gravissime, c’est encore mieux. Je ne parle pas du petit dragon, ni de la bataille finale, ni de la solution qui est apportée, une petite perle d’inventivité et d’humour. Là encore, tout le talent de Pratchett éclate dans ces idées simples mais si bien venues.

Je ne me tarirais pas d’éloge sur ce tome, ni d’arguments pour vous donner envie de le lire. C’est toujours si bon de lire Pratchett, qui est drôle lorsqu’il n’est pas en forme, et hilarant lorsqu’il est au taquet. Ce qui est largement suffisant pour tout personne normalement constituée. Mais encore plus quand on est accro à son style et son humour.


Si vous n’avez pas encore compris qu’il faut vous jeter sur les annales du Disque-monde et dévorer chaque tome en salivant de plaisir et en laissant son rire sortir tout seul, je ne peux pas vous aider plus. Ce tome est un concentré de tout ce que j’aime chez Pratchett, entre le sérieux qu’il arrive toujours à distiller dans chaque oeuvre, tout en ajoutant des personnages sans cesse géniaux et hilarants, c’est du concentré de bonheur. C’est si bon qu’on aimerai pouvoir prolonger son séjour, qui se fera à nouveau dès le prochain tome que j’ai posé bien en vue sur le dessus de la PAL. Car ce genre de saga, c’est à pousser jusqu’au bout tant c’est bon. Que dire de plus. Lisez-là, vous passeriez à côté de quelque chose autrement.

(Chronique n°290)

vendredi 26 février 2016

Une vie à coucher dehors (Sylvain Tesson)

J'ai pris ce livre simplement pour pouvoir le prêter ensuite, ce qui n'est pas exactement la meilleure manière de procéder dans le choix de livre, mais qui est assurément un bon moyen de découvrir des livres qu'on aurait jamais pensé à lire avant. Mais en tant que tel, j'avais déjà dans l'idée de le lire, et il était dans ma PAC (pile à acheter) depuis un long moment. Et entre deux livres, j'ai été ravi de pouvoir redécouvrir un ensemble de nouvelles, ce que je n'ai pas eu l'occasion de lire depuis maintenant un bon mois. C'est donc avec plaisir que j'ai entamé la lecture de mon troisième Sylvain Tesson.


Résumé en trois mots : Misanthrope, Nature et Fatalité

Ce recueil de nouvelles ne dépareille pas dans la bibliographie de l'auteur. On retrouve le Sylvain Tesson qu'on connait déjà, de ses écrits que j'ai pu lire. Entre le dégout d'une bonne part de l'humanité, la part belle aux femmes opprimées (avec toute la noblesse du geste et la justesse du propos), les personnages qui retournent à la nature, le fatalisme qui s'installe dans chaque nouvelle pour que la fin nous surprenne tout en restant sur le ton tragique qui est présent depuis le début. Bref, rien de neuf en soi, mais c'est toujours plaisant à lire et rafraichissant.

Les nouvelles sont globalement très bonnes, soit par la fin surprenante qui vient ponctuer une nouvelle déjà très sympathique, soit l'ambiance, le thème ou le style. Chacune explore un autre coin du globe, c'est en même temps une petite balade à travers le globe, sur les cinq continents. J'ai beaucoup aimé également le ton qui reste entre l'humour grinçant et le sérieux d'un monde rude et violent. Car oui, ce livre n'est pas tendre avec notre monde, bien moins qu'on pourrait le croire. Assurément, nous vivons dans une drôle d'époque, mais c'est surtout un drôle de monde, dans lequel les femmes sont toujours opprimées sur la plupart des continents, dans lequel l'homme est violent avec son prochain, dans lequel la nature est détruite de façon systématique par l'homme, dans lequel la violence est prête à rejaillir à chaque instant. Et c'est exactement ce qui est mis en avant dans ces nouvelles, où tout le monde subit les coups d'une vie pas tendre et ne peut que constater son impuissance face aux éléments. Il y a comme un concept de fatalité derrière tout ça, et bien que je ne sois pas d'accord avec cette idée,  j'ai beaucoup aimé la façon dont Sylvain Tesson la développe.

Un très bon recueil de nouvelles, à la fois diversifié et intéressant, écrit d'un style sans reproches et nous laissant pensif au final, entre dégout d'un monde et réflexion sur la vie. Sylvain Tesson est un auteur que j'apprécie parce qu'il sait mettre en mot ce qui le taraude, sa vision du monde et son dégout de l'humanité, tout en transmettant la majeur partie de ces idées à travers ses textes. Qu'on soit d'accord ou pas avec (et je ne le suis pas beaucoup), on ne peut que admirer son talent à l'exprimer, et découvrir par là-même un auteur qui dit ce qu'il pense sans concession. C'est parfois agréable de lire quelque chose d'engagé, tout en conservant son avis en tête pour ensuite débattre et réfléchir tout son saoul à tête reposée. Mais qu'un livre nous amène à réfléchir, à nous poser des questions voir à nous remettre en cause, c'est tout ce qu'on pourrait exiger de chacune de nos lectures. Celle-ci me l'a procurée, en plus d'un texte très bien écrit, alors pourquoi ne testeriez-vous pas aussi ?

(Chronique n°289)

vendredi 24 juillet 2015

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates (Mary Ann Shaffer &Annie Barrows)

Je lis rarement des livres récents, et encore plus rarement des livres qu'on m'a conseillé de toute part et dont je n'ai entendu que du bien. C'est bien trop souvent l'occasion d'être déçu ou de payer un livre bien trop cher. Mais de temps en temps, un livre perce et sait capter mon attention suffisamment longtemps pour que je veuille continuer de le lire même quelques mois après, lorsque le prix d'occasion du livre grand format est devenu si ridiculement bas qu'on peut se le payer sans grand problème. Ce qui est arrivé dans le cas présent, où j'ai fini par me payer mon édition originale sans trop de mal, puisque l'occasion sur le net était descendu à moins de 1€, ce qui est honnête, il faut se l'avouer.


Résumé en trois mots : Île, Communauté et Littérature

Ce livre est extraordinaire, cela fait un petit moment qu'un livre ne m'avait pas accroché comme celui-ci, harponné étant presque le mot idéal. Je l'ai commencé un soir, tranquillement posé dans mon lit, et ne voila t'y pas que je me retrouve vers 3 h du matin, à la moitié du livre, avec l'envie folle de le finir, ce que j'ai fait dès le lendemain. Car ce livre est extraordinaire, tant dans sa forme que dans son fond, dans le ton et dans l'histoire.

Le meilleur moyen dont je dispose pour résumer ce livre est le suivant : un concentré de bonne humeur. C'est de la joie de tout instant, des moments de plaisir heureux conservés dans des lettres, des petites perles réunies sous une même bannière, autour de cette auteure qui cherche un nouveau sujet de livre dans l'Angleterre d'après-guerre. Une femme qui est moderne sans trop le savoir, qui cherche à vivre et aimer, être heureuse comme tout un chacun. Et qui va tomber sur un cas curieux, un cercle littéraire plutôt hors norme.

La forme de ce livre est aussi délectable que le fond, puisque c'est un roman épistolaire qui nous est donné, mélange des lettres de tout les protagonistes. C'est agréable de lire à nouveau ce genre de roman que je trouve assez peu utilisé en littérature malgré tout le potentiel qu'il contient, avec ces enquêtes que l'ont fait pour deviner ce qui nous est caché. Et le mélange entre les différents protagonistes, les câbles, les lettres et même les mots glissés sous les portes. Un concentré hétéroclite qui nous entraine bien vite dans la vie de ces protagonistes.

Et justement, parlons-en maintenant ! La vie de ces protagonistes, ou plus exactement, l'histoire du livre : une histoire simple d'amitié, d'amour, de découvertes ensemble, de littérature et de guerre, un peu de tragique mais beaucoup d'amour, beaucoup de bons sentiments. De la vie qui redevient radieuse, souriante, rieuse ! C'est la fin de la guerre, et bien qu'on sente qu'elle était là pendant tout le récit, c'est un fait établi : le soleil brille à nouveau, la vie reprend ses droits. Et c'est la bonne humeur pour tout le monde ! Je ne compte pas les petits sourires, voir les vrais éclats de rire qui ont ponctuées ma lecture, savoureuse en tout point. Ce genre de roman se déguste comme un bon gâteau, une note sucrée voir suave, quelque chose d'un peu fondant sur la langue, qui reste en bouche ensuite. C'est doux et agréable. Une vraie lecture de plaisir.

Un roman agréable et qui m'a entrainé en moins de deux, c'est exactement le genre que j'aimerai pouvoir lire plus souvent. Simple et efficace, aussi bien dans son propos que dans son déroulement, ce livre se lit en un temps record et laisse une petite note sucrée sur les lèvres, comme un bon roman sait seul le faire. C'est typiquement le genre de roman qui vous colle un fichu sourire sans que vous ne puissiez/voulez vous en départir pendant quelques heures ensuite. Et qui vous donne également un incorrigible optimisme pour le reste de la journée. Et c'est tellement agréable ...

(Chronique n°288)

lundi 29 juin 2015

La voie martienne (Isaac Asimov)

J'avais complètement oublié cette chronique que je me devais de faire sur l'auteur que j'ai le plus lu pour l'instant depuis l'ouverture de la roulotte, l'excellent, l'admirable, l'extraordinaire Isaac Asimov, génie reconnu et admirable de la science-fiction. Je répare donc cette erreur, avec ce nouveau tome qui présente encore une fois des nouvelles de ce géant de la littérature.


Résumé en trois mots : Autres mondes, Espace et Enquête

Le recueil est très court, et ne comporte en tout que quatre nouvelles différentes, assez longues. Bien que ce soit plusieurs styles différents, on retrouve totalement le Asimov que nous connaissons bien, avec un côté polar très marqué, une minutie dans ses enquêtes et des précisions scientifiques, mais également avec les préoccupations habituelles, notamment le devenir de l’humanité, la transformation de l’humain au contact de la technologie et d’autres mondes, tout en suivant l’habituel humour dont il sait nous régaler à chaque fois.

La première, qui donne son nom au recueil, est sans doute la plus intéressante, avec une narration qui change un peu de ce que j’avais l’habitude de lire de sa part, tout en proposant une image très forte autour de l’humanité, pas forcément à son avantage d’ailleurs. Par contre, la façon d’envisager la nouvelle laisse songeur sur des possibles développements extra-terrestre. Encore une fois, un avenir qui laisse songeur, et qui m’interpelle sur notre conduite en tant que société humaine. En lisant ce genre de nouvelles, je me dis que si plus de gens acceptaient de lire de la science-fiction de ce style, le monde pourrait être bien plus agréable à vivre.

Dans l’ensemble, les autres nouvelles sont bonnes sans être remarquablement notables. Une enquête, une nouvelle humoristique dont la chute m’a surpris, et pour le reste c’est de la forme tel qu’Asimov nous a déjà présenté. Ni meilleur, ni moins bon. Le désavantage, c’est qu’après tant de lecture de ses nouvelles, ça ne renouvelle pas fondamentalement le genre, et j’ai parfois un peu l’impression de moins me laisser porter que d’habitude. Le renouvellement manque un peu, mais en même temps je rattrape toutes ses nouvelles de jeunesse, et je dois bien dire que c’est dans les écrits plus tardifs que j’ai noté tout le potentiel d’Asimov.


Un recueil de nouvelles très bon, comme d’habitude avec cet auteur, mais qui ne propose pas de renouvellement important de la part de l’auteur. Si vous n’avez pas encore lu de Asimov, c’est peut-être un bon moyen pour découvrir le style et l’auteur, en picorant un peu de ses différents styles, mais si vous êtes un fervent lecteur déjà bien accro à ses nouvelles, le recueil ne semble pas indispensable comme peuvent l’être d’autres. A lire, certes, mais pas un indispensable.

(Chronique n°287)

mercredi 17 juin 2015

Angels in America (Tony Kushner)

Avant de commencer sa lecture, ce livre avait déjà un passé pour moi. Ca a commencé quand un professeur m’en a parlé. Puis lorsque je me suis retrouvé à jouer une scène du premier acte. Puis lorsqu’on me parla de la série télé (plusieurs fois). Ensuite lorsque l’une de mes amies l’a acheté pour le lire et rejouer la scène. Enfin lorsque je l’ai moi-même acheté pour le lire. Plusieurs mois avant sa lecture, j’avais déjà quelque chose qui m’attirais vers ce livre, un petit je-ne-sais-quoi. Un truc à découvrir dedans. Et enfin je l’ai lu.



Résumé en trois mots : Gays, Amérique et Amour

Cette pièce est incroyable, et je serais bien en peine de tenter de vous la résumer, de vous la décrire, ou même d’essayer de vous expliquer ce qu’il y aurait à en comprendre. Trop de choses peuvent être dites dessus. J’en ai surement laissé échapper plus de la moitié, et pourtant je vais essayer d’en parler. Mais je sais déjà que je relirais cette pièce pour essayer d’en tirer encore plus.

C’est une pièce sur les amours, de plusieurs personnes qui se connaissent ou se croisent dans New-York, à la fin de l’année 1985 et au début de l’année 1986. Une Amérique qui n’est palus innocente, tout comme les personnages qui y vivent, entre Reagan, juristes sans honneur et SIDA. Avec, par dessus le tout, des Anges. Qui viennent chercher le Prophète, et qui expliquent la vérité  : Dieu a déserté.


Cette pièce pourrait être l’exemple type du genre que je déteste. Avec une flopée de thèmes qui ne me concernent pas ou que je ne suis pas à même de comprendre, et de très nombreuses allusions religieuses que je pourrais trouver inintéressante. Mais c’est exactement le contraire qui est arrivé. Car l’auteur sait jongler entre tout ces thèmes pour qu’on s’attache à ces personnages perdus, à ces souffrances pour tous et à ces questionnements existentiels permanents. Et les croyances vont bon train en tout sens. En dieu, en un parti politique, en l’amour ou en l’autre, tout le monde croit dans quelque chose et tente de s’y accrocher, alors que les illusions se perdent toutes. Comme une Amérique qui arrête de s’abuser.

Cette pièce est émouvante, vraiment belle, et contient en elle beaucoup de réflexions. C’est une peinture acide de l’homme, de la femme et de la société, particulièrement celle des USA, mais ce n’est pas pour autant que l’espoir n’est pas permis. Rien n’es définitif, et tout va évoluer, en bien ou en mal, selon ce qu’on aura préparé avant. Et à  ce niveau là, la pièce se conclue d’une très belle façon.

J’ai vraiment adoré ma lecture, émouvante et prenante (malgré sa taille la pièce se lit très vite), avec de si beaux passages, entre rêve et visions, tout en amenant des réflexions et des questionnements plus qu’intéressant. Le tout enrobé d’un style magnifique (la traduction est d’ailleurs très belle, bravo au traducteur !) qui envoute dès les premières scènes.


Une pièce toute en beauté et qui éclate à la gueule sans qu’on ne voie rien venir. Entre beauté et douleur, c’est un portrait des personnages magnifiques, qu’on aime suivre dans leurs souffrances, leurs vies et leurs morts. Jusqu’au bout, je n’ai pas pu lâcher, et je suis maintenant ravi de cette lecture que j’attendais avec beaucoup d’impatience. De tels morceaux de littérature, ça doit se lire, se dévorer sans attendre. Et je serais ravi de pouvoir découvrir à présent la série qui en a découlée. Pour peu que vous soyez facilement touché par une pièce, lisez-là, elle en vaut la peine.

(Chronique n°284)

mardi 9 juin 2015

Les enfants de Dune (Frank Herbert)

Ce tome fut plus dur à lire que le précédent, mais lors de celle-ci je fus gagné par la certitude que Frank Herbert est véritablement un génie, et je pèse mes mots. Ce livre est ardu à lire, c'est d'une difficulté supérieur à la moyenne, mais pour autant on peut parfaitement suivre si l'on s'accroche un tout petit peu. Et c'est ça qui est fabuleux, car la saga de Dune se poursuit sans trêve ni repos avec ses personnages changeants, ses situations imprévisibles et tout le génie de Frank Herbert planant sur les pages qu'il a rédigé.


Résumé en trois mots : Intrigues, Ecologie et Pouvoir

Ce tome continue le précédent, en se promettant dix ans plus tard, avec les personnages que nous connaissions déjà mais qui ont évolués par rapport aux derniers événement. Et la situation a encore évolué, bien évidemment. Et c'est là que se situe déjà le talent de l'auteur.

Ce tome s'ouvre sur des changements radicaux entre les personnages, qui doivent maintenant faire face aux anciens alliés. Les vainqueurs se déchirent autour de l'empire, de l'épice et de tout ce qu'ils contrôlent. Mais c'est également le pont névralgique habituel, le centre de tout, Arrakis, appelé Dune, unique planète productrice d'épice, qui est en jeu. Car les changements climatiques de cette planète affectent l'épice, et par là-même tout l'empire.

Ce qui est fascinant, c'est la façon dont Frank Herbert nous tisse des liens entre tout ce qui se passe, l'intérieur de chacun tout comme le destin d'un empire, les tensions et les alliances politiques, les bouleversement de chacun, les métamorphoses qui s'opèrent. Frank Herbert se paye en sus le luxe de nous farcir le livre de considération sur la religion, le pouvoir, la politique, la famille, l'avenir et le destin, l'écologie, le commerce, et quelques petites considérations sur l'humanité par dessus tout ça. Le tout sans se perdre dans le roman, en conservant des fils directeurs parfaitement logiques et bien souvent surprenants, mais très dense.

Je conçois la critique la plus fréquemment entendue par rapport à ce roman : la difficulté de lecture. J'en suis au tome 3, je suis maintenant bien habitué au style de l'auteur, au monde et aux concepts, et pourtant j'ai encore un mal fou à comprendre certaines implications dans les conversations entre les différents protagonistes. Comme si l'auteur faisait des dialogues trop intelligents pour moi. Je crois bien que c'est la première fois de ma vie où je lis un livre pour lequel je suis certain que l'auteur soit plus intelligent que moi, sans conteste. Et c'est bien en cela que réside la difficulté de lire cet ouvrage. 

Un livre d'une intelligence rare pour une saga qui ne l'est pas moins, malgré sa difficulté toujours présente dans la lecture. Mais si vous faites l'effort de vous accrocher, si vous prenez le temps de vous plonger dans la saga en intégralité, si vous ne baissez pas les bras devants les mots nouveaux et les discours emplis de sens cachés, alors vous trouverez une pépite merveilleuse qui continue de m'éblouir sans que j'y prenne garde. Un tel livre se mérite, mais quelle puissance en lui. J'en reste émerveillé. Cette saga est en passe de devenir ma favorite, mais son auteur est ajouté dans mon panthéon personnel sans aucune condition à présent.

(Chronique n°281)

dimanche 7 juin 2015

Lorenzaccio, On ne badine pas avec l'amour et autre pièces (Alfred de Musset)

J'ai remarqué récemment que je n'avais pas lu ce petit pavé qui faisait de l'oeil dans ma PAL, et pour me dire que je lis du théâtre (enfin !) tout en ajoutant un auteur dit "classique" à mon répertoire, ce qui n'est pas non plus pour me déplaire. Et puis, j'avais envie de découvrir Musset, que je ne connaissais véritablement que de nom, alors même que j'avais souvent entendu parler de son style littéraire et de cet auteur complet. C'est donc joyeusement que j'ai découvert un des plus grands auteurs français romantique du XIXème siècle.


Résumé en trois mots : Amour, Passions et Tragédies

Ce recueil contient : On ne badine pas avec l'amour, Lorenzaccio, Les caprices de Marianne, Le chandelier et Il ne faut jurer de rien. Curieusement, alors que l'estampille de comédie est présente sur quasiment toutes les pièces, seules les deux dernières sont réellement des comédies, les trois autres ayant plus l'aspect d'un drame. Et d'un drame bien cruel.

Pour mon premier contact avec Musset, je ressors avec des étoiles plein les yeux ! Et pour une première raison qui est suffisante à elle seule : le style. Quelle beauté dans la langue, la verve est magnifique et le texte résonne bien souvent comme une poésie. Un texte comme celui-ci vaut plus qu'on ne pourrait l'imaginer pour comprendre la beauté de la langue française, et c'est tout l'intérêt.

En dehors du simple aspect littéraire, ces textes tournent tous autour d'un même thème repris en tout sens : l'amour, ou la passion. Mais de façon subtile parfois, notamment dans Lorenzaccio, qui traite presque plus de politique que du reste, tout en contenant quelques petites perles de réflexion.
Ce qui est saisissant, c'est que Musset croque des portraits d'amours dans tout les sens : heureux, contrariés, violent, tendre, c'est toutes les formes qui sont présentés, et se finissant bien souvent de manière tragique pour l'un ou l'autre des protagonistes, parfois pour tous.

De manière globale, j'ai adoré ces pièces, qui contiennent des réflexions excellentes, et des pitchs bien différents mais tous étonnants dans leurs tournures, jusqu'au dénouement final qui est souvent marquant, notamment On ne badine pas avec l'amour, qui m'a rappelé La mouette dans sa dernière réplique. D'ailleurs, cet aspect est aussi bien présent, la cruauté dans les actions. Le jeu de l'amour est d'une cruauté sans pareil ici. Et quels personnages ! C'est presque indécent parfois.

Pour un premier contact avec l'auteur, j'ai largement été bluffé, il faut l'admettre. Sur les cinq pièces présentes dans le recueil, trois m'ont éblouies, et les deux autres m'ont émerveillés. Et surtout, la surprise fut au rendez-vous à chaque fois, mais également la beauté du langage et la poésie des tirades. Pour du théâtre, c'est en outre extrêmement bien lisible, et j'ai fini par me laisser bercer par le style sans même y prendre garde. Pour un peu, je dirais que je prend gout à lire du théâtre. Alors si vous avez l'occasion, tentez le coup, ça vaut la peine de faire l'effort. Et puis, quelle fierté ensuite d'avoir lu du Musset ! Un classique, mesdames et messieurs.

(Chronique n°280)

mercredi 3 juin 2015

Le fusil de chasse (Inoué Yasushi)

L’histoire de certains lectures est singulière, et je dois avouer que celle-ci ne l’est pas moins. J’avais déjà entendu parler de Inoué Yasushi, grand auteur japonais, qui m’avait été cité plusieurs fois et dont le nom faisait écho dans ma mémoire, bien que je n’eus jamais entendu parler d’un seul de ses ouvrages. Cependant, l’admirable Bison (dont le site continue de valoir le détour) a parlé tantôt d’un ouvrage intitulé Le fusil de chasse, et la critique enthousiaste qu’il en fit m’encouragea à le lire. Tombant dessus par hasard dans les bacs d’occasions qui parsèment la place Kléber trois jours par semaine, je n’ai pu m’empêcher de m’en saisir et de le rajouter au sommet de ma PAL déjà trop garnie. Mais, heureusement pour moi, sa lecture fut faite dans l’après-midi même, et je me suis retrouvé bien vite sur le canapé, sortant d’un choc qui m’a happé bien vite, et dont je sors à peine.


Résumé en trois mots : Amour, Lettre et Mélancolie


Je ne sais si les japonais ont l’âme mélancolique et la prose facilement poétique, ou si c’est là un effet des traducteurs. Il semblerait, d’après le peu de lectures que j’ai fait des auteurs de ce pays pour le moins différent, qu’une certaine forme d’art poétique est privilégiée dans le roman, ce qui n’est pas forcément pour me déplaire, je le confesse.


Ce roman est singulier sur sa forme, qui consiste principalement en trois lettres adressés à la même personne, par trois femmes différentes, toutes les trois ayant traversées sa vie, chacune à sa manière. Des trois lettres vont se dégager un schéma d’ensemble de la vie de cet homme, qui ne se présentera jamais autrement que par le croisement de ces trois regards. Regards qu’il expose à un poète l’ayant croisé, un jour, avec son fusil de chasse.

La forme est assez étonnante, et je dois avouer que j’ai été séduit par la façon dont un homme inconnu est progressivement esquissé au milieu des relations qu’il a connu avec trois femmes. Mais au-delà même de cette idée, je crois que c’est les retournements progressifs qui parsèment l’histoire qui sont appréciables. Chacune des lettres apporte une continuité à l’histoire tout en complétant les propos de la précédente, voir en apportant une facette qu’on n’aurait pu voir précédemment. Une histoire tragique de treize années d’amour.

C’est curieux comme ce portait d’homme est présenté. Tour à tour mari salaud, menteur et absent, il est également un homme malheureux, trompé et trahi. Tout est progressivement amené pour que ce personnage passe d’antipathique à homme de malchance, qui aura eu une vie remplie mais pas épanouie. A-t-il connu le bonheur ? La réponse n’est pas présente, et seul le lecteur peut supputer ce qu’il souhaite. Car, et c’est là la force de ce roman, cet homme ne parlera jamais de lui-même. Il ne confirmera ou ne démentira rien, et ce n’est qu’une vision féminine qui sera offerte. Avec tout ce qu’elle peut comporter de lacune et de vérité.

Ce roman très court, qui m’a semblé très japonisant dans son style et sa manière d’aborder les choses, est superbe. L’histoire est simple et pourtant beaucoup de choses sont là, au delà des simples mots racontés. Je viens de le finir, et je sais pourtant qu’il fera parti de ma pile de livre que je souhaiterai relire, un jour, tranquillement, pour savourer à la fois la beauté du texte et toutes les subtilités derrière. Le genre de roman qui se savoure une nouvelle fois. Recommandé, avec mention spéciale. C’est dommage que je n’en ai pas plus de l’auteur.

(Chronique n°279)

lundi 1 juin 2015

Un tramway nommé Désir (Tennessee Williams)


J'ai commencé cette pièce parce qu'elle est légendaire, et qu'en six mois j'ai été bassiné pendant des semaines avec ce Tennessee Williams, auteur adulé dans le milieu théâtral, tout comme Shakespeare et Tchekhov, tout deux légendaire dans leurs genres. Alors je me suis jeté à l'eau, j'ai décidé de lire un peu, pour me faire mon propre avis, une pièce de l'auteur. Et quoi de mieux que de commencer par la plus célèbre, la plus jouée et la plus vue ?


Résumé en trois mots : Couple, Amour et Violence

A la lecture de cette pièce, je crois comprendre son succès non démenti depuis des années maintenant. Et je ne sais trop ce qu’il faut en tirer. Car c’est des personnages étranges, des situations dérangeantes, une fin qui dénote et une morale douteuse. Rien n’est simple et évident, tout semble toujours nous échapper. Qui est bon, qui est honnête, qui est vrai dans cette situation qui nous est toujours étrange. Un couple heureux (?) qui voit venir une soeur dérangée (?), ruinée et malheureuse (?), une tension entre les protagonistes (?), des amours contrariés (?), tout est sujet au doute et aux remises en question.

J’ai adoré cette pièce, même si je n’ai fait que la lire, et je rêverais de la voir jouée. Car cette pièce dégage une atmosphère, une ambiance lourde et pesante, chaude et moite comme ces journées d’été dans la Louisiane, là où l’air semble pesant et les moustiques omniprésent. Dans ces quartiers où les hommes travaillent dur et les femmes vivent de peu, dans une ambiance parfois malsaine, où tout peut exploser à chaque instant. C’est une atmosphère de tension, de défi, et rien n’est clair jusqu’au couperet final qui tombera implacablement sur la scène.


Ce trio amoureux est décidément inoubliable. Entre Kowalski, homme brut et brutal, excessif jusqu’à être violent, et sa femme douce et précieuse, fille d’une ancienne lignée noble, et sa soeur, toute en extravagance et en futilités, c’est une drôle de famille qui vit sous le même toit. Car qu’est-ce qui s’est joué au final dans cette tragédie ? De l’amour ? Du désir ? De la haine ? Du ressentiment ? Des choses refoulées ? Je ne sais pas. Je pense que l’interprétation est libre maintenant. Chacun sera juge, lecteur ou metteur en scène. La messe est dite, que chacun garde ce qu’il veut.


Une pièce détonnante, qui m’a fait grande impression. C’est jouissif comme texte, à la fois brut de décoffrage et en même temps parfaitement clair. Mais que de choses derrière ce qui se dit. Une pièce qui en dit bien plus qu’elle ne laisse voir, et je vais la relire, encore une fois, pour trouver ce qu’il faut dedans. Quelque chose en est sorti et m’a heurté. Qu’est-ce que ça m’a plu !


D’autres pièces courtes sont présentes en fin de volumes, mais outre qu’elles n’ont pas le même impact, elles me semblent surtout être des brouillons ou des essais de cette pièce principal, et j’avoue qu’elles sont plus négligeables.


(Chronique n°278)

mercredi 27 mai 2015

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi (Arto Paasilinna)

Curieusement, il y a parfois un stade de trop avec certains auteurs, un stage au-delà duquel on se dit qu'il aurait mieux valu qu'on arrêtasses la lecture. Parce qu'il est temps de changer de gamme, de passer un peu à autre chose. J'ai eu ce trop plein avec Au fruits de la passion de Pennac, avec le Fondation foudroyée et maintenant, je le découvre avec ce livre de l'auteur. Un auteur que j'estime et que j'ai suivi avec intérêt, mais qui m'a au final écoeuré comme un trop plein de chocolat. Bref, je crois que ce livre sonnera pour moi le glas de notre relation, et que Arto Paasilinna ne visitera plus la roulotte aux livres.


Résumé en trois mots : Noel, Femmes et Finlande

Ce livre fut celui de trop. Peut-être pas la bonne période, peut-être pas les bonnes conditions, peut-être trop proches des autres lectures. En tout cas, je n'ai pas apprécié ma lecture comme autrefois, et j'ai fini par être lassé avant la fin du roman, souhaitant qu'il se finisse bien vite.

C'est d'autant plus dommage que l'idée est intéressante, notamment sur le personnage principal qui est un odieux connard et que l'auteur se plait à nous présenter sous un jour assez peu reluisant. Le périple qu'il connait dans les deux parties du livre est plutôt rocambolesque, mais il m'a peu intéressé, et je me sentais las des multiples références qui reviennent sans cesse dans sa bibliographie. Après 7 livres lu, je me sentais un peu trop pris dans des références régulières, et je me lassais de l'effet comique redondant.

Clairement, le livre de trop pour moi. J'apprécie toujours autant la plume de l'auteur et son ton volontairement mordant avec les Finlandais de manière générale, mais je trouve que c'est un peu trop d'avoir dévoré autant de ses livres. J'aurais du déguster la chose de manière plus délicate, et je vais maintenant faire une longue pause que j'espère non-définitive avec lui. C'est un bon livre, soyons honnête, mais il est venu au stade du trop. Dommage, les idées étaient intéressantes. C'est moi qui n'était plus en état de le recevoir.

(Chronique n°276)

lundi 25 mai 2015

La douce empoisonneuse (Arto Paasilinna)

Petite lecture que j'avais omis de chroniques, oubli impardonnable que je me permet de rattraper immédiatement en faisant rejaillir tout ce dont je me souviens de ce livre dont je conserve pour l'instant un très bon souvenir. Car c'est encore de la bonne facture, celles d'un auteur d'humour qui sait toujours trouver des nouvelles façons de raconter une histoire. Même si foncièrement rien n'est changé entre tout les livres.


Résumé en trois mots : Morts, Jeunesse et Hasard

Ce livre est extraordinairement bien fait, nous racontant l'histoire d'une sympathique petite mamie gâteau, bien gentil et proprette, qui se fait voler chaque mois sa pension par son petit fils, voyou de bas étage et incapable de faire quelque chose de ses dix doigts. Désespérée, la vieille se voit contrainte de subir sans cesse, jusqu'au jour où les voyous vont trop loin, et qu'elle décide de se suicider. Sauf que faire du poison est sympathique, mais quand un de ses bourreaux l'avale par erreur, c'est encore plus drôle !

Ce livre est génialement mis en scène, ente le début qui sonne comme un critique sociale de ces vieux démunis faisant face à une jeunesse violente et inactive, qui préfère se sucrer sur la pension des vieux, mais tout tourne rapidement à l'humour sombre et hilarant de Paasilinna, qui reste toujours dans son registre habituel. C'est une sorte de traque mais dans le mauvais sens, où les jeunes ne comprennent pas comment faire pour retrouver cette petite vieille qui tue sans trop s'en rendre compte. Le ton léger et drôle fait mouche à chaque coup, et bien vite on se retrouve à s'attacher à la petite vieille qui tue. C'est également une belle satyre sur la vieillesse de Finlande, et j'ai bien aimé les quelques piques dissimulés de ça de là dans le récit.

Un petit livre toujours sympathique et agréable, comme sait si bien nous le faire Arto Paasilina. C'est le genre frais et léger qu'on déguste tranquillement quand on ne veut plus se faire de livres complexe. Une petite détente agréable entre autres livres, et toujours avec un beau sourire aux lèvres et une petite pensée pour ces injustices sociales caricaturées dans les romans de l'auteur finlandais le plus lu. Recommandé !

(Chronique n°275)

samedi 23 mai 2015

Trois soeurcières (Terry Pratchett)

J'ai décidé récemment de me procurer une bonne partie de la suite de la saga du Disque-Monde et de lire enfin les différents tomes, mais dans l'ordre, pour pouvoir enfin me targuer d'avoir lu (ou tout du moins commencé à lire) la plus longue saga de fantasy jamais écrite. Et puis pour pouvoir à nouveau rire un bon coup. Parce que c'est tout de même l'auteur qui m'a fait le plus rire de toutes mes lectures jusqu'à maintenant. Et puis c'est l'occasion de retrouver la fameuse Mémé Cirdutemps, la sorcière la plus puissante qui ai jamais existé dans le disque-monde. Alors replongeons dans ses annales !


Résumé en trois mots : ThéâtreSorcière et Conte

Terry Pratchett est un sacré génie de la littérature, ce n'est plus à prouver (du moins j'espère), et cet opus du disque-monde ne fait que me confirmer ce talent sous-jacent à l'ensemble de son oeuvre. Déjà parce que Pratchett est un des rares auteurs humoristiques a pouvoir fournir une telle qualité dans son humour, et ce de façon constante dans la série. Mais c'est également un auteur de talent quant aux références qui parsèment le texte, tout comme sa capacité à détourner, parodier, réutiliser tout ce qu'il veut.

Si je parle de ceci avant de commencer, c'est bien parce que ce tome est un énorme hommage au plus grand écrivain qu'il ait jamais existé dans l'ensemble de l'histoire anglaise, William Shakespeare. Terry Pratchett se ré-approprie ici les textes de l'auteur (et notamment MacBeth) pour nous livre un roman hilarant sur trois sorcières des montagnes du Bélier (près du Moyeu) qui réécrivent une histoire légendaire. Rien que le pitch de base donne envie de se plonger dedans non ?

En toute honnête, ce tome est à mettre dans le haut du classement des Annales du Disque-Monde. Une inventivité débordante jaillit des pages pour nous refaire Shakespeare en direct, tant au plan historique que dans ses oeuvres, reprenant passages de textes, histoire et principe, parlant du théâtre et des sorcières, ce tome est l'incarnation de l'hommage parodique réussit de bout en bout. Tout tiens debout, tellement que je me demandais au milieu du tome si je n'avais pas atteint la conclusion, avant que le récit en rebondisse pour un deuxième acte tout en subtilité qui se conclura magnifiquement par le Happy End qu'on attend de tout les tomes du Disque-Monde, mais toujours avec des nouveautés et des idées délirantes. C'est tordant, j'en ai lâché la lecture pour rire tout mon saoul a trois reprises, et j'ai pleuré de rire à certain moment. Rire jusqu'à en avoir mal aux côtes tout en étant surpris de l'ingéniosité, émerveillé des parodies et dépité de ne pas pouvoir repérer toutes les références, c'est plus qu'un talent d'écriture, ça confère à la magie, non ?

Bref, un tome qui m'en a mis plein la vue, et ce n'est pas rien de le dire. Une inventivité folle pour une reprise de Shakespeare sans précédent, follement drôle et prenante en plus. Des personnages adorables qu'on suit avec un sourire sans cesse accroché, et tout cela avec une plume qui mélange des citations et détournements aux traits d'humour habituels de l'auteur. Rien de moins qu'un livre qui rentre dans mon best-of du genre, et pour qu'un livre d'humour y rentre, croyez-moi, faut se lever tôt ! Terry Pratchett l'a fait, et avec une classe qui confère au génie. Rien que pour ça, je dis Sir Terry Pratchett, s'il-vous-plait.

(Chronique n°274)

vendredi 15 mai 2015

Le seigneur des guêpes (Iain Banks)

J'ai parfois du mal à me plonger dans un livre, et ce fut le cas avec celui-ci qui me faisait pourtant de l'oeil depuis un moment, sans que j'eusse le moindre souvenir de la raison. Mais je me suis accroché, et entre deux autres lectures, j'ai basculé dans la seconde partie du livre, pour ne plus vraiment le lâcher et le finir le plus vite que je pouvais. Et là, le résultat est assez étonnant.


Résumé en trois mots : Île, Adolescent et Famille

Je ne sais déjà pas trop dans quelle catégorie ranger ce livre. Peut-être dans le style "presque polar-thriller" ? Car c'est un roman de genre qui est construit sur un polar. Ou l'inverse. Un curieux style, bâtard de genre, mais curieusement assez efficace.

Soyons honnête : ce livre est génial. J'ai eu un mal fou à m'y plonger (bon, en ce moment j'ai du mal à lire de façon générale), mais je n'ai pas pu le lâcher une fois passé le cap de la première moitié. Car c'est une construction par étape, et pour accéder à tout ce qui fait la force de cette seconde partie, il faut tout le développement de la première, toute l'introspection du personnage principal, toute sa vie au jour le jour, toute sa psyché et sa conception des choses. Pour ensuite nous envoyer dans la face la suite.

Ce roman oscille entre diverses choses, mais ce qui ne bouge pas, c'est ce personnage central, à la fois énigmatique et incroyable, mélange entre un fou et un illuminé, isolé sur son île avec sa famille, handicapé à vie. La vie n'est pas rose pour lui, et pourtant il s'invente un monde, un univers dans lequel il contrôle les choses. Notamment en tuant. Enfin, ça c'était quand il était jeune.
C'est également un roman puissant sur nos croyances, sur ce qu'on admet pour vrai et qu'on veut bien accepter dans notre réalité, toute déformée qu'elle peut être. Jusqu'au rituel de magie. Ainsi que sur la famille et les liens que cela tisse.

Roman qui se déroule dans un microcosme, une île isolée de tout et un petit village, une seule maison qui cristallise tout, avec tout à l'intérieur. Une métaphore doit sans doute être dissimulée derrière tout ça, mais je ne l'ai pas encore trouvé.
C'est également un thriller, qui pose des éléments pour arriver progressivement à une conclusion déroutante et d'un genre que je n'avais encore lue. Je ne pensais pas que le polar s'orienterai dans cette  direction ensuite. Mais c'est tout à son honneur.

Un roman étrange et dérangeant, très déroutant. J'ai eu du mal à m'y intéresser, mais une fois dedans le roman m'a surpris et m'a dérangé jusqu'au bout. Je crois que le maitre mot c'est le malais qu'on ressent au contact de ce personnage principal dérangé et pourtant tellement normal dans son univers, univers qui nous grignote progressivement pour nous laisser sur un dernier chapitre hallucinant. Une plongée qui m'a déroutée, et qui me fait encore réfléchir. Lisez-le si vous avez l'occasion, ça vaut le détour.

(Chronique n°273)

mercredi 13 mai 2015

Conan le flibustier (Robert E. Howard)

Conan, c'est la figure mythique de la fantasy, un univers unique et novateur qui a crée le genre ! C'est un héros charismatique et puissant, héroïque comme l'on n'en fait plus, toujours au coeur du danger et toujours indemne, faisant tomber toutes les femmes et les tyrans. C'est l'archétype du barbare qu'on aime suivre parce qu'il vit des aventures plus riches que celles que nous ne connaitrons jamais. Et j'adore ça !


Résumé en trois mots : Politique, Guerre et Héros

Ce tome de Conan introduit quelque chose de neuf par rapport à ce que j'avais lu sur le héros : la dimension politique des différents royaumes de l'âge hyborien. C'est amusant de suivre le développement des intrigues entre peuples avec Conan qui vivote entre, toujours détaché d'un parti unique, voyageant en mercenaire, mais rallié aux causes avec le coeur.

Ce tome n'est en soi pas différent du précédent, mais les voyages de Conan sont moins éparpillés, et bien plus centrés sur des conflits entre pays. Et là, apparait un aspect du héros que j'affectionne particulièrement. En effet, Conan est un archétype d'héroïsme, mais il est surtout un héros qui n'est pas foncièrement bon. Ni méchant d'ailleurs. Il suit simplement son code de conduite et sa façon de voir les choses. Et bien souvent, ses ennemis sont des personnes qui se sont retrouvés face à lui, sans être pour autant des méchants au sens classique du terme. Simplement une autre vision du monde qui n'est pas celle de Conan. En soi, c'est assez amusant de lire Conan qui détruit une armée pour la seule raison qu'elle est en face de lui, sans plus se poser de questions sur les motivations ou les intérêts d'un peuple. Howard le place toujours du côté des bons, mais Conan ne se pose jamais la question.

Un recueil de nouvelles tout ce qu'il y a de plus intéressant, et les retrouvailles avec Conan sont à nouveau l'occasion d'aventures épiques et héroïques dans un monde de fantasy original et intense. C'est du pur bonheur condensé, un souffle épique qui traverse les nouvelles entre magie et guerre, avec toujours un héros invincible qui conquiert les territoires et les coeurs. J'en reprendrais bien une part, moi.

(Chronique n°272)

samedi 9 mai 2015

Victimes et bourreaux (anthologie présentée par Stephien Nicot)

De retour des Imaginales de l'année passée, duquel j'ai ramené Atomic Bomb et une dédicace de Fabrice Colin (dans un livre que je n'ai toujours pas lu d'ailleurs ...), un ami a rapporté une petite pile de livre qu'il continue encore de lire actuellement, et notamment trois anthologies de ce festival, compilations de nouvelles selon un thème donné par des auteurs présent lors dudit festival. J'ai attaqué celle-ci rapidement, pour pouvoir lui rendre le plus tôt possible (je déteste garder des livres qu'on m'a prêté pendant trop longtemps). Et j'avoue, j'ai été bien plus accroché que je ne pensais.


Résumé en trois mots : Nouvelles, Fantasy et Mémoire

Si je met le terme Mémoire, c'est que cette notion intervenait dans plusieurs nouvelles au final, et j'ai trouvé cela curieux, la façon de lier le thème "Victimes et bourreaux" avec la notion de mémoire, notion que je ne juge pas toujours à sa juste valeur, mais qui rentre assez bien en adéquation avec ce thème, il faut le confesser.

L'anthologie est assez disparate, et je ne pourrais résumer mon sentiment en un seul bloc, étant donné que les nouvelles varient du tout au tout et que je n'ai pas été charmé par toutes, mais je dois avouer que l'ensemble est très intéressant, ne serait-ce que pour découvrir des auteurs que vous n'avez jamais lu. Ici, j'en connaissais deux, dont un que je m'étais juré de ne pas relire un jour, mais qui m'a au final plus intéressé que je ne l'aurais pensé.
En tant que tel, plusieurs auteurs m'ont laissés froid, notamment celui de la deuxième nouvelle qui a fait quelque chose d'ultra-classique et dispensable, qui ne m'a pas intéressé un seul instant, mais d'autres par le simple fait que l'univers qu'elles présentaient n'était pas à mon gout, sans pour autant remettre en cause la qualité des nouvelles.
J'ai d'ailleurs retrouvé avec plaisir Jaworski pour une nouvelle sur les nains qui m'a beaucoup intéressé et que j'ai apprécié jusqu'au bout. Par contre, j'ai été soufflé par une nouvelle venue de Nathalie Dau, parfaitement bien mise en place dans le sujet, et superbe jusqu'au final. Une petite perle que j'ai trouvé extraordinaire et qui m'encourage à me pencher sur la littérature de cette auteur. D'autant que son style était plaisant.

Je n'avais encore jamais lu d'anthologie, c'est à présent chose faite, et je comprend parfaitement l'intérêt de ce genre d'ouvrage où l'on picore les nouvelles sans jamais être écoeuré ou découragé, chacun venant avec sa patte et son style, son univers et sa façon de mettre en scène le sujet. Une anthologie qui m'a beaucoup plu quoique je ne la qualifierai pas de géniale, mais qui me donne envie de me pencher sur les deux autres en ma possession. A lire pour découvrir des auteurs !

(Chronique n°271)

jeudi 7 mai 2015

La vierge froide et autres racontars (Jorn Riel)

Sur les conseils d'un Bison qui est toujours d'un bon conseil pour tout ce qui est de la littérature en générale, et sur le blog duquel je vous invite a aller perdre quelques minutes pour déguster un article de qualité et une petite bière que vous auriez mis au frigo en même temps, rendu assoiffé par ses photos.
Mais treve de digression sur l'alcool, bien que ce serait ici un propos dans le ton, et penchons-nous sur ce petit livre, recueil de nouvelles et d'histoires variés provenant d'un continent froid comme le pole nord, dont il n'est d'ailleurs pas loin. Bienvenue dans le fief du Danemark, au royaume du Groenland.


Résumé en trois mots : Trappeurs, Alcool et Hommes

Ca, c'est un album qui sent l'homme, et plutôt le genre qui a du poil au torse et une idée sur tout. Les pochtrons de comptoir qu'on retrouve sur une terre trop gelé pour y verser une larme. Ici, c'est la terre de la longue nuit, où le soleil ne vient plus visiter les enfants oubliés de cette époque. Des hommes seuls, plus que nul autre, avec des compagnons d'infortunes. Si les femmes manquent, la trappe et l'alcool sont là pour remplacer le tout. Et bien évidemment, les amis, qui réchauffent le coeur et nous redonnent l'envie d'être seul.

Ce recueil de nouvelles est d'un ton diablement acide, une bonne crème glacée à l'ironie, face à des hommes seuls dans des mauvaises cabanes, se saoulant à l'alcool et mangeant les bêtes qu'ils chassent dans les environs, accueillant les nouveaux comme ils le veulent, vivant de leurs fantasmes et leurs rêves, rattachés à des petites réalités. Rien de bien méchant, ou presque. Un ensemble hétéroclite, humoristique et grinçant, voir glaçant, comme la bise du nord qui souffle sur les murs de leurs cabanes.

Sa lecture fut largement jouissive, avec des éclats de rire et de l'intérêt tout au long avec les variations de thèmes qui se développent dans les différentes nouvelles, croisant les personnages et les histoires pour comprendre la vie sur ce morceau de terre perdue dans le froid du nord. Et l'écriture ajoute du charme en étant d'un ton bourru et brute. Comme les nouvelles.

Un recueil de nouvelles qui refroidit le coeur, en nous contant la vie difficile de ces pauvres gars sur un continent gelé dans le nord. Des histoires simples de la vie de tout les jours, qui est tout sauf ennuyeuse dans ces contrées glacées et hostiles, ou l'homme se bat avec la faune et le climat pour subsister. Mais également avec lui-même, entre les débris d'alcool et les relations de voisinage, même lointaines. Un recueil amusant et qui change, a lire pour le plaisir.

(Chronique n°270)