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dimanche 23 mars 2014

Albin & Zélie (Yannick Marchat)

Je ne poste pas souvent des BD, alors je me suis décidé pour celle-là, parce que c'est vraiment un de mes derniers gros coup de cœur pour une BD, et je me devais de partager ce qui m'a tellement plu. Surtout que c'est une BD presque inconnue, passée inaperçu, qui concerne un auteur n'ayant rien édité d'autre, et qui vient d'un petit éditeur indépendant. Le tiercé de la publicité invisible dans l'ordre. Redonnons de la visibilité à cette BD extraordinaire qu'est Albin et Zélie.


Résumé en trois mots : Amour, Extraterrestre et Beau

Oui, je résume très mal. Mais en vous arrêtez pas à cela. Car oui, c'est une histoire d'amour avec des extraterrestre, mais  ce n'est pas tout ! Je m'explique.
L'histoire se concentre autour d'une relation amoureuse, simplement, avec ses débuts, les deux protagonistes et tout ce qui fait qu'ils sont eux, leurs entourages et bien évidement la progression de leur relation. Celle entre Albin, trentenaire un peu fort et rangé dans sa petite vie, et Zélie, fille pétillante d'une vingtaine d'années qui sort d'une relation plutôt houleuse. Et j'ajouterai un poisson rouge qui siffle et qui sait écrire (ce n'est pas des blagues, le poisson rouge siffle !) et la sœur de Zélie, enceinte jusqu'au dent. Plus, bien évidemment, ces extraterrestres qui s'écrasent sur la Terre. Mais c'est un détail.

Le roman graphique va partir bien vite dans l'espace, naviguant dans des dimensions étranges, entre un rêve et la science-fiction. Tout le début de la BD navigue dans cette atmosphère étrange, entre une réalité de science-fiction ou un délire/rêve/métaphore qu'il nous faut interpréter. Je ne sais pas laquelle est la bonne lecture, mais j'aime bien l'idée des deux et cela ne change rien à ce que j'éprouve pour cette BD.

Le trait de l'auteur est superbe, tout en noir et blanc, me rappelant un peu Frankin parfois, mais que je trouve superbe. C'est notamment le vêtements, les détails sur les formes, c'est un véritable régal pour l'oeil. Et certaines pleines pages sont de toutes beautés, lorsque l'histoire se déroule dans l'espace énorme. Sans compter que les personnages ont des têtes attachantes, très bien faites. En bref, le dessin est excellent.
Ajouté au scénario, qui nous entraine dans ses délires, l'ensemble est prenant et très peu conventionnel pour une relation qui démarre. Mais le fond reste le même, sur une relation qui débute tendrement entre deux personnages. L'histoire va du coup se finir sur une superbe partie tout en douceur et en sensibilité, avec un retour au rationnel pur, qui tranche complètement avec ce qu'il se passait avant, mais qui reste pour autant dans le ton du récit, et c'est super bien fait. L'auteur nous trimballe le long du même fil du début à la fin, et c'est beau. Car l'histoire de Albin et Zélie est très belle, c'est une histoire d'amour simple et touchante (et j'aime les histoires d'amour, quand c'est bien fait) mais qui va droit au cœur par le dessin et le procédé utilisé. Jusqu'au bout on reste dans une atmosphère sympathique, et j'ai encore plein de bribes qui me restent en tête à présent, alors que je l'ai lu il y a un bon moment maintenant. C'est la marque des belles BD, de celles qui nous restent dans le cœur. Et c'est pour cela que je voulais vous en parler, pour vous faire découvrir ce que j'ai apprécié, que vous puissiez vous aussi y gouter.

Si vous avez envie de lire une BD qui exploite les sentiers non conventionnés, je vous invite à lire cette romance délirante et touchante au graphisme superbe. L'auteur nous livre un très beau roman graphique, qui vaut qu'on s'y attarde un peu. Jusqu'au bout l'histoire nous emballe, et elle reste belle. C'est vraiment une réussite, une très belle BD. A lire, vraiment.

(Chronique n°156)

samedi 28 septembre 2013

Les Ignorants (Étienne Davodeau)


Etienne Davodeau, grand cru de l'année ! Je plaisante, elle à déjà été faite avant moi. Cette BD est amusante, puisqu'elle inaugure la section documentaire de la roulotte. Et pour être sur de faire de façon originale, je commence avec une BD documentaire, en fait la première que j'ai lu, avant de passer aux documentaires livres (tout de même plus connus). Et pour cela, le choix de Davodeau est tout indiqué. Cet auteur aura d'ailleurs le partage de cette section avec un autre que j'adore, à savoir Philippe Squarzoni, pour lequel je ferais sans doute une série de chroniques à la suite.
En attendant, plongeons nous dans la campagne, l'agriculture, la viticulture, et l'agriculture écologique, biologique et tout le tintouin ! Explorons ensemble deux domaines si proche, le vin et la BD, avec Les Ignorants de Davodeau !




Etienne Davodeau, c'est un auteur socialement engagé, qui a réalisé plusieurs BD dans un style qu'on appellerait "français" si ça aurait été des films qu'il faisait. En clair des BD tranquille, calmes, loin du bruit et de la foule, toujours au contact des gens, sur des sujets divers mais militant tout de même. Et c'est un grand lecteur de BD (je précise, tout les auteurs de BD ne sont pas forcément des grands lecteurs).
Dans ses livres, il adopte la démarche d'un reportage, cherchant à aller au contact des gens pour son sujet. Du coup, c'est un véritable échange, Davodeau se mettant en scène dedans, posant les questions et constatant, comme un véritable reporter BD.

Eh oui, tailler la vigne c'est pas simple
L'histoire va explorer une année complète, en commençant en 2010 (vers septembre il me semble) lorsque Davodeau propose à un ami, Richard Leroy, viticulteur, un échange équivalent. Davodeau travaillera bénévolement dans ses vignes, apprenant ce qu'il y a à savoir sur celles-ci et l'agiculture byorithmique, et il enseignera à Leroy de la bande-dessinée, en passant par les éditeurs, les imprimeurs, les autres auteurs, les festivals et bien évidemment, des lectures obligatoires chaque semaines. Le tout durant un an.

Bien évidemment, le récit va alors raconter la recherche de deux "ignorants" dans un domaine à la découverte d'un autre. Entre dégustation de vins et festival de Saint-Malo, les deux  protagonistes vont traverser l'année en enseignant également au lecteur ce qu'ils ont à dire. Et le tout mis en très beau dessin très clair (je vous laisse admirer dans la galerie que j'ai mise). Davodeau à un dessin clair et précis qui va à l'essentiel, et le noir et blanc rentre à merveille dans ce cadre. Ce qui est amusant aussi c'est de voir la conception du dessin dans la BD, comment les planches s'écrivent au fur et à mesure, avec le regard du vigneron dessus. Le principe de mise en abime de la BD est très bien fait.
Je vous rassure, c'est exagéré

Le principal propos de la BD sera le vin, de sa culture à la mise en bouteille. Le tout avec des moments autour de la BD, dans laquelle Davodeau essaye de transmettre son gout pour cet art à Leroy. D'ailleurs il y aurait tout une question qui est faite dans le livre sur l'art. Les auteurs comparant leurs créations respectives, l'un des bouteilles de vin et l'autre des albums de bande-dessinées, chacun exprimant l'amour de son domaine, ses codes et ses célébrités, son cercle d'initiés, sa façon de concevoir les choses. C'est très intéressant autant sur le plan des connaissances que sur le plan humain, avec deux passionnés qui détaillent leurs amours d'un domaine spécifique. C'est attachant, et j'ai adoré le parallèle qui se fait entre les deux, avec bien plus de points commun qu'on ne pourrait croire au premier abord.
L'ensemble de la BD est super fluide à lire, l'auteur ayant une excellente plume. On rigole beaucoup durant la lecture, avec plusieurs petits traits d'humour, petites phrases faisant mouche. Mais on apprend aussi beaucoup de choses sur divers points, et surtout sur l'agriculture biologique et ses ramifications, en l'occurrence l'agriculture biorythmique. Je ne vais pas détailler, pour savoir ce que c'est et ce que cela implique, je vous laisse lire la BD. Mais là encore, on découvre des choses qui ne sont pas forcément très courante et des pratiques agricoles différentes de ce dont on à l'habitude. J'aime bien ce genre de découvertes.

Après il faut reconnaitre que la BD fait paraitre les choses jolies et belles, elle est dans son optique (ce qu'on ne peut pas lui reprocher) et on a peut-être un point de vue manichéen. Cela dit, un reportage objectif, je ne sais pas si cela est jamais arrivé, du coup ça ne choque pas.

En bref, c'est un excellent type de reportage sur l'agriculture en France, présentant le fleuron de celle-ci, la viticulture, avec ses particularité dans un cadre biorythmique. Le tout est servi par un humour très bon gout qui s'incruste un peu partout et avec un pendant sur la bande-dessinée qui est super-intéressant, d'autant plus lorsqu'on aime bien (et qu'on apprécie le point de vue de l'auteur). L'album se lit d'une traite, avec un caractère très humain et qui vaut largement la lecture. Il serait dommage de passer outre cette belle BD, alors un conseil, lisez-là !

(Chronique n°71)

lundi 1 avril 2013

Gunnm (Yukito Kishiro)


Là, je vais taper dans le haut du pavé dans le rayon des mangas. C'est un vieux manga, du genre la préhistoire du manga, avant qu'on dépasse 95 et que le manga explose dans les ventes en France. C'est encore la vieille école de manga, et un manga qui a connu une histoire très particulière. Le genre de classique de la science-fiction, les bons vieux classiques quoi. C'est également un monstre du dessin que celui-ci. Dans le genre, le dessinateur est un monstre. Et en plus, l'histoire du livre est extraordinaire. Alors vous êtes prêt ? C'est parti pour ce manga culte, Gunnm de Yukito Kishiro !


Résumé en trois mots : Cyborg, Conscience et Science-fiction

En fait, la série à connue plusieurs soucis, notamment le fait que l'auteur ait fait un arrêt cardiaque durant l'écriture de la série qui conduisit à devoir changer la fin pour éviter de laisser la série en suspense et ne pas pouvoir avoir la fin. Du coup le scénario s'en ressent. Entre autre, l'auteur a écrit par la suite une nouvelle fin, qui en fait est devenue une nouvelle série qui compte actuellement quinze tomes (pour neuf dans la série originale) et qui est ... euh .... merdique en comparaison dirons-nous. Mais je deviendrais médisant, et ce n'est pas le but de la roulotte, au vu de quoi je vais me limiter à cette série dont le neuvième tome est une conclusion "hâtive" de l'ensemble donc.

Déjà, le premier gros point de la série, c'est son dessin. Dire qu'il est sublime est un euphémisme. Il est génialement fait, d'une dynamique incroyable, tout en finesse. Les portraits sont super, l'ambiance est noire et cyber-punk, une ambiance propre au récit, avec une touche très grosse de fantastique également. Les expressions gestuelles, les poses, les décors, les vêtements, les têtes, tout est superbement bien fait et dans un style résolument adulte. En plus de ça, il n'y a quasiment pas d'expression typée manga (genre les expressions Kawai et tout le tralala). Du coup, la lecture semble vraiment plus tournée adulte que adolescent, même si on a des belles petites pointes d'humour dedans. Mais j'y reviendrais. En tout cas, le dessin c'est vraiment superbe, je vous recommande de le lire rien que pour ça (admirez les quelques images que j'ai pioché). Le seul détail qui fait tiquer c'est qu'ils ont inversés les pages pour l'édition française et ne pas troubler le lectorat. Du coup tout est inversé.
L’héroïne, Gally. Et c'est un robot
les gars, ne fantasmez pas trop !

Ensuite, l'ambiance est très clairement noire, même si dans le manga certains passages sont un peu plus léger et humoristique. Dans l'ensemble, c'est surtout un bon manga de science-fiction bien noire avec des thèmes plutôt adultes, notamment autour de l'âme des gens, des relations avec leurs corps et tant et plus. Le fait que les personnages n'aient pour la plupart plus un corps entièrement humain (sauf Ido au début) permet de faire un parallèle intéressant avec notamment l'idée qu'on n'est plus humain sans ce corps de naissance. Gally même se pose des questions sur sa nature, elle qui n'est qu'un cerveau amnésique dans un corps modulable. Tout repères sont perdus pour elle.
Et bien évidemment, l'idée de la cité haute pour nantis et la cité basse pour les pauvres (qui ressemble d'ailleurs beaucoup à Métropolis de Fritz Lang, le film de 1933) est assez révélateur également. Une belle mise en scène des classes sociales. Et également d'un clivage du monde, entre paradis fantasmé et enfer réel. Car Zalem est le paradis attendu pour tout le monde, mais est-ce la réalité ? La décharge est un endroit fermé, qui ne fait que produire pour la ville haute, peuplé de gens mal intentionnés, de quartiers sordides et mal famés, des cyborgs à profusion, des bornes (agents de Zalem qui ne sont que robotiques et ont chacun une bouche différente). Et puis toute la violence de ces lieux, l'absence de nature, d'arbre ou de verdure .... (et ce jusqu'au bout de la série quasiment), l'absence d'oiseau, presque pas d'animaux naturels (des artificiels existent également). L'homme s'est coupé de la nature et vit seule avec la machine. Les petits détails dans ce genre abondent (notamment autour du caractères des personnages et la nature de leurs corps).

En sus, nous avons des personnages très intéressants, bien que la mort frappe assez fortement dans ce manga. Outre le personnage principal qui est juste extraordinaire, les autres ne sont pas en reste. Ido, docteur en robotique et médecin, Yugo, Vector même, et tout les personnages sombres et méchants, mais qui finalement ne le sont pas sans raisons .... Le passage dans le motorball est d'ailleurs assez impressionnant avec l'apparition de Jashungan. On aura également une jeune qui arrivera, avec tout le caractère têtu et déterminé qui la caractérise, ainsi que Kaos, Den, et tout les autres.
Le manga lui même est découpé en plusieurs arcs narratifs. D'abord avec le début, les explications du monde et la présentation des personnages, puis un passage au Motorball du tome 2 jusqu'au tome 5 environ. Là nouveau passage dans la décharge avec d'autres péripéties, et ensuite le "grand arc" narratif, sur les traces de Desty Nova. Ce personnage est un des meilleurs du manga, bien qu'arrivant assez tardivement, mais il est extraordinaire. Mélange de savant fou, de psychiatre et de génie de l'âme humaine, il est tout sauf un méchant classique. L'évolution des personnage est également géniale, avec des changements radicaux dans leurs façon d'agir, de penser etc ... Gally change radicalement de caractère entre le début et la fin, et progressivement s'en forge un nouveau. D'une coquille vide, elle se remplie au fur et à mesure, dans une évolution qu'on ne remarque pas vraiment.

Et la fin précipitée, qu'on note assez fortement, est tout de même extrêmement bien réussie. Elle conclue le tout d'une belle manière, sans que le manga ne se disperse. On remarque que le mangaka à dû faire un peu resserré, et cela se ressent dans plusieurs points, notamment la rapidité de l'action et dans le comportement de Desty Nova qui est un peu surjouée dirait-on. Mais ce sont des détails en comparaison de ce que le manga à proposé depuis le début et propose encore. On ne peut lutter contre une crise cardiaque, et l'auteur à eu la décence de nous proposer une fin correcte, qui conclue au moins la série. La suite proposée parce que l'auteur à récupéré part dans d'autres délires spatiaux qui à mon avis s'éloignent complètement de la trame et l'esprit de base. L'auteur l'a faite plus tard, et à changé entre temps. Il faut parfois savoir laisser les séries là où on les avait laissées, avec leurs défauts et tout, sans essayer de les changer.

Gunnm, c'est un manga de référence en science-fiction. Autant sur les thèmes abordés que sur le dessin et l'ambiance, il reste un des must en bande-dessinée de science-fiction, bien qu'il ne fut pas fini comme le voulait l'auteur à la base, mais il est à mon avis bien complet comme il est. Vous aurez compris en lisant mon avis que j'aime beaucoup ce manga, et je pense vraiment que son âge n'empêche pas sa grandeur d'être toujours la même. Il vaut le coup sur bien des points, rien qu'au nombre de tomes (9) qui est parfait pour l'achat, évitant qu'on ne se ruine pour la série, et elle possède l'énorme avantage d'être finie définitivement (sauf si vous jetez un œil sur Gunnm Last Order ....). C'est simplement un manga de référence, dans son genre et dans les mangas en général. Un ton adulte, un dessin mature, un scénario de même, des questions bien posées et bien trouvées ... Ce manga à tout pour plaire. Achetez le !

Pour l'histoire, un dérivé en a été fait, Gunnm Over storys qui reprend des petites histoires dans l'univers de Gunnm sans avoir une grande trame et sans importance pour l'arc principal. Je vais essayer de me le procurer un jour, et je vous en reparlerais.

(Chronique n°35)

jeudi 28 mars 2013

L'an 01 (Gébé)


Vous aimez Mai 68, la contestation sociale, les mouvements étudiants, la volonté d'aller à contre-sens de la société ? Oui ? Alors c'est le genre de livre que vous devriez aimer (j'ai adoré et je le revendique). C'est l'esprit de la contestation sociale (celle qui à ratée) des années 70, le moment où l'on dit merde à tout et qu'on recommence à zéro, partant vivre dans le Larzac. On fait table rase, on repart à neuf, c'est la remise en route de tout le bazar, c'est l'an 01 !


Résumé en trois mots : Révolution, Hippies et Pacifique

L'an 01, c'est avant tout une BD, mais qui fut également adapté en film, un vieux film en noir et blanc avec plein de vieux acteurs (genre Gotlib, Coluche, l'équipe du splendide encore non connue, Depardieu jeune et beau gosse ...), qui fut apparemment un petit succès (je n'en ai pas les chiffres officiels donc je ne m’avancerais pas plus que ça). Actuellement la BD est très dur à trouver, on ne l'imprime plus depuis des années, malgré les rééditions de l'Association (ce qui est fort dommage d'ailleurs) mais ce petit tracas peut être remplacé par ce site : celui là ! qui propose toute les pages scannées, et en cherchant un peu on trouve le film également. Donc ce n'est pas impossible, pas d'excuses !


Pour ne pas faire trop durer la chose, je vous propose de commencer rapidement par les défauts : c'est moche, désordonnée et brouillon. Bon, là le cadre est campé. C'est du dessin qui n'est pas beau. Mais alors vraiment. On ne distingue pas toujours tout. Ensuite, c'est une belle saloperie à lire, avec des cases dans tout les sens, du texte écrit en spirale parfois, des pavés énormes à lire (du genre une page énorme) et des sens de lectures qui sont aléatoires. Parfois il faut relire plusieurs fois pour s'assurer d'avoir bien compris. Et vu les pavés, la lecture est tout sauf fluide. Mais en même temps, l'histoire est très déconstruite, on a droit à une succession de petit sketch, des idées en vrac, des planches sans grand rapport entre les deux. Justement d'ailleurs, le mélange entre avant et après l'an 01 est très peu construit et du coup il faut un peu réfléchir en le lisant. C'est un gros défaut, mais en même temps, il faut comprendre que cette BD sort pas mal des cadres conventionnels puisqu'elle est faite avant tout pour un journal. Son passage en BD n'est pas prévu exactement, et du coup la forme s'en ressent.

Pas besoin de beaucoup pour qu'on
comprenne, non ?
Par contre le fond est nickel. Une idée de génie à germée dans l'esprit de Gébé : la révolution de mai 68 fait avec des moyens différents. Pas de révolution armée, pas de mobilisation. Juste un appel à la démobilisation générale. Et tout le monde se démobilise. Cette idée, c'est les fameux trois personnages sur la couverture : "On arrête tout, on réfléchit, et c'est pas triste". L'idée est exploitée sous plusieurs formes, en faisant le bilan des années 70, en montrant le fameux An 01 et ensuite en continuant avec ses fameuses nouvelles façons de vivre. C'est un avant-pendant-après la démobilisation générale.

Et c'est là tout le sel de la BD, une idée utopiste que j'aurais quasiment qualifiée de géniale, mais malheureusement elle est un peu trop utopiste sur certains points. Mais par contre, je ne peux que applaudir des deux mains lorsque je vois cette sublime idée de l'abolition de la propriété, cet ouvrier sur le trottoir en train de lire Platon et disant "On en fait tout un foin, mais finalement ça se laisse lire". Et tant d'autres petites perles à la fois d'humour mais également d'inventivité, ces louanges de la vie au grand air et à la culture pour tous, à l'arrêt de l'abrutisation des masses etc ... C'est également un appel à la révolution simple. On s'arrête, et on réfléchit. C'est bateau, mais c'est simple. Et au final, c'est superbe. Génial.

Le seul défaut dans cette utopie de "sale hippies", comme on dirait aujourd'hui, c'est qu'il ne va pas à fond dans certains aspects, notamment autour de la bouffe ou des vêtements. Mais c'est bien représenté, et l'envie m'a pris d'arriver dans l'an 01, de partager la folie de ces "doux dingues", qui vivent comme ils l'entendent et sans attaches, détachés de tout. C'est assez remarquable quand on le lit, cette façon de mettre en scène une société qui semble parfaite. Le tout à beau dater d'il y a maintenant plus de trente ans, il reste une excellente utopie, toujours autant intéressante.

En résumé, cet ouvrage difficile d'accès est avant tout une utopie, sacrément bien décrite, qui nous fait rêver et voyager. C'est une excellente BD, compliqué à lire, mais très bien campée, aux idées qui fusent en tout sens et dont plus d'une mériterait qu'on s'y attarde vraiment. L'ensemble est assez indigeste pris en gros, mais en lisant tranquillement, petit à petit, la douce folie et l'espoir qui sont contenus dans les pages ressortent et ne peuvent que nous toucher également. Une belle mise en scène, et je pense vraiment qu'elle vaut les utopies de tant de grand maitres (comme Thomas More par exemple). En clair, c'est le genre de BD à lire.

(Chronique n°33)

dimanche 10 février 2013

Presque (Manu Larcenet)


Pour la dixième chronique, j'ai décidé de marquer le coup. Je ferais sans doute pareil avec la vingtième, la cinquantième et la centième (qui est déjà rédigée d'ailleurs. Mais je la garde au chaud). Donc pour l'occasion, parlons d'une petite BD qui m'a particulièrement marquée, notamment pour mon engagement personnel et ma façon de voir les choses. C'est donc peut-être un peu plus polémique, mais en tout cas je vous promet que je ferais tout mon possible pour ne pas faire de pamphlet virulent, et je resterais courtois et poli, promis. Par contre, je parlerais plus longuement de l'auteur et de ses livres, car c'est une bête de la scène actuelle de la bande-dessinée française. Et même de la bande-dessinée en générale en fait. Je crois bien que nous avons là un des nouveaux Dieux de la BD. Ce n'est pas de l’exagération que de dire ça, ce bonhomme est vraiment dément dans son genre, une masse de BD qui vous prend au cœur, mais également aux zygomatiques. Un auteur également très intéressant à découvrir, en parallèle de son œuvre. C'est pourquoi aujourd'hui nous accueillons le grand Manu Larcenent et son œuvre Presque !


Résumé en trois mots : Armée, Traumatisme et Poésie

Ah, Manu Larcenet .... Vous en entendrez encore souvent parler, c'est certain. Il fait partie de ces auteurs qui vont apparaitre plus d'une fois sur le blog. C'est bien simple : Larcenet marque de son empreinte la bande-dessinée moderne. Plus de vingts ans de services, et encore du jus sous la pédale. Incroyable ...

Déjà, qui est Manu Larcenet ? C'est une auteur très sympathique nommée plus exactement Emmanuel Larcenet, un dessinateur né en 1969 du côté de Paris. Il démarre dans la bande-dessinée en 1995 en collaborant avec Fluide Glaciale, puis en créant Les rêveurs, une maison d'édition avec un collège : Nicolas Lebedel. C'est au sein de cette maison d'édition qu'il publiera plusieurs de ses albums, notamment Presque, Ex Abrupto, ou Dallas Cow-boy.
Il collabore avec Trondheim (un autre grand nom qu'il faut retenir) sur la série Donjon (une autre série qu'il faut retenir). Entre 2003 et 2008 il publie chez Dargaud sa fameuse série Le combat ordinaire  avant de se lancer dans la série Blast en 2009, série qu'il est encore en train de rédiger à l'heure actuelle (il en est au tome 4, le 3 est sorti le 5 octobre dernier).

Cet auteur, au-delà d'une biographie classique, est un auteur ancré dans son époque et qui s'attache à en faire ressortir ce qu'il y ressent. Dans de nombreux albums il exploitera des thèmes qui lui sont chers, et il se met bien souvent lui-même en scène pour ses livres les plus intimistes.

Dans ses sujets de prédilections, nous avons notamment la relation au père et sa mort, les conflits internes autour de très nombreux sujets, ses crises d'angoisses, la photographie (il est un grand amateur de cet art), la paternité, la place de l'artiste à la fois dans la société et dans le monde, ainsi que d'autres (relation à l'autorité, retraite du monde etc ...). Ces sujets sont développés selon plusieurs points de vue, que j'aborderais plus longuement dans une chronique sur Le combat ordinaire. Pour aujourd'hui, nous nous contenterons d'un récit intimiste et personnel, sur une période de sa vie qui ne fut pas facile et qui l'a marqué profondément. L’œuvre est curieuse d'ailleurs puisqu'elle va osciller entre deux tons, mais je vous explique tout cela par la suite.


Donc, Presque est une BD qui va traiter de son passage sous les drapeaux, en clair son propre service militaire. Je précise déjà quelques petites choses en rapport avec mon ressenti vis-à-vis de l'ouvrage. Je n'ai pas connu le service militaire, étant trop jeune pour cela. Je n'ai eu droit qu'à la journée d'appel à la défense, journée chiante au possible mais qui était nécessaire. Ensuite, mon père n'a pas fait le service, et je n'ai jamais eu vraiment d'échos de la part de mes oncles (même si l'un dit que c'était une période très sympathique de sa vie). En clair, je ne connaissais pas grand-chose au système de fonctionnement du service, et c'est en toute insouciance et en toute gaité de cœur que je me suis penché sur cet ouvrage que je n'ai lu que pour avoir vu qu'il s'agissait d'un immanquable de mon site de BD préféré, BDtheque.
Déjà, regardez moi ce trait. Regardez le bien. N'est-il pas superbe en noir et blanc, avec des jeux d'ombres uniquement, sans contour précis, avec des taches qui semblent s'éparpiller partout sans ordre logique. Et pourtant, le dessin est très précis, et loin d'être brouillon. Il est sombre, torturé, propre à un récit intimiste. Mais ce dessin n'est pas seul, il y aura une autre forme dans le livre. Regardez donc la deuxième image ci-dessous. C'est du dessin qui fait plus proche du comique que d'une œuvre noire et sombre, n'est-ce pas ? Et pourtant, je peux vous garantir qu'il parvient sans grande peine à faire rejaillir des émotions via ce dessin très simple et tout gentillet, mignon. Le décalage avec le propos plutôt noir va sacrément jouer, et le retour aux cases sombres et tordues vont rajouter encore à l'effet dramatique des passages. D'autant que des alternances vont se faire avec des passages muets, d'autres simplement imaginés, des passages de rêves, et même des passages presque psychédéliques. Le tout va faire voyager le lecteur entre différentes émotions, soulevant d'autant plus l'horreur du récit lorsqu'on retombe à pieds joints dedans. C'est une façon de mettre en scène artistiquement qui est juste parfaite. Tout va se jouer avec ces alternances, et rythmés avec la voix off qui donne le ton de l'ouvrage.


D'ailleurs, parlons en de la voix off. Car si vous avez zoomés sur la première image que je vous ai mis, vous aurez noté que Larcenet parle dans le récit à la première personne. Il nous narre directement les événements auxquels il a prit part et la façon dont il a ressenti les choses. Mais ce n'est pas tout ! Car avec plusieurs interventions, notamment au début, et ensuite dans les dialogues imaginaires avec sa mère, il nous fait comprendre de façon très simple, que nous ne pouvons pas comprendre. C'est un traumatisme personnel qui le ronge, et il nous le livre simplement sans artifice. Jusqu'au bout, avec un final qui est également le sommet de l'album, vous voyez sans pouvoir rien changer, rien faire. Il n'y a pas d'action noble à entreprendre, de pétition à signer, de manif à faire. C'est déjà passé, tout est trop tard à présent. Par contre, l'ampleur du choc est encore là, et vous pouvez seulement assister à tout ces événements sans rien faire. C'est d'ailleurs assez horrible de suivre le cours de tout sans rien faire que de ressentir. Et d'ailleurs, au final, vous n'en aurez pas beaucoup appris, vous n'aurez pas un beau récit qui fait réfléchir. Enfin, si, en un sens, mais ce n'est pas de la philosophie, c'est juste du ressenti, des émotions. Poignantes, violentes, mais elles sont là, bien ancrées dans le récit et prêt à en jaillir pour vous assaillir. Il vaut mieux être préparé, c'est du brutal, comme aurait dit Bertrant Blier.

Et donc, dans tout cela, vous suivrez Manu Larcenet dans son service militaire, depuis ses débuts lorsque son père le déposa devant la caserne, jusqu'à ce que tout soit fini, qu'il soit rentré. Mais ne vous attendez pas à un exposé de la vie à la caserne. En fait il ne l'expose quasiment pas. Vous aurez seulement quelques bribes avant d'avoir l'épreuve finale, où il était en "situation réelle". C'est le gros du livre, les quelques jours passé à attendre un ennemi qui n'en était pas un pour être ensuite relâché dans le monde civil. Une partie qui fut tout sauf de plaisir. Au sein de ces cases torturées, nous aurons même droit à des dessins de hiéroglyphes incas, des cases d'introspection mise en image et commentée. C'est un effet très particulier, mais je le trouve d'une force incroyable. C'est très dur à expliquer, mais il faut le voir pour le comprendre. Encore une fois, je suis admiratif devant la mise en scène.

Et vous, bande de petits veinards, vous avez en sus la chance de pouvoir acheter la réedition de 2010. Manu Larcenet à enrichie cette nouvelle édition de quelques planches supplémentaires, très simple, avec un personnage à lunette qui a pris Presque dans un bac de sa librairie avant d'être apostrophé par Larcenet qui explique notamment la genèse et ce qu'il pense de son ouvrage actuellement (grosso modo, il en est mécontent dirait-on). Très intéressant à lire pour comprendre mieux l’œuvre. Une façon de voir l'artiste à travers l’œuvre, tout en restant dans son cadre. Je ne sais pas si je me suis fait bien comprendre.

Au final, que penser de Presque de Larcenet ? Il y a plusieurs façons d'aborder ce livre. Tout d'abord, nous pouvons y voir simplement une des premières œuvres d'un grand maitre de la BD actuel (qu'il le veuille ou non d'ailleurs, il a ce rôle). Ensuite, nous pouvons y voir une œuvre graphique époustouflante, très en dehors de ce qu'on trouve habituellement en rayon dans les magasins (surtout si on en fouille pas beaucoup). Enfin, nous y avons également une œuvre forte et poignante, témoignage choc d'une tranche de vie très courte, riche en émotion.
Par contre, nous ne pouvons pas y trouver quelque chose d'instructif, d'humoristique ou même de distrayant. C'est profond, sans être philosophique, plus proche d'une poésie funèbre (ou macabre) que d'une BD passe-temps. C'est quelque chose qu'on lit pour en tirer des émotions, et pas pour rester indifférent. Du coup, il vaut mieux savoir à quoi s'attendre avant d'ouvrir ou d'acheter l’œuvre. C'est fort, ça pique, et du fait ça ne plaira pas à tout le monde. Et ce n'est surement pas la meilleure œuvre pour aborder Larcenet, puisqu'elle peut vous rebuter avant de lire d'autres choses. Même si j'ai personnellement commencé par celle là.

(Chronique n°10)

mercredi 30 janvier 2013

Etat des lieux (Antonin Gallo)


Vous ne savez peut-être pas, mais il existe une catégorie pour chaque BD existante. C'est plus pratique pour les retrouver lorsqu'on fait un classement. Mais tout n'est pas simple, et certaines par exemple ne rentre pas dans une seule catégorie, on est obligé de les mettre dans plusieurs à la fois. C'est extrêmement épineux comme sujet, un bon moyen de dispute entre bédéphiles convaincus (lancez en deux sur La nef des fous* de Turf, vous verrez, on rigole vite). Du coup certaines catégories naissent, comme Inclassable qui sert allègrement de poubelle à un peu tout et n'importe quoi. Et encore pire : la catégorie Roman Graphique.
Cette catégorie, c'est tout simplement une catégorie dans laquelle on range tout ce qu'on veut. La description laisse rêveur :
L'expression « roman graphique » désigne un genre de bande dessinée, généralement longue, sérieuse et ambitieuse, destinée à un lectorat non-enfantin
Source : Wikipédia (je sais, c'est pas le mieux).

En fait, il faut surtout retenir que le terme englobe des séries de bande-dessinée à but sérieux, qui constituent un livre à part entière ou une série (en clair, pas de division interne, pas de planches ou de strip). Mais là encore, la notion est très floue, et depuis la naissance du terme, il englobe de plus en plus de choses. Comme quoi, c'est compliqué les définitions. Pour l'histoire, le terme est une traduction de l'américan "Graphic Novel", qui s'opposait à l'époque au comics classique : super-héros, humour en strip ou planches etc ... C'est le moment où Will Eisner chamboule la donne avec ses romans, mais nous aborderons ces histoires plus tard (quand j'en saurais un peu plus sur le sujet et que j'aurais lu du Will Eisner).


Cette introduction un peu longue va nous permettre de ranger la BD qui va suivre, et qui à aussi un parcours atypique. Car nous allons aujourd'hui aborder le genre de BD qui m'a décidé à créer ce blog, étant donné qu'il est quasiment impossible de les commenter sur des sites normaux : les BD-blogs. Mélangé avec les romans graphiques, oui messieurs-dames. Rassurez-vous, je ne vais pas vous perdre. Lorsque j'aborderais les différences entre les catégories de BD, vous serez un poil plus sollicités niveau matière grise.

En attendant, voila la chose en question : applaudissez bien fort notre nouvel arrivant !


Résumé en trois mots : Passé, Amour et Acte manqué

Ce roman graphique est un peu complexe à aborder. Je vais d'abord en expliquer l'histoire, pour ceux qui veulent lire la critique, sautez directement au paragraphe sous la deuxième image.
Tout d'abord, il faut savoir que cette BD à été publiée aux éditions Amilova, une magnifique création du web. Cette plate-forme à été crée pour permettre aux auteurs de mettre leurs BD en ligne, avec une rémunération (par exemple que les 100 premières pages accessibles sans abonnements uniquement), et qui publient de temps à autres des livres vendus uniquement sur le web (pas de devantures dans les magasins malheureusement). Cette plate-forme propose d'ailleurs plusieurs perles (dont je parlerais lorsque je les aurais lu, ça attendra la prochaine paye). Pour le nom, il vient d'une des BD publiée (et celle à l'origine de la plate-forme si j'ai bien compris) nommée Amilova, mais que je n'ai pas encore lu, je le confesse.

Dans tout cela, vient se greffer l'auteur, Antonin Gallo, dit Mr To (si vous cliquez, vous arrivez sur son blog, c'est beau la magie du net), un auteur de ... euh, peu d'année, je viens de remarquer qu'on ne trouve pas forcément beaucoup d'informations sur lui. Bon, j'admets que j'ai pas poussé super loin les recherches, mais je dirais que ce n'est pas l'essentiel.
Enfin bref, cet auteur va nous pondre un petit chef-d’œuvre de roman graphique, qui décoiffe sacrément. Je vais vous en faire le commentaire tout de suite, mais je précise auparavant que la BD est en ligne sur Amilova (Cliquez-là) ou tout simplement est disponible à l'achat en cliquant ici. C'est plus sympa de le lire chez soi -comme souvent pour une BD du net- et en plus ça fait tourner le site. Et franchement, le prix pour 120 pages de roman graphique, c'est dérisoire. D'ailleurs je pense que vous entendrez souvent parler du prix des BD, parce que c'est un gros souci quand on en fait la collection. Mais là je m'égare, allons tout droit au but : la BD en elle-même.



Le roman graphique va donc nous présenter l'auteur en tant que narrateur qui va faire un état des lieux (à la manière d'un Trondheim dans Approximativement* ou Larcenet dans Presque*). Un état des lieux de quoi, me direz-vous ? D'une fille. Plus précisément d'une attitude, de souvenirs et des relations avec cette fille. Et par là même, l'auteur nous livre une bonne partie de ses années de lycée, ce qui n'est pas sans intérêt non plus.
L'histoire semble très classique, un truc déjà vu, mais ici tout l'intérêt est dans la relation qu'il va entretenir avec la fille : "Voici Julie, mon acte manqué". Je pense qu'avec cette simple phrase, la BD est bien résumée. Mais attention, ce n'est pas si simple. Car pour un acte manqué, il faut beaucoup de travail préparatoire. Et beaucoup d'occasions manqués également.
Je précise tout de suite que la BD parle sans doute plus lorsqu'on a quitté le lycée et qu'on peut se placer dans la situation de l'auteur, mais si on y est encore, on peut y lire un avis de ce qu'il ne faut pas faire. Du coup, c'est assez intéressant des deux points de vue. Grosso modo, tout le monde peut se sentir concerné.

Cette histoire va se concrétiser avec l'auteur qui retourne dans son lycée, revoit les lieux et fait rejaillir les souvenirs attachés à eux. D'autant qu'il intervient dedans, mais pas comme dans de la SF. Je vous laisse découvrir, mais c'est vraiment bien fait. Le dessin d'ailleurs se caractérise différemment selon le moment où il se passe (présent ou passé). Je ne suis pas assez expert en la matière pour le décrire, mais en employant mes mots, je dirais qu'il y a un côté plus crayonné dans le présent, et plus "peinture" (zut alors, je ne trouve pas un mot pour décrire) lorsque c'est dans le passé.

En parlant du dessin, l'ensemble est en noir et blanc, sauf la couverture, et dans l'ensemble d'une très grande beauté. D'ailleurs il est très clair, très beau, et je trouve que la lecture est très fluide. On comprend tout de suite les personnages, et on les repère vite. En clair c'est très loin de ce que produit Lauzier (même si celui-ci reste également assez clair). Et le dessin est parfaitement bien maitrisé. Je le précise parce que les productions du net ne sont pas forcément réputées pour ça, et parfois on tombe sur des choses très amateur. Mais là je m'égare à nouveau. Donc niveau dessin, aucun cliché par rapport à internet et un kéké qui dessine avec ses feutres durant le cours de maths, c'est très beau et c'est très clair. Personnellement je suis fan, et après avoir relu les Lauzier, je note également qu'on a le droit ici à un texte parfaitement clair, autant dans l'ordre de lecture que dans la taille de l'écriture. Je dois dire que ça fait plaisir de lire facilement. J'y reviendrai pour d'autres BD (plus tard ...).

Ensuite, concernant l'histoire, là c'est encore du tout bon. C'est peut-être classique et à tendance romantique, mais l'humour est présent pratiquement du début à la fin, certains passages sont vraiment très beaux, c'est dynamiques, bref on a pas le temps de s'ennuyer. Par contre, il faut aimer les récits introspectifs, avec de la réflexion, de la poésie et du romantisme (quand même un peu). Je noterais un détail : l'ordre des scènes est fait selon la remontée des souvenirs, pas selon leurs ordres chronologiques, et j'avoue ne pas avoir clairement différencié l'ordre par rapport aux deux années de Terminales, si une scène s'était passé lors de la première ou de la deuxième année. C'est un détail, étant donné que même sans ça j'ai tout suivi, mais il convient de le noter. Sinon en terme de critique j'avoue que je ne trouve pas grand chose à reprocher. Peut-être qu'on peut critiquer le fait de ne pas aller à fond tout le temps à chaque souvenir, mais j'ai trouvé que c'était juste bien dosé, avec le choix pour le lecteur d'en tirer les conclusions. C'est juste un état des lieux, pas une analyse poussée. Faudra une fois que je note les livres dont les titres sont remarquablement bien choisi.

J'ajouterais également que la BD livre une belle réflexion autour de l'acte manqué, mais pas seulement autour du reproche qu'on peut faire envers son passé, mais également de la continuité de cet acte dans le présent. Pour ça, je vous laisse lire. Mais en plus, quand l'histoire est belle, c'est parfait. Et quand une histoire d'amour est raconté intelligemment, je craque facilement. Du coup je suis tombé très vite sous le charme de État des lieux.

Par contre, le livre se finit sur un retournement qui donne juste envie : savoir la suite. Pour l'instant elle est commencée, et s'intitule La fille aux cheveux châtains (qu'on trouve également sur le net : clic-clic) mais qui n'est pas terminé. Bon, l'auteur à beaucoup d'autres projets, alors on lui pardonne. La patience est une vertu en BD : pour le tome 2 se Sasmira, il a fallu 14 ans (et la série est pas encore finie ..), on attends encore le tome 4 de Les feux d'Askell (17 ans d'attente celui-là) et Candélabres tom 5 est promis depuis 6 ans. Donc on ne va pas trop reprocher l'attente.


En résumé, voici un excellent exemple de roman graphique : le dessin est très réussi, et très beau, le propos est très clair et parfaitement réussi. L'auteur livre une histoire avec morale et réflexion (je dirais que c'est sans doute la caractéristique d'un roman graphique, mais ce n'est que mon avis), ouvrant pas mal de portes. Le récit est très bien construit et prenant, on ne s'ennuie pas et il y a une belle inventivité. En clair, c'est un opus qui s'installe très facilement sur les étagères de votre bibliothèque. Le prix est modique pour une fois (disons qu'on ne doit pas faire un emprunt à la banque) et le format de poche tient bien sur l'étagère. Toutes les bonnes raisons de l'acheter, ou à défaut de le lire.

* Une chronique bientôt, promis (en disant ça, j'ai encore 150 BD à chroniquer, et au moins autant de livres ....). Lorsqu'elle seront faite, je mettrais un renvoi vers celles-ci.

PS : les illustrations sont publiées avec l'aimable autorisation de leur auteur, merci de ne pas en faire n'importe quoi

(Chronique n°4)