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samedi 14 juin 2014

Les cavernes d'acier (Isaac Asimov)

Cycle des robots, volume 3


Le troisième tome inaugure enfin les histoires longues et introduit les personnages que nous retrouverons au fil de la saga. En y repensant, c'est la première fois que je lis une histoire en un volume de Asimov depuis le livre Cailloux dans le ciel, mais j'ai maintenant les deux gros cycles (Les robots et Fondation) dans la ligne de mire, c'est donc parti pour des histoires plus longues. Et j'avoue que ça fait plaisir de retrouver le talent de cet auteur qui m'avait ébloui lors de ma première lecture.


Résumé en trois mots : Enquête, Robot et Spatiens

Les Spatiens, humains habitants d'autres planètes, genre qui n'est ni terrien ni extra-terrestre ... Un concept assez amusant. D'ailleurs, en y repensant, ça me rappelait un peu le cadre de l'histoire Cailloux dans le ciel, avec cette Terre vieillissante qui n'est qu'un petit morceau perdu dans l'immensité des autres espaces de l'univers.
Le livre en lui-même n'est qu'une enquête, mais pas, cette fois-ci, sur les robots. Il s'agit toujours de s'interroger sur les robots, mais d'une autre façon, et sans s'intéresser aux conditions d'actions des trois lois. Ici, la focale se fait plus sur l'interpénétration de la société par les robots et la haine viscérale que pourraient éprouver les humains au contact de ces êtres à la fois semblables à eux-mêmes et en même temps supérieur par bien des côtés. Ce qu'Asimov appelle le syndrome de Frankenstein.
J'ai beaucoup aimé ce livre, une enquête très sympathique et pour laquelle j'ai beaucoup hésité, même si le coupable m'apparaissait comme potentiel, je n'ai rien deviné jusqu'à la fin. En tout cas, elle est très bien réalisée.
J'ai beaucoup aimé le différents points de réflexions qui composent le roman, même si ceux-ci sont souvent des points déjà présents dans les nouvelles que j'ai lu, mais ils confèrent un éclairage sympathique à l'enquête qui n'est pas l'essentiel du livre.

Un bon roman, même si ce n'est pas le meilleur de l'auteur, mais qui se lit agréablement et qui invite à réfléchir encore une fois au potentiel en devenir de l'humain sur Terre, mais aussi dans le reste de l'Univers. Sans oublier, bien sur, tout ce qui caractérise cette série : les robots et leurs place dans un monde d'humain, leur interaction avec eux et tout ce qui s'ensuit. Bref, un nouvel opus toujours dans la bonne moyenne des Asimov et qui m'invite à me pencher sur le suivant assez rapidement.

(Chronique n°194)

vendredi 7 mars 2014

Les septs cadrans (Agatha Christie)

Deuxième Agatha Christie qui trainait et que j'ai décidé de lire dans la foulée. Après tout, je n'étais plus à ça près, alors autant se laisser aller à cet univers anglais typique dans lequel se trament les pires complots et les assassinats les plus sanglants. Quand on y pense, c'est une femme écrivant tellement d'horreur ... Meurtres pour n'importe quoi, personnages presque sadiques et jouant des autres ... Et dans celui-ci encore, on ne déroge pas à la règle.


Résumé en trois mots : Société secrète, Cadrans et Enquête

Cette fois-ci encore, je me suis fait totalement avoir. C'est presque frustrant de se faire encore piéger comme un bleu (quoique, j'avais presque trouvé quelque chose. En tout cas j'étais sur une bonne piste). Bref, encore une fois une réussite totale dans l'enquête, qui n'exploite toujours pas les personnages d'Hercule Poirot ou de Miss Marple. Cette fois-ci, que de la jeunesse en quête de réponses, bien évidemment différentes de celles qu'on attendrait.

Ce qui m'a surpris cette fois-ci, c'est la tournure du livre. A la place d'une recherche qui pourrait être classique d'un coupable parmi plusieurs personnes, le livre prend un sérieux virage différent à la fin, nous faisant examiner d'un tout autre œil les événements précédents. C'est le but de l'auteur, certes, mais c'est tellement bien fait que je n'ai pu m'empêche de sourire en me disant "Bravo, je me suis fait complètement avoir". C'est d'autant mieux fait que j'ai eu du mal à comprendre que c'était l'explication finale. Je ne m'attendais vraiment pas au dénouement. Une excellente surprise.

Le reste est toujours pareil à un bon Agatha Christie, avec les femmes qui sortent du lot, battantes et qui défendent leurs intérêts (ah, les relations avec le père m'en-foutiste) et qui ne se laissent plus dominer par les hommes. C'est une excellente façon de voir les choses.

Bref, un excellent Agatha Christie dont la fin m'a complètement surprise encore une fois. Rien ne le laissait présager, je me suis fait avoir comme un bleu. Mais le reste n'est pas en ... Est bien aussi, avec ces personnages très intéressants et quelques petites considérations sur la condition féminine et son émancipation. Une lecture que je vous recommande, elle est franchement sympathique.

(Chronique n°148)

mercredi 5 mars 2014

Le cheval pâle (Agatha Christie)

Parfois, il arrive que je n'ai pas envie de lire quelque chose. Il faut alors se rabattre sur autre chose. Et parfois, j'ai des envies contradictoires : je veux lire et rien de ce que je vois ne me plait. Dans ces moments là, je me rabat sur des livres prenants, et surtout court, histoire de me plonger rapidement dedans et reprendre gout à la lecture. C'est aussi un moyen de se "détendre" de lecture lourdes et fastidieuses qui prennent un peu trop la tête. Agatha Christie est l'auteur idéale pour ces moments de spleen. Lire un de ses romans m'entraine dans une enquête que je suis avidement, et dont je ressort la cervelle purgée, sans me poser de questions ou philosopher, sans aucune véritable émotion. Un véritable nettoyage. Et c'est pour cela que j'ai lu ce Cheval pâle.


Résumé en trois mots : Enquête, Occulte et Croyances

Difficile de résumer un Agatha Christie en trois mots ... Je vais en baver aussi pour le suivant je crois. Enfin bref, c'est une histoire très courte (moins de 200 pages) qui ne contient aucun des héros habituel de la reine du crime (!). Et comme d'habitude, c'est excellent.

Agatha Christie à un style d'écriture assez génial, puisqu'elle nous pose une énigme, parfois sans qu'on s'en rende compte. Dans ce cas précis, l'énigme met du temps à venir, et au final j'ai été surpris puisque je ne m'attendais pas du tout à ce genre d'enquête (enquête qui n'en est pas véritablement une). Et encore une fois, le/la/les coupable(s) est surprenant, surtout que je ne pensais pas du tout en bon terme. Mais bref, j'ai encore été surpris !
Le tout est rehaussé par l'ambiance que sait poser Agatha Christie, avec une montée progressive du suspense et une galerie de personnages étranges et intéressant qu'on suit avec plaisir. J'ai été séduit encore une fois, bien que je ne pense pas que je relirais le livre (comme souvent avec Agatha Christie). Bref, une bonne facture comme d'habitude. Ajoutons que l'auteur penche pour une fois du côté de l'occulte, ce qui n'est pas inintéressant, car elle le fait d'une belle manière. On y croirait presque !

En somme, un excellent Agatha Christie qui nous invite à une enquête très différente de ce à quoi l'on pourrais s'attendre. La montée progressive du suspense et toute la mise en place est encore une fois excellente, et j'ai été surpris par le final. La reine des polars, toujours non détrônée. Je ne peux que vous conseiller cette lecture fort plaisante.

(Chronique n°147)

vendredi 9 août 2013

Tout est sous contrôle (Hugh Laurie)


Je n'aime pas du tout lorsqu'on vante un livre pour son auteur qui est réputé, bien des grands se sont cassés la gueule sur des livres (j'ai des exemples précis en tête mais je ne citerais pas par décence) et bien des stars ont pondu des œuvres minables qui n'auraient jamais dû être publiées. Et pourtant, parfois certains sortent vraiment du lot et proposent quelque chose de génial, bien écrit, bien construit. Le genre de choses qui n'arrive que très rarement, et souvent lorsque l'auteur a avant tout envie d'écrire un livre pour raconter une histoire et non se mettre en avant en sortant quelque chose (ce genre de considération marche d'autant mieux pour les BD où nous goutons au plaisir sadique de grands noms qui reprennent des BD et en font des catastrophes sans nom). C'est un roman de ce style donc que je vais aujourd'hui commenter, une belle œuvre qui mérite qu'on s'y attarde, à l'opposé de ce qu'on pourrait attendre. C'est Tout est sous contrôle de Hugh Laurie.


Résumé en trois mots : Privé, Armement et Ennuies
 
Alors, pour ce livre ça va être un poil compliqué à expliquer. L'auteur est bel et bien Hugh Laurie, l'interprète du Dr House dans la série éponyme, mais le livre date de 1996. Il est sorti en France en 2009 uniquement, lorsque la popularité de l'auteur et de la série permirent un petit affichage dans les boutiques. Lorsque Hugh Laurie écrit le livre, il n'est pas extrêmement populaire encore, et écrit d'ailleurs sous un pseudonyme lorsqu'il l'envoie à l'éditeur, afin de ne pas l'influencer par son prestige d'acteur et l'inciter à le prendre. Comme quoi, des acteurs peuvent avoir de la morale. Enfin bref, je m'égare.
En tout cas, il faut savoir que le roman fut écrit avant que la série du Dr House ne commence (c'est en 2002 seulement qu'elle fut écrite), alors qu'on aurait volontiers dit l'inverse. Je vais m'expliquer.

Le roman est un mélange de policier, d'humour et d'espionnage. Bien mélangé. Déjà, l'humour est présent absolument partout, sans temps mort. Un humour cynique, très noir également, dans le genre exact que ferait le Dr House dans la série. Je ne la connais pas bien, mais de ce que j'ai vu dans les épisodes, je peux vous dire que c'est exactement le même genre d'humour. Là le gros avantage c'est que l'humour est présent absolument dans toutes les pages, ce qui fait que la lecture vous laisse toujours un sourire et vous arrache souvent un rire. C'est plus dans les répliques percutantes et la tournure des phrases que cet humour frappe, mais il est d'une efficacité redoutable.

Le synopsis est le suivant. Un homme d'environ 35 ans, Thomas Lang, est appelé pour commettre un meurtre. Lui qui est plus dans le privé refuse, et prévient la future victime. Bien évidemment, les ennuis commencent, d'autant qu'il trouve chez la future victime quelqu'un qui l'agresse. Et tout s'enchaine ensuite sans temps mort.
Disons le tout net, ce roman c'est du genre action à gogo et parfois actions un poil improbable. Il faut admettre que c'est toujours très bien tournée et sans coup à la James Bond (comprenez par là qu'il n'y a pas de coup gros comme une maison). Ensuite, les actions sont toujours très bien décrites, fluides et dynamique. En plus, l'humour dans le roman fait passer le tout comme une lettre à la poste. Les chutes de chapitres sont très bonnes également, laissant du suspens et quasiment tout le temps humoristique. C'est une façon d'écrire qui est vraiment intéressante et prenante. Autant qu'un bon Stephen King.

En sus de tout cela, nous avons le droit à un fond qui est extra : l'histoire va se développer autour du marché des armes à feu, du terrorisme et d'opérations pour répandre la peur, autorisant ainsi des politiques répressives. Je dois dire que le tout est suffisamment bien tourné pour qu'on ai l'impression d'être entouré de salaud tout au long de notre vie. Et d'ailleurs, il faut admettre que le coup est bien précis, visant la politique d'un état qui se justifie par un acte terroriste qui est lui même commandé par ce même état. Un film était prévu, mais il s'est arrêté après les attentats du onze septembre. N'y cherchez aucun lien de cause à effet, c'est un pur hasard sans doute. Mais je m'égare encore.

En dernier point, je dois avouer que les personnages sont attachant, dans tout le roman, et Thomas Lang est juste parfaite en anti-héros, avec son caractère de cochon, sa tendance aux excès d'alcool et de vitesse, ses petits défauts etc ... En fait, il en devient un héros qu'on apprécie, mais qu'on admire pas. C'est en parfaite adéquation avec le héros.

Pour moi, Hugh Laurie à parfaitement bien visé dans l'écriture de son roman, avec une idée excellente, un humour caustique mais qui colle à merveille avec l'histoire, une sacrée dénonciation des industrie d'armement et en général des gouvernements par la terreur (entre autre des terroristes), ainsi que plein d'autres petites choses. Le style d'écriture est vraiment extra et la lecture est parfaitement fluide. On en redemanderait à la fin, mais il n'y aura manifestement pas de suite, malgré des fausses annonces dans plusieurs plate-forme. En bref, ce livre est superbement bien écrit, et génial dans le fond et la forme. C'est à lire, j'en suis sur, sauf si vous êtes imperméable à ce style d'humour. Comment le savoir ? Lisez-le, vous verrez bien !

(Chronique n°59)

mardi 21 mai 2013

Le voyeur (Brian Freeman)

La couverture fait typiquement
thriller, vous ne trouvez pas ?
Là nous abordons un genre dont je n'ai pas encore beaucoup parlé et qui pourtant est très connu, si ce n'est pas le plus exploité commercialement actuellement, le polar. Je dis qu'il est le plus exploité, mais je dois dire aussi que ce genre contient une flopée d'auteur connu (je ne dirais pas bon, étant donné que je n'en ai pas lu le quart). Si la reine du genre reste Agatha Christie qui a su sublimer les différentes histoires, allant un peu sous tout les angles et annonçant les premiers polars aux détectives qui n'agissent que très peu (Poirot n'est pas taillé pour les courses poursuites), de très nombreux auteurs ont actuellement la côte, il suffit d'aller dans une librairie pour s'en rendre compte.
Cependant, c'est un genre que je lis très peu. Je dois avouer que je suis assez indifférent aux genres, ne m'intéressant que très peu aux différents crimes avec leurs résolutions, les fameuses fausses pistes, les coupables évidents qui n'en sont pas ... Bref, en fin de compte, je trouve souvent que les intrigues se répètent. Du coup, j'ai du mal à en lire. J'ai seulement dévoré quelques Agatha Christie, un ou deux polars autour, mais dans le genre je préfère beaucoup d'autres styles.
Mais ce livre m'a été recommandé par une personne très sympathique, du coup j'ai décidé de le lire tout de même, l'ayant trouvé d'occasion. C'est donc celui-ci que j'ai décidé de vous chroniquer aujourd'hui : Mesdames et Messieurs, Le voyeur de Brian Freeman.




Ce polar, assez gros tout de même (plus de 500 pages) fait intervenir un héros qui est apparemment récurent chez Brian Freeman (si j'ai bien compris), Jonathan Stride, lieutenant de police. Et l'histoire se concentre autour du meurtre de celle qui fut sa future belle-sœur, Laura Starr, sœur de sa première femme, Cindy Starr. Mais le problème, c'est que Laura Starr fut retrouvée assassinée, le visage écrasé à coup de batte de base-ball, un soir du 4 juillet (fête nationale américaine, hein, pour ceux qui auraient oubliés). Le suspect principal ne fut jamais arrêté, ayant quitté la ville, et l'affaire ne fut jamais résolu. Trente ans plus tard, un voyeur recommence à apparaitre, comme lors de cette année 1977, et une journaliste veut rouvrir l'enquête. Mais beaucoup de choses ont disparus ou changés, les gens ont vieillit, et puis Cindy est morte ... Le lieutenant Stride accepte cependant d'aider la journaliste dans son investigation sans trop de bonne volonté. Il se sent coupable : le soir du 4 juillet, il était avec Cindy pendant que sa sœur se faisait assassiner.

Alors, le synopsis de base est assez sympathique, même si je ne comprend pas cet engouement pour les romans qui déterrent des vieilles histoires afin de faire enfin la lumière sur un meurtre (qui séduit aussi le cinéma). Bon, je ne me lancerais pas dans un débat de fond ou de forme, mais l'idée est quand même intéressante. Que devient-elle dans les mains de l'auteur qui a un style assez bon, direct et efficace (ce qu'il faut donc pour un polar). Le gros avantage, c'est qu'il n'y a pas une multiplicité énorme de personnages, ce qui évite de s'embrouiller dans les noms (ce qui m'arrive souvent dans les Agatha Christie) et qui clarifie aussi la situation. Mais qui réduit aussi la liste des suspects. Cela dit, je dois dire que l'ensemble est bien maintenu, avec un sujet qui est finalement caché très longtemps et qui à de quoi surprendre, il faut l'avouer, les romans en traitant étant rare. Je ne le dévoile pas, pour ne pas spoiler évidemment, mais c'est assez surprenant et j'ai bien aimé cette idée. Ca fait plaisir d'avoir une surprise comme ça. Ensuite, je dois dire que les personnages ne sont pas spécialement attachant, souvent très peu profond. C'est un peu stéréotypé, notamment le héros, mais aussi quelques personnages autour. Là encore, le style d'écriture rattrape assez ça en ne lassant pas.

L'intrigue connait de multiples rebondissements, comme souvent dans un polar, et l'ensemble devient du coup assez prévisible. Et c'est justement ce qui m'a embêté le plus avec ce roman. La surprise manque beaucoup. Un retournement sur deux est visible, et j'ai su la fin 140 pages avant qu'elle n'arrive. Sur le coup, c'est très frustrant de lire en sachant déjà le coupable et en comprenant les motivations tout au long de l'écriture. Du coup, la fin du roman m'a été assez pénible. Je dois dire que le ressenti général en prend tout de même un coup (1/3 des pages en sachant la fin d'un polar, c'est long). C'est le gros défaut que j'impute au roman : il est très prévisible. Et pour un polar, ça la fout mal.

En fin de compte, on retiendra du roman qu'il apporte une bonne idée de sujet, avec une grosse surprise dessus, et une écriture efficace dans le genre. Par contre, il faut aussi noter des ficelles classiques qu'on prévoit à force, des personnage sans grandes surprises et une fin qui se voit arriver de loin si l'on réfléchit un poil (et qu'on est habitué au polar). Du coup, je ne sais pas trop si l'achat est recommandé, puisque vous risquez aussi d'avoir une fin qui vous décevra. Mais pour le reste, c'est plutôt pas mal, efficace sans renouveler le genre. Si vous êtes adeptes des polars et que vous lisez occasionnellement, il peut être un bon choix. Pour les autres, je pense qu'on peut passer outre sans difficulté.

(Chronique n°45)

dimanche 14 avril 2013

MW (Ozama Tezuka)


Là je vais commencer à aborder des mangas, et en suivant ma ligne de conduite, je ne commenterais que des séries intégralement terminées (en clair, pas de Naruto ou One Piece tant que ce n'est pas définitivement bouclé). Et pour commencer en faisant ça bien, je vous propose d'attaquer directement les mangas du Dieu des mangas. Vous le connaissez ? C'est Tezuka, bien évidemment. Je vous détaillerais la bio plus loin.
Alors, maintenant que j'attaque les mangas, je dois préciser en plus que je ne rentrerais pas dans des débats en comparant la BD et les mangas. Les deux ont des choses aussi bonnes, aussi mauvaises, des séries commerciales et du sous-genre. Donc tous égaux, sans distinction. Compris ? Et pas de débat sur le dessin, le style manga est ce qu'il est, mais le style comics est également très particulier. Pas de débat là-dessus non plus. Et enfin, j'ai ma propre expérience de lecture, je considère certains mangas comme immanquable et beaucoup d'autre non, pas la peine de me dire que j'ai un avis de merde et que je devrais plutôt lire celui-ci ou celui-là. J'ai une énorme liste de lecture à lire, il est sans doute inclus dedans, et de toute façon, chacun ses gouts.
En attendant, voici le premier manga qui rentre dans la roulotte : MW de Ozama Tezuka.


Résumé en trois mots : Psychopathe, Vengeance et Gaz

Cet auteur là, vous en aurez plus d'une fois dans la roulotte, pour la bonne et simple raison qu'il est le Dieu du manga. Ce n'est pas seulement un surnom gentillet, comme celui qu'on donne aux chanteurs. Là le surnom est totalement justifié. En fait, Tezuka est le dieu pour plusieurs raisons. Déjà, il est parmi les premiers. Mangaka dès la fin de la guerre, il dessine des milliers de planches et d'histoires de toutes natures, et va ainsi donner naissance au style de BD qu'on appelle aujourd'hui manga. C'est lui qui créera également des codes visuels, et son style est aisément reconnaissable, très dynamique, presque enfantin dans le trait, beaucoup plus dur et mature dans le propos. C'est un mélange des deux qui donne un côté parfois très malsain au manga. En outre, le dessin est toujours incroyablement fouillé au niveau des décors, faisant un tableau presque réel dans le fond des images (au point de dessiner chaque brin d'herbe). Le contraste donne du coup l'impression de se plonger dans l'histoire et en même temps rend les personnages attachants, proches de nous (pour plus d'infos, se reporter à l'ouvrage de Mc Cloud, L'art invisible).
En plus donc de cette arrivée précoce et de son talent pour le dessin, Tezuka est surtout un mangaka qui a tout fait. Ou presque. En fait, il a crée les genres classiques de manga, peut-on dire. C'est d'autant plus flagrant lorsqu'on compare avec des mangas actuels. Mais en règle générale, il a fait de tout : de la romance, du conte, de la fantasy, du fantastique, de la science-fiction, du roman graphique, de l'historique, de .... tout quoi ! Sa production est incroyablement diversifié, allant des gentils mangas pour enfants (enfin, c'est toujours assez violent quand même) aux mangas résolument adulte (et parfois même des mangas qui touchent aux "exclusivement pour adulte"). En fait il a passé sa vie entière à dessiner, sans interruption ou presque. Et au final, sa production est source d'inspiration pour tout les mangakas actuels. Il suffit de voir que Naoki Urasawa (le meilleur mangaka actuel je pense) est cité comme son fils spirituel pour comprendre son impact. C'est un cas assez unique dans le monde, mais il est le tronc d'où partent toute les branches du manga actuel. Un vrai dieu, je vous l'ai bien dit !
Pour infos, il était médecin de formation, et la guerre l'a traumatisé (plus d'une histoire contenue dans le grand recueil "histoire pour tous" semble/est autobiographique). Il a mené dans toutes ses œuvres de réflexions sur l'homme, et s'interroge sur la moralité, la bonté, la nature méchante et cruelle de l'homme etc ... Ce sont toujours les mêmes questions, mais tournées à chaque fois d'une autre façon et selon un autre aspect. D'ailleurs je pense que lire l'ensemble de son œuvre permet de mieux comprendre à la fois son talent mais également sa réflexion à la fois pessimiste et optimiste sur l'homme. J'ai pour l'instant adoré le peu que j'ai lu.

Donc, Tezuka est un dieu. Un vrai. Et voici l'un des nombreux mangas qu'il écrivit un jour. Plus précisément, ce manga date de 1976/79 au Japon mais n'est arrivé qu'en 2004 en France (comme d'habitude, le décalage horaire). C'est un manga très court, qui ne comporte que trois tomes (Tezuka n'est pas un habitué des séries à rallonges), et qui est très facile à trouver. Donc on n'a pas d'excuses pour ne pas le lire, qu'on se le dise !
L'histoire va se présenter autour d'un beau jeune homme, qui séduit facilement les femmes, intelligent et qui charme tout le monde (pour ceux qui connaissent le manga Monster, c'est exactement le double de Johan). Ce jeune homme est pourtant très particulier. Il tue des gens sans distinction, mentant et trichant. C'est une véritable ordure, qui commence d'ailleurs par un kidnapping de gamin où la victime est tuée (et le père également). Bref, un beau cas d'ordure. Mais qui entretient une liaison avec un prêtre, ancien roublard. Les deux se sont connus dans leurs jeunesse, sur une île, quand le jeune homme fut séquestré par le roublard. Et très vite, l'île fut envahit par un gaz qui tua tout le monde. Le roublard seul survécu, le jeune homme également mais avait respiré du gaz, qui lui toucha le cerveau. A partir de cet instant, le roublard devint prêtre, et le jeune homme commença sa carrière criminelle.
L'histoire commence comme ça, mais accélère le rythme très vite, avec un premier tome qui va aller très vite, un deuxième qui s'emballe et un troisième qui va finir en apothéose le tout. Le récit est un thriller, mais va présenter des critiques de plusieurs sujets, notamment autour de l'armée américaine et japonaise au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, avec toute les magouilles qui suivirent sur les armes bactériologiques. Une critique de la presse à scandale également, des politiciens corrompus, et tant d'autres choses ....

Le point fort du manga, c'est bel et bien son personnage principal qui est vraiment extraordinaire. Il n'a aucune excuse, c'est certain. Ce n'est pas une personne que l'on prend en pitié, malgré ce qu'il a vécu. La façon dont il va manipuler les gens, mais également corrompre d'autres, ses relations avec les filles (et une en particulier) sont justes horribles. Je ne dévoilerais pas trop, mais c'est l'un des meilleurs méchants/héros que je n'ai jamais vu dans une BD. Et d'ailleurs son acolyte de prêtre n'est pas en reste, torturé entre son amour physique pour l'autre personnage, mais également en cachant ses crimes sous le sceau de confidentialité de l'Eglise. Il est tiraillé par bien des points et ne sait plus à quel saint se vouer. C'est un personnage extraordinairement charismatique, à l'inverse totale de l'autre. De plus, nous aurons le droit à d'autres apparitions marquantes, notamment la directrice de journal.

Tout le manga est servi par un dessin à la Tezuka, toujours dynamique, au personnage très peu détaillés, dans un genre presque enfantin, mais avec des décors très rigoureux et vraiment beau, qui donnent l'impression d'y être. Le dessin ajoute d'ailleurs une ambiance très particulière au récit, avec un plongeon dans l'univers qui est fait, mais en même temps un décalage entre le trait enfantin du personnage principal et le caractère de celui-ci. Tezuka joue habillement entre sa candeur apparente et sa beauté, mise en contradiction par ses actes et sa nature profonde. C'est une œuvre qui est d'ailleurs bien noire, et qui se tourne résolument vers un public adulte.

Par contre, je dois dire que le récit souffre de petits moments qui sont un poil arrangés à la convenance de l'auteur. Comprenez par là que certains moments ont un traitement qui privilégie l'action et qui du coup semblent un peu gros pour passer, notamment dans les derniers tomes. C'est comme si l'auteur voulait terminer cela d'une manière un peu rapide et s'est facilité la tache dans quelques cas. Ce n'est pas vraiment flagrant à la première lecture, mais à la relecture on remarque que c'est un peu gros quand même. Heureusement que dans l'ensemble c'est très largement noyé par la qualité très forte du récit.

Je dirais donc que MW c'est une excellente BD, qui joui à la fois d'un excellente dessin, très efficace, d'un bon scénario malgré quelques petits passages un peu gros, et surtout de personnages haut en couleur. L'ensemble contient également une réflexion très intéressante sur les hommes, leur faiblesses et leurs défauts, mais également leur grandeur d'âme possible. Tezuka explore encore une fois les bas-fonds de l'âme humaine, en en faisant ressortir le pire comme le meilleur, mais toujours d'un point de vue optimiste teinté de pessimisme. C'est une œuvre qui est résolument pour adulte, mais qui se dévore comme un rien. Elle vaut largement la découverte, je peux l'assurer.

(Chronique n°41)

samedi 6 avril 2013

Blacksad (Juan Diaz Canales & Juanjo Guarnido)

Là, nous commençons à aborder ce que j'appelle les monuments de la BD, les fameuses BD qui sont intouchables et possèdent un caractère quasi-sacrée. Le genre de BD que vous n'avez pas le droit de critiquer quelque soit votre avis, tant elles ont plus à la majorité du peuple, celles que vous devez avoir lu obligatoirement si vous désirez vous vanter d'avoir un minimum de culture livresque. Et c'est le fameux genre dans lequel nous retrouvons Astérix, Tintin, De capes et de crocs, Gaston Lagaffe, Blueberry, Rubrique-à-brac ou Garulfo et plusieurs autres tellement connues. Ou que vous devez connaitre, un minimum.
C'est dans ce genre de catégorie que nous allons ranger la BD qui va suivre, celle dont les graphiques ont tellement fait parler d'eux, pour leur somptuosité et leur excellente qualité graphique. C'est bien évidemment Blacksad des deux auteurs espagnols Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido (je n'écrirais pas leur noms dix fois, c'est chiant).



Le trait est bien dynamique ...
Cette BD, ce fut une micro-révolution à sa sortie, avec tout le bruit qu'elle fit (et encore aujourd'hui d'ailleurs). On a eu le droit à des albums collectors sur à peu près tout ce qui est possible, des cahiers graphiques, des albums qui expliquent l'histoire des aquarelles, des ex-libris de toute sorte, des posters, des planches originales, ... Tout ce qui est possible autour du dessin a été fait. Actuellement encore, des rumeurs circulent sur tout ce qui est fait autour de l'album, on essaye de deviner quand se fera la sortie du prochain, et les gens suivent de très près chacune des sorties liées aux albums. Ce qui est assez remarquable pour cette série, c'est l'engouement suscité au bout de seulement un album ! Actuellement la série en compte quatre, mais elle a sans aucun doute plus d'ouvrages autour que dans la série mère. Il faut bien avouer que c'est très impressionnant. Mais la série mérite-t-elle tout les éloges dont on lui fait gracieusement don ? Je dirais que c'est une question de point de vue. Je vais détailler ça.
 ... Et bénéficie d'une excellente mise en scène de surcroit

En fait, la plus grosse qualité de la BD étant le dessin, je vais commencer par le scénario. Donc, le scénario est toujours policier, avec le chat noir principal, qui s'appelle Blacksad, et qui fait détective privé de la vieille école, du genre cigarettes et imperméable fripée, qui ne gagne pas beaucoup et n'a pas énormément d'amis, un peu bourru et pas facile d'approche, plutôt enclin à la baston qu'a la parlotte. Vous voyez le genre quoi. C'est une image très classique, certes, mais qui marche toujours et qui donne dans tout les cas un héros qui est bien campé. Une forte tête, bougon, mais qui cache toujours un petit jeu, facilement sensible, qui peut cacher un cœur d'or, etc ... L'image n'est pas forcément nouvelle et très reluisante, mais elle est toujours le bienvenue. Et ça marche, c'est donc un bon point.
Et c'est très coloré et festif en plus. Le dessin, c'est véritablement ce qui fait la force de cette BD
Ensuite, les scénarios ne se concentrent pas tous dans des enquêtes policière où Blacksad est appelé. Dans le tome 1, il n'est pas mêlé à l'affaire et s'incruste, dans le tome trois il n'y a pas vraiment d'affaire et il s'invite plus ou moins dans celle qui est déjà en cours. Par contre c'est toujours une seule histoire et une seule enquête par tome, sans qu'il n'y ai de continuité entre eux mais plusieurs liens existent. Chacune des histoire est donc indépendante de l'autre. C'est pratique du coup, déjà pour ne pas avoir besoin d'acheter trente mille tomes (qui sortent sur des périodes assez longues, avec 10 ans pour 4 tomes), et l'avantage c'est de pouvoir commencer n'importe où. Par contre, j'avoue que c'est un peu embêtant de ne pas avoir de trame plus longue, qui aurait un sacré avantage en terme de suspense.
Le repos du guerrier, c'est toujours un plaisir
En revanche, les scénarios sont de nature très diverses : le premier est un polar noir, le second une enquête policière d'un bout à l'autre, le troisième est très curieux et à mon sens beaucoup moins intéressant au final, et enfin le dernier est une enquête menée avec plusieurs fils rouge, qui divise beaucoup les personnes sur son génie ou son raté. J'ai personnellement l'idée que le tome est excellent.
En plus des enquêtes, les histoires parlent de problèmes de société. Elles se déroulent dans les années 50 environ, et donc traitent du racisme entre autre (ce qui est superbement bien mis en scène avec les couleurs), mais également de la bombe nucléaire, du pouvoir de l'argent, et en dernier des conséquences écologiques. Des thèmes d'actualités en somme, mais replacés dans leurs contextes.
En fait, je pense sincèrement que les histoires ne sont pas du tout mauvaises et peuvent se relire très bien, mais je ne pense pas non plus que ce sont des sommets en termes d'imagination, ce qui est d'ailleurs très regrettable. Les enquêtes sont surtout très courtes, on est dans des événements très rapides. Du coup, les histoires n'ont pas le temps de se développer, ce qui est dommage.

Par contre, quelque chose rattrape largement le scénario, c'est le dessin. Sublime est un mot faible, et j'espère que les images que vous voyez à quel point tout est beau, travaillé, d'une excellente facture, coloré ou terne. Les personnages animaliers sont extraordinaires dans le traitement entre l'animal représenté et le caractère du personnage. Les jeux d'ombres et de lumière sont parfait, tout est vraiment beau. C'est une orgie pour les yeux, un orgasme visuel à chaque page pour ainsi dire. On s'en prend plein les mirettes ! Alors rien que ça vaut le coup, on achète l'album et on contemple chaque vignette, chaque page. C'est une fête visuelle à laquelle tout le monde est convié. Je ne peux que recommander la lecture pour cet avantage là. Je ne sais pas sur quels critères vous achetez vos BD, mais si le beau dessin vous suffit, cette BD est faite pour vous !

Blacksad, c'est simplement une des plus belle BD qui n'est jamais sortie en terme visuel, d'une extraordinaire beauté et magnifique. Les scénarios peuvent laisser plus à désirer. Le format d'une histoire par tome et dans un nombre restreint de pages ne permet pas des développements extraordinaires, mais ils tiennent toujours la route et plus d'une fois révèlent de l'ingéniosité et de l'inventivité, traitant également de problèmes à côté. Du coup, la combinaison des deux donne une BD qui est excellente, agréable à lire et un plaisir à relire. C'est une BD qui plait à tout le monde, et que vous auriez intérêt à lire également. Elle en vaut la peine.

(Chronique n°37)