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jeudi 27 mars 2014

Histoires mystérieuses (Isaac Asimov)

Dernier recueil de nouvelles d'Asimov que je possédais, et sans doute le dernier avant un petit moment vu mes finances actuelles. C'est dommage qu'il soit parti si vite ... Mais cette fois-ci, nous avons encore un autre registre d'histoire du maitre ! Une autre corde à son arc, en somme. Cette fois-ci, les histoires sont des enquêtes policières ! Oui messieurs-dames ! Et avec la rigueur scientifique si caractéristique et l'humour spécial de l'auteur, comme à son habitude.


Résumé en trois mots : Enquêtes, Humour et Science

Le recueil contient une dizaine d'histoires, avec parfois un personnage d'enquêteur récurent, ou deux histoires qui présentent les mêmes personnages dans deux intrigues qui se complètent (une façon amusante de voir l'évolution du style d'écriture également).
Le tout avec tout les avantages liés à Asimov. D'abord, les fameuses précisions scientifiques, qui sont moins développés dans les nouvelles (ou alors elle prendraient trop de places), mais qui sont toujours présentes et ajoutent un fond intéressant. Ensuite, son humour parfois étonnant (surtout niveau jeu de mot) mais qui rend certaines nouvelles légères. Enfin, sa plume prenante qui nous invite encore une fois à lire jusqu'au bout alors même que l'intérêt pourrait être limité. D'ailleurs il faut souligner que certaines nouvelles sont assez peu intéressantes au final, l'histoire étant un peu facile. Mais cela n'empêche pas d'avoir envie de lire jusqu'au bout, preuve s'il le fallait d'une belle maitrise du style.

En soi, ce recueil diffère des autres par rapport à son style plus policier, qui est parfois concentré dans un indice qui nous aurait échappé et qui sera la clé, ou qui est concentré autour d'un moyen de s'en sortir, comme dans l'espace (ce qui est d'ailleurs assez souvent bien fait). Bref, ce sont plus des histoires à suspenses que des histoires à réflexions. Si j'ai apprécié notamment les personnages, qui sont dans quelques nouvelles très réussis, je trouve l'ensemble un cran en-dessous de ce que Asimov nous avait déjà proposé avec des récits comme Le robot qui rêvait ou L'homme bicentenaire, puisqu'on perd un peu le côté philosophique de l'humanité future et de ses possibles travers. Cela n'empêche pas d'avoir des superbes piques humoristiques qui m'ont bien fait rire.

Un très bon recueil, donc, quoique ce ne soit pas le meilleur du maitre de la science-fiction. Le style est très bon, tout est comme d'habitude à la bonne place, mais je trouve dommage qu'on perde le côté réflexion et philosophique que Asimov sait si bien distiller dans ses nouvelles autour des robots et des futurs de l'humanité. Cela dit, ce recueil démontre qu'Asimov sait faire ses preuves dans d'autres genre, ici le policier futuriste, et ça passe très bien, notamment en n'utilisant pas un coup d'une machine extraordinaire sortie du chapeau pour la résolution des enquêtes. Un bon recueil, pas le meilleur, mais qui est aussi agréable à lire que le reste.

(Chronique n°158)

lundi 23 septembre 2013

Stardust, le mystère de l'étoile (Neil Gaiman)


Cette fois-ci, j'attaque Gaiman par les productions moins cotées, celles d'ouvrage moins réputés. J'ai craqué pour celui-ci à cause de la maison d'édition (qui nous donne encore une belle couverture), et j'ai décidé de le lire rapidement dans un weekend, n'ayant pas trop le temps (oui, c'est logique). Je me suis retrouvé tout content à la fin, et maintenant que je peux le retaper, je m'empresse de faire ma chronique.


Résumé en trois mots : Conte, Etoile et Féerie

Donc, encore un Gaiman. Oui, je deviens franchement accro à cet auteur, je crois bien qu'au final je vais avoir tout ses livres. Ah, la régie me signale que c'est déjà fait ? Bon, ben dans peu de temps je les aurai tous lu alors. Enfin, quand j'aurais dégagé suffisamment de temps pour les lire. Me connaissant ça sera la semaine prochaine ....

Bref, j'ai lu rapidement ce petit conte de Neil Gaiman, qui nous régale encore une fois avec un superbe ouvrage, que j'ai vraiment dévoré en peu de temps. Gaiman reste un conteur de génie, sachant écrire suffisamment bien pour vous donner envie de lire jusqu'au bout chacun de ses livres. Ne serait-ce que pour l'ingéniosité qui s'en dégage, les multiples bonnes idées qui le parsèment ou simplement l'intrigue qui peut très bien nous réserver une petite surprise finale.

Ici, l'histoire s'inscrit résolument dans celle des contes, avec un personnages jeune qui veut aller chercher une étoile tombée du ciel, pour les beaux yeux de sa belle. Cependant, il y a plusieurs problèmes. Des sorcières, qui s'intéressent à l'étoile, des frères, qui veulent la retrouver également, mais pas pour les mêmes raisons, et surtout une foule de personnages tous plus étrange les uns et les autres qui peuplent la contrée. Car oui, cette contrée est étrange. Elle est située au-delà du mur du village, celui qui est toujours gardé, celui qu'on ne franchis qu'une fois tout les neuf ans pour la foire, celui qui marque la frontière avec le monde des fées. Et l'enfant va connaitre bien des aventures.

Ce conte résolument moderne semble décalé à bien des instants, mais possède un fil directeur classique d'un conte (une quête quelconque), mais un esprit résolument Gaiman. Plein de personnages vont intervenir, l'humour est très présent sous toutes ses formes, mais aussi des moments plus tendre et parfois un peu violent également. Le tout conduit par une main de maitre et un rythme qu'on ne relâche pas un instant. C'est aussi plaisant à lire que ses autres livres, et en le lisant, j'ai eu l'idée que ce roman doit sans doute passer encore mieux lorsqu'on le lit aux enfants, à voix haute.


Un excellent conte signé Gaiman. Si l'histoire respecte les codes du conte et reste par bien des côtés conventionnelle, elle n'en est pas moins intéressante, autant pour l'humour que pour le récit qui va nous faire voyager d'une belle façon dans ce monde féerique. Une bien belle balade, que j'ai fait sans trop réfléchir, charmé par l'ensemble du récit. Je ne peux que en conseiller la lecture, qui est à mon avis recommandé aux enfants. C'est un très bon auteur que celui-ci, et il le confirme encore une fois.

(Chronique n°69)

vendredi 12 avril 2013

Les dieux eux-mêmes (Isaac Asimov)


Mon premier Asimov ! Ça se fête ! Il faut dire que depuis le temps que j'en avais entendu parler, j'ai tardé sacrément à enfin en acheter un (surtout par manque d'argent). Et puis j'ai fini par céder à la pression qui montait en moi (et je résiste encore actuellement à celle qui me conseille le beau coffret de l'intégrale des tomes de Fondation ....) et j'ai pris un livre complètement au pif, sans doute attiré par le nom. Le résumé avait l'air sympa, pourquoi ne pas s'en priver ? J'aime bien choisir comme ça des livres complètement au hasard, c'est toujours des surprises, bonnes ou mauvaises d'ailleurs, mais on ne sait pas du tout à quoi s'attendre. Et là, .... et bien découvrons ensemble de quoi il s'agit, voulez-vous ?


Résumé en trois mots : Univers, Énergie et Lune

L'histoire est celle de notre planète, en 2037, qui a connu bien des changements et qui aujourd'hui entièrement dépendante d'une nouvelle sorte de machine : la Pompe a Électrons. Pour ne pas vous gâcher trop la lecture, je dirais que la pompe à électrons marche en échangeant de l'énergie entre deux univers parallèles. Mais voila : un scientifique a des soupçons. Il s'est attiré les foudres de celui qui a inventé ce système, et il est persuadé que la Pompe va mener progressivement l'humanité à sa perte, en faisant exploser le Soleil. Mais alors, que faut il faire ?

En fait le roman est divisé en trois parties bien distinctes, chacune ayant une autre unité de lieu (la Terre, l'autre Univers et la Lune), chacun à un autre moment, chacun avec d'autres personnages (mais tous liés d'une certaine façon) et chacun aborde le même problème sous un autre angle (découverte du problème, explication de son origine et enfin solution). Chacun va cependant aborder également des thèmes bien plus humain, notamment la vengeance envers quelqu'un qui a ruiné une carrière, l'amour entre être qui fusionnent, la physique nucléaire et l'origine du monde (pas celle de Courbet, hein !), ainsi que la vie sur la Lune, la ségrégation, le développement de la vie en dehors de notre planète, des questions d'éthiques et de morales, et plein d'autres petites choses dans ce genre.

Je dois dire que c'est ce conglomérat de plusieurs petits détails qui m'a particulièrement séduit. Par exemple la deuxième partie, se déroulant dans un autre univers, parle des créatures qui le peuplent, Solides et Fluides, leur fonctionnement et la façon de penser. Le tout est remarquablement mis en scène tant au niveau de l'inventivité du monde que du développement de l'histoire et le suspense qui s'installe. Le trio des Fluides est très intéressant puisqu'en se penchant régulièrement sur un autre point de vue, on est dans une vision qui se construit avec plusieurs approche sur chacun des personnages. J'ai trouvé l'ensemble très prenant du coup (K.A. Applegate utilise le même procédé dans Everworld). De même, le changement de personnages constamment déroute, mais comme absolument tout change en même temps, c'est d'autant plus intéressant et au final le tout est bien fait et ne laisse que peu de zones d'ombres qu'on est frustré de ne pas connaitre. j'avoue que la théorie finale sur le Big-bang est juste extraordinaire.

Par contre le livre n'est pas exempt de critiques, et celle que je formulerais en premier concerne le niveau du livre. En fait, Asimov explique beaucoup de choses dans son ouvrage. Si j'ai personnellement adoré les explications diverses, je trouve que le niveau est un peu ardu tout de même pour quelqu'un de novice en matière de physique. Si ce domaine ne vous intéresse pas du tout, inutile de vous plonger dans le livre, vous allez plus surement être blasé qu'autre chose. Ensuite, le roman peut déplaire par le fait qu'il balade justement son lecteur dans différents lieux avec différents personnage sans revenir sur les mêmes. Une partie finie, ce sont des personnages qu'on ne verra plus ou qui seront juste mentionnés. De fait, ça peut dérouter. Et enfin, je dois dire que la façon dont est construite l'histoire est surprenante et ne correspond pas trop aux classiques d'un schéma de sauvetage de l'univers. Je vous laisse découvrir, mais on peut être déçu si on attends un sauvetage hollywoodien.

Pour un premier Asimov que je lis, je suis catégorique : c'est génial. J'ai trouvé l'idée de base excellente, l'exploitation géniale, les parties superbes et d'une inventivité extraordinaire, la précision scientifique est excellente (une des plus grosses qualités d'Asimov), sur plus d'un niveau. En fait en repensant à cette série, je me rends compte qu'elle est d'une grande intelligence aussi bien dans les grandes lignes que dans les différents détails qui parsèment le roman, donnant un ton complètement réaliste à une œuvre de science-fiction. L'ensemble est vraiment très bon, du début à la fin, et j'en redemande au sortie. Donc ruez-vous dessus sans attendre, je vais pour ma part me ruer sur les autres Asimov.

(Chronique n°40)

dimanche 10 mars 2013

2001, l'odyssée de l'espace (Arthur C. Clarke)

Lorsque je vous dis : CARL, Dave, Franck, le monolithe, un vaisseau qui dérive sur Le beau Danube bleu, vous me répondez ?

2001 l'odyssée de l'espace, bien évidemment ! Le fameux chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, un des films les plus dur à comprendre que j'ai jamais vu et que j'ai adoré ! Et comme tout les films de Kubrick, il a tiré l'histoire de base d'un livre qu'il avait lu, pour en tirer un film n'ayant que des rapports lointain avec l'ouvrage de base. Une façon de faire des films personnels, inspiré par les autres. Personnellement j'adule ce génie du cinéma.
Et coup de bol monstrueux, une amie me propose de lire un livre de C. Clarke qu'elle à fini dernièrement. Évidemment mon sang ne fait qu'un tour et le "oui" est dit avant même que je réalise la pile de livres en retard sur ma table de nuit. Heureusement pour moi, il est très court et se lit en moins d'une après-midi.
Et c'est ce que je viens de faire, finissant le livre en une traite quasiment, pris par le roman de façon totale, oubliant tout, le repas brulant derrière tandis que je dérivais tranquillement vers Saturne, mangeant tandis que Carl commençait à dérailler (vous savez comme c'est galère de lire en mangeant ? Pour un peu j'aurais dû laisser le repas, histoire de finir tranquillement). Et heureusement pour moi, j'ai eu le temps de finir tranquillement, savourant le trajet jusqu'au bout, et je me suis ruée sur le clavier pour faire une chronique toute fraiche. Il n'y a pas à dire, la science-fiction c'est décidément une chose superbement belle et intéressante.


Résumé en trois mots : Espace, Fusée et Jupiter

Je pensais être tout au long de ma chronique détaché du film qui en à été tiré,, mais là je dois bien dire que les deux œuvres sont totalement complémentaires entre elles. En fait, le livre à été écrit durant le tournage du film, conjointement et en mélangeant les deux. Par exemple des scènes du films sont directement retranscrites dans l'ouvrage. Il y a une imbrication entre les deux très forte.

Arthur C. Clarke, notre écrivaillon, est un écrivain anglais mais qui vécu longtemps au Sri Lanka. Il est né en 1917 et mort en 2008, sans avoir vu la première expédition vers Mars (qui aura peut-être enfin lieu un jour ....). Il est un des auteurs majeurs de la science-fiction (comme Asimov ou Philip K. Dick), et à écrit pas mal de perle, son plus connu restant encore celui-ci je pense. D'ailleurs je voudrais bien en lire une autre qui à inspiré un CD de Mike Oldfield. Comme quoi, la littérature c'est un vecteur d'inspiration !

L'histoire commence pareil dans le livre et le film : les hommes-singes en Afrique. Et un monolithe (noir dans le film mais transparent/blanc dans le livre, je ne sais pas pourquoi) qui va les changer, leur donnant l'intelligence/la conscience/la science. L'homme va fabriquer son premier outil. Là, nous avons droit à une séquence ô combien superbe dans le film où le premier usage du premier outil est de tuer. Superbe. Dans le livre c'est pas mal différent, et un peu plus étalé (en fait l'ensemble du livre est fait de scène plus étendues). C'est à la fois une bonne et une mauvaise chose je dirais. On perd énormément du charme du film, notamment sur les plans muet ou les parallèles entre les deux astronautes. Là, je dois dire que les plans du film jouaient énormément, alors que dans le livre c'est beaucoup moins accentué. De même, CARL est largement moins important et la perte de la voix monocorde et angoissante du film joue beaucoup sur l'impact je trouve. On est beaucoup moins sur la peur qu'il inspire. Et d'ailleurs la partie où il doit contrer CARL fait très action-américain, alors que le film était beaucoup plus subtil.
Ensuite, je dois bien avouer quelque chose : c'est vraiment tout bête, mais j'ai trouvé que le film était largement moins explicite que le livre, sur tout. On ne voit pas par les yeux des personnages, il n'y a pas de descriptions, pas de clés de compréhension, pas d'évidence. En regardant le film, je ne pensais pas que la stèle émanait d'extra-terrestre (et je ne le pense toujours pas). Alors que dans le livre, beaucoup moins de possibilités sont offertes au lecteur. J'ai trouvé ça très dommage, on perd pas mal au plan de l'interprétation libre. Et la fin est largement décevante par rapport à ce qu'on admire dans le film. Là où une grande métaphore se mettait en place durant un superbe plan sans parole, la fin est très bavarde et sans grand intérêt je trouve. On perd beaucoup, et l'angoisse qu'on ressentait avant se dissipe. J'ai un peu décroché, je l'avoue.

Mais à côté de ça, je dois dire que j'ai dévoré le livre d'une façon énorme. La beauté des passages dans l'espace, toutes les informations qu'on apprends sur les planètes, l'espace et les corps célestes, on est transporté dans le vide et l'énormité de l'espace. J'ai été à fond dedans durant la grosse moitié centrale du livre, avant la dernière partie. J'entendais presque la musique qui passait dans le vaisseau (pour info, du Marillion avec ce livre ça passe tout seul !), et j'ai plongé littéralement avec eux dans les sorties de l'espace. Je ne vais pas dire que je me retenais de respirer, mais bon, c'était vraiment prenant.
Et puis la fin ... Qui m'a déçu. Trop de révélations, pas assez de choix laissé au lecteur, des idées un peu confuses, un sentiment de frustration par rapport au film, comme si le propos n'était absolument pas le même dans le fond.

En fait, je crois bien que c'est la grosse différence entre les deux supports de l’œuvre : Kubrick à fait un film sur l'humain, ses capacités, son évolution et ses facultés. Arthur C. Clarke a fait un roman de science-fiction sur le développement des humains via les martiens, et sur l'exploration de l'espace avec pas mal d'explications scientifiques. Du coup, l’œuvre adaptée est fonction de ce que vous attendez de celle-ci. Personnellement j'ai aimé les deux, avec une petite préférence pour le film, mais les deux sont excellents. Mon avis est bien évidemment subjectif.


En conclusion, c'est un excellent ouvrage, un beau pilier de la science-fiction certes, mais qui est à mon avis indissociable de l’œuvre cinématographique éponyme. A la fois complémentaire et très différents, ils sont les deux intéressants. Même si j'ai préféré le film, j'ai trouvé le livre extraordinaire et parfaitement clair. Très court (200 pages), il se lit très vite, découpé en petit chapitres très courts. Les parties sont vraiment bien faites, on en ressort émerveillé, peut-être aussi rassuré sur l'espèce humaine (l'inverse du film en fait). Et quel beauté dans l'espace, dans les astres et les corps célestes. C'est un vrai dépaysement, un complètement en dehors du monde. Le vide spatiale attend, il est prêt à nous happer. Venez avec, vous ne serez pas déçu, mais méfiez-vous de l'apesanteur.

(Chronique n°21)


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dimanche 27 janvier 2013

Wonderful (David Calvo)

Comme le dit si bien le proverbe, "Il n'y a que le premier pas qui coute".

Lançons-nous donc joyeusement dans les récits les plus improbables, et commençons directement avec du lourd, du très lourd.


Résumé en trois mots : Lune, Rêve et Fin du monde
Wonderful, de David Calvo, un roman qui sent très fort les rêves et le fantastique.

Pour commencer de façon simple, je vous pose une simple question : Avez-vous lu Neverwhere ? Si oui, l'avez-vous aimé ? Si oui, alors ce roman est fait pour vous.

Sorti en 2001, Wonderful est un roman curieux et dérangé. A la fois fouillis incroyable et pourtant organisation au poil, délire et réalité mélangé, il est totalement inclassable. A l'image de l'auteur d'ailleurs, sur lequel très peu d'informations transparaissent. Je tiens tout de même à signaler que sa biographie sur Amazon varie selon les livres; et se trouve résumé sur l'un à "David Calvo a trente ans. Expert en chute libre, il ne vit plus nulle part." (ceux qui en doutent, cliquez !). Le peu d'informations qu'on obtient en croisant les sources permettent de dire que c'est un homme, qu'il est né dans les années 70 (et qu'il aurait par conséquent environ quarante ans actuellement), à Marseille ou à Los Angeles. Il écrit beaucoup avec Fabrice Colin apparemment, aurait peut-être des enfants ou peut-être pas, et des gouts très éclectiques (surtout en musique, mais nous y reviendrons).
Le peu d'informations que l'on trouve sur lui ont même données lieu à des explications tout à fait sensées telles que "David Calvo n'existe pas". En résumé, vous aurez compris que l'on ne sait pas très bien qui est l'auteur, et que l'aura de mystère autour de sa personnalité joue en sa faveur. D'ailleurs j'aimerais beaucoup le croiser en dédicace, ce type doit en valoir la peine je pense. Mais ce n'est là que mon avis (que je partage d'ailleurs).


Bref, vous avez compris, le lascar est rude gaillard, et nous allons devoir batailler ferme pour nous en sortir. Je vous alarme tout de suite, vous n'êtes pas au bout de vos peines. Le roman dépasse encore son auteur, et de très loin d'ailleurs.

Car Wonderful, c'est encore pire que tout. Imaginez votre réaction si je vous dis ceci : La lune va s'écraser sur la Terre, un film est recherché dans un Londres où des gens se croient à l'époque Victorienne et d'autres se prennent pour le marchand de sable, avec une radio Blue FM en fond sonore, une symphonie de planètes et Newton. Il y aurait alors fort à parier que vous me preniez pour un demeuré complet qui à assemblé des idées éparses n'ayant somme toute aucun rapport. Ce qui d'ailleurs n'est pas loin du compte. Car en fait, nous sommes devant un livre qui est très proche d'une décharge d'idées. Vous allez en avoir en vrac pendant un long moment, et c'est très dur de trouver la cohérence au premier coup d’œil. Le meilleur moyen pour arriver à contourner ce genre de problèmes, c'est tout simplement de lâcher prise. On ne se pose pas de questions, et on se laisse emporter par la folie de l'écrivain.

Enfin, folie .... Génie peut-être. Le synopsis est à la base tellement dingue qu'il tient autant du génie :
L'histoire va se dérouler uniquement dans la ville de Londres. Londres qui à pété un boulon d'ailleurs. En même temps il y a de quoi : c'est la fin du monde. Mais pas une de celle que l'on peut contrer. Non, ici, c'est la fin totale : la Lune se fragmente, elle meurt, et d'ici peu s'écrasera sur la Terre en détruisant tout. C'est la fin. This is the end auraient dit les Doors.
Et pourtant, les gens vivent encore en attendant la mort. Le docteur Loom notamment s'obstine à soigner des patients dans sa clinique. Mais il est confronté à plusieurs soucis : sa femme est dépressive (remarquez, ça se comprend) et des patients disparaissent mystérieusement. Et puis il y a un film, très convoité, qui attire des gens. Beaucoup de gens, et pas seulement des curieux.

J'ai essayé ici de résumer au maximum sans trop en dévoiler (car on en dévoile très vite trop). Le roman est très hallucinant, comme une sorte de rêve éveillé, avec des passages superbes, mais d'autres également angoissants. Je dirais que le roman est très onirique. On navigue dans des idées folles en permanence, mais si on se pose trop de questions, si on s'attarde, on est perdu. Car de l'imagination serait à revendre ici. Londres est totalement chamboulé, et des idées de génies prennent forme. On reconnait énormément de clin d’œil également, et beaucoup de parallèles peuvent être fait. Le plus gros (je pense) est celui avec Neverwhere, de Neil Gaiman (une chronique bientôt, promis), avec l'idée d'un Londres complètement différent; mais aussi dans certains personnages (notamment les deux détectives Floatsam et Jetsam qui ressemblent par certains côtés à Croup & Vandemar, tout en étant très différent). Pour autant, je ne pense pas qu'il s'agisse de littérature bis. C'est une œuvre pleine et entière, avec son propre monde.

Monde d'ailleurs qui mélange tout, tout en contenant beaucoup de poésie. En fait, au fur et à mesure de la lecture, on est happé par les mots, l'orchestration parfaite des chapitres (et des situations), par la tragédie sublime qu'on nous joue. Pour reprendre les mots d'une autre critique : "Jamais fin du monde n'aura été aussi belle". Les larmes et le rire se mêlent en permanence, pour notre plus grand bonheur.

Et au final, le rideau tombe gracieusement, sans faire mal. La fin est attendue, mais elle reste belle, superbe. En fermant le livre, j'avais une curieuse sensation, comme si le récit m'avait touché un point sensible, un de ceux que je ne connaissais pas mais que j'ai eu beaucoup de plaisir à sentir chatouillé. La relecture de ce livre me plonge d'ailleurs à chaque fois dans cette sensation, que je considère comme unique, et en même temps tellement belle.

Cependant, le récit n'est pas seulement sur papier. L'auteur s'amuse dans le livre à disséminer des pistes de musiques (de manière très subtile d'ailleurs). Lorsque vous prenez la peine de les écouter à la suite, vous constaterez qu'il vous donne une véritable playlist en plus de l'ouvrage, dans le ton du récit et soulignant les passages, contenant de véritables perles d'ailleurs (et pour la plupart je ne connaissais pas). Je vous laisse le plaisir de l'écouter par vous même (elle est disponible ici). C'est le genre de petit détail qui vous fait d'autant plus apprécier une œuvre.

En résumé, une œuvre très onirique, mélangeant des styles très divers, allant un peu dans toutes les directions, mais restant tout de même autour d'un même axe, elle saura combler les fans de lectures un peu en dehors des genres. Onirique et émotionnellement chargée, voir belle également, c'est une lecture qui procure des sensations, a ne pas faire juste pour se divertir et passer du temps. Elle ne laisse pas indifférent. A conseiller à tout les fans de Neverwhere de Neil Gaiman, mais aussi aux autres. 

(Chronique n°1)