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lundi 12 novembre 2018

Plateforme (Michel Houellebecq)

J'ai décidé récemment de lire du Houellebecq, surtout suite au débat autour de son dernier livre, Soumission, qui m'intéresse et que je souhaiterai découvrir un jour. Mais en attendant j'ai du me rabattre sur ce livre que j'ai déniché dans les bacs d'occasion. Et je me suis laissé à le lire principalement parce que je le voyais sur le sommet de la pile et que je voulais découvrir cet auteur controversé dont on entend tout et le contraire. Et j'ai effectivement beaucoup de questions qui me restent au final. Parce que je ne suis pas certain de ce qu'il faut tirer de ce livre.


Résumé en trois mots : Tourisme, Sexe et Thaïlande

Ce livre est dérangeant, mais en même temps je le trouve assez long. C'est surtout parce que le personnage principal n'est pas attachant, même s'il en a bien conscience. Et également parce qu'il ne se passe pas grand chose, même si je comprend bien tout l'intérêt du roman. Mais vers le milieu du livre, une période plutôt longue défile durant laquelle il y a uniquement une mise en place du dernier acte. C'est dommage, parce que j'avais la sensation d'une retombée d'effet, après un début plutôt très bon et que je trouvais intéressant.

En dehors de ces considérations, j'ai beaucoup apprécié ma lecture, même si je ne sais que trop en penser. Certes, plusieurs considérations sur l'islam faites au sein du livre m'ont laissés perplexe, mais je n'ai pas vraiment d'avis tranché sur la question d'une islamophobie latente dans l’œuvre. Certaines considérations, bien que peu flatteuse, sont malheureusement le triste reflet de la réalité. Sans compter que dans la façon de l'apporter au livre, Houellebecq ne se démarque jamais clairement pour une position ou pour une autre. Alors qu'en tirer ? Ce qu'on veut, dirais-je, et je ne veux pas chercher la petite bête, je prendrais simplement ce que j'y ai trouvé pour me faire mon propre avis.
D'autre part, le livre fait une belle part au sexe, dans plusieurs cadre : les protagonistes le vivent, en parlent, le font et débattent dessus. Entre tourisme sexuel, libération des mœurs, vie sexuelle de couple et considération sur la sexualité de société, c'est un tableau assez curieux mais complet qui est dressé. Tableau avec lequel je ne me trouve pas en accord, mais qui est une représentation très intéressante, orientée et peu optimiste sur notre société. Je crois que le meilleur moment est lorsque l'un des personnages principaux déclare : "notre société ne marche pas. Et en plus, on l'exporte."

Ce livre est dérangeant dans son ton. C'est très critique envers la société, et en même temps cette critique n'est pas si acide, elle est simplement très réaliste de l'univers dans lequel nous vivons. L'industrie du loisir et du tourisme est foutrement glauque, c'est un fait, mais il est des choses qui doivent parfois être envoyée à nouveau en pleine gueule. Et en même temps, c'est quelque chose que j sais ne pas soutenir, ne pas vouloir. En tant que tel, ça redonne foi dans certaines de mes valeurs, et ça conforte certaines de mes idées. Notamment autour du tourisme sexuel, qui est bien présent dans nos vies, qu'on le veuille ou non.

Un livre étrange mais qui m'a plu, quoique je ne sais quoi en penser au final, mais je sais ce que j'en ai tiré, et c'est le plus important à mes yeux. J'ai apprécié certains points de vues émis dans le livre, je n'étais pas d'accord avec tout. Mais c'est appréciable d'avoir un roman dans ce style qui remue certains points sombre de notre temps. J'ai surtout découvert Houellebecq et ça m'a encouragé à continuer sur ma lancée, je crois que l'auteur a quelque chose de positif à dégager, et je vais tenter de continuer sur ma lancée. Je pense que ça va me plaire, quoiqu'on en pense. C'est toujours un plaisir de découvrir ce genre de choses.

vendredi 27 décembre 2013

Le robot qui rêvait (Isaac Asimov)

Encore un Asimov, et avant d'attaquer les deux gros cycles (Les robots et Fondation) je me suis laissé entrainer dans ce petit recueil de nouvelles écrites dans les années 50 et 60 (si ma mémoire est bonne). Un gros pavé mais qui se lit vite, avec un tel maitre à la plume.


Résumé en trois mots : futur, robotique et intelligence

C'est assez incroyable ce qu'écrit Asimov. Il a des bonnes idées mais en plus il sait le combiner avec une plume pas mauvaises du tout, qui bien que assez carrée dans sa manière, nous entraine facilement dans ses histoires sans qu'on en décroche. Et le suspense joue aussi avec. C'est vraiment incroyable.

Le recueil est composé d'un grand nombre de nouvelles (19 en tout), de tailles variables dont certaines très longues. Nous avons le droit à des nouvelles allant des années 50 à celles écrites en 1980 et quelques, ce qui fait que le recueil est assez riche, puisqu'il propose une évolution des mœurs, des sciences et techniques, mais aussi de la vision du futur qu'on y offre. Car Asimov voit vraiment le futur. A sa façon.

Ce qui frappe, dans ces nouvelles, c'est un caractère double : social et futuriste. Une partie de ces histoires vise vraiment à deviner un futur, à entrevoir ce que pourrait être l'avenir, tandis que l'autre partie est très franchement tournée vers le social, de façon détournée, parlant de racisme et de religions, de mort et de comportement entre humain. Sans parler de nouvelles combinant les deux. Dans tout les cas, les questions se multiplient et les réponses n'arrivent que très peu. Tout ce que j'adore.

Je commence à m'habituer au style d'Asimov, qui est très bon mais très scientifique, et il faut lui reconnaitre une certaine forme de génie dans sa façon de concevoir et comprendre le monde il y a cinquante ans. La preuve est que certaines critiques sociales sont encore fondées aujourd'hui. En revanche la vision du futur est bien éloignée de ce qu'on aujourd'hui, et il me semble que l'on atteindra peu ses idées. La seule chose que Asimov n'a pas vraiment prévu, c'est l'Internet. Et à mon avis, il a raté le principal changement pour l'avenir. Sinon il accorde aussi une grande place aux robots, et quand je vois le stade où l'on en est, je ne pense pas que son futur soit accessible avant encore une bonne centaine d'année. Mais pour le reste, il y a beaucoup de pertinences dans ses propos. Notamment autour d'un ordinateur unique et surpuissant, le Multivac. Sans parler de la conception des rapports entre l'homme et la machine.

Pour faire simple, c'est un excellent recueil de nouvelles de Asimov, dans la droite ligne de ceux que j'ai pu lire jusqu'à présent, et bien représentatif de ce qu'il y avait de meilleur dans cette vieille science-fiction des années 50 jusqu'au années 80. Il innove et critique, mais si sa vision est parfois fausse, elle éclaire sur le comportement et la pensée de ces années là. Sans compter que plusieurs chutes sont drôles alors que le ton est sérieux. Quoiqu'on rit un peu jaune. Bref, le recueil est superbe et les 400 pages s'enchainent vite. Une très bonne lecture donc, recommandée, l'auteur est en forme dedans.

(Chronique n°113)

mardi 26 novembre 2013

Martin Eden (Jack London)

Lecture Jack London, suite (3/5)


Résumé en trois mots : Auteur, Social et critique

Non, pas d'introduction pour cette chronique.
Et pas de vrai chronique en fait.
Plutôt un assemblage de ce que j'ai ressenti par rapport à ce livre.

Jack London, je connaissais surtout pour ses livres d'aventures, Croc-Blanc, L'appel de la forêt, et autres petites nouvelles très réussies. Des romans que j'ai déjà dévorés mais que j'avais appréciés surtout comme des bons romans d'aventures, prenants et bien écrits, avec un fond intéressant sur la nature, la sauvagerie et autres choses de ce genre.
Mais là, c'est autre chose. Ce roman, c'est quelque chose de complètement différent. Très inspiré par sa propre vie dit-on (je ne sais pas si on doit s'y fier), l'histoire est celle d'un brave marin, Martin Eden, qui décide, par amour pour une femme, de s'instruire, de grandir en culture. Il commence à lire, à s'éduquer. Et commence aussi le récit en deux teintes, de sa réussite et de son échec, de son ascension et de sa chute. Un récit qui va suivre toute la vie de ce pauvre Martin Eden.

Je dois bien dire que j'ai rarement éprouvé un tel attachement à un personnage principal, et ce depuis un très long moment. Sans doute parce qu'il fait écho à beaucoup de choses en moi. Mais mon dieu ce que j'ai aimé. Il n'y a pas une phrase du livre que j'enlèverais, pas un atome que je contredirais. J'en suis si retourné que je me demande comment quelque chose pourra encore me sembler mieux écrit ensuite.
La raison de cette claque monumentale que je me suis prise en lisant tient en peu de choses : le sujet, qui m'a pris au tripes et m'a passionné avec une force .... Que je n'avais pas encore ressenti. Ou, si, je l'avais déjà ressenti, mais là elle a vraiment frappé dans son but. Et d'une manière violente. J'en suis encore retourné. C'était si extraordinaire à lire.

Le style de Jack London est ... merveilleux. La lecture est tellement fluide, j'ai été ailleurs, dans un autre monde sans m'en rendre compte. J'étais transporté, au-delà de mon propre corps, incapable de bouger voir d'aller boire un simple verre d'eau. Et puis, cette force narrative ... C'est un rugissement de l'écrivain qui transperce les pages, toute sa force, toute sa hargne, tout passe dans les mots. Le reflet total d'une pensée.
L'histoire est parfaite, sans que l'on ne puisse rien y changer (un cinéaste en changea la fin, la jugeant trop noire. C'est immonde, cette fin est aussi forte que le reste du récit) et qui va nous entrainer d'une manière subtile dans un rouage très connu de la littérature, sur les arrivistes, l'opportunité de changer de classe, le statut bâtard des personnes entre deux classes, mais aussi sur le milieu des écrivains, sur les penseurs, les philosophes, l'édition. Et sur l'amour. Quelle force London à mis dans son récit pour que l'amour transperce chaque page, qu'on vibre avec notre narrateur dans cette passion qui le consume. Et quelle cruauté le héros subira sans broncher, toute la bêtise et la haine de l'homme, son ignorance et sa crasse. Personne n'est épargné, bourgeois, ouvrier, penseur, critiques, commerçants, tous sont plongés jusqu'au cou dans leurs ignorances crasses, dans leurs saleté cognitive.

Et ce livre reçoit un parfait écho actuel, lorsqu'on entend des centaines de gens parler de livres qu'ils n'ont pas lu, se déclarer savant sans connaitre la moindre théories dont ils parlent, sans même essayer, ce qui est plus grave, de combler leurs lacunes. Hommes politiques, journalistes, présentateurs télés, professeurs, boutiquiers, écrivains, tout ceux qui écrivent sans savoir sont déjà représentés dans ce livre vieux de cent ans. Ces dictateurs de l'esprit qui n'en possèdent pas un atome. Quelle retentissement par rapport à notre monde, dans lequel la majorité se complait d'une couche mince de savoir et qui ne recherche jamais à en avoir un peu plus, toujours plus. Pas par curiosité, pas par devoir, pas par intellectualisme. Mais par amour, par envie, par plaisir, pour se savoir plus cultivé, pour comprendre, pour aller plus loin.

Je ne parlerais pas plus là-dessus, tant il y a aurait a dire, mais quelle beauté, quelle force se dégage de ce livre. On est pris dedans dès les premiers mots et ce jusqu'au bout, jusqu'à la dernière ligne. Des allégories en pagaille, des coups dans toutes les faces, le héros charismatique à souhait va nous balader dans une vie trépidante qui ne bougera quasiment pas d'une pièce minuscule qu'est sa chambre. Car tout est un combat intérieur. Une grosse claque dans la gueule, et qui m'a retourné plus que jamais.


Lisez-le. C'est du Zola, c'est du Balzac, c'est du Maupassant, c'est de la poésie et de la satire, de la chronique sociale et de l'amour, de la haine et de l'abattement, du découragement et de la volonté. Ça prend au tripes, ça vous laisse un gout amer une fois fini. C'est puissant, c'est fort, ça frappe au bon endroit, ça parle en connaissant la chose. C'est parfait.

(Chronique n°99)

samedi 2 novembre 2013

Comme un roman (Daniel Pennac)


Un drôle de livre, qui est surtout connu pour ses dix fameuses règles, lesquels servent de résumé, et qui m'ont donné envie de dévorer le livre en un instant. Ce qui s'est d'ailleurs peu ou prou passé. Danniel Pennac était surtout connu pour ma part en tant que nom, pas en tant qu'auteur. J'ai réparé cette erreur, et désormais me voila instruit d'un grand auteur en plus, et je ne vais pas tarder à lire un autre du même auteur, à savoir Au bonheur des ogres. En attendant, voyons ce que ce petit à dans le ventre.


Résumé en trois mots : Manuel, Lecture et amour

Ce livre ... C'est mieux qu'un roman. C'est un cri d'amour, c'est une envolée lyrique et réaliste vers la littérature, c'est un féru de la lecture qui l'explique au monde. Ce livre, c'est exactement ce que j'aime faire, ce que j'aurais envie de dire. Et cette fois-ci, il a été mis en mot, et sans doute mieux que je ne saurais le faire. En clair, ce livre est génial.

Pourquoi diable ? Déjà, le découpage du livre est bien fait. En quatre parties, chacune traitant d'un autre sujet (je vous invite, une fois n'est pas coutume, à aller consulter l'article sur Wikipédia qui est bien fichu pour une fois), et qui permettent à Pennac de ne pas trop se disperser. Car il en a des choses à dire, aussi bien sur lui-même que sur la lecture ou tout simplement sur les méthodes d'apprentissages et la transmission du gout de la lecture. Car oui, on peut transmettre son amour de la lecture, j'en suis persuadé, et Pennac l'est également.

Pour éviter de faire une dissertation de vingts pages sur ce livre (qui le mériterait amplement, il est tellement beau), et parce que je ne veux pas contrarier l'auteur qui demandait qu'on n'utilise pas ce livre comme un instrument de torture pédagogique, je vous le recommande pour plusieurs raisons :
1. Ce livre est très bien écrit, c'est un style qui se dévore comme un roman alors qu'on est dans un style plus proche de l'essai, mélangeant les morceaux de vie avec les considérations.
2. Le livre parle d'un sujet important. Si vous lisez ceci, soit vous êtes tombé sur ce blog complètement par hasard (et merci de ne pas l'avoir quitté tout de suite d'ailleurs), soit vous lisez une critique que vous êtes venu chercher (ou vous êtes tombé dessus par hasard, en suivant un lien ...). Mais bref, vous lisez. Au moins ce paragraphe, sans doute un peu de livre (voir beaucoup). Et donc, vous êtes concerné par ceci. Le sujet de la lecture est primordiale (je rappellerais ici l'ouvrage Fahrenheit 451) et Pennac nous invite à repenser notre manière de lire, pour que tout le monde puisse lire ! Et non pas que tout le monde lise, ce qui est différent.
3. Pennac est investi de ce qu'il fait. Ce qu'il écrit, il le pense, il est dans son commentaire. C'est anodin en apparence, mais c'est d'autant plus efficace qu'on sent l'auteur prit par ce qu'il raconte, combien ça le touche personnellement et c'est ce qui en fait la grande force.
4. L'ouvrage est bien découpé. Les chapitres sont courts, il est divisé en quatre parti. Vous lisez comme vous voulez, rien ne vous empêche de vous arrêter pour bien digérer un passage plutôt qu'un autre. Et qui plus est, rien ne vous empêche d'appliquer la loi numéro 2 et de sauter des pages. Voir la loi numéro 3 et de ne jamais le finir. Oui, nous avons là le premier roman, je crois, qui vous invite en plein milieu à ne pas le finir.

Je pourrais citer encore d'autres raisons, notamment son statut assez culte qui mérite qu'on s'y attarde, l'accessibilité d'une réflexion philosophique, et d'autres petits détails, mais je m'en tiendrais là. Il faut savoir modérer son propos.


Comment résumer ce livre ? En deux mots : A lire. Une véritable mine d'or, à la fois quand on aime lire et qu'on trouve un écho profond de ce qu'on ressent pour la littérature, quand on sent qu'on est pas seul sur ce coup; mais aussi pour ceux qui n'aiment pas lire et qui comprendront peut-être ceux qui leurs recommandent de lire. Peut-être aussi pour comprendre comment lire et reconsidérer notre façon d'appréhender le monde merveilleux de la lecture. J'en retiendrais surtout ceci : Lisez n'importe quoi n'importe ou n'importe comment, ou ne lisez pas, mais faites le toujours par plaisir. Et là, je pense que tout est dit.

(Chronique n°88)

lundi 21 octobre 2013

Peste (Chuck Palahniuck)

Encore un Palahniuck, mes amis, et pour ne pas prendre n'importe quel livre qu'on m'aurait conseillé, j'ai décidé de prendre un livre complètement au hasard dans le rayon, pour tenter un peu autre chose, voir ce que l'auteur avait aussi fait. Car oui, Fight Club c'est bien beau, mais quid du reste ? De cette façon, je me suis retrouvé avec dans les mains le livre Peste. Un scénario qui semblait assez intéressant, et je me suis dit qu'on pouvait se lancer. Et là, la lecture ...



Résumé en trois mots : Humour, cynique et Amérique

Ce roman m'a fait une drôle d'impression. Non, en fait il y en a eu plusieurs, des impressions sur ce roman. Déjà, et c'est ce qui semble ressortir de nombreuses autres critiques que j'ai pu lire, il y a une grosse impression que Chuck Palahniuck à combiné des idées multiples et allant dans tout les sens, se mêlant pour former un roman. Le problème, c'est qu'il y en a trop à mon humble avis. Assez d'idées pour deux voir trois livres, mais combiné en un, c'est trop. Et pourtant, elles sont bonnes.

Ensuite, j'ai aussi été dérangé par le style d'écriture, qui s'inspire des biographies orales, celles où chacun parle en expliquant la vie de quelqu'un qui est mort (bien que dans ce cas on n'en soit pas tellement sur). Mais là encore, c'est très décousu, très confus. On comprend, mais avec trois trains de retard, et c'est pénible en un sens. Je comprend très bien la volonté de l'auteur qui cherche à faire une biographie en tout sens pour troubler son lecteur jusqu'à le laisser dans l'expectative sans trop savoir la réalité dans tout ce marasme et ces idées contradictoires. C'est louable, mais je trouve que la forme n'est pas la meilleure.

Ensuite, passons à autre chose. L'histoire est confuse, et surtout regroupe trop d'éléments qui ne se mélangent (à mon avis) pas trop bien. Le livre va basculer d'une critique de la société pure et d'un roman humoristique noir (dans la veine de Le seigneur de porcheries mais avec un humour plus net), pour ensuite basculer dans une sorte de science-fiction et de considération philosophique voir métaphysique qui sont à mon avis très loin de ce qu'on pouvait lire au début.
Le roman est toujours très bon, lorsqu'il critique il sait viser juste (et très juste d'ailleurs), mais il le fait moins bien que dans Fight Club, avec trop de dispersion. Mais cela dit, le tableau qu'il dresse de l'Amérique vaut le détour, entre névroses et obstination, les personnages sont malsain du début à la fin, et ce n'est pas sans critique bien appuyées et ciblant des points précis. Mais dans l'ensemble, c'est difficile de comprendre.


En fait je pense que Chuck Palahniuck à voulu trop dire dans ce roman, et qu'il s'est perdu en cours de route. Le roman prend deux fois des virages radicalement différents, avec une impression de changer carrément de registre d'écriture, la seconde partie perdant considérablement en humour notamment, mais le tout étant bourré de bonnes idées. Si ce n'était pas un auteur déjà accompli, on pourrait croire qu'il s'agit d'une première œuvre encore un peu brouillonne de la part d'un auteur talentueux. Là on peut se demander pourquoi l'auteur s'est embarqué dans toutes ces directions au lieu de scinder tout en plusieurs livres, mais je trouve qu'il y a vraiment des excellentes idées, le tout un peu trop noyé dans la masse. Si vous acceptez de vous accrocher pour la lecture, ce livre ne devrait pas vous poser trop de problème, sinon, c'est pas celui que je vous conseille du même auteur.

(Chronique n°82)

dimanche 1 septembre 2013

La conjuration des imbéciles (John Kennedy Toole)

Depuis le temps que j'en entendais parler, souvent plus de l'histoire de l'auteur que de son œuvre véritablement, je me suis dit qu'il fallait tout de même que je le lise un de ces jours. Et cette année je m'y suis enfin mis, notamment dans le cadre du challenge littéraire, qui aide sacrément pour lire certains livres, il faut bien l'avouer. J'ai pris le livre, je l'ai lu, et j'ai lu très lentement, et enfin aujourd'hui je l'ai terminé, pour finir par écrire cette chronique en même temps que toute celles que j'ai en retard depuis un mois. Voici donc ma contribution suivante au challenge des romans cultes avec le livres légendaire de Toole, La conjuration des imbéciles.


Résumé en trois mots : Humour, Imbécile et Nouvelle-Orléans

Le livre va en fait se concentrer sur un personnage et son entourage. Ce personnage, c'est le fameux Ignatus Reilly (celui avec la moustache, en bas, sur la couverture), qui va nous entrainer dans sa vie et surtout dans sa ville, entre les personnages plus débiles les uns que les autres, dans une vie qui est hallucinante, par un personnage complètement dingue. Une vraie conjuration d'imbéciles, c'est vraiment le mot.
L'histoire est celle de ce personnage, hautement original, qui va tenter de trouver un travail à trente ans, vivant chez sa mère, alors même qu'il est prétentieux, hautain, et dédaigneux de tout être vivant sur Terre. Sans compter son ex-petite amie, et ses voisins, un agent de police brave mais stupide, un bar sordide, des patrons dépassés, des employés calmes, et une mère qui n'en peut plus de cette situation.

La lecture de ce livre est arrivé juste après celle de Le seigneur des porcheries, et j'ai eu du mal à rentrer dans le type d'ouvrage qu'il représente. En effet, le genre est résolument ironique, jouant sur un humour de situation et de phrases, avec des personnages haut en couleur, du genre qu'on ne croise pas souvent mais qui constituent la grosse partie de nos collègues. Toole joue avec ses personnages, les mettant dans des situations que l'on imagine même plus au bout d'un moment, les baladant dans toute la ville sans temps mort, changeant de point de vue et de personnage pour mieux nous montrer l'imbrication des histoires en tout sens.

Cependant, j'ai eu beaucoup de mal à apprécier l'histoire, et j'ai même manquer de laisser tomber au bout de cent pages. La faute au personnage principal, qui m'insupportais tout simplement au plus haut point. Quand quelqu'un est con à ce point, j'ai vraiment du mal à supporter. Mais le pire, c'est que tout le monde autour ne semble pas se soucier de faire quelque chose. Du coup j'avais envie de gifler la moitié des personnages présent pour leurs dire de se réveiller. Sans parler des réflexions qui m'ont semblé souvent ennuyeuse, et pas toujours très utiles. Ces réflexions par Ignatus ponctuent l'ouvrage régulièrement, et j'avais une forte envie de les zapper en les voyant arriver. Mais bon, j'ai fait violence et finalement c'est passé (a peu près). Mais j'ai eu du mal.
En fait, c'est passé les cent premières pages que j'ai réussi à me mettre dans le bain et apprécier le récit, ainsi que l'humour. Auparavant, c'était plutôt pénible à lire. La fin allait un peu mieux, mais j'ai fermé l'ouvrage avec un soupir de soulagement tout de même. Et une petite sensation d'être passé à côté du chef-d’œuvre promis.

Pour faire simple, le récit est bon. Les personnages sont énervants (et pour la plupart très cons), l'humour est omniprésent et il y a des piques dans tout les sens et contre tout le monde. J'ai vraiment bien aimé le principe de la connerie universelle, de cette conjuration d'imbéciles, mais j'ai eu un mal fou à rentrer dedans, et par rapport à cette débauche de stupidité, j'ai préféré l'humour noir et le récit sombre de Tristan Egolf dans son Seigneur des porcheries. En tout cas, je pense qu'il peut se lire, surtout par son statut culte, mais pour ma part c'est une déception venu d'un roman vanté comme un des meilleurs. Je repasserais pour le coup.

(Chronique n°62)
 
Septième participation ! Et j'ai les livres qui me
feront terminer le challenge sur la pile des ouvrages à lire,
je devrais donc le terminer dans les délais

jeudi 15 août 2013

Le seigneur des porcheries (Tristan Egolf)


Ce livre là, je suis tombé dessus complètement par hasard. Je cherchais le livre La conjuration des imbéciles (que je vais m'empresser de chroniquer bientôt), et je suis tombé dessus. J'ai lu le résumé et je me suis demandé ce que c'était comme genre de livre. J'ai décidé de le prendre et je l'ai lu. Quand je l'ai fini je me demandais encore ce que c'était que ce livre, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. En tout cas c'est vraiment très étrange. Voici donc Le seigneur des porcheries, de Tristan Egolf.


Résumé en trois mots : Humour, USA et noir

Je dois dire que le début fut difficile, on ne comprend pas du tout où l'auteur veut nous emmener. D'ailleurs, tiens, en parlant de l'auteur, son histoire vaut le détour (je vous laisse chercher sur Internet, c'est assez amusant comme histoire). Pour info, elle est comparable à celle d'un John Kennedy Toole (sur le fond au moins), mais j'en reparle dans la prochaine chronique.

Donc, je veux juste vous signaler que l'auteur a publié son premier manuscrit en France (Cocorico !!!) après 70 refus dans les maisons d'éditions (faut quand même s'accrocher). Cet auteur est était d'ailleurs passablement dépressif, au point de finir par se suicider. Cela dit, j'ai d'abord lu le livre et du coup, franchement, ça ne m'étonne pas du tout. Je vais m'expliquer.
Alors, pour ne pas trop vous gâcher la surprise je vais vous laisser lire, mais je dois juste dire qu'il y aura un siège d'une ferme et une crise énorme dans la ville. La crise, c'est la partie finale, mais dans le genre d'une crise, je suis sur que vous ne pouvez pas imaginer. Sinon, je peux dire que le style d'écriture est vraiment très curieux, avec beaucoup de métaphores; d'expressions imagées, de jeux de mots, de tournures humoristiques et de phrases drôles.
Je dois admettre que je tire mon chapeau au traducteur (je pense qu'il y a eu des arrangements lorsqu'il était en France pour la traduction) car le style est vraiment plaisant à lire et je  me suis amusé du début à la fin. Surtout vers la fin où j'étais plié en rire quasiment à chaque page. On en redemanderai presque.


Sinon le reste est bon aussi, l'histoire prenant des détours inattendus bien que l'on sache d'avance la fin, et j'ai eu de belles surprises auxquelles je ne m'attendais pas du tout. La montée se fait crescendo, d'abord dans une première partie finissant par la ferme, puis dans la deuxième avec une explosion finale épique d'une situation catastrophique. C'est excellent dans la construction et l'humour cimente le tout en le rendant parfaitement lisible.

Ce livre est vraiment très bon, drôle et bien écrit, et se targuant en sus de nous démontrer ce qu'il peut y avoir de pire chez nous (enfin, dans le sud des USA notamment, mais je trouve qu'il y a quelques échos par chez nous ...). C'est une superbe plongée dans l'âme humaine avec un anti-héros qu'on adore et qui nous amusera jusqu'au bout. Dans le genre des vies de merde, il tient bien la route, et je ne peux que vous recommander cette lecture intéressante et drôle.

(Chronique n°60)

vendredi 9 août 2013

Tout est sous contrôle (Hugh Laurie)


Je n'aime pas du tout lorsqu'on vante un livre pour son auteur qui est réputé, bien des grands se sont cassés la gueule sur des livres (j'ai des exemples précis en tête mais je ne citerais pas par décence) et bien des stars ont pondu des œuvres minables qui n'auraient jamais dû être publiées. Et pourtant, parfois certains sortent vraiment du lot et proposent quelque chose de génial, bien écrit, bien construit. Le genre de choses qui n'arrive que très rarement, et souvent lorsque l'auteur a avant tout envie d'écrire un livre pour raconter une histoire et non se mettre en avant en sortant quelque chose (ce genre de considération marche d'autant mieux pour les BD où nous goutons au plaisir sadique de grands noms qui reprennent des BD et en font des catastrophes sans nom). C'est un roman de ce style donc que je vais aujourd'hui commenter, une belle œuvre qui mérite qu'on s'y attarde, à l'opposé de ce qu'on pourrait attendre. C'est Tout est sous contrôle de Hugh Laurie.


Résumé en trois mots : Privé, Armement et Ennuies
 
Alors, pour ce livre ça va être un poil compliqué à expliquer. L'auteur est bel et bien Hugh Laurie, l'interprète du Dr House dans la série éponyme, mais le livre date de 1996. Il est sorti en France en 2009 uniquement, lorsque la popularité de l'auteur et de la série permirent un petit affichage dans les boutiques. Lorsque Hugh Laurie écrit le livre, il n'est pas extrêmement populaire encore, et écrit d'ailleurs sous un pseudonyme lorsqu'il l'envoie à l'éditeur, afin de ne pas l'influencer par son prestige d'acteur et l'inciter à le prendre. Comme quoi, des acteurs peuvent avoir de la morale. Enfin bref, je m'égare.
En tout cas, il faut savoir que le roman fut écrit avant que la série du Dr House ne commence (c'est en 2002 seulement qu'elle fut écrite), alors qu'on aurait volontiers dit l'inverse. Je vais m'expliquer.

Le roman est un mélange de policier, d'humour et d'espionnage. Bien mélangé. Déjà, l'humour est présent absolument partout, sans temps mort. Un humour cynique, très noir également, dans le genre exact que ferait le Dr House dans la série. Je ne la connais pas bien, mais de ce que j'ai vu dans les épisodes, je peux vous dire que c'est exactement le même genre d'humour. Là le gros avantage c'est que l'humour est présent absolument dans toutes les pages, ce qui fait que la lecture vous laisse toujours un sourire et vous arrache souvent un rire. C'est plus dans les répliques percutantes et la tournure des phrases que cet humour frappe, mais il est d'une efficacité redoutable.

Le synopsis est le suivant. Un homme d'environ 35 ans, Thomas Lang, est appelé pour commettre un meurtre. Lui qui est plus dans le privé refuse, et prévient la future victime. Bien évidemment, les ennuis commencent, d'autant qu'il trouve chez la future victime quelqu'un qui l'agresse. Et tout s'enchaine ensuite sans temps mort.
Disons le tout net, ce roman c'est du genre action à gogo et parfois actions un poil improbable. Il faut admettre que c'est toujours très bien tournée et sans coup à la James Bond (comprenez par là qu'il n'y a pas de coup gros comme une maison). Ensuite, les actions sont toujours très bien décrites, fluides et dynamique. En plus, l'humour dans le roman fait passer le tout comme une lettre à la poste. Les chutes de chapitres sont très bonnes également, laissant du suspens et quasiment tout le temps humoristique. C'est une façon d'écrire qui est vraiment intéressante et prenante. Autant qu'un bon Stephen King.

En sus de tout cela, nous avons le droit à un fond qui est extra : l'histoire va se développer autour du marché des armes à feu, du terrorisme et d'opérations pour répandre la peur, autorisant ainsi des politiques répressives. Je dois dire que le tout est suffisamment bien tourné pour qu'on ai l'impression d'être entouré de salaud tout au long de notre vie. Et d'ailleurs, il faut admettre que le coup est bien précis, visant la politique d'un état qui se justifie par un acte terroriste qui est lui même commandé par ce même état. Un film était prévu, mais il s'est arrêté après les attentats du onze septembre. N'y cherchez aucun lien de cause à effet, c'est un pur hasard sans doute. Mais je m'égare encore.

En dernier point, je dois avouer que les personnages sont attachant, dans tout le roman, et Thomas Lang est juste parfaite en anti-héros, avec son caractère de cochon, sa tendance aux excès d'alcool et de vitesse, ses petits défauts etc ... En fait, il en devient un héros qu'on apprécie, mais qu'on admire pas. C'est en parfaite adéquation avec le héros.

Pour moi, Hugh Laurie à parfaitement bien visé dans l'écriture de son roman, avec une idée excellente, un humour caustique mais qui colle à merveille avec l'histoire, une sacrée dénonciation des industrie d'armement et en général des gouvernements par la terreur (entre autre des terroristes), ainsi que plein d'autres petites choses. Le style d'écriture est vraiment extra et la lecture est parfaitement fluide. On en redemanderait à la fin, mais il n'y aura manifestement pas de suite, malgré des fausses annonces dans plusieurs plate-forme. En bref, ce livre est superbement bien écrit, et génial dans le fond et la forme. C'est à lire, j'en suis sur, sauf si vous êtes imperméable à ce style d'humour. Comment le savoir ? Lisez-le, vous verrez bien !

(Chronique n°59)

dimanche 16 juin 2013

Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes)

Encore une lecture que j'ai faite surtout dans le cadre des challenges. J'ai d'ailleurs noté que je n'ai pas du tout avancé dans celui sur Stephen King, mais j'ai tenté avec le recueil de nouvelles Juste avant le crépuscule, et non seulement j'ai eu du mal à accrocher, mais en plus j'ai une édition ratée. Il manque environ quarante pages qui sont en faites imprimés deux fois. C'est très pénible à lire. Mais j'en ai d'autre, et promis, je vais m'y mettre bientôt, parce que là je ne poste pour l'instant que des anciens ouvrages de lui, ceux que j'avais déjà lu et que j'ai aimé.
Sinon je dois dire que cet ouvrage j'ai eu la chance de le découvrir d'une façon toute bête : les stands de livres d'occasions à Strasbourg. Il y en a sur la place Kléber durant l'été, et j'ai eu la chance d'y trouver plusieurs livres intéressant (Demain les chiens, Des fleurs pour Algérnon, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur) et qui rentraient dans le cadre du challenge. A moins de deux euros la pièce, on se rue dessus. Et c'est comme ça que j'ai acquis ce petit ouvrage, très court et très dense, qui m'avait attiré l'oeil à la fois par son statut et le bouche à oreille autour de lui, mais également avec son résumé qui sentait bon la science-fiction un peu vieille, celle qui se servait de la nouveauté technologique pour réfléchir sur l'homme et tout ses aspects, moraux, sociaux, intellectuels, ses rapports au reste du monde (nature, animaux, ciel ...). Bref, je me suis réjoui de le trouver et je l'ai attaqué sitôt fini De bons présages.
Et là, je l'ai lu en une journée (un peu plus, je l'avais commencé la veille au soir mais je n'avais pu lire que dix pages). Alors maintenant, voici la chronique !



Résumé en trois mots : Intelligence, Humanité et Souris

Le livre est en fait un journal intime, écrit par le héros, Charlie Gordon, qui est un homme simplet. Il est gentil, travail dans une boulangerie, mais il n'est vraiment pas malin, et vit sa petite vie normalement sans rien demander à personne. Tout bascule lorsqu'il commence un journal intime, en fait le livre, qui va permettre de comprendre une expérience. Une expérience dont Charlie est le centre d'intérêt. Il va subir une opération chirurgicale dans son cerveau pour le rendre intelligent. Les scientifiques ont en fait découverts la molécule du cerveau qui bloquait ses capacités et l'empêchait de réfléchir normalement. L'opération a déjà été tentée sur une souris auparavant. Elle s'appelle Algernon. Une souris de laboratoire classique qui est subitement devenue plus intelligente, de manière exponentielle.
Il vont opérer Charlie, et le voila qu'il va devenir jour après jour plus intelligent. Le temps aidant, Charlie développe des capacités hors-norme. Il est toujours suivi, outre par l'équipe médicale, mais aussi des psychiatre et toute une clinique derrière. Le docteur Strauss, le professeur Nemur, mais aussi son éducatrice pour personne retardée, Alice Kinnan. Tout ce monde va graviter autour de l'expérience du siècle.

Bien évidemment, la découverte de l'intelligence ne va pas se faire sans heurt. Et Charlie, en s'éveillant, va se rendre compte progressivement de ce qui se passe autour de lui. En effet, il va prendre conscience de la façon dont on le traitait en tant qu'idiot, de la façon dont l'intelligence peut le métamorphoser, lorsqu'une idylle va naitre avec Alice, mais aussi lorsqu'il se rendra compte de son passé, de ses anciennes lacunes, et encore plus grave : du fait que l'intelligence ne résume pas l'être humain.

Et bien vite, l'expérience tourne au cauchemar. Algernon commence à décliner, elle perd de ses facultés. Bientôt la voila redevenue aussi simplette qu'au départ. Et pour Charlie commence la descente en enfer, comprenant que son intelligence n'est que temporaire. Et qu'il faudra retourner à son ancien état.


Le résumé que je vous ai fait couvre une large partie de l'ouvrage, mais il faut souligner que non seulement le récit que je vous ai mis est copié au dos en tant que résumé (je déteste les résumés qui vous racontent 90 % de l’œuvre) et de toute façon, ce n'est pas le plus important. En fait, ce qui importe dans le récit, c'est tout ce qu'il y a derrière l’œuvre. A la fois la réflexion qui est menée sur Charlie, son passé et les impacts dans le présent, mais aussi les rapports entre lui et les médecins, la découverte de la sexualité, la découverte de l'intelligence et de son poids (comme la découverte des moqueries à son égard), la découverte de sa propre ignorance par rapport à son ancien lui, et enfin la découverte également des limites de l'intelligence. Car être intelligent ne fait pas tout, être trop intelligent peut être un fardeau, tout comme ne pas l'être assez peu vous conduire à être exclu de la société. Bref, pour Charlie ce sera à la fois un parcours initiatique dans tout les sens, mais aussi la prise de conscience d'un soi propre qu'il lui faudra abandonner fatalement.

Vous l'aurez compris, le propos est très philosophique. Et pourtant, on ne s'en rend pas compte. Déjà par le style d'écriture. En effet, Charlie écrit d'une façon horrible au début, utilisant plus la phonétique primitive que vraiment des mots normaux (exemple : il écrit "un telligent" au lieu de "intelligent"), la ponctuation est hasardeuse et le style des mots est très simple. Puis, au fur et à mesure qu'il devient intelligent, il utilise des mots plus complexe, il utilise aussi des constructions de phrases différentes, pour avoir ensuite un style très littéraire. Le procédé est très bien construit, avec une montée graduelle (et une descente du même) qui donne un aspect particulier à la lecture, et accentue énormément le côté progressif de l'apprentissage. Le lecteur est plongé avec Charlie, s'invitant dans sa tête et dans sa manière de penser.

Ensuite, ce qui est extraordinaire, c'est la montée graduelle et non brusque. On prend le temps de s'habituer au personnage, on sent comme l'intelligence arrive et comme elle repart. C'est très bien mis en scène et le fait d'y aller doucement permet de comprendre toutes les étapes de la construction mentale de Charlie, et surtout de se rendre compte que comme il le découvre, le seul fait d'être intelligent ne suffit pas à tout. Un humain ne se réduit pas à son seul QI, mais il est beaucoup plus complexe. Charlie va apprendre à se découvrir, à rentrer au cœur de lui-même et des relations humaines. Il va devoir apprendre qui il est, et surtout qui il était. Et en même temps, nous apprenons. Comme lui, nous explorons l'homme, l'intelligence, l'idiot. C'est une construction très bien faite, qui à la fois ne noie pas le lecteur dans une masse d'informations diverses, et qui en plus sait viser juste. Les propos sont touchants et criants de vérité. C'est à la fois pénible pour Charlie et le lecteur, qui comprend ce qu'il subit. Sans compter que le fait de se rendre compte lorsque lui n'en est pas capable rajoute pas mal de cruauté au récit. Une cruauté qui est d'ailleurs vite teinté de nombreuses nuances, surtout sur la fin, lorsque l'on se rend compte que l'on juge peut-être mal certaines personnes.
La conclusion est très grise, sans blanc ni noir net. On ne sait trop que penser, et finalement elle convient à merveille au récit, concluant dans le style déjà suivi, et dans le même ton. En lisant, je pensais à cette fameuse conception du temps comme une roue. L'auteur à vraiment fait quelque chose de très habile, et j'ai beaucoup aimé le lire.


En tout cas, j'ai été conquis par ce récit qui sait mêler habillement la science-fiction à une analyse très fine de l'intelligence et de l'humain. Le mélange est fait dans les proportions parfaite, donnant un roman dans lequel on ne s'ennuie pas une seconde sans pour autant que l'on perde en réflexion. Tout est dosé finement, les détails sont très soignés, et la lecture est juste parfaite dans l'ensemble, sans aucun temps mort. Le roman se dévore en un rien de temps et laisse une drôle d'impression, provoquant plein de questions, ce qui est vraiment une excellente chose. Je dois dire que je ne m'attendais pas à une réflexion aussi poussée et que la surprise fut assez grande. Encore un roman qui démontre -si besoin est- à quel point la science-fiction est utile dans la réflexion, comme elle peut servir de point de départ pour plein de questions et de théories sur l'homme et la vie en générale. Je recommande chaudement la lecture de ce livre qui est vraiment un ouvrage de référence. Et vive les challenges permettant de lire des livres pareil.

(Chronique n°52)


Sixième participation. Je progresse vite, et bientôt
deux autres suivront (cf. colonne de droite)

dimanche 14 avril 2013

MW (Ozama Tezuka)


Là je vais commencer à aborder des mangas, et en suivant ma ligne de conduite, je ne commenterais que des séries intégralement terminées (en clair, pas de Naruto ou One Piece tant que ce n'est pas définitivement bouclé). Et pour commencer en faisant ça bien, je vous propose d'attaquer directement les mangas du Dieu des mangas. Vous le connaissez ? C'est Tezuka, bien évidemment. Je vous détaillerais la bio plus loin.
Alors, maintenant que j'attaque les mangas, je dois préciser en plus que je ne rentrerais pas dans des débats en comparant la BD et les mangas. Les deux ont des choses aussi bonnes, aussi mauvaises, des séries commerciales et du sous-genre. Donc tous égaux, sans distinction. Compris ? Et pas de débat sur le dessin, le style manga est ce qu'il est, mais le style comics est également très particulier. Pas de débat là-dessus non plus. Et enfin, j'ai ma propre expérience de lecture, je considère certains mangas comme immanquable et beaucoup d'autre non, pas la peine de me dire que j'ai un avis de merde et que je devrais plutôt lire celui-ci ou celui-là. J'ai une énorme liste de lecture à lire, il est sans doute inclus dedans, et de toute façon, chacun ses gouts.
En attendant, voici le premier manga qui rentre dans la roulotte : MW de Ozama Tezuka.


Résumé en trois mots : Psychopathe, Vengeance et Gaz

Cet auteur là, vous en aurez plus d'une fois dans la roulotte, pour la bonne et simple raison qu'il est le Dieu du manga. Ce n'est pas seulement un surnom gentillet, comme celui qu'on donne aux chanteurs. Là le surnom est totalement justifié. En fait, Tezuka est le dieu pour plusieurs raisons. Déjà, il est parmi les premiers. Mangaka dès la fin de la guerre, il dessine des milliers de planches et d'histoires de toutes natures, et va ainsi donner naissance au style de BD qu'on appelle aujourd'hui manga. C'est lui qui créera également des codes visuels, et son style est aisément reconnaissable, très dynamique, presque enfantin dans le trait, beaucoup plus dur et mature dans le propos. C'est un mélange des deux qui donne un côté parfois très malsain au manga. En outre, le dessin est toujours incroyablement fouillé au niveau des décors, faisant un tableau presque réel dans le fond des images (au point de dessiner chaque brin d'herbe). Le contraste donne du coup l'impression de se plonger dans l'histoire et en même temps rend les personnages attachants, proches de nous (pour plus d'infos, se reporter à l'ouvrage de Mc Cloud, L'art invisible).
En plus donc de cette arrivée précoce et de son talent pour le dessin, Tezuka est surtout un mangaka qui a tout fait. Ou presque. En fait, il a crée les genres classiques de manga, peut-on dire. C'est d'autant plus flagrant lorsqu'on compare avec des mangas actuels. Mais en règle générale, il a fait de tout : de la romance, du conte, de la fantasy, du fantastique, de la science-fiction, du roman graphique, de l'historique, de .... tout quoi ! Sa production est incroyablement diversifié, allant des gentils mangas pour enfants (enfin, c'est toujours assez violent quand même) aux mangas résolument adulte (et parfois même des mangas qui touchent aux "exclusivement pour adulte"). En fait il a passé sa vie entière à dessiner, sans interruption ou presque. Et au final, sa production est source d'inspiration pour tout les mangakas actuels. Il suffit de voir que Naoki Urasawa (le meilleur mangaka actuel je pense) est cité comme son fils spirituel pour comprendre son impact. C'est un cas assez unique dans le monde, mais il est le tronc d'où partent toute les branches du manga actuel. Un vrai dieu, je vous l'ai bien dit !
Pour infos, il était médecin de formation, et la guerre l'a traumatisé (plus d'une histoire contenue dans le grand recueil "histoire pour tous" semble/est autobiographique). Il a mené dans toutes ses œuvres de réflexions sur l'homme, et s'interroge sur la moralité, la bonté, la nature méchante et cruelle de l'homme etc ... Ce sont toujours les mêmes questions, mais tournées à chaque fois d'une autre façon et selon un autre aspect. D'ailleurs je pense que lire l'ensemble de son œuvre permet de mieux comprendre à la fois son talent mais également sa réflexion à la fois pessimiste et optimiste sur l'homme. J'ai pour l'instant adoré le peu que j'ai lu.

Donc, Tezuka est un dieu. Un vrai. Et voici l'un des nombreux mangas qu'il écrivit un jour. Plus précisément, ce manga date de 1976/79 au Japon mais n'est arrivé qu'en 2004 en France (comme d'habitude, le décalage horaire). C'est un manga très court, qui ne comporte que trois tomes (Tezuka n'est pas un habitué des séries à rallonges), et qui est très facile à trouver. Donc on n'a pas d'excuses pour ne pas le lire, qu'on se le dise !
L'histoire va se présenter autour d'un beau jeune homme, qui séduit facilement les femmes, intelligent et qui charme tout le monde (pour ceux qui connaissent le manga Monster, c'est exactement le double de Johan). Ce jeune homme est pourtant très particulier. Il tue des gens sans distinction, mentant et trichant. C'est une véritable ordure, qui commence d'ailleurs par un kidnapping de gamin où la victime est tuée (et le père également). Bref, un beau cas d'ordure. Mais qui entretient une liaison avec un prêtre, ancien roublard. Les deux se sont connus dans leurs jeunesse, sur une île, quand le jeune homme fut séquestré par le roublard. Et très vite, l'île fut envahit par un gaz qui tua tout le monde. Le roublard seul survécu, le jeune homme également mais avait respiré du gaz, qui lui toucha le cerveau. A partir de cet instant, le roublard devint prêtre, et le jeune homme commença sa carrière criminelle.
L'histoire commence comme ça, mais accélère le rythme très vite, avec un premier tome qui va aller très vite, un deuxième qui s'emballe et un troisième qui va finir en apothéose le tout. Le récit est un thriller, mais va présenter des critiques de plusieurs sujets, notamment autour de l'armée américaine et japonaise au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, avec toute les magouilles qui suivirent sur les armes bactériologiques. Une critique de la presse à scandale également, des politiciens corrompus, et tant d'autres choses ....

Le point fort du manga, c'est bel et bien son personnage principal qui est vraiment extraordinaire. Il n'a aucune excuse, c'est certain. Ce n'est pas une personne que l'on prend en pitié, malgré ce qu'il a vécu. La façon dont il va manipuler les gens, mais également corrompre d'autres, ses relations avec les filles (et une en particulier) sont justes horribles. Je ne dévoilerais pas trop, mais c'est l'un des meilleurs méchants/héros que je n'ai jamais vu dans une BD. Et d'ailleurs son acolyte de prêtre n'est pas en reste, torturé entre son amour physique pour l'autre personnage, mais également en cachant ses crimes sous le sceau de confidentialité de l'Eglise. Il est tiraillé par bien des points et ne sait plus à quel saint se vouer. C'est un personnage extraordinairement charismatique, à l'inverse totale de l'autre. De plus, nous aurons le droit à d'autres apparitions marquantes, notamment la directrice de journal.

Tout le manga est servi par un dessin à la Tezuka, toujours dynamique, au personnage très peu détaillés, dans un genre presque enfantin, mais avec des décors très rigoureux et vraiment beau, qui donnent l'impression d'y être. Le dessin ajoute d'ailleurs une ambiance très particulière au récit, avec un plongeon dans l'univers qui est fait, mais en même temps un décalage entre le trait enfantin du personnage principal et le caractère de celui-ci. Tezuka joue habillement entre sa candeur apparente et sa beauté, mise en contradiction par ses actes et sa nature profonde. C'est une œuvre qui est d'ailleurs bien noire, et qui se tourne résolument vers un public adulte.

Par contre, je dois dire que le récit souffre de petits moments qui sont un poil arrangés à la convenance de l'auteur. Comprenez par là que certains moments ont un traitement qui privilégie l'action et qui du coup semblent un peu gros pour passer, notamment dans les derniers tomes. C'est comme si l'auteur voulait terminer cela d'une manière un peu rapide et s'est facilité la tache dans quelques cas. Ce n'est pas vraiment flagrant à la première lecture, mais à la relecture on remarque que c'est un peu gros quand même. Heureusement que dans l'ensemble c'est très largement noyé par la qualité très forte du récit.

Je dirais donc que MW c'est une excellente BD, qui joui à la fois d'un excellente dessin, très efficace, d'un bon scénario malgré quelques petits passages un peu gros, et surtout de personnages haut en couleur. L'ensemble contient également une réflexion très intéressante sur les hommes, leur faiblesses et leurs défauts, mais également leur grandeur d'âme possible. Tezuka explore encore une fois les bas-fonds de l'âme humaine, en en faisant ressortir le pire comme le meilleur, mais toujours d'un point de vue optimiste teinté de pessimisme. C'est une œuvre qui est résolument pour adulte, mais qui se dévore comme un rien. Elle vaut largement la découverte, je peux l'assurer.

(Chronique n°41)

jeudi 28 mars 2013

L'an 01 (Gébé)


Vous aimez Mai 68, la contestation sociale, les mouvements étudiants, la volonté d'aller à contre-sens de la société ? Oui ? Alors c'est le genre de livre que vous devriez aimer (j'ai adoré et je le revendique). C'est l'esprit de la contestation sociale (celle qui à ratée) des années 70, le moment où l'on dit merde à tout et qu'on recommence à zéro, partant vivre dans le Larzac. On fait table rase, on repart à neuf, c'est la remise en route de tout le bazar, c'est l'an 01 !


Résumé en trois mots : Révolution, Hippies et Pacifique

L'an 01, c'est avant tout une BD, mais qui fut également adapté en film, un vieux film en noir et blanc avec plein de vieux acteurs (genre Gotlib, Coluche, l'équipe du splendide encore non connue, Depardieu jeune et beau gosse ...), qui fut apparemment un petit succès (je n'en ai pas les chiffres officiels donc je ne m’avancerais pas plus que ça). Actuellement la BD est très dur à trouver, on ne l'imprime plus depuis des années, malgré les rééditions de l'Association (ce qui est fort dommage d'ailleurs) mais ce petit tracas peut être remplacé par ce site : celui là ! qui propose toute les pages scannées, et en cherchant un peu on trouve le film également. Donc ce n'est pas impossible, pas d'excuses !


Pour ne pas faire trop durer la chose, je vous propose de commencer rapidement par les défauts : c'est moche, désordonnée et brouillon. Bon, là le cadre est campé. C'est du dessin qui n'est pas beau. Mais alors vraiment. On ne distingue pas toujours tout. Ensuite, c'est une belle saloperie à lire, avec des cases dans tout les sens, du texte écrit en spirale parfois, des pavés énormes à lire (du genre une page énorme) et des sens de lectures qui sont aléatoires. Parfois il faut relire plusieurs fois pour s'assurer d'avoir bien compris. Et vu les pavés, la lecture est tout sauf fluide. Mais en même temps, l'histoire est très déconstruite, on a droit à une succession de petit sketch, des idées en vrac, des planches sans grand rapport entre les deux. Justement d'ailleurs, le mélange entre avant et après l'an 01 est très peu construit et du coup il faut un peu réfléchir en le lisant. C'est un gros défaut, mais en même temps, il faut comprendre que cette BD sort pas mal des cadres conventionnels puisqu'elle est faite avant tout pour un journal. Son passage en BD n'est pas prévu exactement, et du coup la forme s'en ressent.

Pas besoin de beaucoup pour qu'on
comprenne, non ?
Par contre le fond est nickel. Une idée de génie à germée dans l'esprit de Gébé : la révolution de mai 68 fait avec des moyens différents. Pas de révolution armée, pas de mobilisation. Juste un appel à la démobilisation générale. Et tout le monde se démobilise. Cette idée, c'est les fameux trois personnages sur la couverture : "On arrête tout, on réfléchit, et c'est pas triste". L'idée est exploitée sous plusieurs formes, en faisant le bilan des années 70, en montrant le fameux An 01 et ensuite en continuant avec ses fameuses nouvelles façons de vivre. C'est un avant-pendant-après la démobilisation générale.

Et c'est là tout le sel de la BD, une idée utopiste que j'aurais quasiment qualifiée de géniale, mais malheureusement elle est un peu trop utopiste sur certains points. Mais par contre, je ne peux que applaudir des deux mains lorsque je vois cette sublime idée de l'abolition de la propriété, cet ouvrier sur le trottoir en train de lire Platon et disant "On en fait tout un foin, mais finalement ça se laisse lire". Et tant d'autres petites perles à la fois d'humour mais également d'inventivité, ces louanges de la vie au grand air et à la culture pour tous, à l'arrêt de l'abrutisation des masses etc ... C'est également un appel à la révolution simple. On s'arrête, et on réfléchit. C'est bateau, mais c'est simple. Et au final, c'est superbe. Génial.

Le seul défaut dans cette utopie de "sale hippies", comme on dirait aujourd'hui, c'est qu'il ne va pas à fond dans certains aspects, notamment autour de la bouffe ou des vêtements. Mais c'est bien représenté, et l'envie m'a pris d'arriver dans l'an 01, de partager la folie de ces "doux dingues", qui vivent comme ils l'entendent et sans attaches, détachés de tout. C'est assez remarquable quand on le lit, cette façon de mettre en scène une société qui semble parfaite. Le tout à beau dater d'il y a maintenant plus de trente ans, il reste une excellente utopie, toujours autant intéressante.

En résumé, cet ouvrage difficile d'accès est avant tout une utopie, sacrément bien décrite, qui nous fait rêver et voyager. C'est une excellente BD, compliqué à lire, mais très bien campée, aux idées qui fusent en tout sens et dont plus d'une mériterait qu'on s'y attarde vraiment. L'ensemble est assez indigeste pris en gros, mais en lisant tranquillement, petit à petit, la douce folie et l'espoir qui sont contenus dans les pages ressortent et ne peuvent que nous toucher également. Une belle mise en scène, et je pense vraiment qu'elle vaut les utopies de tant de grand maitres (comme Thomas More par exemple). En clair, c'est le genre de BD à lire.

(Chronique n°33)

samedi 23 mars 2013

Neverwhere (Neil Gaiman)


J'ai attendu un petit moment avant de faire cet avis, car je voulais avant tout pouvoir faire un parallèle avec la BD qui existe, que j'ai commandé et que j'ai lu. Je vous propose donc une chronique parallèle : d'abord une petite sur le livre et ensuite une deuxième sur la BD. J'espère ainsi vous donner envie de le lire, et surtout vous permettre de découvrir un auteur de génie qui avance dans le monde des livres, élève de Terry Pratchett (promis Trapitou, je vais en lire également !) et surtout auteur de talent incroyable.

Promenons-nous donc dans un univers assez incroyable et fantaisiste, qui va nous faire coller au siège et nous livre en plus une belle critique de la société actuelle. Et ça se passe à Londres ! (à titre purement indicatif, j'adore vraiment cette ville) Tout est fait pour que nous l'apprécions. Mais de quoi parle-je ? (ça ne se dit pas du tout, je crois ...) Et bien c'est pourtant simple, c'est noté en haut ! Ouvrez les yeux bon sang. Je ne vais pas le faire pour vous.

Roulement de tambours .... Mesdames, Mesdemoiselles (quoi, on me souffle dans l'oreillette que ça ne se dit pas ? Mais je vous merde, je dis ce que je veux encore !) et Messieurs, voici pour vous ce soir dans un numéro exceptionnel, le grand, l'unique, l’irremplaçable Neil Gaiman dans son fabuleux ..... Neverwhere !


Tiens, à ce propos, avez-vous lu Wonderful ? Si oui, l'avez-vous aimé ? Si oui, ce roman est fait pour vous. Oui, j'ai repris la même phrase que pour la chronique de Wonderful. J'ai le droit.


Donc, Neil Gaiman ! C'est un homme réel, anglais mais résidant au USA, qui a commencé en tant que scénariste pour la télévision. Sa grande gloire fut la série des Sandman en bande-dessinée (que je pense me procurer -comme tant d'autres- le plus vite possible maintenant), mais il est également connu à travers ses écrits, bien souvent adaptés également (Coraline au cinéma, Neverwhere en série et en BD). Une ironie mordante quand on sait qu'il a commencé en tant que scénariste de télévision et que son roman Neverwhere est justement tiré d'un scénario pour la télévision datant de 1996 et ensuite tiré en roman. Pour l'info, je n'ai pas vu la série et je ne veux pas la voir. J'ai tellement aimé le livre, j'aurais trop peur d'être déçu.

Alors je précise tout de suite que Neverwhere n'est pas qualifié seulement de fantasy, mais d'urban-fantasy. Un sous genre qui se rapproche de conte moderne, avec une caricature ou une dénonciation de la société. Je vous renvoie pour cela à des ouvrages spécifiques. Pour moi, je ne pense pas que les étiquettes jouent expressément un rôle important, je les mets juste pour s'y retrouver plus facilement. Pour de plus amples détails, voyez avec des spécialistes qui dissertent de la chose durant des jours complets. Je ne mettrais que des étiquettes simples afin de s'y retrouver. D'ailleurs pour les BD, je suivrais la classification de BDthèque qui est la plus adaptée à mon sens.

En parlant d'images d'ailleurs, c'est assez amusant d'avoir lu la BD ensuite, parce que je n'avais absolument pas les têtes des personnages. Par exemple, je voyais le héros avec la tête de Ewan McGregor dans Trainspotting, vous savez, quand il a emménagé à Londres. Sinon, je n'avais pas capté que Le Marquis était noir, ou pour Chasseur je voyais plutôt une autre femme. Mais je m'égare. De toute façons, c'est très visuel comme livre, on est dans une représentation assez amusante et décalée de Londres, mais très imagée.


Depuis le début, je parle de l'histoire, mais je ne vous l'ai pas expliquée. Voyons ce que c'est alors. Une petite pause s'impose pour un point "histoire en bref" :
Notre héros, Richard, est installé dans la ville de Londres et fait sa petite vie tranquille, avec ses trolls en plastique sur le bureau, des collègues sympathiques, une fiancée qui est très .... euh .... chiante me semble le mot le plus approprié, et une petite vie bien rangée dans son appartement. Une routine peinarde, une façon de vivre qui est très proche de celle de milliers d'autres.
Dans cette petite vie tranquille, il va se retrouver un soir devant un dilemme cruel : une fille en haillons et en sang est tombée devant lui, alors qu'il rejoignait un restaurant avec sa copine. Pris de pitié, il la ramène chez lui, tandis que sa copine est furieuse, puis il la soigne et attend qu'elle se réveille. Puis deux personnes débarquent chez lui, avec notamment des affiches qui indiquent qu'ils recherchent la jeune fille. Mais lorsqu'ils déboulent dans l'appart, elle a disparu. Du coup, il se pose des questions, et finalement il se rend compte que la jeune fille n'est pas totalement ordinaire. En effet, elle s'appelle Porte, et vient du Londres d'en bas. Un Londres sous le Londres que nous connaissons et qui est riche en mystère et choses nouvelles.

En fait, le roman propose quelque chose d'extrêmement original dans le propos, avec ces deux facettes de Londres qui se côtoient en permanence, liées par plusieurs choses en même temps. Et c'est d'autant plus intéressant que l'imagination déployée est superbe, avec des côtés fantastiques, notamment autour des noms de lieux.
Mais là où je crie encore plus au génie, c'est dans les idées qu'on trouve derrière. Car en fait, le roman ne se limite pas seulement à une aventure fantasy. Il va largement au-delà ! Déjà, les personnages. Superbes, tous autant qu'ils sont. Je ne reviendrais pas sur le duo Croup & Vandamer qui est superbe et qui a fait des émules, mais je dois reconnaitre qu'il possède un charisme fou, avec ce rôle de méchants sans l'être. Ce sont justes des exécutants, mais lesquels exécutants ! Ensuite Porte, qui semble sur d'elle, assez dynamique, mais qui est en faite une fille seule et affolée par moment, le Marquis, noble dans ses attitudes mais en même temps détestable et mufle, Chasseur entourée de son aura de mystère mais tout de même attachante, et bien évidemment le personnage principal qui est intéressant car il ne fait pas que se limiter au rôle du gars qui suit en pleurant sur son sort. Je ne crois pas qu'il a souvent le temps de se lamenter d'ailleurs.
Et de plus, nous avons le droit à de superbes scènes (je pense notamment à la sortie du British Museum avec la danse dans l'escalier, superbe !), beaucoup d'humour et de fantasy, du rêve qui est vendu en paquets de plusieurs kilos, des faits superbes, une intrigue qui tient la route ... Je crois bien qu'on frôle la perfection !

Alors en continuant dans la lancée, pourquoi ce roman est-il superbe ? Deux raisons : déjà, il propose une réflexion sur le monde des SDF et des clodos. Et plus généralement, sur l'ensemble des déshérités de la société qui vivent dans un reflet de la notre, avec leurs règles et leurs codes, que l'on ne voit jamais. C'est assez bien tourné, mais on se rend vite compte de la métaphore, notamment lorsqu'ils envahissent les lieux abandonnées, celui qui joue dans les couloirs du métro mais qu'on ne remarque jamais, et puis tout ces déshérités qui recherchent n'importe quel objet à troquer et échanger, en dehors de la société et de l'argent. C'est un monde qu'on ne remarque plus, à force de ne plus vouloir le voir, et c'est superbement mis en scène.
Mais en prime, nous avons le droit à une autre réflexion, qui intervient sur la fin du récit et qui est plus que superbement mise en scène. En plus je suis totalement d'accord avec cette vision. Pour ne pas trop en dévoiler, je dirais juste que Gaiman confronte les mondes fantastiques et le monde réel, avec peut-être quelques clichés, mais tourné d'une belle façon. J'ai été totalement d'accord avec sa vision, qui explique qu'on peut vouloir vivre en dehors du monde (ce qui inclue donc les livres, les films ou les jeux autour de mondes imaginaires ou fantastiques). C'est une sorte de défense qui est faite des mondes imaginaires, de la volonté qu'on peut avoir de se plonger dedans pour échapper à l'emprise du réel. Étant un grand pratiquant de cette méthode, je ne peux que être en admiration devant une démonstration si brillante. Et la fin n'est que plus éloquente à ce sujet, mais je n'en dis pas plus bien évidemment.

Par contre, il faut bien trouver des défauts. Et il y en à un ! Un gros même, mais vous allez voir que ce n'est pas tellement un défaut que ça au final. Explications. Le gros défaut, c'est bien le scénario, qui est en fait sans grandes surprises. On a une trame classique, très efficace, mais qui ne sort pas tant que ça des sentiers battus en terme de narration. On est même dans l'ultra-classique avec du manichéen primaire.
Mais là, il faut replacer les choses dans le contexte. Et je pense que c'est une bonne chose. Le roman apporte tellement de nouveauté, de décalages, de propositions farfelues et de réflexion, que je pense qu'il aurait été franchement indigeste si Gaiman avait apporté en plus une trame narrative complexe à suivre. Là c'est franchement bien mélangé, ni trop ni trop peu. Bien sur, c'est un peu regrettable à la relecture, mais on est toujours dans l'émotion dégagée par l'imagination fertile dont l'auteur à su faire preuve, donc ce n'est pas dérangeant.


Du coup, comment qualifier Neverwhere ? C'est une œuvre superbe je pense, qui mérite largement son statut tant vantée. On est dans une découverte totale, plongé dans un tourbillon du Londres d'en bas, avec ses nouveautés à la pelle qu'on récolte pour notre plus grand plaisir. Et dans tout cela, des personnages hauts en couleurs, de l'humour, de l'aventure, et plusieurs morales qui ne sont pas du tout dénuées d'intérêt. Alors pourquoi s'en priver ? Je pense qu'il faut vraiment le lire si on ne connait pas encore, c'est un grand roman de la fantasy, certains. Par contre, il faut savoir que si on n'est pas captivé par l'ambiance du récit, il est peu probable qu'il vous passionne, car elle fait 80 % du travail, l'histoire pêchant plus. Donc si vous n'êtes pas pris très vite dedans, ce n'est pas la peine d'essayer de continuer à lire. Passez à autre chose. Et laissez Porte à son destin, Richard à ses trolls et Le marquis à ses faveurs. Et au pire, lisez la BD que je vais me faire un plaisir de commenter plus haut.

(Chronique n°30)

vendredi 22 mars 2013

Mort aux cons ! (Carl Aderhold)

Vous aimez les cons ? Non ? Moi non plus. Mais il y a la manière de faire, et parfois quand on aime vraiment pas les gens, on fait ce qu'il faut pour ne plus avoir à les supporter .... Mais là, ça dépasse allègrement les bornes, et c'en est très drôle du coup.


Résumé en trois mots : Humour, Assassinats et Cons

Ce livre, je l'ai bien aimé, c'est dit. Et oui, c'est un gros succès, mais j'ai bien aimé. En fait surtout, j'ai adoré l'humour qu'il a mis dans le livre. Pour le reste ... Je vais détailler.

L'histoire part d'une excellente idée : une personne se lance dans une croisade pour éliminer les cons qui l'entoure. Vous savez, le type qui referme la porte sur vous alors que vous arrivez, ces gens qui sont chiants et qui vous pourrissent la vie, vous collent au cul sur deux cent kilomètres d'autoroute, etc ... Et bien là, ils meurent, et par gros paquet en plus. Au total, 140 morts de sa main, toujours de façon à ne pas se faire attraper. Et pourtant, il commence à se poser des questions sur son entourage en plus. Et puis la police rode ...

Le résumé est en fait très court, mais dans le roman le personnage va progressivement exposer une théorie sur les cons, cherchant à les retrouver de façon formel et ne pas en laisser passer (et également ne pas abattre trop d'innocents non plus tant qu'a faire). Du coup, le rythme du roman est un peu à deux temps.
En fait, j'ai surtout adoré l'humour dans le roman. Il y en a pas mal et vraiment, il est excellent. Un humour fin, très bon, souvent dans la tournure des phrases, qui sont juste sublimes. J'ai même eu les larmes aux yeux lorsqu'il commence à descendre dans sa boite en s'occupant des DRH. Un pur moment de bonheur (remarquez que la scène porno est pas mal non plus).

En revanche, si j'ai beaucoup aimé la forme, j'ai trouvé le fond sacrément plus discutable. Déjà le personnage principal m'est apparu comme complètement fade et insipide, sans réel passion. Il est assez absent dans le roman, mais contrairement à Ombre dans American Gods, il n'est pas intéressant. Pas même un personnage commun, juste un personnage insipide. Complètement insipide. Et du coup j'ai eu du mal à lui trouver la moindre excuse. Ensuite j'ai trouvé plus d'une situation très capillotractée, avec des situations qui me semblaient parfois vraiment impossible, des arrangements qui semblaient un peu simple (je veux dire qu'il y a quand même des doutes possibles quand on voit tant de morts s'accumuler). Sans compter que les flics semblent tout de même un peu neuneu, mais je vais dire que ça reste globalement crédible quand on ne cherche pas trop trop loin.

Ensuite, je dois avouer que je n'ai pas été d'accord avec une grande partie du discours du narrateur, un défaut mineur certes, puisque je n'adhère pas à tout les livres que je lis, mais ce qui est un peu embêtant c'est que l'auteur fait plus d'une fois des exposés un peu longuet -notamment sur la fin- en expliquant bien son point de vue. Mais j'avoue que ce n'est pas une catastrophe, de loin pas.
Par contre, le fond du livre est vraiment douteux et je n'y ai pas du tout adhéré. Pour ainsi dire, il me rebute plus, avec une sacrée misanthropie et une bonne dose de mauvaise foi également. Le genre à voir tout en noir. Et j'aime pas. C'est con, mais j'aime pas. Désolé.

Du coup, je dois dire que j'ai un avis particulier : j'ai bien aimé le livre, la lecture fut très plaisante et j'ai vraiment rit dans plus d'une occasion. Et la lecture se fait vite, c'est fluide, aucun souci. Par contre, le fond m'a laissé franchement dubitatif, le personnage principal m'a semblé bien insipide et parfois les discours un peu longuet m'ont semblé bien rébarbatifs.
De ce fait, je ne peux pas vous déconseiller de le lire, il est vraiment sympathique, mais je sais que je ne le relirais pas, sans aucun doute, et que je ne le recommanderais pas comme un immanquable. C'est un livre sympathique, drôle, mais loin d'être immanquable et inoubliable. La révolution n'est pas encore là, loin de là, mais pour un premier roman l'auteur montre une belle plume humoristique. Je vous recommande seulement la lecture. 

(Chronique n°29)

lundi 18 mars 2013

Quai d'Orsay (Christopher Blain & Abel Lanzac)


Je profite de cette chronique pour préciser que je vais sans doute abandonner sous peu le principe de l'alternance entre BD et livres, afin de conserver un meilleur rythme d'écriture. Les commentaires sur les BD sont plus dur à faire dans une période où je ne lis quasiment plus de nouvelles BD (c'est une passion qui revient vite chère quand on prend le temps de lire et d'acheter).
Ensuite, je dois avouer que écrire des chroniques plutôt longue c'est plaisant, mais je vais vraiment essayer de faire plus court. En ce moment j'arrive à me maitriser, du coup je vais tenter de continuer dans cette voie là. Il ne fait pas tellement en dire quand on aime bien et quand on aime pas, pourquoi en dire trop de mal ? Donc pour bien faire, je vais raccourcir un brin mes textes. J'espère que je gagnerais en lisibilité comme ceci, j'ai l'impression que mes textes sont souvent trop long.
Sans plus attendre, voici la BD du jour : Quai d'Orsay de Blain et Lanzac !


Résumé en trois mots : Politique, Absurde et Humour

Connaissez-vous un de nos anciens dirigeants politique qui connu quelques déboires avec quelque chose nommé le CPE ? Non, pas le Conseiller Principal d'Education, je ne suis pas sur qu'ils aient jamais connu un lycée normal avec des vrais CPE (oui, je vais sans doute faire des blagues sur les politiciens), je parlais du CPE, Contrat Première Embauche, qui déboucha sur des manifestations dans toute la France (ah, la belle époque des grèves au lycée ...).

Enfin bref, nous avons donc ici une BD qui est semi-autobiographique (voir  totalement) sur un personnage, qui est le représentant de l'auteur, Lanzac, lequel utilise un pseudonyme (on peut le comprendre). Il est embauché par le ministre des affaires étrangères, Alexandre Taillard de Vorms, une représentation  très réaliste de Dominique de Villepin (oui, celui de Clearstream), en tant que chargé de communication (en clair il écrit les discours). Et avec tout cela, il va nous présenter de façon très claire ce qui se passe dans le monde de la politique française. Et c'est loin d'être morne.

Cette BD, c'est avant tout de l'humour. Je dis bien de l'humour, même si on pouvait penser à de la politique et un roman graphique. Ici, c'est une BD qui va vous faire rire et sourire de toute les façons, avec des gueules du siècle. Si le narrateur ici est bien le conseiller technique, Mr Arthur Vlaminck, le vrai héros de cette histoire est avant tout Alexandre Taillard de Vorms, personnage hautain, ambitieux, avec une tête enflée et des chevilles qui gonflent de même, une personne qui est certes cultivée mais qui en même temps est beaucoup trop sûr de celle qu'il possède. Et qui en plus possède un égo démesuré. C'est, selon lui, le capitaine qui sauvera la planète et la laissera dans la paix. La façon dont il se voit est d'autant hilarant.

Mais en plus, le personnage est cerné par des cons des personnages ambitieux qui évoluent autour de lui de manière diplomatique, se faisant des coups de putes les uns aux autres et essayant par tout les moyens de s'attirer des bonnes faveurs. C'est très rigolo, d'autant plus que les personnages vont évoluer.
Le contexte est celui d'une crise au Lousdem, une caricature des débuts de la guerre en Irak, avec les pays à l'ONU qui font des interventions et débats en tout sens. On aura également l'aperçu de personnages américains, et d'autres acteurs, tels des philosophes, poètes et tout ce genre de choses. Et bien évidemment, tous avec un égo surdimensionné.
En sus, nous aurons également le principe autour de la vie privée du narrateur, et la façon dont son job influe dessus de manière catastrophique. Notamment lorsqu'on le mobilise de façon soudaine et brusque alors qu'il se trouve en voyage avec sa copine. Et qu'il doit rentrer urgemment.

En plus de toute les qualités autour de l'histoire et de l'humour extraordinaire, j'ai apprécié qu'on ai un aperçu très cynique de la façon dont le pays gère ses affaires extérieures. C'est une politique de malade, avec des rond de jambes et des fausses modesties, des flatteries et des discussions sur l'utilisation d'un terme ou d'un autre dans un discours (véridique, plus de dix pages de débats sur un terme).

Ajouté à cela, nous avons le droit à un dessin très efficace, une belle mise en scène, au trait dynamique et la colorisation est très bonne également. Le dessinateur fait des excellentes choses (dixit mon professeur de géo) et il vaut le coup d'être suivi. En plus, les gueules qu'il fait sont juste énorme, surtout pour Alexandre. Au final, le rendu est superbe, dans toute la BD, et promet des grands éclats de rire jusqu'à la fin de chaque tome.

En définitive, c'est une excellente histoire, avec un scénario intéressant sur plus d'un aspect mais également terriblement drôle. Le dessin est superbe, simple mais terriblement efficace, l'humour est pour tout les gouts jusqu'au bout, et l'ensemble est excellent. La série est finie en deux tomes pour l'instant, avec plusieurs pistes qui peuvent encore être exploitée mais l'auteur ne semble pas vouloir continuer. Enfin, pour l'instant. Dans tout les cas, ruez-vous dessus sans hésiter. C'est le genre de BD qu'on peut également offrir, ça plaira à tout le monde (ou presque).

(Chronique n°26)

mardi 12 mars 2013

Farenheit 451 (Ray Bradbury)

Je ne sais pas si vous aussi avez déjà éprouvé ce genre de situation, mais parfois, certains livres ne sont pas que des livres qui prennent au tripes. Parfois ils touchent des cordes sensibles en vous, celles dont vous ne soupçonniez pas l'existence mais qui résonnent fort et surtout très profondément. Vous vous surprenez à dévorer des page sans pouvoir vous arrêtez, vous vous goinfrez, vous gobez, vous englobez tout le livre sans atteindre satiété avant de l'avoir fini. Et là, vous restez hagard, frappé par ce que vous venez de lire. Il vous faut un petit temps d'adaptation, vous redescendez lentement sur terre, comme un drogué qui a fini son shoot et retrouve progressivement pied avec la réalité. Pourtant vous avez beau ne plus y toucher, il vous travaille, ça remue dans la caboche, vous sentez que vous n'êtes pas en paix. Des bribes de roman vous reviennent en mémoire, des passages semblent s'animer, vous en rêvez, c'est en vous très profondément et vous n'arrivez pas à l'extirper en dehors. Puis vient le temps de la compréhension. On saisit ce qui nous travaillait, pourquoi c'était tellement bon et tellement prenant. Vous réfléchissez, relisez un peu les passages, et finissez par avoir assimilé totalement le livre, même si vous restez incapable de tout retransmettre à quelqu'un ensuite. Mais vous l'avez en vous, et c'est amplement suffisant.

C'est de ce genre de livre dont je vais vous parler aujourd'hui.

Résumé en trois mots : Livre, feu et dictature

Ce livre, c'est presque impossible que vous n'en ayez pas entendu parler. Un classique de chez classique, mais alors vraiment plus classique que ça c'est impossible. Un chef-d’œuvre adulé de la littérature américaine, un auteur de génie, une histoire parfaite. C'est bien évidemment Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

A titre personnel, je ne supporte pas qu'on fasse du mal à un livre. Le simple fait de jeter un livre qui est en allemand datant de 1924 et à moitié foutu me brise le cœur. Même une Bible/Coran/Torah/Kama-sutra (alors que je suis fermement athée), je ne supporterais pas. Je n'arrive pas à imaginer un livre bruler. Alors quand on brule des dizaines de livres intéressant, même si ce n'est que écrit, je sens mon cœur saigner. C'est tellement inhumain de faire ça, je ne supporte pas. Voila pour moi, maintenant parlons du livre.


Ce livre est légendaire. Il a posé de nombreuses bases en anticipation, il est incroyablement lucide sur le monde, et enfin, nous petits habitants d'un monde en 2012, pouvons dire que ce livre est également très visionnaire. Même mieux, je dirais qu'il est prophétique. D'ailleurs, si vous lisez cet article, c'est que vous consacrez du temps à votre ordinateur. Savez-vous qu'en France, en 2012, la durée moyenne de visionnage de télévision d'un homme lambda est de 3.5 heures par jour ? Oui, par jour, vous lisez bien. En clair, plus d'un cinquième de la journée, et ce en comprenant les heures de sommeil. En dormant huit heures par jour, c'est plus d'un cinquième du reste de votre journée. Incredible, isn't ? Les chiffres sont sans appel, dirait-on. Fahrenheit 451 n'est plus tellement loin, n'est-ce pas ?


Mais de quoi parle donc ce fameux roman qu'on nous vante sans cesse ? Et bien, c'est très simple :

Nous avons un monde proche. Les gens ne lisent plus. Plus personne. Le livre à disparu. Les pompiers les brulent. Ils n'éteignent plus les incendies, ceux-ci ont disparus lorsque les maisons ont été entièrement ignifugées. Du coup, ils arrosent d'essence les tas de livres interdits qu'ils trouvent et enferment les personnes. Les machines sont partout : des chiens qui vous traquent, les Limiers, ne ratant jamais leurs cibles. Des gros camions de pompiers remplis d'essence : les salamandres. Et puis les écrans qui remplacent les murs, pour discuter avec la famille, ce concept révolutionnaire de télé. Et ces coquillages dans les oreilles, qui diffusent la radio, la musique, des voix en permanence, assourdissant la personne au monde extérieur. On ne veut plus voir, on ne veux plus entendre, on n'entend et on ne voit plus. Et pourtant tout le monde est heureux de ça. Curieux, ça me rappelle le métro ou le tram le matin. Je ne suis pas mauvaise langue, regardez une fois vraiment les gens autour de vous. Combien n'ont pas d'écouteurs ?

Ensuite, maintenant que nous avons le contexte, voyons le héros. Montag, un pompier. Je ne sais toujours pas si c'est la raison, mais le fait qu'il s'appelle Montag (lundi en allemand) me fait toujours penser à ce début de semaine, le premier jour d'un nouveau cycle. Le moment de repartir sur de nouvelles bases. Un beau présage.
Car le reste ne l'est pas. Montag brule des livres, très régulièrement. Il aime le feu, l'allumette qui embrase le tout, le papier qui se tord, qui se consume. C'est beau, une symphonie parfaitement orchestrée qui rythme sa vie. Car en rentrant, il découvre sa femme, Mildred, est accaparé par ses écrans et la famille qui est dessus. Des programmes chouettes pour vous divertir toute la journée. Quel beau programme !

Ensuite, pour que l'alchimie de l'histoire puisse avoir lieu, il faut un événement imprévu. Celui-ci va avoir lieu deux fois. Un catalyseur, une étincelle. Le catalyseur : la voisine, Clarisse, 17 ans, très sympathique, un peu folle ou bizarre selon les voisins, qui aime parler avec les gens, écouter, et simplement tout ce qui est proscrit dans ce monde moderne. Elle va parler avec Montag, progressivement nouer une relation presque d'amitié avec lui. Mais l'amitié à besoin de temps pour évoluer, et ce temps fera défaut.
Ajoutons l'étincelle. Une femme qui s'immole au milieu de ses livres arrosés d'essence. Une femme vieille, qui à elle-même jetée l'allumette sur le tas. Elle à brulé volontairement sa vie et ses livres. Montag ne comprend pas : qui a-t-il dans ces livres qui peuvent conduire à s'immoler pour eux ? Il cherche à comprendre.

Tout est en place, le drame commence, lever de rideau. La pièce à fini l'introduction. Passons au corps du texte. Que va-t-il se passer ? Vous le saurez en lisant ce très court récit. Il faut le lire, c'est une œuvre qui doit être lu au moins une fois dans sa vie. On en ressortira grandi en tout. Contrairement à Je suis une légende qui est une œuvre culte seulement, celle-ci est culte et immanquable. Un pilier fondateur, mais également indispensable à un minimum de culture livresque. Pourquoi donc ? Et bien, voyons cela ensemble, voulez-vous.


Pourquoi qualifier Fahrenheit 451 de lecture obligatoire ?

Parce que ce roman est un avertissement. Un avertissement au monde entier de la voie dans laquelle il ne faut surtout pas s'engager. Et dans laquelle on se dirige malheureusement les yeux fermés. Une société qui ne cherche plus à s'instruire !
En effet, beaucoup voient dans l'ouvrage une dénonciation des médias de masse, de la télé et des écrans. Personnellement je ne pense pas que tout s'arrête là. C'est sur, les écrans peuvent causer beaucoup de problèmes, notamment d'une dépendance accrue, mais ils sont avant tout des annihilateurs de volontés et d'action. Je pense qu'à ce niveau là, c'est presque impossible de démentir le propos. Franchement, les écrans ne vous calment pas beaucoup, vous rendant très vite amorphe et calme, énervé mais peu actif ?
Et pourtant, ils servent, on ne peut le nier non plus. Les mails, l'internet, toutes les fonctionnalités d'un ordi. Qui ne s'en est jamais servi me jette la première pierre ! Et là, c'est ce que Ray Bradburry dénonce : les écrans servent de la mauvaise façon. Ils ne sont que des choses qui maintiennent l'ordre, distraient les personnes. Panem et circenses, disaient les anciens romains qui avaient tout compris : distrayons-les, et tout ira bien. Là, le roman dénonce totalement cette passivité, cette oisiveté qui est entrainée par les médias de masses, cette télé qui fonctionne tout le temps. Une façon d'endormir la conscience des gens.
Mais en plus, il y a quelque chose de bien pire qui est fait : on endort les gens, mais on brule le moyen de les réveiller ! Les personnes sont amorphes, et on brule les livres. Là, c'est le summum de la critique. Le feu qui ravage les livres atteint la pire chose : la fin des possibilités pour tout à chacun de s'instruire, d'accéder à la connaissance et de vous épanouir intellectuellement. Car oui, les livres éveillent ! Tout comme la conversation éveille, comme la poésie éveille ! Et tout cela brule ou disparait. Je dois dire que ça fait vraiment froid dans le dos.

Cette société, c'est également de personne apathique est tellement horrible, et surtout à présent tellement proche, qu'on en vient presque à se demander si il n'est pas vraiment prophétique. Plus d'une situation du livre horripilent mais également font échos à des choses totalement actuelles.  Et pourtant, aucune considération n'est faite autour de la politique ou encore de grands manipulateurs qui régissent le monde. C'est simplement l'ensemble de la société, par le bas comme par le haut, qui coopère. On ne peut pas blâmer quelqu'un en particulier, mais tous. Dans ce sens, les dernières pages sont sublimes en termes d'accusation. Et c'est à mon avis une des meilleurs raisons de lire ce livre : tout le monde doit s'impliquer dedans, tout le monde doit faire ce petit effort supplémentaire. C'est le collectif qui gagne, et il commence par l'individuel.


En conclusion, malgré son âge canonique de 54 ans, ce livre à gardé toute sa force et en à même gagné je pense. Il est toujours aussi horrible de se demander si nous ne glissons pas lentement dans un monde qui est peut-être pire à sa manière que 1984, car ici les coupables sont au même niveau que nous. Les médias de masses qui embobinent les gens et les endorment, l'appauvrissement de la culture, les questions intérieurs de Montag, tout cela n'est que plus actuel, et aujourd'hui il doit être considéré avec d'autant plus de soin. C'est le genre de livre qu'il faut lire, mais qu'il faut faire lire également. En parler, en discuter, l'analyser, soupeser les propos dedans. Il ne s'agit pas d'une lecture distrayante, c'est une lecture pour laquelle il faut prendre son temps, et qui donne matière à beaucoup réfléchir. Et c'est également une lecture incroyable, n'étant pas pessimiste, n'étant pas optimiste. Le final est à couper le souffle d'ingéniosité. Une merveille, un livre culte. Et immanquable.

(Chronique n°23)