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vendredi 4 avril 2014

Le peuple d'en bas (Jack London)

Encore un Jack London, certes (et j'en ai encore en réserve), mais qui va explorer une autre facette du personnage. En effet, je vous parlerais cette fois-ci de l'auteur socialement engagé et qui nous a pondu un petit chef-d’œuvre de sociologie et d'Histoire (eh ou, à présent cette aspect là de la vie appartiens à l'histoire ... Tant mieux pour eux d'ailleurs). Je précise d'ailleurs au passage que ce livre est aussi appelé, selon le traducteur, Le peuple de l'abime. Dans les deux cas, le sujet est le même, et ce n'est pas beau à lire.


Résumé en trois mots : Pauvreté, Social et Londres

Livre engagé socialement, mais surtout chronique de la vie de pauvres gens, cet ouvrage de London est résolument ancré dans sa vie d'observateur du monde. Ici, les bas-fonds d'un Londres en pleine période "dorée", dans une Angleterre maitresse d'un empire énorme, au innombrables richesses et à l'activité industrielle florissante quoique ayant connu déjà un choc économique. Et dans cette Angleterre là, sortant juste de l'époque victorienne pour rentrer dans celle edouardienne, Jack London va se travestir pour explorer par lui-même ce qu'il appelle "L'Abime", l'endroit où échouent les pauvres, les déshérités, les indigents de la société anglaise. Et c'est glaçant.
A la fois portrait de la vie londonienne pour ces pauvres gens, constatations sur la misère (ce qu'il dit sur la survie au jour le jour de ces gens est valable dans nos pays aujourd'hui aussi), critique d'un système (et d'une société), critique d'un comportement, tout y est. C'est aussi le journal d'une plongée dans ce monde, un monde que London n'arrive pas à concevoir jusqu'au bout. Plus d'une fois il nous explique que cela va trop loin pour lui en montrant ce qu'il a fait au final (comme se laver après avoir du se "laver" dans un centre). C'est une triple lecture, à la fois chronique de l'auteur, chronique sociale et chronique historique. Une superbe densité qui marque.

Tout l'intérêt que l'on peut avoir, outre l'aspect historique, c'est le fameux intérêt de comprendre la pauvreté, ses mécanismes et ses tenants-aboutissants. Et de comparer avec aujourd'hui. Ce qui fait la force de ce livre traitant de la pauvreté, c'est qu'il traite de sujets toujours d'actualité. Je ne vous conseillerai que d'ouvrir les yeux en ville. L'abime n'est pas si loin de nous qu'on le pense.

Un excellent roman, tableau d'une triste réalité du début de XXème siècle, c'est également une peinture saisissante de la pauvreté en général, de ses mécanismes et de ses composants. Chronique d'un auteur s'engageant dans le processus pour essayer d'en parler (journalisme gonzo avant l'heure ...) et nous laissant face à l'horreur de ce qui est vécue. Plus d'une fois j'ai pensé qu'un sadique n'aurait pas put inventer quelque chose comme cela. Et, cerise sur le gâteau, London nous parle au final de socialisme. Et ça, croyez-moi, ça s'entend de loin quand il l'exprime à sa façon. A lire, ne serait-ce que pour être amené à réfléchir sur les situations actuelles.

(Chronique n°162)

Petit extrait pour réfléchir :

"La civilisation a rendu possible toutes les formes du confort matériel, et beaucoup de joies intellectuelles. Mais l'Anglais moyen est exclu de ces joies. S'il doit éternellement en être privé, je dis que la civilisation a failli à sa mission."

"Cela nous amène à poser une troisième et inévitable question : "Si la civilisation a augmenté le pouvoir de production de l'individu moyen, pourquoi n'a-t-elle pas amélioré le sort de l'individu ?" A cette question, une seule réponse est possible : à cause d'une mauvaise gestion."

dimanche 7 juillet 2013

De bons présages (Neil Gaiman & Terry Pratchett)


Eh oui, encore un Gaiman, mais cette fois-ci en duo avec l'auteur qu'il admire et que l'on m'a si souvent conseillé, surtout pour sa fameuse série fleuve Les annales du disque-monde, qui est apparemment une vraie merveille selon ce que j'ai entendu. En tout cas, je me suis plongé dedans pour le nom de Gaiman surtout, après toute mes autres lectures. Et voici le résultat !


Résumé en trois mots : Apocalypse, Humour et Absurde
J'avoue que le spitch de cette histoire est très alléchant, puisqu'il nous propose de vivre l'Apocalypse. Et oui, la vraie fin du monde, avec tout ce que cela peut comporter comme petits désagréments, tels que la hausse de la mortalité, les bouchons sur le périphérique de Londres ou le refroidissement de sa tasse de chocolat chaud. Et oui, car ici nous avons le droit à une apocalypse en beauté. Une apocalypse en humour ! Et oui messieurs dames. Mais je commence par la fin, passons au début. Quel est l'histoire ?

L'histoire commence onze ans avant son début. Lorsque l'on demande à un démon sur la Terre, Rampa, de s'occuper de l'Apocalypse et accessoirement de surveiller l'Antéchrist, qui va naitre bientôt. Car c'est bien l'Antéchrist qui va déclencher tout cela. Il est l'antithèse de Jésus, il est le fils du diable, le mal incarné, celui aux pouvoirs énormes qui va déclencher la bataille finale entre les cieux et l'enfer. Charmant programme, et surtout très vaste. Mais il y a un hic. Rampa ne veut pas tellement que l'Apocalypse arrive, il commence à être attaché à cette planète. Après avoir passé plusieurs siècles dessus à oeuvrer pour le diable, on a ses petites habitudes, vous comprenez ? Et ce n'est pas Aziraphale qui dira le contraire. Aziraphale, c'est un ange bien sympathique qui à le même boulot que Rampa mais pour les cieux : agir pour le seigneur. Et puis, lui aussi il est attaché à cette planète, surtout aux livres, qu'il adore. Il est libraire (sans jamais rien vendre).
Le truc, c'est que Rampa et Aziraphale sont aussi assez proches, puisqu'ils ont un peu la même conditions. Et qu'ils s'entraident, chacun aidant un peu pour le boulot de l'autre (de toute façon le boulot sera fait, alors autant s'aider et diminuer le temps de travail, non ?). Alors les deux ensembles mettent sur pied un plan d'action. Et si on faisait en sorte que l'Apocalypse n'aurait pas lieu ? C'est pas si dur, il suffit d'empêcher l'Antéchrist de tout lancer, onze ans plus tard. A deux, ils devraient y arriver.
Mais il faudra compter aussi sur des bonnes sœurs bavardes, des bébés égarés, des prophéties d'une certaine Agnès, des nouveaux inquisiteurs, des gamins turbulents et un village idyllique.

L'histoire, comme vous le voyez, joue avec les codes du genre, dans un esprit très proche de ce que fait Pratchett habituellement, c'est-à-dire de rire de tout ! Et là, on s'en prend tout le temps, puisque le livre est entièrement humoristique. De quoi bien rigoler. D'ailleurs celui qui à du bien rigoler, c'est le traducteur (qui jette même l'éponge à un moment et nous explique un jeu de mot avec une astérisque. Je pense qu'il a du sincèrement en baver, parce que retranscrire l'humour d'une langue à l'autre n'est pas chose aisée (la poésie non plus remarque ...). En tout cas le pari est sacrément réussi, parce que j'ai tout de même bien rigolé tout au long de l’œuvre (et lorsque le traducteur fait des apartés, c'est aussi très drôle).

Sinon, l'histoire est vraiment sympathique, très bien mise en œuvre, avec de l'ingéniosité, des petites retournements de situations, des idées en vrac et le tout sous un bon couvert d'humour. Le propos est bien recouvert sous le vernis de l'humour, mais il reste néanmoins intelligent et propose une petit réflexion sur l'Apocalypse et la façon de l'appréhender dans le camp du ciel et de l'enfer. Je n'en dis pas plus, pour ne pas vous spoiler, mais c'est toujours appréciable d'avoir un livre humoristique avec un fond un peu sérieux, ou au moins réfléchis.

J'ajouterai également que le style d'écriture est très fluide, et que la lecture est un réel plaisir. Le seul moment où vous allez poser le livre, c'est lorsque vous voulez rire tranquillement d'un gag en particulier et que vous n'arrivez plus trop à tenir le livre droit avec le hoquet qui vous secoue. Mais pour le reste, tout est bon, même les personnages sont bien campés.

Par contre, je dois déplorer un petit détail. C'est que je n'ai pas vraiment accroché. Je ne sais pas exactement pourquoi, peut-être est-ce par rapport aux lectures que j'avais faites juste avant et qui étaient, elles, sérieuses. Peut-être n'était-ce tout simplement pas le moment. Je ne sais pas trop. En tout cas j'ai eu le sentiment de ne pas apprécier le livre à sa juste valeur. Comme si je le lisais en me disant "C'est très bon ! Je pense que j'aimerai, mais pas aujourd'hui". Du coup ma lecture fut un peu pénible, et j'ai avancé doucement, avec l'impression d'accomplir une corvée plutôt qu'une lecture agréable. C'est pourquoi je reste mitigé dessus. En tout cas, même si je trouve le livre bien, je préfère quand Gaiman fait des livres plus sérieux et un peu plus dans le fantastique. Je trouve qu'il instaure une ambiance plus prenante. Je crois que c'est vraiment l'ambiance du récit avec laquelle j'ai eu du mal : une ambiance trop humoristique, bon enfant. Je ne suis pas trop fait pour ce genre dans les livres. En BD, ça passe beaucoup mieux selon moi.


En bref, le fait de ne pas avoir aimé me contrit un peu, bien que je trouve l'ouvrage très bon (vous avez vu l'emploi de verbe rare ?). Il appert que les deux auteurs sont bons, et que l'humour est de même facture, mais je n'ai pas été séduit par le déploiement intensif d'idées et d'humour. J'en suis fort marri, mais je pense vraiment que l'ambiance posée n'est pas celle que j'attendais du récit, et que j'attendais autre chose, ce qui fait que je n'ai pu apprécier l'ouvrage à sa juste valeur.

Ce qui n'enlève donc rien à son prestige, et je vous suggère grandement de le lire, dans le genre des ouvrages fantastique-humour, il doit tenir largement le haut du pavé. Et puis les deux grandes pointures réunies, ça ne se refuse pas. En tout cas, c'est très différent que ce que j'avais déjà lu de l'univers de Gaiman. Ce fut une surprise, mais malheureusement mauvaise. Je crois je vais essayer un autre alors, pour me réconcilier.

(Chronique n°58)

dimanche 24 mars 2013

Neverwhere (Mike Carey & Glenn Fabry)

Je dois dire que la couverture me
déçoit. Le regard est pas mal foiré et
Porte semble beaucoup moins clodo
que dans le livre. Normalement elle
est habillée comme une SDF. De ce
côté là c'est un poil raté.
Vous avez bien lu l'article précédent ? Celui-ci découle totalement de l'autre, puisque c'est le même livre, mais à présent dans son adaptation en bande-dessinée dans l'année 2008 (pour la France, mais un ou deux ans avant pour les États-Unis). Du coup ce n'est pas véritablement une simple chronique sur la BD, mais bien un comparatif entre les deux, notamment sur le fond et la forme. Indissociable, mais peut-être aussi complémentaire, qui sait. Vous voulez le savoir ? Alors lisez la critique du livre dans le post précédent. C'est fait ? Alors à présent, voyons la BD tiré du roman de fantasy Neverwhere !


Résumé en trois mots : Londres, Souterrains et Portes

Donc, Neverwhere à été adapté en 2007, la version livre datant de 1996. Dix ans séparent seulement les deux, mais voyons un peu si cette distance n'a pas trop jouée sur la transcription d'un média à l'autre (oui, BD et livre sont deux médias différents).

Premièrement, le dessin. Là je dois dire que j'ai été bluffé. Pourquoi ? Tout simplement parce que le dessinateur à réussi à faire des gueules qui correspondent exactement aux personnages du roman, notamment Croup & Vandemar, ainsi que de me faire noter des détails que je n'avais pas remarqué (la tête du Marquis est très différente de celle que j'avais en tête, mais en fait j'avais mal lu sa description). Chasseur est totalement différente de ma vision mais également très bien, l'ange réussi, en fait tout les autres sont bon. Richard est parfaitement bien fait (je ne sais pas pourquoi, j'avais en tête Ewan McGregor dans Trainspotting ...) et Porte, même si je regrette qu'elle n'ai pas plus l'air de la clodo décrite dans le roman, est très sympathique.

Sinon, le dessin est très bon, assez détaillé, très typé comics, mais pour une fois je n'ai pas été dérangé par lui. C'est une bonne version, avec des petites touches très sympathiques. Je dirais juste que comme d'habitude, les personnages me semblent souvent figés. Pourtant, les dessins sont dynamiques, et les scènes d'actions fluide. Les couleurs sont très bien choisi, même si certains détails paraissent curieusement flashy. Mais dans toutes les pages, ça passe allègrement inaperçu.

Tiens, en parlant du nombre des pages, il faut bien le souligner : l'album est très gros. Il faut au total 192 pages (ce qui explique que le prix d'origine soit 24 € .... Heureusement que j'ai trouvé pour 10 de moins !) et présente le format classique des comics (a savoir, une 25 par 16.6), plus petit que du A4 mais plus gros que les formats de poche ou les petits formats franco-belges. D'ailleurs il est à couverture rigide et à la fin vous avez une compilation des couvertures de chapitres. Ah oui, petite précision : il arrive bien souvent qu'en Europe les éditeurs fassent le choix de regrouper en intégrale plusieurs chapitres de comics au format américain. Par exemple, ici, nous avons en fait 9 chapitres regroupés dans un seul volume (cette pratique marche aussi pour de nombreux Batman, pour Walking Dead ....). Pour chacun de ces chapitres, une couverture est dessinée (spécialité américaine également), qui sont regroupés à la fin pour pouvoir les détailler (elles sont présentes dans le récit, mais avec du texte par dessus). Je dois dire qu'elle sont sublimes, et que c'est un régal à regarder.
Ensuite, passons au gros du texte : le corps en lui même. L'adaptation. Là encore, je dois dire que j'ai été largement bluffé. Je ne pensais pas à une adaptation tellement fidèle. Le récit est totalement repris, de A à Z (bien évidemment, avec quelques coupes qui devaient être faite, mais je vous assure qu'on ne le distingue pas tellement au final). Certains points disparaissent, un ou deux personnages sont passés à la trappe, et quelques petites modifications interviennent de ci de là (comme par exemple lors de la fin, ou il n'y a pas le coup du vin d'Atlantide, ce qui est dommage en un sens) mais tout est respecté au final.
Une couverture (la dernière)
d'un magazine américain
Enfin, presque tout. Je suis outré pour un point. Un énorme, un gros comme une maison qui est passé à la trappe : la fin ! Ils ont zappé toute la réflexion sur la valeur de notre monde et d'un monde de fantasy. Ayant tellement adoré cette fin, je ne peux que être outré de ne pas l'avoir retranscrite. Mais en même temps, je pense franchement qu'elle était dure à remettre. Par contre j'ai trouvé grandement dommage qu'on perde tout le côté métaphore des clodos et du monde de la misère, ce qui est vraiment regrettable. Cela dit, tout le récit était déjà dur à mettre en place, cette subtilité était peut-être superflue. Ce côté est surtout absent lors de l'épreuve que passe Richard, qui insiste uniquement sur le fait qu'il se croit dément, et pas plus. Là par contre, les choix sont nettement plus judicieux, notamment pour faire avancer la BD avec le même rythme tout au long.
Du coup, je trouve les coupures très bien faites, et qui n'empêchent pas le récit de sombrer dans la pale copie d'une œuvre remarquable. Le récit reste très bon, rythmé, et avec son lot de surprise et d'amusement. Elle est un poil plus sobre que la version littéraire, notamment au niveau des métaphores, mais je pense qu'elle se rattrape largement par son côté plus marqué fantasy. Une belle réussite d'adaptation.

En résumé, c'est une œuvre qui à mon avis totalement réussie. Elle parvient à éviter l'écueil de l'adaptation ratée, reste très fidèle à l'univers d'origine et pose un excellent graphisme, notamment au niveau des personnages. Par contre, on peut regretter une profondeur moindre au niveau du scénario. Je dois dire que ceci est à mon avis le plus gros défaut qu'on peut noter. Pour le reste, la qualité est largement au rendez-vous, et les 190 pages s'enfilent à une vitesse remarquable. On est captivé une nouvelle fois dans ce Londres d'en bas, avec un fil directeur simple mais tellement efficace. Et lorsqu'on referme le livre, c'est avec une petite pointe de déplaisir en sachant que se finit là notre découverte du monde d'en bas et de ses codes. Il ne nous reste plus qu'a regarder tranquillement autour de nous, d'imaginer peut-être ce que serait le reflet déformé de notre monde, de contempler notre vie avec un regard différent, et surtout de se demander si on ne va pas aller très vite en libraire, genre dans l'instant, dévaliser le rayon fantasy, s'enfermer pendant six mois et se gaver jusqu'à la lie. Je crois bien que la dernière option me plait beaucoup.

(Chronique n°31)

samedi 23 mars 2013

Neverwhere (Neil Gaiman)


J'ai attendu un petit moment avant de faire cet avis, car je voulais avant tout pouvoir faire un parallèle avec la BD qui existe, que j'ai commandé et que j'ai lu. Je vous propose donc une chronique parallèle : d'abord une petite sur le livre et ensuite une deuxième sur la BD. J'espère ainsi vous donner envie de le lire, et surtout vous permettre de découvrir un auteur de génie qui avance dans le monde des livres, élève de Terry Pratchett (promis Trapitou, je vais en lire également !) et surtout auteur de talent incroyable.

Promenons-nous donc dans un univers assez incroyable et fantaisiste, qui va nous faire coller au siège et nous livre en plus une belle critique de la société actuelle. Et ça se passe à Londres ! (à titre purement indicatif, j'adore vraiment cette ville) Tout est fait pour que nous l'apprécions. Mais de quoi parle-je ? (ça ne se dit pas du tout, je crois ...) Et bien c'est pourtant simple, c'est noté en haut ! Ouvrez les yeux bon sang. Je ne vais pas le faire pour vous.

Roulement de tambours .... Mesdames, Mesdemoiselles (quoi, on me souffle dans l'oreillette que ça ne se dit pas ? Mais je vous merde, je dis ce que je veux encore !) et Messieurs, voici pour vous ce soir dans un numéro exceptionnel, le grand, l'unique, l’irremplaçable Neil Gaiman dans son fabuleux ..... Neverwhere !


Tiens, à ce propos, avez-vous lu Wonderful ? Si oui, l'avez-vous aimé ? Si oui, ce roman est fait pour vous. Oui, j'ai repris la même phrase que pour la chronique de Wonderful. J'ai le droit.


Donc, Neil Gaiman ! C'est un homme réel, anglais mais résidant au USA, qui a commencé en tant que scénariste pour la télévision. Sa grande gloire fut la série des Sandman en bande-dessinée (que je pense me procurer -comme tant d'autres- le plus vite possible maintenant), mais il est également connu à travers ses écrits, bien souvent adaptés également (Coraline au cinéma, Neverwhere en série et en BD). Une ironie mordante quand on sait qu'il a commencé en tant que scénariste de télévision et que son roman Neverwhere est justement tiré d'un scénario pour la télévision datant de 1996 et ensuite tiré en roman. Pour l'info, je n'ai pas vu la série et je ne veux pas la voir. J'ai tellement aimé le livre, j'aurais trop peur d'être déçu.

Alors je précise tout de suite que Neverwhere n'est pas qualifié seulement de fantasy, mais d'urban-fantasy. Un sous genre qui se rapproche de conte moderne, avec une caricature ou une dénonciation de la société. Je vous renvoie pour cela à des ouvrages spécifiques. Pour moi, je ne pense pas que les étiquettes jouent expressément un rôle important, je les mets juste pour s'y retrouver plus facilement. Pour de plus amples détails, voyez avec des spécialistes qui dissertent de la chose durant des jours complets. Je ne mettrais que des étiquettes simples afin de s'y retrouver. D'ailleurs pour les BD, je suivrais la classification de BDthèque qui est la plus adaptée à mon sens.

En parlant d'images d'ailleurs, c'est assez amusant d'avoir lu la BD ensuite, parce que je n'avais absolument pas les têtes des personnages. Par exemple, je voyais le héros avec la tête de Ewan McGregor dans Trainspotting, vous savez, quand il a emménagé à Londres. Sinon, je n'avais pas capté que Le Marquis était noir, ou pour Chasseur je voyais plutôt une autre femme. Mais je m'égare. De toute façons, c'est très visuel comme livre, on est dans une représentation assez amusante et décalée de Londres, mais très imagée.


Depuis le début, je parle de l'histoire, mais je ne vous l'ai pas expliquée. Voyons ce que c'est alors. Une petite pause s'impose pour un point "histoire en bref" :
Notre héros, Richard, est installé dans la ville de Londres et fait sa petite vie tranquille, avec ses trolls en plastique sur le bureau, des collègues sympathiques, une fiancée qui est très .... euh .... chiante me semble le mot le plus approprié, et une petite vie bien rangée dans son appartement. Une routine peinarde, une façon de vivre qui est très proche de celle de milliers d'autres.
Dans cette petite vie tranquille, il va se retrouver un soir devant un dilemme cruel : une fille en haillons et en sang est tombée devant lui, alors qu'il rejoignait un restaurant avec sa copine. Pris de pitié, il la ramène chez lui, tandis que sa copine est furieuse, puis il la soigne et attend qu'elle se réveille. Puis deux personnes débarquent chez lui, avec notamment des affiches qui indiquent qu'ils recherchent la jeune fille. Mais lorsqu'ils déboulent dans l'appart, elle a disparu. Du coup, il se pose des questions, et finalement il se rend compte que la jeune fille n'est pas totalement ordinaire. En effet, elle s'appelle Porte, et vient du Londres d'en bas. Un Londres sous le Londres que nous connaissons et qui est riche en mystère et choses nouvelles.

En fait, le roman propose quelque chose d'extrêmement original dans le propos, avec ces deux facettes de Londres qui se côtoient en permanence, liées par plusieurs choses en même temps. Et c'est d'autant plus intéressant que l'imagination déployée est superbe, avec des côtés fantastiques, notamment autour des noms de lieux.
Mais là où je crie encore plus au génie, c'est dans les idées qu'on trouve derrière. Car en fait, le roman ne se limite pas seulement à une aventure fantasy. Il va largement au-delà ! Déjà, les personnages. Superbes, tous autant qu'ils sont. Je ne reviendrais pas sur le duo Croup & Vandamer qui est superbe et qui a fait des émules, mais je dois reconnaitre qu'il possède un charisme fou, avec ce rôle de méchants sans l'être. Ce sont justes des exécutants, mais lesquels exécutants ! Ensuite Porte, qui semble sur d'elle, assez dynamique, mais qui est en faite une fille seule et affolée par moment, le Marquis, noble dans ses attitudes mais en même temps détestable et mufle, Chasseur entourée de son aura de mystère mais tout de même attachante, et bien évidemment le personnage principal qui est intéressant car il ne fait pas que se limiter au rôle du gars qui suit en pleurant sur son sort. Je ne crois pas qu'il a souvent le temps de se lamenter d'ailleurs.
Et de plus, nous avons le droit à de superbes scènes (je pense notamment à la sortie du British Museum avec la danse dans l'escalier, superbe !), beaucoup d'humour et de fantasy, du rêve qui est vendu en paquets de plusieurs kilos, des faits superbes, une intrigue qui tient la route ... Je crois bien qu'on frôle la perfection !

Alors en continuant dans la lancée, pourquoi ce roman est-il superbe ? Deux raisons : déjà, il propose une réflexion sur le monde des SDF et des clodos. Et plus généralement, sur l'ensemble des déshérités de la société qui vivent dans un reflet de la notre, avec leurs règles et leurs codes, que l'on ne voit jamais. C'est assez bien tourné, mais on se rend vite compte de la métaphore, notamment lorsqu'ils envahissent les lieux abandonnées, celui qui joue dans les couloirs du métro mais qu'on ne remarque jamais, et puis tout ces déshérités qui recherchent n'importe quel objet à troquer et échanger, en dehors de la société et de l'argent. C'est un monde qu'on ne remarque plus, à force de ne plus vouloir le voir, et c'est superbement mis en scène.
Mais en prime, nous avons le droit à une autre réflexion, qui intervient sur la fin du récit et qui est plus que superbement mise en scène. En plus je suis totalement d'accord avec cette vision. Pour ne pas trop en dévoiler, je dirais juste que Gaiman confronte les mondes fantastiques et le monde réel, avec peut-être quelques clichés, mais tourné d'une belle façon. J'ai été totalement d'accord avec sa vision, qui explique qu'on peut vouloir vivre en dehors du monde (ce qui inclue donc les livres, les films ou les jeux autour de mondes imaginaires ou fantastiques). C'est une sorte de défense qui est faite des mondes imaginaires, de la volonté qu'on peut avoir de se plonger dedans pour échapper à l'emprise du réel. Étant un grand pratiquant de cette méthode, je ne peux que être en admiration devant une démonstration si brillante. Et la fin n'est que plus éloquente à ce sujet, mais je n'en dis pas plus bien évidemment.

Par contre, il faut bien trouver des défauts. Et il y en à un ! Un gros même, mais vous allez voir que ce n'est pas tellement un défaut que ça au final. Explications. Le gros défaut, c'est bien le scénario, qui est en fait sans grandes surprises. On a une trame classique, très efficace, mais qui ne sort pas tant que ça des sentiers battus en terme de narration. On est même dans l'ultra-classique avec du manichéen primaire.
Mais là, il faut replacer les choses dans le contexte. Et je pense que c'est une bonne chose. Le roman apporte tellement de nouveauté, de décalages, de propositions farfelues et de réflexion, que je pense qu'il aurait été franchement indigeste si Gaiman avait apporté en plus une trame narrative complexe à suivre. Là c'est franchement bien mélangé, ni trop ni trop peu. Bien sur, c'est un peu regrettable à la relecture, mais on est toujours dans l'émotion dégagée par l'imagination fertile dont l'auteur à su faire preuve, donc ce n'est pas dérangeant.


Du coup, comment qualifier Neverwhere ? C'est une œuvre superbe je pense, qui mérite largement son statut tant vantée. On est dans une découverte totale, plongé dans un tourbillon du Londres d'en bas, avec ses nouveautés à la pelle qu'on récolte pour notre plus grand plaisir. Et dans tout cela, des personnages hauts en couleurs, de l'humour, de l'aventure, et plusieurs morales qui ne sont pas du tout dénuées d'intérêt. Alors pourquoi s'en priver ? Je pense qu'il faut vraiment le lire si on ne connait pas encore, c'est un grand roman de la fantasy, certains. Par contre, il faut savoir que si on n'est pas captivé par l'ambiance du récit, il est peu probable qu'il vous passionne, car elle fait 80 % du travail, l'histoire pêchant plus. Donc si vous n'êtes pas pris très vite dedans, ce n'est pas la peine d'essayer de continuer à lire. Passez à autre chose. Et laissez Porte à son destin, Richard à ses trolls et Le marquis à ses faveurs. Et au pire, lisez la BD que je vais me faire un plaisir de commenter plus haut.

(Chronique n°30)

dimanche 27 janvier 2013

Wonderful (David Calvo)

Comme le dit si bien le proverbe, "Il n'y a que le premier pas qui coute".

Lançons-nous donc joyeusement dans les récits les plus improbables, et commençons directement avec du lourd, du très lourd.


Résumé en trois mots : Lune, Rêve et Fin du monde
Wonderful, de David Calvo, un roman qui sent très fort les rêves et le fantastique.

Pour commencer de façon simple, je vous pose une simple question : Avez-vous lu Neverwhere ? Si oui, l'avez-vous aimé ? Si oui, alors ce roman est fait pour vous.

Sorti en 2001, Wonderful est un roman curieux et dérangé. A la fois fouillis incroyable et pourtant organisation au poil, délire et réalité mélangé, il est totalement inclassable. A l'image de l'auteur d'ailleurs, sur lequel très peu d'informations transparaissent. Je tiens tout de même à signaler que sa biographie sur Amazon varie selon les livres; et se trouve résumé sur l'un à "David Calvo a trente ans. Expert en chute libre, il ne vit plus nulle part." (ceux qui en doutent, cliquez !). Le peu d'informations qu'on obtient en croisant les sources permettent de dire que c'est un homme, qu'il est né dans les années 70 (et qu'il aurait par conséquent environ quarante ans actuellement), à Marseille ou à Los Angeles. Il écrit beaucoup avec Fabrice Colin apparemment, aurait peut-être des enfants ou peut-être pas, et des gouts très éclectiques (surtout en musique, mais nous y reviendrons).
Le peu d'informations que l'on trouve sur lui ont même données lieu à des explications tout à fait sensées telles que "David Calvo n'existe pas". En résumé, vous aurez compris que l'on ne sait pas très bien qui est l'auteur, et que l'aura de mystère autour de sa personnalité joue en sa faveur. D'ailleurs j'aimerais beaucoup le croiser en dédicace, ce type doit en valoir la peine je pense. Mais ce n'est là que mon avis (que je partage d'ailleurs).


Bref, vous avez compris, le lascar est rude gaillard, et nous allons devoir batailler ferme pour nous en sortir. Je vous alarme tout de suite, vous n'êtes pas au bout de vos peines. Le roman dépasse encore son auteur, et de très loin d'ailleurs.

Car Wonderful, c'est encore pire que tout. Imaginez votre réaction si je vous dis ceci : La lune va s'écraser sur la Terre, un film est recherché dans un Londres où des gens se croient à l'époque Victorienne et d'autres se prennent pour le marchand de sable, avec une radio Blue FM en fond sonore, une symphonie de planètes et Newton. Il y aurait alors fort à parier que vous me preniez pour un demeuré complet qui à assemblé des idées éparses n'ayant somme toute aucun rapport. Ce qui d'ailleurs n'est pas loin du compte. Car en fait, nous sommes devant un livre qui est très proche d'une décharge d'idées. Vous allez en avoir en vrac pendant un long moment, et c'est très dur de trouver la cohérence au premier coup d’œil. Le meilleur moyen pour arriver à contourner ce genre de problèmes, c'est tout simplement de lâcher prise. On ne se pose pas de questions, et on se laisse emporter par la folie de l'écrivain.

Enfin, folie .... Génie peut-être. Le synopsis est à la base tellement dingue qu'il tient autant du génie :
L'histoire va se dérouler uniquement dans la ville de Londres. Londres qui à pété un boulon d'ailleurs. En même temps il y a de quoi : c'est la fin du monde. Mais pas une de celle que l'on peut contrer. Non, ici, c'est la fin totale : la Lune se fragmente, elle meurt, et d'ici peu s'écrasera sur la Terre en détruisant tout. C'est la fin. This is the end auraient dit les Doors.
Et pourtant, les gens vivent encore en attendant la mort. Le docteur Loom notamment s'obstine à soigner des patients dans sa clinique. Mais il est confronté à plusieurs soucis : sa femme est dépressive (remarquez, ça se comprend) et des patients disparaissent mystérieusement. Et puis il y a un film, très convoité, qui attire des gens. Beaucoup de gens, et pas seulement des curieux.

J'ai essayé ici de résumer au maximum sans trop en dévoiler (car on en dévoile très vite trop). Le roman est très hallucinant, comme une sorte de rêve éveillé, avec des passages superbes, mais d'autres également angoissants. Je dirais que le roman est très onirique. On navigue dans des idées folles en permanence, mais si on se pose trop de questions, si on s'attarde, on est perdu. Car de l'imagination serait à revendre ici. Londres est totalement chamboulé, et des idées de génies prennent forme. On reconnait énormément de clin d’œil également, et beaucoup de parallèles peuvent être fait. Le plus gros (je pense) est celui avec Neverwhere, de Neil Gaiman (une chronique bientôt, promis), avec l'idée d'un Londres complètement différent; mais aussi dans certains personnages (notamment les deux détectives Floatsam et Jetsam qui ressemblent par certains côtés à Croup & Vandemar, tout en étant très différent). Pour autant, je ne pense pas qu'il s'agisse de littérature bis. C'est une œuvre pleine et entière, avec son propre monde.

Monde d'ailleurs qui mélange tout, tout en contenant beaucoup de poésie. En fait, au fur et à mesure de la lecture, on est happé par les mots, l'orchestration parfaite des chapitres (et des situations), par la tragédie sublime qu'on nous joue. Pour reprendre les mots d'une autre critique : "Jamais fin du monde n'aura été aussi belle". Les larmes et le rire se mêlent en permanence, pour notre plus grand bonheur.

Et au final, le rideau tombe gracieusement, sans faire mal. La fin est attendue, mais elle reste belle, superbe. En fermant le livre, j'avais une curieuse sensation, comme si le récit m'avait touché un point sensible, un de ceux que je ne connaissais pas mais que j'ai eu beaucoup de plaisir à sentir chatouillé. La relecture de ce livre me plonge d'ailleurs à chaque fois dans cette sensation, que je considère comme unique, et en même temps tellement belle.

Cependant, le récit n'est pas seulement sur papier. L'auteur s'amuse dans le livre à disséminer des pistes de musiques (de manière très subtile d'ailleurs). Lorsque vous prenez la peine de les écouter à la suite, vous constaterez qu'il vous donne une véritable playlist en plus de l'ouvrage, dans le ton du récit et soulignant les passages, contenant de véritables perles d'ailleurs (et pour la plupart je ne connaissais pas). Je vous laisse le plaisir de l'écouter par vous même (elle est disponible ici). C'est le genre de petit détail qui vous fait d'autant plus apprécier une œuvre.

En résumé, une œuvre très onirique, mélangeant des styles très divers, allant un peu dans toutes les directions, mais restant tout de même autour d'un même axe, elle saura combler les fans de lectures un peu en dehors des genres. Onirique et émotionnellement chargée, voir belle également, c'est une lecture qui procure des sensations, a ne pas faire juste pour se divertir et passer du temps. Elle ne laisse pas indifférent. A conseiller à tout les fans de Neverwhere de Neil Gaiman, mais aussi aux autres. 

(Chronique n°1)