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lundi 29 juin 2015

La voie martienne (Isaac Asimov)

J'avais complètement oublié cette chronique que je me devais de faire sur l'auteur que j'ai le plus lu pour l'instant depuis l'ouverture de la roulotte, l'excellent, l'admirable, l'extraordinaire Isaac Asimov, génie reconnu et admirable de la science-fiction. Je répare donc cette erreur, avec ce nouveau tome qui présente encore une fois des nouvelles de ce géant de la littérature.


Résumé en trois mots : Autres mondes, Espace et Enquête

Le recueil est très court, et ne comporte en tout que quatre nouvelles différentes, assez longues. Bien que ce soit plusieurs styles différents, on retrouve totalement le Asimov que nous connaissons bien, avec un côté polar très marqué, une minutie dans ses enquêtes et des précisions scientifiques, mais également avec les préoccupations habituelles, notamment le devenir de l’humanité, la transformation de l’humain au contact de la technologie et d’autres mondes, tout en suivant l’habituel humour dont il sait nous régaler à chaque fois.

La première, qui donne son nom au recueil, est sans doute la plus intéressante, avec une narration qui change un peu de ce que j’avais l’habitude de lire de sa part, tout en proposant une image très forte autour de l’humanité, pas forcément à son avantage d’ailleurs. Par contre, la façon d’envisager la nouvelle laisse songeur sur des possibles développements extra-terrestre. Encore une fois, un avenir qui laisse songeur, et qui m’interpelle sur notre conduite en tant que société humaine. En lisant ce genre de nouvelles, je me dis que si plus de gens acceptaient de lire de la science-fiction de ce style, le monde pourrait être bien plus agréable à vivre.

Dans l’ensemble, les autres nouvelles sont bonnes sans être remarquablement notables. Une enquête, une nouvelle humoristique dont la chute m’a surpris, et pour le reste c’est de la forme tel qu’Asimov nous a déjà présenté. Ni meilleur, ni moins bon. Le désavantage, c’est qu’après tant de lecture de ses nouvelles, ça ne renouvelle pas fondamentalement le genre, et j’ai parfois un peu l’impression de moins me laisser porter que d’habitude. Le renouvellement manque un peu, mais en même temps je rattrape toutes ses nouvelles de jeunesse, et je dois bien dire que c’est dans les écrits plus tardifs que j’ai noté tout le potentiel d’Asimov.


Un recueil de nouvelles très bon, comme d’habitude avec cet auteur, mais qui ne propose pas de renouvellement important de la part de l’auteur. Si vous n’avez pas encore lu de Asimov, c’est peut-être un bon moyen pour découvrir le style et l’auteur, en picorant un peu de ses différents styles, mais si vous êtes un fervent lecteur déjà bien accro à ses nouvelles, le recueil ne semble pas indispensable comme peuvent l’être d’autres. A lire, certes, mais pas un indispensable.

(Chronique n°287)

dimanche 15 mars 2015

Seul sur Mars (Andy Weir)

J'ai vu une excellente critique de ce livre (mais impossible de retrouver sur quel blog ...*) et je me suis laissé tenter en passant en librairie. Et puis, pour une fois, j'ai vu que je le livre était conseillé par du beau monde, notamment le directeur de la Station Spatiale Internationale (s'il-vous-plait). Plusieurs bonnes raisons, donc, de me précipiter vers cette trouvaille qui me tendait les bras. Et pour une fois, je suis content ... d'avoir lu le livre très peu de temps après son achat (chose qui devient de plus en plus rare). Qui plus est, en un temps très court, mais j'adore ce grand format souple, agréable en main et à l'oeil.


Résumé en trois mots : Mars, Survie et Thriller

C'est du haut niveau que nous avons là ! Un roman qui m'a scotché littéralement dès les premières pages et qui ne m'a lâché que tout à la fin, tout au bout. Et jusqu'au bout j'étais incapable de dire ce qui allait en résulter, même si j'espérais bien.

Ce livre tient vraiment du thriller de science-fiction, un vrai morceau d'anthologie quand on le regarde. Pour un premier livre, l'auteur a tapé plus que juste ! C'est une histoire haletante, maitrisé d'un bout à l'autre, parfaitement menée et qui plus est, scientifiquement très documenté. L'auteur est dit comme passionnée d'astronomie, et je veux bien le croire. Moi, en tout cas, je m'y croyais comme jamais.

C'est l'histoire simple d'un astronaute qui est coincé sur Mars dans une mission qui s'est compliquée. Et le voila à devoir tenter de survivre pendant un long moment. Très long moment.
Ce départ très simple est extrêmement bien développé sur le long terme, avec un personnage principal attachant et a qui il arrive des choses sans cesse pire, bien que ce soit la dure réalité d'un personnage coincé dans l'espace, là où tout est dangereux. C'est une lutte de tout les instants pour la survie, mais également une lutte très longue. Très très longue.

Pour être parfaitement franc, ce livre est un coup de maitre. J'étais happé par le récit comme jamais avec un thriller. C'est le mélange délicieux avec la science-fiction qui ajoute cette couleur extraordinaire. On est suspendu à la lutte de ce pauvre astronaute, tout en ayant de la bonne science-fiction qui est très proche de ce qu'on pourrait attendre avec les connaissances actuelles. Que du réalisme pur et dur, et c'est bien agréable.
D'autre part, la documentation est excellente, tant dans le matériel utilisé (et j'adore la façon dont cela apporte au thriller) que dans la planète Mars elle-même, berceau d'une possible vie, qui se bat ici pour repartir. C'est une évasion complète, tout en gardant toujours cette tension palpable et bienvenue. J'ai adoré la façon dont c'était mené sans temps mort mais avec des périodes de relâchement. L'espace n'est pas un lieu calme et qui permet de vivre en paix, c'est un lieu de tout les dangers. Les nombreuses incursions de science sont agréables et très bien menées pour les néophytes qui comprendront l'essentiel tout en découvrant le travail énorme qu'il peut y avoir à aller dans l'espace.

Ce livre, je l'ai lu comme j'aurais lu un rapport d'une mission martienne. L'ajout de quelques scènes dans la NASA, ou de conférences de presse terrestre renforce l'atmosphère en mettant en lumière tout ce qui peut jouer en défaveur du héros. Et c'est puissant, très puissant.


Sans m'étendre à vous décrire tout le roman, je ne peux que vous conseiller de lire ce livre si tant est que vous vous intéressez un peu à la science-fiction. A la fois thriller angoissant, science-fiction merveilleuse, roman puissant mais sachant garder des touches d'humour, plongé dans Mars et anticipation, ce roman est fort. Pour un premier roman, l'auteur nous a pondu un vrai chef-d'oeuvre et je vous le recommande fortement. Foncez les yeux fermés, c'est extraordinaire.

*J'ai retrouvé, c'est dans cette vidéo de Florence Porcel : Cliquez ici !
  C'est vers 3:05, voila voila !

(Chronique n°245)

jeudi 10 avril 2014

Un remède à la mélancolie (Ray Bradbury)

Je me suis dit : "Tiens, un recueil de nouvelles. Ça fait longtemps. Au moins une semaine." Et puis une nouvelle est passé, une deuxième. Une encore, et à partir de là tout est passé sans que je ne puisse m'arrêter. En moins d'une journée, le recueil entier est fini. Encore une fois, le style d'un auteur excellent permet de nous pondre un chef-d’œuvre, et c'est un véritable plaisir que de pouvoir lire ce genre de chose, ce style si personnel d'un des plus grands auteurs, si ce n'est le plus grand, auteur de nouvelles du vingtième siècle.


Résumé en trois mots : Mélancolie, Mars et Beauté

Le style de Bradbury est immanquablement beau. Un auteur de style, qui sait nous pondre des nouvelles de toutes formes, et surtout avec son fameux fond, à la fois mélancolique et poétique, mélangeant la science-fiction et le passé, les hommes et les femmes. C'est toujours d'une beauté extraordinaire.
Pour faire simple, de ce que j'ai lu pour l'instant de Ray Bradbury, je crois bien que c'est mon recueil de nouvelles préférées. Elles égalent les Chroniques martiennes et dépassent les Les pommes d'or du soleil, dans le fond et la forme. C'est vraiment d'une superbe beauté, je me suis laissé porter par ce style unique qui se ressent dans toute ses œuvres, oscillant entre un passé radieux et un futur incertain, naviguant entre personnages hésitants, pas sur d'eux mêmes et de la vie en général. Ce sont des êtres qui doutent, qui ne savent pas trop à quoi s'en tenir, et qui se découvrent eux-mêmes, et c'est sublime.
Ce qui est amusant, c'est qu'on retrouve des nouvelles qui se déroulent sur Mars tel que l'auteur nous l'a raconté dans son recueil Chroniques martiennes, et j'ai eu un grand plaisir à retourner sur cette planète fantasmée et qui extrapole sur l'humain. Les autres nouvelles futuristes ne sont pas en reste non plus, et je dois dire que Bradbury à le don de nous pondre des futurs peu enviables. Des avertissements foisonnent au fil des pages, et je trouve cela intéressant.
Mais ce que je retiendrais surtout, c'est la beauté de certaines nouvelles, simples et efficaces, qui m'ont ravies jusqu'au plus haut point. Une beauté sans faille, une écriture parfaite, une histoire efficace, tout est combiné. La patte de l'auteur est là, et c'est une patte qu'on reconnait entre milles. Parce qu'elle est belle.

Un superbe recueil, sans doute le meilleur de l'auteur, de ce que j'ai pu lire à présent, et je vous en recommande chaudement la lecture. La moitié au moins des nouvelles sont fantastiques, l'autre moitié géniales. C'est toujours aussi beau que dans les autres ouvrages de Bradbury, et il y a une force derrière qui ne peut que vous scotcher au pages jusqu'à finir complètement la lecture. J'ai été complètement séduit, Bradbury reste un des plus fantastiques auteur de nouvelles que j'ai jamais lu, et je vous invite à le lire, ne serait-ce qu'une fois dans votre vie.

(Chronique n°165)

mercredi 4 décembre 2013

Spin (Robert Charles Wilson)


Un des derniers gros livres que j'ai lu et que j'ai adoré, c'est cette fois-ci de la science-fiction que je me décidais à lire, sur les conseils du bloggeur Boulet (que je vous invite à visiter si vous ne connaissez pas encore), et qui s'est révélé être finalement très attractif après un début qui m'a donné envie de le remettre à plus tard. Il suffisait d'un voyage en train et d'être coincé deux jours dans la campagne pour le finir, et maintenant que je suis de retour je m'empresse de vous livrer mon billet tout chaud.


Résumé en trois mots : Science-fiction, inventivité et réaliste

J'ai aimé beaucoup d'aspect dans ce livre, notamment le fait que les trois personnages soit complémentaires tout au long du livre, bien qu'on n'en suive qu'un. Chacun aura sa façon de gérer la situation et les changements dans le monde. Chacun aura une autre vision de la vie et sa façon de la mener. Chacun fera autrement pour vivre avec ça. C'est un détail sur lequel j'ai tiqué assez tardivement, mais qui apporte encore du charme à l'ensemble de l'ouvrage.

Mais sinon plein d'autres aspects sont particulièrement superbes, tout l'aspect technologique, tout l'aspect aussi humain et moral de la chose, en règle général les relations entre les personnages ... Tout est bien campé et contribue à rendre une histoire déjà intrigante encore plus intéressante. L'auteur à su également développer tout le monde sans tomber dans du manichéen, rajouter des petites touches bienvenues qui évitent un scénario linéaire, et en plus nous avons le droit à une trame qui respecte certains aspects et code du genre. C'est exactement le genre d'un bon roman qui se lit bien et qui contient beaucoup de bonnes idées.
J'ai juste un regret, c'est que je ne suis pas sur que je le relirais souvent, mais il m'a beaucoup plu, c'est certain. J'ai apprécié cette façon d'écrire de la science-fiction mêlé à la vie des personnes, cet étalage sur plusieurs dizaines d'années qui permet de mieux appréhender certains aspects de la personnalité et surtout la trame de base qui contient des idées excellentes. Sans compter quelques beaux moments et des passages de pure poésie qui m'ont ému.


J'ai bien fait de suivre les conseils de cet auteur au final, puisque l’œuvre m'a énormément plu, une histoire intéressante et des personnages superbes, une belle écriture et un rythme prenant, tout est en place pour passer un bon moment et c'est ce que j'ai eu. Un excellent moment de lecture qui m'a fait plaisir, j'ai apprécié de lire une aventure comme celle-ci. Qui nous fait voyager en dehors mais aussi en dedans, et d'une belle façon. J'ai adoré, et je ne peux qu'en recommander la lecture.

(Chronique n°103)

mardi 15 octobre 2013

Le dieu venu du Centaure (Philippe K. Dick)

Un de mes colocs m'a aimablement prêté quatre Philippe K. Dick lorsqu'il appris que je lisais tout le temps (et vite en plus). C'est donc avec une main un peu forcée que je me suis retrouvé à lire cet auteur, bien que j'ai Ubick sur ma PAL* depuis ... un moment (trois mois minimum). Plongé dedans lors de voyages en train (un des moments où je lis le mieux), je n'ai pas vu le temps passer ni les pages s'enfiler. Ça va vite quand on aime ce qu'on lit ! Et là, j'ai retrouvé la vraie science-fiction, la bonne, celle qui me plait décidément énormément. Pourquoi diable ? Et bien, je vais vous le dire tout de suite.



Résumé en trois mots : Délires, Mars et Drogue

Donc, voici mon premier Philippe K. Dick ! (ça fait plaisir d'agrandir la section SF de ma bibliothèque de vrais livres de SF par des vrais et grands auteurs de SF). Je connaissais surtout les adaptations de ses livres sur divers supports et notamment en film (Blade Runner, Total Recall -celui avec Schwartzy- etc ...). Là, j'ai attaqué directement avec une de ses œuvres que je n'avais jamais connu, dont je n'avais jamais entendu parler. Au moins on démarre sur des bases saines. De tout ça, qu'en ai-je retiré ?
avec ses yeux artificiels, son bras mécaniques. Et son aura de mystère. Qui est-il ? Comment Léo va-t-il
Connaissant de Philippe K. Dick uniquement les adaptations en long métrages, je n'ai pas été déçu de retrouver les mêmes ambiances que j'ai eu dans ses livres : des personnages qui tiennent la route et qui semblent véritablement construit (et pas juste esquissé), des intrigues qui évoluent franchement entre le début et la fin, de la science-fiction, des situations vraiment futuristes et pas forcément très différentes de ce qu'on peut trouver de nos jours (notamment autour de la représentation de l'ONU ...), et bien évidemment une bonne dose de réflexion. Ici elle sera tournée autour de nombreux points : une réflexion sur Dieu et sur la foi (mais de manière vraiment subtile, c'est impressionnant), sur la vie, la possibilité de la changer, le contact avec d'autres espèces, etc ... Des monceaux de détails dans le livre qui nous invitent à réfléchir sur plusieurs aspects qu'on ne pensait pas en ouvrant le livre. Sans compter que la galerie de personnage à de quoi étonner, sans qu'on trouve de personnage héroïque.

Le tout est enrobé par un style d'écriture qui est bon, mais je ne l'ai pas trouvé incroyablement percutant. Je suis sorti assez facilement de ma lecture, mais j'étais tout de même pris par le rythme. Et j'avoue que j'ai adoré le style, qui est restée incroyablement frais malgré son âge. Les préoccupations sont encore totalement d'actualités (peut-être encore plus), et j'ai beaucoup aimé les questions qui sont posées. Car Philippe K. Dick ne donnera aucune réponse, il fera que soulever les questions, et c'est encore plus subtil de sa part. Surtout quand on voit comme c'est concentré. Sans même parler de toute les questions qu'on se pose à la fin (dans le même genre que la fin de Total Recall ou Blade Runner : finalement, il est ou non ?). Bref, dans l'ensemble c'est une excellente histoire que j'ai lu, et j'ai été charmé.


Pour mon premier Philippe K. Dick, c'est jackpot complet. L'histoire m'a plu, et énormément plu même. Le style est bon, les personnages sont très bien trouvés. L'intrigue, les questionnements, les retournements de situations, tout est bien mis en place et vous surprendra. Il est totalement impossible de prédire quoi que ce soit dans ce livre. Le suspense est d'ailleurs maintenu par le caractère des personnes, très changeant mais toujours en phase avec le personnage. Bref, tout est bon, du début à la fin, et invite largement à plusieurs considérations, tout d'abord sur le futur, mais aussi très largement sur notre présent. Une telle invitation ne se refuse pas, et à mon avis cet auteur doit être lu par tout fan de science-fiction ou tout lecteur en général. C'est un très grand roman, et je pense un très grand auteur. Je vous le redirais quand j'aurais fini le reste.

* PAL : Pile A Lire. Terme pour bibliophile qui achètent plus vite qu'ils ne lisent. J'en suis un excellent exemple

(Chronique n°79)

jeudi 4 avril 2013

Chronique martiennes (Ray Bradbury)

J'aime beaucoup les représentations que les gens ont fait de Mars, avec des idées toujours très différentes. Entre le Mars de Total Recall, celui que Edgar Rice Burroughs (qui apparemment inventa les martiens vert), et celui d'un Ray Bradbury, il y a un sacré monde. Et c'est justement que Mars représente de façon assez idéale un monde nouveau, inconnu, vierge, là où la main de l'homme n'a pas encore mis le pied. Et surtout, c'est une excellente façon de représenter l'homme face à du nouveau. Pas d'invasion comme H. G. Wells, pas de guerre des mondes. Juste des gens qui arrivent, débarquent sur un nouveau monde et prennent connaissance des habitants. C'est très semblable à la découverte de l'Amérique, ce qui peut expliquer que les Américains sont champions en la matière.
En tout cas, Ray Bradbury était déjà un champion en la matière, avec un roman de science-fiction en dystopie aux relents d'horreur (mais si, rappelez-vous : Fahrenheit 451) mais là il avait récidivé avec des nouvelles écrites sur une période très longue (de plus de dix ans) qui vont vous faire voir d'une façon différente les martiens et surtout l'approche des terriens. Mais décortiquons ça, voulez-vous ?


Résumé en trois mots : Martiens, Colonisation et Colons

Pour tout ce qui concerne Ray Bradbury, je dois dire que visiblement il a été invité par l'Institut Technologique de Californie, qui ne l'a visiblement pas pris en grippe selon ses dires, et sinon il n'aime pas (et ne comprend pas) qu'on qualifie de Science-fiction son œuvre. Et malgré tout, je dois reconnaitre que je suis assez d'accord avec ce qu'il dit. En même temps, Ray Bradbury est un romantique qui s'est égaré dans le milieu du XXème siècle. Il est plus du genre dépressif et mélancolique que exalté par les étoiles et les hautes technologies. D'ailleurs, ne vous attendez pas à lire des choses passionnantes sur des engins complexes et futuristes. Les engins les plus complexes seront les fusées qu'auront construit les humains pour atteindre la planète (et elles sont au niveau des fusées tel qu'imaginé en 1950) et la technologie martienne sera uniquement décrite dans des rapports d'art. Et un peu culturels aussi.


Le roman est constitué d'un ensemble de nouvelles, de plus ou moins longues tailles, certaines faisant deux pages, d'autres plus d'une vingtaine. En tout 28 nouvelles pour 319 pages, ce qui ne fait pas tellement par nouvelle au final. Et c'est justement le coup, tout est très rapide, très bref, mais très diversifié. L'auteur nous pond des nouvelles très différentes et étalées dans le temps, mais en même temps il a fait quelques nouvelles qui reprennent des personnages. Mais en même temps, ce n'est pas le propos, de suivre une trame complète. Tout est lié et très détaché en même temps. Je vais vous expliquer.

L'auteur nous promène en fait dans Mars, d'abord avec les expéditions successives qui atterrissent sur Mars et qui commencent à explorer la planète (à ce titre le résultat de la première expédition m'a fait hurler de rire par son côté absurde, celui de la deuxième également, mais en même temps ils font toujours réfléchir). Progressivement les martiens se sont fait éradiquer, ils ont presque entièrement disparus (enfin, c'est compliqué, certains sont encore là mais sous des formes différentes), et l'homme colonise.

Et bien que ce l'intégralité du récit se passe sur Mars, tout le récit est centré sur l'homme et les humains. En fait, la connerie humaine est déjà bien représentée (et dans toute sa splendeur). Elle transparait dans tout le roman, et Ray Bradbury ne se gène pas pour la dénoncer, n'y allant pas avec le dos de la petite cuillère. En plus, il ajoute de la réflexion sur l'âme humaine, sur la religion et la spiritualité, sur l'intelligence, la beauté de l'art, de la nature, la peur des hommes et son contact social. Car au fur et à mesure des colons qui arrivent la Terre voit sa situation empirer. Des guerres se déclenchent, et beaucoup de choses se trament. Les personnages sur Mars voient leur terre natale qui se dégradent, et tout les rapports avec leur terre natale deviennent nouveaux. Les gens arrivent et repartent, tout bouge, et la métaphore se fait plus forte avec les Amériques et le Nouveau Monde. On distingue aussi tout le côté de la guerre froide qui se prépare, de la peur des combats, de la joie de découvrir un nouveau monde et la crainte de Bradbury que l'homme ne le souille comme il l'a déjà fait. Il y a comme de la misanthropie qui se dégage de l’œuvre.

J'ai adoré également le fait que Bradbury joue avec son autre roman, auquel il fait allusion dans une nouvelle, sur les société qui brulent les livres. En fait, Mars est une terre qui est contaminé par la connerie humaine au fur et à mesure que les gens arrivent, que l'humain s'installe sur la planète rouge. Mais en même temps, il reste de l'espoir, tout le monde n'est pas con, certains réfléchissent, d'autres essayent de faire de leurs mieux. Ça n'est pas suffisant, mais c'est déjà ça. Et quel douce vengeance il se fait lorsqu'il exécute ceux qui brûlèrent Baudelaire dans Farhenheit 451 (la nouvelle appelée Usher II). J'ai adoré. Mais aussi quelle tristesse quand des personnes âgées voient revenir leur fils .... C'est beau mais triste.

En l'ensemble des nouvelles sont tristes mais belles, tristes par la connerie humaine qui s'en dégage et belles avec les idées, la façon d'écrire, les fins qui sont trop souvent cruels. L'ensemble du récit n'est pas joyeux, même si on peut rire jaune quelques fois. Les nouvelles ne présentent pas un tableau optimiste de l'espèce humaine, c'est certain, mais elles permettent de mettre en lumière plus d'une faiblesse de l'âme humaine.

En clair, c'est un excellent ouvrage, dans la tradition la plus pure des romantiques du XIXème, qui explore par le biais de la science-fiction les tréfonds de l'âme humaine et en fait ressortir les défauts les plus vils qu'il y trouve. En transposant le tout dans un autre monde, sur une autre planète, il devient d'autant plus cynique en montrant que l'homme est capable de tout corrompre. C'est cruel, mais en même temps il cherche et semble encore croire dans l'humain, comme si des parcelles et de fragments de bonté peuvent subsister. A cet égard la fin du recueil est assez éloquent, mais je vous laisse le plaisir de le découvrir. A ranger à côté de Fahrenheit 451 dans l'étagère des livres cultes et à lire.

(Chronique n°36)

lundi 1 avril 2013

Gunnm (Yukito Kishiro)


Là, je vais taper dans le haut du pavé dans le rayon des mangas. C'est un vieux manga, du genre la préhistoire du manga, avant qu'on dépasse 95 et que le manga explose dans les ventes en France. C'est encore la vieille école de manga, et un manga qui a connu une histoire très particulière. Le genre de classique de la science-fiction, les bons vieux classiques quoi. C'est également un monstre du dessin que celui-ci. Dans le genre, le dessinateur est un monstre. Et en plus, l'histoire du livre est extraordinaire. Alors vous êtes prêt ? C'est parti pour ce manga culte, Gunnm de Yukito Kishiro !


Résumé en trois mots : Cyborg, Conscience et Science-fiction

En fait, la série à connue plusieurs soucis, notamment le fait que l'auteur ait fait un arrêt cardiaque durant l'écriture de la série qui conduisit à devoir changer la fin pour éviter de laisser la série en suspense et ne pas pouvoir avoir la fin. Du coup le scénario s'en ressent. Entre autre, l'auteur a écrit par la suite une nouvelle fin, qui en fait est devenue une nouvelle série qui compte actuellement quinze tomes (pour neuf dans la série originale) et qui est ... euh .... merdique en comparaison dirons-nous. Mais je deviendrais médisant, et ce n'est pas le but de la roulotte, au vu de quoi je vais me limiter à cette série dont le neuvième tome est une conclusion "hâtive" de l'ensemble donc.

Déjà, le premier gros point de la série, c'est son dessin. Dire qu'il est sublime est un euphémisme. Il est génialement fait, d'une dynamique incroyable, tout en finesse. Les portraits sont super, l'ambiance est noire et cyber-punk, une ambiance propre au récit, avec une touche très grosse de fantastique également. Les expressions gestuelles, les poses, les décors, les vêtements, les têtes, tout est superbement bien fait et dans un style résolument adulte. En plus de ça, il n'y a quasiment pas d'expression typée manga (genre les expressions Kawai et tout le tralala). Du coup, la lecture semble vraiment plus tournée adulte que adolescent, même si on a des belles petites pointes d'humour dedans. Mais j'y reviendrais. En tout cas, le dessin c'est vraiment superbe, je vous recommande de le lire rien que pour ça (admirez les quelques images que j'ai pioché). Le seul détail qui fait tiquer c'est qu'ils ont inversés les pages pour l'édition française et ne pas troubler le lectorat. Du coup tout est inversé.
L’héroïne, Gally. Et c'est un robot
les gars, ne fantasmez pas trop !

Ensuite, l'ambiance est très clairement noire, même si dans le manga certains passages sont un peu plus léger et humoristique. Dans l'ensemble, c'est surtout un bon manga de science-fiction bien noire avec des thèmes plutôt adultes, notamment autour de l'âme des gens, des relations avec leurs corps et tant et plus. Le fait que les personnages n'aient pour la plupart plus un corps entièrement humain (sauf Ido au début) permet de faire un parallèle intéressant avec notamment l'idée qu'on n'est plus humain sans ce corps de naissance. Gally même se pose des questions sur sa nature, elle qui n'est qu'un cerveau amnésique dans un corps modulable. Tout repères sont perdus pour elle.
Et bien évidemment, l'idée de la cité haute pour nantis et la cité basse pour les pauvres (qui ressemble d'ailleurs beaucoup à Métropolis de Fritz Lang, le film de 1933) est assez révélateur également. Une belle mise en scène des classes sociales. Et également d'un clivage du monde, entre paradis fantasmé et enfer réel. Car Zalem est le paradis attendu pour tout le monde, mais est-ce la réalité ? La décharge est un endroit fermé, qui ne fait que produire pour la ville haute, peuplé de gens mal intentionnés, de quartiers sordides et mal famés, des cyborgs à profusion, des bornes (agents de Zalem qui ne sont que robotiques et ont chacun une bouche différente). Et puis toute la violence de ces lieux, l'absence de nature, d'arbre ou de verdure .... (et ce jusqu'au bout de la série quasiment), l'absence d'oiseau, presque pas d'animaux naturels (des artificiels existent également). L'homme s'est coupé de la nature et vit seule avec la machine. Les petits détails dans ce genre abondent (notamment autour du caractères des personnages et la nature de leurs corps).

En sus, nous avons des personnages très intéressants, bien que la mort frappe assez fortement dans ce manga. Outre le personnage principal qui est juste extraordinaire, les autres ne sont pas en reste. Ido, docteur en robotique et médecin, Yugo, Vector même, et tout les personnages sombres et méchants, mais qui finalement ne le sont pas sans raisons .... Le passage dans le motorball est d'ailleurs assez impressionnant avec l'apparition de Jashungan. On aura également une jeune qui arrivera, avec tout le caractère têtu et déterminé qui la caractérise, ainsi que Kaos, Den, et tout les autres.
Le manga lui même est découpé en plusieurs arcs narratifs. D'abord avec le début, les explications du monde et la présentation des personnages, puis un passage au Motorball du tome 2 jusqu'au tome 5 environ. Là nouveau passage dans la décharge avec d'autres péripéties, et ensuite le "grand arc" narratif, sur les traces de Desty Nova. Ce personnage est un des meilleurs du manga, bien qu'arrivant assez tardivement, mais il est extraordinaire. Mélange de savant fou, de psychiatre et de génie de l'âme humaine, il est tout sauf un méchant classique. L'évolution des personnage est également géniale, avec des changements radicaux dans leurs façon d'agir, de penser etc ... Gally change radicalement de caractère entre le début et la fin, et progressivement s'en forge un nouveau. D'une coquille vide, elle se remplie au fur et à mesure, dans une évolution qu'on ne remarque pas vraiment.

Et la fin précipitée, qu'on note assez fortement, est tout de même extrêmement bien réussie. Elle conclue le tout d'une belle manière, sans que le manga ne se disperse. On remarque que le mangaka à dû faire un peu resserré, et cela se ressent dans plusieurs points, notamment la rapidité de l'action et dans le comportement de Desty Nova qui est un peu surjouée dirait-on. Mais ce sont des détails en comparaison de ce que le manga à proposé depuis le début et propose encore. On ne peut lutter contre une crise cardiaque, et l'auteur à eu la décence de nous proposer une fin correcte, qui conclue au moins la série. La suite proposée parce que l'auteur à récupéré part dans d'autres délires spatiaux qui à mon avis s'éloignent complètement de la trame et l'esprit de base. L'auteur l'a faite plus tard, et à changé entre temps. Il faut parfois savoir laisser les séries là où on les avait laissées, avec leurs défauts et tout, sans essayer de les changer.

Gunnm, c'est un manga de référence en science-fiction. Autant sur les thèmes abordés que sur le dessin et l'ambiance, il reste un des must en bande-dessinée de science-fiction, bien qu'il ne fut pas fini comme le voulait l'auteur à la base, mais il est à mon avis bien complet comme il est. Vous aurez compris en lisant mon avis que j'aime beaucoup ce manga, et je pense vraiment que son âge n'empêche pas sa grandeur d'être toujours la même. Il vaut le coup sur bien des points, rien qu'au nombre de tomes (9) qui est parfait pour l'achat, évitant qu'on ne se ruine pour la série, et elle possède l'énorme avantage d'être finie définitivement (sauf si vous jetez un œil sur Gunnm Last Order ....). C'est simplement un manga de référence, dans son genre et dans les mangas en général. Un ton adulte, un dessin mature, un scénario de même, des questions bien posées et bien trouvées ... Ce manga à tout pour plaire. Achetez le !

Pour l'histoire, un dérivé en a été fait, Gunnm Over storys qui reprend des petites histoires dans l'univers de Gunnm sans avoir une grande trame et sans importance pour l'arc principal. Je vais essayer de me le procurer un jour, et je vous en reparlerais.

(Chronique n°35)