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samedi 3 janvier 2015

Substance Mort (Philippe K. Dick)

Il est de certains livres comme de certaines drogues, on veut en reprendre toujours un peu plus, mais au final, la dose de drogue qu'on aura absorbé en premier sera toujours la plus forte et la plus intense, en s'y replongeant on n'y retrouvera jamais le trip d'origine, celui qui nous a fait planer jusqu'au delà des sphères du tangible et du réel. C'est quelque chose qu'on ne peut décrire, qu'on ne peut expliquer, ce qu'on a vécu, on ne peut que se le rappeler dans tout son corps, dans tout son esprit. Et ensuite, essayer de le décrire, c'est encore plus difficile.
Philip K. Dick est un de ces auteurs là, qui vous laisse un gout en bouche au final, qui ne vous laisse qu'une envie, celle de replonger dans un de ses livres au plus vite. Comment pourrais-je vous en parler ensuite ?


Résumé en trois mots : Drogue, Police et Réalité

Philip K. Dick est un personnage vraiment à part dans la science-fiction. Il aurait vécu au XIXème siècle, il aurait eu l'âme d'un Baudelaire opiomane, ou de ces écrivains qui dissèquent les vicissitudes de l'âme humaine. Car oui, l'âme humaine est remplie de tourments et de changements. L'âme humaine est loin de la stabilité.
Car encore une fois, c'est des interrogations métaphysiques qui viennent se greffer sur un roman de science-fiction qui n'a en soi rien de banal. Il est clair que Philip K. Dick est un auteur majestueux, qui possède des dons d'écriture et d'invention remarquable, mais qui possède en outre une capacité à glisser de la philosophie partout. Ce roman est encore une fois la démonstration magistrale de cet auteur pourri de talent.

Ce qui est fascinant, c'est qu'après plusieurs histoires de Philipe K Dick, je retrouve encore cet inventivité débordante que j'avais déjà noté dans ses autres ouvrages. Je pourrais juste lui reprocher l'absence de personnages féminins, la plupart des romans n'en contenant véritablement qu'un seul, mais dans un grand rôle, ce roman ne fait pas exception. Pour le reste, nous retrouvons des personnages torturés, qui se posent de multiples questions et qui sont toujours dans le doute quant à ce qu'ils vivent, ce qu'ils sont et quel est le vrai autour d'eux. Là encore, nous retrouvons des thématiques liées à la drogue, mais plus directement encore que celles de Le dieu venu du Centaure, puisque c'est vraiment l'infiltration des milieux de la drogue par la police qui est au coeur du livre. Et s'ajoute également la thématique autour de la double personnalité, puisque le policier infiltré commence à avoir des problèmes entre ses deux vies mêlées, tout en parlant également du moment où la drogue rend les camés flippés. Quand la drogue t'as eu, comme elle en a eu d'autre ...

Ce serait impossible de décrire tout les sujets du livre, tant il y en a, entre univers de la drogue et vies ratés, amour et haine, personnages en tout genre, ajouts de science-fiction et univers policier ... Mais le plus impressionnant à mon avis, et encore une fois, c'est la façon dont Philip K. Dick nous sort un final en beauté. Comprenez par là qu'il va non seulement vous remettre en cause ce que vous saviez auparavant, vous dévoiler quelque chose que vous ne pensiez pas, mais se permettre en sus, par une phrase presque anodine, vous glisser une réflexion morale et profonde sur la drogue, bien loin des clichés qu'on pourrait avoir. En soi, la fin m'a rappelé un autre livre (que je ne citerais pas pour ne pas vous spoiler ce magnifique twist) et j'ai été sur le cul au niveau de la réflexion, mais surtout quand j'ai compris le véritable titre du livre (qui devient, du coup, un titre sujet à de nombreuses interprétations).
Dois-je vraiment finir en disant à quel point l'histoire est impeccable, en suivant ce pauvre policier qui se perd dans sa vie et bientôt dans sa tête à devoir se poursuivre lui-même et à essayer de ne pas finir fou ? Ce serait en rajouter pour pas grand chose.


Dans les livres de cet auteur, je placerais Substance Mort dans le haut du panier, et même dans le top 3 directement. De ce que j'ai lu, on y retrouve le foisonnement d'interrogation et de sujets que j'affectionne tant, l'histoire qui tient la route d'un bout à l'autre et qui sait se jouer de nous en prenant des directions que l'on ne voudrait pas voir prises. Mais la réalité est cruelle, comme nous la rappelle la dédicace finale, et le monde de la drogue est bien plus dur qu'on ne voudrait nous le faire croire. Surtout quand on songe à ce qui est dit à la fin. Une façon de boucler la boucle qui est glaçante mais tellement ouverte aux interrogations. Un must-have à lire. Pour l'instant, je le considère dans mon coeur comme l'un des meilleurs de Philip K. Dick, et je pense bien ne pas finir là-dessus avec cet auteur. J'aborde seulement les grands ouvrages de lui, et je crois que je vais plonger le plus profond possible. Lisez-le, lisez-le, lisez-le. Ce sont les trois seuls conseils que je peux vous donner à son propos.

(Chronique n°212)

dimanche 9 février 2014

Sortie de secours (Yves Paccalet)

Ce petit livre est en fait un essai qui répond à un autre livre du même auteur appelé L'humanité disparaitra, bon débarras ! que vous pouvez trouver dans la même collection pour environ 4 € (de mémoire). C'est un essai qui tente d'expliquer des principes environnementaux et à quel point nous saccageons notre planète. C'est le genre d'essai qui empêche parfois de dormir, et qui nous donne envie de nous frapper la tête violemment contre un mur.


Résumé en trois mots : Écologie, Cynisme et Désespoir

Ce livre est très court. En même temps, pour un essai, il se doit de ne pas en tartiner trop. C'est le genre de livre que ma sœur adore lire (je vous conseille aussi Faut-il manger de la viande ?, Comment les riches détruisent la planète, etc ...) et que je déteste, parce qu'après je me sens mal. En fait, il n'est que trop vrai, et le cynisme qui en ressort est malheureusement justifié. Le désespoir, c'est ce qui ressort quand on a fini de le lire. Comme lire une condamnation à mort. Enfin, une mort pas rapide, et pas très glorieuse non plus.

Paccalet nous livre cette fois-ci quelque chose de plus optimiste que son précédent essai. En soi, c'est passer de "On va tous crever !!" à "On va tous crever !" (pour ceux qui ne remarquent pas, on enlève un point d'exclamation). Si l'auteur tente d'être moins négatif que dans son précédent livre, il n'en reste pas moins très peu joyeux. Cependant, le propos n'est pas de nous redonner le sourire. C'est écrit en toutes lettres sur la couverture : "des solutions pour sauver l'humanité". Il n'est jamais dit qu'elles seraient applicables ou qu'elles seraient facile. Et c'est bien ça le problème.

L'auteur est un philosophe, grand écrivain (ça se sent dans la plume, les phrases sont efficaces, les mots bien ciblés) et qui est féru d'écologie. Sauf que ce n'est pas le genre à vous bassiner pour que vous triiez vos déchet. Non, lui il en est au stade : "Mangez vos enfants, ça fera moins de personnes sur Terre !". Bref, il n'est pas très optimiste quant au devenir de l'humanité. Son essai est sombre, mais il a le mérite de mettre les points sur les I. Au moins nous ne pouvons pas nous défiler sous prétexte de ne pas avoir vu venir les choses.

Son essai va se centrer sur différents points, entre alternative mondiale, nouvel conception des rapports humains, et aussi écologie. Sauf qu'il vise le haut niveau, et qu'il ne compte pas vous demander de fermer le robinet, ce qui n'est que poudre aux yeux. L'intérêt, c'est qu'en un livre court, il résume pas mal de choses. L'auteur s'implique dans son récit, et c'est tout à son honneur. L'avantage de la petite taille, c'est qu'il est en plus vite lu. Si la lecture à enthousiasmé, la porte est grande ouverte à d'autres livres, que je ne peux que vous recommander d'aller lire. En ce sens, cet essai est une excellente introduction à la matière.

Si vous vous intéressez un peu à l'écologie et à tout ce qui se fait en terme de nouvelles conceptions, alternative économiques et nouveaux modèles de monde, cet essai est fait pour vous. Peut-être y trouverez vous quelques réponses aux questions que vous vous posez, et trouverez vous une aide. Si vous ne vous intéressez pas à ça, essayez de le lire, c'est suffisamment court pour que vous puissiez vous pencher dessus sans perdre trop de temps. Et il donne matière à réfléchir, je ne peux pas vous le déconseiller.

(Chronique n°135)

mardi 31 décembre 2013

99 F (Frédéric Beigbeder)

J'ai lu le livre après le film et surtout parce qu'on me le vantait comme meilleur que son support cinématographique que j'avais beaucoup apprécié. J'ai donc acheté (en octobre ...) et je me suis lancé dans la lecture rapidement, bouffant des pages sans m'en rendre compte. Il écrit bien, le bougre !

Résumé en trois mots : publicité, cynisme et confession

Frédéric Beigbeder nous a pondu un véritable chef-d’œuvre, sur le fond et la forme, mélangeant toutes sortes de choses dans un OVNI final qui n'a rien à envier à beaucoup de classiques. Des phrases percutantes, des mots qui claquent et savent trouver le chemin vers notre réflexion. Des chapitres et des découpages pertinents, c'est vraiment un coup de maitre !

Le livre est ultra-connu, notamment avec l'excellent film qui en est sorti (je pense vraiment que le film est bon, c'est un avis personnel), mais les deux divergent pas mal, le film s'est basé sur le matériel du livre sans le suivre totalement. La fin diverge beaucoup entre les deux, chacune avec sa façon de conclure.

Dans le livre, j'ai adoré le style d'écriture, vif et direct, qui nous pousse à lire rapidement et nous fait engloutir les pages à une vitesse dingue. La lecture est fluide et sans accroc, c'est un véritable plaisir de le dévorer. Il y a également le découpage, qui rend la lecture fluide, le vocabulaire, la mise en forme ... C'est un véritable bijou d'écriture, j'aurai beaucoup de chose à en dire. Mais je me contenterais de dire que c'est superbement bien écrit.

Enfin s'ajoute le contenu, sur le monde de la publicité, et là, c'est le pompon. Le bouquet final, le grand cœur de fin. Le fond est excellent, autant que le style, sur ce monde pourri de l'intérieur, où la défonce permet de tenir, où les filles sont réduites à pire qu'objet, où le faux et le paraitre sont maitre. Tout est pourri, enrobé d'un relent de fausseté et de lâcheté, de dépravation et d'ignorance feinte. C'est un monde qu'on ne peut que concevoir de l'intérieur et qui est porteur de la société d'ultra-consommation. C'est superbement génial comme éclairage. Signalons d'ailleurs que l'auteur fut viré de sa boite de pub pour faute grave suite à ça. Ca donne à réfléchir, non ?


J'ai adoré ce livre, même si j'avais déjà vu le film avant, parce qu'il est vraiment différent et bien plus profond que le livre. Le style est excellent, la lecture plaisante et le fond invite à réfléchir sur notre société, la rendant encore moins reluisante qu'elle ne l'est déjà. Il y a de quoi déprimer à l'intérieur, mais aussi de quoi rire, et l'ensemble passe alors comme une gorgée d'un bon vin. Je ne peux que vous recommander la lecture de cet opus légendaire et qui mérite amplement son statut.

(Chronique n°115)

samedi 14 décembre 2013

Contes de la folie ordinaire (Charles Bukowski)

Un livre que j'ai lu sur les conseils critiques de je-ne-sais-plus-qui (un autre bloggeur/chroniqueur de livres). Bref, son avis m'avait laissé assez dubitatif et je me suis laissé tenter à vérifier par moi-même ce qu'il y avait derrière ce titre énigmatique. J'ai acheté le livre pour un prix ridicule et je me suis laissé tenté à le lire, ce qui s'est fait très vite.


Résumé en trois mots : Trash, Violent et Cynique

Je pense que je pourrais difficilement donner une autre réponse à ce résumé de trois mots. Parce que c'est vraiment le résumé de tout ce qu'on y lit, si j'en tire uniquement le jus pur. En revanche, en attaquant sur le fond, c'est plus complexe.
Bukowski écrit d'une manière assez incroyable, mélange entre du récit réaliste trash et des médiations sur la connerie humaine dont il se revendique un membre à part entière. Un membre pas particulièrement glorieux d'ailleurs.

Ce livre a aussi un style d'histoire qui semblent sans queue ni tête, s'arrêtant et repartant à chaque fois ailleurs. C'est déroutant, car on ne sait pas à quoi s'attendre et quel morale il faut en tirer (si morale il y a, ce dont je doute pour certains récits). C'est assez dérangeant, mais plaisant à lire. Et je pense qu'un message passe en filigrane de tout ça quand même. Mais je n'en suis pas certain.

C'est sur, ce livre n'est pas pour tout âge, mais il est une sorte d'OVNI dans mes lectures récentes. Ne ressemblant à aucun autre, les Contes de la folie ordinaire sont comme indiqués dans le titre, des contes d'une folie ordinaire. La vie, mais sous un autre angle et d'une autre manière. C'est pas celle que j'aurais pensée mais elle existe aussi. Et j'ai bien aimé, c'est l'essentiel.

(Chronique n°108)

Treizième lecture. Le challenge continue.

mardi 26 novembre 2013

Martin Eden (Jack London)

Lecture Jack London, suite (3/5)


Résumé en trois mots : Auteur, Social et critique

Non, pas d'introduction pour cette chronique.
Et pas de vrai chronique en fait.
Plutôt un assemblage de ce que j'ai ressenti par rapport à ce livre.

Jack London, je connaissais surtout pour ses livres d'aventures, Croc-Blanc, L'appel de la forêt, et autres petites nouvelles très réussies. Des romans que j'ai déjà dévorés mais que j'avais appréciés surtout comme des bons romans d'aventures, prenants et bien écrits, avec un fond intéressant sur la nature, la sauvagerie et autres choses de ce genre.
Mais là, c'est autre chose. Ce roman, c'est quelque chose de complètement différent. Très inspiré par sa propre vie dit-on (je ne sais pas si on doit s'y fier), l'histoire est celle d'un brave marin, Martin Eden, qui décide, par amour pour une femme, de s'instruire, de grandir en culture. Il commence à lire, à s'éduquer. Et commence aussi le récit en deux teintes, de sa réussite et de son échec, de son ascension et de sa chute. Un récit qui va suivre toute la vie de ce pauvre Martin Eden.

Je dois bien dire que j'ai rarement éprouvé un tel attachement à un personnage principal, et ce depuis un très long moment. Sans doute parce qu'il fait écho à beaucoup de choses en moi. Mais mon dieu ce que j'ai aimé. Il n'y a pas une phrase du livre que j'enlèverais, pas un atome que je contredirais. J'en suis si retourné que je me demande comment quelque chose pourra encore me sembler mieux écrit ensuite.
La raison de cette claque monumentale que je me suis prise en lisant tient en peu de choses : le sujet, qui m'a pris au tripes et m'a passionné avec une force .... Que je n'avais pas encore ressenti. Ou, si, je l'avais déjà ressenti, mais là elle a vraiment frappé dans son but. Et d'une manière violente. J'en suis encore retourné. C'était si extraordinaire à lire.

Le style de Jack London est ... merveilleux. La lecture est tellement fluide, j'ai été ailleurs, dans un autre monde sans m'en rendre compte. J'étais transporté, au-delà de mon propre corps, incapable de bouger voir d'aller boire un simple verre d'eau. Et puis, cette force narrative ... C'est un rugissement de l'écrivain qui transperce les pages, toute sa force, toute sa hargne, tout passe dans les mots. Le reflet total d'une pensée.
L'histoire est parfaite, sans que l'on ne puisse rien y changer (un cinéaste en changea la fin, la jugeant trop noire. C'est immonde, cette fin est aussi forte que le reste du récit) et qui va nous entrainer d'une manière subtile dans un rouage très connu de la littérature, sur les arrivistes, l'opportunité de changer de classe, le statut bâtard des personnes entre deux classes, mais aussi sur le milieu des écrivains, sur les penseurs, les philosophes, l'édition. Et sur l'amour. Quelle force London à mis dans son récit pour que l'amour transperce chaque page, qu'on vibre avec notre narrateur dans cette passion qui le consume. Et quelle cruauté le héros subira sans broncher, toute la bêtise et la haine de l'homme, son ignorance et sa crasse. Personne n'est épargné, bourgeois, ouvrier, penseur, critiques, commerçants, tous sont plongés jusqu'au cou dans leurs ignorances crasses, dans leurs saleté cognitive.

Et ce livre reçoit un parfait écho actuel, lorsqu'on entend des centaines de gens parler de livres qu'ils n'ont pas lu, se déclarer savant sans connaitre la moindre théories dont ils parlent, sans même essayer, ce qui est plus grave, de combler leurs lacunes. Hommes politiques, journalistes, présentateurs télés, professeurs, boutiquiers, écrivains, tout ceux qui écrivent sans savoir sont déjà représentés dans ce livre vieux de cent ans. Ces dictateurs de l'esprit qui n'en possèdent pas un atome. Quelle retentissement par rapport à notre monde, dans lequel la majorité se complait d'une couche mince de savoir et qui ne recherche jamais à en avoir un peu plus, toujours plus. Pas par curiosité, pas par devoir, pas par intellectualisme. Mais par amour, par envie, par plaisir, pour se savoir plus cultivé, pour comprendre, pour aller plus loin.

Je ne parlerais pas plus là-dessus, tant il y a aurait a dire, mais quelle beauté, quelle force se dégage de ce livre. On est pris dedans dès les premiers mots et ce jusqu'au bout, jusqu'à la dernière ligne. Des allégories en pagaille, des coups dans toutes les faces, le héros charismatique à souhait va nous balader dans une vie trépidante qui ne bougera quasiment pas d'une pièce minuscule qu'est sa chambre. Car tout est un combat intérieur. Une grosse claque dans la gueule, et qui m'a retourné plus que jamais.


Lisez-le. C'est du Zola, c'est du Balzac, c'est du Maupassant, c'est de la poésie et de la satire, de la chronique sociale et de l'amour, de la haine et de l'abattement, du découragement et de la volonté. Ça prend au tripes, ça vous laisse un gout amer une fois fini. C'est puissant, c'est fort, ça frappe au bon endroit, ça parle en connaissant la chose. C'est parfait.

(Chronique n°99)

lundi 21 octobre 2013

Peste (Chuck Palahniuck)

Encore un Palahniuck, mes amis, et pour ne pas prendre n'importe quel livre qu'on m'aurait conseillé, j'ai décidé de prendre un livre complètement au hasard dans le rayon, pour tenter un peu autre chose, voir ce que l'auteur avait aussi fait. Car oui, Fight Club c'est bien beau, mais quid du reste ? De cette façon, je me suis retrouvé avec dans les mains le livre Peste. Un scénario qui semblait assez intéressant, et je me suis dit qu'on pouvait se lancer. Et là, la lecture ...



Résumé en trois mots : Humour, cynique et Amérique

Ce roman m'a fait une drôle d'impression. Non, en fait il y en a eu plusieurs, des impressions sur ce roman. Déjà, et c'est ce qui semble ressortir de nombreuses autres critiques que j'ai pu lire, il y a une grosse impression que Chuck Palahniuck à combiné des idées multiples et allant dans tout les sens, se mêlant pour former un roman. Le problème, c'est qu'il y en a trop à mon humble avis. Assez d'idées pour deux voir trois livres, mais combiné en un, c'est trop. Et pourtant, elles sont bonnes.

Ensuite, j'ai aussi été dérangé par le style d'écriture, qui s'inspire des biographies orales, celles où chacun parle en expliquant la vie de quelqu'un qui est mort (bien que dans ce cas on n'en soit pas tellement sur). Mais là encore, c'est très décousu, très confus. On comprend, mais avec trois trains de retard, et c'est pénible en un sens. Je comprend très bien la volonté de l'auteur qui cherche à faire une biographie en tout sens pour troubler son lecteur jusqu'à le laisser dans l'expectative sans trop savoir la réalité dans tout ce marasme et ces idées contradictoires. C'est louable, mais je trouve que la forme n'est pas la meilleure.

Ensuite, passons à autre chose. L'histoire est confuse, et surtout regroupe trop d'éléments qui ne se mélangent (à mon avis) pas trop bien. Le livre va basculer d'une critique de la société pure et d'un roman humoristique noir (dans la veine de Le seigneur de porcheries mais avec un humour plus net), pour ensuite basculer dans une sorte de science-fiction et de considération philosophique voir métaphysique qui sont à mon avis très loin de ce qu'on pouvait lire au début.
Le roman est toujours très bon, lorsqu'il critique il sait viser juste (et très juste d'ailleurs), mais il le fait moins bien que dans Fight Club, avec trop de dispersion. Mais cela dit, le tableau qu'il dresse de l'Amérique vaut le détour, entre névroses et obstination, les personnages sont malsain du début à la fin, et ce n'est pas sans critique bien appuyées et ciblant des points précis. Mais dans l'ensemble, c'est difficile de comprendre.


En fait je pense que Chuck Palahniuck à voulu trop dire dans ce roman, et qu'il s'est perdu en cours de route. Le roman prend deux fois des virages radicalement différents, avec une impression de changer carrément de registre d'écriture, la seconde partie perdant considérablement en humour notamment, mais le tout étant bourré de bonnes idées. Si ce n'était pas un auteur déjà accompli, on pourrait croire qu'il s'agit d'une première œuvre encore un peu brouillonne de la part d'un auteur talentueux. Là on peut se demander pourquoi l'auteur s'est embarqué dans toutes ces directions au lieu de scinder tout en plusieurs livres, mais je trouve qu'il y a vraiment des excellentes idées, le tout un peu trop noyé dans la masse. Si vous acceptez de vous accrocher pour la lecture, ce livre ne devrait pas vous poser trop de problème, sinon, c'est pas celui que je vous conseille du même auteur.

(Chronique n°82)

jeudi 15 août 2013

Le seigneur des porcheries (Tristan Egolf)


Ce livre là, je suis tombé dessus complètement par hasard. Je cherchais le livre La conjuration des imbéciles (que je vais m'empresser de chroniquer bientôt), et je suis tombé dessus. J'ai lu le résumé et je me suis demandé ce que c'était comme genre de livre. J'ai décidé de le prendre et je l'ai lu. Quand je l'ai fini je me demandais encore ce que c'était que ce livre, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. En tout cas c'est vraiment très étrange. Voici donc Le seigneur des porcheries, de Tristan Egolf.


Résumé en trois mots : Humour, USA et noir

Je dois dire que le début fut difficile, on ne comprend pas du tout où l'auteur veut nous emmener. D'ailleurs, tiens, en parlant de l'auteur, son histoire vaut le détour (je vous laisse chercher sur Internet, c'est assez amusant comme histoire). Pour info, elle est comparable à celle d'un John Kennedy Toole (sur le fond au moins), mais j'en reparle dans la prochaine chronique.

Donc, je veux juste vous signaler que l'auteur a publié son premier manuscrit en France (Cocorico !!!) après 70 refus dans les maisons d'éditions (faut quand même s'accrocher). Cet auteur est était d'ailleurs passablement dépressif, au point de finir par se suicider. Cela dit, j'ai d'abord lu le livre et du coup, franchement, ça ne m'étonne pas du tout. Je vais m'expliquer.
Alors, pour ne pas trop vous gâcher la surprise je vais vous laisser lire, mais je dois juste dire qu'il y aura un siège d'une ferme et une crise énorme dans la ville. La crise, c'est la partie finale, mais dans le genre d'une crise, je suis sur que vous ne pouvez pas imaginer. Sinon, je peux dire que le style d'écriture est vraiment très curieux, avec beaucoup de métaphores; d'expressions imagées, de jeux de mots, de tournures humoristiques et de phrases drôles.
Je dois admettre que je tire mon chapeau au traducteur (je pense qu'il y a eu des arrangements lorsqu'il était en France pour la traduction) car le style est vraiment plaisant à lire et je  me suis amusé du début à la fin. Surtout vers la fin où j'étais plié en rire quasiment à chaque page. On en redemanderai presque.


Sinon le reste est bon aussi, l'histoire prenant des détours inattendus bien que l'on sache d'avance la fin, et j'ai eu de belles surprises auxquelles je ne m'attendais pas du tout. La montée se fait crescendo, d'abord dans une première partie finissant par la ferme, puis dans la deuxième avec une explosion finale épique d'une situation catastrophique. C'est excellent dans la construction et l'humour cimente le tout en le rendant parfaitement lisible.

Ce livre est vraiment très bon, drôle et bien écrit, et se targuant en sus de nous démontrer ce qu'il peut y avoir de pire chez nous (enfin, dans le sud des USA notamment, mais je trouve qu'il y a quelques échos par chez nous ...). C'est une superbe plongée dans l'âme humaine avec un anti-héros qu'on adore et qui nous amusera jusqu'au bout. Dans le genre des vies de merde, il tient bien la route, et je ne peux que vous recommander cette lecture intéressante et drôle.

(Chronique n°60)

vendredi 9 août 2013

Tout est sous contrôle (Hugh Laurie)


Je n'aime pas du tout lorsqu'on vante un livre pour son auteur qui est réputé, bien des grands se sont cassés la gueule sur des livres (j'ai des exemples précis en tête mais je ne citerais pas par décence) et bien des stars ont pondu des œuvres minables qui n'auraient jamais dû être publiées. Et pourtant, parfois certains sortent vraiment du lot et proposent quelque chose de génial, bien écrit, bien construit. Le genre de choses qui n'arrive que très rarement, et souvent lorsque l'auteur a avant tout envie d'écrire un livre pour raconter une histoire et non se mettre en avant en sortant quelque chose (ce genre de considération marche d'autant mieux pour les BD où nous goutons au plaisir sadique de grands noms qui reprennent des BD et en font des catastrophes sans nom). C'est un roman de ce style donc que je vais aujourd'hui commenter, une belle œuvre qui mérite qu'on s'y attarde, à l'opposé de ce qu'on pourrait attendre. C'est Tout est sous contrôle de Hugh Laurie.


Résumé en trois mots : Privé, Armement et Ennuies
 
Alors, pour ce livre ça va être un poil compliqué à expliquer. L'auteur est bel et bien Hugh Laurie, l'interprète du Dr House dans la série éponyme, mais le livre date de 1996. Il est sorti en France en 2009 uniquement, lorsque la popularité de l'auteur et de la série permirent un petit affichage dans les boutiques. Lorsque Hugh Laurie écrit le livre, il n'est pas extrêmement populaire encore, et écrit d'ailleurs sous un pseudonyme lorsqu'il l'envoie à l'éditeur, afin de ne pas l'influencer par son prestige d'acteur et l'inciter à le prendre. Comme quoi, des acteurs peuvent avoir de la morale. Enfin bref, je m'égare.
En tout cas, il faut savoir que le roman fut écrit avant que la série du Dr House ne commence (c'est en 2002 seulement qu'elle fut écrite), alors qu'on aurait volontiers dit l'inverse. Je vais m'expliquer.

Le roman est un mélange de policier, d'humour et d'espionnage. Bien mélangé. Déjà, l'humour est présent absolument partout, sans temps mort. Un humour cynique, très noir également, dans le genre exact que ferait le Dr House dans la série. Je ne la connais pas bien, mais de ce que j'ai vu dans les épisodes, je peux vous dire que c'est exactement le même genre d'humour. Là le gros avantage c'est que l'humour est présent absolument dans toutes les pages, ce qui fait que la lecture vous laisse toujours un sourire et vous arrache souvent un rire. C'est plus dans les répliques percutantes et la tournure des phrases que cet humour frappe, mais il est d'une efficacité redoutable.

Le synopsis est le suivant. Un homme d'environ 35 ans, Thomas Lang, est appelé pour commettre un meurtre. Lui qui est plus dans le privé refuse, et prévient la future victime. Bien évidemment, les ennuis commencent, d'autant qu'il trouve chez la future victime quelqu'un qui l'agresse. Et tout s'enchaine ensuite sans temps mort.
Disons le tout net, ce roman c'est du genre action à gogo et parfois actions un poil improbable. Il faut admettre que c'est toujours très bien tournée et sans coup à la James Bond (comprenez par là qu'il n'y a pas de coup gros comme une maison). Ensuite, les actions sont toujours très bien décrites, fluides et dynamique. En plus, l'humour dans le roman fait passer le tout comme une lettre à la poste. Les chutes de chapitres sont très bonnes également, laissant du suspens et quasiment tout le temps humoristique. C'est une façon d'écrire qui est vraiment intéressante et prenante. Autant qu'un bon Stephen King.

En sus de tout cela, nous avons le droit à un fond qui est extra : l'histoire va se développer autour du marché des armes à feu, du terrorisme et d'opérations pour répandre la peur, autorisant ainsi des politiques répressives. Je dois dire que le tout est suffisamment bien tourné pour qu'on ai l'impression d'être entouré de salaud tout au long de notre vie. Et d'ailleurs, il faut admettre que le coup est bien précis, visant la politique d'un état qui se justifie par un acte terroriste qui est lui même commandé par ce même état. Un film était prévu, mais il s'est arrêté après les attentats du onze septembre. N'y cherchez aucun lien de cause à effet, c'est un pur hasard sans doute. Mais je m'égare encore.

En dernier point, je dois avouer que les personnages sont attachant, dans tout le roman, et Thomas Lang est juste parfaite en anti-héros, avec son caractère de cochon, sa tendance aux excès d'alcool et de vitesse, ses petits défauts etc ... En fait, il en devient un héros qu'on apprécie, mais qu'on admire pas. C'est en parfaite adéquation avec le héros.

Pour moi, Hugh Laurie à parfaitement bien visé dans l'écriture de son roman, avec une idée excellente, un humour caustique mais qui colle à merveille avec l'histoire, une sacrée dénonciation des industrie d'armement et en général des gouvernements par la terreur (entre autre des terroristes), ainsi que plein d'autres petites choses. Le style d'écriture est vraiment extra et la lecture est parfaitement fluide. On en redemanderait à la fin, mais il n'y aura manifestement pas de suite, malgré des fausses annonces dans plusieurs plate-forme. En bref, ce livre est superbement bien écrit, et génial dans le fond et la forme. C'est à lire, j'en suis sur, sauf si vous êtes imperméable à ce style d'humour. Comment le savoir ? Lisez-le, vous verrez bien !

(Chronique n°59)

vendredi 8 mars 2013

La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons (Ptiluc)


Je ne sais pas pour vous, mais j'aime beaucoup aller en dédicace. C'est toujours amusant, on rencontre plein de gens qui partagent souvent la même passion que vous, les rencontres avec les auteurs amènent leur lots de surprises (bonne ou mauvaises), on reçoit des petits cadeaux parfois, des dessins gratuits et colorisés également, on rigole beaucoup, on se ruine le dos à rester debout à attendre pendant deux heures ...
Si je vous parle de ça, c'est qu'aujourd'hui je vais vous parler d'une bête de la dédicace. Un dieu à ce niveau là, mythique dans sa façon de faire. Si vous avez vu une séance de dédicace, c'est inoubliable.
Pourquoi donc ? Tout simplement parce que Ptiluc est une personne qui "part en Berserk" pour reprendre une expression de Boulet. Lui, les BD, il les éventre, les lacère, les brule, les déchire. N'amenez jamais, au grand jamais, des BD de collection avec lui. Elles ne survivront pas. C'est une expérience unique et mortelle. J'ai obtenu une magnifique déchirure et une belle tache de brulure sur mes BD, et j'en suis trop content. Surtout que ses dédicaces c'est bien souvent une perle d'inventivité. J'en ai admiré je ne sais combien. Et de ces idées ! (pour une il a projeté sa main couvert de peinture sur la page intérieur, couvrant le tout de peinture et gondolant les feuilles. On était tous jaloux du type qui l'a eu).
Et Ptiluc, c'est un monument en dédicace. Il se fait toujours engueuler parce qu'il salit les tables, s'assoit sur les tables et non sur les chaises pour dédicacer .... Un gars vraiment génial. Et super intéressant je trouve. Si il passe dans votre secteur, faites-vous dédicacer des trucs.
Si cette introduction est longue, c'est qu'il fallait le mentionner, c'est une caractéristique inoubliable de l'auteur. Et ce n'est pas la seule particularité de Ptiluc, auteur atypique dont je vous propose aujourd'hui une superbe série très courte, en deux tomes seulement, et qui s'intitule très simplement La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons.


Résumé en trois mots : Religion, Critique et Noir

Pour commencer, car il y a beaucoup à dire autour de cette BD, je vais présenter rapidement Ptiluc, vous allez comprendre vite l'intérêt dans le cadre de la bande-dessinée. En effet, Ptiluc est née a Mons, en Belgique, en 1956. Actuellement il habite à Montpellier, mais il vadrouille beaucoup (on peut d'ailleurs trouver ses récits de voyages en moto en BD également). Il dessina très jeune et en fis ensuite son métier avec la série Pacush Blues ou encore Rat's, deux fameuses séries de BD dans lesquelles des rats campent le rôle des humains. Ah oui, je crois que Ptiluc est assez misanthrope sur les bords, ne relevant que les pires défaut de l'être humain et les dénonçant ensuite de façon crue et "bestiale", si vous voyez ce que je veux dire.
Il bénéficia d'un coup de pouce de la part de Frankin (oui, le maitre qui dessina Gaston Lagaffe) et publia enfin ses premières bandes-dessinées en 1983 chez Vents d'Ouest, commençant là sa grande série Pacush Blues qui compte aujourd'hui 17 albums ou quelque chose comme ça. Et la série Rat's en compte désormais 8 ou 9 il me semble. Mais pourtant, à côté de ces production, il continue de faire des séries diverses, comme une idée géniale : tout les dictateurs se réincarnent en cochon (Hitler, Staline, Napoléon ...) dans la série La foire aux cochons, ou encore La vie des bêtes et d'autres récits étranges et tordus.

Dans la plupart des récits, Ptiluc adopte un ton humoristique trash, souvent violent, dénonciateur également. Je n'irais pas jusqu'à le qualifier d'anarchiste, mais il n'en est pas loin. Et dans ses récits, il utilise tout les moyens pour montrer ses idées. Attention, nous sommes ici très loin de la finesse dont sait faire preuve un Lauzier dans ses BD. Non, ici c'est trash, violent et bourrin sous toutes ses coutures. C'est un style et on a parfaitement le droit de ne pas l'aimer. Personnellement j'adore.
Alors pour continuer sur la lancée, je vais préciser quelques petites choses par rapport à l'histoire. En fait elle est tirée d'une légende du pays natal de Ptiluc, la légende de Gilles de Chin qui combattit et tua le dragon habitant les marais de la région de Mons. Pour lire la légende en détails, c'est par ici ! Et en lisant la BD, on note qu'il s'est vraiment inspiré de beaucoup de choses pour la faire, pas mal de détails reviennent. Mais je vous laisse lire.
Par contre, je vous arrête tout de suite ! Cette BD à beau se passer au Moyen-Âge et traiter d'une légende locale, c'est uniquement un prétexte que va utiliser Ptiluc pour atteindre son objectif et exposer son avis. Car ce livre, c'est avant tout l'avis de Ptiluc autour d'un sujet bien précis. Et un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire. C'est, vous l'aurez bien évidemment deviné au titre, la Religion.

J'ai délibérément choisi de ne pas classer cet album dans "philosophie", bien qu'on puisse le noter, mais Ptiluc ne fait pas dans la dentelle et la réflexion. C'est plus un exposé des travers qu'il relève dans la religion et qu'il démonte progressivement au fur et à mesure. La BD prête à réflexion, mais il faut bien dire que ce n'est pas l'essentiel, on est plus dans la détente. L'histoire y contribue également, je vais vous l'expliquer.

L'histoire commence là où la légende fini quasiment : le chevalier Gilles de Chin revient de terre sainte après moult combats, victoires et paillardises en tout genres. Héros, revenu avec un trophée qui indique le monstre qu'il a tué dans quelque lointaine contrée, il recherche la femme qu'il aimait et pour laquelle il s'est exilée. Très croyant, il  est à la limite du fanatisme, et recherche de toute les façons possible à tuer le dragon, qu'il juge comme l'incarnation de la bête (comprenez : Satan). Et pourtant, le dragon est peut-être le personnage le plus sensé et le plus ingénieux de toute cette histoire ...

Alors bien évidemment, ce livre est un énorme pamphlet anti-religieux assaisonné d'une bonne dose d’anti-cléricalisme. Bien que partageant les convictions de Ptiluc, faut reconnaitre que la subtilité manque sacrément. Les personnages croyants sont d'une conneries monumentales, excusez l'expression, et les autres ne valent pas grand chose. Mais j'aime bien la façon de traiter l'intolérance religieuse, surtout vis-à-vis du progrès (ça peut rappeler des propos sur un préservatif et le pape, même si la BD est bien plus ancienne). Ensuite, j'ai apprécié la touche du racisme et des religions qui se côtoient, ou de la mise en scène de la bêtise crasse des personnes sous toute ses coutures, où que l'on aille. Finalement tout le monde est très con, bête et méchant.
Je l'ai bien dit : Ptiluc est un misanthrope selon moi, il n'aime pas les gens et leur ignorance crasse et le fait bien ressortir. Pire que tout, il n'aime pas les gens qui s'aveuglent de préjugés ou d'autres choses. C'est une métaphore qu'il utilise dans la BD (le dragon fabrique des lunettes) et que j'ai trouvé intéressante. Une belle mise en scène.

Et c'est ce qui est d'ailleurs dommage. La mise en scène est intelligente, le propos pourrait être très bon, mais il est tourné de façon trop virulente. L'attaque est plus méchante et gratuite que vraiment ordonnée, et là encore c'est dommage. Les moments sérieux sont aussi trop souvent contre-balancés par des piques d'humour. C'est dommage encore une fois, parce que le récit est vraiment très sombre, avec pas mal de passages plutôt sérieux et la fin est presque belle dans son propos. Pour un peu Ptiluc aurait fait un drame sublime sur la religion et les croyants, mais là il rate le roman graphique/philosophique d'une bonne longueur, donnant seulement une bonne BD mélangeant humour et cynisme. C'est toujours bon, mais je pense franchement que ça aurait pu être meilleur.


En conclusion, le diptyque est clairement orienté, c'est un énorme pamphlet anti-religieux. En allant à fond dans l'humour et dans le trash, Ptiluc dénature son propos, tournant en ridicule quelque chose qui aurait put être excellent. Ça reste très bon, et si le dessin n'est pas bon, il n'en reste pas moins diablement efficace, tout comme le texte. Le propos peut toucher, et dans mon cas je l'ai trouvé intéressant. La fameuse légende de Gilles de Chin, le tueur de dragon, prend ici une nouvelle tournure. C'est maintenant l'histoire d'un homme qui va ouvrir les yeux sur le monde, sur les gens, sur la religion et sur lui. Et qui nous les ouvre peut-être également.

(Chronique n°20)

vendredi 15 février 2013

La Nuit (Philippe Druillet)


Là, nous abordons une partie qui va poser un peu problème. Ce livre étant pour moi ce qu'on peut appeler une sorte de coup de cœur, c'est très dur d'en parler objectivement. Je vais donc essayer d'en faire néanmoins la critique autant que possible. Ce qui d'ailleurs ne sera pas très dur. Pourtant, qu'est-ce que cette BD est belle ! Une œuvre comme ça, on en trouve pas deux fois dans une vie. Alors partons ensemble dans La Nuit de Philippe Druillet, celle qui commença pour lui à Ivry en 1976, lors d'un tragique événement.


Résumé en trois mots : Violence, science-fiction et Space Opéra

Je crois que je suis tombé sur cette BD complètement par hasard sur le site BDthèque, et j'ai remarqué que c'était du Druillet. Au début je n'ai pas pensé grand chose, remarquant juste que la couverture avait un petit je-ne-sais-quoi qui m'attirait. Ensuite j'ai cliqué sur l'onglet "Résumé". Là j'ai lu l'introduction que Druillet à rédigé à l'intérieur de l'ouvrage. A cet instant, je me suis certifié que je lirais la BD. Peu de temps après je me suis rendu à Illzach pour le festival de BDciné, et je me suis rendu dans les BD d'occasion. Et que ne trouve-je pas ? Cette BD. Je l'achète immédiatement, sachant qu'on la trouve plutôt difficilement (Druillet est apparemment plutôt rare en librairie) et je le prend dans mon sac. Arrivé à la maison je la dévore en même temps que plein d'autres production que j'ai acheté ce jour-là et je la trouve superbe, remarquable, touchant un point sensible. Je la relis après, et décide de lui attribuer la note maximum sur le site. Je n'y touche plus beaucoup ensuite, mais je la garde en mémoire, et je la relis encore de temps à autre.

Cette BD, c'est très particulier. Déjà, elle s'ouvre sur une introduction qui m'a laissé sans voix. Je crois bien que je n'ai plus jamais lu une introduction à la hauteur de celle-ci, que ce soit dans un livre ou dans une BD. Je vous la posterais tout à la fin de la critique afin que vous puissiez vous faire une idée. Mais avant cela, voyons déjà de quoi cette BD parle. Ce qui ne va franchement pas être simple.

Voici la femme de Druillet, Nicole
Pour faire court, Druillet à écrit cette BD très vite, publiée en un an, après la mort de sa femme, décédée d'un cancer en 1975. Druillet a exorcisé sa peine et sa douleur dans cette BD. Du coup, les émotions sont à fleur de peau et j'ai trouvé que toutes passaient sans aucune difficulté entre la BD et le lecteur.
Le dessin de Druillet est très particulier, et Gotlib le parodiait assez cruellement dans son dernier tome des Rubriques-à-brac. Druillet fait des dessins que vous pouvez regarder à la loupe. C'est incroyable, mais les détails sont vraiment pointu, avec des arrières plans riches, des couleurs flashy qui rappellent un trip sous LSD, et un coup de crayon très singulier qui lui est bien propre. Je vous laisse pour cela admire la galerie que j'ai mis dans l'article, afin de vous donner une idée.


L'histoire de La Nuit de Druillet ne peut pas être comprise sans son contexte, que je vous ai dit juste avant.
Et en fait, toute l'histoire en elle même est très obscure. Nous suivons les péripéties d'un groupe de personnes qui s'apparentent à des junkies dans une ville post-apocalyptique, ceux-ci s'appelant Les lions, dirigés par Heintz, jeune leader. Ils sont en lutte contre des hommes en noir appelés les crânes, et sont aussi adeptes de machines futuriste (une moto volante notamment). Ils doivent se réfugier sous terre suite à des intempéries curieuses, font face à d'autres gangs, et recherchent quelque chose qu'ils appellent La dope et qui se trouve au dépôt bleu. Nous n'en saurons jamais vraiment plus : qu'est-ce que le dépôt bleu, la dope, les crânes ? Pourquoi devoir prendre de la dope, pourquoi ces luttes ? Pourquoi l'aube est-elle mortelle ? Pourquoi tout ce monde qui ne peut survivre tout seul ?

 En fait la BD est complètement métaphorique. De ce que je pense, tout est une image d'un corps qui se meurt, et du combat interne entre le corps et les cellules cancéreuses. J'avoue ne pas avoir saisi exactement qui est quoi, mais je pense que les crânes sont le cancer, les groupes sont des cellules du corps (ce qui explique d'ailleurs la scène où l'une explose quand l'autre la touche), la ville est le corps, et le dépôt bleu ... Je ne sais pas. En fait, la BD donne, selon moi, le combat qu'a menée sa femme avant de mourir, comme si le corps était dépecé et qu'on observait l'intérieur. Ce sentiment est renforcé par la fin, même si là encore, tout ne me semble pas très clair. Cependant, des passages semblent évident, et l'incrustation de photos par Druillet renforce franchement ce sentiment. L'ode à la mort dont la BD se trouve souvent qualifié est assez justifié à mon sens. Elle rayonne, cette mort, dans toute les pages, et la survie est une question de chaque instant.

Comme souligné, le dessin est superbe. mais en plus, la composition des cases est vraiment incroyable. Je parlais au début de tripe sous LSD, et bien c'est exactement ça. Des planches en grand format qui vous en mettent vraiment plein la vue dans tout les sens, ça pète le feu de partout, l’œil est sollicité partout, les détails accumulés sont incroyable. Et pourtant, rien n'est laissé au hasard. Plein de petites choses sont pensées sans qu'on les aperçoive, excepté lors de la cinquantième relecture. Et parfois, des pages vont carrément être en double page, mais vous demandant d'inverser le sens du livre. C'est vraiment curieux au beau milieu de la BD, mais c'est remarquable de force, et poignant.

Car oui, le récit est très poignant. Les personnages sont justes de brutes épaisses qui luttent tout le temps dans un monde sauvage et brutal, mais c'est également un personnage principal qui se pose des questions. Il se demande le sens de tout ça, il a peur, il est dans une impasse. Et la course finale est sublime, sur des pages éclatantes, la découverte du dépôt bleu, la façon de mettre en scène. Et que dire de la danse sur Brown Sugar, c'est sublime de vie. Car si c'est une ode à la mort, la BD respire la vie, qui se bat tout le temps, jusqu'au bout, jusqu'au moment où l'espoir est vaincu, mais qui reste jusqu’à la toute fin et disparait avec tout le reste. Une véritable ode à la vie également.



Au final, cette œuvre de science-fiction est très surprenante, surtout qu'elle ne se classe pas uniquement là dedans. C'est une BD emplie d'émotions également, très prenante, qui extériorise la mort d'un être cher, et qui peut nous faire comprendre cette douleur tout autant qu'un récit intimiste. C'est également une œuvre graphique remarquable, qui nous offre tant de détails qu'on en fait jamais totalement le tour. Songez que cette BD est sortie en à peine un an et contemplez ensuite chaque cases, chaque planche. Druillet nous livre une BD d'une force et d'une forme toutes deux grandes et belle. La réedition de 2000 est d'ailleurs sublime, avec des pages d'une taille appréciable. Je ne saurais que trop vous conseiller de la lire, sans forcément l'acheter, pour avoir une idée de ce que peut être une grande BD sur la mort. Une belle BD également. Une BD qui marque.




La fameuse introduction du livre, afin que vous puissiez vous faire une idée de ce que c'est :



A Nicole, ma femme, mon amie…
Et à la mort qui est venue.
Quelques mots, pour mon époque qui est moche, et je suis gentil !
… à l’année 1975, l’année de la femme qui a tué la mienne et tant d’autres avec elle…
…à la médecine pourvoyeuse de la mort, la médecine des mecs, ma médecine du fric, celle de Curie et d’ailleurs. CANCER, mal terrible, plus terrible encore entre leurs mains car on en meurt, STATISTIQUEMENT ! c’est la formule. OUI ! Je vous accuse, bouchers stupides, CONS à la blouse blanche et au verbe haut, jongleurs de vies qui vous prenez pour Dieu, alors que l’on vous demande d’être des hommes et de nous traiter comme tels !
Connards assermentés vers qui l’on va avec confiance, c’est à en pleurer !

 … à ce monde que nous n’avons pas fait et qui nous assassine. O mes aînés, je vous HAIS !
… à la mort que l’on nous cache ici, en « OCCIDENT », parce qu’elle fait peur, parce qu’elle fait réfléchir, parce qu’elle n’est pas rentable ; sauf pour certains.
Société d’immortels vous puez la charogne !
… à sa bague, que je porte à mon doigt, à notre amour toujours présent, bien qu’elle s’en soit allée, elle qui ne voulait pas.
…à la patience, aujourd’hui durement apprise.
…à toi lecteur, que j’emmerde avec ces maigres mots, mais si tu aimes nos images, car nous sommes deux dedans, hier et demain, alors tourne la page le reste te concerne aussi, cadavre latent.
…eh bien, à la patience encore
et au temps
et à la révolte !
Siècle des « LUMIÈRES » si nous voulons vivre mieux, apprenons enfin la mort, moi qui l’ai tenue dans mes bras j’en tremble encore…
Tous hurlons ensemble
Et battons-nous !
…mais après tout, sommes-nous vraiment d’ici ? alors attendons l’instant de la sublime aventure…
Cadavres futurs, tenez-vous prêts et attachez vos ceintures !
…j’apprends à aimer la mort….. j’ai du goût.

Philippe Druillet
Livry, 1976

jeudi 14 février 2013

Running Man (Stephen King)


A présent, passons au deuxième Stephen King ! Le maitre est de retour ....

A titre purement personnel, j'adore Stephen King. Je trouve que ce type à une façon d'écrire juste extraordinaire, avec une belle plume, des histoires prenantes, haletantes, plusieurs fois des réflexions pas dénudées d'intérêt et en plus des croisements entre histoires qui sont tout à fait remarquables. Et pourtant, Stephen King n'est pas la meilleure partie de lui même. Car en chacun de nous sommeille un être différents et qui ne demande qu'à s'exprimer. Lui l'a fait, il l'a laissé sortir. Et c'est un être incroyablement cruel, pervers, et retords qui en sortir. Encore pire que l'original. Sa production littéraire compta quelques romans seulement, le temps qu'il meure. Mais le mal était en route. Et voici ce qui en sortit.


Contemplez cette couverture. Admirez la mise en scène, la façon de présenter le tout. Un personnage anonyme de dos. Il regarde des écrans. Plein d'écrans, qui sont tous alignés devant lui. Et sur ceux-ci, rien de spécial. Des gens, des rues, des passages. La vie normale. Et quelqu'un qui surveille tout cela. Une horreur, n'est-ce pas ?

Stephen King ne fut pas le seul écrivain à exploiter son corps. Durant quelques années, un être nommée Richard Bachman fut crée. Il était écrivain, mais dans des genres auquels Stephen King n'était pas habitué. On le voyait notamment faire de la science-fiction, des critiques de société, ou encore pire ..... des romans juste noirs. Sans fantastique. De quoi défriser un habitué du maitre de l'horreur.

Et pourtant, cet être (qui vécu entre 1977 et 1985, officiellement décédé d'un cancer du pseudonyme ....) écrivit parmi les pires ouvrages de Stephen King. Les plus sombres, les plus torturés, mais également les meilleurs émanant du génie du mal américain. En voici pour preuve l'un des meilleurs exemples. L'un des meilleurs romans d'anticipation qui soit, une claque incroyable dans la gueule. Un de ceux qui vous plongent dans une lecture tellement angoissante et prenante que vous ne ressortirez de là que sur les genoux, vidés, le livre dévoré d'une traite. Ne le commencez pas avant de dormir, vous ferez une nuit blanche. Ne le lisez pas en étant déprimé, vous en feriez un suicide. Durant la lecture, bannissez le téléphone portable, débranchez la sonnette et assurez-vous que votre frère/sœur/conjoint ne vous fera pas une surprise en traitre dans le dos. Vous pourriez faire un arrêt cardiaque qui serait sans doute néfaste pour votre santé. Je certifie que dans cette lecture, vous ne pouvez pas décoller. Il faut suivre le tempo, le compteur n'est pas arrêté un seul instant. Vous êtes bien installé ? Attachez vos ceintures, la descente sera brutale, l'arrivée mortelle. Vous êtes prévenus. Maintenant, osez tourner la page.

Voila comment je qualifierais ce livre : une torture. Non pas qu'il est difficile à lire. Au contraire, il est d'une simplicité déconcertante en rapport avec le propos. On ne se creuse pas la cervelle, pas d'énigme à résoudre, pas de grand secret à protéger, de société secrète à découvrir. Ici, tout est au grand jour. Et c'est peut-être le pire .....
L'anticipation, vous vous en rappelez ? Et bien, ici c'est curieusement proche. En fait, une bonne part des excellents romans d'anticipation ont été écrits dans les années 50 et jusqu'au années 80. Du coup, lorsque nous arrivons à la période 2013, nous sommes dans ces années qu'ils qualifiaient déjà de futur pour eux. Une sorte d'aperçu de ce que notre monde aurait pu devenir. De ce que notre monde est devenu, peut-être. Après tout, comment en être sur ? Plongeons dans le roman pour le savoir.

Le livre est découpé en 101 chapitres, et l'ensemble de l'ouvrage fait exactement 310 pages. Les chapitres commencent tous par le même titre : "Compte à rebours ...". Le premier est noté 100, le dernier 000. Je vous assure une chose : lorsque vous commencez, vous n'imaginez pas à quel point la lecture sera de plus en plus rapide. Je vous assure. Vous décollez comme au cinéma, rivé sur votre siège. Impossible de descendre, l'appareil est en marche. La télé crache ses pubs de merde, ses jeux à la con, et vous a aspiré dans ses cathodes. Alors, on n'aime plus ?
Le futur. Premier quart des années 2000. C'est loin lorsqu'on est dans les années 80. C'est près lorsqu'on est en 2013. Et pour l'instant, il ne semble pas avoir tort. Nous sommes dans une ville. Une grande ville de la côte est américaine. Co-Op City. Bienvenue dans le monde de demain. Vous n'avez pas le temps de visiter, il faut avancer, tout va très vite.
Voici le héros. Ou tout au moins l'homme que vous suivrez durant votre séjour. Ben Richard. Un nom très ordinaire pour un type banal. Un de ces hommes comme il en existe des milliers dans toute la ville. Ouvrier, marié, un enfant, une situation à peu près stable. Un Libertel, la télé de demain, comme c'est obligatoire dans tout les foyers. Que peut-on rêver de plus ?
Il est pauvre, sa femme aussi. Ils ont une fille. Elle est jeune. Elle est tombé malade. Il faut la soigner. Mais les moyens manquent. Alors Ben Richard va aller là où se trouve l'argent qu'on distribue aux gens pauvres. Là où se passe tout ce qui intéresse ces masses pauvres des HLM de demain : la tour de jeu. Là où sont filmés ces jeux qui peuvent tuer les concurrents lorsqu'il le faut. Ça fait de l'audimat, c'est bon pour le chiffre. C'est ça l'avenir. Et Ben Richard y va. Attention, c'est parti. Vous avez fini le premier chapitre.

Et le voila qui est dans la tour. La sélection, tout se passe bien. Il est dans le grand jeu, le best-of, là où les risques et les gains sont les meilleurs. Le pire du pire, le nec plus ultra. La grand traque. Durant 30 jours, toutes les polices du monde, touts les habitants de la planète le pourchasseront. Il n'a nul échappatoire. Et s'il résiste, si il a tenu durant le mois complet, alors c'est le jackpot. Un milliard de nouveaux dollars. Sinon, la mort. On ne réchappe pas aux Chasseurs. Le compte à rebours continue.


Si je vous présente les choses de cette manière, c'est pour que vous compreniez la situation. Tout va aller vite. Les phrases raccourcissent, pas de descriptions, peu de dialogues. L'action avant tout, c'est ce qui fait l'audimat. Et bien malgré nous, nous allons suivre le jeu sur l'écran des pages. Cours Ben Richard, cours ! Tu peux échapper aux Chasseurs, tu peux échapper au monde, mais tu n'échapperas pas à notre regard. Nous suivons ta course. Tu es traqué par le lecteur avant tout le reste.
Et durant la traque, la fuite change de visage. Les dessous du monde sont révélés. Les cartes s'abattent, l'ennemi à un carré d'as. Comment le battre ? En connaissant les dessous du jeu, en sortant une suite royale à cœur ou à pique. En comprenant l'envers du monde. Et c'est ce que fera le lecteur. Avec Ben Richard, il comprendra ce qui se joue derrière. Tout n'est pas clair, et les points obscurs le sont pour une bonne raison. Des choses horribles se déroulent derrière, attention à la chute en découvrant le précipice. Car l'avenir est sombre, des injustices, des horreurs sociales, des déshérités et des riches à en crever. Oui, le monde est moche. Mais est-ce l'avenir, est-ce le présent ? Tout ressemble à ce que nous connaissons déjà. Qui nous dit que tout n'est pas arrivé ? Il semblerait qu'effectivement le jeu ai commencé dans la vraie vie également. Comment s'en sortir ?

Et dans un final éclatant, dans une apothéose grandiose qui fait retentir du Carmena Burana dans vos oreilles,  vous sentez que vous avez compris toute l'horreur d'un tel monde, qui semble pourtant si proche. Il est lointain dans le début, mais au fur et à mesure que vous continuez, vous vous rendez compte que vous êtes dedans, vous êtes représenté à un moment ou à un autre. La société d'aujourd'hui est déjà passé au vitriol, elle est présentée sous son jour le plus affreux. On voudrait que ça cesse, mais le bouton pause n'existe pas dans ce livre. Vous irez de l'avant, que vous le vouliez ou non. Jusqu'à la fin du compte à rebours. Là, vous aurez véritablement fini. Et tout s'arrêtera.

Lorsque vous avez ce livre en main, considérez que vous tenez un tube de nitroglycérine. En le laissant intact, sans le toucher, au fond du tiroir, il n'y aura aucun dommage. En l'agitant dans sa main, les conséquences sont néfastes pour la santé. Mais en l'utilisant avec prudence, au bon endroit, il peut servir à creuser un passage dans la roche, à relier plusieurs points qu'on ne pensait pas existants. Il faut le lire, mais attention à son rythme. Pas de temps mort, on ne respire plus. C'est une apnée de quelques heures, qui vous laisse pantois sur le rebord. Vous avez mal au cœur, vous saignez en dedans. La violence dégagé fait mouche, mais elle sait frapper juste. Elle réveille. Et ce n'est pas un mal que d'ouvrir les yeux sur certaines choses de la vie.

(Chronique n°13)

dimanche 27 janvier 2013

La course du rat (Gerard Lauzier)

Qu'on se le dise une bonne fois pour toute : la BD est instructive et utile. Elle peut être profonde et surtout c'est un art à part entier ! Non mais. Je ne tolère pas les mauvaises langues là dessus. Stop à la discrimination d'un pan entier de l'art moderne (et ancien aussi, mais le débat n'est pas là), tout art à des bonnes choses à nous apporter.

Et pour couper court aux protestations qui naissent sur les lèvres des mécréants anti-BD, je me permet de vous le démontrer avec un exemple évident : La course du rat, par Gérard Lauzier datant de 1978 (c'est un one-shot). Une BD malheureusement très méconnue mais qui ne le mérite pas. Enfin, on ne choisit jamais les succès.


Résumé en trois mots : Show-biz, Descente et Faux semblant

Qui le connait dans la salle ? Personne ? Et bien c'est parfait, en avant pour la découverte le sourire aux lèvres. Commençons par le commencement : qui est ce Lauzier que je cite depuis avant ? Et les gens qui médisent dans le fond sont priés d'aller discuter dans le couloir, merci. C'est du sérieux ici.



Donc Lauzier. C'est un homme (le prénom laissait peu de doutes, mais je tiens tout de même à le préciser) qui est né (ça on en est pas forcément sûr, cf David Calvo) en 1932. Il est malheureusement déjà décédé en 2008, pour le malheur du monde de la BD. Mais ce n'est pas là le propos.

Je tiens tout de même à signaler que cet homme était un bel adulte de trente-quatre ans lorsque mai 68 se déclencha. Si je le précise, c'est qu'il s'agit là d'un élément important pour la suite (là je fais appel à votre mémoire, j'espère que je ne vous en demande pas trop). Il a fait une licence de philosophie et architecture, puis ensuite fini dans le dessin de presse et la BD (parcours normal donc). Il reste également un très long temps au Brésil dans sa jeunesse, ce qui peut expliquer sa position sur la société française, avec un regard un peu plus externe.

En résumé, Lauzier est un personnage qui possède une culture philosophique, à voyagé (et s'est donc ouvert à de nouvelles cultures) et surtout qui à connu les années 60 et Mai 68. Son œuvre s'inscrit en droite ligne de tout ceci. Œuvre que nous allons voir immédiatement.



Comme précisé, Lauzier, c'est un philosophe. Mais c'est également un type acide, mordant, et passant la société au vitriol. Avant de penser plus en avant, cernons déjà le scénario. Celui-ci se concentre autour de Jérôme Ozendron, petit cadre moyen dans la trentaine, marié, trois enfants. Méprise les autres, pédant, certain de son génie et imbu de lui-même. Le type même du personnage horripilant.
Ce personnage (qui est un archétype que Lauzier reprend souvent, en le présentant comme l'homme des années 70) va rencontrer par hasard dans la rue un ancien camarade de classe qui est devenu acteur. Pas encore professionnel, mais qui baigne dans le monde du show-biz. Après une soirée assez remuante, Jérôme rentre chez lui et trouve sa vie minable en comparaison de tout ça. Coup de bol monstrueux, il est viré le lendemain. Il décide donc de faire une pause dans sa vie et de rédiger son livre qui le tient tant à cœur. Voici le pitch des 25 premières pages sur 60. Je ne spoil pas, car le propos n'est pas dans ces pages là, qui permettent juste de mettre en place tout ce qui va suivre.

Et en fait, Lauzier va ensuite s'amuser avec son personnage qui va subir à peu près tout ce qu'on peut faire vivre à un type qu'on aime pas. Je crois vraiment que Lauzier déteste son personnage, parce que lui faire subir ces trucs, c'est vicieux. En même temps, le personnage le mérite (je lui aurais mis des baffes pendant une bonne partie du récit), et je trouve que bien souvent il a provoqué son propre malheur. Mais curieusement, on en arrive très vite à le plaindre, à trouver que les autres sont presque cruels avec lui (même si lui est également cruel). Au final, c'est un personnage qu'on déteste, qu'on aime détester, mais qui est en même temps presque émouvant, surtout dans les dernières planches qui sont très chargées en émotion par rapport au reste, qui est clairement inscrit dans la satire humoristique. En clair, un personnage ambiguë.

Mais ce personnage central est entouré par d'autres portraits, et c'est là le véritable génie de Lauzier : il va peindre une galerie de "gueules", avec tout ce qu'on peut trouver comme image de la France post-68, entre pseudo-artistes, show-bis cruel, couples nouveaux, etc ... Les personnages n'ont qu'un point commun : l'ambition, pour laquelle ils sacrifient tout. D'ailleurs il ne faut pas que voir une critique du personnage principal, car ici tout le monde (ou presque) est un pourri, un vendu, une ordure. Il y a quelques exceptions, mais elles sont franchement noyées dans la masse. Il faut aussi souligner une sacrée critique sur la place de la femme : elle s'émancipe et l'homme n'arrive pas à suivre. C'est très jouissif comme revanche d'ailleurs.

Tout ceci donne lieu à une excellente œuvre qui va dénoncer la société des années 70, des situations qui évoluent par rapport au vieux système progressivement délaissé. Cependant, le propos est encore totalement d'actualité, comme quoi en quarante ans le progrès n'est pas forcément aussi efficace qu'on le pense. Et le monde du show-bis est encore exactement pareil, là c'est une évidence. Il faut d'ailleurs souligner le génie des deux dernières planches qui concluent l'album d'une façon extraordinaire. La morale qu'on en en tire est très intéressante et donne sacrément à réfléchir.


Par contre, la BD possède un défaut énorme : le graphisme. Tout (ou presque) est raté. C'est d'ailleurs saisissant quand on le lit, parce que le propos est fin, intelligent, drôle, mais le trait est grossir, moche, mal fait, presque bâclé. Les raisons sont multiples : le trait est affreux. Les lignes se croisent, tout est mal fait, les bulles empiètent partout, les personnages varient peu. La colorisation est moche, on dirait du Paint par un débutant, des effets lumineux quasiment nuls, des débordements fréquents. C'est vraiment pas beau. L'auteur réussit également un tour de force, en ne mettant jamais de précisions lorsque du temps à passé entre deux cases, ce qui fait qu'on a souvent du mal à comprendre l'enchainement, et il faut relire pour comprendre que du temps à passé. C'est vite pénible.

Mais le pire, et de loin, vient de l'agencement des phylactères* qui est anarchique à un point que c'en est difficile de lire. Les bulles se croisent en permanence, sans qu'on sache qui parle, dans quel ordre les lire, les mots dépassent (sur le coup j'en ai été choqué), les lettres sont parfois très serrées (on sent que l'auteur à tenté de faire tout tenir dans un espace trop étroit). Bref, c'est mal foutu, et c'est d'autant plus étonnant qu'il ne s'agit pas de la première BD de Lauzier, qui devrait donc avoir la main. Mais non. Du coup c'est très trèèès vite énervant à lire.

Et pourtant, tout ceci passe allègrement à la trappe par rapport au scénario et au propos, ce qui démontre par là sa force. L'humour caustique et grince-dent, qui nous fait rire jaune (voir pas rire du tout) va surmonter ces obstacles, et la lecture devient très vite plus fluide.
Je tiens également à souligner que, comme beaucoup d’œuvres du même auteur, le sexe prend une part très importante dans le récit, sous toutes ses formes. La libéralisation des mœurs est amusante à suivre, on sent la société qui se relâche, et c'est très intéressant d'établir un parallèle avec aujourd'hui. Mais ça, je vous laisse le découvrir par vous même.

Au final, nous avons donc une BD très moche, difficile à lire à cause de la mise en page, mais pour autant très intéressante sur le plan du scénario. Le propos est superbement bien développé, les situations sont très fines, le propos percute plus d'une fois, l'humour fait mouche, la conclusion est juste et la réflexion à la clé est des plus intéressante. Une BD plus philosophique, qu'on ne lit pas pour se détendre, mais qu'on savoure comme un grand cru de remue-méninge. La course du rat à de très bon atouts pour elle, et je pense qu'elle mérite une lecture, ne serait-ce que pour se faire son propre avis.

(Chronique n°2)

Dernier point, toujours intéressant : un film avec Christian Clavier en à été tiré en 1980, mais je ne l'ai pas vu, la lecture du livre m'a suffi. Si vous voulez le voir, la fiche Allociné est consultable ici. Le film a été renommé Je vais craquer.

* Phylactère : n. m. Dans une bande dessinée, synonyme de bulle (source : le Larousse)