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lundi 25 mai 2015

La douce empoisonneuse (Arto Paasilinna)

Petite lecture que j'avais omis de chroniques, oubli impardonnable que je me permet de rattraper immédiatement en faisant rejaillir tout ce dont je me souviens de ce livre dont je conserve pour l'instant un très bon souvenir. Car c'est encore de la bonne facture, celles d'un auteur d'humour qui sait toujours trouver des nouvelles façons de raconter une histoire. Même si foncièrement rien n'est changé entre tout les livres.


Résumé en trois mots : Morts, Jeunesse et Hasard

Ce livre est extraordinairement bien fait, nous racontant l'histoire d'une sympathique petite mamie gâteau, bien gentil et proprette, qui se fait voler chaque mois sa pension par son petit fils, voyou de bas étage et incapable de faire quelque chose de ses dix doigts. Désespérée, la vieille se voit contrainte de subir sans cesse, jusqu'au jour où les voyous vont trop loin, et qu'elle décide de se suicider. Sauf que faire du poison est sympathique, mais quand un de ses bourreaux l'avale par erreur, c'est encore plus drôle !

Ce livre est génialement mis en scène, ente le début qui sonne comme un critique sociale de ces vieux démunis faisant face à une jeunesse violente et inactive, qui préfère se sucrer sur la pension des vieux, mais tout tourne rapidement à l'humour sombre et hilarant de Paasilinna, qui reste toujours dans son registre habituel. C'est une sorte de traque mais dans le mauvais sens, où les jeunes ne comprennent pas comment faire pour retrouver cette petite vieille qui tue sans trop s'en rendre compte. Le ton léger et drôle fait mouche à chaque coup, et bien vite on se retrouve à s'attacher à la petite vieille qui tue. C'est également une belle satyre sur la vieillesse de Finlande, et j'ai bien aimé les quelques piques dissimulés de ça de là dans le récit.

Un petit livre toujours sympathique et agréable, comme sait si bien nous le faire Arto Paasilina. C'est le genre frais et léger qu'on déguste tranquillement quand on ne veut plus se faire de livres complexe. Une petite détente agréable entre autres livres, et toujours avec un beau sourire aux lèvres et une petite pensée pour ces injustices sociales caricaturées dans les romans de l'auteur finlandais le plus lu. Recommandé !

(Chronique n°275)

vendredi 27 février 2015

L'océan au bout du chemin (Neil Gaiman)

J'avoue avoir attendu ce roman avec impatience, pour le plaisir de pouvoir relire à nouveau un livre de Neil Gaiman, alors même que j'ai Anansi Boy qui attend sagement quelque part dans la pile de livre qui hante le pied de mon lit. Mais là je ne pouvais plus attendre, et j'ai laissé momentanément la série que je lisais pour me concentrer là-dessus, le temps de le finir en deux jours. L'alchimie a encore opérée, et c'est exactement ce que j'attendais.


Résumé en trois mots : Enfance, Féerie et Campagne

C'est curieux comme je peux me retrouver en certains livres plus que d'autres. Ou dans certains personnages plus que dans d'autres. Ici, j'avoue que plus d'une fois j'ai ressenti mon enfance (qui n'est pourtant pas si loin) et que je me suis retrouvé plongé encore plus dedans.

Sans même faire de considération personnel, Neil Gaiman est véritablement un génie. Il allie une plume étonnante de facilité avec une aisance de langage. Je félicite la traduction, qui est merveilleuse (ah, que j'aimerai pouvoir le lire en anglais, ça doit être quelque chose !), mais c'est un plaisir de lire ce genre de livre, dans lequel on est entrainé en un rien de temps pour finir par être déposé doucement dans les dernières pages. Le style nous embarque et la voix du narrateur nous berce au gré de l'histoire. Gaiman n'arrive toujours pas à me faire lâcher prise après deux pages. C'est merveilleux.

Après cela, l'histoire n'est pas extraordinaire en soi. Il y a, comme toujours chez Gaiman, des très bonnes idées qui sont disséminées dans l'ensemble, des très bons personnages, une ambiance que j'affectionne tout particulièrement, mêlant la réalité et la fiction, les livres et les univers. C'est également un retour sur l'enfance plus particulièrement, avec un cadre plus champêtre et rural (ce qui n'est pas pour me déplaire). La magie des contes se révèle pleinement dans une atmosphère baignée de sorcellerie et d'histoires pour enfant. Mais tellement efficace sur les adultes aussi.
Pour autant, l'histoire ne sort pas des cadres conventionnels, et j'aurais aimé que Gaiman nous pose pour une fois quelque chose qui sorte complètement de l'ordinaire. Ce n'est pas que je n'apprécie pas ce qu'il écrit, mais je trouve que parfois il pourrait y avoir plus de surprises et de nouveautés. C'est dommage, car avec ça on atteindrait des sommets de littérature, alors que là je suis juste dans le cadre du "j"ai beaucoup aimé mais ...". J'aimerai tant ce petit plus.


Une réussite à nouveau pour Neil Gaiman, mais en restant dans ce qu'il sait déjà faire : poser une ambiance, avoir un style d'écriture quasi-parfait, imaginer des choses incroyables et qui font rêver, mais sans avoir le scénario parfait qu'il faudrait. Ca reste un peu trop classique et j'aurais aimé qu'il explose les cadres habituels. Mais cela reste un excellent livre que j'ai pris grand plaisir à dévorer d'un bout à l'autre sans en laisser une miette. Je vous recommande sa lecture, et si vous êtes fan de Gaiman, ne perdez pas un instant !

(Chronique n°237)

mardi 8 avril 2014

Radieuse Aurore (Jack London)

Curieusement, j'ai l'impression que les livres de Jack London peuvent fonctionner par doublon, deux facettes exploitant le même sujet. C'est notamment le cas de Croc Blanc et L'appel de la forêt, qui sont intéressant à mettre en rapport, et au cours de ma lecture de ce livre je me suis dit qu'il s'agissait de l'autre facette du livre Martin Eden, avec une construction miroir pour exploiter le thème autrement. C'est curieux comme sentiment, mais je vais tenter de l'expliquer.


Résumé en trois mots : Argent, Amour et Homme

Jack London nous développe ici une sorte de frère jumeau de Martin Eden, en le faisant vivre une histoire presque inverse. Ici tout commence par l'acquisition de richesse dans le grand nord. Puis le jeu de la finance à San Francisco. Et enfin, la découverte de l'amour. Le portrait du personnage principal est quasiment celui de Martien Eden, grand, costaud, enjoué et dynamique, mais pour autant Radieuse Aurore (car c'est son nom) n'est pas du tout attiré par la littérature, et il se préoccupe uniquement du jeu. Puis de l'amour.
La construction de l'histoire est un miroir de Martin Eden, mais tout le propos du livre est tout l'inverse. Ici, Radieuse Aurore va connaitre la rédemption et s'assagir. Et il y aurait tant de choses à dire.

Cela dit, j'ai trouvé le livre un poil en dessous de Martin Eden, qui m'avait bien plus plu par la critique envolée d'un monde littéraire. Ici la dénonciation des magnats de l'argent et des magouilles capitalistes, malheureusement, c'est un sujet connu. Du coup, il m'a semblé que c'était un peu moins original.
Cela dit, tout reste excellent. Le style, parfait dans la première partie du grand nord, avec toujours cette nature sauvage et ces hommes âpres, puis la deuxième partie, dans le San Francisco de Jack London, dans sa ville, et ses capitalistes, les magouilles de la finance et les déboires d'un jeune riche. Mais aussi dans les collines qui l'entourent, dans la beauté des paysages environnants, dans le contact de la nature belle et apaisante. Et sur tout ça se lève une Radieuse Aurore.

Excellent livre, encore une fois, d'un auteur qui n'est largement plus à prouver. Un grand nom et une belle plume pour ce récit encore une fois réussi. Jack London nous prouve sans cesse la réussite de ses écrits, leurs forces morales et sociales. Les dénonciations ne manquent pas, mais tout le reste est aussi présent, à la fois différent et identique à ce qu'on trouve dans d'autres livres. Un style d'écriture dont je ne peux plus me passer et qui est diablement intéressant. A lire, comme un bon écrit de Jack London.

(Chronique n°164)

mercredi 19 mars 2014

Les contes du chat perché (Marcel Aymé)

Ah, ces contes du chat perché. Quand j'y repense, j'ai lu ce livre étant gamin ! (enfin, en partie) Et je le relis maintenant, plus de dix ans plus tard. C'est là que je suis satisfait de voir que ma mémoire est encore assez bonne pour se rappeler de certains de ces contes. Pour le reste, qu'en est-il ?


Résumé en trois mots : Animaux, Fillettes et Morale

Si les contes du chat perché sont resté dans ma mémoire, c'est qu'ils avaient un côté délicieusement humoristique dans leur déroulement, dû principalement aux caractères des animaux et au décalage qui est fait dans les contes entre les humains et toutes les bêtes qui parlent. A ce niveau là d'ailleurs, il faut dire que Marcel Aymé à bien croqué les animaux en leurs donnant à tous un caractère qui ne me semble pas tellement éloigné du réel.
Les contes se déroulent tous avec Delphine et Marinette, deux petites filles qui vivent avec leurs parents dans la campagne française et qui ont des aventures avec tout ce qui les entourent. Les autres protagonistes sont les animaux, tous doués de langages et qui s'expriment en permanence sur un peu tout les sujets. Du coup, c'est assez amusant comme décalage.
Les contes ont une morale, bien évidemment, et ceux-ci sont, pour une fois, tournés pour les fillettes et contre les parents, lesquels incarnent un côté autoritaire trop fort, mais avec bon cœur tout de même. D'ailleurs la morale prend aussi très souvent le parti des animaux contre la cruauté des humains. C'est une façon amusante d'apprendre le respect des animaux.

Cela dit, qu'en est-il de la lecture ? Personnellement j'ai beaucoup apprécié, certains contes ont une fin mitigé, avec des morts parfois, mais c'est toujours bien fait. Les contes en eux-mêmes sentent le côté vieille France, mais je trouvais que ça passait parfaitement bien. Cela dit, je ne sais pas si tout est accessible à un enfant actuel vu la différence de vie entre les deux mondes, mais je me dis que cela ne peut pas être que incompréhensible, la plupart seraient à leurs faire découvrir.

Marcel Aymé, un auteur que j'ai encore à découvrir, m'a comblé ici de son talent de conteur. Des histoires simples, amusantes et intéressantes, mais aussi cruelle et parfois le côté moralisateur semble assez détourné. Tout n'est pas forcément évident, et j'aime bien. Les contes sont rafraichissant, c'est la campagne qui nous est présentée, et ce bol d'air fait un bien fou. Je ne peux que vous recommander de vous y attarder un petit moment si vous avez l'occasion !

(Chronique n°154)

dimanche 27 octobre 2013

La forêt des renards pendus (Arto Paasilinna)

Encore un livre des nordiques ! Eh oui, je me suis décidé à lire encore un Paasilinna, l'auteur extraordinaire et fameux du Le lièvre de Vatanen, Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen, Le Cantique de l'Apocalypse joyeuse, et tant d'autre livres bien connus et toujours aussi mordants. Lorsque je l'ai vu dans les rayons d'occasions, je n'ai pas hésité un instant. Que c'est agréable de lire un petit roman sans grandes prétentions, humoristique, prenant et toujours inventif. Je pense que vous vous doutez donc de ma critique.


Résumé en trois mots : Humour, solitude et amitié

Pour ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur remarquable, je ne peux que vous inviter à aller lire très vite quelques bons livres cités plus haut, non seulement pour votre culture personnelle, mais également pour le simple plaisir de la plume superbe de l'auteur. C'est un finlandais (oui, il sort parfois des choses de ce pays), et connu comme "l'inventeur des romans d'humour écolo" (je n'invente rien). Pourquoi donc ?


Ses romans comportent toujours des thématiques sur l'écologie, l'impact de l'homme sur la nature, le retirement dans une nature sauvage mais pas hostile, un contact avec ses comparasses difficiles, et un rapport aux animaux aussi. Le tout sans prise de tête, sans grande leçon assenée violemment (vous voyez ce que je veux dire). Le style de Paasilinna est facilement reconnaissable avec cette Finlande natale également, très présente, une Finlande belle naturellement, et pas forcément reluisante dans ses habitants.


L'histoire qu'il nous présente cette fois-ci est celle d'un truand à la petite semaine qui décide de frapper un grand coup en volant des lingots d'or. Aidé de deux complices, il en vole trois et tandis que les deux autres vont en prison, il reste à mener la belle vie. Mais voila, les complices vont sortir, et notre truand (nommé Rafael Juntunen) se réfugie dans la forêt du nord de la Finlande. Là il va tomber sur deux personnages bien différents, un major qui s'est octroyé une année de repos de l'armée (Gabriel Amadéus Remes) et la plus vielle femme de Finlande, Naska Mosnikoff. Ensemble, les trois compères vont passer l'année dans un chalet, loin de la civilisation, dans la forêt des renards pendus.


Une histoire qui nous permet de voyager un peu mais surtout de vivre un quotidien simple, la vie au jour le jour quand on est riche et retiré dans un chalet dans une région polaire. C'est décrit de façon tellement bien qu'on s'y croirait et qu'on rêverait de venir vivre avec eux, dans la nature et les contacts humains simples. J'ai adoré le groupe qui s'est formé et la façon dont ils s'organisaient. Sans compter sur l'humour habituel de l'auteur et quelques considérations, autour de l'argent, des gens peu recommandable (en dehors de la vieille, ils sont assez peu "héroïque"), et des rapports entre hommes. C'est assez cynique comme vision de l'humain, mais je ne peux pas lui donner entièrement tord. En tout cas, c'est amusant.


Que retenir ? C'est un roman dans la droite ligne de tout ce qu'a écrit l'auteur, le style reste assez proche, les personnages très loin des caricatures qu'on pourrait se faire, des gueules et des idées en tout sens, une nature belle et de l'humour, un peu de réflexion et un style entrainant, des considérations et une lecture fluide. L'auteur a trouvé son style mais il se renouvelle constamment, apportant des nouvelles idées, des scénarios variés et toujours quelque chose qui nous intéressera. Mieux ou moins bien que les autres ? Pareil, à lire comme on déguste un bon auteur, au coin du feu le soir, dans le crépitement du bois qui brule tandis que la neige et le vent jouent dehors.

(Chronique n°85)

jeudi 29 août 2013

La mémoire double (Igor & Grichka Bogdanov)

Les frères Bogdanov qui écrivent un roman de science-fiction, ça m'intéresse grandement ! J'aime beaucoup la façon qu'ils ont de présenter et simplifier les choses. Les entendre dans une émission, c'est souvent très intéressant en plus d'être clair. J'ai acheté ce livre les yeux fermés et je me suis mis à le lire rapidement, le finissant en moins de deux jours au final. J'avoue que j'ai été très dérouté par le propos du récit, qui est au final très désorientant. Sans le nom des frères Bogdanov sur la couverture, on aurait pu croire que le livre avait été écrit par d'autres. Pourquoi ? Je vais vous l'expliquer :


Résumé en trois mots : Informatique, Guerre froide et Sécurité

Le livre présent la petite histoire d'un simple paysan, nommé Antoine, qui travaille depuis 30 ans dans la même ferme d'un patelin paumé dans ... je crois que c'est la Gasconne. Ce brave paysan de 37 ans vit sa vie tranquille, sans jamais être sorti de sa ferme natale, où il est rentré alors qu'il avait seulement 7 ans. Et voila que des gens viennent l'embêter. Ils recherchent son numéro de sécurité sociale, qui est manquant. Son absence oblige des policiers et des inspecteurs en noir. Mais Antoine a un souci : il ne se rappelle pas de ce numéro, et surtout, il commence à avoir des hallucinations, comme si son monde s'altérait, comme si la réalité était fausse.

Dit comme ça, je pense que vous voyez un peu de quoi il va s'agir. Une préface des frères explique qu'ils ont eu l'impression qu'un film bien connu (Matrix) aurait eu vent de cet ouvrage. Je dirais qu'on sent aussi un peu de Total Recall dedans, mais juste un petit peu. Et c'est vrai qu'on trouve pas mal de ce qu'il y a dans Matrix, mais par contre c'est très curieux. Le livre date d'avant le film. Enfin, on ne parlera pas de plagiat ou de quoi que ce soit ici, je ne peux que faire des suppositions (et visiblement les frangins le font aussi).

En fait, l'histoire est très surprenant pour un livre de science-fiction. Ici les 3/4 du roman se concentrent dans la campagne perdu, dans les travaux des champs et le comportement des uns envers les autres dans ce qu'on appelle le milieu rurale profond. On sent que les auteurs se sont impliqués dans ces vieux paysans qui sont proches de leur terres et de leur récolte. C'est une sacrée publicité pour les paysans d'autrefois, dans le genre ça m'a rappelé un autre livre (Les sentiers du vieux Cause qui vante dans le même genre. Très long à lire). Du coup d'ailleurs, on attend beaucoup la suite. Le rythme est très lent et la mise en route est longue. Les éléments qui font avancer l'intrigue sont disséminés de façon minuscule entre deux passages très long dans les champs, l'étable et les relations de personnages. En fait, on dirait presque une chronique paysanne dans laquelle débarque des extra-terrestre (il n'y a pas d'extra-terrestre, c'est pour l'image).

Du coup, j'avoue que j'ai été déçu par le livre, qui est certes sympathique, mais surtout très lent. L'ensemble contient des bonnes idées, mais la représentation des campagnes qui a été faite est plutôt longue et dans l'ensemble ne m'a pas du tout passionné (j'ai beau être né en campagne, je n'ai pas été touché par ce son de cloche). Il en a résulté une frustration dans ma lecture, et j'ai eu un soupir de soulagement lorsque enfin on atteignait l'action (qui est très limitée). Et finalement la fin m'a déçu également, trop convenue et trop simple j'ai trouvé.

En fait, je suis sur que c'est parce que j'ai trouvé l'ensemble trop simple que j'ai ce sentiment de déception. On est loin de la science-fiction à la Asimov, loin des étoiles ou des dérives de la société. C'est une chronique paysanne teintée de science-fiction plutôt, et j'avoue que j'ai moins aimé du coup.
Cependant je laisse les qualités à l'ouvrage : il est très agréable à lire (et très simple, en comparaison du Asimov que je lis actuellement) et surtout propose des bonnes idées qu'on connait de nos jours grâce à Matrix. L'ensemble dégage un charme auquel je n'ai pas du tout été sensible, mais qui peut être bien efficace sur certains. Si vous aimez l'ambiance vieille campagne et que vous vous intéressez à la science-fiction, je vous le recommande. Sinon, passez allègrement votre chemin, il y a mieux dans le genre.

(Chronique n°61)

mercredi 13 février 2013

Les rameaux de Salicorne (Pierre-Yves Gabrion)


Là, je pense sincèrement que je vous ai tous perdu avec cette BD. Je n'ai pas tort ? Eh ! J'en veux pour preuve que le gros site de bande-dessinée du net, manga-sanctuary (si, vous savez, celui où vous allez consulter la prochaine sortie du Naruto qui sera de toute façon en vitrine le jour même) ne connaissait pas la BD avant cette année ! (j'en sais quelque chose, c'est moi qui lui ai dit de le rajouter). Le site Bédéthèque n'a qu'une seule critique dessus ! Et pourtant .... Je vais vous en parler, vous comprendre. Ah oui, je précise que j'ai eu huit heures se sommeil sur trois jours. Il se peut que des coquilles se glissent dans la chronique. Je vous rassure, je ferais une relecture lorsque j'aurais hiberné les seize heures de rattrapages nécessaire.


Résumé en trois mots : Légendes, Enfance et Fées

Donc, la BD est très peu connue, c'est parfaitement certain, et a été écrite en 1998 par Pierre-Yves Gabriel. Ce type peut sembler très louche : il n'a pas de page Wikipédia. Par contre il a un Facebook ! Nous voila sauvé !
Ceci dit, je vous dirais juste que c'est un homme, dessinateur de bande-dessinée, qui n'est est pas là à sa première BD. C'est plus exactement sa troisième. Mais de quelle BD parlons-nous donc ? Je vais vous l'expliquer immédiatement (je sais, c'est de la transition de dingue. Mon cerveau crie grâce).

Donc nous avons là une BD qui va traiter de ... De quoi au fait ? De la Bretagne. Un petit village perdu, éloigné de tout. Dans ce village, nous sommes au début du XXème, ou fin XIXème. La différence importe peu. C'était le temps où tout était encore sans machine, sans rien. Mais ce n'est pas un beau monde, un monde pur. Cela, nous le découvrirons progressivement.
Dans ce village, vit un petit être nommée La Mouche. Son père a disparu à sa naissance, sans qu'il ne l'ai jamais connu, et sa mère est une truie acariâtre qui traine dans la maison, malade et aigrie. Il est aimé et aime la petite Julie. Elle est belle et douce, de son âge également. Et il est rejeté par tout le village, sans trop savoir pourquoi. Il aimerait que son père revienne.
Dans ce village également, une cérémonie bien particulière existe encore. La cérémonie des cadets. Durant la nuit des Rameaux, tout les hommes du village de plus de quatorze ans partent à travers la lande et durant toute la nuit cherchent la fée. Celle-ci, dit-on, à le pouvoir d'exaucer le vœu de l'homme au cœur le plus pur qui traversera la lande. Celui qui la voit devient un héros. Cependant, il n'y a pas eu de héros dans le village depuis quatorze ans. Depuis la disparition du père de La Mouche ...
Et cette année, La Mouche à quatorze ans. Il est prêt à aller avec les hommes à la recherche de la fée, son béret près de lui. Car il est sur d'une chose : la fée, il la verra. C'est lui le seul homme au cœur pur du village, ce ne peut pas être ces personnes qui le rejettent continuellement. Et avec Julie, ils ont déjà tout préparés. La nuit va arriver.
Mais la nuit des Rameaux est remplie de mystères. Le village est mystérieux, très mystérieux. Et beaucoup de choses ne sont pas dites. Rien ne sort de la nuit des Rameaux, et les secrets sont peut-être très cruels ...

Après la lecture de ce résumé, je suis sur que vous voyez le déroulement de l'histoire. Hein ? Ne niez pas, vous aussi vous vous attendez à une histoire classique de fantastique, de quelques secrets et de méchants manichéens, n'est-ce-pas ? Et pourtant, je dois dire que cette BD fait très fort. Elle est très courte, faisant au total à peine 64 pages. Et dans ces pages là, l'histoire va vous sidérer. En fait, contrairement à ce qu'on peut penser, il y a une réflexion et une surprise de taille qui nous attends, et le sujet de la BD au final est très différent de ce à quoi je m'attendais au départ.
En fait, la BD est très déroutante, car la trame qui commence tellement classique dévie progressivement, jusqu'à atteindre la planche qui vous cloue sur place, sans que vous compreniez vraiment. Et là, c'est le temps des explications. De quoi ouvrir des grands yeux tellement c'est bien fait. Et puis, une conclusion. Très brève. Deux ou trois pages. Plus une fin qui vous laisse rempli de questions.
En fait, lorsque j'ai lu la BD la première fois, j'avais une interprétation. Puis en la relisant, j'en ai trouvé une autre qui changeait complètement l'idée. Tout à coup la fin était heureuse. Et puis je l'ai fait lire à mon petit frère. Il a aussi pensé à une fin triste en premier. Mais lui pense que c'est la vraie. Moi j'avoue ne pas savoir. La fin est suffisamment ambiguë pour nous laisser à loisir de quoi méditer. Je ne vous dévoilerais bien évidemment rien (si vous voulez le savoir, demandez là moi et je vous la prête), mais c'est un sujet de controverse.

Ensuite, que rajouter à la BD ? Un très bon dessin. Il est direct, clair, efficace. La colorisation par-dessus est très belle également, et l'auteur nous a d'ailleurs pondu des "gueules", une belle palette de bretons début du siècle. C'est assez amusant de voir ces gens qui sont pour la plupart assez moche, mais en même temps ils sont très réalistes.
Et puis le découpage est fluide, la narration également. Très peu de texte, tout est dans les attitudes, les mots. Beaucoup de non dit également. Et l'auteur à glissé une très belle typographie de lettres pour le texte-off. Je sais, c'est franchement un détail, mais j'ai vraiment beaucoup aimé. Le coup des cartes de tarot au début rajoute un petit charme mais je n'ai pas trouvé le coup extraordinaire. Ca reste toutefois une belle idée.
Ensuite, je dois dire que la BD arrive à éviter très brillamment le piège du manichéisme primaire, en faisant des personnages de A à Z qui ne sont pas très beau intérieurement. Les secrets de la nuit des Rameaux ne sont pas beau. En fait, le seul personnage candide reste jusqu'à la fin Julie, qui à d'ailleurs une belle valeur symbolique. Mais là encore, je ne vous en dis pas plus.

En terme de critique, j'avoue que je ne trouve pas grand chose. L'un des reproche récurrents est l'impression que l'auteur aurait pu allonger le récit facilement de dix pages. La contrainte des 64 pages n'altère pas la qualité de l’œuvre (ce qui est très bien également), mais j'ai eu l'impression parfois qu'il y aurait eu manière à étaler un peu plus. Bon, quand la viande est sans graisse, on ne va pas le reprocher, pas vrai ? Là nous avons du dégraissé complet, pas une case de trop, tout est juste au bon endroit au bon moment. Après le dessin n'est pas d'égal qualité pour toute les cases, mais il faut s'attarder dessus pour le remarquer, et on ne s'attarde pas vraiment. Ce n'est pas du Patrick Prugne. Même s'il reste bien fait.

En conclusion, nous avons une œuvre qui se classe difficilement, laissant le choix au lecteur d’interpréter le tout et avec une idée qui est franchement géniale. La surprise sera au rendez-vous, mais de façon intelligente, avec des passages très émouvants en même temps. On croirait de la BD commerciale classique, et on se retrouve hors des sentiers battus. C'est un vrai plaisir à lire, et en plus c'est un tome unique qui nous est proposé, avec une belle conclusion. Tout les ingrédients pour un excellent moment de BD. Le seul gros inconvénient est que l’œuvre n'est que très peu disponible (occasion et Internet) mais elle mérite d'être lue. Et en soirée BD, ça fait son petit effet de sortir qu'on l'a lu.

(Chronique n°12)