vendredi 12 avril 2013

Les dieux eux-mêmes (Isaac Asimov)


Mon premier Asimov ! Ça se fête ! Il faut dire que depuis le temps que j'en avais entendu parler, j'ai tardé sacrément à enfin en acheter un (surtout par manque d'argent). Et puis j'ai fini par céder à la pression qui montait en moi (et je résiste encore actuellement à celle qui me conseille le beau coffret de l'intégrale des tomes de Fondation ....) et j'ai pris un livre complètement au pif, sans doute attiré par le nom. Le résumé avait l'air sympa, pourquoi ne pas s'en priver ? J'aime bien choisir comme ça des livres complètement au hasard, c'est toujours des surprises, bonnes ou mauvaises d'ailleurs, mais on ne sait pas du tout à quoi s'attendre. Et là, .... et bien découvrons ensemble de quoi il s'agit, voulez-vous ?


Résumé en trois mots : Univers, Énergie et Lune

L'histoire est celle de notre planète, en 2037, qui a connu bien des changements et qui aujourd'hui entièrement dépendante d'une nouvelle sorte de machine : la Pompe a Électrons. Pour ne pas vous gâcher trop la lecture, je dirais que la pompe à électrons marche en échangeant de l'énergie entre deux univers parallèles. Mais voila : un scientifique a des soupçons. Il s'est attiré les foudres de celui qui a inventé ce système, et il est persuadé que la Pompe va mener progressivement l'humanité à sa perte, en faisant exploser le Soleil. Mais alors, que faut il faire ?

En fait le roman est divisé en trois parties bien distinctes, chacune ayant une autre unité de lieu (la Terre, l'autre Univers et la Lune), chacun à un autre moment, chacun avec d'autres personnages (mais tous liés d'une certaine façon) et chacun aborde le même problème sous un autre angle (découverte du problème, explication de son origine et enfin solution). Chacun va cependant aborder également des thèmes bien plus humain, notamment la vengeance envers quelqu'un qui a ruiné une carrière, l'amour entre être qui fusionnent, la physique nucléaire et l'origine du monde (pas celle de Courbet, hein !), ainsi que la vie sur la Lune, la ségrégation, le développement de la vie en dehors de notre planète, des questions d'éthiques et de morales, et plein d'autres petites choses dans ce genre.

Je dois dire que c'est ce conglomérat de plusieurs petits détails qui m'a particulièrement séduit. Par exemple la deuxième partie, se déroulant dans un autre univers, parle des créatures qui le peuplent, Solides et Fluides, leur fonctionnement et la façon de penser. Le tout est remarquablement mis en scène tant au niveau de l'inventivité du monde que du développement de l'histoire et le suspense qui s'installe. Le trio des Fluides est très intéressant puisqu'en se penchant régulièrement sur un autre point de vue, on est dans une vision qui se construit avec plusieurs approche sur chacun des personnages. J'ai trouvé l'ensemble très prenant du coup (K.A. Applegate utilise le même procédé dans Everworld). De même, le changement de personnages constamment déroute, mais comme absolument tout change en même temps, c'est d'autant plus intéressant et au final le tout est bien fait et ne laisse que peu de zones d'ombres qu'on est frustré de ne pas connaitre. j'avoue que la théorie finale sur le Big-bang est juste extraordinaire.

Par contre le livre n'est pas exempt de critiques, et celle que je formulerais en premier concerne le niveau du livre. En fait, Asimov explique beaucoup de choses dans son ouvrage. Si j'ai personnellement adoré les explications diverses, je trouve que le niveau est un peu ardu tout de même pour quelqu'un de novice en matière de physique. Si ce domaine ne vous intéresse pas du tout, inutile de vous plonger dans le livre, vous allez plus surement être blasé qu'autre chose. Ensuite, le roman peut déplaire par le fait qu'il balade justement son lecteur dans différents lieux avec différents personnage sans revenir sur les mêmes. Une partie finie, ce sont des personnages qu'on ne verra plus ou qui seront juste mentionnés. De fait, ça peut dérouter. Et enfin, je dois dire que la façon dont est construite l'histoire est surprenante et ne correspond pas trop aux classiques d'un schéma de sauvetage de l'univers. Je vous laisse découvrir, mais on peut être déçu si on attends un sauvetage hollywoodien.

Pour un premier Asimov que je lis, je suis catégorique : c'est génial. J'ai trouvé l'idée de base excellente, l'exploitation géniale, les parties superbes et d'une inventivité extraordinaire, la précision scientifique est excellente (une des plus grosses qualités d'Asimov), sur plus d'un niveau. En fait en repensant à cette série, je me rends compte qu'elle est d'une grande intelligence aussi bien dans les grandes lignes que dans les différents détails qui parsèment le roman, donnant un ton complètement réaliste à une œuvre de science-fiction. L'ensemble est vraiment très bon, du début à la fin, et j'en redemande au sortie. Donc ruez-vous dessus sans attendre, je vais pour ma part me ruer sur les autres Asimov.

(Chronique n°40)

mercredi 10 avril 2013

Jules (Emile Bravo)


Dans le genre, cette BD est un véritable supplice pour moi. D'abord la lire dans le magasin, c'est devoir se retenir pendant toute la lecture de rire, ensuite c'est l'obligation de l'acheter tant je l'aime, ensuite c'est la relecture quasi-forcée à chaque fois que je passe devant, ensuite c'est des crises de fou rire à la relecture encore, enfin c'est des grosses emmerdes le lendemain quand je pouffe toute la journée alors que les autres ne peuvent pas comprendre les blagues que j'ai retenu par cœur tant la BD me plait.
Vous l'aurez compris, aujourd'hui on parle de BD sur la science. Oui, parfaitement, je rigole sur de la science. Et j'en ai pas honte ! Car ici, la science c'est amusant ! Voyons ensemble cette série extraordinaire : Jules de Emile Bravo.


Résumé en trois mots : Science, Jeune et Humour

Déjà, je dois souligner que je ne suis pas le moins du monde objectif avec cette BD, mais je vous demande franchement de me comprendre un peu. C'est une BD que j'ai commencé au collège. Elle m'a poursuivi durant le lycée et actuellement j'ai un tome à la maison (et je cherche les autres d'occasion parce que j'ai plus un radis). J'ai beau connaitre ce tome par cœur, je continue de me fendre bien fort la gueule à chacune de mes nombreuses relectures. De quoi vous donner envie de lire tout les autres ouvrages de l'auteur.

Enfin bref, passons les détails, voyons un peu ce que le bébé à dans le ventre. Déjà, Jules c'est un jeune homme, très sympathique, qui a un petit frère un peu barjot et une famille déjantée. La mère est femme au foyer un peu de façon effacée, le père est complètement marteau, et l'ensemble de la famille est dingue. Simplement dingue. Et voila qu'on annonce que Jules à été sélectionné par le gouvernement pour participer à une exploration spatiale de grande envergure ! Il va être l'un des premiers humains à aller visiter les planètes de Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche de nous dans le système solaire. Du coup il va se retrouver dans une mission spatiale avec un peu tout et n'importe quoi comme personnes. Et là, les ennuis commencent.

En fait, Emile Bravo nous a pondu ici une série jeunesse. Une vraie série qui s'adresse avant tout aux jeunes. De quoi être étonné, lorsqu'on le lit, par la maturité du propos tout de même. L'humour est simple et bon enfant mais toujours très drôle, et surtout, Emile Bravo nous sort des théories scientifiques à chaque albums ! Dans le premier c'est la relativité du temps qui est par exemple expliqué par deux scientifiques très .... savants fous sur les bords. Mais surtout il présente tout les personnages qui arriveront ensuite dans les autres albums (notamment Tim et Salsifi qui seront récurrents mais je n'en dis pas plus). Ensuite, les tomes vont progressivement se concentrer sur plusieurs points de morales, d'éthiques, de philosophie également (questions de la famille, de la mort, de la religion ....). Le tout avec un point de vue tranchée. Emile Bravo réussit la pari de ne pas faire quelque chose de neutre et juste informatif. Il donne son avis dans chacun des sujets, et du coup j'ai trouvé que la BD a un gout d'autant plus savoureux lorsqu'on est jeune.
Enfin, elle propose également une excellente chose : de l'humour. Mais vraiment, tout le temps et sous toutes les formes possibles. Je veux dire, il n'y a pas une seule planche qui n'ai pas ses petites piques d'humour, et de bon mots. On a le droit a des petites blagues, de bon mots, de l'humour de situation, du comique de répétition, des caricatures et des clins d’œil (vous trouverez un journaliste au pull bleu et avec un chien nommé Milou XIII par exemple). En fait, lorsque vous relisez, vous vous rendez compte d'encore plus d'humour et c'est d'autant plus drôle. Dans le genre, elle égale largement La jeunesse de Picsou sur laquelle je m'étais déjà bien étendu. Mais j'avoue que Jules possède la particularité d'avoir en plus pas mal d'explications scientifiques, qui ne feront pas un physicien de votre enfant mais qui lui donneront envie de lire et de s'intéresser à d'autres choses. Et c'est quasiment sur qu'il comprendra. Attention, je ne dis pas que c'est mieux que Picsou, c'est différent (Picsou à un aperçu historique intéressant aussi).

En sus de tout cela, nous avons le droit à un dessin excellent. Il est dans la plus pure tradition de la ligne claire, mais il est extrêmement bien fait, détaillé et toujours juste. Il touche au but, et son petit côté vieillot est toujours un plaisir à lire. En plus, j'avoue que c'est un peu dans la lignée de Tintin, avec son personnage, son ambiance et ses histoires, mais c'est encore mieux avec l'humour extraordinaire qui en ressort. J'insiste beaucoup dessus, mais c'est vraiment la marque de cette série à mes yeux.
Les albums ont connu une réédition grand format par Dargaud, et du coup la série est encore plus lisible (un vrai plaisir pour les yeux et les mains). D'ailleurs il est possible que vous l'ayez lu dans Okapi dans lequel il paraissait à l'époque. De plus, la série a été primée plus d'une fois par différents organismes (je vous laisse chercher si vous y tenez vraiment), si il vous faut encore une raison de foncer pour acheter cette BD.

Je finirais par un petit point précis sur le dernier tome. Si comme moi vous avez suivi cette série depuis un long moment, vous aurez sans doute remarqué quelque chose. Sinon faite le lire à votre enfant et il comprendra. En fait la série gagne en maturité au fur et à mesure que les tomes progressent. Les questions deviennent plus philosophiques et gagnent en importance. On aborde dans le dernier l'écologie, les dérives des puissances et de l'argent, les riches et d'autres sujets dans le genre. Bien loin de la relativité et la folie d'un savant du premier tome. Emile Bravo a su faire évoluer son personnage, qui change entre les tomes et gagne certains aspects, aussi bien en bien qu'en mal. Les personnages qui l'entourent deviennent plus intriguant, il comprend plus de choses sur sa famille etc ... Et surtout, Emile Bravo ose finir le tome six sur une note presque défaitiste, contrebalancé par de l'humour évidemment, mais il n'empêche que la fin laisse des petits doutes et qu'on se pose des questions. Si j'ai pensé à ça alors que j'ai quand même plus de vingt ans, je pense que cette BD est idéale pour tout les jeunes qui s'intéressent (ou non d'ailleurs) à la BD. En 14 ans, cette BD n'a pas pris de rides et continue d'être intéressante à tout âge. La marque d'une grande BD, non ?


Destinée à un lectorat avant tout jeune, notamment des jeunes adolescent, cette BD saura ravir largement ceux qui ont dépassés cet âge. L'humour parle à tout le monde sans concession, le propos ravira tout le monde par son approche simple et efficace de la science, les personnages connaissent des évolutions dans les différents tomes, on est captivé par les personnages charismatiques et attachants ou justement horripilants. La famille de Jules me fait encore rire les albums fermés, les clins d’œil se multiplient (un Sarkozy se cache dans l'album 6) et au final vous avez une série de BD qui est immanquable pour les jeunes et pour les adultes, qui vous donne envie de prendre le chemin de la librairie pour dévaliser les autres BD de l'auteur. En tout cas, elle combine tout les signes évident d'une BD qui a le statut de culte (et même au-delà). Et j'attends avec une grande impatience la suite de la série si suite il y a. A acheter et à offrir sans réfléchir. J'en suis sur.

(Chronique n°39)

lundi 8 avril 2013

Fight Club (Chuck Palahniuk)

Fight Club, c'est le genre de film qui a marqué les adolescent d'une génération, et je ne crois vraiment pas me tromper en disant ça. Le film avec Brad Pitt et Edward Norton est brillant, très emporté, et connait encore aujourd'hui un sacré succès, bien que sujet à beaucoup de débats et de controverses, ainsi que de fanatisme pourrait-on dire. Il est en même temps d'un genre qui se prête beaucoup à tout ça. Ce film là cristallise à mon avis mieux qu'un long discours un état d'esprit bien ancrée dans la jeunesse. Curieusement, je trouve qu'on peut établir un parallèle très net avec la BD L'an 01 de Gébé, qui proposait en 1970 sa vision de la société et des changements qu'on peut y apporter. C'était poétique, en douceur, contre un ancien monde vieillissant et archaïque qui refuse les nouveaux états d'esprits. Fight Club concentre les visions des changements tels qu'on les trouve actuellement dans le monde (et qui s'annonce peut-être pour bientôt ...). Une vision pessimiste de la société, mais encore plus de ceux qui la compose. Je vous propose de décortiquer ça en faisant un bref aperçu de la situation et chroniquons ensemble ce fameux livre : Fight Club !




Résumé en trois mots :

Bon, mis à part la collection du livre, je dois dire que le reste est surprenant. Quand on a vu le film, et quand on ouvre le livre.

Pour commencer, je me dois de faire un petit aparté avec vous sur le film qui en a été tiré. Tout simplement parce qu'il est difficile de dissocier les deux tant la promiscuité est grande entre eux. Je dois dire que j'ai rarement vu un film aussi proche du livre. En fait il est proche jusqu'au phrases et expressions (et je parle ici de la version française dans les deux cas). De fait, lorsque vous avez vu un des deux supports, vous aurez non seulement le spoil de l'autre, mais en plus vous aurez une vision très orienté sur les personnages (en clair les têtes sont assez proche de ce qu'on peut lire). Du coup, je pense que le fait d'avoir vu l'un ou lu l'autre peut suffire, mais c'est intéressant de faire un comparatif, même s'il est très maigre en fin de compte. Le plus, c'est que l'un est un livre et se trimballe plus facilement dans sa poche pour le retrouver. Mais bon, le film à aussi ses qualités. Mais ici, c'est bel et bien l'ouvrage dont il est question.

Alors pour ceux qui n'auraient pas lu ou vu le film, je pense qu'il est plus simple de vous dire immédiatement de le télécharger ou le chercher dans votre librairie la plus proche pour ainsi avoir ainsi vu/lu ce petit monument de la culture actuelle. Ensuite, revenez lire tranquillement. Maintenant, je passe vraiment à la critique.


Pour faire court, j'ai résumé ainsi, car en fait le livre (plus encore que le film) est très déconstruit. Il navigue entre le passé et le présent, entre les situations, les descriptions de personnages et de lieux. On n'est jamais perdu pourtant, et j'avoue que j'ai un grand respect pour l'auteur. Le style d'écriture est juste génial, avec un suspense qui est mis en mots de façon superbe. Les phrases, la mise en page, la façon d'associer les mots et les idées .... On est dans une écriture totalement personnelle, maitrisée, mature ... Les adjectifs qualificatifs manquent pour décrire le tout. On ne peut que tirer son chapeau devant l'ingéniosité. D'ailleurs il est tellement bien construit que le film reprend texte des phrases complètes du livres ! De façon impressionnante.

Donc, Gros point positif numéro 1 : le style.


Ensuite, l'histoire est évidemment géniale, d'autant plus lorsque vous n'avez pas eu le spoil du film. Et même lorsque vous l'avez lu, vous ne pouvez que admirer l'ingéniosité dont l'auteur à su faire preuve. Il surprend avec un roman qui s'affranchit de quasiment tout les codes. Ce n'est pas vraiment de l'anticipation, ni de la chronique sociale. Ce n'est pas non plus de la chronique noire ou du thriller. C'est un roman curieux et unique en son genre. J'avoue que j'ai rarement lu un style d'écriture aussi bref et direct. En fait direct c'est l'adjectif le plus évident pour décrire ce roman. C'est également l'impression qui est donné avec le fond du livre.

Là par contre, nous abordons un sujet qui est très différent entre le livre et le film. Pour cela, je vais devoir faire quelques petits spoils. Ainsi j'ai mis le reste du texte de la même couleur que le fond. Si vous n'avez jamais lu/vu le livre/film, ne lisez pas le reste. Sinon, vous pouvez tout simplement sélectionner le texte avec la souris :

Donc en fait, la différence entre le livre et le film, outre la fin des deux, c'est surtout le fond de la pensée. L'auteur s'acharne plutôt à faire une dénonciation de la société et de ses composants, des quadragénaires perdus qui n'ont pas de but ni de vraie vie. Le personnage principal est vraiment fou dans le livre, et Tyler transpire la folie (au point de paraitre inquiétant, contrairement au film). Marla est une vraie psychopathe et pas seulement une fille paumée. D'ailleurs la fin est assez peu joyeuse, contrairement au film, et propose une lecture très différente de l'ensemble du livre. Tout ressemble finalement juste à un délire d'un dément, et pas tellement à un plan complet avec une lecture révolutionnaire. Du coup, l'ensemble du livre prend une autre lecture : ce n'est plus quelque chose de classe, Tyler semblant un chef incontournable, le projet chaos quelque chose de génial et qu'il faudrait réaliser vraiment. De même, les gens qui suivent l'ensemble deviennent alors des moutons qui veulent se rebeller contre cette pensée unique en ... suivant un chef sans réfléchir. La lecture est considérablement différente et fait plus réfléchir que le film, qui est trop souvent pris comme un exemple de ce qu'il faudrait faire par les jeunes. Là nous touchons plus au problème : la société dérive, ses composants sont perdus et ne savent plus à quel saint se vouer, prenez garde à ce qui peut se dresser. Le livre pose plus un avertissement qu'une solution. Je trouve que la lecture est très différente de l'ensemble, alors que la structure, les mots, les phrases, les personnages sont identiques. Je ne sais pas comment cela se fait, mais la lecture est largement moins optimiste que le film.
En fait, ce livre est à rapprocher de Orange mécanique qui posait en son temps aussi les dangers de la société qui naissait en la projetant un poil dans le futur. Dans un cas, c'était la violence d'un jeune qui s'en foutait de la société et des autres. Ici ce sont des gens paumés, des gens qui attendent quelque chose qui rende leur vie excitante, et cette chose ne vient pas. Ce ne sont pas des gens qui rejettent la société comme dans les années 70, pas des gens qui s'en foutent de tout comme dans les années 80, ce sont des gens qui recherchent un sens à leur vie. Un sens que personne ne leur donne plus.

Un parallèle intéressant est à faire avec la Révolution française (en ce moment c'est le sujet des cours de moderne). Un parallèle qui donne une idée très noire de l'avenir. Le livre pose beaucoup de questions, soulève de débats et donne à réfléchir.


Fight Club, c'est un livre qu'on lit et qu'on décortique ensuite. L'écriture, le découpage, l'histoire sont géniaux. Mais tout l'intérêt de Fight Club, c'est tout ce qu'il en ressort lorsqu'on a fini. Pas mal de questions, de réflexions, de projections sur l'avenir. Fight Club résonne en tant que livre comme un avertissement au monde quant à ce qui peut se passer. On en tire ce qu'on veut, mais c'est sur qu'il ne laisse pas indifférent, qu'on l'ai aimé ou non. La sensation de malaise qui en sort est très curieuse, sans doute parce que le roman touche un fil qu'on a bien présent dans notre esprit. Et malgré le fait que le roman ait 17 ans, le fait qu'il résonne très actuel montre que l'auteur avait visé juste dans son anticipation. Je pense qu'en la matière, c'est un immanquable de la lecture. A lire, c'est sur.

(Chronique n°38)

samedi 6 avril 2013

Blacksad (Juan Diaz Canales & Juanjo Guarnido)

Là, nous commençons à aborder ce que j'appelle les monuments de la BD, les fameuses BD qui sont intouchables et possèdent un caractère quasi-sacrée. Le genre de BD que vous n'avez pas le droit de critiquer quelque soit votre avis, tant elles ont plus à la majorité du peuple, celles que vous devez avoir lu obligatoirement si vous désirez vous vanter d'avoir un minimum de culture livresque. Et c'est le fameux genre dans lequel nous retrouvons Astérix, Tintin, De capes et de crocs, Gaston Lagaffe, Blueberry, Rubrique-à-brac ou Garulfo et plusieurs autres tellement connues. Ou que vous devez connaitre, un minimum.
C'est dans ce genre de catégorie que nous allons ranger la BD qui va suivre, celle dont les graphiques ont tellement fait parler d'eux, pour leur somptuosité et leur excellente qualité graphique. C'est bien évidemment Blacksad des deux auteurs espagnols Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido (je n'écrirais pas leur noms dix fois, c'est chiant).



Le trait est bien dynamique ...
Cette BD, ce fut une micro-révolution à sa sortie, avec tout le bruit qu'elle fit (et encore aujourd'hui d'ailleurs). On a eu le droit à des albums collectors sur à peu près tout ce qui est possible, des cahiers graphiques, des albums qui expliquent l'histoire des aquarelles, des ex-libris de toute sorte, des posters, des planches originales, ... Tout ce qui est possible autour du dessin a été fait. Actuellement encore, des rumeurs circulent sur tout ce qui est fait autour de l'album, on essaye de deviner quand se fera la sortie du prochain, et les gens suivent de très près chacune des sorties liées aux albums. Ce qui est assez remarquable pour cette série, c'est l'engouement suscité au bout de seulement un album ! Actuellement la série en compte quatre, mais elle a sans aucun doute plus d'ouvrages autour que dans la série mère. Il faut bien avouer que c'est très impressionnant. Mais la série mérite-t-elle tout les éloges dont on lui fait gracieusement don ? Je dirais que c'est une question de point de vue. Je vais détailler ça.
 ... Et bénéficie d'une excellente mise en scène de surcroit

En fait, la plus grosse qualité de la BD étant le dessin, je vais commencer par le scénario. Donc, le scénario est toujours policier, avec le chat noir principal, qui s'appelle Blacksad, et qui fait détective privé de la vieille école, du genre cigarettes et imperméable fripée, qui ne gagne pas beaucoup et n'a pas énormément d'amis, un peu bourru et pas facile d'approche, plutôt enclin à la baston qu'a la parlotte. Vous voyez le genre quoi. C'est une image très classique, certes, mais qui marche toujours et qui donne dans tout les cas un héros qui est bien campé. Une forte tête, bougon, mais qui cache toujours un petit jeu, facilement sensible, qui peut cacher un cœur d'or, etc ... L'image n'est pas forcément nouvelle et très reluisante, mais elle est toujours le bienvenue. Et ça marche, c'est donc un bon point.
Et c'est très coloré et festif en plus. Le dessin, c'est véritablement ce qui fait la force de cette BD
Ensuite, les scénarios ne se concentrent pas tous dans des enquêtes policière où Blacksad est appelé. Dans le tome 1, il n'est pas mêlé à l'affaire et s'incruste, dans le tome trois il n'y a pas vraiment d'affaire et il s'invite plus ou moins dans celle qui est déjà en cours. Par contre c'est toujours une seule histoire et une seule enquête par tome, sans qu'il n'y ai de continuité entre eux mais plusieurs liens existent. Chacune des histoire est donc indépendante de l'autre. C'est pratique du coup, déjà pour ne pas avoir besoin d'acheter trente mille tomes (qui sortent sur des périodes assez longues, avec 10 ans pour 4 tomes), et l'avantage c'est de pouvoir commencer n'importe où. Par contre, j'avoue que c'est un peu embêtant de ne pas avoir de trame plus longue, qui aurait un sacré avantage en terme de suspense.
Le repos du guerrier, c'est toujours un plaisir
En revanche, les scénarios sont de nature très diverses : le premier est un polar noir, le second une enquête policière d'un bout à l'autre, le troisième est très curieux et à mon sens beaucoup moins intéressant au final, et enfin le dernier est une enquête menée avec plusieurs fils rouge, qui divise beaucoup les personnes sur son génie ou son raté. J'ai personnellement l'idée que le tome est excellent.
En plus des enquêtes, les histoires parlent de problèmes de société. Elles se déroulent dans les années 50 environ, et donc traitent du racisme entre autre (ce qui est superbement bien mis en scène avec les couleurs), mais également de la bombe nucléaire, du pouvoir de l'argent, et en dernier des conséquences écologiques. Des thèmes d'actualités en somme, mais replacés dans leurs contextes.
En fait, je pense sincèrement que les histoires ne sont pas du tout mauvaises et peuvent se relire très bien, mais je ne pense pas non plus que ce sont des sommets en termes d'imagination, ce qui est d'ailleurs très regrettable. Les enquêtes sont surtout très courtes, on est dans des événements très rapides. Du coup, les histoires n'ont pas le temps de se développer, ce qui est dommage.

Par contre, quelque chose rattrape largement le scénario, c'est le dessin. Sublime est un mot faible, et j'espère que les images que vous voyez à quel point tout est beau, travaillé, d'une excellente facture, coloré ou terne. Les personnages animaliers sont extraordinaires dans le traitement entre l'animal représenté et le caractère du personnage. Les jeux d'ombres et de lumière sont parfait, tout est vraiment beau. C'est une orgie pour les yeux, un orgasme visuel à chaque page pour ainsi dire. On s'en prend plein les mirettes ! Alors rien que ça vaut le coup, on achète l'album et on contemple chaque vignette, chaque page. C'est une fête visuelle à laquelle tout le monde est convié. Je ne peux que recommander la lecture pour cet avantage là. Je ne sais pas sur quels critères vous achetez vos BD, mais si le beau dessin vous suffit, cette BD est faite pour vous !

Blacksad, c'est simplement une des plus belle BD qui n'est jamais sortie en terme visuel, d'une extraordinaire beauté et magnifique. Les scénarios peuvent laisser plus à désirer. Le format d'une histoire par tome et dans un nombre restreint de pages ne permet pas des développements extraordinaires, mais ils tiennent toujours la route et plus d'une fois révèlent de l'ingéniosité et de l'inventivité, traitant également de problèmes à côté. Du coup, la combinaison des deux donne une BD qui est excellente, agréable à lire et un plaisir à relire. C'est une BD qui plait à tout le monde, et que vous auriez intérêt à lire également. Elle en vaut la peine.

(Chronique n°37)

jeudi 4 avril 2013

Chronique martiennes (Ray Bradbury)

J'aime beaucoup les représentations que les gens ont fait de Mars, avec des idées toujours très différentes. Entre le Mars de Total Recall, celui que Edgar Rice Burroughs (qui apparemment inventa les martiens vert), et celui d'un Ray Bradbury, il y a un sacré monde. Et c'est justement que Mars représente de façon assez idéale un monde nouveau, inconnu, vierge, là où la main de l'homme n'a pas encore mis le pied. Et surtout, c'est une excellente façon de représenter l'homme face à du nouveau. Pas d'invasion comme H. G. Wells, pas de guerre des mondes. Juste des gens qui arrivent, débarquent sur un nouveau monde et prennent connaissance des habitants. C'est très semblable à la découverte de l'Amérique, ce qui peut expliquer que les Américains sont champions en la matière.
En tout cas, Ray Bradbury était déjà un champion en la matière, avec un roman de science-fiction en dystopie aux relents d'horreur (mais si, rappelez-vous : Fahrenheit 451) mais là il avait récidivé avec des nouvelles écrites sur une période très longue (de plus de dix ans) qui vont vous faire voir d'une façon différente les martiens et surtout l'approche des terriens. Mais décortiquons ça, voulez-vous ?


Résumé en trois mots : Martiens, Colonisation et Colons

Pour tout ce qui concerne Ray Bradbury, je dois dire que visiblement il a été invité par l'Institut Technologique de Californie, qui ne l'a visiblement pas pris en grippe selon ses dires, et sinon il n'aime pas (et ne comprend pas) qu'on qualifie de Science-fiction son œuvre. Et malgré tout, je dois reconnaitre que je suis assez d'accord avec ce qu'il dit. En même temps, Ray Bradbury est un romantique qui s'est égaré dans le milieu du XXème siècle. Il est plus du genre dépressif et mélancolique que exalté par les étoiles et les hautes technologies. D'ailleurs, ne vous attendez pas à lire des choses passionnantes sur des engins complexes et futuristes. Les engins les plus complexes seront les fusées qu'auront construit les humains pour atteindre la planète (et elles sont au niveau des fusées tel qu'imaginé en 1950) et la technologie martienne sera uniquement décrite dans des rapports d'art. Et un peu culturels aussi.


Le roman est constitué d'un ensemble de nouvelles, de plus ou moins longues tailles, certaines faisant deux pages, d'autres plus d'une vingtaine. En tout 28 nouvelles pour 319 pages, ce qui ne fait pas tellement par nouvelle au final. Et c'est justement le coup, tout est très rapide, très bref, mais très diversifié. L'auteur nous pond des nouvelles très différentes et étalées dans le temps, mais en même temps il a fait quelques nouvelles qui reprennent des personnages. Mais en même temps, ce n'est pas le propos, de suivre une trame complète. Tout est lié et très détaché en même temps. Je vais vous expliquer.

L'auteur nous promène en fait dans Mars, d'abord avec les expéditions successives qui atterrissent sur Mars et qui commencent à explorer la planète (à ce titre le résultat de la première expédition m'a fait hurler de rire par son côté absurde, celui de la deuxième également, mais en même temps ils font toujours réfléchir). Progressivement les martiens se sont fait éradiquer, ils ont presque entièrement disparus (enfin, c'est compliqué, certains sont encore là mais sous des formes différentes), et l'homme colonise.

Et bien que ce l'intégralité du récit se passe sur Mars, tout le récit est centré sur l'homme et les humains. En fait, la connerie humaine est déjà bien représentée (et dans toute sa splendeur). Elle transparait dans tout le roman, et Ray Bradbury ne se gène pas pour la dénoncer, n'y allant pas avec le dos de la petite cuillère. En plus, il ajoute de la réflexion sur l'âme humaine, sur la religion et la spiritualité, sur l'intelligence, la beauté de l'art, de la nature, la peur des hommes et son contact social. Car au fur et à mesure des colons qui arrivent la Terre voit sa situation empirer. Des guerres se déclenchent, et beaucoup de choses se trament. Les personnages sur Mars voient leur terre natale qui se dégradent, et tout les rapports avec leur terre natale deviennent nouveaux. Les gens arrivent et repartent, tout bouge, et la métaphore se fait plus forte avec les Amériques et le Nouveau Monde. On distingue aussi tout le côté de la guerre froide qui se prépare, de la peur des combats, de la joie de découvrir un nouveau monde et la crainte de Bradbury que l'homme ne le souille comme il l'a déjà fait. Il y a comme de la misanthropie qui se dégage de l’œuvre.

J'ai adoré également le fait que Bradbury joue avec son autre roman, auquel il fait allusion dans une nouvelle, sur les société qui brulent les livres. En fait, Mars est une terre qui est contaminé par la connerie humaine au fur et à mesure que les gens arrivent, que l'humain s'installe sur la planète rouge. Mais en même temps, il reste de l'espoir, tout le monde n'est pas con, certains réfléchissent, d'autres essayent de faire de leurs mieux. Ça n'est pas suffisant, mais c'est déjà ça. Et quel douce vengeance il se fait lorsqu'il exécute ceux qui brûlèrent Baudelaire dans Farhenheit 451 (la nouvelle appelée Usher II). J'ai adoré. Mais aussi quelle tristesse quand des personnes âgées voient revenir leur fils .... C'est beau mais triste.

En l'ensemble des nouvelles sont tristes mais belles, tristes par la connerie humaine qui s'en dégage et belles avec les idées, la façon d'écrire, les fins qui sont trop souvent cruels. L'ensemble du récit n'est pas joyeux, même si on peut rire jaune quelques fois. Les nouvelles ne présentent pas un tableau optimiste de l'espèce humaine, c'est certain, mais elles permettent de mettre en lumière plus d'une faiblesse de l'âme humaine.

En clair, c'est un excellent ouvrage, dans la tradition la plus pure des romantiques du XIXème, qui explore par le biais de la science-fiction les tréfonds de l'âme humaine et en fait ressortir les défauts les plus vils qu'il y trouve. En transposant le tout dans un autre monde, sur une autre planète, il devient d'autant plus cynique en montrant que l'homme est capable de tout corrompre. C'est cruel, mais en même temps il cherche et semble encore croire dans l'humain, comme si des parcelles et de fragments de bonté peuvent subsister. A cet égard la fin du recueil est assez éloquent, mais je vous laisse le plaisir de le découvrir. A ranger à côté de Fahrenheit 451 dans l'étagère des livres cultes et à lire.

(Chronique n°36)

mercredi 3 avril 2013

Annonce n°5 : Décès d'un auteur célèbre

Annonce de la roulotte




Là pour le coup, je me devais de faire un article. J'ai le grand regret d'annoncer que le grand auteur de bande-dessinée Fred est décédé hier. Si je parle de lui aujourd'hui, c'est que cet auteur est très important pour moi, autant au niveau de ses livres que de l'homme, que je n'ai jamais croisé mais que j'ai entendu plus d'une fois en interview ou encore à la radio. Un homme simple, un homme qui avait des belles idées et des rêves, un homme plein de poésie également et pour lequel j'ai une grande admiration.
Fred, de son vrai nom Frédéric Othon Théodore Aristidès, je l'ai découvert en personnage dans la BD de Gotlib Rubrique-à-brac, lorsqu'il était croqué encore jeune par un Gotlib qui dessinait encore. Et puis j'ai abordé ses BD dans la Fnac (je regrette de ne pas en avoir encore). J'ai simplement adoré tout ce que j'ai lu jusqu'à présent. Ses BD, c'est de la poésie, des contemplations, de la folie et du génie mélangées. C'est du rêve et de la réalité qui se croisent le temps d'un album. Il avait du génie dans la compositions, les cadrages et les sujets (parfois je me dis qu'il faisait de l'OuBaPo avant l'heure). Un grand auteur, c'est certain.
Et hier, cet homme s'est éteint, à l'âge de 82 ans. 82 ans de vie bien remplies, dans lesquelles il aura notamment fréquenté un hopital psychiatrique pour dépression lorsqu'il avait arrêté la BD. 82 ans pour créer 16 albums de Philémon, des merveilles comme L'histoire du Corbac aux baskets, et plein d'autres albums merveilleux et uniques. Fred est un auteur qui m'aura comblé dans chacune de ses œuvres.

Si j'ai fait cet article, c'est pour dire à quel point j'ai aimé cet auteur, sans jamais l'avoir croisé, et combien je suis déprimé par cette nouvelle. Philémon est orphelin, le petit cirque vagabonde sans son maitre, et je ne peux que dire combien je suis triste ce soir.

Salut à toi Fred, et j'espère que tu es bien là où tu es, parce qu'ici le fond de l'air est frais ....


lundi 1 avril 2013

Gunnm (Yukito Kishiro)


Là, je vais taper dans le haut du pavé dans le rayon des mangas. C'est un vieux manga, du genre la préhistoire du manga, avant qu'on dépasse 95 et que le manga explose dans les ventes en France. C'est encore la vieille école de manga, et un manga qui a connu une histoire très particulière. Le genre de classique de la science-fiction, les bons vieux classiques quoi. C'est également un monstre du dessin que celui-ci. Dans le genre, le dessinateur est un monstre. Et en plus, l'histoire du livre est extraordinaire. Alors vous êtes prêt ? C'est parti pour ce manga culte, Gunnm de Yukito Kishiro !


Résumé en trois mots : Cyborg, Conscience et Science-fiction

En fait, la série à connue plusieurs soucis, notamment le fait que l'auteur ait fait un arrêt cardiaque durant l'écriture de la série qui conduisit à devoir changer la fin pour éviter de laisser la série en suspense et ne pas pouvoir avoir la fin. Du coup le scénario s'en ressent. Entre autre, l'auteur a écrit par la suite une nouvelle fin, qui en fait est devenue une nouvelle série qui compte actuellement quinze tomes (pour neuf dans la série originale) et qui est ... euh .... merdique en comparaison dirons-nous. Mais je deviendrais médisant, et ce n'est pas le but de la roulotte, au vu de quoi je vais me limiter à cette série dont le neuvième tome est une conclusion "hâtive" de l'ensemble donc.

Déjà, le premier gros point de la série, c'est son dessin. Dire qu'il est sublime est un euphémisme. Il est génialement fait, d'une dynamique incroyable, tout en finesse. Les portraits sont super, l'ambiance est noire et cyber-punk, une ambiance propre au récit, avec une touche très grosse de fantastique également. Les expressions gestuelles, les poses, les décors, les vêtements, les têtes, tout est superbement bien fait et dans un style résolument adulte. En plus de ça, il n'y a quasiment pas d'expression typée manga (genre les expressions Kawai et tout le tralala). Du coup, la lecture semble vraiment plus tournée adulte que adolescent, même si on a des belles petites pointes d'humour dedans. Mais j'y reviendrais. En tout cas, le dessin c'est vraiment superbe, je vous recommande de le lire rien que pour ça (admirez les quelques images que j'ai pioché). Le seul détail qui fait tiquer c'est qu'ils ont inversés les pages pour l'édition française et ne pas troubler le lectorat. Du coup tout est inversé.
L’héroïne, Gally. Et c'est un robot
les gars, ne fantasmez pas trop !

Ensuite, l'ambiance est très clairement noire, même si dans le manga certains passages sont un peu plus léger et humoristique. Dans l'ensemble, c'est surtout un bon manga de science-fiction bien noire avec des thèmes plutôt adultes, notamment autour de l'âme des gens, des relations avec leurs corps et tant et plus. Le fait que les personnages n'aient pour la plupart plus un corps entièrement humain (sauf Ido au début) permet de faire un parallèle intéressant avec notamment l'idée qu'on n'est plus humain sans ce corps de naissance. Gally même se pose des questions sur sa nature, elle qui n'est qu'un cerveau amnésique dans un corps modulable. Tout repères sont perdus pour elle.
Et bien évidemment, l'idée de la cité haute pour nantis et la cité basse pour les pauvres (qui ressemble d'ailleurs beaucoup à Métropolis de Fritz Lang, le film de 1933) est assez révélateur également. Une belle mise en scène des classes sociales. Et également d'un clivage du monde, entre paradis fantasmé et enfer réel. Car Zalem est le paradis attendu pour tout le monde, mais est-ce la réalité ? La décharge est un endroit fermé, qui ne fait que produire pour la ville haute, peuplé de gens mal intentionnés, de quartiers sordides et mal famés, des cyborgs à profusion, des bornes (agents de Zalem qui ne sont que robotiques et ont chacun une bouche différente). Et puis toute la violence de ces lieux, l'absence de nature, d'arbre ou de verdure .... (et ce jusqu'au bout de la série quasiment), l'absence d'oiseau, presque pas d'animaux naturels (des artificiels existent également). L'homme s'est coupé de la nature et vit seule avec la machine. Les petits détails dans ce genre abondent (notamment autour du caractères des personnages et la nature de leurs corps).

En sus, nous avons des personnages très intéressants, bien que la mort frappe assez fortement dans ce manga. Outre le personnage principal qui est juste extraordinaire, les autres ne sont pas en reste. Ido, docteur en robotique et médecin, Yugo, Vector même, et tout les personnages sombres et méchants, mais qui finalement ne le sont pas sans raisons .... Le passage dans le motorball est d'ailleurs assez impressionnant avec l'apparition de Jashungan. On aura également une jeune qui arrivera, avec tout le caractère têtu et déterminé qui la caractérise, ainsi que Kaos, Den, et tout les autres.
Le manga lui même est découpé en plusieurs arcs narratifs. D'abord avec le début, les explications du monde et la présentation des personnages, puis un passage au Motorball du tome 2 jusqu'au tome 5 environ. Là nouveau passage dans la décharge avec d'autres péripéties, et ensuite le "grand arc" narratif, sur les traces de Desty Nova. Ce personnage est un des meilleurs du manga, bien qu'arrivant assez tardivement, mais il est extraordinaire. Mélange de savant fou, de psychiatre et de génie de l'âme humaine, il est tout sauf un méchant classique. L'évolution des personnage est également géniale, avec des changements radicaux dans leurs façon d'agir, de penser etc ... Gally change radicalement de caractère entre le début et la fin, et progressivement s'en forge un nouveau. D'une coquille vide, elle se remplie au fur et à mesure, dans une évolution qu'on ne remarque pas vraiment.

Et la fin précipitée, qu'on note assez fortement, est tout de même extrêmement bien réussie. Elle conclue le tout d'une belle manière, sans que le manga ne se disperse. On remarque que le mangaka à dû faire un peu resserré, et cela se ressent dans plusieurs points, notamment la rapidité de l'action et dans le comportement de Desty Nova qui est un peu surjouée dirait-on. Mais ce sont des détails en comparaison de ce que le manga à proposé depuis le début et propose encore. On ne peut lutter contre une crise cardiaque, et l'auteur à eu la décence de nous proposer une fin correcte, qui conclue au moins la série. La suite proposée parce que l'auteur à récupéré part dans d'autres délires spatiaux qui à mon avis s'éloignent complètement de la trame et l'esprit de base. L'auteur l'a faite plus tard, et à changé entre temps. Il faut parfois savoir laisser les séries là où on les avait laissées, avec leurs défauts et tout, sans essayer de les changer.

Gunnm, c'est un manga de référence en science-fiction. Autant sur les thèmes abordés que sur le dessin et l'ambiance, il reste un des must en bande-dessinée de science-fiction, bien qu'il ne fut pas fini comme le voulait l'auteur à la base, mais il est à mon avis bien complet comme il est. Vous aurez compris en lisant mon avis que j'aime beaucoup ce manga, et je pense vraiment que son âge n'empêche pas sa grandeur d'être toujours la même. Il vaut le coup sur bien des points, rien qu'au nombre de tomes (9) qui est parfait pour l'achat, évitant qu'on ne se ruine pour la série, et elle possède l'énorme avantage d'être finie définitivement (sauf si vous jetez un œil sur Gunnm Last Order ....). C'est simplement un manga de référence, dans son genre et dans les mangas en général. Un ton adulte, un dessin mature, un scénario de même, des questions bien posées et bien trouvées ... Ce manga à tout pour plaire. Achetez le !

Pour l'histoire, un dérivé en a été fait, Gunnm Over storys qui reprend des petites histoires dans l'univers de Gunnm sans avoir une grande trame et sans importance pour l'arc principal. Je vais essayer de me le procurer un jour, et je vous en reparlerais.

(Chronique n°35)