dimanche 10 février 2013

Annonce n° 2 : l'écolo !

Annonce de la roulotte


Comme vous le savez peut-être, la roulotte est prévue pour être écologique. C'est pour cela qu'elle est tiré manuellement et non avec une machine à vapeur ou à charbon. Cependant, elle est aussi sur le net, et malheureusement, ceci consomme de l'énergie et pollue. Pourtant, il est possible d'y remédier. Pour ce faire, je me suis dévoué à souscrire la roulotte au label qui permet d'avoir un blog neutre en carbone. C'est une opération vraiment belle et qui est entièrement consultable ici : clic-clic.

Désormais donc, la roulotte aux livres s'ornera de ce petit macaron très sympathique dans la colonne de gauche : vous pouvez à tout moment constater que la roulotte sait faire des petits gestes pour préserver une nature déjà bien saccagée avec tout les arbres abattus pour les livres, sans compter les polluants et les encres. Si vous possédez un blog, faites vous aussi ce petit geste !

samedi 9 février 2013

Ayesha, la légende du peuple turquoise (Ange)


Merde, je m'étais promis de faire court ... Bon, ben, bonne lecture à vous !

Une nouvelle petite trilogie estampillée Bragelonne. Cet éditeur à vraiment eu une excellente idée avec ses rééditions en un volume à prix défiant toute concurrence. Cette série m'avait avant tout attirée par le nombre de pages par rapport au prix demandé (oui, c'est une raison minable). En lisant le résumé, je me suis dit qu'il n'y avait là qu'un scénario bien classique, mais je me suis lourdement trompé. Aujourd'hui je considère cette trilogie comme un des chef-d’œuvre que j'ai lu en fantasy, une œuvre ambitieuse et réussie au plus haut point. J'y ai trouvé une maturité assez nouvelle pour moi dans le domaine de la fantasy. Je savais que la science-fiction se prêtait très bien aux critiques de notre société ou à la réflexion, mais je ne connaissais pas le pendant en fantasy. Et avec cet ouvrage, j'y suis arrivé.
Je précise également avant de commencer la critique que le titre change selon l'édition. Lorsque vous trouvez des volumes séparés (avec des illustrations bien inutiles), ils sont nommées Les trois lunes de Tanjor. Je vous avoue que je connais quasiment le livre par cœur à force, mais je ne comprends pas le titre. Le coup des lunes, on s'en fiche un peu durant tout le roman (je crois qu'on les mentionne deux fois) et il me semble que le mot Tanjor n'apparait pas dans tout le roman. Les mystères des noms de séries sont parfois nébuleux. Du coup je garderais le terme de Ayesha si vous n'y voyez pas d'inconvénients, qui sera largement plus pratique.


Résumé en trois mots : Autre monde, Religion et Esclave

Cette trilogie donc, nous la devons à l'auteur Ange, qui est en fait un pseudonyme (ah, vous ne vous vous en doutiez pas du tout, avouez !) sous lequel s'abritent deux personnes, un couple plus exactement : Anne Guéro et Gérard Guéro (tout deux français). Le pseudonyme vient simplement des premières lettres de leurs prénoms : Anne et Gérard. Ce duo d'auteur semble bien fonctionner, puisqu'ils publient quasiment toutes leurs œuvres ensemble. D'ailleurs nous avons eu le droit à beaucoup d'albums de bande-dessinée, notamment La Geste des chevaliers-dragons (pas la meilleure), Le collège invisible, et bien d'autre encore. En fait, ce n'est pas vraiment le meilleur qu'ils ont fait.

Non, la meilleure chose qu'ils ont écrits ensemble, c'est bel et bien cet ouvrage. Il est paru entre 2001 et 2003 pour la première édition, mais édité en intégrale dès 2005, et l'ouvrage dont vous avez l'image est l'édition 2010 de l'opération 10 ans/10 romans/10 euros (je le répète, mais sautez sur l'occasion lorsqu'il le font). Ne cherchez pas à la trouver, vous l'aurez pour plus de 20 euros, autant prendre l'intégrale classique à 26 € mais en état neuf. Eh oui, c'est cher de lire ....

Mais sans s'attarder sur les considérations matérialistes d'un livre, voyons ce que le bébé a dans le ventre. Déjà : l'histoire !
Nous sommes donc dans un royaume inconnu, n'existant que dans l'imagination des auteurs. Mais ici, c'est fait de façon géniale : Tout, absolument tout, est réaliste. Pas de dragons, de magie, d'artefacts sacrées, de retournement de situation tirée par les cheveux. Non, c'est juste normal. Comme une période de l'histoire. Dans le tome un uniquement nous aurons droit à des chiens magiques (et encore, ils sont juste un peu plus gros et ont l'odorat très développé. C'est renversant) et c'est tout ! Le reste, c'est comme une œuvre historique dans un passé inexistant. Je trouve ceci juste extraordinaire, puisqu'on ne se repose pas sur quelque chose de facile pour avancer.

Et donc, le royaume est normal. Des gens normaux y vivent, avec des coutumes, des rites, une religion et des esclaves. En fait le livre s'ouvre sur la citation d'un historien de ce monde qui explique que les esclaves sont le peuple turquoise, arrivé voila trois milles ans par les glaces. Il était blond au yeux bleus, à la peau claire, et une tache bleue était dans leur dos. Ne sachant que faire d'eux, les prêtres se tournèrent vers le ciel et distinguèrent dans la rune de la captivité (le ciel est fait d'étoiles assemblées en runes selon eux) une étoile turquoise. La conclusion fut que le peuple turquoise leur avait été donné pour être esclave. Et depuis ce jour, ils le sont de naissance, souillé depuis ce jour par un crime inconnu qui les conduit à devoir servir sans autre choix.



Je ne dévoilerais pas l'intrigue, mais sachez qu'entre le premier tome et les autres, vous irez de surprises en surprises. La moitié du premier est une course-poursuite qui s'interrompt très brutalement, puis nous avons une deuxième partie avec des intrigues et des complots de cour, une guerre en préparation et des nouveaux personnages, notamment Harrakin et Halios, frères nobles et ô combien important. D'ailleurs je trouve que Harrakin est un personnage des plus développé et des plus intéressant. Une vraie réussite. Le premier tome se finit d'ailleurs sur un gros retournement de situation qui est vraiment inattendu. Enfin moi, je me suis fait avoir comme un bleu.

Pour parler de ça d'ailleurs, je dois souligner un gros caractère du livre : les personnages et leurs psychologies. Car les auteurs nous ont crées deux personnages opposés (Arekh et Marikani) qui sont très curieux : on n'aime pas Arekh, violent, cynique et brutal, mystérieux et sombre, alors que Marikani est la douceur, la sympathie, l'amour, la beauté etc ... réunis. Et pourtant, plus on avance et plus Arekh devient attachant et Marikani plus froide et distante. Au point finalement que les deux se croisent et inversent les rôles attribués au départ.
D'ailleurs cette constante restera : les rôles ne sont jamais fixes, sauf pour deux ou trois personnages. Chacun est mouvant, vivant, avec plusieurs facettes que l'on découvre au fur et à mesure. Dans ce sens, Harrakin est le plus subtil, commençant en bellâtre pédant et beau gosse, pour finir dans un portrait beaucoup plus nuancé, et sacrément attachant. J'ai un gros faible pour lui. Mais les autres personnages ne sont pas en reste.

Ensuite, le récit est superbe. Alternant donc scène de cour, de guerre, de poursuite et autres joyeusetés propres aux récits de fantasy, il va nous entrainer sans temps mort dans une aventure tourbillonnante, avec notamment des nouveautés permanentes qui donnent du corps au récit. Les nouveaux personnages, les nouvelles intrigues, etc ... Rien n'est linéaire. Et les retournements de situations sont superbes. Deux dans le premier tome, un seul (mais superbement mis en scène) dans le second, et au moins trois dans le dernier. Une façon de conclure en beauté l’œuvre. Et la beauté dure jusqu'au bout. Le dernier chapitre apportera encore son lot de surprise, et le dernier mot est aussi important que le reste. J'ai trouvé cette mise en scène superbe. Et en sus, une postface parfaite. Elle pose des bases extraordinaires, avec de quoi réfléchir pour une bonne journée.

Car la réflexion est également présente dans l'ouvrage, autour de deux grandes thématiques : l'esclavage et la religion. Et là, pas question de traitement manichéen. Surtout pas sur la religion, où le propos atteint une sacrée finesse, notamment dans la conclusion et le dernier chapitre. Mais pour ça, je vous laisse découvrir par vous même. D'autres thèmes sont très bien mis en scène, autour du pouvoir et des enjeux, mais également autour de la rédemption d'un homme. Et également autour de l'amour, sous différentes formes. Je vous laisse découvrir encore une fois.

A tout ceci, j'ajouterais que le récit est également complété par une bonne chose : pas de grand méchant. Pas de mal absolu, de vilain pas beau qui détruit tout. Et également (ô joie et comble de la félicité !) une carte totalement inutile ! Oui, vous lisez bien, la carte est complètement désuète ! Vous pouvez lire tout le roman sans la consulter une seule fois, tant le récit est bien construit. On comprend tout le cheminement sans aucun effort, et même si certains lieu ne sont pas d'une précision parfaite, on s'en fiche, ce n'est pas important. Je crois que je baiserais les pieds des auteurs pour nous avoir fait ça. Parce que le roman où vous consultez la carte toute les 4 pages pour voir où se trouvent les gens, c'est chiant ! (oui, Le trône de fer est également visé la dedans ! J'assume !) D'ailleurs les descriptions de paysages permettent d'avoir la carte en tête de façon très claire. Pas de doute la dessus.

Mais alors, me direz-vous, ce roman est-il parfait ? Je dirais que presque. Car plusieurs choses sont gênantes. Déjà une utilisation quelque fois de facilités. Par exemple des gens qui arrivent à fuir devant des hommes à cheval (non, ce n'est pas possible ...), quelques ficelles un peu grosses dans la réapparition des personnages (au tome 3) et deux trois autres petites combines un peu simple. Elles sont très négligeables, mais quand on relit le tout pour la centième fois, le cerveau tique. Remarquez, si vous le lisez une seule fois, ça passe.
Ensuite, une autre critique serait au niveau des personnages : si la plupart des personnages ont du volume, il en reste deux trois qui sont très primaires dans leurs comportements (je pense notamment à Laosimba). Du coup, ils font tache au milieu du reste. Mais franchement, je ne peux pas dire que c'est le pire.

Par contre, la plus grosse critique vient de la fin. C'est juste atroce. Tout comme La nuit des temps, j'aurais voulu engueuler l'auteur lorsque j'avais fini le bouquin. Mais bon, elle est tellement bien faite ... Horrible à lire, mais bien faite. Le retournement final est superbe. Je me répète, mais il vaut vraiment le détour. D'ailleurs après l'avoir passé à une amie (qui m'a très gentiment prêtée la série des Trône de fer) qui l'a adoré, elle m'en a voulu pour la fin. C'est un effet que j'aime bien, il indique qu'une personne à suffisamment aimé l'histoire pour en vouloir à l'auteur d'avoir fait ça.

Ah oui, dernier point superbe : pas de nom à coucher dehors remplis de trémas, d'apostrophes ou de lettres qui n'existent qu'en finlandais. Pas trente-six milles noms de villes ou de lieux, pas de nouveaux noms toutes les trois pages. Ça fait du bien de s'y retrouver très vite, de ne pas avoir des scènes qu'on explique que trente pages plus loin. Enfin de la fantasy qu'on lit avec un plaisir immense. Je suis vraiment reconnaissant aux auteurs d'avoir fait ce choix (à mon sens très bon).

Donc en clair, que retenir ? Le livre est prenant, le style d'écriture parfait. Les personnages sont profonds, l'intrigue est superbe et intéressante, le livre propose plusieurs réflexions qui sont très bien menées, et l'orchestration du tout est juste. Les auteurs se refusent au surnaturel et font ainsi une fresque d'une crédibilité quasi-parfaite. Bragelonne à également fait un excellent boulot autour de l'édition, qui est un plaisir à lire. En fait, je suis quasiment sur qu'il s'agit d'une des meilleurs trilogie de la fantasy française. Voir la meilleure, mais je ne m'avancerais tout de même pas jusqu'à là. En tout cas, elle est vraiment géniale, et la lecture n'est pas que recommandée. Si vous voulez commencez la fantasy, que vous cherchez un cadeau pour quelqu'un qui aime bien, ce livre est la solution idéale.

(Chronique n°9)

mercredi 6 février 2013

Péchés mignons (Arthur de Pins)

Pour bien voir les planches, cliquez et elles seront zoomés.
Pour les avoir encore plus gros, clic droit "Afficher l'image".
Là vous aurez en taille maximale.

Amis de la poésie, de la délicatesse et du bon gout, bonjour ! Aujourd'hui je vous propose d'aborder un thème qui m'est très cher : l'humour. Nous allons disserter en même temps d'un autre sujet bien connu de la bande-dessinée : le sexe ! Comme annoncé au début, il y aura de tout sur le blog, du beau, du moche, du soft et du hard. D'ailleurs en terme de hard je mijote quelque chose de vraiment beau. Mais pour l'instant, voyons plutôt ce que nous avons dans la main. Je précise également avec ce post que j'inaugure à présent les séries en BD sur ce blog, et donc vous pouvez trouver de nouveaux libellés pour ça, avec une division en nombre de tomes. D'autre part j'ai rajouté l'éditeur à chaque fois. On verra bien ce que je commente le plus.


Résumé en trois mots : Sexe, Humour et Couples

En 2006 donc, un petit homme normal nommé Arthur de Pins eut une idée géniale qu'il commença à publier dans Fluide Glaciale avant de le faire paraitre en album chez Fluide Glamour (la section spéciale osée de Fluide Glaciale). La série est découpé en gags en planche (en clair, une planche = un gag) et va se concentrer sur un jeune homme quelconque, appelons-le Arthur tiens. Comme l'auteur d'ailleurs. Oui, car en partie des situations dans la BD sont autobiographique (exagérée bien évidemment et souvent un peu modifiée, mais la base reste vraie). Et ce petit bonhomme va donc osciller dans sa vie, entre sexe d'un soir, copine longue durée, relation de merde, problèmes de couple et drague minables. Le tout avec son boulot et ses ex. Dit de cette façon, la BD semble bien clichée, mais je vous rassure, elle l'est vraiment. Et c'est drôle. Je vais tranquillement vous expliquer ça.

Donc voici le personnage principal : Arthur. Dans la vingtaine et quelques durant les premiers albums (surtout le premier) il évolue progressivement vers la figure du trentenaire qui commence à voir plus loin que les coups d'un soir.
D'ailleurs j'en profite pour expliquer tout de suite l'organisation des tomes. Le premier va présenter le personnage et plusieurs gags sur un peu tout les thèmes. C'est plus un recensement de tout ce qu'on peut trouver en gags autour du sexe en restant sympathique. Le deuxième tome va aller plus loin en proposant des histoires successives qui vont former une trame narrative vers le milieu du tome, autour de la relation d'Arthur avec une même fille nommée Clara (c'est la rousse à droite). Progressivement, le récit s'étoffe avec des figures qui reviennent. Ensuite, le tome trois s'éloigne de Arthur pour rester concentré sur le personnage de Clara et dévoiler cet univers d'un point de vue féminin. C'est très bien fait, d'autant que Arthur (l'auteur, pas celui de la BD) a su s'entourer d'une excellente équipe féminine pour la conception des gags. Oui, je le note également, mais comme pour beaucoup d'auteurs, il faut souligner que De Pins n'a pas écrit tout ses gags, et de nombreux ont été proposé par des tierces personnes. Je pense que vous ne serez pas vexés que je ne les note pas tous.
Enfin, pour finir sur les livres, le tome 4 qui date de 2010 est concentré autour du mariage à un ami commun aux deux précédents protagonistes (Arthur et Clara), donnant lieu à toute les situations possibles et imaginables autour. Voir même très improbable. Mais je vous laisse découvrir.

Cette histoire donc, est servi par un dessin très peu courant -et que vous constatez dans les images que j'ai mise- puisqu'il s'agit d'un traitement intégralement informatique. Alors si dans certains cas il est très dur de trouver ça beau, je dois avouer que le traitement est vraiment bien fait. Les couleurs sont toujours très bien faite, le dessin rond et "kawai" est très mignon, sauf que le sujet n'est pas en rapport (un peu comme Happy Tree Friends, mais je m'égare). C'est d'ailleurs très amusant avec les têtes rondes et les yeux démesurés. Et la maitrise est d'autant plus grande au fur et à mesure des tomes. Une bonne partie des gags reposent en partie sur un humour avant tout visuel, et l'effet est parfaitement correct. C'est bien maitrisé. Après le tout peut sembler très froid, un peu plat, et ne vaut pas forcément le coup d'acheter une planche originale. C'est bien fait, mais c'est loin d'être beau, c'est certain. Par contre, il est efficace.

Ensuite, je dois bien évidemment parler de l'humour. Et là je dois dire qu'il est sublime ! Pour ceux qui connaissent, il est largement au-dessus de celui de Dany dans ses ouvrages coquin. Là l'humour est orienté sexe, et c'est assumé. Je vous en donne quelques exemples dans les images, n'hésitez pas à cliquer pour mieux lire. Ce qui est génial, c'est que De Pins mélange l'humour bas de gamme sur la sexualité avec plusieurs clichés et des constats sur la société moderne, notamment dans sa façon d'appréhender le sexe dans la vie de tout les jours. A ce titre notamment je trouve que le premier est pas mal avec la façon d'aborder le problème de façon général. Ensuite les autres tomes sont géniaux en pointant certains comportements. Plus d'un gags sont tout bonnement hilarant (mais vraiment le truc qui fait rire, pas juste sourire) et des idées très intéressante sont parfois développé en propos sous-jacent. J'ai retenu entre autres la façon de percevoir la première fois entre un homme et une femme, les nouvelles politesses lors de l'addition au restaurant, le féminisme libéré, les sex-toys et le complexe que peuvent développer les types. Bref, plusieurs interrogations de l'homme moderne sont mises en images. Mais surtout, ce qui est intéressant, c'est que le personnage d'Arthur philosophe presque (n'abusons pas, j'ai dit "presque") sur la place de l'homme dans la société, par rapport aux femmes. C'est vraiment intéressant, mais avant tout drôle.

Et enfin, je soulignerais que la collaboration est pas mal du tout, avec pas mal de gags qui sont fait à la fois avec un point de vue masculin et un féminin. C'est d'ailleurs amusant quand on lit des interviews de Arthur de Pins, puisqu'il précise que lorsqu'il demandait à des amies d'écrire des histoires, elles mettaient beaucoup moins de tabous que lorsqu'il demandait aux hommes, ce qui l'a sidéré au début. Et sinon, Arthur (l'auteur) explique que pour lui la grande question qui le tracassait durant ces albums était : finalement, aujourd'hui, c'est quoi être un homme ? Donc pour cela, il explore. Mais de même, être une femme, qu'est-ce que c'est exactement ? (voir l'interview ici : clic-clic)
Ah oui, avant que des petits libidineux ne cherchent la BD sur un site quelconque, je vous préviens tout de suite : la nudité est sacrément présente dans les pages, les scènes de sexe aussi, mais ce n'est pas le genre de BD où les pages seront collées lorsqu'un mec l'a lu en solitaire dans la chambre (si vous voyez ce que je veux dire). Le dessin rond et gentillet n'est pas propre à ça (prenez plutôt du Manara de toute façon) et le sexe n'est pas compatible avec l'humour (selon les scientifiques, il est impossible de rire en même temps qu'on a un orgasme. Je dis, ça se tente !). Bref, ce n'est pas de la BD-cul, loin de là.


En conclusion, nous avons une BD qui s'exprime sans tabou sur le sexe, et en fait un point central d'un humour décapant et déjanté, prenant prétexte à toute situation bonne à faire pour partir en gags. Cependant, si la plupart des gags sont bons, une partie m'a laissé de marbre et sont à mon humble avis pas très drôle. L'humour ne plairait pas forcément à tout le monde, et le tome 3 est un cran en-dessous des autres, avec des gags plus tourné Sex & the city qu'avant, ce qui est dommage je trouve. Mais le niveau remonte sacrément au quatrième tome, lequel se conclue d'une façon superbe, et termine la série d'une belle façon je trouve (il semble qu'aucun autre tome ne soit en préparation pour l'instant). De même, le dessin peut rebuter au début, mais on s'y habitue et il est vraiment adapté à la situation. Un dessin plus précis et réaliste, c'est du Manara, plus branché style franco-belge, c'est du Dany. Et l'adéquation avec le propos est parfaite.
Une série très sympathique, qui se lit bien, et garnit très facilement vos toilettes pour vos invités, afin qu'ils passent un bon moment. Si vous tenez absolument à les garder intact, vous pouvez trouver un coffret avec tout les tomes et un zouli poster (je pourrais faire une photo pour vous monter mais la flemme). En tout cas, c'est du très bon, j'en rigole encore maintenant quand je le relis.

(Chronique n°8)

Allez, parce que je suis gentil, j'en met encore quelques planches :



mardi 5 février 2013

Je suis une légende (Richard Matheson)


Et oui, un classique, mais alors un grand classique de la littérature d'anticipation : Je suis une légende. Avant de commencer, faisons juste deux trois petites explications, voulez-vous ?

Qu'est-ce que de l'anticipation ? Et bien tout simplement de la science-fiction. Mais pas n'importe laquelle. En fait c'est plus lié à la science-fiction que vraiment de la science-fiction à proprement parler. L'idée n'est pas de proposer un futur lointain, scientifique, dans l'espace ou avec des avancées technologiques formidables.  Il s'agit plutôt d'un futur très proche, dans moins d'une vingtaine ou une cinquantaine d'années, puis de développer un thème lié à ce futur : catastrophes, nouvelles technologies, problèmes de société etc ... En fait, bien souvent l'auteur dénonce une caractéristique de la société en la développant énormément et en prenant pour exemple ce qu'il en advient. C'est par exemple le cas pour 1984 (George Orwell, mais vous le saviez), Running Man (Stephen King, ça va de soi) ou Fahrenheit 451 (Ray Bradbury, que vous connaissez bien évidement). Mais d'autres, comme Je suis une légende, vont plutôt proposer des idées nouvelles, des approches philosophiques, en utilisant pour cela un autre cadre possible de condition humaine, qui ne s'est pas encore développée dans le monde. C'est une forme très intéressante et reposant sur une vision du futur proche qui nous concerne beaucoup plus directement, et peut sembler donc bien plus réel que de la science-fiction se déroulant dans 2.000 ans. D'ailleurs Jules Verne est souvent classé dans l'anticipation (De la terre à la Lune, 20.000 lieux sous les mers et autres romans proposant un futur très proche).

Ensuite, je dois parler, et j'en suis obligé, du film qui en a été tiré. Alors attention, car il y a eu trois films différents avec le même livre, donc là je parle de l'adaptation la plus récente, datant de 2008 avec Will Smith. Pour faire très court et très simple, si vous avez vu le film, oubliez le. Tout de suite. C'est un navet total, une merde sans nom. Je m'exprime vite, afin que vous compreniez mon avis :
Énormément de films sont adaptés de livres (et bien souvent la plupart des chefs-d’œuvre le sont), et je suis assez d'accord avec cette politique. Surtout quand elle est bien mené. Par exemple, le film Les Evadés tiré de la nouvelle de Stephen King La rédemption de Shawshank (allez savoir pourquoi ils ont changé le nom en français) est presque meilleur que l’œuvre originale, et bien développée. Trainspotting est une merveille d'adaptation par rapport à l’œuvre originale.
Ensuite, tout ne peut pas être adapté parfaitement, mais on peut en réaliser des excellentes adaptations : Le seigneur des anneaux est une adaptation fidèle à l'esprit, ayant opéré des coupures, mais toujours dans l'esprit du livre, ce qui est tout à fait correct. Il en va de même avec l'adaptation de Watchmen qui est très juste, ayant coupé ce qu'il faut mais l'essence d'origine de l’œuvre est là.
Enfin il reste les bonnes adaptations qui proposent une vision personnelle de l’œuvre. Là je citerais le grand Kubrick, qui détournait totalement les propos du livre pour faire sa propre interprétation de la chose. C'est louable lorsque c'est bien fait et que le sentiment de base est bel et bien celui de faire une interprétation personnelle. Ainsi Shinning devient un film de fantômes et d'épouvante alors que le livre proposait une vision d'un père alcoolique. Cependant, le trahison de l’œuvre originale est assumée, et surtout très bien faite. l'auteur apporte véritablement quelque chose à l’œuvre et montre qu'on peut tirer d'autres choses de la même histoire. C'est remarquable à mon sens et d'autant plus louable.

Mais, malheureusement, il arrive parfois que les auteurs prennent une œuvre ayant marché, l'adaptent et font une réalisation catastrophique qui ruine votre vision de la chose. Là les noms sont légion, et je citerais simplement Les Schtroumpfs pour vous donner une idée de ce que je range dans ce genre de choses.
Et c'est dans cette catégorie que vient se ranger le film Je suis une légende. Car l’œuvre est violée profondément dans sa nature même. C'est dur. Énormément de changement sont apportés, mais sans changer la trame, proposant une fin juste ignoble, et un traitement à deux sous qui défrise les cheveux.
J'emploie peut-être des termes forts, mais après avoir vu le film, je me suis dit : "Oulah, pas bon celui-là". Après avoir lu le livre, j'ai compris la douleur des fans. Le fossé entre les deux est immense. Mais comment pouvez-vous le savoir ? Et bien, faisons donc la critique pour que vous le voyez par vous même.


Résumé en trois mots : Seul, Apocalypse et Survie

Pour la première fois depuis le début de ces chroniques, je vais aborder un livre en évoquant très peu l'auteur. Non pas que celui-ci ne le mérite pas, mais parce que je n'ai pas grand intérêt à le faire, il ne se mêle pas tellement à son œuvre comme pourrait le faire un Stephen King. Ce qu'on peut en noter, c'est qu'il écrivit le livre en 1954, lorsqu'il était âgé de vint-huit ans seulement, ce qui est prodigieusement remarquable d'ailleurs.


Passons donc directement au roman. Déjà, le résumé ! Nous suivons les pérégrinations d'un dénommé Robert Neville, un homme dont l'âge n'est pas connu mais qui doit être dans la trentaine ou aux alentours. Il vit à New-York, dans sa maison, seul. C'est un homme qui a de la ressource, capable de bien réfléchir, et qui s'organise. Il en a d'ailleurs besoin, maintenant qu'il est seul sur terre. Enfin presque. Car le soir venu, les vampires qui ont envahi le monde sont autour de sa maison, l'appellent, et lui demandent de sortir pour les rejoindre. Et il est certain que ce n'est pas juste pour boire un verre entre amis. C'est pourquoi il reste enfermé chez lui en essayant de survivre dans sa petite maison tranquille, en oubliant le monde, ses fantômes et ses spectres.

Le résumé là est très succin, car en fait l'auteur va apporter des surprises et des petites perles d'inventivités à chaque chapitre, et je ne vous dévoilerais absolument pas le reste, au risque de vous rendre l’œuvre très fade. Mais pour autant, je dirais que les réflexions priment sur le reste. En fait, nous avons déjà un personnage principal très curieux : il est simple, avec un peu de bon sens et de réflexion, mais ce n'est pas un érudit. Il est à moitié alcoolique (en même temps, dans cette situation ....), fait des choses qui semblent complètement idiote, a ses états d'âme, de mélancolie, et semble plus proche d'un anti-héros. Cela dit, il est dans une situation qui n'est pas reluisante et on lui pardonne facilement beaucoup de choses. Mais c'est un héros très singulier, et pourtant très attachant.

Ensuite, l'histoire va se concentrer autour de plusieurs thèmes, et le principal va être notamment de démystifier le vampire en proposant une explication scientifique et rationnelle aux différents mythes autour de lui. C'est ainsi que l'auteur déclinera plusieurs de ces mythes de façon très convaincante et sans lancer des vérités à la gueule en voulant faire croire qu'il dispose de la science-absolue. Tout est amené de façon très fine, et surtout très crédible. Pour un peu j'admettrai que le vampire peut exister, ou au moins qu'il a existé.


L'autre thème très fort, qui n'est pas le "surival horror", est autour de l'évolution et du darwinisme. Là je ne dirais rien, étant donné qu'il est surtout concentré dans la fin du roman, mais le dénouement est vraiment singulier et le titre de l’œuvre prend tout son sens dans la toute dernière partie. A propos de partie, le roman est coupé en quatre parties, chacune se déroulant à un autre mois. Nous avons donc Janvier 1976, Mars 1976, Juin 1978 et Janvier 1979. Ce découpage n'est absolument pas proportionnel, et la partie deux fait presque la moitié du livre. Cependant, l'évolution entre les quatre parties est très bien faite, et chacune d'elle présente un personnage qui à évolué depuis le chapitre précédent. La mise en scène est vraiment excellente.

Après, je me permettrais tout de même de faire quelques critiques. Tout d'abord, il faut reconnaitre que le livre est sorti en 1954, et morale de cette période oblige, nous avons très peu de rapport au sexe et de façon très dérangeante. J'avoue avoir tiqué dessus, c'est déroutant la façon dont il présente ça. Mais je pense que l'ouvrage est clairement ancré sur sa période d'écriture et sa morale.
Ensuite, j'ajouterais également que le personnage principal est un peu trop facilement intelligent. Je veux dire par là qu'il ne comprend rien à la façon dont fonctionne un corps, mais voila qu'il lit beaucoup et peut alors en tirer des conclusions sur la nature de virus et de transformation chimique du corps. C'est bien amenée, certes, mais j'ai trouvé cependant le procédé un peu facile.
Enfin, je dirais également que l'auteur aurait peut-être pu approfondir certaines choses en rapport avec la fin. Notamment autour des rapports entre les vampires et d'autres petits détails. Mais dans l'ensemble, cela reste plus des détails qui ne font pas vraiment le poids face aux qualités de l’œuvre. Et j'ajouterais que le roman est en plus très bien écrit, avec une lecture fluide et sacrément réaliste. J'ai beaucoup aimé quoi.

En conclusion, ce chef-d’œuvre de la littérature d'anticipation est encore et toujours aussi bien écrit. Le récit est prenant, contient encore et toujours autant de bonnes réflexions. Les pistes explorés sont juste incroyablement lucides par rapport à l'homme et son inscription dans le cycle de la nature. Le héros est attachant tout en étant un héros très détaché. Et en sus nous avons le droit à des très beaux passages, émouvants ou révoltants, mais qui marquent. La réflexion à la clé est très sympathique, et je suis sous le charme. En clair, le récit reste encore largement dans son statut d'immanquable d'une bonne bibliothèque, et à mon sens un des précurseurs et génie dans le domaine de l'anticipation. A lire donc.

(Chronique n°7)

vendredi 1 février 2013

La grande épopée de Picsou (Keno Don Rosa)

Petite précision, importante par rapport au sujet : la jeunesse de Picsou a été publié de deux façons différentes. Vous avez tout d'abord la version française qui a été produite dans les magazines "Picsou magazine" et ensuite compilées en albums, avec des traductions très hasardeuses et une colorisation qui n'est absolument pas fidèle à l'originale. Elle faisait deux volumes, et suivirent plusieurs volumes d'histoire de Don Rosa compilées.
Puis nous avons enfin eu dernièrement la superbe version proposée par Glénat qui a eu là une idée extraordinaire, si on excepte le prix, qui est de ... 29.5 euros par albums. Il y en a deux. Je vous laisse faire le calcul de l'ensemble de la collection. Mais enfin la version possède une colorisation fidèle à l'originale, et surtout une nouvelle traduction qui est largement plus précise et respectueuse de l'originale en anglais. C'est une grande avancé pour un des deux plus fameux canards du monde.

Cela dit, maintenant que j'ai abordé le sujet de la version (je possède l'ancienne, j'attends de pouvoir me prendre la nouvelle), voyons le livre à proprement parler :


Lorsque nous parlons de Picsou, ou de Donald, deux noms doivent être inscrit en lettre de feu de plus de dix mètres de haut dans votre esprit. Carl Barks et Keno Don Rosa. Ce sont les deux dieux de Donald. Les seuls, les vrais, les uniques, les plus grands. 

Le maitre, Carl Barks, en train de peindre. A la
fin de sa vie, il ne fit que peindre les scènes
des aventures qu'il avait inventé pour Donald.
Son disciple des écritures, Keno Don Rosa
























Alors avant de commencer, je m'excuse, mais ça sera un peu long. Donc commençons par l'auteur, puis par Picsou, et enfin par le livre. Il y a beaucoup à dire avant de pouvoir véritablement commencer la critique.

Donc Keno Don Rosa. C'est un américain, né en 1951 (c'est à dire qu'il n'est plus de première jeunesse non plus) et qui a voué sa vie et son œuvre à la poursuite de son maitre et mentor : Carl Barks. Celui-ci n'est mort qu'en 2000, mais a pris sa retraite de dessinateur de bande-dessinée pour Disney en 1966 (lui il en a profité de sa retraite ... Mais passons). C'est donc durant 34 ans qu'il peignit les fameuses toiles à l'huile représentant Picsou et sa famille dans les histoires célèbres (il avait pour cela une autorisation express de Disney). Je ne ferais pas la biographie de Carl Barks et son histoire de Donald (j'y reviendrais dans l'article qui lui sera consacré), mais sachez que l’œuvre est incroyablement riche et fouillée, intéressante et prenante. Je pourrais disserter des heures sur le canard et son dessinateur.
Keno Don Rosa, donc, se pose clairement et officiellement en continuateur de l’œuvre de Carl Barks, bien que ce dernier ne l'ai jamais approuvé publiquement. De fait, Don Rosa a posé intégralement son œuvre dans le prolongement des histoires de Carl Barks, et a fait grandir et grossir l’œuvre du maitre. Il n'a commencé à dessiner les histoires qu'en 1987, avec Le fils du soleil, que vous pouvez retrouver dans le hors-série n° 3 de Picsou magazine (je les recommande, c'est pratique pour tout avoir le temps qu'un éditeur se décide à en faire un beau format). Il a décidé d'arrêter sa carrière en 2008, mais n'avait plus dessinée depuis plusieurs années déjà. C'est donc une carrière finie que nous aborderons par l’œuvre la plus ambitieuse, la plus grande, et sans doute la plus belle.

Don Rosa donc, propose de continuer Donald. Cependant, ce n'est pas Carl Barks qui est créateur de Donald, mais Walt Disney dans un dessin animé nommé La petite poule avisée (juin 1934), qui faisait apparaitre un canard en béret et costume de marin. Bien vite il devient un héros de dessin animé célèbre et à la droit à sa propre BD, dessinée principalement par Carl Barks. C'est lui qui inventera quasiment tout : les neveux Riri, Fifi et Loulou, Donaldville, le coffre-fort, Lagrogne, les Rapetou, Géo trouvetou, Grand mère donald, Gus Glouton, Bolivar, le général Duflair, les Castors Juniors, Gontran Bonheur, participe à la création de Daisy, et finalement de toute la richesse de l'univers de Donald. Je pourrais m'étendre des heures sur celle-ci, mais revenons à nos moutons.

La réédition de Glénat. Les couleurs
changent par rapport à l'ancienne mais
sont plus fidèle à la version originale
En 1947, Carl Barks fait intervenir un nouveau protagoniste dans l'univers du canard marin. Dans Noël sur le mont ours, Donald reçoit un cadeau d'un vieil oncle qui veut tester sa bravoure : un chalet en montagne pour passer la nuit de Noël. Mais des ours s'invitent dans la fête. Ce personnage de vieil oncle avare et aigri va vite devenir populaire et bien rapidement membre à part entière de l'univers. Il se nommera Scrooge McDuck (le Mc pour ses origines écossaises, Scrooge pour le nom du personnage principal, avare également, du conte de Dickens A christmas carol -Un chant de Noël en français-). En France il ne sera nommée Balthazar Picsou qu'en 1952 (allez savoir pourquoi. Au début il se nommait Oncle Harpagon, en référence à Molière). Ce personnage va fasciner Don Rosa par son côté aventurier, pingre, avare, mais en même temps tendre à travers l'histoire Retour au Klondike (un petit bijou, recommandé à la lecture) et surtout possédant un passé incroyablement riche. Tout cela va faire de lui le personnage central (et beaucoup plus développé) de l’œuvre de Don Rosa, au détriment de Donald. Mais voyons ceci dans la partie suivante.

Donc Picsou est un milliardaire bien connu, avec une fortune considérable, bien qu'il ait commencé en ayant des parents ouvriers et pauvres, dans une Écosse lointaine, tandis que le manoir familiale est en ruine suite à un chien géant qui traque les McPicsou (Le chien des Biskervilles, autre histoire amusante et tiré d'un roman de Sherlock Holmes d'ailleurs). Celui-ci est pourtant devenu très riche avec la ruée vers l'or du Klondike, en 1896. D'ailleurs Carl Barks se renseignait toujours énormément en faisant ses histoires afin d'avoir une véracité historique. Et lorsque Picsou partait dans ses aventures, il lui faisait souvent dire des petites bribes de son passé chargées de ces renseignements. En les réunissant toutes et en les liant, Don Rosa retraça ainsi la vie de Picsou avant qu'il ne devienne riche et en fit douze épisodes de BD, de tailles variables, pour ainsi créer la fameuse Jeunesse de Picsou entre 1991 et 1993. Cette série de douze épisodes est enrichi de nombreux autres, des épisodes bis (le 0, le 10 bis qui est un monument d'humour, etc ...) ainsi que de nombreuses histoires faisant beaucoup référence à son passé ou ayant des liens très forts avec (notamment une où les Rapetou rentrent dans le rêve de Picsou et voyagent dans ses souvenirs).

Ces douze épisodes forment la trame d'une histoire complète, allant ainsi de 1877 à 1947. Pour info, Picsou est "né" dans ses récits en 1867 et Don Rosa l'a fait mourir en 1967, ce qui fait qu'il vécu 20 ans de vie et d'aventures avec son neveu Donald. En clair, toutes les BD avec Donald et Picsou se passent durant vingt ans entre 1947 et 1967. Incroyable, n'est-ce pas ? D'ailleurs pour l'anecdote, Donald à plus d'une cinquantaine de dessinateurs, disséminés dans tout les pays (les Italiens sont très réputés, mais également les brésiliens, le canadien William Van Horn, des allemands, des danois, des anglais, venus des pays du nord, et très peu venant de France). Une saga qui continue d'ailleurs à l'heure actuelle. Mais venons en enfin à la critique de la BD en elle même : voici la jeunesse de Picsou !


Donc la jeunesse de Picsou, c'est toutes ces histoires qui lui sont arrivées entre 1877 (date à laquelle il quitte son Écosse pour l'Amérique) et 1847, lorsque Picsou croise son neveu Donald pour la seconde fois et l'intègre dans sa vie. C'est une fresque du temps, qui s'assoit d'ailleurs sur une bonne partie du globe. Car Carl Barks s'était amusé à faire faire à son personnage le tour du monde dans les deux sens, explorant tout les recoins de la planète à des moments très proches. C'est donc tout naturellement que Don Rosa va le faire vadrouiller également. Ainsi nous auront droit à l'Afrique du sud, l'Australie, le Klondike, le pôle nord, les Bahamas, la Russie et plein d'autres choses encore. D'ailleurs avoir de la culture générale en histoire avant de lire le récit est hautement recommandé, puisque vous n'aurez pas toute les explications et que certaines pointes d'humour peuvent vous passer par dessus la tête.

En premier lieu, il faut parler du dessin. Celui-ci est très précis, fourmillant de détails qui, bien souvent, sont également autant d'occasions de rigoler. Car Don Rosa n'a pas son pareil pour glisser des détails amusants, des petits clins d’œil (par exemple des oiseaux ou des souris qu'on peut suivre durant plusieurs cases). Il faut ajouter que les compositions sont toujours un régal pour les yeux, les couleurs (lorsqu'elles ne sont pas saccagés par les rééditions françaises) sont une symphonie, bref c'est une orgie pour les yeux. Il faut noter également que le trait est précis, clair, net, et surtout, qu'il est incroyablement bien foutu. Le rendu est non seulement fluide, mais toujours dynamique (dans la plus pure tradition des bons Donald). C'est tout simplement parfait. Rien à redire là dessus.

Ensuite, je l'ai déjà un peu dit, mais Don Rosa glisse énormément d'humour dans le récit, sous toute ses formes : un peu d'humour en arrière-plan, du comique de situation, des têtes hilarantes, des dialogues extraordinaires, et bien évidemment beaucoup découle des caractères (Picsou est buté et borné notamment). Bref on rigole tout le temps, même dans une situation qui peut sembler tragique. D'ailleurs, parlons en ! La tragédie. A titre personnel, c'est en lisant la neuvième histoire que j'ai versé mes premières larmes pour une BD (et pas mes dernières d'ailleurs). Bon, c'était il y a longtemps, quand j'étais petit, mais quand même, c'est signe évident d'une réussite. Et en fait, je crois bien que Don Rosa a réussi pour la première fois à dramatiser l'univers des canards. C'est assez remarquable, car c'est toujours bien fait (et dans d'autres histoires, il fera encore mieux, mais c'est un autre sujet). D'ailleurs beaucoup de détracteurs reprochent à Don Rosa de faire de l'univers des canards un sujet plus grave qu'il ne devrait être. De fait, Don Rosa l'a rendu beaucoup plus mature, parfois plus sombre, et à accentué beaucoup de côtés de ses personnages. Picsou par exemple gagne une sacré profondeur, car finalement l'avarice et la pingrerie qui le caractérisent sont des marques de ce qu'il a vécu, et je crois bien qu'on ne peut pas trop lui en tenir rigueur. A titre personnel je trouve que cette avancée dans le monde est très bien faite, surtout que Donald est plus lu par des adultes que par des enfants (oui, c'est authentique). Le fait des caractères très humain de ces personnages l'a destiné au final à un public plus adulte que ce qui est attendu. Drôle de retournement de situation.

Enfin, parlons de l'histoire. Pour l'Histoire, là, c'est juste excellent. Si vous avez déjà lu toutes les histoires de Carl Barks, vous vous rendez compte que Don Rosa a épluché jusqu'au moindre gag en une planche que celui-ci a fait afin d'extraire les informations qu'il pouvait utiliser. Le travail de recherche et de chronologie est également incroyable, le détail des informations est à la hauteur de tout le reste. C'est admirable de précision. D'ailleurs Picsou permet également de faire de l'Histoire : l'expédition pour découvrir le pôle nord, Roosevelt et les indiens, Panama et Roosevelt, les ruées vers l'or, etc etc .... Beaucoup de choses qu'on apprend, beaucoup de personnages historiques (comme Astor sur le Titanic également). L'ensemble est très dense du coup, avec une lecture à plusieurs niveaux. Et en sus, nous avons le droit à une belle conclusion.
En terme d'histoire, elle est également très belle. Picsou qui veut absolument s'en sortir, devenir riche, se fait progressivement beaucoup d'ennemis, mais également des rencontre formidables, et vit des aventures incroyables. Nous verrons également qu'un empire ne se bâtit pas comme ça, et que des choses graves peuvent se passer dans sa création. L'histoire avec sa famille est également bien développée, tout comme l'évolution progressive du caractère de Picsou et son avarice qui va croitre tout au long de son aventure.
Bref, c'est une histoire complète, en continue mais néanmoins divisée en épisodes parfaitement découpés, et totalement maitrisée d'un bout à l'autre.



Du coup, pour la conclusion, je pense que je vais devoir préciser que je n'arrive pas à être objectif sur le monde des canards. Mais franchement, celui-ci est incroyablement riche, dense et humain (oui, les canards de Disney sont à mon avis plus humain que beaucoup d'autres hommes de BD). Don Rosa nous crée une histoire extraordinaire, parfaitement maitrisée, au dessin sublime, fouillé et détaillé. C'est un régal pour les yeux et pour le cerveau, c'est amusant et émouvant à la fois. C'est une œuvre qui à mon sens mérite parfaitement tout les éloges qu'on lui fait. La réédition de Glenat est juste parfaite, regroupant enfin toutes les histoires en deux volumes de qualité, c'est une excellente occasion de découvrir ce monde. Il plait autant aux adultes qu'aux enfants, et je pense franchement qu'il est à découvrir. C'est quelque chose d'unique et d'incroyable au sein de la BD que cet univers. En voici, sans doute, la meilleure partie. Pourquoi s'en priver ?


(Chronique n°6)

jeudi 31 janvier 2013

Orcs (Stan Nicholls)


Bon, nous avons abordé plusieurs livres différents, mais avec pour l'instant tous un point commun : je les ai bien aimé. Maintenant, voyons un livre que je n'ai pas beaucoup aimé. En fait, plus qu'un livre, c'est une trilogie (je vous rassure, ce ne sera pas la seule). Donc je vais enfin essayer d'appliquer ma politique. Voyons si je ne vais pas trop le descendre. Enfin, en même temps je lis rarement des critiques élogieuses sur ce sujet.

Donc, voyons ensemble un roman de fantasy tout ce qu'il n'y a pas de meilleur : Orcs de Stan Nicholls.


Résumé en trois mots : Orcs, Quête et batailles

Orcs, c'est une trilogie de Fantasy dans un autre monde, avec ses créatures extraordinaires, ses codes et ses scènes clichés. Mais avant tout, voyons l'auteur.
Stan Nicholls est un auteur britannique qui est né en 1949. Cette trilogie Orcs est son œuvre la plus connue, mais pas la seule, ayant écrit beaucoup d'autres choses en fantasy. Il est d'ailleurs, semble-t-il, doué d'un égo particulièrement démesuré suite à cette série. Je ne vais pas trop en dire sur l'auteur, au risque de devenir médisant, mais j'avoue qu'il est assez particulier.

Donc nous avons un roman qui propose de prendre comme point de vue principal les méchants des aventures de Fantasy classique : les orcs. Bon, pour l'instant il faut dire que la démarche n'est pas neuve, l'idée de donner du charisme au méchant est une idée qui date d'il y a un moment tout de même (relisez les vampires de Anne Rice qui en propose une autre approche en 76) lorsqu'il écrit sa trilogie, fin des années 90 et début des années 2000. Mais bon, il propose par là une idée qui peut être très intéressante bien exploitée.

Et bien .... Elle ne l'est pas. Comprenez bien mon propos : dans la fantasy, quelques classiques sont instaurés comme codes. Par exemple, les elfes tirent à l'arc, les hommes se battent surtout à l'épée et les nains à la hache. Ils vivent dans les montagnes, les elfes dans la forêt. Les dragons sont des créatures énormes et très vieilles, et crachent du feu. Ce sont là des codes généraux qu'utilisent la majeure partie des auteurs sauf dans quelques cas (notamment les parodies). Lorsqu'un auteur se propose donc de faire des orcs les personnages principaux, on est en droit d'avoir des gros guerriers, un peu bourrin, mangeant de la viande et violent, sauvages, etc ... Ce qui n'empêche d'ailleurs pas d'en faire des personnages très agréables.
Mais là, Stan Nicholls va nous pondre des orcs romantique. Oui, vous lisez bien, des orcs romantiques. Des orcs qui s'interrogent sur le sens du monde et de leurs actions, sur la futilité de leurs gestes etc .... Je ne sais pas pour vous, mais Conan le Barbare qui réfléchirait à la question du bien et du mal ça ne passe pas du tout. Mais bon, admettons. Supposons que l'auteur veuille faire quelque chose de plus profond.

Déjà, prenons l'histoire.  Une compagnie d'orcs, nommée Les Renards, est aux ordres d'une créature puissante, sorte de sorcière, nommée Jennesta, qui règne sur une grande partie des terres. Oui, il y a plusieurs grands dirigeants, des humains convertis à une religion monothéistes, les Unis, et d'autres polythéistes (les Multis). Dans tout ça, les orcs servent la maitresse qui est particulièrement méchante et ne fait que les utiliser. Lors d'une mission, échouant en se faisant piquer ce qu'ils devaient ramener, ils décident de devenir paria et de s'enfuir. Jusqu'à là c'est bon.
On note déjà qu'il y a beaucoup de clichés (et en le lisant c'est encore pire), puisque absolument tout est téléphoné, pire qu'un blockbuster américain. On sent venir à des kilomètres les actions, le conflit Multi/Unis est une tentative bien maladroite d'afficher son point de vue sur la religion (en clair les Unis sont des méchants pas beau du début à la fin, aucune question sur leur foi et leur conversion). Mais en plus, l'histoire va proposer quelque chose d'incroyablement cliché : les héros immortels.
Soyons bien d'accord : je ne cours pas forcément après les récit du genre Game Of Throne qui tue un personnage principal par livres (même si cela est sacrément plus prenant et intéressant) mais quand les héros passent environ 1/3 des livres à se battre dans des mêlées à 1 contre 10, quand ils font des chevauchées désespérés qui réussissent tout le temps, qu'on à trois morts (ou dans ces eaux là) au final, alors qu'il se font poursuivre par absolument tout le monde dans l'univers crée, c'est franchement lassant. A la limite, pour le héros, je ne dis pas, mais absolument tout ceux qui font partie des Renards semblent partir avec neuf vies.

Ensuite, je dois dire que Stan Nicholls à fait le choix d'un monde crée de toute pièce. C'est honorable de ne pas reprendre un monde tout fait, et de faire le gros travail de création. Je suis d'accord, mais là je me demande si c'était vraiment nécessaire. Le monde n'a absolument rien d'original. Mais vraiment rien. C'est juste plat : Unis = méchant (forcément), la maitresse du début est une magicienne aux super pouvoirs qui les recherche tout au long mais en le suivant .... avec son armée (alors qu'un bon sort à distance et on n'en entends plus parler). Ensuite, les humains sont les méchants. Soit, c'est un parti pris. Mais là, c'est pitoyable. Le profil de l'humain : intégriste religieux principalement. Je veux bien qu'on ai ses idées, mais affirmée avec autant de force (d'autant qu'il les rend également très con), c'est juste lassant.
En fait, je crois que le gros problème du récit, c'est que Stan Nicholls veut absolument enfoncer ses idées et pour cela va chausser des souliers ferrés. Et quand on veut me forcer, j'ai tendance à résister.

Après, l'histoire se lit. L'enchainement est fluide et logique, mais par contre (encore !) les ficelles utilisées sont d'une grosseur énorme. Il faut trouver cinq artefacts sacrés (que tout le monde connait, mais que personne n'a eu idée de rassembler bien évidemment) qui possèdent un étrange pouvoir qu'il faut découvrir. Devinez qui va le découvrir ? (si vous ne voyez pas, la lecture vous semblera plus intéressante). On ajoute également des idées douteuses (les protagonistes se font des fixes à la drogue tout au long sans qu'il ne soit mentionné que c'est peut-être un peu douteux) et des clichés (le héros à des visions d'un autre monde qui semblerait plus beau et qu'il à l'impression de pouvoir rejoindre). Le final d'ailleurs est trèèèèès cliché également et sans la moindre surprise. Tout est convenu et téléphoné. En plus, la fin clôt le sort des héros, mais aucune indication n'est faite pour le sort du monde. C'est très énervant.

Et en sus, nous avons des gueules classiques de chez classiques : le héros fort, bon, brave, inquiet pour les siens, la fille brave, forte et courageuse (et accessoirement la seule), le vieux sage, l'étranger qui veut se faire accepter (ici c'est un nain), le héros grande gueule et plutôt casse-pieds (et qui en prends plein la figure tout au long du récit) mais avec un grand cœur au final (indice : il se dispute tout le temps avec celui qui veut se faire accepter mais est quand même son ami). Bref, absolument rien de neuf sous le soleil. Vraiment rien.

Du coup, que dire de la trilogie Orcs ? Elle est dans un schéma type de la fantasy, usant et abusant des codes, voulant faire des innovations mais qui ratent largement leurs buts. L'intrigue est trop linéaire, tout est téléphoné. Lorsque vous avez fini le livre, il n'y a rien à en tirer de vraiment concret, en terme de réflexion ou simplement d'imagination.
Cela dit, le récit est correct en terme d'écriture, fluide et intéressant. Il est parfaitement lisible, et ne perd pas ses lecteurs, ni avec les lieux ni avec les personnages. Un bon équilibre à été trouvé également avec les points de vue, mais absolument pas exploité. L'ensemble est clairement dispensable.

(Chronique n°5)

J'ajouterais également que l'auteur à prolongé la saga avec une nouvelle trilogie (que je ne lirais sans doute pas) et peut-être encore une autre à venir. Si vous avez aimé le premier axe, ne vous privez pas. De même si vous le trouvez d'occasion, ça peut toujours passer. Mais je pense franchement que c'est une série qui n'est pas à la hauteur de ce qu'on trouve en fantasy. D'ailleurs je ne suis pas très encouragé à suivre l'auteur.

mercredi 30 janvier 2013

Etat des lieux (Antonin Gallo)


Vous ne savez peut-être pas, mais il existe une catégorie pour chaque BD existante. C'est plus pratique pour les retrouver lorsqu'on fait un classement. Mais tout n'est pas simple, et certaines par exemple ne rentre pas dans une seule catégorie, on est obligé de les mettre dans plusieurs à la fois. C'est extrêmement épineux comme sujet, un bon moyen de dispute entre bédéphiles convaincus (lancez en deux sur La nef des fous* de Turf, vous verrez, on rigole vite). Du coup certaines catégories naissent, comme Inclassable qui sert allègrement de poubelle à un peu tout et n'importe quoi. Et encore pire : la catégorie Roman Graphique.
Cette catégorie, c'est tout simplement une catégorie dans laquelle on range tout ce qu'on veut. La description laisse rêveur :
L'expression « roman graphique » désigne un genre de bande dessinée, généralement longue, sérieuse et ambitieuse, destinée à un lectorat non-enfantin
Source : Wikipédia (je sais, c'est pas le mieux).

En fait, il faut surtout retenir que le terme englobe des séries de bande-dessinée à but sérieux, qui constituent un livre à part entière ou une série (en clair, pas de division interne, pas de planches ou de strip). Mais là encore, la notion est très floue, et depuis la naissance du terme, il englobe de plus en plus de choses. Comme quoi, c'est compliqué les définitions. Pour l'histoire, le terme est une traduction de l'américan "Graphic Novel", qui s'opposait à l'époque au comics classique : super-héros, humour en strip ou planches etc ... C'est le moment où Will Eisner chamboule la donne avec ses romans, mais nous aborderons ces histoires plus tard (quand j'en saurais un peu plus sur le sujet et que j'aurais lu du Will Eisner).


Cette introduction un peu longue va nous permettre de ranger la BD qui va suivre, et qui à aussi un parcours atypique. Car nous allons aujourd'hui aborder le genre de BD qui m'a décidé à créer ce blog, étant donné qu'il est quasiment impossible de les commenter sur des sites normaux : les BD-blogs. Mélangé avec les romans graphiques, oui messieurs-dames. Rassurez-vous, je ne vais pas vous perdre. Lorsque j'aborderais les différences entre les catégories de BD, vous serez un poil plus sollicités niveau matière grise.

En attendant, voila la chose en question : applaudissez bien fort notre nouvel arrivant !


Résumé en trois mots : Passé, Amour et Acte manqué

Ce roman graphique est un peu complexe à aborder. Je vais d'abord en expliquer l'histoire, pour ceux qui veulent lire la critique, sautez directement au paragraphe sous la deuxième image.
Tout d'abord, il faut savoir que cette BD à été publiée aux éditions Amilova, une magnifique création du web. Cette plate-forme à été crée pour permettre aux auteurs de mettre leurs BD en ligne, avec une rémunération (par exemple que les 100 premières pages accessibles sans abonnements uniquement), et qui publient de temps à autres des livres vendus uniquement sur le web (pas de devantures dans les magasins malheureusement). Cette plate-forme propose d'ailleurs plusieurs perles (dont je parlerais lorsque je les aurais lu, ça attendra la prochaine paye). Pour le nom, il vient d'une des BD publiée (et celle à l'origine de la plate-forme si j'ai bien compris) nommée Amilova, mais que je n'ai pas encore lu, je le confesse.

Dans tout cela, vient se greffer l'auteur, Antonin Gallo, dit Mr To (si vous cliquez, vous arrivez sur son blog, c'est beau la magie du net), un auteur de ... euh, peu d'année, je viens de remarquer qu'on ne trouve pas forcément beaucoup d'informations sur lui. Bon, j'admets que j'ai pas poussé super loin les recherches, mais je dirais que ce n'est pas l'essentiel.
Enfin bref, cet auteur va nous pondre un petit chef-d’œuvre de roman graphique, qui décoiffe sacrément. Je vais vous en faire le commentaire tout de suite, mais je précise auparavant que la BD est en ligne sur Amilova (Cliquez-là) ou tout simplement est disponible à l'achat en cliquant ici. C'est plus sympa de le lire chez soi -comme souvent pour une BD du net- et en plus ça fait tourner le site. Et franchement, le prix pour 120 pages de roman graphique, c'est dérisoire. D'ailleurs je pense que vous entendrez souvent parler du prix des BD, parce que c'est un gros souci quand on en fait la collection. Mais là je m'égare, allons tout droit au but : la BD en elle-même.



Le roman graphique va donc nous présenter l'auteur en tant que narrateur qui va faire un état des lieux (à la manière d'un Trondheim dans Approximativement* ou Larcenet dans Presque*). Un état des lieux de quoi, me direz-vous ? D'une fille. Plus précisément d'une attitude, de souvenirs et des relations avec cette fille. Et par là même, l'auteur nous livre une bonne partie de ses années de lycée, ce qui n'est pas sans intérêt non plus.
L'histoire semble très classique, un truc déjà vu, mais ici tout l'intérêt est dans la relation qu'il va entretenir avec la fille : "Voici Julie, mon acte manqué". Je pense qu'avec cette simple phrase, la BD est bien résumée. Mais attention, ce n'est pas si simple. Car pour un acte manqué, il faut beaucoup de travail préparatoire. Et beaucoup d'occasions manqués également.
Je précise tout de suite que la BD parle sans doute plus lorsqu'on a quitté le lycée et qu'on peut se placer dans la situation de l'auteur, mais si on y est encore, on peut y lire un avis de ce qu'il ne faut pas faire. Du coup, c'est assez intéressant des deux points de vue. Grosso modo, tout le monde peut se sentir concerné.

Cette histoire va se concrétiser avec l'auteur qui retourne dans son lycée, revoit les lieux et fait rejaillir les souvenirs attachés à eux. D'autant qu'il intervient dedans, mais pas comme dans de la SF. Je vous laisse découvrir, mais c'est vraiment bien fait. Le dessin d'ailleurs se caractérise différemment selon le moment où il se passe (présent ou passé). Je ne suis pas assez expert en la matière pour le décrire, mais en employant mes mots, je dirais qu'il y a un côté plus crayonné dans le présent, et plus "peinture" (zut alors, je ne trouve pas un mot pour décrire) lorsque c'est dans le passé.

En parlant du dessin, l'ensemble est en noir et blanc, sauf la couverture, et dans l'ensemble d'une très grande beauté. D'ailleurs il est très clair, très beau, et je trouve que la lecture est très fluide. On comprend tout de suite les personnages, et on les repère vite. En clair c'est très loin de ce que produit Lauzier (même si celui-ci reste également assez clair). Et le dessin est parfaitement bien maitrisé. Je le précise parce que les productions du net ne sont pas forcément réputées pour ça, et parfois on tombe sur des choses très amateur. Mais là je m'égare à nouveau. Donc niveau dessin, aucun cliché par rapport à internet et un kéké qui dessine avec ses feutres durant le cours de maths, c'est très beau et c'est très clair. Personnellement je suis fan, et après avoir relu les Lauzier, je note également qu'on a le droit ici à un texte parfaitement clair, autant dans l'ordre de lecture que dans la taille de l'écriture. Je dois dire que ça fait plaisir de lire facilement. J'y reviendrai pour d'autres BD (plus tard ...).

Ensuite, concernant l'histoire, là c'est encore du tout bon. C'est peut-être classique et à tendance romantique, mais l'humour est présent pratiquement du début à la fin, certains passages sont vraiment très beaux, c'est dynamiques, bref on a pas le temps de s'ennuyer. Par contre, il faut aimer les récits introspectifs, avec de la réflexion, de la poésie et du romantisme (quand même un peu). Je noterais un détail : l'ordre des scènes est fait selon la remontée des souvenirs, pas selon leurs ordres chronologiques, et j'avoue ne pas avoir clairement différencié l'ordre par rapport aux deux années de Terminales, si une scène s'était passé lors de la première ou de la deuxième année. C'est un détail, étant donné que même sans ça j'ai tout suivi, mais il convient de le noter. Sinon en terme de critique j'avoue que je ne trouve pas grand chose à reprocher. Peut-être qu'on peut critiquer le fait de ne pas aller à fond tout le temps à chaque souvenir, mais j'ai trouvé que c'était juste bien dosé, avec le choix pour le lecteur d'en tirer les conclusions. C'est juste un état des lieux, pas une analyse poussée. Faudra une fois que je note les livres dont les titres sont remarquablement bien choisi.

J'ajouterais également que la BD livre une belle réflexion autour de l'acte manqué, mais pas seulement autour du reproche qu'on peut faire envers son passé, mais également de la continuité de cet acte dans le présent. Pour ça, je vous laisse lire. Mais en plus, quand l'histoire est belle, c'est parfait. Et quand une histoire d'amour est raconté intelligemment, je craque facilement. Du coup je suis tombé très vite sous le charme de État des lieux.

Par contre, le livre se finit sur un retournement qui donne juste envie : savoir la suite. Pour l'instant elle est commencée, et s'intitule La fille aux cheveux châtains (qu'on trouve également sur le net : clic-clic) mais qui n'est pas terminé. Bon, l'auteur à beaucoup d'autres projets, alors on lui pardonne. La patience est une vertu en BD : pour le tome 2 se Sasmira, il a fallu 14 ans (et la série est pas encore finie ..), on attends encore le tome 4 de Les feux d'Askell (17 ans d'attente celui-là) et Candélabres tom 5 est promis depuis 6 ans. Donc on ne va pas trop reprocher l'attente.


En résumé, voici un excellent exemple de roman graphique : le dessin est très réussi, et très beau, le propos est très clair et parfaitement réussi. L'auteur livre une histoire avec morale et réflexion (je dirais que c'est sans doute la caractéristique d'un roman graphique, mais ce n'est que mon avis), ouvrant pas mal de portes. Le récit est très bien construit et prenant, on ne s'ennuie pas et il y a une belle inventivité. En clair, c'est un opus qui s'installe très facilement sur les étagères de votre bibliothèque. Le prix est modique pour une fois (disons qu'on ne doit pas faire un emprunt à la banque) et le format de poche tient bien sur l'étagère. Toutes les bonnes raisons de l'acheter, ou à défaut de le lire.

* Une chronique bientôt, promis (en disant ça, j'ai encore 150 BD à chroniquer, et au moins autant de livres ....). Lorsqu'elle seront faite, je mettrais un renvoi vers celles-ci.

PS : les illustrations sont publiées avec l'aimable autorisation de leur auteur, merci de ne pas en faire n'importe quoi

(Chronique n°4)