mardi 12 mars 2013

Farenheit 451 (Ray Bradbury)

Je ne sais pas si vous aussi avez déjà éprouvé ce genre de situation, mais parfois, certains livres ne sont pas que des livres qui prennent au tripes. Parfois ils touchent des cordes sensibles en vous, celles dont vous ne soupçonniez pas l'existence mais qui résonnent fort et surtout très profondément. Vous vous surprenez à dévorer des page sans pouvoir vous arrêtez, vous vous goinfrez, vous gobez, vous englobez tout le livre sans atteindre satiété avant de l'avoir fini. Et là, vous restez hagard, frappé par ce que vous venez de lire. Il vous faut un petit temps d'adaptation, vous redescendez lentement sur terre, comme un drogué qui a fini son shoot et retrouve progressivement pied avec la réalité. Pourtant vous avez beau ne plus y toucher, il vous travaille, ça remue dans la caboche, vous sentez que vous n'êtes pas en paix. Des bribes de roman vous reviennent en mémoire, des passages semblent s'animer, vous en rêvez, c'est en vous très profondément et vous n'arrivez pas à l'extirper en dehors. Puis vient le temps de la compréhension. On saisit ce qui nous travaillait, pourquoi c'était tellement bon et tellement prenant. Vous réfléchissez, relisez un peu les passages, et finissez par avoir assimilé totalement le livre, même si vous restez incapable de tout retransmettre à quelqu'un ensuite. Mais vous l'avez en vous, et c'est amplement suffisant.

C'est de ce genre de livre dont je vais vous parler aujourd'hui.

Résumé en trois mots : Livre, feu et dictature

Ce livre, c'est presque impossible que vous n'en ayez pas entendu parler. Un classique de chez classique, mais alors vraiment plus classique que ça c'est impossible. Un chef-d’œuvre adulé de la littérature américaine, un auteur de génie, une histoire parfaite. C'est bien évidemment Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

A titre personnel, je ne supporte pas qu'on fasse du mal à un livre. Le simple fait de jeter un livre qui est en allemand datant de 1924 et à moitié foutu me brise le cœur. Même une Bible/Coran/Torah/Kama-sutra (alors que je suis fermement athée), je ne supporterais pas. Je n'arrive pas à imaginer un livre bruler. Alors quand on brule des dizaines de livres intéressant, même si ce n'est que écrit, je sens mon cœur saigner. C'est tellement inhumain de faire ça, je ne supporte pas. Voila pour moi, maintenant parlons du livre.


Ce livre est légendaire. Il a posé de nombreuses bases en anticipation, il est incroyablement lucide sur le monde, et enfin, nous petits habitants d'un monde en 2012, pouvons dire que ce livre est également très visionnaire. Même mieux, je dirais qu'il est prophétique. D'ailleurs, si vous lisez cet article, c'est que vous consacrez du temps à votre ordinateur. Savez-vous qu'en France, en 2012, la durée moyenne de visionnage de télévision d'un homme lambda est de 3.5 heures par jour ? Oui, par jour, vous lisez bien. En clair, plus d'un cinquième de la journée, et ce en comprenant les heures de sommeil. En dormant huit heures par jour, c'est plus d'un cinquième du reste de votre journée. Incredible, isn't ? Les chiffres sont sans appel, dirait-on. Fahrenheit 451 n'est plus tellement loin, n'est-ce pas ?


Mais de quoi parle donc ce fameux roman qu'on nous vante sans cesse ? Et bien, c'est très simple :

Nous avons un monde proche. Les gens ne lisent plus. Plus personne. Le livre à disparu. Les pompiers les brulent. Ils n'éteignent plus les incendies, ceux-ci ont disparus lorsque les maisons ont été entièrement ignifugées. Du coup, ils arrosent d'essence les tas de livres interdits qu'ils trouvent et enferment les personnes. Les machines sont partout : des chiens qui vous traquent, les Limiers, ne ratant jamais leurs cibles. Des gros camions de pompiers remplis d'essence : les salamandres. Et puis les écrans qui remplacent les murs, pour discuter avec la famille, ce concept révolutionnaire de télé. Et ces coquillages dans les oreilles, qui diffusent la radio, la musique, des voix en permanence, assourdissant la personne au monde extérieur. On ne veut plus voir, on ne veux plus entendre, on n'entend et on ne voit plus. Et pourtant tout le monde est heureux de ça. Curieux, ça me rappelle le métro ou le tram le matin. Je ne suis pas mauvaise langue, regardez une fois vraiment les gens autour de vous. Combien n'ont pas d'écouteurs ?

Ensuite, maintenant que nous avons le contexte, voyons le héros. Montag, un pompier. Je ne sais toujours pas si c'est la raison, mais le fait qu'il s'appelle Montag (lundi en allemand) me fait toujours penser à ce début de semaine, le premier jour d'un nouveau cycle. Le moment de repartir sur de nouvelles bases. Un beau présage.
Car le reste ne l'est pas. Montag brule des livres, très régulièrement. Il aime le feu, l'allumette qui embrase le tout, le papier qui se tord, qui se consume. C'est beau, une symphonie parfaitement orchestrée qui rythme sa vie. Car en rentrant, il découvre sa femme, Mildred, est accaparé par ses écrans et la famille qui est dessus. Des programmes chouettes pour vous divertir toute la journée. Quel beau programme !

Ensuite, pour que l'alchimie de l'histoire puisse avoir lieu, il faut un événement imprévu. Celui-ci va avoir lieu deux fois. Un catalyseur, une étincelle. Le catalyseur : la voisine, Clarisse, 17 ans, très sympathique, un peu folle ou bizarre selon les voisins, qui aime parler avec les gens, écouter, et simplement tout ce qui est proscrit dans ce monde moderne. Elle va parler avec Montag, progressivement nouer une relation presque d'amitié avec lui. Mais l'amitié à besoin de temps pour évoluer, et ce temps fera défaut.
Ajoutons l'étincelle. Une femme qui s'immole au milieu de ses livres arrosés d'essence. Une femme vieille, qui à elle-même jetée l'allumette sur le tas. Elle à brulé volontairement sa vie et ses livres. Montag ne comprend pas : qui a-t-il dans ces livres qui peuvent conduire à s'immoler pour eux ? Il cherche à comprendre.

Tout est en place, le drame commence, lever de rideau. La pièce à fini l'introduction. Passons au corps du texte. Que va-t-il se passer ? Vous le saurez en lisant ce très court récit. Il faut le lire, c'est une œuvre qui doit être lu au moins une fois dans sa vie. On en ressortira grandi en tout. Contrairement à Je suis une légende qui est une œuvre culte seulement, celle-ci est culte et immanquable. Un pilier fondateur, mais également indispensable à un minimum de culture livresque. Pourquoi donc ? Et bien, voyons cela ensemble, voulez-vous.


Pourquoi qualifier Fahrenheit 451 de lecture obligatoire ?

Parce que ce roman est un avertissement. Un avertissement au monde entier de la voie dans laquelle il ne faut surtout pas s'engager. Et dans laquelle on se dirige malheureusement les yeux fermés. Une société qui ne cherche plus à s'instruire !
En effet, beaucoup voient dans l'ouvrage une dénonciation des médias de masse, de la télé et des écrans. Personnellement je ne pense pas que tout s'arrête là. C'est sur, les écrans peuvent causer beaucoup de problèmes, notamment d'une dépendance accrue, mais ils sont avant tout des annihilateurs de volontés et d'action. Je pense qu'à ce niveau là, c'est presque impossible de démentir le propos. Franchement, les écrans ne vous calment pas beaucoup, vous rendant très vite amorphe et calme, énervé mais peu actif ?
Et pourtant, ils servent, on ne peut le nier non plus. Les mails, l'internet, toutes les fonctionnalités d'un ordi. Qui ne s'en est jamais servi me jette la première pierre ! Et là, c'est ce que Ray Bradburry dénonce : les écrans servent de la mauvaise façon. Ils ne sont que des choses qui maintiennent l'ordre, distraient les personnes. Panem et circenses, disaient les anciens romains qui avaient tout compris : distrayons-les, et tout ira bien. Là, le roman dénonce totalement cette passivité, cette oisiveté qui est entrainée par les médias de masses, cette télé qui fonctionne tout le temps. Une façon d'endormir la conscience des gens.
Mais en plus, il y a quelque chose de bien pire qui est fait : on endort les gens, mais on brule le moyen de les réveiller ! Les personnes sont amorphes, et on brule les livres. Là, c'est le summum de la critique. Le feu qui ravage les livres atteint la pire chose : la fin des possibilités pour tout à chacun de s'instruire, d'accéder à la connaissance et de vous épanouir intellectuellement. Car oui, les livres éveillent ! Tout comme la conversation éveille, comme la poésie éveille ! Et tout cela brule ou disparait. Je dois dire que ça fait vraiment froid dans le dos.

Cette société, c'est également de personne apathique est tellement horrible, et surtout à présent tellement proche, qu'on en vient presque à se demander si il n'est pas vraiment prophétique. Plus d'une situation du livre horripilent mais également font échos à des choses totalement actuelles.  Et pourtant, aucune considération n'est faite autour de la politique ou encore de grands manipulateurs qui régissent le monde. C'est simplement l'ensemble de la société, par le bas comme par le haut, qui coopère. On ne peut pas blâmer quelqu'un en particulier, mais tous. Dans ce sens, les dernières pages sont sublimes en termes d'accusation. Et c'est à mon avis une des meilleurs raisons de lire ce livre : tout le monde doit s'impliquer dedans, tout le monde doit faire ce petit effort supplémentaire. C'est le collectif qui gagne, et il commence par l'individuel.


En conclusion, malgré son âge canonique de 54 ans, ce livre à gardé toute sa force et en à même gagné je pense. Il est toujours aussi horrible de se demander si nous ne glissons pas lentement dans un monde qui est peut-être pire à sa manière que 1984, car ici les coupables sont au même niveau que nous. Les médias de masses qui embobinent les gens et les endorment, l'appauvrissement de la culture, les questions intérieurs de Montag, tout cela n'est que plus actuel, et aujourd'hui il doit être considéré avec d'autant plus de soin. C'est le genre de livre qu'il faut lire, mais qu'il faut faire lire également. En parler, en discuter, l'analyser, soupeser les propos dedans. Il ne s'agit pas d'une lecture distrayante, c'est une lecture pour laquelle il faut prendre son temps, et qui donne matière à beaucoup réfléchir. Et c'est également une lecture incroyable, n'étant pas pessimiste, n'étant pas optimiste. Le final est à couper le souffle d'ingéniosité. Une merveille, un livre culte. Et immanquable.

(Chronique n°23)

lundi 11 mars 2013

Preview n° 2

Le feu à la roulotte




La roulotte avança doucement, chariot grinçant dans les rues modernes de la ville. Celle-ci était totalement éteinte, les écrans clignotants derrières les volets fermés. Rien ne remuait dans les rues, et pourtant Alfred menait la roulotte au pas doucement, cherchant à faire le moins de bruit possible. Il avait beau savoir que c'était toujours simple, qu'en refermant simplement les pages il ne craindrait plus rien, il ne pouvait s'empêcher de trembler un peu et s'attendait presque à voir le Limier bondir d'un coin de rue, arme suprème contre ceux qui défiaient les lois comme lui. Et pourtant, il ne faisait rien de mal, avançant doucement avec sa roulotte remplie de livres.
Il passa à un coin de rues et passa la tête dans la grande avenue qu'il croisait. La route était déserte, mais il savait bien que ce n’était qu'une façade. Rien ne laissait dire que quelqu'un passerait lorsqu'il traverserait, mais les véhicules à plus de 100 à l'heure pouvaient débouler n'importe quand, les gens fous au volant. Respirant un grand coup, tendant l'oreille pour s'assurer que rien n'était audible, Alfred traversa l'avenue en courant, tirant derrière lui l'âne qui était contrarié de devoir à présent courir. En arrivant sur le trottoir opposé, Alfred laissa échapper un soupir, et se glissa doucement dans l'ombre d'une ruelle, sans lâcher le licou de l'âne qui reprit sont pas tranquille. Il resta un instant dans l'ombre, recherchant son souffle, lorsque la sirène retentit. Une longue plainte, lugubre et annonciatrice de malheur. Les pompiers étaient appelés. Un nouveau feu allait commencer. Reprenant sa marche, Alfred tenta de suivre la direction du bruit, sans savoir où aller. Perdu dans le labyrinthe des rues, il vit le camion rouge des pompiers passer en trombe devant lui. Il laissa la roulotte dans la ruelle peu éclairée et sortit en courant, filant dans la direction du camion. Lorsqu'il arriva, essoufflé, ce fut pour ne voir qu'un gigantesque brasier, la maison partant en flammes, tandis que les pompiers encadraient une femme d'âge mur qui pleurait doucement. Elle fut embarquée, et les pompiers rangèrent le matériel sur la salamandre. Les rares passants qui avaient assistés au spectacles se dispersèrent et repartirent chez eux. La rue fut bien vite à nouveau vide. Seule une jeune fille restait là, regardant les flammes d'un regard curieux. Alfred s'avança.

"Bonsoir jeune fille.
-Bonsoir monsieur. Vous avez remarqué comme le feu éclaire la rue ? C'est une curieuse lumière, qui fait autant d'ombre qu'elle éclaire."

Alfred ne dit rien mais la scruta attentivement. Elle sentit le regard lourd et se tourna vers lui.

"Enchantée, je suis Clarisse. Et vous, qui êtes vous ?
-Alfred, enchanté également. Clarisse McClellan je suppose ?
-Oui, répondit simplement la fille sans se soucier plus avant du fait qu'il connaissait son nom.

Elle regarda à nouveau les flammes avant de reprendre la parole.

"C'est curieux. Je me demande souvent comment c'était lorsque l'on imprimait les livres qu'aujourd'hui on brule.
-Oh, c'était différent, mais les gens semblaient les mêmes. Ils ne faisaient pas de cas de la culture, restant cloitrés devant leurs écrans.
-Vous avez connu cette époque ? Mais vous n'êtes pourtant pas très vieux.
-Non, mais je l'ai tout de même vue. Et j'ai toujours espéré que je ne verrais jamais celle-ci."

Elle ne dit rien et regarda le feu qui mourrait lentement, la maison étant totalement effondrée sur sa base. Alfred regarda encore Clarisse, qui se détourna finalement et repartit dans l'allée d'une démarche lente. Il resta encore un moment en place puis partit rejoindre la roulotte. Lorsqu'il arriva dans l'allée, il eut la sensation qu'une pierre lui tombait dans l'estomac. Des gens avaient ouvert la porte, et se tenaient devant, tandis que la sirène retentissait à nouveau dans le lointain. Les pompiers avaient été prévenus. Ils allaient bruler la roulotte. Courant à nouveau, pestant sur cette dénonciation absurde qu'ils avaient fait et qui l'empêcherait à présent d'atteindre Montag, Alfred se rua sur la caravane. Les personnes rassemblées murmurèrent sur son passage, tandis qu'il rentrait en courant dans l'habitacle, distinguant les livres qui avaient été chamboulés complètement. Retenant un juron, il rechercha celui qu'il avait ouvert pour venir ici. Il était sous la pile formée par les livres qu'ils avaient jetés violemment des étagères. Il l'avait en main lorsque l'équipe des pompiers et la salamandre se dressèrent dans l'allée. Parmi eux, une tête que Alfred cru reconnaitre. Criant par dessus le bruit, il lança :

"Montag !"

Le pompier le dévisagea avec un regard surpris en déroulant le tuyau d'essence, et Alfred eu un pincement au cœur en songeant qu'il ne pourrait pas lui parler, plus jamais. Fermant le livre, il mit fin à ce cauchemar.
Revenu dans la roulotte, les étagères en place, Alfred pleura doucement. Il n'avait pu sauver aucun livre et n'avait pu voir personne.

dimanche 10 mars 2013

Castro (Reinhard Kleist)

Là, nous allons aborder un sujet que j'affectionne particulièrement, une petite BD que je trouve superbe et qui en plus traite d'un sujet que j'aime beaucoup. En effet, vous savez peut-être que je suis une personne aimant particulièrement l'île de Cuba et son histoire si particulière dans le siècle. Mon attrait pour l'île est venue avec ma découverte de la BD Le tueur qui est assez monumentale et qui en plus nous apporte un point de vue assez nouveau sur l'île de Cuba, en dehors des cadres habituels. Je me suis donc renseigné un peu plus, et il faut avouer que l'île de Cuba à connu une histoire très particulière qui est encore liée actuellement à son dirigeant principal de ces dernières années : Fidel Castro (et son frère qui est actuellement en poste). C'est une histoire bien spécifique, très curieuse mais intéressante, et surtout à l'encontre de nombreux clichés sur un pays dirigé par des dictateurs (je pense par là à son taux d'alphabétisation, sa situation au niveau de la santé exceptionnel ou le fait qu'il s'agit d'un pays ayant le moins violé les droits de l'homme selon Amnesty international ...). Et cette histoire, je l'ai un peu plus découverte avec la lecture de cette BD-ci. C'est pourquoi je vous en propose aujourd'hui la chronique, en espérant vous donner envie de la lire un jour.


Résumé en trois mots : Cuba, Castro et Révolution

Donc, commençons par les choses simples : connaissez-vous l'histoire cubaine et la façon dont le pays à évolué durant le vingtième siècle ? Non ? Alors il est temps de vous renseigner sur ce pays, très proche de l'Amérique (ce qui d'ailleurs entraina de nombreux soucis ...) et qui connait encore actuellement un blocus complet qui l'asphyxie littéralement. Et qui pourtant continue à vivre après toutes ces années. C'est quelque peu sidérant la force qu'il possède.

Pour faire simple, l'auteur est un allemand, ce qui en soit est assez peu courant dans le monde de la BD (la tradition de la bande-dessinée n'est pas du tout forte dans ce pays, bien qu'il ponde régulièrement des chefs-d’œuvre). C'est pourquoi nous avons eu l'édition en 2012 alors que le livre date de 2010. Mais ne nous plaignons pas, l'édition française à le droit à une très belle couverture en plus, ce qui est déjà pas mal. Et Casterman fait souvent du bon boulot sur ses ouvrages, la collection Ecritures ne faisant pas défaut. Je le souligne surtout parce que d'autres font du boulot de merde (j'ai relu les Rubriques-à-brac et je dois dire que les pages qui se décollent c'est chiant). D'ailleurs en parlant de l'édition, je précise que l'album contient un carnet de croquis en fin d'ouvrage, réalisé par Reinhard Kleist durant son séjour.

Pour des petites précisions, l'auteur n'est pas spécialement connu, ayant surtout fait des ouvrages biographiques (la vie de Johnny Cash notamment) et un livre intitulé Le boxeur qu'il me reste à lire. Cet allemand va, en 2008, partir pour quatre semaines à Cuba après des envies liées notamment aux discussions qu'il avait eu avec les personnes ayant été à Cuba. Il se fait donc un plaisir d'aller vérifier par lui même les dires.
C'est donc à la suite du voyage qu'il s'est décidé à faire cet ouvrage, à mi-chemin entre la biographie et le roman historique. Je vais vous expliquer pourquoi tout de suite.

En fait, l'ouvrage part sur la vie d'un homme n'ayant pas existé, Karl Mertsen, journaliste-photographe allemand (et double fictif de l'auteur dirait-on ...), qui raconte sa vie à Cuba, depuis son arrivée en 1958. En fait il ne quittera plus jamais le sol cubain, fixé pour toujours à cette nouvelle patrie qu'il a appris à découvrir.
Le récit se présente donc comme le point de vue de cet allemand sur toute la révolution cubaine et ses suites. C'est assez amusant, car en fait la Révolution, grande héroïne du récit, est tout simplement incarnée par un seul et unique homme : Castro. C'est assez amusant, mais il est a lui seul le pilier, le soutien de tout l'ouvrage. Une gueule du siècle, parfaitement !
Le récit est découpé en trois grandes parties, chacune faisant état d'un moment particulier de la révolution cubaine : le premier explique son départ et son combat, le second présente la victoire et l'installation, la troisième les déceptions et les résultats de la révolution. Et en prime nous avons le droit à une magnifique postface qui est constituée par une "interview" de Castro à l'heure actuelle, malade et fatigué, mettant un point d'orgue à tout le récit.

En fait, je l'ai déjà dit, mais le récit présente surtout l'histoire de la Révolution cubaine et plus généralement de Cuba. Mais cette histoire est totalement indissociable de Castro, figure qui incarne les 50 dernières années de la vie cubaine. Un homme au charisme terrible, il faut bien l'avouer. Le livre présente d'ailleurs sa vie depuis le début -c'est-à-dire son enfance dans une plantation- mais durant plusieurs périodes se concentre uniquement sur la vie des petits habitants de Cuba. Et c'est là une des grande force du récit, alternant les points de vues des diverses personnes, aussi bien les grands que les petites gens. Ce qui d'ailleurs permet de se rendre compte de la complexité du système cubain : ce n'est pas un modèle de démocratie, mais personne n'y meurt plus de faim (tout le monde ayant peu a manger, mais chaque jour). Doit-on blâmer cette politique ? Certains disent oui, d'autres non ...

Et puis Castro. Un homme qui fascine, c'est certain. Éduqué, brillant, éloquent, cultivé, amoureux, passionnée, dévoué à sa cause (la Révolution) et à son pays jusqu'au bout, c'est un homme très complexe sur lequel on ne sait trop que penser. Je le trouve très fascinant. Sa vie est mouvementé dans tout les sens, et pourtant je l'admire pour tenir encore sa ligne directrice, quoi qu'il advienne. Acharné ou obstiné, selon les points de vue, il reste dans son optique au but noble : combattre la pauvreté, ne plus voir des gens délaissé, aider les déshérités. Mais ce système parfait ne convient pas à tout le monde, et Castro connait des déconfitures ...
Bien évidemment, nous verrons également le Che dans l'ouvrage, mais aussi Raoul Castro (le frère de Fidel) qui est d'une importance que je n'aurais pas du tout soupçonné au premier abord. Un autre héros qui est resté dans l'ombre de Fidel et du Che. D'ailleurs nous aurons droit à plusieurs autres gueules dans le récits, toutes aussi intéressantes.

Dans tout ça, la narration est superbement bien faite. On ne se perd jamais malgré les voyages dans le temps et l'espace, les personnages sont charismatiques, on est captivé par la mise en forme du récit. Et plus que tout, on est impatient de voir comment tout se finira. C'est d'ailleurs assez triste comme fin, et l'auteur laisse bien voir qu'il est peiné de voir cette révolution échouer comme tant d'autres. C'est une façon subtile de mettre en scène, mais on est pris avec. J'ai trouvé le tout superbe, et c'est avec un intérêt certain que j'ai suivi toute la lecture. Je ne pensais pas au début, mais il est vraiment beau.

En conclusion, que penser de l'ouvrage ? C'est une belle chronique de l'histoire de Cuba et de son leader Fidel Castro. Certes, l'ouvrage est clairement orienté vers un point de vue, mais je dirais que personne n'est vraiment neutre en parlant de Cuba. Aujourd'hui encore, les débats font rage, et cet ouvrage essaye de ne pas se poser clairement dans un camp ou dans l'autre. La révolte Cubaine à eu ses bons et ses mauvais côtés, mais elle n'est pas simple à appréhender, et Cuba actuel est encore complexe, comme tout pays. Le manichéen, ça n'existe pas dans le monde, et l'ouvrage nous le rappelle d'une belle façon. S'instruire et se distraire, c'est toujours passionnant, et l'ouvrage ici nous le fait sentir d'une belle façon. A lire, je le recommande très fortement.

(Chronique n°22)

2001, l'odyssée de l'espace (Arthur C. Clarke)

Lorsque je vous dis : CARL, Dave, Franck, le monolithe, un vaisseau qui dérive sur Le beau Danube bleu, vous me répondez ?

2001 l'odyssée de l'espace, bien évidemment ! Le fameux chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, un des films les plus dur à comprendre que j'ai jamais vu et que j'ai adoré ! Et comme tout les films de Kubrick, il a tiré l'histoire de base d'un livre qu'il avait lu, pour en tirer un film n'ayant que des rapports lointain avec l'ouvrage de base. Une façon de faire des films personnels, inspiré par les autres. Personnellement j'adule ce génie du cinéma.
Et coup de bol monstrueux, une amie me propose de lire un livre de C. Clarke qu'elle à fini dernièrement. Évidemment mon sang ne fait qu'un tour et le "oui" est dit avant même que je réalise la pile de livres en retard sur ma table de nuit. Heureusement pour moi, il est très court et se lit en moins d'une après-midi.
Et c'est ce que je viens de faire, finissant le livre en une traite quasiment, pris par le roman de façon totale, oubliant tout, le repas brulant derrière tandis que je dérivais tranquillement vers Saturne, mangeant tandis que Carl commençait à dérailler (vous savez comme c'est galère de lire en mangeant ? Pour un peu j'aurais dû laisser le repas, histoire de finir tranquillement). Et heureusement pour moi, j'ai eu le temps de finir tranquillement, savourant le trajet jusqu'au bout, et je me suis ruée sur le clavier pour faire une chronique toute fraiche. Il n'y a pas à dire, la science-fiction c'est décidément une chose superbement belle et intéressante.


Résumé en trois mots : Espace, Fusée et Jupiter

Je pensais être tout au long de ma chronique détaché du film qui en à été tiré,, mais là je dois bien dire que les deux œuvres sont totalement complémentaires entre elles. En fait, le livre à été écrit durant le tournage du film, conjointement et en mélangeant les deux. Par exemple des scènes du films sont directement retranscrites dans l'ouvrage. Il y a une imbrication entre les deux très forte.

Arthur C. Clarke, notre écrivaillon, est un écrivain anglais mais qui vécu longtemps au Sri Lanka. Il est né en 1917 et mort en 2008, sans avoir vu la première expédition vers Mars (qui aura peut-être enfin lieu un jour ....). Il est un des auteurs majeurs de la science-fiction (comme Asimov ou Philip K. Dick), et à écrit pas mal de perle, son plus connu restant encore celui-ci je pense. D'ailleurs je voudrais bien en lire une autre qui à inspiré un CD de Mike Oldfield. Comme quoi, la littérature c'est un vecteur d'inspiration !

L'histoire commence pareil dans le livre et le film : les hommes-singes en Afrique. Et un monolithe (noir dans le film mais transparent/blanc dans le livre, je ne sais pas pourquoi) qui va les changer, leur donnant l'intelligence/la conscience/la science. L'homme va fabriquer son premier outil. Là, nous avons droit à une séquence ô combien superbe dans le film où le premier usage du premier outil est de tuer. Superbe. Dans le livre c'est pas mal différent, et un peu plus étalé (en fait l'ensemble du livre est fait de scène plus étendues). C'est à la fois une bonne et une mauvaise chose je dirais. On perd énormément du charme du film, notamment sur les plans muet ou les parallèles entre les deux astronautes. Là, je dois dire que les plans du film jouaient énormément, alors que dans le livre c'est beaucoup moins accentué. De même, CARL est largement moins important et la perte de la voix monocorde et angoissante du film joue beaucoup sur l'impact je trouve. On est beaucoup moins sur la peur qu'il inspire. Et d'ailleurs la partie où il doit contrer CARL fait très action-américain, alors que le film était beaucoup plus subtil.
Ensuite, je dois bien avouer quelque chose : c'est vraiment tout bête, mais j'ai trouvé que le film était largement moins explicite que le livre, sur tout. On ne voit pas par les yeux des personnages, il n'y a pas de descriptions, pas de clés de compréhension, pas d'évidence. En regardant le film, je ne pensais pas que la stèle émanait d'extra-terrestre (et je ne le pense toujours pas). Alors que dans le livre, beaucoup moins de possibilités sont offertes au lecteur. J'ai trouvé ça très dommage, on perd pas mal au plan de l'interprétation libre. Et la fin est largement décevante par rapport à ce qu'on admire dans le film. Là où une grande métaphore se mettait en place durant un superbe plan sans parole, la fin est très bavarde et sans grand intérêt je trouve. On perd beaucoup, et l'angoisse qu'on ressentait avant se dissipe. J'ai un peu décroché, je l'avoue.

Mais à côté de ça, je dois dire que j'ai dévoré le livre d'une façon énorme. La beauté des passages dans l'espace, toutes les informations qu'on apprends sur les planètes, l'espace et les corps célestes, on est transporté dans le vide et l'énormité de l'espace. J'ai été à fond dedans durant la grosse moitié centrale du livre, avant la dernière partie. J'entendais presque la musique qui passait dans le vaisseau (pour info, du Marillion avec ce livre ça passe tout seul !), et j'ai plongé littéralement avec eux dans les sorties de l'espace. Je ne vais pas dire que je me retenais de respirer, mais bon, c'était vraiment prenant.
Et puis la fin ... Qui m'a déçu. Trop de révélations, pas assez de choix laissé au lecteur, des idées un peu confuses, un sentiment de frustration par rapport au film, comme si le propos n'était absolument pas le même dans le fond.

En fait, je crois bien que c'est la grosse différence entre les deux supports de l’œuvre : Kubrick à fait un film sur l'humain, ses capacités, son évolution et ses facultés. Arthur C. Clarke a fait un roman de science-fiction sur le développement des humains via les martiens, et sur l'exploration de l'espace avec pas mal d'explications scientifiques. Du coup, l’œuvre adaptée est fonction de ce que vous attendez de celle-ci. Personnellement j'ai aimé les deux, avec une petite préférence pour le film, mais les deux sont excellents. Mon avis est bien évidemment subjectif.


En conclusion, c'est un excellent ouvrage, un beau pilier de la science-fiction certes, mais qui est à mon avis indissociable de l’œuvre cinématographique éponyme. A la fois complémentaire et très différents, ils sont les deux intéressants. Même si j'ai préféré le film, j'ai trouvé le livre extraordinaire et parfaitement clair. Très court (200 pages), il se lit très vite, découpé en petit chapitres très courts. Les parties sont vraiment bien faites, on en ressort émerveillé, peut-être aussi rassuré sur l'espèce humaine (l'inverse du film en fait). Et quel beauté dans l'espace, dans les astres et les corps célestes. C'est un vrai dépaysement, un complètement en dehors du monde. Le vide spatiale attend, il est prêt à nous happer. Venez avec, vous ne serez pas déçu, mais méfiez-vous de l'apesanteur.

(Chronique n°21)


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vendredi 8 mars 2013

La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons (Ptiluc)


Je ne sais pas pour vous, mais j'aime beaucoup aller en dédicace. C'est toujours amusant, on rencontre plein de gens qui partagent souvent la même passion que vous, les rencontres avec les auteurs amènent leur lots de surprises (bonne ou mauvaises), on reçoit des petits cadeaux parfois, des dessins gratuits et colorisés également, on rigole beaucoup, on se ruine le dos à rester debout à attendre pendant deux heures ...
Si je vous parle de ça, c'est qu'aujourd'hui je vais vous parler d'une bête de la dédicace. Un dieu à ce niveau là, mythique dans sa façon de faire. Si vous avez vu une séance de dédicace, c'est inoubliable.
Pourquoi donc ? Tout simplement parce que Ptiluc est une personne qui "part en Berserk" pour reprendre une expression de Boulet. Lui, les BD, il les éventre, les lacère, les brule, les déchire. N'amenez jamais, au grand jamais, des BD de collection avec lui. Elles ne survivront pas. C'est une expérience unique et mortelle. J'ai obtenu une magnifique déchirure et une belle tache de brulure sur mes BD, et j'en suis trop content. Surtout que ses dédicaces c'est bien souvent une perle d'inventivité. J'en ai admiré je ne sais combien. Et de ces idées ! (pour une il a projeté sa main couvert de peinture sur la page intérieur, couvrant le tout de peinture et gondolant les feuilles. On était tous jaloux du type qui l'a eu).
Et Ptiluc, c'est un monument en dédicace. Il se fait toujours engueuler parce qu'il salit les tables, s'assoit sur les tables et non sur les chaises pour dédicacer .... Un gars vraiment génial. Et super intéressant je trouve. Si il passe dans votre secteur, faites-vous dédicacer des trucs.
Si cette introduction est longue, c'est qu'il fallait le mentionner, c'est une caractéristique inoubliable de l'auteur. Et ce n'est pas la seule particularité de Ptiluc, auteur atypique dont je vous propose aujourd'hui une superbe série très courte, en deux tomes seulement, et qui s'intitule très simplement La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons.


Résumé en trois mots : Religion, Critique et Noir

Pour commencer, car il y a beaucoup à dire autour de cette BD, je vais présenter rapidement Ptiluc, vous allez comprendre vite l'intérêt dans le cadre de la bande-dessinée. En effet, Ptiluc est née a Mons, en Belgique, en 1956. Actuellement il habite à Montpellier, mais il vadrouille beaucoup (on peut d'ailleurs trouver ses récits de voyages en moto en BD également). Il dessina très jeune et en fis ensuite son métier avec la série Pacush Blues ou encore Rat's, deux fameuses séries de BD dans lesquelles des rats campent le rôle des humains. Ah oui, je crois que Ptiluc est assez misanthrope sur les bords, ne relevant que les pires défaut de l'être humain et les dénonçant ensuite de façon crue et "bestiale", si vous voyez ce que je veux dire.
Il bénéficia d'un coup de pouce de la part de Frankin (oui, le maitre qui dessina Gaston Lagaffe) et publia enfin ses premières bandes-dessinées en 1983 chez Vents d'Ouest, commençant là sa grande série Pacush Blues qui compte aujourd'hui 17 albums ou quelque chose comme ça. Et la série Rat's en compte désormais 8 ou 9 il me semble. Mais pourtant, à côté de ces production, il continue de faire des séries diverses, comme une idée géniale : tout les dictateurs se réincarnent en cochon (Hitler, Staline, Napoléon ...) dans la série La foire aux cochons, ou encore La vie des bêtes et d'autres récits étranges et tordus.

Dans la plupart des récits, Ptiluc adopte un ton humoristique trash, souvent violent, dénonciateur également. Je n'irais pas jusqu'à le qualifier d'anarchiste, mais il n'en est pas loin. Et dans ses récits, il utilise tout les moyens pour montrer ses idées. Attention, nous sommes ici très loin de la finesse dont sait faire preuve un Lauzier dans ses BD. Non, ici c'est trash, violent et bourrin sous toutes ses coutures. C'est un style et on a parfaitement le droit de ne pas l'aimer. Personnellement j'adore.
Alors pour continuer sur la lancée, je vais préciser quelques petites choses par rapport à l'histoire. En fait elle est tirée d'une légende du pays natal de Ptiluc, la légende de Gilles de Chin qui combattit et tua le dragon habitant les marais de la région de Mons. Pour lire la légende en détails, c'est par ici ! Et en lisant la BD, on note qu'il s'est vraiment inspiré de beaucoup de choses pour la faire, pas mal de détails reviennent. Mais je vous laisse lire.
Par contre, je vous arrête tout de suite ! Cette BD à beau se passer au Moyen-Âge et traiter d'une légende locale, c'est uniquement un prétexte que va utiliser Ptiluc pour atteindre son objectif et exposer son avis. Car ce livre, c'est avant tout l'avis de Ptiluc autour d'un sujet bien précis. Et un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire. C'est, vous l'aurez bien évidemment deviné au titre, la Religion.

J'ai délibérément choisi de ne pas classer cet album dans "philosophie", bien qu'on puisse le noter, mais Ptiluc ne fait pas dans la dentelle et la réflexion. C'est plus un exposé des travers qu'il relève dans la religion et qu'il démonte progressivement au fur et à mesure. La BD prête à réflexion, mais il faut bien dire que ce n'est pas l'essentiel, on est plus dans la détente. L'histoire y contribue également, je vais vous l'expliquer.

L'histoire commence là où la légende fini quasiment : le chevalier Gilles de Chin revient de terre sainte après moult combats, victoires et paillardises en tout genres. Héros, revenu avec un trophée qui indique le monstre qu'il a tué dans quelque lointaine contrée, il recherche la femme qu'il aimait et pour laquelle il s'est exilée. Très croyant, il  est à la limite du fanatisme, et recherche de toute les façons possible à tuer le dragon, qu'il juge comme l'incarnation de la bête (comprenez : Satan). Et pourtant, le dragon est peut-être le personnage le plus sensé et le plus ingénieux de toute cette histoire ...

Alors bien évidemment, ce livre est un énorme pamphlet anti-religieux assaisonné d'une bonne dose d’anti-cléricalisme. Bien que partageant les convictions de Ptiluc, faut reconnaitre que la subtilité manque sacrément. Les personnages croyants sont d'une conneries monumentales, excusez l'expression, et les autres ne valent pas grand chose. Mais j'aime bien la façon de traiter l'intolérance religieuse, surtout vis-à-vis du progrès (ça peut rappeler des propos sur un préservatif et le pape, même si la BD est bien plus ancienne). Ensuite, j'ai apprécié la touche du racisme et des religions qui se côtoient, ou de la mise en scène de la bêtise crasse des personnes sous toute ses coutures, où que l'on aille. Finalement tout le monde est très con, bête et méchant.
Je l'ai bien dit : Ptiluc est un misanthrope selon moi, il n'aime pas les gens et leur ignorance crasse et le fait bien ressortir. Pire que tout, il n'aime pas les gens qui s'aveuglent de préjugés ou d'autres choses. C'est une métaphore qu'il utilise dans la BD (le dragon fabrique des lunettes) et que j'ai trouvé intéressante. Une belle mise en scène.

Et c'est ce qui est d'ailleurs dommage. La mise en scène est intelligente, le propos pourrait être très bon, mais il est tourné de façon trop virulente. L'attaque est plus méchante et gratuite que vraiment ordonnée, et là encore c'est dommage. Les moments sérieux sont aussi trop souvent contre-balancés par des piques d'humour. C'est dommage encore une fois, parce que le récit est vraiment très sombre, avec pas mal de passages plutôt sérieux et la fin est presque belle dans son propos. Pour un peu Ptiluc aurait fait un drame sublime sur la religion et les croyants, mais là il rate le roman graphique/philosophique d'une bonne longueur, donnant seulement une bonne BD mélangeant humour et cynisme. C'est toujours bon, mais je pense franchement que ça aurait pu être meilleur.


En conclusion, le diptyque est clairement orienté, c'est un énorme pamphlet anti-religieux. En allant à fond dans l'humour et dans le trash, Ptiluc dénature son propos, tournant en ridicule quelque chose qui aurait put être excellent. Ça reste très bon, et si le dessin n'est pas bon, il n'en reste pas moins diablement efficace, tout comme le texte. Le propos peut toucher, et dans mon cas je l'ai trouvé intéressant. La fameuse légende de Gilles de Chin, le tueur de dragon, prend ici une nouvelle tournure. C'est maintenant l'histoire d'un homme qui va ouvrir les yeux sur le monde, sur les gens, sur la religion et sur lui. Et qui nous les ouvre peut-être également.

(Chronique n°20)

dimanche 3 mars 2013

Les piliers de la terre (Ken Follet)



Vous connaissez sans doute Ken Follet, avec ses livres qui sont vendus à un nombre d'exemplaire juste extraordinairement élevé. Pour info, cette série dont je vais vous parler serait la plus lue dans le monde. Dingue, non ? Bon, cela dit les chiffres ne sont jamais connus expressément, mais en tout cas ça veut bien dire qu'elle est connue. Je suis sur d'ailleurs que vous en avez entendu parler -ou de l'adaptation en série qui en est dérivée. Et puis l'auteur est une véritable légende ! D'ailleurs sa dernière série est pas mal, c'est juste embêtant d'attendre la sortie d'un autre tome tout les ans. Mais comme dit, la patience est une vertue, surtout lorsqu'on en a besoin. Mais en tout cas je vais recommander pas mal de livres de l'auteur, bien qu'il puisse y avoir des points critiquables.
En effet, ce livre est une fiction historique ! En clair, il s'inspire d'une période de l'histoire et place des personnages inventés dans un cadre particulier. Le choix est arbitraire, mais la documentation est essentielle à ce genre d'exercice et dans notre cas, Ken Follet s'est particulièrement appliqué ! Dans le genre, c'est assez souvent casse-gueule, sans compter ceux qui ne se soucient absolument pas de réalisme (exemple très connu : Les trois mousquetaires d'Alexandre Dumas). Bref, il s'agit d'un sujet qui me concerne particulièrement, et je vais m'atteler à la tache difficile de le chroniquer.
Pour cela, je vais essayer de ne pas trop vous spoiler, mais je pense que ce sera tout de même assez dur. En attendant, place à ce fameux livre qu'est Les piliers de la terre !

Petite précision tout d'abord : j'ai libellés comme "one shot" et diptyque", parce qu'en effet vous pouvez le trouver sous deux formes. En grand format c'est deux livres (Ellen et Aliena) qui ont été rassemblés dans un seul volume en livre de poche, l'édition que j'ai personnellement. Du coup, tout dépend de la façon dont vous voulez le lire.

Donc, nous avons le fameux livre du fameux Ken Follet. Ken qui ? Non, aucun lien avec Barbie, je vous rassure. Ici c'est un poil au-dessus comme niveau tout de même. Et un poil antérieur également. Enfin, le récit est antérieur à Barbie. C'est un livre datant de 1989 exactement.

En fait, cet ouvrage se déroule au Moyen-Âge, mais plus exactement durant la période du XIII ème siècle. Durant cette période, nous allons assister à la construction d'une cathédrale. En fait le titre indique le nom donnée au cathédrale (si je me rappelle bien), et c'est bel et bien la cathédrale qui sera le centre de tout le livre. Enfin, des deux livres. Les personnages vont graviter tous autour, avec Tom le batisseur, Ellen, sa deuxième femme, Alfred le fils de Tom, Jack le fils d'Ellen, Philip le prieur de Kingsbridge (la ville où se bâtit la cathédrale) et toute une cohorte de personnages en plus (Aliéna, Richard, Martha, ...) qui s'opposeront à une coalition de personnages méchants, machiavéliques et retord, avec l'évêque Valeran, William et son valet Walter, ses parents les Hamleigh, et bien d'autres qui vont essayer par tout les moyens d'entraver les actions des premiers (Regimus, le roi Stephen  ....).

Dans le récit, les personnages vont en fait évoluer autour de Kingsbridge et des alentours (notamment la ville de Shiring) et vivre durant une longue période, plus de vingt ans se déroulant entre le début et la fin du récit si mes souvenirs sont bons. C'est une période où l'Angleterre connait une guerre civile entre l'impératrice Maud et le roi Stephen, c'est également une période où les barons prennent du pouvoir, l'Eglise de la puissance etc ... Il y aurait une belle analyse historique à faire dessus d'ailleurs (je crois que ça à déjà été fait). Du coup nous avons le droit en plus à une petite vision de la société médiévale et de tout ce qui était impliqué dans la vie de tout les jours. C'est très intéressant à observer, et je trouve que c'est passionnant à lire. Complètement dépaysant.

L'auteur, Ken Follet, est agrégée en philosophie et non en histoire, mais la trame historique est cependant très fidèle à la réalité, et la construction de la cathédrale relève d'une très grande exactitude dans les techniques employées tout comme dans les plans et la façon de procéder. Là dessus, il faut admirer le travail de recherche en amont. Par contre je ne sais pas si on peut dire qu'il respecte les choses autour de la façon de penser des personnes. Elle est peut-être trop moderne et ne colle pas au cadre. Cependant, je ne le reproche pas étant donné que l'ensemble est très lisible du coup.

Et puis, quelle histoire ! Le roman a beau être très gros (1050 pages environ en format poche) et se dérouler sur un temps super long, il est extrêmement prenant et très lisible. Les coups de théâtre sont nombreux, et les rebondissement prenant, on se laisse porter par l'intrigue avec en sous-jacent cette fameuse question : "Les gentils gagneront-ils ?". Bien évidemment, nous sommes dans du Ken Follet et non du Stephen King, la fin sera heureuse pour la plupart et non pas horrible. Mais il faut un long chemin pour y arriver. Et c'est ce chemin qui est intéressant.

Je dois dire que pour les critiques, c'est très difficile à faire. Bien évidemment, le style de la fiction historique ne plait pas toujours à tout le monde (je pense à un de mes professeurs de fac notamment) et les happy end de Follet peuvent déranger. On peut souligner également un manichéen primaire, très peu de personnages sont vraiment complexe, même si personne n'est juste un grand méchant parce qu'il est méchant. Il y a toujours un fond d'intention, de volonté ... Mais je vous avoue que William on l'étranglerai volontiers du début à la fin !


En conclusion, ce livre est un monument de littérature, prenant d'un bout à l'autre et d'une bonne richesse historique. Les personnages sont attachants, et l'intrigue se dévore avec plaisir. Les rebondissements viendront jusqu'au bout, toujours de façon crédible (pour notre plus grand plaisir) et d'une façon inattendu, créant une atmosphère de suspense et en même temps de chronique d'un temps. Tout est bien orchestré, et la lecture est passionnante.
Sans trop sortir des sentiers battus en terme d'histoire, Les piliers de la Terre reste une belle œuvre, pour tout public, qui n'est pas un des romans les plus vendus du monde pour rien. C'est encore et toujours un ouvrage qui peut et devrais être lu. Et puis, un gros pavé de temps en temps,c 'est tellement bon ... A consommer sans modération !

(Chronique n°19)

vendredi 1 mars 2013

Preview n°1

La roulotte chez le prieur



C'était une matinée comme toute les autres pour le prieur Jonathan qui se leva à l'aube pour participer au matines. Le rythme habituel des cloches rythmait tranquillement l'air matinal, déjà chauffé par le soleil de l'été. C'était une belle journée qui s'annonçait, parfait pour continuer les travaux du nouveau chœur. Jack avait commencé dès que le prieuré en avait eu les moyens, et il annonçait une cathédrale encore plus magnifique que celle dont Kingsbridge disposait déjà. Une avancée supplémentaire pour la grande œuvre de Dieu sur terre. Jonathan en était tellement fier. Dommage que l'évêque Philip soit si loin en ce moment. Sa présence rassurait tellement Jonathan. Diriger un prieuré n'était pas chose aisée, d'autant plus lorsqu'il administrait la moitié de la ville. Jonathan se secoua la tête et chassa ces idées. Il fallait qu'il fasse vivre tout à présent. Le matin lui donnait souvent ce genre de pensées, et pourtant les jours succédaient aux jours. Et lui serait toujours là pour œuvrer en paix.
Promenant son regard dans toute la cour, il s'arrêta sur une roulotte qui lui tiqua l’œil. Il ne l'avait jamais vu avant et il lui semblait qu'elle n'était pas là la veille. Une simple roulotte en bois, semblant déjà bien passée, avec un unique âne qui paissait à côté, dessellé. La curiosité tiqué par cet élément apparu soudainement dans l'enceinte du prieuré, Jonathan s'y rendit en quelques enjambées. L'entrée de la roulotte était pourvu d'un petit palier et de trois marches en bois. Assis sur celles-ci, un jeune homme regardait autour de lui émerveillé.

"Bonjour, jeune homme. Vous venez d'arriver en ville et demandez l'asile ?
-Oh que non, répondit le jeune homme en le regardant tout sourire. Vous êtes un membre du prieuré ?
-Je suis le prieur, en effet. Et vous, qui êtes-vous ?
-Oh, un voyageur du temps et de l'espace. Je ne m'arrête ici que pour un petit temps, avant de repartir pour le futur. Le meilleur des monde m'attend. Mais je voulais revenir ici un petit temps. Maintenant que j'ai la roulotte ... Êtes-vous Philip ?
-Non, je suis le prieur Jonathan. Philip est évêque maintenant, et il voyage beaucoup. Quel est votre nom à vous ?
-Alfred, mais je serais parti avant que vous n'en ayez besoin. Je suis ravi de vous rencontrer Jonathan. Savez-vous si Jack est en ville ? Aliéna également ?
-Bien sur qu'ils sont en ville, mais ils ne devraient pas arriver tout de suite, les ouvriers sont encore chez eux. Vous les connaissez ?
-Non, mais j'aimerais bien les voir avant de m'en aller. Une question de nécessité, je ne sais pas si vous comprendrez. J'aime à rencontrer les êtres que j'ai côtoyé durant une partie de ma vie.
-Je ne comprends pas monsieur Alfred, de quoi parlez-vous donc ?"

Sans dire un mot, le jeune homme se leva et ouvrit la porte de la roulotte. Elle était pourvue de nombreuses étagères entièrement remplies de livres, certains complètement illustrés. Jonathan ouvrit des grands yeux en contemplant plus de livre qu'il n'en avait jamais vu de sa vie. Une bibliothèque qui aurait fait pâlir celle du prieuré. Devant sa mine, Alfred ajouta :

"Vous êtes la dedans, fixé sur du papier. Je ne peux vous le montrer, mais vous êtes pour toujours dans la roulotte. Je me devais de vous voir en vrai."

Jonathan ne disait toujours rien, et lorsque la porte se referma, il resta interdit un moment, jusqu'à ce qu'il prenne conscience que l'homme attelait à nouveau l'âne à la charrette.

"Vous repartez ? demanda-t-il un peu triste.
-Je dois toujours voyager. C'est la raison d'être de la roulotte. Mais rassurez-vous, elle repassera peut-être un jour dans ces lieux. Elle repasse dans tellement d'autres ...."

Et sur ces paroles énigmatiques, la charrette se remit en branle dans un grincement des roues. Jonathan le laissa passer sans chercher à l'arrêter. Il partait retrouver Aliéna et Jack, et ensuite disparaitrait. Mais pourtant, ses paroles avaient touché au but. Il se sentit tout à coup confiant. Son histoire était inscrite quelque part. Rien n'était perdu. Souriant, il reprit le chemin pour rentrer dans la cathédrale.